Criton – 1954-07-31 – Retour à l’Europe

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Le Courrier d’Aix – 1954-07-31 – La Vie Internationale.

 

Retour à l’Europe

 

Comme on l’attendait, Moscou a lancé, dès la fin de la Conférence de Genève, l’offensive contre l’Europe. La note de Molotov a été précédée d’un épisode retentissant. La fuite ou l’enlèvement du chef des services d’espionnage de Bonn en Allemagne orientale : sorte de Dien Bien Phu bien chronométré pour jeter le trouble dans les esprits. Les Russes donc invoquent le « succès » de la Conférence sur l’Indochine, remettent le problème allemand sur le tapis, et proposent de reprendre la discussion rompue à Berlin. Le travail d’approche, comme nous l’avons vu, avait consisté dans la réunion des protestants à Leipzig, auquel le Congrès socialiste de Berlin-Ouest a répondu par un appel à de nouvelles négociations. Le thème de l’unification avant tout a été répandu dans l’Allemagne fédérale par tous les moyens de propagande. Il a rencontré une large audience.

 

L’Attitude d’Adenauer

Contrairement à ce qu’on paraît croire, le chancelier Adenauer n’est pas mécontent de ces manifestations. Il n’y a pas répondu. On lui reproche sa passivité. Il ne fait rien afin de mettre les Occidentaux en face des risques que court le Monde libre en cas d’un rapprochement de toute l’Allemagne vers Moscou. Une course de vitesse dont le terme ne va pas au-delà du 20 août s’est engagée entre la décision des Anglo-Saxons d’intégrer l’Allemagne de l’Ouest à la communauté atlantique et les tentatives de neutralisation de l’Allemagne réunifiée. Les risques d’un nouveau triomphe du communisme sont tels que Paris est obligé de réfléchir. C’est presque en plaisantant que nous disions, il y a un mois, que Mendès-France ferait peut-être ratifier la C.E.D. ; la chose est beaucoup moins paradoxale aujourd’hui.

 

Le Plan Molotov

Ce qui rend la tâche de Molotov difficile c’est qu’à son habitude, il veut tout obtenir sans rien lâcher d’essentiel. Il a pratiquement réussi à Genève en étalant sur deux ans la conquête de l’Indochine qui comportait trop de risques dans l’immédiat. Pour l’Allemagne, il ne propose rien de plus que ce qu’il avait avancé à Berlin et qui était manifestement inacceptable pour les Occidentaux, parce qu’il aurait abouti, comme à Genève, à la mainmise à un terme plus ou moins éloigné du communisme sur l’Allemagne toute entière. S’il réussissait, les jours du Monde libre seraient comptés. Tout le monde le sait ; les Russes qui l’espèrent, les Anglo-Saxons qui le redoutent, et les Allemands qui comptent sur leur position pour en tirer la maximum d’avantages. Tout comme à Genève, la diplomatie française pourra faire des effets oratoires et des battages de prestige ; elle ne peut rien, ni s’opposer aux volontés des Anglais et des Américains, ni obtenir de Molotov des concessions appréciables.

 

L’Affaiblissement de la Position Française

On pourrait donc assister au ralliement de la France aux formules européennes que l’actuel Président du Conseil avait été chargé par leurs adversaires de faire repousser, car la France après Genève est, quoi qu’on prétende, encore moins libre qu’avant à l’endroit des Etats-Unis, et n’a plus l’atout indochinois pour faire valoir sa positon, tant à l’égard des Anglo-Saxons que des communistes. Elle n’a plus rien en main que sa position géographique encore qu’affaiblie par les troubles d’Afrique du Nord.

 

Les Conséquences Économiques de la Paix en Indochine

On est fort discret en France sur les conséquences financières et économiques de la situation nouvelle en Indochine. On l’est moins à l’étranger : l’aide américaine a complètement cessé le 21 juillet. Le coût de la paix sera pour la France infiniment plus lourd que celui de la guerre : évacuer et réinstaller un million de civils, tant  Français que Vietnamiens, regrouper deux cent mille militaires, procéder aux réparations les plus urgentes, c’est 300 milliards supplémentaires avant un an, et deux cents pour l’année suivante. La troisième elle, pourrait bien en effet être gratuite. Mais d’ici là, il faut faire face. Laissons la solution à trouver aux habiles, mais les innocents pensent qu’à moins que les Etats-Unis ne rouvrent leur bourse, on pourrait passer bientôt sous une tempête d’inflation dont nous étions délivrés depuis deux ans et dont le baromètre boursier donne déjà de petites indications significatives. Cela sans préjudice du chômage consécutif à l’arrêt brusque des exportations vers l’Indochine, comme l’exposait avec précision M. Bergasse, ces jours-ci. L’équilibre encore précaire des finances françaises sera susceptible d’être rompu. Aucune mesure même d’austérité, si elle était concevable, ne prévaudrait contre un courant de défiance ; le Franc a perdu 5 pour cent à l’extérieur en trois jours. A moins de mesures autoritaires dont on connaît les effets néfastes, une dévaluation, en pesant sur les prix, ranimerait la course infernale. Les règles de l’économie se moquent des thaumaturges. En conclusion, ces indices inquiétants ne peuvent que restreindre la liberté de décision de la diplomatie française à qui l’on reprochait déjà auparavant d’être singulièrement réduite.

 

L’Accord Anglo-Égyptien sur le Canal de Suez

Un autre fait, qui pourrait être réjouissant en soi, ne nous est guère favorable : l’accord anglo-égyptien sur le Canal de Suez. Les Anglais en passent par les conditions du Caire à quelques détails près. Les Egyptiens s’en flatteront comme d’une liberté enfin conquise, ce qui pèsera sur nos décisions éventuelles en Afrique du Nord, et animera les nationalistes.

 

L’Accord sur Trieste

Enfin, l’accord italo-yougoslave sur Trieste qui est fait sans l’être, mais peut-être considéré comme acquis dans un délai assez court, aura pour contrepartie l’acquiescement du Parlement italien aux plans anglo-américains sur l’Europe. La France complètement seule ne pourra qu’obtenir des compensations verbales qu’on pourra orchestrer, mais qui ne changeront rien au fond des choses. On sauvera la face, comme à Genève, rien de plus.

 

Les Attaques d’Avions à Hainan

Les Américains, ulcérés par leurs échecs diplomatiques, ont voulu montrer que l’âge d’or de la  paix n’était pas encore venu. La porte du temple de Janus n’est qu’entrebâillée. Les Chinois avaient abattu un avion civil anglais ; les Américains ont abattu deux avions chinois. L’incident n’aura pas grande conséquence. Mais cet accès de mauvaise humeur américaine ne servira guère leur prestige. Il vaut mieux être beau joueur quand on a perdu.

Il est cependant probable que la diplomatie des Etats-Unis, pour ressaisir ses avantages, va se montrer plus intransigeante là où elle ne court pas de risques majeurs. Ce qui est le cas pour les questions européennes. Molotov n’a pas encore gagné la troisième manche. Mais l’Allemagne, forte de l’enjeu qu’elle représente, et doutant aujourd’hui de qui est le plus fort, a cessé d’être un pion sur l’échiquier. La puissance renaissante qu’on voulait réduire et contenir, sortira renforcée des derniers événements. Des décisions rapides s’imposent pour éviter un jeu de bascule qui se précise à Berlin et à Bonn et qui pourrait avoir sur le sort du monde des conséquences fatales.

 

                                                                        CRITON

 

 

Criton – 1954-07-24 – “Victoire Retentissante”

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Le Courrier d’Aix – 1954-07-24 – La Vie Internationale.

 

« Victoire Retentissante »

 

Il a fallu attendre les dernières quarante-huit heures pour savoir ce qu’avait décidé la Chine : c’était l’armistice ; à peu près dans les termes où l’avait, il y a presque huit mois, publié la presse suédoise : le partage au 18ème parallèle ; la neutralisation du Laos et du Cambodge et du reste du Vietnam. Cette retentissante victoire de Chou en Laï, selon l’expression de Churchill aux Communes (qui en est d’ailleurs le principal artisan), marque la seconde défaite du Monde libre en Asie. Elle est d’ailleurs la conséquence de la première. Si les Américains n’avaient pas cédé en Corée, ils ne subiraient pas aujourd’hui l’humiliation d’être écartés du règlement majeur intervenu en Asie du Sud-Est. Il faut rendre justice à M. Mendès-France : c’est en se tenant inflexiblement aux termes du 20 juillet qu’il a obligé les communistes à démasquer leurs intentions. Cela aurait pu être fait plus tôt. Par contre, les termes de l’armistice ne dépendaient pas de nous ; ils étaient depuis longtemps fixés et il serait vain de s’attribuer le mérite d’y avoir changé quelque chose.

 

Le Sens de l’Accord

Il s’agit donc de l’évacuation de l’Indochine en deux étapes, l’une qui commence demain et durera deux ans en principe, les deux années nécessaires au pourrissement politique du Sud de l’Indochine. Cette première étape comporte l’abandon de la moitié exactement du Vietnam, la totalité du Tonkin et le quart de l’Annam et sans doute le nord du Laos. Dans deux ans au maximum, si des événements politiques n’interviennent pas d’ici-là, des élections doivent éliminer la France du reste du pays. Comme la presse de tous les pays et de toutes les nuances le reconnaît, il n’y avait rien à faire de mieux. Il n’y a pas de milieu entre la guerre et la capitulation. Les Chinois ont eu l’habileté de nous rendre celle-là acceptable en la diluant dans le temps. Sauver la face cela compte, même matériellement, car une défaite militaire à Hanoï ou un Dunkerque asiatique à Haiphong, nous aurait peut-être coûté l’Afrique du Nord. Résignons-nous.

 

La Direction Chinoise

C’est bien la Chine de Chou en Laï qui a imposé à ses partenaires le compromis signé hier à Genève. Il a eu beaucoup de peine à convaincre, Ho Chi Minh qui voulait une victoire militaire, et Molotov qui voulait échanger l’Indochine contre le réarmement allemand. Les raisons de Chou en Laï sont complexes. Le but de la Chine est de gagner le rang de grande puissance. Entrer à l’O.N.U., ce qui semble assuré, et remporter ainsi sur les Etats-Unis une troisième victoire.

Cette raison de prestige joue un rôle prépondérant dans l’attitude chinoise. La domination de l’Asie toute entière serait impossible si elle ne pouvait imposer d’abord sa présence parmi les grandes Nations. De plus, tout comme pour la Corée, Chou en Laï n’a pas voulu d’un Ho Chi Minh auquel la victoire aurait tourné la tête. Celui-ci reste le satellite obéissant dont la tâche est bien définie et sera longue à achever. A l’égard de l’U.R.S.S., Chou en Laï a fait bon marché des questions européennes ; l’Allemagne ne l’intéresse guère, mais les difficultés des Soviets en Europe peuvent servir ses intérêts. En grandissant, la Chine porte ombrage à l’impérialisme russe. C’est la grande idée des Anglais.

 

L’Attitude des Neutres Asiatiques

Mais le motif déterminant de l’attitude de Pékin a sans doute été le voyage en Inde et en Birmanie de Chou en Laï. Dans l’état présent des forces, la Chine pouvait paraître, pour les autres asiatiques, comme un nouveau colonisateur succédant sans intervalle aux anciens.

U Nu, le premier ministre Birman a, dit-on, été très pressant. Ses récentes déclarations confirment en effet qu’il a dû faire comprendre à Chou en Laï que la neutralité des pays asiatiques libres devait reposer sur la cessation des hostilités et l’organisation d’élections dans les territoires occupés sous contrôle international sinon, tôt ou tard, les neutres d’Asie se joindraient à la coalition occidentale.

Nehru a dû insister dans le même sens. Il fallait donc être prudent et se donner le temps d’organiser par étapes la conquête de l’Asie du Sud-Est. En obtenant de bon gré des Français la moitié du Vietnam, la victoire matérielle était substantielle et la victoire morale plus grande encore. New-Delhi et Rangoon approuvaient.

 

Le Respect des Traités

Dans ces conditions, il y a lieu de prévoir que les termes de l’armistice seront respectés, au moins les conditions matérielles. Ho Chi Minh avait d’ailleurs promis depuis des années qu’il donnerait aux Français tout le temps de s’embarquer. Il ne semble pas y avoir de craintes de ce côté. De même pour la restitution des prisonniers. Par contre, l’infiltration et la propagande politique vont connaître une intensité exceptionnelle. Qu’elle sera la résistance des Vietnamiens sous notre contrôle ? L’optimisme à cet égard semble bien aventuré.

 

Echec de la Diplomatie Américaine

Les mines sont allongées à Washington, où l’on ne dissimule même plus la débâcle diplomatique. Comme disent les frères Alsop : « Malgré les fières déclarations de nos dirigeants, il n’y a guère de région du monde où les communistes n’aient l’initiative. Nous en sommes au point où en étaient les Anglais dans les dernières années du gouvernement Chamberlain, mais nous ne nous en sommes pas encore rendu compte. »

Le Président Eisenhower a fait allusion en termes embarrassés à une nouvelle politique internationale des Etats-Unis où, abandonnant le « leadership », ils se contenteraient de conseils à leurs Alliés et d’appui en cas d’appel, comme ce fut le cas quand Dulles vint dimanche à Paris. La prépondérance américaine semble toucher à sa fin.

 

Les Objectifs de Moscou

Du côté soviétique, l’humeur ne semble pas excellente non plus. Pour les Chinois, l’objectif premier est maintenant de forcer les portes de l’O.N.U. ; pour Moscou, il s’agit de s’appuyer sur le précédent du compromis indochinois pour amorcer la nouvelle conférence à Quatre sur l’Allemagne, réclamée d’ailleurs par les socialistes allemands et même anglais. Mais maintenant, Moscou n’a plus sur la France de moyen de pression, à moins – ce qui ne semble pas être le cas – que le Gouvernement français n’ait acquiescé aux projets soviétiques.

Course de vitesse donc entre les plans anglo-américains sur le rétablissement de la souveraineté allemande et les plans russes de reconsidérer le problème allemand afin d’éviter, et l’application des accords de Bonn, et la ratification de la C.E.D. Une nouvelle victoire du communisme sur ce point capital n’est pas à exclure. Contrairement à ce que beaucoup croient, la paix n’en sera pas pour cela raffermie.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-07-17 – Le Chat et la Souris

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Le Courrier d’Aix – 1954-07-17 – La Vie Internationale.

 

Le Chat et la Souris

 

Un commentateur italien écrivait hier « Les Communistes jouent avec la France comme le chat avec la souris ». Croquera, croquera pas le 20 juillet ? On n’en sait pas plus qu’au 25 avril, six jours avant l’échéance.

 

L’Appel aux Etats-Unis

Il faut croire que la souris se sentait passablement traquée pour avoir supplié M. Dulles de revenir en Europe. Si l’accord avec les Russes avait été conclu, il était plutôt dangereux de reprendre avec les Etats-Unis un dialogue que l’on avait interrompu préciséement pour traiter avec Moscou. Les Soviets ont manifesté aussitôt leur mauvaise humeur ; celle de Dulles ne semblait guère meilleure. Ces manœuvres en sens contraire ne témoignent pas d’une grande maîtrise du jeu diplomatique.

En fait, on a dû prendre peur du murmure qui monte du pays inquiet du refroidissement américain à notre égard. Chaque Français sent que toute négociation avec les commuinistes n’est qu’un jeu de dupes et que l’appui américain est notre seule garantie. ON s’est refusé pendant des années et jusqu’à ce printemps d’internationaliser le problème d’Indochine, ce qui, comme nous le répétions ici, était notre seule chance de conserver une position durable en Extrême-Orient. Ce n’est plus possible aujourd’hui où l’on a laissé la démoralisation gagner tous les éléments valides au Vietnam.

 

Le Retour à l’Unité Occidentale

Il est en outre probable que si les Etats-Unis s’engagent à nouveau dans l’affaire – ce qui sera difficile si l’on s’en rapporte à l’humeur présente du Congrès américain – ils vont exiger que l’on s’entende enfin sur une politique concordante. Le discours de Winston Churchill aux Communes montre – en opposition avec les propos de M. Eden – que l’Angleterre est prête à se plier à certaines exigences, la première étant d’ajourner sine die la candidature de Pékin à l’O.N.U.

A l’égard de la France, la première sera la ratification de la C.E.D. ou d’un protocole qui lui serait équivalent en pratique. Souveraineté de l’Allemagne de Bonn et possibilité de réarmer. Les Communistes ont d’ailleurs tous les moyens de bousculer les plans occidentaux. Ils sont les plus forts et par leur liberté de manœuvre illimitée, leur supériorité militaire en Indochine, et disons-le, leur habileté diplomatique. Il leur est facile d’aboutir le 20 juillet à un accord qui n’en soit pas un tout en liant d’adversaire à l’espoir de transformer une virtualité en réalité et de renvoyer les parties adverses à une nouvelle échéance. Et cette possibilité, si elle nous paraît la plus vraisemblable, n’est pas la seule à la disposition de Molotov malheureusement.

 

La Polémique sur la C.E.D.

Les adversaires de la C.E.D. épuisent leurs derniers arguments. Récemment, M. Duverger nous proposait le recours au référendum, sachant fort bien d’ailleurs que la façon de poser la question au pays dicterait sa réponse. Si l’on demande : Faut-il reconstituer l’armée allemande, on aura un non, si l’on dit : Faut-il intégrer des forces allemandes à la défense commune de l’Europe, on aura un oui. Outre que le problème même de la C.E.D. est trop complexe pour l’entendement de la masse des électeurs, un referendum serait –dans un sens ou dans l’autre d’ailleurs – une escroquerie au suffrage universel.

Pour repousser le spectre de la C.E.D., M. Duverger a depuis lors un autre argument. Nos alliés et particulièrement l’Angleterre, liée par le traité de Dunkerque, sont juridiquement dans l’impossibilité de modifier en quoi que ce soit leurs relations avec Bonn sans notre consentement. Cela est parfaitement exact. Par contre, il y a mille et un arguments qui ne sont pas juridiques pour nous faire changer d’avis. Et M. Duverger sait bien qu’aucun traité n’a jamais empêché la marche de l’histoire. Le paradoxe serait que ce soit M. Mendès-France lui-même qui recommandât la ratification, s’il survit au 20 juillet.

 

Le Congrès Protestant de Leipzig

C’est que les Russes ne perdent pas leur temps en Allemagne. On n’a pas assez remarqué l’empressement qu’ont mis les Soviets à accueillir dans leur zone, à Leipzig, le Congrès œcuménique des protestants allemands ; ce n’est pas, comme on s’en doute, par amour du christianisme mais pour réunir des Allemands des deux zones, réveiller leurs aspirations à l’unification fut-ce à l’ombre de Staline.

Le protestantisme allemand est prépondérant en zone soviétique, faible au contraire à Bonn où les catholiques dominent et, bien que l’entente règne en zone occidentale, les protestants sont moins attachés à la politique d’Adenauer que les catholiques, et plus tentés par une réunification qui leur rendrait la majorité. Autant d’arguments pour retenir l’ensemble des Allemands de se lier définitivement à l’Occident.

                                                                                                    

Un Cas Typique

Nous avons été très frappés par le bruit fait autour d’un livre récent d’un jeune inspecteur des finances, M. Lauré, livre intéressant d’ailleurs, écrit dans un esprit qui n’est en aucune façon pro ou cryptocommuniste, tout au contraire. Ce qui est curieux, c’est que l’auteur axe ses vues sur la compétition entre les deux mondes sur le plan économique et plus spécialement sur une prétendue course de vitesse vers l’élévation des niveaux de vie.

L’auteur affirme que dès 1960, les Soviétiques auront égalé notre niveau de vie et le dépasseront rapidement à partir de cette date. Cette affirmation n’a pas paru soulever d’objection de la part des commentateurs, même les plus hostiles au communisme. Or, on ne manque pas de documents russes ou étrangers qui rendent une telle affirmation invraisemblable, sinon absurde. L’échec du bolchévisme dans le domaine économique a dépassé les prévisions les plus pessimistes, les nôtres en tous cas.

Prenons deux petits faits au hasard. D’après les Soviets eux-mêmes, la quantité de viande produite en U.R.S.S. est inférieure à celle de 1914 pour une population accrue d’un tiers. La Russie, principale exportatrice de blé à l’époque, n’arrive pas à en fournir à ses satellites, les conditions de vie y sont si médiocres que le rationnement des denrées alimentaires subsiste, soit par l’argent, soit par les coupons et que ceux-ci sont rarement honorés où ils existent, le marché noir y est florissant. L’Allemagne orientale – il y a assez de réfugiés pour le dire chaque jour – souffre d’une disette alimentaire aigüe ainsi qu’en témoigne également le récent procès des bouchers de Berlin-Est. Tandis que l’Allemagne occidentale, pays industriel et qui autrefois était nourri en grande partie par la zone russe actuelle, se suffit présentement pour beaucoup de denrées, en particulier la viande et le lait. On s’inquiète même à Bonn de trouver des débouchés aux excédents !

Il serait aisé de multiplier les exemples. Il y a en France une voiture automobile pour 14 habitants. En Russie, en dehors de quelques fonctionnaires, des millions de citoyens n’ont même pas l’idée qu’ils puissent en avoir une, bien heureux s’ils pouvaient disposer d’une bicyclette ! Et l’on voudrait qu’en six ans, le niveau de vie soviétique rejoigne le nôtre. Jusqu’à la mort de Staline, l’élévation du niveau de vie soviétique, même proportionnellement et malgré l’énorme écart au départ, encore inférieur au rythme d’accroissement du nôtre et depuis, les efforts pour une amélioration en U.R.S.S. ne paraissent pas avoir donné des résultats sensationnels.

Ce qui est inquiétant pour l’état d’esprit des Français, c’est cette sorte d’imperméabilité aux faits, ce goût de raisonner sur des idées abstraites si répandu parmi nos intellectuels qui se reconnaissent dans le personnage, qui s’imaginent, sans avoir jamais pratiqué la politique internationale, pouvoir se mesurer avec Molotov et Chou en Laï, mettre dans le sac Eden et Dulles qui ont un demi-siècle d’expérience et en trente jours – pas un de plus – d’apporter sur un plateau une paix satisfaisante en Indochine !

 

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-07-10 – La France seule

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Le Courrier d’Aix – 1954-07-10 – La Vie Internationale.

 

La France Seule

 

Les appréhensions exprimées ici depuis deux semaines, loin de s’atténuer, sont ressenties dans des milieux de plus en plus étendus. Dans un moment difficile, sinon tragique, la France avait besoin de tous ses appuis, à l’extérieur comme à l’intérieur. Elle les a pour l’instant perdus. Les risques se sont précisés et l’on attend, sans certitude préalable, le bon vouloir du Bloc communiste dont la tactique demeure impénétrable.

 

L’Allemagne à l’Arrière-Plan

Elle l’est d’autant plus que les événements de ces derniers jours peuvent la modifier. En effet, les délibérations d’experts réunis à Londres pour étudier les possibilités du rétablissement de la souveraineté allemande et le réarmement de la République de Bonn en cas de refus de la C.E.D. ; l’attitude concordante des pays anglo-saxons et du Benelux sur ce point ne laissent aucun doute sur l’avenir. Le réarmement allemand se fera avec ou sans nous. Les communistes se voient devant le choix entre la Communauté Européenne de Défense et une Wehrmacht associée aux forces anglo-américaines. Nous avons toujours pensé qu’ils avaient  des raisons de préférer la première solution, la C.E.D. Dans ce cas, le marchandage planétaire, toujours refusé mais implicitement compris dans toute négociation avec les Soviets, perdrait tout intérêt. Rien n’empêcherait les communistes d’achever en Indochine une victoire militaire que l’affaiblissement du moral des combattants franco-vietnamiens met à leur portée. Cette éventualité ne semble pas pour l’instant probable. On interprète la rencontre de Chou en Laï et d’Ho Chi Minh comme une démarche pour une solution négociée. Mais les Sino-Soviétiques peuvent encore mettre comme condition à un armistice l’opposition irréductible de la France à tout réarmement allemand, opposition qui pourrait d’ailleurs se révéler vaine et ne ferait que parfaire notre isolement. Nous voulons croire et nous souhaitons que d’ici quinze jours, un accord sur l’Indochine soit acquis ; dans l’état présent des choses, tout autre dénouement serait pire. Mais le passé récent et lointain nous laisse sceptique.

 

Notre Position Morale Affaiblie

En tout état de cause et malgré la compréhension à laquelle s’efforce l’opinion étrangère, la position morale de la France a beaucoup pâti du renversement de notre politique extérieure. On nous savait gré de la continuité de nos desseins, même lorsqu’ils étaient l’expression d’une obstination fâcheuse. Fidélité à soi-même, même dans l’erreur, cela demeurait rassurant. Certes il y avait toujours eu des opposants pour préconiser une attitude contraire à la ligne officielle, mais on ne pensait pas qu’elle put s’imposer, surtout à une heure aussi critique. Il est peu de Français aujourd’hui qui ne sentent cette réprobation. Cette réserve du monde libre à notre égard blesse la conscience nationale.

 

Les Chances de la C.E.D.

Par un curieux renversement des choses, la solidarité atlantique et même la Communauté Européenne de Défense ont aujourd’hui beaucoup plus de partisans qu’il y a un mois. Mis en présence de risques que l’abandon du projet comporte, on tend à y voir une nécessité ou un moindre mal, mais comment désormais, sans perdre la face, revenir à la ligne suivie jusque-là ? En particulier, trouvera-t-on, en cas d’échec de la politique actuelle, la possibilité de renouer les accords Teitgen-Adenauer de Strasbourg sur la Sarre. L’opinion allemande est brusquement montée de plusieurs tons. Forte de l’appui manifeste des Américains, des Anglais, des Belges et des  Hollandais, il sera difficile de lui faire accepter des concessions qu’il était déjà difficile de négocier auparavant.

 

Les Impératifs Anglo-Saxons

Pour les Etats-Unis comme pour les Anglais, la mise en place des plans de défense du Monde libre sont plus nécessaires que jamais ; le réarmement du Japon est accéléré sans tenir compte des objections des Australiens et des Néo-Zélandais. Si les Anglais ont rompu avec les Etats-Unis sur la question indochinoise, ils n’en rechercheront pas moins avec eux les moyens de la défense de ce qui restera du Sud-Est asiatique après la chute complète ou partielle de l’Indochine. Ils tiennent plus encore que les Américains au rempart de l’armée allemande pour la protection de leur île. Il est possible que dans l’attitude de Churchill et d’Eden, la crainte d’une guerre plus ou moins généralisée ait été prépondérante, au cas où l’on aurait aidé la France dans le Delta. Et l’on sait que lorsque les Anglais ont peur, aucune considération ne les retient. Aucune subtilité juridique ou diplomatique ne les empêchera de vouloir réarmer les Allemands, d’autant que le souvenir des luttes du passé ne joue aucun rôle dans leur esprit. Ils oublient volontiers le mal que leur fit l’ennemi si celui-ci peut ensuite les servir.

 

L’Italie, Prochain Objectif Communiste

Ce qui rend aux yeux des Anglo-Saxons la contribution allemande plus que jamais nécessaire, c’est l’actuelle faiblesse de la position italienne. Churchill disait ces jours-ci que le danger le plus grand résidait en Europe. Il est probable qu’après s’être exercé sur le point le plus faible, la France à cause de sa situation précaire en Indochine et en Afrique du Nord, les Soviets feront porter leur effort sur l’Italie. Sur le plan électoral, le Bloc socialo-communiste dans la Péninsule n’est pas loin d’égaler en nombre la coalition très divisée de ses adversaires. Que se passerait-il si les Rouges l’emportaient aux prochaines élections ? Les succès du Bloc soviétique à Genève pourraient faire pencher une balance en équilibre instable. La perte de la position stratégique méditerranéenne serait d’une gravité extrême, et l’on voit aux efforts faits pour persuader Tito de se prêter à une solution favorable aux Italiens à Trieste, combien le souci de conserver la Péninsule pèse à Londres et à Washington.

 

Conséquences de la Perte de l’Indochine

La France, après le règlement pacifique ou militaire de la question indochinoise ne sera plus en mesure de résister aux pressions qui s’exerceront sur elle. La présence française en Indochine était, comme nous l’avons répété, un atout majeur de son jeu diplomatique. Il n’est pas excessif de dire surtout devant le rôle croissant de l’Espagne dans la défense collective que notre départ d’Extrême-Orient signifierait la fin de notre rôle de grande puissance. C’est peut-être pour cela que les Soviets n’ont pas intérêt à nous en chasser complètement et tout de suite, afin de pouvoir se servir de nous contre l’Allemagne dont la puissance latente les inquiète. C’est là-dessus que reposent les espoirs de ceux qui ont pris la barre à Paris, espoir qu’il faut partager, si fragile qu’il soit et malgré tous les renoncements qui l’accompagnent, pour ne pas s’attendre, résigné, au pire.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-07-03 – Un Temps de Réflexion

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Le Courrier d’Aix – 1954-07-03 – La Vie Internationale.

 

Un Temps de Réflexion

 

Ce ne sont pas les événements, pourtant abondants, de la semaine qui ont modifié l’aspect de la situation, mais les réflexions auxquelles se sont livrés les peuples et les hommes d’Etat après la surprise provoquée par l’orientation nouvelle de la politique française.

La première réaction, presque physique, avait été assez analogue à celle qui avait suivi Munich en 1938. On tournait une page pénible ; on voyait du neuf et du raisonnable ; on goûtait déjà le soulagement de la paix. Rares étaient ceux qui voyaient dans le nouvel épisode plutôt une aggravation des difficultés que le chemin vers une solution.

 

Une Négociation Épineuse

On est aujourd’hui plus sage. La nouvelle phase des pourparlers entre le Bloc communiste et la France ouverte sous le signe de la rencontre Mendès-France – Chou en Laï, apparaît beaucoup plus complexe qu’on ne le prévoyait. Des chicanes de procédure du type Pan Mun Jon ont interrompu les conversations militaires entre les Français et le Vietminh à Trung Gia. La difficulté des contacts directs de Genève réside dans l’opposition du Vietminh à tenir compte de l’existence du Gouvernement vietnamien dont la France ne peut cependant pas négliger les intérêts qu’elle est censée défendre et dont les troupes combattent avec les siennes. Tout se passe comme si le Bloc communiste, U.R.S.S.-Chine-Vietminh qui avait joué un rôle à trois voix accordées s’était maintenant divisé pour des besoins tactiques, Molotov rentrant momentanément dans l’ombre, Pékin relevant Moscou dans le rôle d’arbitre, et le Viet-Minh se réservant de faire surgir à point nommé des obstacles successifs.

 

Le Plan Communiste

Le plan communiste s’est déroulé en trois phases.

La première préparée depuis six mois était de préformer une atmosphère d’armistice pour affaiblir ou briser le moral des combattants adverses. Dien Bien Phu est venu à temps voulu pour accélérer ce relâchement. Les rapports qui viennent du Tonkin montrent que la dépression règne à Hanoï et qu’on s’y sent prêt à l’abandon.

La seconde phase était de rompre la résistance française à Paris et de faire tomber le ministère, ce qui fut la tâche des communistes au Parlement. Entre temps, Londres avait été travaillé par les Chinois et par les Russes : perspectives d’échanges commerciaux, invitation aux Travaillistes de visiter Pékin, nomination d’un représentant de Mao Tsé Tung à Londres, avances à l’Inde pour influencer les Anglais ; le résultat fut analogue à celui obtenu momentanément en mai 1953, la réédition d’une crise plus grave cette fois dans les relations anglo-américaines.

La troisième phase, plus longue et plus difficile à conclure à leur avantage, est pour les communistes d’isoler les Etats-Unis, but suprême auquel les autres servent de moyens. La malencontreuse affaire du Guatemala est venue les aider. Une explosion de sentiments anti-américains a secoué le monde et révélé des haines que dix ans de propagande ouverte ou chuchotée a fait germer un peu partout.

 

Les Échecs de la Politique Américaine

La politique des Etats-Unis a accumulé les échecs et se trouve aujourd’hui au point le plus critique depuis dix ans. Les Américains ont le tort d’être riches et de vouloir en même temps avoir des amis sincères et ne rien faire sans leur approbation et leur appui. On ne pardonne aux riches que s’ils montrent leur autorité et savent l’imposer. Ils sont doublement détestés s’ils sont faibles. Or depuis l’échec de Corée, la confiance dans la suprématie américaine s’est grandement affaiblie. Partout comme en Indochine on s’interroge de qui est le plus fort et l’on attend les faits pour le suivre.

Tandis que le communisme en tant que doctrine perdait beaucoup de prestige, aussi bien dans l’ordre moral que politique et économique, ses possibilités en tant que force matérielle militaire et tactique grandissaient. L’impérialisme rouge progressait grâce à sa cohésion, son organisation, sa discipline.

 

Les Élections à Ceylan

Un des symptômes les plus révélateurs et sans doute les plus graves est le succès écrasant des communistes aux élections municipales à Ceylan ces jours-ci. Le Gouvernement de ce Dominion à constitution démocratique, ne voit pas comment il pourra résister aux prochaines consultations populaires. On imagine facilement quelle source de contagion, dans cette région inorganique du monde, serait l’installation à Colombo d’une dictature rouge. Cela explique en partie l’attitude actuelle des Anglais.

 

La France à Contre-Courant

Ces jours de réflexion ont convaincu beaucoup que les dernières chances de réagir se jouent en ce moment. Le monde libre doit retrouver coûte que coûte sa cohésion ébranlée depuis Genève. L’attitude actuelle de la France, un instant accueillie avec curiosité, va nettement à contre-courant. Le reflux est déjà manifeste à Paris. Une véritable coalition s’est reformée pour presser la France de rentrer dans le rang.

La démarche de M. Spaak, ministre belge, à Paris en faveur de la C.E.D. ; le nouvel effort d’Adenauer inquiet du recul sensible de son prestige à la suite des élections en Westphalie dimanche (échec cependant inférieur aux prévisions) ; les déclarations d’Eden à Londres dans le même sens ; le paragraphe du communiqué de Washington signé par Eisenhower et Churchill, et le discours à Paris de l’ambassadeur des U.S.A. Dillon, tous pressant la France de ne pas remettre en question les accords de Bonn et de Paris.

 

Vers l’Armistice ?

Restent les chances, d’ici trois semaines, d’un accord politique et d’un cessez-le-feu en Indochine. Les Rouges jouent aisément de cet espoir. Nul ne sait encore s’ils jugeront de leur intérêt d’y souscrire ou de se dérober. Ils laissent ouvertes les deux issues.

De toute façon, ils ne courent aucun risque : un armistice ne serait qu’une capitulation déguisée, une étape plus ou moins longue vers la conquête du Sud-Est asiatique. Chou en Laï est allé à New-Delhi et à Rangoon fortifier la neutralité de l’Inde  et de la Birmanie. Veut-il faciliter par un échec au ralenti des pourparlers avec la France l’assaut final sur l’Indochine démoralisée, ou attirer les Etats-Unis, après un armistice, vers le Siam où l’installation de bases américaines contribuerait à indisposer les autres peuples d’Asie et à isoler et à embarrasser davantage Washington ?

L’énigme demeure comme au premier jour de la Conférence de Genève.

 

La Rencontre de Washington

Le discours d’Eden à la Chambre des Communes, si acrimonieux à l’endroit de la politique de Foster Dulles, nous a surpris. Nous pensions qu’il était l’élément modérateur en regard de la rudesse et de l’obstination de Churchill et cela surtout à la veille de la réunion à Quatre à Washington. Si cette conférence n’a pas aplani les divergences politiques et personnelles entre Anglo-Saxons, il semble que de part et d’autre on se soit inquiété des conséquences d’une fissure trop apparente. Il y avait des points de contact : l’Allemagne et la C.E.D. dont on a joué un peu contre la France. Pour l’Asie, les Anglais ont mis en sommeil leur projet de Locarno asiatique, les Américains leurs velléités de précipiter une action militaire et même la formation d’une coalition du type de l’O.T.A.N.

On s’est entendu pour attendre. Attendre quoi ? On ne le sait pas trop, et c’est là le péril. Le temps ne travaille pas pour ceux qui ne savent pas où ils vont.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-06-26 – Le Complot contre l’Europe

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Le Courrier d’Aix – 1954-06-26 – La Vie Internationale.

 

Le Complot contre l’Europe

 

La Crise Française vue de l’Extérieur

Les étrangers, même nos plus proches voisins qui parlent notre langue, n’ont jamais compris grand-chose aux intrigues de notre politique intérieure ; cette fois-ci, l’étonnement confine à la stupeur. Ils n’ont pas été surpris que nos revers en Indochine provoquent un changement de ministère. Il n’en fallait pas tant et la longévité du gouvernement Laniel suffisait à le condamner. Ce qui déroute l’opinion internationale, c’est qu’alors qu’on attendait un retour vers la gauche avec le nouveau cabinet, ce sont les éléments d’extrême-droite qui en fait, le dominent, les éléments même que le suffrage universel venait à plusieurs reprises de condamner. Beaucoup se demandent si le renversement de politique n’est pas le prélude à l’avènement d’une dictature plus ou moins avouée. Certains vont même jusqu’à prononcer le mot de fascisme ou de national-socialisme et l’on ne sait trop par quels arguments on pourrait les détromper.

 

Une Ancienne Coalition

En réalité, l’étrangeté du phénomène est plus apparente que réelle. La conjonction des forces politiques qui vise à renverser la politique extérieure française est à peu près la même que celle qui opéra en 1922 et en 1925 après les accords Briand-Stresemann de Thoiry. Les affaires d’Indochine et d’Afrique du Nord ne sont là qu’un prétexte. Il s’agit en réalité de faire échec à tout accord franco-allemand ; le temps, en effet, était réduit. Tous les préalables à la ratification de la C.E.D. étaient sur le point d’être souscrits. Le dernier obstacle, le problème sarrois, était virtuellement réglé après l’entrevue Teitgen-Adenauer à Strasbourg et les déclarations Grandval-Hoffmann. Américains et Anglais pressaient l’échéance. Il fallait se prononcer avant l’été et beaucoup d’hésitants au Parlement reculaient devant la responsabilité de dire non. La crise qui vient de s’ouvrir les dispense d’un choix redoutable.

Dans le complot contre l’Europe, il y a fort peu d’éléments appartenant à la gauche proprement dite, celle des formations politiques traditionnelles. A côté d’intellectuels sans appartenance précise, ce sont les milieux des grandes affaires pour qui l’unification européenne signifiait une concurrence redoutable, les hauts-fonctionnaires du Quai d’Orsay et les dignitaires de l’armée qui craignaient pour leur prestige et leur influence politique, les politiciens accrochés à Munich et à l’alliance franco-russe ; enfin, beaucoup de ceux qui ont fait de la résistance un programme et une carrière profitable. Vu sous ce jour, le renversement de la politique française devient moins obscur pour l’observateur étranger.

Mais c’est évidemment de Genève que le signal est venu. La lenteur calculée des pourparlers avait pour but de créer la lassitude et l’énervement de l’opinion ; la menace sur le Delta du Fleuve rouge d’accroître l’inquiétude et les aspirations à la paix. L’exaspération du terrorisme en Afrique du Nord jouait dans le même sens. Les dérobades anglaises et les contradictions américaines ajoutaient à la confusion. Quelques promesses secrètes des communistes ont suffi de donner de l’assurance à l’animateur d’une nouvelle politique qui attendait son heure.

 

Que sortira-t-il de Genève ?

Une fois de plus tout dépend pour l’avenir des intentions de Molotov et de Chou-en-Laï. Sûrs maintenant que l’heure de l’Europe unie est passée, auront-ils intérêt à tenir leurs engagements ? Ces engagements sont jusqu’ici assez vagues. Il y a là plus d’espérances que de réalités. Il est bien improbable que dans un mois on soit, pour l’Indochine, en présence d’un plan établi et réalisable. Il y a mille artifices susceptibles de tout remettre en question au moment voulu, après comme avant, une signature quelconque. En s’engageant dans la voie de l’armistice on parie pour la confiance dans la parole des Sino-Russes, pari terriblement hasardeux.

 

Les Risques

Les risques, au contraire, sont eux, terriblement clairs. Ils s’étalent dans les informations. D’abord, les pourparlers Adenauer-Conant pour un traité de paix séparé entre l’Allemagne et les Etats-Unis se poursuivent hâtivement. Le message du président Eisenhower au président Coty est une menace amicalement voilée qui confirme les avertissements répétés du Secrétaire d’Etat Dulles. Le vote du Sénat américain qui prévoit la suspension de l’aide militaire à la France et à l’Italie, la déclaration du Département d’Etat de virer éventuellement l’aide à l’Indochine à d’autres pays asiatiques. Enfin et surtout, l’allusion qui vient de Washington et de Londres, à un réexamen de la politique anticoloniale des anglo-Saxons au cours des réunions des ministres anglais et américains aux Etats-Unis la semaine prochaine.

 

Le Vrai Colonialisme

Car il n’y a plus évidemment que la France dans le camp des colonialistes. Au Kenya, la révolte des Mao-Mao n’a rien de politique, c’est une affaire de brigands. Quant au Guatemala, l’invasion du pays par des exilés n’est qu’un incident traditionnel dans la politique d’Amérique centrale où les dictatures se succèdent régulièrement après de courts épisodes plus ou moins sanglants. De même que les canons et les munitions dont se servent les Viets en Indochine, les avions des insurgés guatémaltèques s’édifient spontanément dans la jungle. Il y a là des fictions commodes. Pour un observateur objectif et impartial, quel enseignement que ce parallélisme  entre l’action des communistes en Indochine et celle des Etats-Unis au Guatemala ! Les uns se battent pour l’indépendance des peuples coloniaux, les autres contre la dictature communiste du colonel Arbenz qui opprime la démocratie. Pauvres peuples qui sont l’enjeu sanglant d’intérêts puissants qui se servent d’eux sans s’engager eux-mêmes …

 

L’Avenir

Nous ne nous hasarderons pas à faire un pronostic sur l’évolution des prochaines semaines. Un ministre norvégien disait récemment qu’il n’y a plus de place dans le monde actuel pour une troisième force dans le monde et que, quoi qu’on fasse, on n’échapperait pas tôt ou tard au choix. L’expérience que l’on tente ici en France est la plus téméraire qui soit. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour prévoir comment elle pourrait se terminer en catastrophe. La France heureusement, après mille épreuves, a toujours réussi à se remettre sur pied. Cette épreuve-ci pourrait bien être de courte durée. Il y a encore de puissantes forces plus ou moins obscures qui s’efforcent à la solidarité des peuples libres. Leur cause n’est pas perdue.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-06-19 – Bilan

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Le Courrier d’Aix – 1954-06-19 – La Vie Internationale.

 

Bilan

 

On demeure confondu par la facilité avec laquelle les puissances totalitaires remportent des succès sans coup férir. Molotov, en sept semaines à Genève, a empêché l’action américaine en Indochine qui pouvait sauver Dien-Bien-Phu, troublé les relations anglo-américaines, obtenu la chute de Bidault et peut espérer isoler la France et torpiller définitivement la C.E.D. En regard, il n’a eu aucune concession à octroyer à ses adversaires.

 

La Manœuvre Finale d’Eden

Cependant à Genève, comme ailleurs, le dernier mot n’est pas dit. La brusque manœuvre d’Eden mettant fin aux discussions sur la Corée et laissant sur l’Indochine les communistes en tête-à-tête avec les Français et les Vietnamiens, a certainement déconcerté et contrarié Molotov et Chou-en-Laï. Ils ne demandaient qu’à poursuivre une conversation si utile et n’ont pu rejeter sur leurs adversaires la responsabilité de l’échec de Genève. Un fait est indéniable. Les neutres asiatiques et particulièrement l’Inde, qui par l’ambassadeur Menon avait multiplié ses bons offices, se retirent déçus et commencent à s’inquiéter de l’impérialisme communiste.

Il faut reconnaître que les Anglais à Genève, ont réussi un coup de maître. D’abord en refusant de s’associer au sauvetage de l’Indochine le 25 avril, ils ont rallié à leur politique l’opposition travailliste et, s’ils ont violemment indisposé alors le gouvernement Eisenhower-Dulles et la France, Eden lui a magistralement rétabli la situation. D’abord son action de médiateur lui a valu la faveur de l’Inde et des autres puissances de Colombo en leur offrant un rôle d’arbitre en cas d’armistice en Indochine. Il a travaillé en liaison avec le ministre français en le soutenant au cas improbable où les Sino-Russes auraient réellement l’intention d’aboutir à un compromis puis, après la chute du cabinet français, il a brusquement mis les adversaires au pied du mur et bouclé ses valises faisant admettre aux autres partenaires, l’idée qu’aucun accord n’était possible avec les communistes.

En même temps, on annonçait à Londres et à Washington que Churchill et Eden se rendaient aux Etats-Unis conférer avec Eisenhower et Dulles. Ceux-ci sont satisfaits de l’échec de la Conférence et fort mal disposés à l’égard de la France dont la confusion politique, à la longue, les met à bout de patience. Churchill et Eden pourront dire à la Maison Blanche qu’ils ont été bien inspirés en empêchant que les Américains, venant au secours de la France, ne se soient mis dans un mauvais cas, tant politiquement que militairement, étant donné nos faiblesses et l’inconstance de notre politique. Et une fois de plus, les divergences entre cousins anglo-saxons seront jusqu’à nouvel ordre, aplanies, (ce que nous disions l’autre jour ici à M. Duverger). Eliminer la France des grandes délibérations a été le but de Churchill avant et depuis les Bermudes.

 

Que peut-on Faire ?

Et voilà la France isolée, le jouet de la farce. Il va de soi que M. Mendès-France a du génie, mais nous sommes curieux de voir comment il rétablira la situation, s’il est chargé – on l’ignore à l’heure où nous écrivons – de prendre les responsabilités de la négociation. Il est admirable en vérité d’entendre qu’on va résoudre le problème indochinois sans capituler, donc en obtenant des concessions de l’adversaire – quand jusqu’ici celui-là n’en a jamais fait aucune – à moins que Molotov n’ait officieusement fait quelque révélation secrète. Mais, si même il en était ainsi, il faudrait se méfier doublement.

Les Anglais en savent quelque chose, – Molotov manie admirablement le miroir aux alouettes- rappelons Août 1939 quand Molotov, après avoir berné des semaines durant les délégations occidentales réunies au Kremlin, traitait en moins de 24 heures avec Ribbentrop, qui raconte lui-même dans ses mémoires, qu’il n’en revenait pas.

Cependant, il ne faut pas exclure que Molotov ait une solution en vue et un tour dans son sac. Reste à savoir si pour la France, ce n’est pas un mauvais tour. Sans autres appuis et sans atouts, comme nous sommes, nous plaignons le négociateur qui ira l’affronter.

 

La Situation de la France

Il est évident que notre situation est actuellement très mauvaise. Il serait injuste de citer des responsables. Beaucoup de circonstances étaient hors de notre atteinte, en particulier l’aide massive de la Chine aux Viets. Il nous semble cependant qu’on aurait pu établir quelques principes évidents que les événements n’ont cessé, sans la moindre défaillance de confirmer.

1° Il n’y a rien à attendre des Russes et de leurs alliés, même si un accord était possible – ce qui ne s’est jamais produit – ce ne serait qu’une ruse pour nous mieux dépouiller.

2° Il n’y a rien à attendre des Anglais, même si leur intérêt semble coïncider avec le nôtre.

3° La France ne peut s’isoler, elle n’en a ni le courage ni les moyens, et ce serait une folie en tous cas.

4° Un accord avec l’Allemagne d’Adenauer est indispensable pour notre défense et notre avenir, si nous voulons éviter une réédition des événements qui ont amené et suivi la chute de la République de Weimar.

5° Une politique d’étroite solidarité est inévitable avec les Etats-Unis qui d’ailleurs, qu’on le veuille ou non, seront toujours les maîtres de la situation tant que les Soviets ne les auront pas défiés. Ce qu’ils ne feront peut-être pas.

Nous n’avons aucune prétention à connaître l’opinion française. Mais de tous les Français, disons « moyens » et patriotes, que nous avons interrogés, pas un seul n’était en désaccord avec ces principes de bon sens. Ils leur semblaient évidents. Si nos Ministres n’ont pu suivre cette ligne, ce n’est pas qu’ils se refusaient à la suivre, bien au contraire, mais des intérêts privés et les passions politiques les ont obligés à des compromis dont l’aboutissement est l’actuelle situation, la plus sombre et la plus critique que nous ayons connue depuis 1944.

Résumons : l’Indochine, à moins d’un miracle encore possible, virtuellement perdue ; le Maroc et la Tunisie à feu et à sang ; une crise financière aigüe et un isolement politique complet si nous ne ratifions pas la C.E.D. à bref délai ; une Allemagne qui regarde vers Moscou.

 

L’Etat d’Esprit en Allemagne

L’état d’esprit qui se développe en Allemagne de Bonn est chaque jour plus préoccupant. La politique d’Adenauer perd constamment du terrain. L’opposition grandit. Les trois ex-chanceliers de Weimar, les Drs. Wirth, Luther et Brüning, se prononcent pour la neutralité allemande et les contacts avec Moscou. Malenkov les encourage. Les Socialistes d’Ollenhauer les ont suivis ou précédés. L’opinion balance. Les Etats-Unis s’inquiètent. Il y a sans doute là une part de chantage, mais aussi un courant profond. Un des membres influents du Parti chrétien-démocrate l’a quitté pour s’associer à celui des réfugiés : la C.D.U. perd la majorité absolue au Bundestag. La France est accusée de colonialisme et la presse anglaise ajoute, en commentant la chute du ministère : « La politique de grandeur de la France est en train de s’effondrer : la politique de Colombey-les-deux-Eglises, hélas ! ».

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-06-12 – Choisir

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Le Courrier d’Aix – 1954-06-12 – La Vie Internationale.

 

Choisir

 

Les diplomates américains ont toujours pensé que la Conférence de Genève n’était pour les Soviets qu’un moyen pour donner à leur propagande une publicité élargie, grâce aux journalistes chargés de la répandre, de démoraliser le corps expéditionnaire français par l’attente d’un armistice, et de prendre entre temps des gages militaires multiples. Les premières séances de la septième semaine semblent donner raison à cette appréciation. Rien de concret n’est apparu jusqu’ici qui puisse faire espérer un accord ; M. Eden en est pour ses frais et M. Bidault de sa patience. L’affaire cependant n’est pas terminée et des rebondissements demeurent possibles. Un fait est clair : Molotov est revenu de son voyage à Moscou plus intransigeant qu’il ne le paraissait avant : l’objectif immédiat semble être la chute de Bidault et une crise intérieure française.

 

Les Conséquences d’un Échec à Genève

L’échec de la Conférence de Genève serait grave, non seulement pour les Alliés, mais aussi pour les communistes. Bon gré, mal gré, les Anglais seraient obligés de rejoindre le Bloc occidental dans sa politique asiatique, et le conflit indochinois serait internationalisé. La guerre en Asie prendrait une ampleur qu’il ne serait sans doute pas facile de limiter. Est-ce cela vraiment que veulent Chinois et Russes ? C’est possible, mais encore incertain.

 

Confusion à Washington

La politique américaine demeure confuse, malgré l’abondance habituelle des déclarations. On ne sait pas ce que les Américains, pas plus que les Russes, veulent ou attendent, mais tandis que ceux-là le savent, les Américains sont partagés. Les derniers propos de M. Dulles sont nettement réticents à l’égard d’une intervention en Indochine ; à les prendre à la lettre, on conclut que cette intervention n’aurait  lieu qu’en cas d’attaque des Chinois directe et ouverte, ce qui n’a pas de sens, car ceux-ci n’ont aucune raison de le faire. Par ailleurs, Dulles n’entend pas qu’une intervention américaine soit unilatérale, c’est-à-dire en dehors des Anglais et peut-être de l’O.N.U. comme en Corée, ce qui laisserait entendre que les Français en Indochine se tireraient d’affaire seuls, avec un appui purement technique et financier. Il ressort évidemment du dernier état de la situation militaire que, dans ces conditions, notre défaite serait certaine et sans doute rapide ; la défection des Vietnamiens précipiterait la catastrophe, et l’Alliance Atlantique, après un tel désastre, ne serait plus qu’une façade.

Il est peu probable que les déclarations de Dulles traduisent la véritable pensée de la Maison Blanche. Dulles n’a-t-il pas voulu ainsi pousser les communistes à l’intransigeance et faire échouer une conférence dont il n’augure rien que de fâcheux.

 

Un Solution Négociée est-elle Souhaitable ?

Les Etats-Unis pensent  – et ils ne sont pas les seuls – qu’une solution négociée, si par miracle il en sortait une de Genève, serait peut-être, en dernière analyse, pire qu’une hostilité ouverte. Par le moyen d’une trêve, les Sino-Russes seraient plus près de leur but que par les armes. C’est d’ailleurs ce qui nous faisait croire qu’après une réédition de Pan Mun Jon, ils en viendraient à un armistice du type coréen.

Dans l’intérêt strictement français, un armistice serait peut-être préférable à la poursuite de la guerre internationalisée. Encore est-il difficile – toute considération humaine mise à part comme on est bien obligé de le faire en politique – de déterminer ce qui  vaut mieux, d’une paix précaire ou d’une guerre dont nous ne serions plus qu’un élément et non le principal. Si l’on s’abstrait de toute passion politique, de toute préoccupation idéologique, et qu’on pèse le pour et le contre, non plus dans l’immédiat mais à long terme, on peut être enclin à penser que plus tôt le « Showdown » sera déclaré, plus on a de chances de limiter la guerre. Car du train où iraient les choses, si l’Asie du Sud-Est succombait, on n’éviterait pas une troisième guerre mondiale, et le terme de deux ou trois ans envisagé par certains commentateurs paraît vraisemblable. Peut-être l’éviterait-on par contre, si les rouges subissaient un revers décisif en Asie.

 

L’Alliance Balkanique

En dehors de ce douloureux problème, il ne faut pas négliger des faits importants.

L’Alliance balkanique d’abord : le voyage spectaculaire de Tito à Athènes, et le passage dans cette ville du Premier turc Menderes, de retour de Washington, aussitôt après le départ de Tito consacrent une nouvelle soudure de l’alliance occidentale en Méditerranée. Alliance qui suppose un accord final sur Trieste qui paraît bien assuré. Rien ne serait possible sans une réconciliation italo-yougoslave autour du problème, enfin résolu, du territoire libre. Les Etats-Unis qui sont évidemment derrière ces pourparlers sont arrivés à fermer le cercle qui va du Pakistan à l’Espagne. Il faut bien comprendre la portée de l’accord tripartite Turco-Gréco-Yougoslave ; alliance militaire et même plus ; une C.E.D. balkanique et un projet – de principe, s’entend – d’une communauté politique du même type que la communauté européenne des six telle qu’on la conçoit à l’Assemblée de Strasbourg. Quand on songe aux différences ethniques, économiques et sociales qui séparent Turcs, Grecs et Yougoslaves, on ne peut se défendre de scepticisme. On a sans doute tort. Il est peut-être plus facile d’unir des pays dont la structure est encore mal définie et les assises mouvantes, disons sans donner à ce mot rien de péjoratif – arriérés – que de réunir dans une fédération des pays hautement évolués où les intérêts particuliers sont depuis longtemps cristallisés, où l’opinion a des préjugés séculaires qui savent se faire entendre.

 

Les Conséquences pour la C.E.D. et l’Allemagne

Quoi qu’il en soit, le succès, ne fut-il que théorique, de ce nouveau bloc européen doit nous donner à réfléchir, à nous Français et surtout aux adversaires de la C.E.D. On ne peut passer sous silence l’évolution récente de l’opinion en Allemagne. Un député libéral, Pfleiderer, s’est fait récemment le champion d’une politique de contacts sinon de rapprochement avec l’Union Soviétique. L’Allemagne de l’Ouest s’impatiente. Sa force grandit, son économie est pleinement rétablie. Elle aspire à prendre la place qui lui revient et ne supportera pas indéfiniment que la voie d’une incorporation à l’Ouest avec droits égaux ne lui soit pas reconnue.

 

Une Caricature

Une récente caricature allemande parue dans l’organe de la grande industrie nous a frappés et inquiétés : on y voit un grand aigle allemand dont la tête est tournée vers l’Ouest. M. Pfleiderer est en train de s’en saisir pour la tourner vers l’Est, et Adenauer retient le député libéral par la manche en lui disant : « Non, Pfleiderer, ce n’est pas à toi de faire cela. » Ce qui n’exclut pas qu’un autre doive un jour le faire, semble penser le caricaturiste. Ce jour-là n’est pas proche et n’est pas même pour le moment convenable, mais la marche des événements est rapide. L’Allemagne sait que si elle se tournait vers les Soviets, ceux-ci  deviendraient les plus forts. C’en serait fait de l’Europe, de l’Angleterre, et même des Etats-Unis. La civilisation occidentale ne résisterait pas à un tel déplacement de puissance.

Il est temps, grand temps d’en finir avec les chicanes et les tergiversations et les délais perpétuels. Il serait tout de même effarant de penser que la C.E.D. et l’Union Européenne peuvent être mis en échec jusqu’en 1956 par un groupe de députés qui n’a presque plus d’électeurs en France, par un Parti qui n’ose même plus présenter de candidats dans un département où il eut en 1951, trois élus. Est-ce là la démocratie ? Il semble heureusement que l’opinion évolue, l’accord sur la Sarre est pratiquement acquis. Sans doute en reculera-t-on quelque peu l’annonce pour des raisons tactiques, tant que la question indochinoise demeurera dans la balance, mais quelles que soient les réserves qu’on peut faire sur les accords de Bonn et de Paris – et il y en a – l’intérêt supérieur du pays exige qu’on choisisse – en s’y ralliant – le moindre mal. Ce qui est toujours la clef d’une bonne politique.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-06-05 – Cordiales Relations

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Le Courrier d’Aix – 1954-06-05 – La Vie Internationale.

 

Cordiales Relations

 

Le Pan Mun Jon indochinois continue. On n’en sait pas plus qu’aux premiers jours des intentions communistes. On s’accorde toutefois pour une conclusion plus ou moins lointaine de l’arrêt des hostilités. Etat stationnaire, disent les augures. Ce n’est pas tout-à-fait notre avis.

 

Le Voyage de Molotov à Moscou

On n’a pas attaché une importance suffisante au voyage éclair de Molotov à Moscou. Si les choses allaient à Genève conformément au plan que les communistes avaient établi en de multiples réunions préparatoires, cette consultation du Kremlin aurait été superflue. Au demeurant, c’est la première fois que, au cours d’une conférence, Molotov en réfère à Moscou. Remarquons au surplus, qu’avant et après son voyage, Molotov a eu avec Tchou-en-Laï de longs entretiens. De là à conclure à quelques divergences, il n’y a pas trop de hardiesses.

Par ailleurs, la présence à Genève des délégués chinois, le faste vaniteux de leur équipage, l’arrogance de leurs propos, et l’air de grandeur qu’ils se donnent ont vivement impressionné les envoyés des diverses nations et pas seulement des blanches. Le dragon chinois, et cet impérialisme dévastateur dont l’histoire n’est pas oubliée en Asie ont reparu dans l’imagination des Hindous et des Birmans, et peut-être les Moscovites ont reconnu le spectre de Gengis-Khan.

 

Anecdote

A quelqu’un qui nous demandait ce qu’il pouvait en être des relations entre Chinois et Russes, nous répondions par cette anecdote : il n’y a pas très longtemps, sur demande des autorités chinoises, une mission de techniciens russes s’était rendue à Canton pour monter des machines et en apprendre aux Chinois le fonctionnement. Le travail accompli, on trouva au matin tous les Russes assassinés et décapités, ce qui n’empêcha pas le jour même le chef de la mission soviétique de dîner cordialement avec le Préfet chinois. Les divergences, comme on voit, ne nuisent pas nécessairement aux bonnes relations. L’anecdote n’a d’intérêt que pour montrer la difficulté d’estimer à nos mesures occidentales les relations sino-russes.

 

Les Travaillistes invités à Pékin

Les relations anglo-chinoises sont presque aussi originales. Une nouvelle presque incroyable, même pour ceux que rien n’étonne, nous parvient cette semaine : M. Attlee, ex-premier ministre travailliste, accompagné de Morgan Philips, secrétaire du Parti, et du leader extrémiste Bevan, se rendront à Pékin en Août, invités officiellement par les communistes.

L’histoire est doublement curieuse : le même Attlee, premier ministre, a nommé en 1950 un ambassadeur à Pékin qui n’a jamais été reçu par le Gouvernement chinois, ni sous Attlee ni sous Churchill, et Pékin n’a jamais envoyé à Londres de représentant officiel. Ne parlons que pour mémoire de la liquidation systématique et totale à ce jour des affaires anglaises en Chine. Maurice Laty, commentateur habituel de la B.B.C., faisait lui-même remarquer que ce voyage à Pékin tombait assez mal à propos, quand les armes chinoises viennent d’écraser à Dien-Bien-Phu les forces françaises qui défendaient là-bas aussi des intérêts anglais. Il ajoutait qu’il ne voyait pas ce que Attlee et ses compagnons verraient à Pékin de plus que ce que les invités de marque voient d’ordinaire à Moscou ou à Varsovie, rien que ce qu’on veut bien leur montrer. Ils seraient tout aussi bien informés à Londres ou à Hong-Kong.

Ce geste d’un ancien premier Anglais qui a, malheureusement, de fortes chances de l’être sous peu à nouveau explique assez la discrétion avec laquelle on a célébré à Paris comme à Londres, l’entente cordiale. Que diraient les Anglais si M. Mayer ou M. Pinay allaient lever leur verre au banquet de clôture du Congrès des Mau-Mau ? Les intrigues anglaises depuis l’ouverture de la Conférence de Genève ont, quoi qu’on en dise, créé un malaise, non seulement à Paris et à Washington, mais dans l’ensemble du monde libre. Si ces bons offices prodigués à Pékin et à Moscou se révèlent inutiles, on tiendra rigueur aux Anglais pour les faux espoirs qu’ils ont fait naître. En politique, surtout avec les Asiatiques, ce n’est pas en tendant l’autre joue et même le reste qu’on obtient des succès. Les socialistes français ont montré pour une fois, tant pour l’Indochine qu’en Afrique du Nord, une certaine réserve qui ne leur est pas habituelle. Il est vrai qu’entre socialistes anglais et français, les relations ne sont pas des meilleures.

 

La Fin de la Récession aux Etats-Unis

Revenons un peu à l’économie que les événements de l’Extrême-Orient nous avaient fait délaisser. Il semble, comme on le prévoyait et l’espérait, que la grande crise aux Etats-Unis publiée par les prophètes du marxisme, n’aura pas lieu. La courbe de baisse d’activité qui déclinait depuis le milieu de 1953, a commencé de s’étaler vers avril, et l’on pense remonter la pente incessamment. Les pronostics sont encore prudents, mais on s’accorde à exclure l’idée d’une aggravation nouvelle d’ici l’automne du moins. Les moyens employés ont donc suffi à limiter la récession à une pause, et cela sans qu’intervienne une guerre ou un supplément de dépenses d’armement.

En France même, les moyens tout artificiels employés avec hardiesse par M. Edgar Faure et Louvel ont donné jusqu’ici mieux que les résultats escomptés. Il est assez curieux qu’on accuse d’immobilisme en matière économique le Ministère qui a certainement, de tous ceux des Troisième et Quatrième Républiques, le plus innové en la matière.

Il est vrai qu’on appelle « activité » en France, le procédé qui consiste à augmenter les traitements et salaires en actionnant la planche à billets, ou inversement à serrer brutalement la vis au moment où la monnaie s’écroule. Ici au contraire, le plan Edgar Faure-Louvel est un exemple d’économie orientée en faveur de l’activité économique dirigée non au sens étatique et arbitraire, mais en fonction des besoins et des intérêts des producteurs, et au profit de la collectivité dans son ensemble. On peut se demander si ce dopage, dont le succès est certain et qui a permis au malade de reprendre force et courage, sera suivi d’une véritable convalescence puis de guérison. Le moment délicat viendra quand les remèdes d’urgence auront cessé d’être actifs. On connaît bien ceux qu’il faudrait employer ensuite, mais trouvera-t-on en démocratie la continuité et l’autorité nécessaires ? En tout état de cause, la preuve n’est pas loin d’être faite que si les intéressés sont d’accord, on peut agir sur l’économie, arrêter les crises qui menacent, et faire remonter la pente à une courbe étale, et cela sans adjuvants extérieurs. Et ce fait, s’il se confirme, qui aux yeux de beaucoup parait accessoire, peut au contraire être le plus important de ce demi-siècle, et le facteur déterminant pour l’issue du grand duel que se livrent les deux mondes.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1954-05-29 – Cinquième Acte ?

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Le Courrier d’Aix – 1954-05-29 – La Vie Internationale.

 

Cinquième Acte ?

 

Depuis le début de la Conférence de Genève, nous avons été très circonspect sur son issue. Autant on pouvait prévoir l’échec de la réunion de Berlin qui concernait l’Europe, autant il est difficile de savoir ce que les communistes trament entre eux en Asie.

 

Les Pourparlers s’accélèrent

Cette semaine est caractérisée, comme on s’y attendait, par une certaine accélération des négociations sur l’Indochine. Pressé par Eden qui tient à justifier l’attitude du Gouvernement britannique avec l’espoir d’un accord, et par Bidault qui s’appuie sur les pourparlers conduits par les Etats-Unis pour un pacte du Sud-Est asiatique, Molotov est obligé de donner l’impression d’avancer vers un compromis. Il est trop tôt encore pour affirmer que telle est réellement son intention.

 

Interdépendance

Tout, une fois de plus, dépend des desseins de l’U.R.S.S.  Sans la Russie, les Chinois et le Viet-Minh verraient se renverser la situation à leur détriment. Cependant, la Chine et l’U.R.S.S. sont liées, car si l’un des deux changeait de camp ou simplement penchait vers la neutralité, la supériorité du monde libre contraindrait l’autre à se replier sur lui-même, ou serait condamné à une capitulation plus ou moins proche. Au cas donc où les Russes et Chinois ne seraient pas d’accord, ils sont néanmoins obligés de s’entendre, et c’est l’U.R.S.S. qui, en dernier ressort, a voix prépondérante.

Il ne fait aucun doute qu’à Washington et aussi à Londres, on est convaincu de l’impossibilité d’abandonner le Sud-Est asiatique à la Chine. Outre la perte de prestige politique, c’est 95% de la production mondiale de caoutchouc et la moitié de l’étain. Le renversement des potentiels économiques qui résulterait d’un tel bouleversement géographique ferait la guerre inévitable.

 

La Situation Intérieure en U.R.S.S.

Ce qui peut rendre les Russes prudents, c’est l’instabilité du pouvoir en U.R.S.S. Malenkov, comme nous l’avons dit, n’est guère plus qu’un figurant, président en titre plutôt que dictateur ; on dit même que l’étoile de Krouchtchev monte tandis que pâlit la sienne. La lutte pour le pouvoir qui a toujours été celle de l’histoire russe continue d’autant plus qu’aucun homme ne s’impose. Un gouvernement collectif n’a guère de chance de durer en Russie.

D’autre part, la situation économique en U.R.S.S. paraît continuer à se détériorer. Après l’agriculture dont la production stagne malgré les mesures décidées, ce sont les chemins de fer qui fonctionnent mal. Faute de moyens de paiement, les Soviets sont obligés, après avoir vendu des quantités d’or assez appréciables de puiser dans leurs réserves d’argent métal qui se place plus difficilement en Occident. Le dernier rapport sur le commerce international montre que loin d’augmenter, les échanges entre l’Est et l’Ouest ont diminué sensiblement en 1953. Jusqu’ici, le redressement publié à coup de propagande prévu pour 1954 ne dépasse pas sensiblement le niveau de 1952, qui représentait au total deux pour cent du commerce mondial. Peu de chose. Il est donc fort possible que dans ces conditions, pour ne rien dire de celles de la Chine qui sont encore moins brillantes, le Bloc communiste ait besoin de souffler.

 

Il y a Accord et Accord

Il n’en faudrait pas conclure que nous allons aboutir à un accord en Asie entre le monde libre et le Bloc oriental.

D’accord véritable il n’y en aura jamais, mais un compromis plus ou moins stable, plus ou moins durable surtout, peut intervenir qui sera constamment remis en cause par des incidents et des infiltrations politiques, constamment menacé selon le degré de cohésion dont le monde libre fera preuve. S’il fallait se prononcer, c’est dans ce sens que nous verrions s’orienter les pourparlers de Genève. Dans ce cas, au surplus, on verrait aussitôt se profiler la demande soviétique d’une nouvelle conférence sur l’Allemagne pour remettre en cause l’intégration de Bonn avec l’Ouest, diviser une fois de plus les Alliés, et renvoyer la ratification de la C.E.D. Le bruit d’une pareille conférence à l’automne circule déjà.

Molotov en effet, capitalise largement sur le puissant courant neutraliste français qui va des collaborateurs du « Monde » aux rescapés les plus effervescents du R.P.F. La chute de Bidault est un des premiers objectifs du Kremlin. Molotov n’a pas réussi la semaine passée au moment de la défection anglaise, mais l’occasion peut se retrouver.

 

Un Article de M. Duverger

C’est ce qu’envisage M. Duverger dans un article récent du « Monde ». Voici sa thèse :

« Deux politiques, dit-il, se sont affrontées en Asie « l’Européenne » appuyée sur une étroite collaboration franco-britannique, et « l’Américaine ». La politique de Bidault tend à dresser en Asie un bloc franco-américain en face d’une Grande-Bretagne isolée. Cette politique, selon l’auteur, « aurait pour objectif de défendre l’Asie par les armes contre le communisme, en poussant les Etats-Unis à intervenir en Indochine »

Tout cela est inexact. D’abord l’Angleterre ne s’isolera pas longtemps des Etats-Unis. D’ores et déjà, Eden s’est efforcé à Genève de raccommoder la porcelaine brisée par Churchill. Si la Conférence de Genève échoue, il est absolument certain que les Anglais, comme en Corée, se rallieront peut-être mollement, mais effectivement quand même, au Pacte de défense du Sud-Est asiatique. Molotov ne l’ignore pas. Malgré les difficultés que cette politique susciterait entre l’Angleterre et l’Inde, aucun Britannique ne sacrifierait la Malaisie à Nehru qui d’ailleurs ne le souhaite certainement pas. En outre, les Etats-Unis n’interviendront en Indochine que s’ils y sont absolument contraints ; si Molotov n’a pas le dessein de les y entraîner, il n’aura aucune peine à maintenir la paix dans cette région. On l’a déjà vu en Corée.

Duverger poursuit : « La seule chance de sauver l’Asie de l’invasion communiste, c’est d’aider l’immense effort de l’Inde, de la Birmanie, de la Malaisie, pour créer des états asiatiques non communistes, puissants et indépendants. En s’opposant à cette troisième force, en imposant l’option brutale ou le protectorat par des armées de race blanche, soutenant les vieilles féodalités locales ou le ralliement à Mao Tsé Tung, la politique américaine tend à rejeter dans le communisme les masses asiatiques non soviétisées. En lui apportant son renfort, M. Bidault la pousse vers ce tunnel où il y aura un choix dramatique entre l’abandon de l’Asie ou le déclenchement de la troisième guerre mondiale. »

On ne saurait être plus clair.

Duverger est mal informé : cette troisième force asiatique n’existe qu’à l’O.N.U. ou autour des tables de conférence. L’Inde, la Birmanie (et sans doute l’auteur a-t-il voulu dire l’Indonésie au lieu de Malaisie qui, elle, est contrôlée par les Anglais), ont des gouvernements dont l’autorité à l’intérieur des pays est des plus précaires : l’Inde de Nehru, c’est une portion de la vallée du Gange où il bénéficie de l’héritage de Gandhi ; l’Inde, c’est encore Bombay et Madras. Mais les Indes, c’est un immense pays où vivent des peuples qui parlent des langues diverses et ne se comprennent pas. L’anglais est leur seul moyen de s’entendre, et l’autorité y est purement locale. Les gouvernements birman et indonésien contrôlent, et encore de façon intermittente, la capitale et quelques villes ; l’anarchie, quand ce n’est pas la guerre civile, règne ailleurs. Le communisme est plus ou moins partout, tantôt politique, tantôt armé. Ces Etats ne sont protégés du communisme que par le contrepoids que la puissance américaine oppose à Moscou et à Pékin ; qu’il se dérobe et ç’en serait vite fait d’eux. On le sait fort bien à New-Delhi, à Rangoon et à Djakarta et encore mieux à Bangkok.

 

Dilemme

Enfin, M. Duverger conclut :

« Si grâce aux Etats-Unis, le chantage à l’extension du conflit réussit, le Viet-Nam de Bao Daï glissera vers la tutelle américaine et échappera à notre influence ; si elle échoue, nous serons engagés en Asie à perpétuité … Il faudra alors accepter que la route de Paris soit protégée par des soldats allemands … à l’entente cordiale succèdera la collaboration franco-germanique. »

Nous y voilà ! Nous comprenons : pas de C.E.D., l’inimitié franco-allemande à perpétuité et, comme on en murmure déjà à Bonn, un beau jour l’alliance russo-allemande, non plus sous Adenauer mais avec un Spartacus quelconque, un Hitler rouge. L’entente cordiale sans la garantie américaine, cela mène à Sedan et à Vichy, M. Duverger. Et puis, à tout prendre, si la route de Paris doit être protégée, je préfère que ce soit en première ligne par des Allemands flanqués de quelques divisions américaines. Qu’en pensez-vous, chers lecteurs ?

 

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