Criton – 1954-05-22 – La Partie Continue …

ORIGINAL-Criton-1954-05-22  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-05-22 – La Vie Internationale.

 

La Partie Continue …

 

« Second Pan Mun Jon » disions-nous au début de la Conférence de Genève. « Les Russes jouent au médiateur », à la fin de la première semaine. Voici la quatrième révolue, et nous n’en savons pas davantage. L’énigme de l’Asie demeure entière.

 

La Médiation Russe est-elle Tactique ?

Les Soviets font en effet figure de médiateurs. Mais n’est-ce pas simple tactique ? Depuis six mois déjà, Ho Chi Minh a parlé de paix en Indochine ; depuis la Conférence de Berlin, les Communistes ont cherché à accréditer l’idée qu’à Genève on s’entendrait sur un armistice. Et depuis, il y a eu Dien-Bien-Phu et ces jours-ci, la menace croissante sur Hanoï et le Delta tonkinois.

En faisant espérer la fin des hostilités ne mettait-on pas les Vietnamiens et le corps expéditionnaire en état de moindre résistance ? A quoi bon se battre si la paix est prochaine ? Ces manœuvres ont réussi à disloquer l’unité des Occidentaux, à mettre l’armée française au bord de la catastrophe et livrer l’opinion aux défaitistes. Par ailleurs, les Russes et les Chinois savent que s’ils maintiennent leurs exigences, ils entraîneront les Etats-Unis dans la guerre en Asie. Est-ce cela qu’ils cherchent ? Ou bien les Russes sur qui repose l’alimentation des combats en matériel, ce qui doit leur coûter cher, ont-ils vraiment l’intention d’arrêter les hostilités au meilleur compte possible ?

Y a-t-il entre Russes et Chinois des divergences subtiles qu’il est impossible de percevoir ? On peut toujours supposer que Molotov n’a pas intérêt à pousser trop avant l’impérialisme chinois. Mais cela encore n’est pas certain. La Conférence de Genève n’est-elle, comme beaucoup le pensent, qu’un écran de fumée pour masquer les préparatifs militaires plus étendus et plus efficaces ? Il n’est pour le moment aucune conjecture valable. Le jeu des Orientaux est bien caché, et le meilleur diplomate ne peut que le suivre sans le percer comme c’est le cas depuis dix ans.

 

Les Pourparlers s’accélèrent

Cependant Bidault, aidé en cela au moins par Eden, a réussi à accélérer les pourparlers. Il n’hésite pas à menacer de clore les discussions, si l’on n’avance pas quelque peu, et de temps en temps Molotov est obligé de faire un pas. Le moment ne peut être très éloigné où il faudra s’accorder sur assez de points pour que l’on puisse prévoir un accord ou reconnaître l’impasse.

 

La Décision d’Eisenhower

L’événement capital de ces derniers jours est la décision d’Eisenhower de conclure une alliance défensive dans le Sud-Est asiatique, au besoin sans les Anglais.

Les Américains et les Français ont poursuivi leurs pourparlers militaires, et en cas d’échec de la Conférence, la guerre d’Indochine serait enfin internationalisée.

Nous avons souvent ici reproché au Gouvernement français de s’être refusé depuis un an au moins à cette internationalisation. Il y avait à cela des objections, c’est certain, mais il était facile de prévoir que, n’ayant plus les moyens de vaincre seul, il faudrait un jour ou l’autre, soit renoncer à la lutte, soit la continuer non plus seuls, mais avec nos Alliés. Ce fut une grave erreur qui nous a coûté Dien-Bien-Phu.

Le terrible défaut des démocraties en politique, c’est de ne jamais agir qu’en fonction de l’immédiat de ne jamais anticiper sur les événements pourtant faciles à prévoir et inéluctables. On a toujours l’impression que les hommes au pouvoir veulent éviter d’étendre leurs responsabilités au-delà de l’heure présente, comme s’ils s’en remettaient au successeur pour agir selon les données nouvelles. Depuis cinquante ans, on accumulerait les exemples de cet ordre dans la politique française, anglaise et américaine. Les adversaires au contraire voient loin.

 

La Surprise à Londres

La résolution d’Eisenhower de se passer au besoin des Anglais a surpris Londres qui ne semblait pas y croire, et provoqué à coup sûr des remous profonds dans l’opinion des dirigeants anglais. La grande presse, si discrète, s’en fait à mots couverts l’écho. Au cours des dramatiques conseils de cabinet à Londres, le 25 avril, les membres du Gouvernement britannique n’étaient pas tous d’accord pour refuser l’aide à la France, réclamée par nous et acceptée par Dulles.

Nous avons l’impression – ce n’est là qu’une impression personnelle qui ne s’appuie sur aucun fait – qu’Eden et Churchill n’étaient pas du même avis. Dulles était venu à Londres et à Paris pour préparer, en vue de Genève, un front commun ; il était rentré à Washington avec un accord de principe, sinon un homme aussi averti n’aurait pas pris sur lui d’engager les Etats-Unis dans une action collective. En remettant tout en cause et en brisant l’unité de front indispensable entre Alliés devant de rudes adversaires, Churchill a encouru une responsabilité grave. Dulles qui a subi une perte de prestige considérable et a failli y laisser son portefeuille, entraînant avec lui le prestige personnel du Président et celui de tout le Parti républicain en année d’élections, doit avoir contre Churchill une rancune solide.

Churchill a-t-il pensé que le risque valait d’être couru ? Il pensait sans doute qu’ou bien la Conférence de Genève réussirait (comme les Russes l’en ont probablement persuadé), et alors Eden et lui-même cueilleraient tout le mérite d’avoir été les médiateurs de l’accord  et d’avoir, aux yeux des membres du Commonwealth asiatique, sauvé la paix en Extrême-Orient. Ou bien la Conférence de Genève échouerait, la Grande-Bretagne n’y aurait aucune responsabilité, et les Américains seraient seuls avec les Français entraînés dans la guerre, et l’Angleterre recueillerait tout le profit de sa neutralité, avantages de prestige et renforcement considérable de la position économique et financière de l’Angleterre. Eden ne semble avoir suivi qu’à contrecœur, et beaucoup d’Anglais, maintenant qu’Eisenhower s’est prononcé, voient le risque que comporte un affaiblissement aussi profond de l’alliance anglo-américaine.

Du lâchage du 25 avril, il restera tant à Washington qu’à Paris, un souvenir durable, surtout si la Conférence de Genève échoue. Cela se retrouvera, et Eden et ses amis savent mieux que personne, que les Etats-Unis ont pour contrarier les efforts de redressement économique et financier de l’Angleterre plus d’un moyen dont ils se sont jusqu’ici abstenus d’user. On s’en rend compte en Angleterre et si les choses tournent mal, le Gouvernement britannique fera son possible pour ressouder l’Alliance anglo-saxonne. Si la situation militaire en Indochine est des plus préoccupantes, l’avenir n’est pas sans espoir. Au cas où l’ambition des communistes se révèlerait sans limites, force serait bien au Bloc allié de faire front de toutes ses ressources unies.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-05-15 – Les Responsables

ORIGINAL-Criton-1954-05-15  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-05-15 – La Vie Internationale.

 

Les Responsables

 

Toutes proportions gardées, la France vient de vivre les plus tragiques événements depuis 1940 ; défaite militaire, défaite diplomatique. Comme toujours en ce pays, les malheurs servent de tremplins à des opérations politiques qui aggravent les revers en excitant les haines civiques : on crie aux responsables.

 

Les Hésitations Anglo-Saxonnes

Les voici : c’est un Américain, David Lawrence qui parle :

« Aujourd’hui les Communistes sont enflammés de leur triomphe. En fait, le véritable tournant historique fut le refus de l’Angleterre et d’autres en 1950, d’appuyer le plan Mac Arthur de détruire les bases communistes en Chine même. L’administration Truman-Acheson n’a pas su assurer le leadership américain à ce moment crucial : en vérité, en renvoyant Mac Arthur, on a fait savoir aux communistes que les Etats-Unis et leurs Alliés avaient peur d’une extension de la guerre … »

Et de comparer ces jours de Mai 1954 à ceux de mars 1936. C’est Eisenhower qui joue les Sarraut :

« Nous ne laisserons pas l’Indochine tomber aux mains du communisme », et huit jours après, parle de compromis ou envisage un possible abandon.

 

Les Responsabilités Américaines

Il est singulier que nos grands journaux du soir qui ne laissent jamais passer une occasion d’accabler les Etats-Unis de toutes les fautes réelles ou possibles aient soigneusement évité de leur attribuer la responsabilité de notre défaite. Que resterait-il, n’est-ce pas, pour le gouvernement et les chefs militaires ?

Cependant, le jour où les Etats-Unis ont cédé à Pan Mun Jon et renoncé au combat pour discuter l’armistice, tout le monde et nous-mêmes a dit : maintenant c’est le tour de l’Indochine ; n’ayant pas atteint tous leurs objectifs en Corée, les Chinois vont reporter leur effort vers le Sud, infiniment plus tentant pour ses ressources économiques. Ils feront traîner en longueur les pourparlers de Pan Mun Jon de façon à détourner l’attention des Américains de leur manœuvre, et les laissant dans le doute de leurs intentions, les obligeront à rester l’arme au pied en Corée.

L’Etat-Major français avait d’ailleurs alors exprimé la même inquiétude, et l’on s’étonne ainsi qu’il ait fixé à Dien-Bien-Phu, à proximité de la frontière chinoise, l’élite du corps expéditionnaire à 300 kilomètres d’Hanoï et sans autre lien avec cette base qu’une aviation manifestement insuffisante. Mais si notre armée abonde en héros nous savons depuis 1914 qu’au sommet il n’y a pas que des génies. Mais tout cela est mineur. Pas plus qu’en 1936 et 1939, nous n’avons été l’agent principal de nos malheurs ; à Genève, la défection de Churchill et les palinodies d’Eisenhower nous ont mis devant une situation sans autre issue que la capitulation ou une lutte dont le prolongement ne mène qu’à la catastrophe, si elle n’est menée par tous les peuples libres.

 

Les Conditions du Viet-Minh

Car c’est bien de capitulation qu’il s’agit à Genève, c’est même le seul genre d’accord que l’on signera jamais avec le communisme. Avec une habileté diabolique, le Vietminh propose en « échange » de la souveraineté d’Ho Chi Minh sur l’ensemble de l’Indochine, la reconnaissance de nos intérêts économiques et culturels ! Nous en avions aussi à Shanghaï ; en quelques mois, par des exactions de toutes sortes, nos établissements ont dû fermer leurs portes ; quant à nos missionnaires, on sait dans quel état ceux qui ne sont pas morts en prison sont revenus. Mais, pour la propagande, de proposer une reconnaissance des intérêts français peut suffire à tromper l’électeur mal informé, et mettre nos négociateurs en plus mauvaise posture encore.

 

La Psychologie Soviétique

Nos lecteurs doivent sourire en pensant que nous mettions – non sans ironie – quelque espoir dans la maladresse de nos ennemis. Cependant, il faut distinguer. Les Russes sont d’excellents joueurs d’échec, et sans souci d’opinion publique et disposant du loisir de réfléchir, ils réussissent des coups de maître comme celui de Dien Bien Phu et de Genève. Par contre, ils n’ont aucun sens de la psychologie occidentale comme lorsqu’ils proposent froidement d’entrer à l’O.T.A.N., ou les Viets dans l’Union Française. Ils ne voient que le succès sans se demander si ce succès qui les grise ne sera pas le point de départ d’échecs ultérieurs. La guerre de Corée en est l’exemple. Le monde libre a pris peu à peu conscience qu’il s’agissait entre lui-même et le monde communiste d’une lutte à mort sans trêve ni merci, sans coexistence possible de quelque ordre qu’elle soit …. L’habileté suprême serait pour les Soviétiques de rassurer l’adversaire, et c’est là qu’ils sont en défaut. Si la France capitule en Indochine, ils ne sauront pas se retenir de violer leurs engagements et de poursuivre leurs avantages, jusqu’à obliger tous les peuples libres à intervenir malgré eux.

 

L’ « Economist », juge de Churchill

Citons maintenant l’ « Economist » qui juge avec une indépendance qui mérite un hommage, l’attitude de son gouvernement.

N’importe quelle guerre, dit-il, peut être arrêtée, si l’un des belligérants capitule, mais si la France et les Etats associés abandonnent la lutte maintenant, les résultats seront particulièrement dangereux pour le peuple anglais. Cette façon de mettre fin à la guerre d’Indochine aurait pour résultat de rapprocher l’heure de la guerre atomique. » David Lawrence commente en ces termes : « Il fut un temps, juste avant la Première Guerre Mondiale quand les Anglais auraient pu allier le bon sens et le courage pour l’éviter. Il était temps encore entre 1936 et 1939 pour négocier un pacte garantissant l’indépendance de la Pologne alors que Molotov, lui, négociait en secret avec les Nazis pour la partager. L’histoire se répète-t-elle et la troisième guerre n’est-elle plus qu’une question de deux ou trois ans parce que les Alliés sont sans volonté pour agir avec décision contre l’inexorable avance d’un gouvernement de dictature ? »

 

Les Flottements de la Politique Américaine s’expliquent

Il y a toutefois aux hésitations et aux contradictions américaines une explication. Il est probable que la Conférence de Genève échouera comme ont échouées toutes les précédentes parce que les Soviets ne seraient pas fâchés d’entraîner les Etats-Unis à nouveau dans une guerre sur le continent asiatique qui les affaiblirait et mettrait en même temps les Chinois devant une épreuve difficile qui les tiendrait plus que jamais sous la coupe russe. Cette guerre en Asie du Sud-Est indisposerait l’opinion américaine et éloignerait les pays asiatiques libres, comme l’Inde et l’Indonésie et les pays arabes, de l’orbite américaine, tandis que Moscou ferait la propagande de la paix. Comme disait hier le sénateur Knowland : il est bien tard pour sauver l’Asie du Sud-Est. Mais l’abandonner ne serait-il pas se résigner au pire ?

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1954-05-08 – Albion à Genève

ORIGINAL-Criton-1954-05-08  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-05-08 – La Vie Internationale.

 

Albion à Genève

 

Les Soviétiques ont remporté à Genève un succès qui a dû les surprendre eux-mêmes. L’Alliance Atlantique s’est trouvée ébranlée, sans qu’ils aient eu à s’employer.

Les frères Alsop rappelaient hier que la dramatique journée du samedi 24 avril dernier rappelait les événements de mars 1935, quand Hitler réoccupa la Rhénanie. L’Angleterre et, au Foreign-Office, le même Anthony Eden refusèrent de répondre à l’appel de Sarraut et Mandel qui ne voulaient pas laisser Strasbourg sous les canons allemands. L’histoire ne se répète pas, mais quand des circonstances analogues se retrouvent, les mêmes hommes réagissent de façon semblable, et les conséquences peuvent en être comparables.

 

Ce que furent les 24 et 25 avril, à Londres

Dans notre chronique antérieure relative à cet événement nous nous étions mépris sur sa portée. Nous pensions que les trois Occidentaux qui venaient de se concerter avant l’ouverture de la Conférence de Genève – réunion pour laquelle Dulles était venu spécialement à Londres et à Paris – avaient réparti les rôles de façon analogue à ce qu’ils avaient présentés à Berlin.

La France demandait aux Etats-Unis une intervention aérienne immédiate en Indochine ; les Américains acceptaient, mais Londres demandaient qu’on sursoie à l’exécution si une rapide conclusion d’un accord pacifique pouvait être obtenue à Genève. Les Sino-Soviétiques se trouvaient alors placés devant un choix, ou proposer un compromis acceptable, ou affronter la coalition. C’était clair et bien conçu et d’excellente tactique ; ainsi le pensions-nous.

En réalité, il en allait tout autrement : la France avait demandé secours ; les Etats-Unis avaient accepté ; leurs porte-avions croisaient au large du golfe du Tonkin, mais Churchill, après deux réunions le dimanche du cabinet, refusait de s’associer à une action militaire, sans lier sa décision avec l’issue de Genève. Les Etats-Unis se refusaient alors à leur tour à agir seuls, à cause du Congrès qui aurait accepté une action commune mais non un geste unilatéral de cette gravité. Et l’assaut contre Dien-Bien-Phu reprit contre les forces françaises réduites à leurs moyens.

 

Les Raisons de Londres

Un événement de cette importance demande un examen objectif et sans passion. La position de Churchill était difficile. D’abord l’Opposition travailliste aurait réagi violemment : Attlee tout comme Bevan. Le Parti Travailliste se serait ressoudé à la veille des élections aux conseils généraux en Angleterre ; la position du Parti conservateur où beaucoup de députés sont hostiles à l’intervention en Asie aurait été ébranlée.

D’autre part, pendant ce temps, se tenait la Conférence asiatique de Colombo où siègent trois membres du Commonwealth : l’Inde, le Pakistan, Ceylan. Leurs relations avec la Grande-Bretagne sont pour le moins instables, sinon tendues. L’Angleterre entrant dans un conflit asiatique, aux côtés d’une puissance accusée de colonialisme – la France – risquait de rompre le dernier fil, et les Anglais mettaient en jeu, là et aussi en Birmanie, ce qui leur reste de positions économiques et morales. Au cas où le conflit s’étendait à la Chine, Hong-Kong indéfendable succombait ; enfin, Londres qui voit se rétrécir ces débouchés commerciaux tenait à profiter des commandes soviétiques que les Russes avaient très habilement tendues au moment des négociations.

Cela dit, et impartialement pesées difficultés intérieures et extérieures, il n’en reste pas moins qu’en s’opposant à une action commune, les Anglais risquent plus encore. Si l’Asie du Sud-Est tombe au pouvoir des communistes, tout le reste, Inde comprise, y passera. Non seulement ce sera pour l’Angleterre la perte totale de ses ressources de caoutchouc et d’étain, avec la Malaisie et Ceylan, mais à plus ou moins longue échéance, la menace soviétique s’étendra sur les Iles Britanniques mêmes. Dunkerque et la bataille d’Angleterre se profilent. Mais les Anglais ne réagissent qu’à l’immédiat. A leurs yeux, le péril indochinois n’étant pas tellement pressant, en ajournant leur décision, ils ont agi avec prudence.

 

Les Dessous de l’Affaire

Malheureusement, il semble bien qu’il ne s’agit pas d’un simple « wait and see » habituel. On a beaucoup remarqué que Churchill reprenant le ton de son discours du 11 mai 1953 avait adressé à la Russie en termes chaleureux des vœux de prospérité et d’heureux progrès, tout en pressant la France de ratifier sans délai la C.E.D. Eden de son côté à Genève a fait visite à Tchou-en-Laï et a laissé mettre à son compte un projet de partage de l’Indochine entre Vietnam et Vietminh. Dans son message aux Ministres asiatiques réunis à Colombo, il leur a suggéré de s’entremettre pour prendre en charge l’administration de l’Indochine neutralisée, ce qui sous-entend le départ des Français ; le mot de colonialisme a même été prononcé à notre endroit ce qui de la part des Anglais est un peu raide.

Tout se passe comme si, les Anglais abandonnant l’expectative, se préparaient à s’entendre avec Moscou contre la France et les Etats-Unis, pourvu bien entendu que les Sino-Russes se montrent raisonnables, ce qu’il est bien naïf de croire. Il y a derrière cette attitude des motifs peu avouables : d’abord cette vieille jalousie coloniale que rien n’effacera entre la France et l’Angleterre. On ne nous a jamais pardonné d’avoir tenu en Indochine quand Londres évacuait la Birmanie, et notre défaite en Indochine ne déplairait pas à tout le monde outre-Manche.

Il y a autre chose : si les événements amenaient les Etats-Unis à s’unir à la France pour combattre seuls le communisme, ce qui est loin d’être impossible, si la Conférence de Genève échouait par l’intransigeance des Rouges gonflés de leurs succès diplomatiques et militaires, Londres ferait une affaire splendide ; d’autres se battraient pour sauver la Malaisie et l’Angleterre regarderait faire. La Livre Sterling encore fragile redeviendrait la devise appréciée dans le monde (le Sterling bloqué a déjà fait un bond depuis huit jours). Finie la suprématie du Dollar, et quelle hausse pour les « commodities » que produit le Commonwealth ! Du coup, la City redeviendrait le banquier du monde et l’Angleterre retrouverait la confiance des peuples asiatiques et africains en se justifiant ainsi du soupçon de « colonialisme ».

Que le lecteur ne croit pas que nous romançons ou qu’il y a là spéculation gratuite. Il suffirait d’aligner des citations éparses de journaux, de discours ou de revues anglaises de ces derniers jours pour y trouver noir sur blanc chacune de ces hypothèses. Tout cela serait bien joué si les héros de Dien-Bien-Phu ne mouraient pendant que les Excellences se livrent à leurs combinaisons, et si les Chinois, les Russes et les Viets ne venaient pas de remporter à Genève une retentissante victoire diplomatique. Victoire d’autant moins contestable que le bruit court déjà que M. Dulles, qui a quitté Genève serait amené à démissionner. Ce bruit est sans doute controuvé, mais il suffit qu’il couve pour montrer qu’à Washington on est en plein désarroi. Derrière Dulles, Eisenhower est atteint : tantôt il annonce des décisions capitales, tantôt il fait des vœux pour un modus vivendi en Indochine ; le prestige américain a subi du fait de Londres une rude secousse. Les frères Alsop plus haut nommés comptent sur la présomption et la maladresse des communistes pour refaire l’unité du Bloc occidental. La chose n’est pas impossible.

Mais les Soviets ont préparé Genève avec un soin remarquable. Grâce à la Conférence, la propagande qui se perdait dans le vide est répandue à flots par le truchement des journalistes avides de copie. Les commandes fabuleuses de marchandises ont appâté les affairistes de tous les pays. Des contacts souterrains ont été établis dans les parlements occidentaux. Il reste aux Russes à abattre Georges Bidault. Ils ont à Paris beaucoup de gens pour les aider. Il suffit qu’ils le mettent dans l’obligation de refuser un accord qui serait suffisant pour ses adversaires, mais inacceptable pour ceux qui ont charge de la dignité française. Encore une fois, comptons sur leur maladresse.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-05-01 – Le Plan Molotov à Genève

ORIGINAL-Criton-1954-05-01  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-05-01 – La Vie Internationale.

 

Le Plan Molotov à Genève

 

Une impression très nette se dégage des premiers contacts de Genève. Les Russes veulent jouer les médiateurs. Voici ce que paraît être leur plan !

 

Le Plan Molotov

Eviter une internationalisation du conflit Indochinois en faisant obstacle à l’intervention américaine directe et au pacte de défense des nations intéressées à l’indépendance de l’Asie du Sud-Est tel que Dulles a cherché à le conclure. Donner d’autre part des satisfactions aux Chinois sans leur permettre de transformer en satellites les pays qu’ils convoitent ; leur laisser l’espoir de s’infiltrer plus tard sans s’exposer dans l’immédiat à entrer en conflit avec les Américains. Ce qui, dans la pratique, pourrait signifier : proposer d’abord un cessez-le-feu à certaines conditions, sans laisser auparavant écraser la garnison de Dien Bien Phu, ce qui pourrait déterminer la France qu’ils cherchent manifestement à se concilier, à s’engager à fond dans le sillage de la politique des Etats-Unis ; engager ensuite de longs pourparlers pour aboutir à la création d’un état tampon satellite de la Chine qui comprendrait au moins la totalité du Tonkin, ce qui aurait l’avantage de disloquer la coopération Franco-Vietnamienne et de renverser Bao Daï, tout en brouillant les nationalistes vietnamiens avec la France. Le noyautage politique des autres états indochinois en serait considérablement facilité, et la France demeurerait dans ce qui resterait des Etats associés dans une position plus précaire que jamais.

Ce plan, s’il correspond en gros à la réalité, serait selon nous tout à fait dans la ligne de Moscou : créer des difficultés aux Alliés, et tenir la Chine sous sa dépendance.

 

Les Chances de Succès

Reste à savoir si le plan peut réussir. Du côté Chinois et Vietminh, la pression des Russes est aisée. Au cas où ils résisteraient, il suffit qu’ils soient abandonnés à leur sort par Moscou pour mesurer les risques qu’ils peuvent courir. Intervention américaine avec Tchang-Kaï-Chek d’un côté, Syngman Rhee de l’autre, la France au Sud, et les Etats-Unis derrière ses Alliés.

Du côté de ceux-ci, la tâche de Moscou est plus difficile. La France a des engagements à l’égard du Vietnam (bien que les difficultés soulevées par Bao Daï pour signer les traités préparés avec la France, peut dans une certaine mesure délier celle-ci de ses obligations). L’abandon du Tonkin surtout si l’on devait y inclure Haiphong et les charbonnages, serait un revers grave pour le prestige français. D’autre part, si les Anglais voient d’un œil favorable une solution de compromis de ce genre, les Etats-Unis y voient eux, avec raison, une menace plus grave pour l’avenir, une sorte de Munich asiatique qu’il faut à tout prix éviter.

Il est bien clair, comme nous le disions, que la poussée chinoise vers le Sud ne serait que momentanément arrêtée. Pour qu’une telle solution soit acceptable, il faudrait être sûr que les Soviets sont eux aussi décidés à limiter les ambitions chinoises et cette certitude, on ne l’obtiendra malheureusement jamais. Il est probable, d’autre part, que les Soviets mettraient comme prix à leur médiation l’abandon par la France de la C.E.D., ce qui diviserait notre pays d’avec ses Alliés et rendrait impossible l’unification de l’Europe et la future coopération franco-allemande ; ce qui, pour les Russes, est bien plus important que la C.E.D. elle-même.

On s’explique ainsi la méfiance des Etats-Unis envers cette rencontre de Genève. Les Américains ont probablement encore manqué l’occasion. Devant la situation désespérée de Dien Bien Phu, une intervention massive des bombardiers des Etats-Unis aurait retourné notre situation militaire et forcé l’opinion française à se rallier à cette audacieuse et décisive action. Mais il y a le Congrès américain qu’il faut consulter, et l’O.N.U. et les Alliés de divers côtés à ménager ; ce genre d’action est hors de possibilités des démocraties. Les Soviets le savent bien ; ils puisent là toute leur force.

 

L’Attitude Anglaise

Et puis il y a l’Angleterre : la maison du voisin peut bien brûler, les Anglais ne bougent que si le feu gagne la leur. Même lorsque, comme c’est le cas présentement, les intérêts anglais et français coïncident, cela ne suffit pas pour que Londres nous appuie. C’est ce qui s’est passé samedi dernier, quand Dulles et l’amiral Radford ont demandé successivement à Eden et à l’Etat-Major de répondre de concert à la requête française d’aide immédiate en Indochine.

Malgré toutes les humiliations subies, les Anglais ont conservé l’espoir de se concilier la Chine rouge. Pour eux, l’heure de la négociation viendra tôt ou tard après que les Communistes auront usé sur les autres leurs griffes sanglantes. Eden avait le même sentiment quand les Japonais ont attaqué les Etats-Unis à Pearl-Harbour. Quelques mois après, les Japonais enlevaient Singapour après avoir coulé les deux cuirassés britanniques qui en défendaient les abords. Mais l’exemple est inutile : on ne change pas les peuples, encore moins les diplomates, surtout s’ils sont Anglais.

 

Conclusion

Cette défection anglaise va aider les Soviets à conserver l’initiative et, s’ils ont bien l’intention de mener la Conférence au Munich asiatique, les Américains ne pourront les en empêcher car ils seraient seuls à s’opposer à un compromis que tout le monde souhaite, comme en 1938. Mais Molotov malgré ses habilités est si mauvais psychologue, et Tchou en Laï si présomptueux, que le défaut de la cuirasse pourrait leur échapper.

En tous cas, la tâche de Bidault ne sera pas facile à Genève encore moins à Paris où l’assaut des extrêmes se prépare : Communistes et Gaullistes rivalisent de violence. Réédition du coup de Cannes en 1922 ?

 

Flottement de l’Opinion

Ce qui est affligeant dans cette épreuve militaire, diplomatique et politique, c’est qu’elle est subie en France avec une inquiétude résignée, au moment même où une volonté nationale fortement affirmée pourrait exercer une influence déterminante sur l’avenir du monde. Car le drame d’Indochine est un événement capital de l’histoire d’après-guerre, et la Conférence de Genève la plus sérieuse sinon le seule depuis 1945. Affligeante surtout, l’absence d’un grand organe national. Notre presse est représentée à l’étranger soit par des feuilles mondaines de rédaction académique, soit, ce qui est plus grave, par d’autres dont on ne discerne pas s’ils font ou non le jeu du communisme, tout en paraissant s’en détacher par un neutralisme habile. Les unes et les autres ne communiquent pas avec l’esprit national qui ne saurait s’y reconnaître et oscille embarrassé entre les déclarations officielles et des passions politiques contradictoires. L’âme française est sans voix. On ne peut qu’admirer dans ces conditions ceux qui tant bien que mal tiennent tête à ces orages divergents pour maintenir une politique française.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-04-24 – Un Nouveau Pan-Mun-Jon

ORIGINAL-Criton-1954-04-24  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-04-24 – La Vie Internationale.

 

Un Nouveau Pan-Mun-Jon

 

Les neutralistes de toutes nuances se sont ingéniés à découvrir dans les pourparlers récents entre Dulles, Eden et Bidault tous les sujets de désaccord. Il faut en effet, pour en trouver, beaucoup d’imagination. Faisons le point en quelques mots : la situation du corps expéditionnaire en Indochine est désespérée, sinon dans l’immédiat, du moins pour la prochaine campagne. L’aide matérielle des Américains n’y pourra pas grand-chose. Si rien ne devait changer dans le rapport des forces, la seule solution serait le repli des troupes françaises dans quelques bases maritimes, et l’abandon du reste aux Viet-Minh, solution dont nous avons parlé il y a longtemps et que M. Lippmann a reprise à son compte récemment. Le repli permettrait de sauver la face et des vies humaines, mais ne présenterait pas grand intérêt militaire, politique et économique. Pratiquement, la route de Singapour serait ouverte.

Là-dessus, les Etats-Unis, surmontant leurs répugnances et conscients du péril, mettent leurs forces dans la balance à la veille de la Conférence de Genève, et espèrent par cette menace faire céder les Chinois. L’espèrent-ils vraiment ou agissent-ils ainsi pour dégager leur responsabilité devant leur opinion et celle de leurs Alliés ? Il est probable que Dulles n’en sait pas plus que nous sur les desseins des Chinois, et nous ne les connaîtrons pas de sitôt. En mettant les choses au mieux, Genève sera un nouveau Pan Mun Jon.

On ne voit pas dans ces conditions comment un Ministre français auquel on vient offrir, au cas où il y aurait une chance de négocier, l’atout majeur d’une menace d’intervention américaine, ferait des difficultés pour l’accepter.

 

Un Gallup sur l’Intervention Américaine

Il est intéressant de noter que, malgré les cruels souvenirs de la guerre de Corée où les Américains perdirent trente mille des leurs sans compter les blessés qui n’étaient pour la plupart ni des professionnels ni des volontaires ni des mercenaires, un récent Gallup accuse 46 pour cent d’opinions hostiles à l’intervention des soldats des Etats-Unis en Indochine, contre 33,6 pour cent favorables, le reste étant indécis. Cette proportion d’un tiers montre à quel degré la gravité des événements du Sud-Est asiatique a été ressentie en Amérique.

Que de fois avons-nous dit ici depuis 1951 : on s’apercevra un jour, aux Etats-Unis, que Mac Arthur avait raison ; souhaitons que ce ne soit pas trop tard. Personne ne l’avoue, mais tout le monde aujourd’hui le pense. Car en supposant même que la Conférence de Genève aboutisse à une trêve, que la menace d’intervention américaine sauve la situation en Indochine, le problème ne sera qu’ajourné ; la Chine rouge profitera d’un répit pour accroître son potentiel de guerre et, ayant fourbi de nouvelles armes, partira au moment choisi pour un nouvel assaut. Voici un propos qui ne sera pas du goût de tout le monde, mais ici nous ne discutons pas politique, mais des données selon lesquelles se forme l’histoire.

 

Les Conditions d’une Paix Véritable

La seule chance de paix est dans la dislocation de l’Alliance Sino-Russe et la destruction du potentiel de guerre chinois, quand il en est encore temps. Le régime de Pékin abattu, l’U.R.S.S. ne sera pas dangereuse ; les forces du monde libre auront acquis alors une telle prépondérance que l’Union Soviétique pourra développer en toute quiétude son expérience économique et sociale avec, souhaitons-le pour elle, un peu plus de succès qu’elle n’en a obtenu jusqu’ici. Il fut un temps qui n’est pas loin où l’on regardait avec scepticisme celui qui disait que les problèmes asiatiques, et avant tout celui de l’Indochine, étaient infiniment plus importants que ceux d’Europe où la situation était stabilisée pour longtemps. Qui aujourd’hui le contesterait ? Ajoutons, sans hésitation, que les Etats-Unis devront tôt ou tard intervenir en personne sur le continent asiatique non en Indochine, où ils n’ont que faire, mais en Chine même. Privés du concours chinois, le Vietminh serait réduit peu à peu et même rapidement à une action comparable à celle des terroristes marocains. Car la passivité vietnamienne n’est pas affaire d’opinion ou de sentiment, c’est l’attentisme de ceux qui ne savent pas qui est, et surtout qui sera le plus fort.

 

Les Déclarations Anglo-Américaines sur le C.E.D.

Ces temps-ci nous ont apporté les déclarations tant attendues sur les garanties que l’Angleterre et les Etats-Unis apportent à la Communauté Européenne de Défense. Les uns y ont vu un progrès appréciable, d’autres naturellement n’y ont trouvé que de vagues promesses. En fait, ces garanties ne valent que par l’intention qu’elles révèlent : Anglais et Américains n’ont pas plus que nous à ressusciter le militarisme allemand. Encore une fois, comme nous le suggérions au temps où M. Robert Schuman mettait en avant le projet de C.E.D., pourquoi n’a-t-on pas prévu dans un accord tripartite France-Angleterre-Etats-Unis que ces divisions allemandes constituées pour faire face au danger soviétique seraient dissoutes purement et simplement le jour où le péril aurait disparu, et que le départ des anglo-saxons du continent ne s’accomplirait qu’après désarmement de l’Allemagne réunifiée qui d’ailleurs s’accompagnerait naturellement d’un désarmement plus général ? Que de polémiques on aurait évitées par ce moyen. Après quatre ans de réflexion, nous ne voyons pas d’objection à ce plan que la jeune République de Bonn n’aurait pas pu refuser puisque la renaissance du militarisme allemand était et demeure la plus redoutable menace à son développement parmi les démocraties libres.

 

Les Élections Belges

Terminons sur de moins graves sujets. Les Belges ont voté et, comme prévu, la majorité absolue a échappé aux Chrétiens-sociaux qui ne l’avaient emporté aux élections précédentes que par l’incidence de la question royale. Un cabinet socialiste-libéral est en formation. Ce qui est intéressant, c’est le calme de la campagne électorale, l’absence de polémiques sur les questions doctrinales, économiques ou sociales. N’était l’antagonisme des cléricaux et des anticléricaux, les Partis auraient été en peine de trouver des sujets de dispute. On s’est rabattu sur la durée du service militaire et les subventions à l’école confessionnelle. Le programme des Socialo-libéraux se borne à développer les mesures préconisées par son prédécesseur pour maintenir la prospérité manifeste de la Belgique. Les Socialistes doctrinaires n’y trouveront pas leur compte, mais les Belges y verront la garantie d’un progrès dans la bonne voie. La preuve en est que les milieux d’affaires et les financiers n’ont pas réagi défavorablement ; la fermeté demeure sur tous les marchés. Qu’on le veuille ou non, les temps sont changés ; l’échec économique et social du communisme, qui d’ailleurs perd en Belgique une part appréciable de ses derniers adhérents, et le relèvement fulgurant de l’Allemagne sous un régime libéral ont fait la preuve de l’efficacité du système de la libre entreprise et de la concurrence, pour l’élévation générale des niveaux de vie.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1954-04-10 – Enfin !

ORIGINAL-Criton-1954-04-10  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-04-10 – La Vie Internationale.

 

Enfin !

 

Enfin les événements d’Indochine sont appréciés à leur pleine valeur par le monde libre. Il y a cinq ans au moins que nous attendons cette tenue. Eisenhower a dit que « quel que soit le prix qu’il y faudra mettre, l’Indochine ne doit pas tomber aux mains du communisme ». Les Américains ont été longtemps aveugles, longtemps hésitants après avoir compris. Les Français ont eu tort de reculer devant l’internationalisation du conflit qui présente de sérieux inconvénients, mais aurait peut-être évité bien des sacrifices. Les Chinois cèderont-ils devant l’espèce d’ultimatum que leur a finalement adressé Foster Dulles ? S’il s’agissait des Russes, on pourrait répondre affirmativement. Ils ont toujours été prudents. Chez les Jaunes par contre, la tentation du suicide est souvent plus forte que la raison ; l’exemple du Japon reste dans l’esprit.

 

Les Avances de Moscou

Il est significatif cependant que la radio soviétique insiste chaque jour sur les possibilités d’un accord et d’une paix en Asie négociée à la prochaine Conférence de Genève. La guerre de Corée, si elle a donné une impulsion au nationalisme chinois, n’a pas été payante pour l’U.R.S.S. Et il reste vrai que la conquête de l’Asie du Sud-Est par la Chine n’est pas, à longue échéance dans l’intérêt des Soviets. Si une véritable guerre s’allumait à nouveau en Chine, les Russes seraient obligés de soutenir leurs alliés et si ceux-ci étaient défaits, l’U.R.S.S. perdrait une large part de sa puissance ; de plus, les embarras de l’économie russe sont notoires. Dans un récent article du journal du peuple de Pékin, on pouvait lire que 200 millions de Chinois sur 500 ne vivent que du bol de riz que le Gouvernement leur distribue quand il y en a.

 

La Paix n’est pas en Danger

Dans ces conditions il est faux de prétendre que la paix du monde est en danger parce que les Etats-Unis ont mis les Sino-Soviétiques devant les risques d’une intervention directe en Asie du Sud-Est. Il faut reconnaître d’ailleurs que l’opinion française, à quelques exceptions près a réagi avec calme aux décisions de Washington, et a compris que seule une résolution sans ambiguïté, consciente des risques qu’elle implique pouvait sauver le corps expéditionnaire français d’une situation qui n’est pas loin de devenir désespérée. C’est plutôt à Londres que l’opposition travailliste se déchaîne, dès que l’on entend le langage de la force. Ce que l’on appelait jadis le « pacifisme bêlant » de nos socialistes, a émigré outre-Manche.

 

Les Projets d’Action Commune

Les projets d’action concertée ne compromettent nullement les chances de succès de la Conférence de Genève. Dûment avertis, les Sino-Soviétiques feront le point. Si aucun échec militaire sérieux ne nous est infligé d’ici-là, on peut prévoir un nouveau Pan Mun Jon avec des hauts et des bas, et finalement une trêve plus ou moins stable. Tout bien pesé, d’après ce que l’on peut inférer de l’attitude russe, c’est dans ce sens que s’orienteront les choses. Rien ne sera résolu, mais on évitera le pire.

 

Que serait le Pire ?

Et d’ailleurs si le pire arrivait, qu’en serait-il ? La flotte américaine bloquerait les côtes chinoises. La guerre civile se rallumerait en Chine continentale où les troupes de Tchang-Kaï-Chek appuyées par les Etats-Unis tenteraient de reconquérir le pouvoir. On en reviendrait à une situation qui fut pendant de longues années celle de la Chine. Ho Chi Minh réduit à ses propres forces ne pourrait plus entreprendre d’opérations sérieuses. Ce ne sont certes pas des perspectives heureuses pour l’humanité. Mais il y a, loin de là, à un cataclysme mondial. Le pire serait pour nous la destruction de nos forces en Indochine, et la formidable vague de puissance et d’orgueil que la victoire ferait déferler de Pékin, et c’est cela qu’il faut éviter coûte que coûte et c’est ce qui le sera. Il nous semble qu’une telle opinion banale et de bon sens devrait être celle de tout Français qui a conservé le sens national.

 

Les Soviets et l’O.T.A.N.

On a beaucoup commenté la dernière note soviétique où Moscou propose sans ambages d’adhérer au Pacte Atlantique après l’avoir, des années durant, chargé du noir dessein de préparer la guerre mondiale. On a cru à un « poisson d’avril ». C’est mal connaître les Russes. L’idée doit être de Vichinsky et a dû le séduire comme un bonne manœuvre pour mettre l’adversaire dans l’embarras. Il n’a pas prévu un instant qu’on y verrait une farce et qu’un éclat de rire y répondrait.

Mais en Occident, la proposition a paru si énorme que Mme Tabouis et M. Daladier eux-mêmes n’ont pas mordu. C’est tout dire, « L’Humanité » s’est montrée discrète. Et cependant pourquoi ne pas prendre les Russes au mot ? L’accession à l’O.T.A.N. comporte des conditions ; en sollicitant d’y participer, le candidat doit donner toutes indications sur l’état de ses forces et permettre qu’on s’en assure. Le mystère de la puissance soviétique serait éclairci et peut-être aurait-on des révélations rassurantes que les Soviets préfèrent cacher. Mais nous doutons que la réponse des Occidentaux ait assez de hardiesse ou d’humour pour formuler de telles propositions.

 

L’ « Indépendance » de la République Orientale d’Allemagne

En attendant, les Soviets ont érigé la République orientale d’Allemagne en pays indépendant et souverain ; c’est-à-dire, en bon français, que la zone d’occupation deviendra un satellite au même titre que la Tchécoslovaquie et la Pologne. Il n’y aura pas grand-chose de changé. La manœuvre russe mérite cependant attention. D’abord parce qu’elle prétend supprimer en droit les dernières prérogatives des Alliés occidentaux issues du statu d’occupation et qu’il leur sera difficile en traitant de l’Allemagne orientale de ne pas reconnaître, au moins de facto, le Gouvernement de Pankow. C’est dissiper aussi si l’on conservait quelque illusion tout espoir de réunification pacifique de l’Allemagne.

Mais il y a autre chose : n’est-ce pas aussi obliger les Alliés occidentaux à rendre à l’Allemagne d’Adenauer sa pleine souveraineté ? Et cette souveraineté, n’est-ce pas la ratification du traité de Bonn qui doit la consacrer ? Et celui-ci n’est-il pas lié en droit au traité de la Communauté Européenne de Défense ? N’est-ce pas une preuve de plus que la lutte contre la C.E.D. est, pour les Russes, une feinte. Ils ne la craignent pas et nous ne sommes pas loin de croire maintenant qu’ils la souhaitent. Quelle meilleure garantie pour eux de la perpétuation du statu-quo en Europe ?

 

Encore la C.E.D.

Pauvre C.E.D. ! Un journaliste étranger humoriste, disait qu’elle avait rendu à la France son vrai visage en ressuscitant la conjonction des extrêmes. Il est certain que la querelle a rendu la voix aux nationalistes factieux et donné du même coup au parti de l’étranger l’apparence du patriotisme. C’est ressusciter l’atmosphère de « l’Affaire ». Comme nous sommes conservateurs, même dans nos passions !

En réalité, l’enjeu de la C.E.D. a été exagéré. Si comme nous l’avons toujours pensé, elle est ratifiée, ce ne sera pas en tous cas de sitôt, car du principe à la réalisation il y aura bien des étapes. L’avenir de la France n’en sera pas sérieusement affecté. Voyons la Communauté du Charbon et de l’Acier, qu’a-t-elle jusqu’ici bouleversé ? Rien exactement. Si nous nous dérobons devant la C.E.D., notre crédit dans le monde en pâtira assez longtemps, notre situation économique et politique demeurée en vase clos augmentera le retard qu’elle a pris déjà et l’on se passera de notre concours, ce que sans doute beaucoup souhaitent sans le dire. Si nous entrons dans la Communauté de Défense, il se pourrait qu’au lieu d’y gagner, celle-ci y perde de son efficience, ce qui explique le double jeu de Moscou.

En tous cas, si ceux qui s’époumonent prenaient la peine de réfléchir, la plupart de ceux qui sont contre seraient pour, et certains de ses partisans pourraient avoir des hésitations. La sagesse voudrait qu’on se ralliât à l’opinion de M. Prudhomme puisque nous l’avons proposée nous-mêmes. Ayons la bonne foi de l’accepter, et puisque tout le monde nous en presse, il ne serait pas raisonnable de s’entêter à demeurer seuls. Vae soli ! Quant aux conséquences, il est probable qu’elles seront bien moins sensibles qu’on ne l’espère ou ne le craint.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-04-03 – Le Langage de la Force

ORIGINAL-Criton-1954-04-03  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-04-03 – La Vie Internationale.

 

Le Langage de la Force

 

Le discours de Foster Dulles sur l’Indochine et les déclarations de Churchill approuvant les expériences atomiques de Bikini, montrent sans ambiguïté que la solidarité anglo-saxonne en face des Soviéto-Chinois est complète. La déception et même la colère des Travaillistes aux Communes qui pensaient que le Premier Ministre ferait des réserves sur la politique américaine seront partagées par tous les neutralistes européens. Une politique commune est arrêtée pour la Conférence de Genève aussi ferme qu’à Berlin. Il est hors de question que la France seule puisse, si elle en avait l’intention, se désolidariser de ses Alliés.

 

Les Déclarations de Dulles

Dulles a été formel sur deux points. La Chine devra renoncer à toute expansion vers le Sud-Est asiatique et en Corée, retirer ses troupes et souscrire à une réunification du pays selon les principes de la démocratie occidentale. Sinon, il ne sera question d’aucune concession dans le domaine économique et à plus forte raison politique.

Contrairement à ce que l’on cherche à faire croire à l’opinion française, cette déclaration du Secrétaire américain n’a pour objectif, ni de torpiller la Conférence de Genève, ni d’interdire à la France de rechercher les possibilités d’une paix en Indochine. Au contraire, le fait d’envisager une internationalisation du conflit auquel les Nations-Unies ou simplement les partenaires de l’ « Anzus » avec la Grande-Bretagne seraient appelés à participer est de nature à faire réfléchir les Russes et les Chinois, et à les pousser à traiter ou à renoncer devant la menace d’extension du conflit. C’est devant une perspective du même genre qu’ils ont renoncé à poursuivre la Guerre de Corée. La position de la France à Genève n’en pourra être que plus forte. Selon toute apparence les termes de cette tactique diplomatique ont été connus du Général Ely lors des entretiens de Washington.

 

Les Échanges Est-Ouest

Déjà à la Conférence qui s’est tenue ces jours-ci entre Américains, Anglais et Français sur le commerce Est-Ouest et les adoucissements possibles au « Battle Act », l’embargo quasi-total des livraisons à la Chine rouge a été strictement maintenu. Quant aux échanges avec les Soviets et ses Satellites, on est convenu de s’en tenir à une liste de marchandises bien définies, et à limiter les transactions aux possibilités immédiates et non de les étendre selon des plans de réalisation aléatoire. Les échanges seront ainsi ramenés à des proportions modestes et raisonnables fort éloignés des propositions fantastiques de la propagande communiste. Les sanctions prises par les Anglais contre des opérateurs qui avaient transgressé le « Battle Act » sont une preuve de plus que les Européens entendent s’en tenir aux instructions antérieures. Le mirage de l’extension illimité du commerce Est-Ouest se trouve dissipé.

 

Les Incidences de la Politique Intérieure Américaine sur le Discours

Cette fermeté des Anglo-Saxons n’est certes pas pour nous une surprise. Elle a pour les Américains des raisons de politique intérieure. On n’a pas tardé en effet aux Etats-Unis à trouver que le président Eisenhower, dont on espérait des miracles comme la paix et la victoire simultanées en Corée, était un « brave homme » plein de généreuses intentions, mais faible et hésitant devant les risques et embarrassé pour prendre position. Défié par McCarthy, on attendait de lui une riposte à l’américaine qui aurait envoyé le Sénateur au tapis. Un journaliste d’opinion aussi mesuré que M. Lippmann, écrivait récemment que « l’hystérie », traduisons en français, l’inquiétude un peu panique, qui s’est emparée de l’opinion américaine devant les risques de la guerre atomique et l’espionnage soviétique, avait pour origine le manque de confiance de la nation dans la fermeté de son chef. Eisenhower avait été plébiscité pour délivrer les Américains de tout risque et leur permettre de continuer leur besogne à l’accoutumée. Un redressement s’imposait donc, et Dulles a repris la barre ; les expériences thermonucléaires se poursuivront, quelles que soient les protestations, et l’Indochine sera défendue, même au risque d’une intervention américaine en cas de défaillance des Français. Cela n’a pas été exprimé pour ne pas contredire les déclarations antérieures d’Ike, mais se comprend implicitement.

 

La Position Diplomatique Française

Cette importance primordiale donnée à la guerre d’Indochine renforce considérablement la position diplomatique française. Non pas en face des Sino-Soviétiques dont, comme nous l’avons répété, il n’y a rien à attendre à moins qu’ils n’aient décidé d’abandonner Ho Chi Minh, ce qu’ils feront dans ce cas sans conditions, mais pour une solution satisfaisante du problème franco-allemand pour nous autrement profitable. Pour que la solidarité du monde atlantique devienne totale, il faut résoudre le problème sarrois ou du moins s’accorder à faire disparaître les antagonismes trop pressants, rendre à la République de Bonn sa souveraineté, ce qui ne peut plus être différé, et trouver une formule pour rendre acceptable la C.E.D. puisque l’on est à peu près unanime pour tenir la participation militaire de l’Allemagne occidentale comme indispensable à la défense commune.

 

L’Europe se fait.

Nous nous abstenons volontairement de commenter la question, au moment où elle a pris chez nous ce caractère « hystérique » que l’on reproche aux autres. Tenons-nous-en comme toujours, non à l’expression d’opinion qui ajouterait des sottises à tant d’autres, mais à l’examen irréfutable des faits.

L’Europe est en train de se faire sans nous : Anglais et Allemands ont synchronisé dans ce domaine financier des mesures propres à restaurer la liberté des échanges, et dans la mesure du possible, à desserrer les barrières monétaires : instauration à Londres d’un marché libre de l’or ; convertibilité partielle du Mark dans le cadre européen. La coopération financière des pays du Benelux a franchi une étape par la libre circulation des capitaux entre eux. Les relations commerciales des trois pays avec l’Allemagne s’assouplissent graduellement. L’Allemagne de Bonn s’ouvre les marchés grecs et turcs, et une union douanière Italo-allemande n’est plus du domaine de l’utopie. La France pressée de toutes parts est obligée d’abattre quelques-unes des barrières protectionnistes dont elle avait hérissé ses frontières. La Communauté Européenne de Défense est acceptée en principe par tous et il n’est pas jusqu’à la Suède, jusqu’ici farouchement attachée à sa neutralité, qui ne commence à s’entretenir avec ses voisins pour une défense commune appuyée sur le Pacte Atlantique. La France ne peut plus faire obstacle à cette cristallisation des intérêts et des sentiments qui s’expriment partout avec une rapidité presque quotidienne. Notre position, à mesure que la pression s’accentue deviendrait intolérable et nous obligerait à l’avenir à une véritable capitulation alors que nous avons présentement les plus solides arguments pour nous adapter, aux meilleures conditions, à l’inévitable. D’ailleurs, comme le faisait remarquer hier un journaliste suisse, la France a plus besoin de l’Europe que celle-ci d’elle.

 

Le Prestige des Armées Françaises

Au risque de nous répéter, disons que c’est à notre défense en Indochine que la France doit de pouvoir faire prévaloir ses vues. Il est assez scandaleux de voir s’étaler sur les journaux étrangers la biographie du colonel de Castries dont hier seulement « Le Monde » comme à regret retraçait la carrière. On dirait que les Français ont honte d’une lutte qui est aujourd’hui son meilleur titre à l’admiration du monde, car dans tous les autres domaines, les critiques ne nous épargnent pas. Alors que dans un passé récent nous avons claironné des gloires qui n’étaient pas toutes sans taches ; celle-là force l’admiration du monde libre, acceptons-la.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1954-03-27 – Prologue à Genève

ORIGINAL-Criton-1954-03-27  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-03-27 – La Vie Internationale.

 

Prologue à Genève

 

Eden a dit aux Communes qu’il se pourrait que la Conférence de Genève soit encore plus décevante que celle de Berlin. Exactement le contraire d’Adenauer qui pensait que les Sino-Russes veulent un accord en Asie. L’un et l’autre ont cependant l’expérience des affaires, et de bonnes informations. Nous avons ici penché vers l’opinion d’Eden, sans négliger toutefois les hypothèses contraires. Le problème reste entier.

 

La Chine et l’O.N.U.

De même qu’à Berlin, tous les commentateurs croyaient que les Soviets craignaient la Communauté Européenne de Défense et chercheraient  par tous les moyens à empêcher sa réalisation, tous s’accordent avant Genève à penser que le but essentiel des Chinois est d’obtenir leur admission à l’O.N.U., et qu’ils sacrifieront, s’il le faut, Ho Chi Minh pour obliger les Américains à leur ouvrir les portes de l’organisation internationale.

Nous pensons que cette fois encore ils se trompent. Sans doute les questions de prestige jouent un rôle dans le comportement chinois et ce serait pour eux un triomphe que de chasser Tchang Kaï Chek de l’O.N.U. et d’y figurer comme cinquième Grand. Mais de là à croire qu’ils payeront ce succès d’un grand prix, il y a loin.

Le marchandage, admission à l’O.N.U. contre paix en Indochine que les Sino-Russes laissent pressentir sans l’avoir d’ailleurs jamais formulé est, tout comme le marchandage C.E.D. contre réunification et neutralisation de l’Allemagne, le dilemme qui peut le mieux diviser les Alliés. Dans un article récent, M. Lippmann accusait déjà Dulles de s’être laissé coincer entre sa promesse de ne pas reconnaître Pékin et l’hostilité que lui témoignerait le monde libre s’il refusait de consentir ce prix pour le rétablissement de la paix en Asie et la fin de la guerre froide. Si Dulles a couru délibérément ce risque – en se ménageant toutefois une porte de sortie –, c’est qu’il ne croit pas que le désir de Pékin de s’asseoir à l’O.N.U. lui fasse abandonner ses positions stratégiques. Pour que les Chinois posent le marché en ces termes simples, il faudrait que la guerre d’Indochine sous sa forme actuelle ait cessé de les intéresser. Il faudrait surtout que cela corresponde aux intentions de Moscou.

 

Un Gouvernement Collectif à Pékin

Les journaux anglais les plus sérieux se font l’écho de changements importants dans l’organisation du pouvoir à Pékin. Mao Tsé Tung passe pour malade, et le fait n’a jamais été démenti. Le Comité central du Parti qui ne l’appelle plus Président mais Camarade, se serait transformé, comme celui de l’U.R.S.S. après la mort de Staline. On aurait renoncé au culte de la personne et au pouvoir d’un seul homme. Le Parti serait dirigé par un organisme collectif dont le membre le plus influent serait Liu-Chao-Chi qui a fait à Moscou son éducation politique et passe pour l’homme du Kremlin.

En tous cas, l’axe Moscou-Pékin semble plus solide que jamais, et les deux délégations présenteront à Genève un bloc sans fissure. Les débats qui doivent durer trois mois ne seront peut-être pas plus passionnants que ceux de Pan Mun Jon.

 

Evolution de l’Opinion Française sur l’Indochine

La presse étrangère note que le problème indochinois a sensiblement évolué depuis quelques jours dans l’opinion française. Les partisans de la paix à tout prix ont baissé le ton. D’abord parce qu’en regardant les choses plus objectivement, on s’est aperçu que loin d’être actuellement un fardeau financier, la guerre d’Indochine  rapporte des dollars au Trésor et du travail à quatre-vingt mille ouvriers français, et que cette lutte cruelle si courageusement soutenue par ceux qui payent de leur personne sans se plaindre est appréciée dans le monde comme une manifestation d’énergie et de vitalité qui devrait faire honte à ceux qui à l’intérieur sont toujours prêts à capituler. Nos vertus militaires compensent aux yeux du monde notre veulerie civique. On a compris aussi l’atout que représentait cette guerre dans le jeu diplomatique ; nos lecteurs sont depuis longtemps familiers avec ces considérations mais le public français, même celui qui passe pour éclairé, ne l’était pas. Si d’autre part, la situation militaire qui ne tardera pas à se fixer au début de la saison des pluies demeure favorable et que Dien Ben Fou reste en nos mains, la France pourra se présenter à Genève sans faire figure de demandeur.

 

L’Indochine et les Etats-Unis

A Washington, la question indochinoise est de plus en plus au premier plan. Il est particulièrement significatif qu’une entrevue ait eu lieu ces jours-ci entre Eisenhower et Mac Arthur. En aucun cas, les Etats-Unis n’abandonneront l’Asie du Sud-Est aux Chinois. Gardons toujours en mémoire que l’échec des Américains en Corée, la première humiliation de leur histoire, est une blessure dont ils ne parlent jamais, mais à laquelle ils pensent sans cesse. Les Américains la vengeront un jour si lointain qu’il soit, et l’on ne comprendrait pas exactement le soutien dont McCarthy jouit dans l’opinion si le sénateur du Wisconsin ne traduisait pas, bien plus que la hantise de la trahison et du communisme, la rancœur des Américaines contre ceux qui ont refusé de donner à Mac Arthur, puis à Van Fleet les moyens de vaincre sur le Yalu. C’est ce souvenir qui planera sur les élections de Novembre prochain. C’est aussi pourquoi l’aide à l’Indochine, si coûteuse qu’elle soit au contribuable américain, est appuyée par tous les hommes politiques et presque toute la presse. La bataille de Dien Bien Fou favorablement commentée, sert notre prestige. Les Sino-Russes savent fort bien qu’ils ne trouveront pas à Genève des partenaires démoralisés. Il se pourrait qu’en cas d’échec des pourparlers, des moyens militaires autrement puissants et efficaces, soient mis en œuvre à l’automne pour forcer la décision. Cette menace est la meilleure chance d’obtenir un armistice.

 

Le Commerce Est-Ouest

On continue à faire grand battage des entretiens multiples qui se succèdent pour l’élargissement des échanges Est-Ouest. Des marchés ont été traités c’est certain, mais les chiffres effectifs sont bien modestes en regard des prévisions de la propagande. L’État soviétique fait de bonnes affaires. Il achète des oranges italiennes à 0,80 le kilo, rendues en U.R.S.S. il les revend 2.15 Roubles aux  ménagères ; le capitalisme d’Etat a de bonnes leçons de profit à donner aux exploiteurs et ploutocrates occidentaux. En U.R.S.S., là au moins, il n’y a pas d’intermédiaires parasites.

 

L’Objectif des Pourparlers Commerciaux

Le but réel de ces alléchantes promesses d’échanges Est-Ouest est de dresser les Européens contre le « Battle Act » que les Américains ont imposé pour empêcher l’exportation de matériel stratégique au-delà du rideau de fer, et la commission COCOM chargée de l’appliquer. Cela vise surtout les commerçants anglais irrités par ces restrictions et formalités qui les gênent pour leurs exportations.

L’élargissement des échanges a aussi pour objet d’obtenir les marchandises jusqu’ici prohibées que les Soviets et les Chinois devaient se procurer fort cher au marché noir avec les risques inhérents à ce genre de transactions. Il ne semble pas cependant que les exportations des pays libres aient été aussi sensibles à l’appât que l’espéraient les Russes. La mission anglaise qui devait venir à Berlin-Est rencontrer les Chinois a été décommandée. Le rideau de fer est aussi le mur de la méfiance.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1954-03-20 – Priorité du Temps

ORIGINAL-Criton-1954-03-20  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-03-20 – La Vie Internationale.

 

Priorité du Temps

 

Une vive activité diplomatique se déploie sur plusieurs plans : la question centrale est de savoir si la Conférence de Genève s’ouvrira avant que la C.E.D. ne soit présentée au Parlement français et que celui-ci se soit prononcé. Les Russo-Chinois, contrairement à ce que l’on a dit, ne semblent pas disposés à un ajournement. Les Américains, au contraire, pensent que l’unité des trois Alliés qui s’est affirmée à Berlin serait mieux assurée si la C.E.D. était ratifiée avant qu’on discutât à Genève. Le Gouvernement français manœuvre à l’intérieur et à l’extérieur pour tirer le meilleur parti de cette divergence, et obtenir que les conditions préalables posées pour la ratification soient aussi avantageuses que possible.

 

Le Problème Sarrois

A cet égard, la difficulté majeure demeure la question sarroise, seul obstacle sérieux à une coopération franco-allemande. Le chancelier Adenauer serait personnellement favorable à des concessions suffisantes pour obtenir l’accord français. Mais si solide que soit sa position personnelle, il ne peut heurter les sentiments d’une large part de sa majorité que tout abandon de la souveraineté allemande en Sarre irrite. Français et Sarrois veulent une solution définitive. Les Allemands n’entendent consentir que des concessions temporaires permettant de rouvrir la question à la conclusion d’un traité de paix …

Il y a certainement de part et d’autre un vif désir d’aboutir, mais l’opposition des intérêts est si large qu’on peut douter du succès. Pourra-t-on se satisfaire d’une formule qui comporterait des menaces de rupture de l’accord à l’avenir. Ce qui augmente la difficulté, c’est que la proposition Von Naters, prise comme base de discussion, postule l’européisation de la Sarre, c’est-à-dire posée comme condition préalable que l’idée de l’intégration européenne est admise, non seulement en théorie, mais pour sa réalisation pratique dans un délai raisonnable.

 

Les Difficultés de l’Intégration Européenne

Or, les difficultés de la position économique de la France ne laissent pas prévoir le jour où cette intégration pourra être accomplie. Toute l’économie française depuis les années 1930 s’est orientée vers une semi-autarcie d’un bloc franc appuyé sur les territoires d’outre-mer. La production indochinoise qui promettait beaucoup avant la guerre rendait la formule plausible et les possibilités d’investissement étaient suffisantes pour amener le développement de l’empire, comme on disait, à un point d’équilibre économique où l’apport extérieur aurait été réduit.

Ces conditions n’existent plus – l’Indochine posera, si la paix intervient, un problème de reconstruction pour lequel les capitaux américains seront indispensables. De plus, les besoins de l’économie telle qu’elle a évolué depuis vingt ans, ont mis la France et son empire dans une position de moins en moins favorable, les matières premières qui ont pris le plus d’importance étant celles qui nous font le plus défaut.

La solution européenne apparaît donc comme seule possible si l’on veut sortir de l’artificiel où nous sommes. Cela n’ira évidemment pas sans douleur, sans réformes cruelles. Mais si les événements nous y obligent, bon gré mal gré, la crise sera autrement grave.

 

La Crise Italienne

La situation intérieure de l’Italie était déjà préoccupante depuis l’échec de la coalition gouvernementale aux élections de Juin, par suite de la fragilité des gouvernements qui ont essayé, au prix de concessions multiples, de maintenir la politique de Gasperi. La faiblesse du pouvoir, les grèves successives appuyées par tous les syndicats même démo-chrétiens, les progrès réguliers de l’opposition socialo-communiste avaient alarmé les Alliés occidentaux. L’avènement au pouvoir d’un homme réputé fort, M. Scelba, avait rendu l’espoir d’une certaine stabilité, quand un procès en soi assez banal a tout remis en question : l’affaire Montesi. Les passions populaires qui s’expriment sont hors de proportion avec l’incident, et c’est cela précisément qui est grave.

Dans une propriété de chasse aux environs de Rome un pseudo marquis réunissait à des parties scabreuses des personnes bien relationnées dont le fils de l’actuel Ministre des Affaires Etrangères. Au cours d’une de ces fêtes, une jeune personne décéda, victime sans doute de stupéfiants, on la retrouva noyée sur le rivage proche. La police étouffa l’affaire. Le Parti au pouvoir dont les compromissions dans la circonstance sont cependant fort vagues a servi de cible à ses adversaires qui se posent en défenseurs de la moralité. Le régime social lui-même est mis en cause pour les excès de quelques tarés comme il s’en trouve cependant sous tous les régimes et dans toutes les sociétés.

C’est la démocratie même qui est usée. Les Italiens, comme tous les latins, n’ont pas le tempérament démocratique. Ils éprouvent périodiquement le dégoût de l’anarchie et des privilèges qu’elle comporte pour certains et aspirent à un ordre imposé brutalement comme une discipline dont ils se sentent incapables. Il reste en Italie une nostalgie de Mussolini malgré ses ridicules et son lamentable effondrement. Le risque aujourd’hui, c’est que le dictateur ne prenne la forme d’un Staline, ce qui serait pour le monde libre un désastre majeur. Hâtons-nous de dire que nous sommes persuadés qu’il n’en sera rien ; un certain bon sens très italien interdit à nos voisins de se passer des concours extérieurs auxquels ils doivent leur relèvement et ils ne le sacrifieront pas à leurs passions. Mais le rétablissement de l’ordre sera très difficile à assurer.

 

L’Indépendance Politique du Canada

Une nouvelle grande puissance est en train de naître grâce aux prodigieuses découvertes de richesses naturelles qui ont pour ainsi dire éclaté en chaîne au cours des dernières années : le Canada.

Conscients de cet avenir illimité et de cette puissance croissante, les dirigeants d’Ottawa ont cherché à prendre une position indépendante et influente dans la société internationale. Le Canada n’est plus un  simple Dominion britannique, annexe de la puissance économique des Etats-Unis. Les capitaux du monde entier ont afflué au Canada et la monnaie canadienne fait prime sur le dollar américain. Le Premier, Saint-Laurent, vient de faire son tour du monde, et le Ministre des affaires étrangères Lester Pearson est intervenu de façon plutôt frondeuse dans tous les grands débats aux Nations-Unies, critiquant parfois âprement des initiatives de leur grand voisin. Ces jours-ci, M. Saint-Laurent et M. Pearson se sont prononcés pour la limitation des droits d’initiative des Etats-Unis dans la conduite des affaires mondiales, et ont réclamé sans ambigüité que les décisions dans un cas précis, comme l’emploi de représailles atomiques en cas d’agression communiste, soient prises collectivement avec l’adhésion de tous les membres du Pacte Atlantique et non par le président Eisenhower, revendication qui ne fait qu’exprimer ce que les Britanniques pensent.

Les Canadiens sont mieux placés pour élever la voix. Ils se sont faits les porte-paroles du monde libre inquiet des prétentions et des excès du Maccarthisme. Les Etats-Unis qui ont plus besoin du Canada que le Canada des Etats-Unis à cause des réserves de pétrole, de fer et d’uranium qui seront dans l’avenir indispensables à leur machine industrielle se trouvent embarrassés pour réagir. L’intention des Canadiens est de jouer un rôle d’arbitre et de devenir dans le monde un facteur d’équilibre et de puissance. Le risque de cette politique, d’intention louable, si elle n’est pas appliquée avec assez d’adresse et d’expérience, serait d’ajouter à la confusion des intérêts et des volontés dans le monde libre, et peut-être de le paralyser au moment des décisions nécessaires.

 

Dien-Bien-Fou

Dien-Bien-Fou, à l’heure où nous écrivons est le point critique sur lequel tous les yeux sont fixés. Le Viet-Minh a-t-il reçu l’ordre de remporter un succès coûte que coûte pour décourager l’opinion française et lui faire accepter un armistice à n’importe quel prix, ou bien les Viets ont-ils voulu de leur propre initiative prouver leur valeur pour éviter d’être sacrifiés à Genève par les Sino-Russes ? … toujours l’énigme de l’Asie.

 

                                                                                            CRITON

 

 

 

Criton – 1954-03-13 – Toujours l’Indochine

ORIGINAL-Criton-1954-03-13  pdf

Le Courrier d’Aix – 1954-03-13 – La Vie Internationale.

 

Toujours l’Indochine

 

Le problème indochinois est au centre de la conjoncture mondiale. Les énigmes de l’Asie ne sont pas pour autant résolues, et ce n’est pas le débat à la Chambre française qui y apporte la lumière. Un ensemble de faits cependant confirme l’impression que Chinois et Russes pourraient avoir résolu d’abandonner Ho Chi Minh. Le « on verra bien » » de M. Bidault traduit avec circonspection ce sentiment.

 

Un Discours à Pékin

Dans un discours assez curieux, une personnalité chinoise de Pékin, Chen Yun, rappelle le mot de Staline que les grandes révolutions populaires ne remportent jamais la victoire d’un seul coup et que leur force vient de leurs progrès, mais aussi de leurs retraites. La Russie en 1927, dit encore Chen Yun, s’est repliée sur elle-même dans l’intérêt de la révolution mondiale. Sans attacher à ce discours plus d’importance qu’il n’en comporte, on peut le rapprocher des déclarations officielles de Chou en Laï, et des confirmations apportées également ces derniers jours par Ho Chi Minh lui-même de ses propositions d’armistice faites en Novembre dernier à un journal suédois. Molotov et « La Pravda » ont successivement repris le même thème. Enfin, à la Conférence de Genève de la Commission économique pour l’Europe, M. Kamychine, délégué russe, a fait à la France des avances significatives. Par ailleurs, on signale parmi les chefs vietminh un certain désarroi qui n’a pas que des causes militaires. Tout cela ne suffit pas cependant à nous permettre de distinguer une manœuvre politique en tout état de cause profitable aux communistes, d’un réel désir d’en finir avec la guerre d’Indochine.

 

Les Difficultés Economiques de l’U.R.S.S.

Mais il y a un autre aspect du problème : celui des difficultés économiques, tant russes que chinoises, dont l’ampleur masquée par les statistiques suspectes que nous propose le Kremlin est révélée par les aveux mêmes des dirigeants. Dans son dernier discours, le nouveau Maître de l’économie soviétique, Krouchtchev, insiste sur l’insuffisance de la production agricole et, contredisant ses propres déclarations précédentes, reconnaît que la production des céréales en Russie est insuffisante à nourrir la population. Que sont devenus alors les 131 millions de tonnes annoncés pour 1953 et le cri de joie de M. Malenkov il y a six mois « le problème du blé est résolu à jamais » ? Les statistiques russes qui sont centralisées à Moscou par la bureaucratie proviennent des déclarations des responsables locaux qui, pour éviter des sanctions, annoncent toujours qu’ils ont rempli ou dépassé le plan, et n’hésitent pas parfois à doubler le chiffre réel. Il en est de même dans une proportion moindre des statistiques industrielles.

 

Le Commerce Est-Ouest

C’est sans doute ce qui explique que les contrats souscrits par les offices russes d’exportation portent sur des marchandises qui, en fait, ne sont jamais livrées. Un journal économique allemand signale la déconvenue d’un importateur danois de produits chimiques promis par l’Allemagne soviétique, qui attend de mois en mois une livraison fantôme. En confrontant son contrat avec celui d’autres importateurs, il a constaté que son contingent avait été vendu quatre fois à des clients différents ! Ce qui nous en promet de belles si nous comptons sur  les livraisons d’au-delà du rideau de fer pour économiser nos devises fortes !

En fait, plus que jamais, les maigres ressources des pays satellites vont en quasi-totalité vers l’U.R.S.S. qui manque de biens consommables à un degré que seuls voient les voyageurs avertis et que peut-être les dirigeants russes ne connaissent pas exactement eux-mêmes. Un occidental ne peut imaginer ce qu’est la bureaucratie soviétique. Il est probable que les promesses des livraisons de Moscou à la Chine communiste qui dépend pour 72% de son ravitaillement extérieur de la seule Russie, n’ont pas été plus honorées que les autres.

 

La Famine en Chine

Passons aux aveux de Pékin : le Ministre de l’économie reconnaît que sur une population estimée à 500 millions, dix pour cent sont actuellement en proie à la famine et dix autres pour cent à une « extrême pénurie » ce qui en français signifie que 100 millions de Chinois meurent de faim sur 500. Il se pourrait donc dans ces conditions que l’aide à Ho Chi Minh soit devenue article de luxe et que les dirigeants de Pékin lorgneraient pour se tirer d’affaire, les surplus américains dont Eisenhower ne sait que faire.

Dans sa dernière conférence de presse, et malgré la vertueuse indignation des ménagères américaines, le Président n’a pas, cette fois, nié que le beurre américain pourrait être soldé à bon compte aux Soviets, en sorte que les ménagères de Moscou mangeraient le beurre du Wisconsin au quart du prix qu’on paye à New-York, à moins que M. Malenkov, en le baptisant russe, ne remette les prix en ordre en prélevant un petit impôt de 300 pour cent en faveur du trésor. Car dans ce pays essentiellement démocratique, ce sont les produits alimentaires qui supportent la plus large part des impôts.

L’ironie mise à part, un fait est certain : les difficultés économiques des pays communistes sont telles qu’ils en sont eux-mêmes effrayés et ne s’en cachent même pas, ce qui pourrait amener des changements sérieux dans leur politique extérieure afin de se procurer l’indispensable.

 

L’Ignore-t-on au Parlement ?

Ces questions ne sont pas ignorées des dirigeants français. Elles semblent l’être par contre de l’homme qui se présente comme leur éventuel successeur et dont le discours à la Chambre sur l’Indochine nous promet de beaux jours, si par malheur ses ambitions étaient couronnées de succès. La France tient dans l’affaire, tant sur le plan militaire que sur le plan économique, des atouts supérieurs à ce qu’ils furent jamais. On peut être assuré d’une chose, que si les communistes sont décidés à en finir, ils capituleront sans conditions. Ils l’ont bien fait en Grèce et en Yougoslavie. Dans le cas contraire, aucune négociation n’aboutira, pas plus à Genève qu’à Hanoï. M. Mendès-France devrait le voir.

 

Le Retour de Naguib

Les événements du Caire découragent les chroniqueurs par la rapidité de leur déroulement : voilà Naguib de retour, en place partout, comme avant le conflit avec Nasser. On paraît s’en féliciter à Londres, et surtout à Washington. Naguib passe pour vouloir solliciter la médiation américaine dans le conflit du Canal de Suez. Mais les Anglais ne le croient pas assez solide pour décider d’un compromis. Dans les affaires d’Orient, on ne peut nier qu’ils s’y connaissent, les querelles de Mameluks finissent généralement en tragédie … On verra bien.

 

                                                                                            CRITON