Criton – 1947-09-20 – La Voie Difficile

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-20 – La Vie Internationale.

 

La Voie Difficile

 

Sans être désespérée, la situation prend un tour assez dramatique. La conférence de novembre n’aura sans doute pas lieu et c’est la rupture diplomatique entre les deux mondes. L’Europe occidentale se noie. Et le sauveteur, son croc en main, discute les conditions du salut. Entre hommes de bonne foi, l’accord serait aisé ; mais il est entendu qu’un diplomate serait déshonoré s’il n’était un maquignon. Et comme la crise presse, il faut conclure ou s’abandonner.

 

Le Comité des Seize

Les Seize nations ont déposé leur rapport ; mais M. Clayton, venu des Etats-Unis, s’aperçoit que le jeu a été faussé. Il faut recommencer. Les délégués n’ont fait qu’additionner leurs besoins, chacun les a chiffrés au maximum et on a présenté l’addition : 30 milliards de dollars ! Quant à la contribution de chacun au salut commun, peu de chose. Comme l’Angleterre avait les plus gros chiffres à solliciter, Bevin a cru très fort de les noyer dans la masse indivise ; l’emprunt eut été masqué dans le fonds commun. Mais les Etats-Unis veulent que chacun présente ses besoins et ses ressources, pour traiter avec tous en conséquence. Enfin et surtout, les Etats-Unis entendent que les nations européennes constituent un tout économique, ce qui n’est pas impossible, mais au bout d’années d’adaptations progressives. Est-ce que les Etats-Unis ne tendraient pas à rendre permanent un comité économique mixte où travailleraient les Américains et les délégués des Seize ? Ce comité, chargé de répartir les secours et les ressources constituerait un directoire économique qui se substituerait aux gouvernements dans ce domaine et, qui sait, de proche en proche, dans d’autres. On grignoterait les souverainetés nationales. Les Etats-Unis d’Europe – tel semble bien le but de Clayton – arbitrés par les U.S.A. Les avantages d’une telle solution ne sont pas douteux si on le compare au chaos, à la déliquescence où vont se décomposant de grands pays comme le nôtre. Mais n’est-ce pas déguiser la fin des nations ? Sans voir trop loin, le comité des Seize va donc faire un nouveau rapport sous l’œil sévère de M. Clayton et la nouvelle rédaction sera O.K., on l’espère. Il faut reconnaître que ce rapport des Seize était ridiculement pauvre. Bien entendu, la tâche de l’expert est de réduire en propositions réalisables et chiffrées, ce qu’il peut y avoir de sensé dans les vues grandioses de politiciens éloquents et ignares, mais de là à ces miettes de programme entourées de si et de mais !…

 

Mirauda

Les Anglais avaient bien des malheurs mais voilà que l’Argentine s’en mêle ! Le « Toréador » de M. Perón, dictateur du « corned beef », menace de priver les Anglais de la moitié de ce qui leur reste du shilling de viande hebdomadaire ! On le paye en livres et ces livres n’étant pas convertibles en dollars sont sans valeur pour les Argentins. Et pourtant, de la monnaie de singe, en somme.

 

Les Grèves en Italie

Avec l’Autriche et la Grèce, l’Italie devient le champ clos de la lutte entre Américains et Soviétiques. Aux prêts des Etats-Unis à l’industrie privée et un gouvernement de Gasperi qui commençaient à rétablir la confiance en Italie, les Soviets opposent une terrible menace : au moment de la récolte de riz, un million d’ouvriers agricoles en Piémont et en Lombardie se mettent en grève. C’est l’alimentation du pays qui est en danger pour l’hiver difficile qui vient. Comme la récolte américaine sera insuffisante pour sauver les peuples d’Europe occidentale de la famine, l’agitation révolutionnaire aura beau jeu. L’autorité du gouvernement italien est déjà faible et ne résisterait pas à un putsch communiste qui se prépare. C’est pourquoi les conversations très importantes qui se déroulent entre Myron Taylor et le Pape peuvent avoir une influence décisive sur la paix sociale dans la péninsule. La lutte sera chaude entre les factions antagonistes prêtes à tous les excès.

 

Le Veto et l’O.N.U.

Les Etats-Unis veulent sauver l’O.N.U. de son impuissance présente. M. Marshall a prononcé un discours très catégorique et fait prévoir une procédure adroite pour tourner le « veto » dont les Soviets ont fait un constant moyen d’obstruction. Il n’est pas question de supprimer le droit de veto au Conseil de Sécurité, mais de le rendre inopérant dans certains cas. Car aucune des grandes puissances ne veut se priver dans un avenir imprévisible de ce moyen suprême de sauvegarder ses intérêts qui seraient à la merci d’un simple vote majoritaire. Comment concilier ce droit avec le fonctionnement normal d’une assemblée internationale dont la raison d’être est une limitation de la souveraineté de chaque état devant la volonté collective ? Comment limiter les cas où un état devra se plier à une résolution qui le gêne. La France en particulier, de par sa faiblesse même, ne peut pas renoncer à ce droit de veto qui garantit seul ses intérêts vitaux assez aisément méconnus par les autres. La France qui n’a pas derrière elle une clientèle fidèle à l’O.N.U. pour l’appuyer ? Bidault a été très affirmatif sur ce point.

D’autre part, si on trouve le moyen de tourner le veto, les Russes ne vont-ils pas, comme jadis l’Allemagne, profiter de l’occasion pour se retirer de l’Assemblée Internationale ce qui lui enlèverait son sens et sa raison d’être ? Déjà Molotof n’assistera pas à la prochaine réunion de l’O.N.U. Est-ce le prélude à un départ ? En tout état de cause, un tribunal international dans l’état actuel du monde, n’apparait-il pas anachronique ?

 

Controverses

Une série d’articles anonymes de haute portée avait défini dans la revue « Foreign Affairs», la politique américaine en face de l’U.R.S.S. Emanant d’une autorité du « State Department » il préconisait une résistance limitée et de longue haleine des Etats-Unis sur le pourtour du rideau de fer, comptant sur le temps pour faire apparaître les faiblesses internes de l’état soviétique et les oppositions qui, selon l’auteur, grandissent aussi bien autour de lui que dans son sein même. A ces vues optimistes et patientes Walter Lippmann s’oppose avec passion. C’est rééditer en somme, dit-il en substance, la politique de coups de frein pratiquée par les Chamberlain et Daladier contre Hitler. On sait que ces efforts stériles ont plutôt servi une politique de bluff et d’audace. Ils n’ont pu prévenir la catastrophe. Le « State Department » en ranimant ces illusions ne court-il pas au même sort ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-09-13 – Vers la Solution

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-13 – La Vie Internationale.

 

Vers la Solution

 

Voyages, consultations. Conférences se multiplient. Il se confirme de plus en plus que l’Europe Occidentale sera sauvée de la crise qui l’étreint. Mais l’Angleterre et la France payeront cher la politique qui les y a conduites. Les crédits seront consentis à des conditions sévères d’assainissement financier et d’effort économique, de direction politique aussi. Et fatalement, les deux empires français et britannique en sortiront diminués. Mais cela est l’histoire de demain.

 

Le Discours Bevin

  1. Bevin sera bientôt le premier de l’Angleterre. Comme préface à son avènement, il a lancé un vigoureux discours qui a été diversement apprécié. Deux points essentiels : il recherchera une union douanière entre les pays du « Commonwealth ». Mais cela suppose que les Dominions, le Canada en particulier, y consentira. Ce qui n’a pu se faire jusqu’ici, est-il maintenant possible ? On en peut douter et comment concilier cette union impériale avec l’union douanière européenne dont M. Bevin était il y a peu de temps l’apôtre ? Il faut sans doute choisir, à moins que tout cela ne soit que mots en l’air et démagogie.

Second point : vieille histoire aussi, la redistribution de l’or américain. Cela fait également plaisir à l’électeur britannique qui voudrait bien que les lingots enterrés à Fort Knox reprennent le chemin de la banque d’Angleterre. Mais la plaisanterie n’a pas été goûtée à Washington. Les lingots à peine à Londres, dit-on, reviendraient d’eux-mêmes en Amérique pour payer une deuxième fois les achats anglais qui seraient de la sorte opérés gratis. Soyons sérieux, M. Bevin. On a surtout reproché au ministre d’avoir traité à la légère le plan Marshall dont il était si enthousiaste, il y a trois mois. Comme nous l’avions dit, il comptait sur le plan pour obtenir un emprunt qui n’en aurait pas l’air. Mais les Américains ne sont pas si naïfs que l’électeur britannique.

 

Les Grèves du Yorkshire

Les mineurs anglais sont en grève, 40.000 tonnes de charbon perdues par jour. Pourquoi ? Salaires, journées de travail ? Non, une querelle de syndicats. Les mineurs du fond ne veulent pas que les employés de la surface leur imposent la largeur des filons à découper ! Chaque union est jalouse de son autonomie et entend gérer sa besogne à son gré. Or cette grève est d’une importance cruciale pour le pays, le travail des industries, l’exportation vitale, le bien-être de chacun, l’avenir du travaillisme, le sort du ministère, l’orientation politique de tout le continent peut-être. Mais les mineurs n’en ont cure. C’est, nous le répétons, de cette absence d’éducation politique et de sens national de la part de ceux qui disposent en fait du pouvoir, que peut naître la réaction collective qui les fera s’écrouler. Le socialisme ne peut s’imposer que par un travail acharné et discipliné.

 

L’Anticommunisme

Les actions de Moscou sont en baisse. L’obstruction faite au plan Marshall a créé un malaise dans l’opinion de tous les peuples. Un puissant courant d’opposition et de révolte a pris corps dans les profondeurs mystérieuses de la conscience collective : voici les faits.

 

En Hongrie

Les élections n’ont pas aussi bien marché que ne l’espéraient les Russes. Malgré les truquages habituels, reconnus par leurs auteurs mêmes, l’opposition est restée forte (plus de 40%) et surtout voici que les socialistes refusent de faire bloc dans un gouvernement à direction communiste. On discute, on se bat même, mais les opposants tiennent tête.

 

Balkans

En Yougoslavie, le maréchal Tito n’a pas la vie facile : les guérillas se sont enflées subitement et plus de 50.000 hommes combattent dans les montagnes. Vieux Serbes et Croates prennent le maquis. En Bulgarie, la condamnation à mort du patriote Pesthok a remué les masses. On a différé l’exécution. En Grèce, par contre, le gouvernement s’est constitué. Sous la pression énergique et quelque peu cavalière des Américains, l’ex-premier Tsaldaris, bien que chef du parti le plus nombreux, a cédé la présidence du Conseil à Sophoulis et l’Union nationale s’est faite ni de gré ni de force. On verra ce que vaut la solution. Mais le nouveau gouvernement appuyé par les Etats-Unis sera plus fort contre les guérillas du Nord qui, par ailleurs, marquent le pas.

Enfin, n’annonce-t-on pas la formation à Cuba d’un « gouvernement national Russe » contre les « usurpateurs » du Kremlin. Une farce sans doute, mais significative car l’opposition se regroupe dans tous les pays parmi les émigrés russes. D’anciens blancs se joignent aux ex-démocrates de la Douma du genre Milioukov. Des terroristes aussi, Ukrainiens ou Géorgiens, d’anciens « collaborateurs », société un peu mêlée, comme on voit.

 

Tchécoslovaquie

Le torchon brûle aussi en Tchécoslovaquie. Une coalition de quatre partis se forme contre les communistes. A sa tête le ministre socialiste Laushmann qui a failli démissionner à propos de mesures démagogiques proposées par le premier Gottwald : une indemnité aux fermiers. En Slovaquie enfin, les communistes avaient profité de l’invasion du pays par les bandes d’Ukrainiens blancs pour faire distribuer des armes à leurs partisans, alors que les troupes régulières contenaient facilement les quelque deux mille partisans de Bérédot. La population slovaque, très fortement catholique et hostile à l’administration de Prague, réagit pour sauvegarder son autonomie.

 

La Conférence de Rio de Janeiro

La Conférence pan-américaine qui avait pour thème la défense du continent occidental contre un agresseur non dénommé, a été un succès pour la politique Truman, plus moral que concret, certes, mais jamais en tous cas la solidarité des peuples d’Amérique ne s’est mieux affirmée du Groenland à l’Argentine elle-même.

 

Corée et Japon

Par contre, la tension entre la Russie et les Etats-Unis s’est encore accentuée, s’il se peut ; on la dit même grave, et Washington est très agité.

L’U.R.S.S. refuse de participer à l’élaboration d’un traité de paix avec le Japon et s’oppose en Corée à toute discussion pour l’établissement d’un gouvernement unique qui réunirait les deux zones d’occupation, la russe et l’américaine. En Chine, enfin le général américain Wedemeyer s’emploie à réformer le gouvernement de Tchang-Kaï-Chek dont le prestige s’était évanoui dans l’anarchie, l’inflation, la corruption, tandis que les communistes, meilleurs administrateurs et relativement plus honnêtes et plus disciplinés, commençaient à gagner les faveurs de la population au détriment du Kouo-Min-Tang. Les Américains ont à faire face dans tous les coins du monde et jusqu’en Indochine où ils essayent de négocier la paix, un peu à nos dépens d’ailleurs. Ils s’y mettent de toutes leurs forces mais l’expérience leur manque, et ils n’étaient nullement préparés à une tâche mondiale, pas plus en matière de commerce international où les Anglais sont irremplaçables, qu’en matière politique où les vieilles équipes, anglaises, françaises et même russes connaissaient toutes les ficelles.

L’état d’esprit isolationniste qui a persisté jusqu’à ces dernières années a confronté l’Amérique avec des tâches qui, comme toutes les grandes entreprises ne s’improvisent pas.

D’où quelques bévues et mécomptes.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-09-06 – Craintes et Espoirs

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-06 – La Vie Internationale.

 

Craintes et Espoirs

 

L’Oncle Sam ne nous l’envoie pas dire : « Les ouvriers américains ne travailleront pas six jours pour que Français et Anglais n’en fassent que cinq ». Et encore : « Il est scandaleux qu’il faille exporter du charbon à la place des Anglais et du blé à la France ». Dur, mais logique. Un gros effort est exigé des pays touchés par la guerre mais les dollars viendront. Malgré la vague de pessimisme, des progrès ont été faits. La conférence du charbon allemand a abouti à un accord ; on prévoit une direction mixte anglo-américaine de la production. Les travaux d’experts sur le potentiel industriel allemand ont repris. Enfin, le comité des seize nations auquel se sont joints finalement des conseillers américains, doit fixer un chiffre raisonnable aux besoins de l’Europe.

 

L’Aide à l’Europe

La non convertibilité de la livre a brutalement déprimé les courants commerciaux déjà précaires dans le monde occidental. Tour à tour, l’Angleterre et les Dominions, la France, les Scandinaves vont réduire leurs achats en dollars. Les répercussions sur le commerce et l’industrie des Etats-Unis vont se faire sentir très vite au moment où les experts croient voir dans la conjoncture des signes de crise. Aussi le parti républicain aux Etats-Unis qui représente le monde des affaires est-il partagé en deux tendances ? Les uns comme Stassen veulent aider l’Angleterre en tout état de cause. Les autres voient dans un secours éventuel un soutien au gouvernement travailliste. Maintenir au pouvoir en Europe les ennemis du commerce international libre, c’est faire des sacrifices inutiles et retarder le retour à la prospérité générale. Lorsque les gouvernements socialistes auront été emportés par leur incapacité, et discrédités, il sera temps d’agir. Cet état d’esprit qui semble être celui du « State Department » gagne en force. Cependant, on reste inquiet des conséquences, difficiles à prévoir, d’un effondrement économique des grands pays européens. Nous demeurons convaincus que les choses n’iront pas jusque-là. Un tel désastre serait un triomphe pour ceux qui l’ont préparé et prévu : les Soviets.

 

La Ratification des Traités

Coup de théâtre : l’U.R.S.S. ratifie les traités de paix avec les ex-satellites de l’Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Finlande. Donc ce délai de 90 jours pour l’évacuation militaire va courir. Mais comme les traités avec l’Autriche et l’Allemagne ne sont pas en vue, les Russes, pour conserver leurs lignes de communication avec ces pays, pourront maintenir des forces en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie. D’autre part, Trieste reste occupé militairement. Les Anglo-Saxons par contre devront évacuer l’Italie. Mais il y a toujours les fameuses lignes de communication à protéger ….

 

Le Problème Allemand

La solution franco-anglo-américaine n’est pas encore trouvée. Il semble bien qu’en novembre, lorsque les Russes seront convoqués pour donner leur avis, l’accord préalable des trois puissances ne sera pas signé. Pour des raisons de politique intérieure, les Français sont demeurés fermes et leur attitude a trouvé de fortes sympathies surtout dans la presse anglaise. M. Bidault sera beaucoup plus libre de traiter si l’attitude russe demeure tout à fait négative. L’opposition à gauche n’aura plus rien à dire et si, d’ici là, un changement politique se produisait en France, on laisserait la responsabilité aux successeurs.

Sur la question essentielle : la proportion de charbon de la Ruhr à fournir à l’industrie française à mesure que l’extraction augmentera, la France recevra satisfaction au moins partielle, en dépit de l’opposition des Anglais qui comptent toujours reprendre leurs exportations.

 

Truman et le Vatican

Deux lettres ont été échangées entre M. Truman et le Souverain Pontife, lettres d’une grande portée morale et diplomatique. On sait que M. Myron Taylor, envoyé spécial de Roosevelt puis de Truman auprès du Saint-Siège a repris récemment contact avec sa Sainteté à Rome. On sait aussi qu’une très vive opposition s’était manifestée contre ce geste chez certains protestants d’Amérique. Récemment une délégation de clergymen américains invités et pilotés par le gouvernement yougoslave avait « enquêté » sur place au sujet des persécutions exercées par Tito sur le clergé catholique ; ces singuliers prélats avaient conclu à la culpabilité de leurs confrères ; geste douloureusement ressenti au Vatican. D’autre part, certains articles de l’Osservatore Romano qui avaient fait grand bruit, nos lecteurs s’en souviennent, semblaient marquer une désapprobation, ou tout au moins une certaine réserve, à l’égard de la politique Truman. Ils paraissaient en somme renvoyer dos à dos Russes et Américains. Ces articles ne reflétaient d’ailleurs pas la pensée du Pape. La lettre d’hier le prouve.

  1. Truman dit en substance :

« Je désire faire tout en mon pouvoir pour aider à l’union de toutes les forces qui luttent pour établir un monde moral. Ces forces sont celles qui mettent à pratique les règles de bon voisinage qui sont celles de l’Evangile. Ces principes, les peuples d’appartenance religieuse diverse ont montré dans la guerre qu’ils savaient les défendre : liberté, moralité, justice. Si ces forces morales du monde ne joignent pas leurs efforts, le découragement s’approfondira et ce sera au bénéfice des puissances qui cherchent à détruire cet idéal de l’humanité. Une paix durable ne peut être établie que sur les bases du Christianisme. Le plus grand besoin de l’humanité présente est un renouveau de foi ; foi dans la dignité et la valeur de la personne humaine, le respect des droits sacrés de l’individu. Nous devons croire au triomphe de la vérité, que l’humanité vivra dans la liberté et non dans les chaines d’une organisation collectiviste. Je pense que ceux qui ne reconnaissent pas leur responsabilité devant le Dieu tout puissant ne peuvent remplir leur devoir vis à vis de ceux qu’ils gouvernent ».

Le Souverain Pontife a répondu longuement à cet appel. Nous voudrions le reproduire. Tout en approuvant les intentions du président, il fait quelques réserves et allusions :

« Ceux qui possèdent la vérité, dit-il, devraient la définir clairement et y adapter leur vie. Ceci requiert la correction de quelques errements ; injustices sociales, injustices raciales, animosités religieuses qui existent parmi ceux qui se réclament de la civilisation chrétienne et qui servent d’arme à ceux qui veulent la détruire ».

 Le Pape rend d’ailleurs hommage à la charité américaine et croit à leur désir d’une paix universelle et prospère.

Il rappelle la constance de l’Eglise devant la persécution et dit sa confiance dans le triomphe final de l’idéal spirituel quelle représente, triomphe qui n’a jamais failli.

 

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Criton – 1947-08-30 – Les Causes Profondes de la Crise

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-30 – La Vie Internationale.

 

Les Causes Profondes de la Crise

 

L’optimisme est difficile ; la crise économique qui s’abat sur l’Europe Occidentale croit avec une rapidité qui effraie. Les Américains savent qu’ils seront atteints eux-mêmes et hésitent devant l’ampleur de la contribution qu’ils devraient fournir et qui peut-être excède leurs forces. Cela influe sur les négociations en cours où les partenaires inquiets se raidissent désespérément sur leurs positions. Crainte et irritation vont de pair.

 

Les Cinq Conférences

Les Soviétiques ont beau jeu de se rire de tant de palabres ! Effectivement il y a cinq conférences en cours en attendant la sixième à laquelle les Russes doivent obligatoirement être conviés.

A Paris, c’est la conférence des seize nations qui devait remettre lundi son rapport : on arriverait bien à fixer les besoins de chaque pays, mais chacun hésite à offrir ce qu’il pourrait fournir pour le salut commun. Dans ces conditions le plan Marshall n’a plus de sens.

A Washington, Anglais et Américains discutent de leurs relations financières : convertibilité de la livre en dollars, non discrimination des achats britanniques. Sur ces deux points, les Anglais ont gain de cause ; la livre n’est plus convertible et ils pourront acheter, à prix et qualité égaux, aux pays du bloc sterling ou à monnaie faible ce que les autres leur offraient en dollars. Par contre, les Etats-Unis cherchent des garanties ; ils insistent pour que les Anglais renoncent à la nationalisation des industries de la Ruhr, qu’ils participent plus largement au relèvement du continent, enfin et surtout que la politique intérieure anglaise ne compromette pas  l’efficacité de l’argent qu’on leur prête. C’est là-dessus que l’orgueil britannique se dresse.

 Troisième conférence, celle, à trois, sur le niveau industriel de l’Allemagne. Pas très facile non plus : les Français acceptent que l’Allemagne produise dix millions de tonnes d’acier, à condition que les livraisons de coke allemand à l’industrie française permettent à celle-ci de n’être ni paralysée, ni surpassée. Les Américains n’entendent pas lier automatiquement les progrès de l’industrie allemande aux besoins de l’industrie française. Si laborieuses que soient les négociations, il nous semble toujours que l’on finira par s’accorder.

Une quatrième conférence entre Anglais et Américains seulement, sur le problème du charbon allemand. Elle n’aboutit pas vite non plus. On parle même d’un ajournement.

Une cinquième conférence discute à Genève du ravitaillement et du commerce international. Les Etats-Unis n’y participent pas. Résultat négatif là encore ; on constate l’impossibilité de revenir aux échanges multilatéraux, c’est-à-dire à la liberté dans l’état présent du monde.

 

La Crise Economique

Le cabinet anglais multiplie les réunions secrètes : les mesures de rationnement vont pleuvoir sous peu. M. Attlee, décidément fatigué, va démissionner. Bevin lui succède. Avec MM. Bevin, Bevan, Shinwell, anciens mineurs, ce sont les mineurs anglais qui accèdent au pouvoir. Le problème du charbon est justement la clef de la crise. Or les chiffres d’extraction de juillet-août sont catastrophiques. Bien plus, on annonce qu’une grève vient d’éclater dans deux mines.

Disons-le bien clairement : une classe sociale doit prouver son aptitude au pouvoir par son travail au profit de la nation. En prenant la tête, elle se doit d’assurer le salut commun. Si la révolution russe a réussi, c’est grâce à ses pionniers, ses stakhanovistes. Aussi, parce qu’il n’y avait peu là-bas de bourgeoisie active, mais des propriétaires paresseux. Mais en Angleterre, et ceci est aussi vrai en France, il faut que les classes dites laborieuses fassent ce qu’a fait la bourgeoisie, avec son esprit d’entreprise, ses expéditions lointaines, son goût du risque, son sens commercial et financier. Ce n’est pas en devenant fonctionnaire avec retraite à date fixe et travail au ralenti qu’on sauve une nation en des temps difficiles. L’avenir le prouvera et bientôt. Il faut des dévouements et de l’enthousiasme si l’on ne veut ni de la police secrète et de la Sibérie, ni du profit personnel comme mobiles des énergies humaines.

 

L’Union Douanière Européenne

Les difficultés rendent les nations égoïstes comme les hommes. Le projet d’union douanière européenne que les Américains verraient favorablement a buté contre toutes sortes d’objections. M. Courtin, dans un remarquable article écrit :

« Le problème est beaucoup plus politique qu’économique. Il impliquerait pour les états une cession de leur souveraineté au profit de la collectivité. Dans l’Etat actuel de l’Europe, une simple union douanière serait insuffisante. Le rapprochement économique recherché suppose l’adoption d’une politique commune en matière économique, financière, fiscale et même sociale ».

 Ce que nous disions.

 

France et Italie

Au sujet du projet d’union douanière franco-italien, M. Courtin écrit : 

« Un tête-à-tête franco-italien serait hautement dommageable à notre pays. L’Italie n’a à nous offrir que des denrées et des produits que nous avons : vins, fruits, légumes, automobiles. Elle nous ferait donc une concurrence ruineuse sans rien nous apporter de ce qui nous manque, nous nous dépouillerions à son profit de façon d’autant plus désavantageuse qu’elle ne pourrait guère nous acheter qu’à crédit. Nous ne sommes pas assez riches pour cela. L’adaptation directe des deux économies paraît impossible ». Parfaitement juste.

 

En Allemagne

Au moment où on parle de relever le niveau de production allemande, deux des occupants en profitent pour rendre la chose impossible. Les Anglais qui devaient suspendre les démantèlements d’usines, les reprennent à un rythme accéléré, non pas celles d’industrie lourde, mais d’usines qui travaillent pour la production pacifique des biens de consommation. Les Allemands protestent ; les autorités militaires d’occupation prétendent n’y être pour rien. Mais les autorités de Londres se hâtent de supprimer un concurrent à leur exportation. Les Russes qui avaient promis d’arrêter les démontages d’usines, recommencent à les expédier en Russie en pièces détachées. Prévoient-ils que tôt ou tard, ils devront évacuer l’Allemagne ? La politique Russe en Allemagne est assez contradictoire. Entre temps, les arrestations d’adversaires politiques continuent, comme dans tous les pays que la Russie occupe. Les camps de concentration regorgent.

 

Autriche et Grèce

Encore deux usines saisies par les Russes en Autriche. Protestations platoniques des Anglo-Saxons, mais jusqu’à quand ? En Grèce, crise ministérielle ; les guérillas rouges continuent leurs attaques. On parle sérieusement d’un envoi de troupes américaines.

 

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Criton – 1947-08-23 – Quelques Réflexions

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-23 – La Vie Internationale.

 

Quelques Réflexions

 

Les Soviétiques exultent : le plan Marshall « en carafe » ! La conférence des 16 n’a pu formuler aucune proposition précise. On accusait l’U.R.S.S. d’être l’obstacle à tout accord ? Au contraire, ce sont les pays d’Europe Orientale qui, sous l’égide russe, viennent de constituer une union économique. Sans la Russie, pas de plan viable. Vous ne réussirez qu’à présenter la note de vos besoins ce que précisément nous, Russes, voulions faire … Tout cela est tristement vrai. Il n’y a pas lieu cependant de désespérer. Répétons-le : les circonstances sont trop pressantes pour que les obstacles ne finissent pas par tomber. L’accord se fera.

 

Bataille à Londres

Ça chauffe à Londres. La fissure au sein du parti Travailliste s’élargit. A la réunion des parlementaires, le gouvernement ne l’a emporté que de quatre voix. Le socialisme anglais tend à ressembler au nôtre : Une gauche qui pousse au collectivisme ; une droite qui détient le pouvoir et, mesurant les difficultés de l’heure, voudrait faire une politique réaliste et nationale sans être lâchée par l’autre fraction. Les extrémistes anglais n’ont rien trouvé de mieux comme remède à la crise que de précipiter la nationalisation de l’industrie sidérurgique ! Idéologie avant tout.

Nous avions noté voilà deux ans que l’Angleterre, à son tour, devenait la proie des passions politiques qui peuvent être fatales à un corps social épuisé, énervé par l’angoisse et les privations.  Le sens de l’intérêt national alors se perd ; ce qui nous est advenu après l’autre guerre et s’est hélas accentué depuis. Et cela aussi bien à gauche qu’à droite ; ni conservateurs ni travaillistes ne proposent à la crise des remèdes sérieux.

Nous avons vainement cherché dans les revues les mieux cotées un exposé concret. Désire-t-on ne rien voir ? Ceci entre autres : l’Etat en Angleterre comme en France exerce sur les changes un contrôle rigoureux ; Par là, il monopolise en fait le commerce extérieur de la nation. Si une seule maison de commerce chargée de toutes les transactions n’équilibre plus ses comptes, le pays entier risque de mourir de faim. Ce qui se produirait fatalement si les Etats-Unis n’intervenaient.

Si au contraire, le change était simplement surveillé et chaque entreprise libre de conclure ses marchés au dehors, l’appel des affaires, malgré tous les obstacles, amorcerait les échanges et ferait tourner la machine. Le capital des pays riches fournirait les moyens de produire et se payerait en participation dans les sociétés qu’il alimente, sans que pour cela les Anglais, en l’espèce, perdent le contrôle de leurs firmes. C’est ce qui est en train de s’opérer en Italie. Dans un pays comme l’Angleterre où l’équilibre du budget est sérieusement maintenu, le change après quelques à-coups se serait arrêté à un niveau où la balance des comptes s’ajusterait. Evidemment, les prix auraient monté ; cela eut entrainé un certain désordre social : un écart plus large entre riches et pauvres.

Mais ce sont choses inévitables après les guerres ruineuses. La Russie n’y échappe pas plus que la France. Ce fut de tous les temps ;  une certaine égalité ne peut revenir qu’avec la prospérité. Et même si par artifice, on réalisait l’égalité dans la misère, cet état deviendrait vite insupportable et une inégalité plus grave que l’ancienne en résulterait. De même, l’indépendance économique et financière pour laquelle les Anglais luttent désespérément sera d’autant plus atteinte qu’ils auront plus longtemps tardé à faire la part du feu. La crise est grave et s’aggravera. Le gouvernement Attlee s’enferrera de plus en plus. Il s’est fait donner, en blanc, les pleins pouvoirs, mesure impopulaire. Il veut contrôler la répartition de la main-d’œuvre, obliger tout le monde au travail comme en temps de guerre, imposer à chacun l’emploi que l’Etat juge nécessaire sans tenir compte des goûts et des habitudes.

Voilà, disent ses adversaires, la pente vers le totalitarisme. Cette atteinte à la liberté individuelle, le citoyen anglais ne la tolère pas. Churchill a parlé : la Chambre de Lords, en révolte, a décidé de siéger en septembre alors que les Communes, à majorité travailliste, s’ajourneraient à octobre, fait sans précédent. L’âme anglaise est profondément agitée. Souhaitons pour le salut commun que ce grand pays trouve l’issue raisonnable entre l’idéologie qui le gagne et l’orgueilleux entêtement qu’il n’a pas renoncé.

 

Union Douanière Européenne

Comme toujours, lorsqu’on ne peut faire bouillir la marmite, on rêve de châteaux en Espagne. Jamais on a tant parlé d’Union Européenne, et l’on n’est même pas capable de décider du régime de la Ruhr. La chose a pris cependant un tour sérieux ; le Quai d’Orsay, par la bouche de M. Alphand, a proposé aux seize nations qui discutent du plan Marshall, une union douanière.

Manœuvre diplomatique pour prouver nos bonnes intentions ou pour mettre les Anglais dans l’embarras ? Comment concevoir une union douanière dans le désordre présent en Europe. Une union douanière n’est possible qu’entre pays de niveau économique sensiblement égal, dont les monnaies présentent des garanties équivalentes, dont les niveaux de vie se valent et dont les prix de revient industriels, par conséquent, peuvent être harmonisés. Sinon, la pauvreté de l’un aspire la richesse de l’autre. C’est pourquoi, les Italiens ont proposé ces temps-ci une union douanière à la France. Naturellement, les Anglais qui cherchent en ce moment à renforcer leurs liens économiques avec les Dominions ont aussitôt fait des réserves. C’est sans doute ce qu’on voulait démontrer.

 

L’Espagne

L’affaire d’Espagne, quel plus triste d’exemple de la passion politique s’opposant à l’intérêt national ? La fermeture de la frontière des Pyrénées, nous a fait perdre des milliards. Les Anglo-Saxons, comme prévu, se sont bien gardés de nous suivre. Et maintenant, il faut faire venir de sa retraite du Mexique le leader socialiste espagnol Indolacio Pinto pour nous « conseiller » de renouer avec Franco ! Humiliation bien évitable et qui réjouit les ennemis que nous nous sommes faits bien inutilement en Espagne. La sottise eut été la même si nous avions rompu avec Tito. Que le dictateur soit blanc ou rouge, est-ce une raison pour se priver d’oranges ?…

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-08-16 – Finances et Armements

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-16 – La Vie Internationale.

 

Finances et Armements

 

La plaisanterie du jour en Amérique : prêter à l’Europe, c’est verser de l’eau dans un trou à rats rat hole, disent les adversaires du plan Marshall ; les autres répliquent : « d’accord, mais sans notre argent, les trous à rats deviendront des trous à renard Fox holes, (c’était pendant la guerre, les tranchées pour tireurs isolés).

Les Etats-Unis n’abandonneront pas l’Europe : après les escarmouches de l’autre semaine, tout se calme. Les ambassadeurs et les experts américains se sont réunis à Paris, ont arrêté pour la France le montant des avances et le niveau de la nouvelle dévaluation. Sur le charbon de la Ruhr, les conversations avec les Anglais vont commencer. Pour le niveau de production allemande, on consultera la France qui transmettra un mémorandum écrit. Il est probable que de nouvelles conversations à trois suivront. Et pour la forme, on fera une nouvelle invite à la Russie …

 

La Crise Anglaise

Toute l’attention s’est concentrée sur Londres. La position critique de l’économie anglaise a été exposée dans toute sa gravité. Débats, discours, controverses, rien n’y a manqué. Toute cette publicité visait d’abord à galvaniser les énergies, à faire supporter aux syndicats ouvriers des responsabilités nouvelles, aussi à faire accepter à l’opposition des mesures d’autorité ! On cherche ensuite à faire pression sur les Etats-Unis, pour obtenir de nouveaux crédits en attendant la réalisation du plan Marshall et suspendre la clause de convertibilité de la livre en dollars, qui venait à échéance selon les conventions de l’emprunt anglais aux Etats-Unis. Cette clause prévoyait que les créditeurs de l’Angleterre pouvaient, à partir de ce mois, convertir en dollars les sommes qui ne seraient pas compensées par des exportations anglaises équivalentes. Enfin, il fallait ranimer la solidarité impériale, obtenir des Dominions une aide et un soutien. Sur ces points, le gouvernement britannique a réussi. Les Américains assureront 350 milliards de dollars et suspendront la convertibilité. (La France obtiendra aussi 250 millions d’avance).

Les Dominions ont répondu à l’appel de la Métropole ; le Canada acceptera des livres en paiement ; l’Australie, la nouvelle Zélande, Singapour contribueront au maintien de l’équilibre économique et enverront des vivres supplémentaires et des matières premières. Par contre, les mesures de redressement proposées par M. Attlee ont été accueillies avec scepticisme et irritation jusque dans son propre parti. Chacun se rend compte que si grandes que soient les restrictions, elles ne sauraient suffire à rétablir la situation. Il manque 600 millions de livres, on en trouvera tout au plus deux cents.

L’anglais s’aperçoit surtout qu’il s’agit d’une crise provoquée « Self made crisis ». Il est absurde de continuer après les hostilités une politique qui s’imposait à une forteresse assiégée ; absurde de maintenir la fiction d’une livre au cours d’avant-guerre avec 9.000 millions de nos francs de dette intérieure et moitié autant d’extérieure ; on aboutit à une fiscalité telle qu’il n’y a plus aucun profit à entreprendre. Si avec cela on diminue la quantité de marchandises déjà rares à l’intérieur, qu’on provoque les représailles de l’étranger en interdisant ses films, en brimant le tourisme, ne va-t-on pas précipiter la crise au lieu de l’atténuer ? Il se pourrait que, faute de charbon, il y ait cet hiver 2 millions de chômeurs, parce que les syndicats ont refusé l’aide de la main-d’œuvre étrangère – précisément par peur du chômage. Le Gouvernement travailliste est aux abois ; le fiasco est inévitable. L’Amérique empêchera l’Angleterre d’en arriver à la dernière extrémité, car ce n’est pas son intérêt et parce que la situation extérieure ne le permet pas. De même pour la France. Mais elle ne fera rien pour épargner aux travaillistes une déconfiture, bien au contraire. Il faut dire que par les clauses de l’emprunt et le maintien du taux des changes, ils y ont volontiers poussé.

 

La Finlande

Un saisissant exemple de l’emprise du capitalisme soviétique nous vient de Finlande. D’abord comme pour les autres ex-satellites de l’axe, le traité de Paix conclu depuis des mois n’est pas ratifié par Moscou, ce qui autorise des exigences toujours nouvelles. Toutes les sociétés qui appartenaient à des Allemands, les chantiers navals en particulier, ont été confisqués.

La direction a été confiée à des chefs communistes finlandais que les Russes contrôlent. Mais comme cette saisie ne suffit pas à couvrir le chiffre des réparations exigé par l’U.R.S.S., la Finlande remettra cinquante pour cent des actions de toutes les affaires appartenant à l’Etat, les fabriques d’armes et de soie artificielle en particulier. Ensuite deux districts passent aux Russes avec une grande centrale électrique pour alimenter les riches mines de nickel de Petsamo préalablement annexées. Enfin, une dîme supplémentaire à fixer chaque année, payable en marchandises, sera prélevée sur la production finlandaise par priorité. A la Finlande, saignée à blanc, il ne restera plus que les deux yeux pour pleurer. Et cependant, on ne saurait accuser les Finlandais d’avoir attaqué la Russie en 1939, au temps du pacte Hitler-Staline.

 

La Course aux Armements

Aux Etats-Unis, la Commission de l’Armée approuve le développement des armements atomiques ; on apprend, de source russe d’ailleurs, que les Américains sont en train de mettre au point une bombe volante atomique, le V. 10, issu du V 2 allemand qui portera à dix mille kilomètres, à quatre mille milles de vitesse horaire. De nouvelles zones d’expérimentation vont être installées dans le Pacifique. Enfin, un plan industriel d’armement permettra de convertir à nouveau les usines en production de guerre. Côté russe, on ne chôme pas. Les mines d’uranium de l’Erzgebirge en Allemagne occupée, travaillent en secret avec des prisonniers de guerre et des civils requis dans la zone ; à Kiev, on fabrique des canons anti-aériens de 30 centimètres de diamètre, à Kharkov des tanks géants ; à Leningrad de l’aviation lourde et des appareils à réaction. Enfin, derrière l’Oural, dans les zones interdites, d’où les ouvriers ne sortent jamais, on multiplie les usines d’armement, la plupart souterraines. De ce train-là ….

 

                                                                           CRITON

Criton – 1947-08-09 – Le Vrai Danger

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-09 – La Vie Internationale.

 

Le Vrai Danger

 

Le plan Marshall aboutira sous une forme sans doute différente de la conception primitive, mais il sera mis en œuvre, parce qu’il ne peut en être autrement. Cependant, les discussions, atermoiements, controverses et coups d’épingle qui s’échangent entre les trois alliés, France, Angleterre, Etats-Unis, ont créé une ambiance de scepticisme et de défiance mutuelle, après l’enthousiasme des premiers jours, qui nuira certainement au succès. La situation est la même depuis trente ans. Face à la Russie aujourd’hui comme face à l’Allemagne hier, les Alliés par leurs disputes s’affaiblissent mutuellement jusqu’au jour où l’adversaire sûr de leur impuissance, joue son va-tout.

 

La Ruhr (Suite)

Les controverses frisent le ridicule. Voyons plutôt : le général Clay, chef de l’armée d’occupation en Allemagne, a son plan économique. Il veut redresser tout seul le potentiel industriel du pays. Le département d’Etat, en l’espèce M. Marshall, lui dit : « Halte là, c’est mon affaire ». J’ai des alliés à consulter et à ménager ; je dois décider, Truman approuve ; on nomme M. Forrestal, ministre de la Défense nationale, pour dominer de son autorité les ministres des trois armes dont M. Royal, ministre de la Guerre, qui a partie liée avec Clay. Forrestal va en Allemagne, aplanit la querelle. M. Royal se venge en déclarant qu’on se passera des Français pour fixer la capacité de production allemande, mais M. Marshall a écrit à Bidault qu’on ne ferait rien sans lui. Bevin de son côté ne veut pas parler charbon. Il veut qu’on envisage la question dans son ensemble. On discute ; on commencera par le charbon, mais sans les Français. Ensuite les Français seront invités à une conférence d’ensemble, quand le problème du charbon sera réglé, mais comme il commande tout le reste ! Là-dessus Bevin discourt ; il a le malheur de dire que les Français ont changé leur politique sur la Ruhr. Le Quai d’Orsay proteste violemment. Pendant ce temps, Staline se sert et s’amuse ; il y a de quoi !

 

Le Plan Marshall

L’opinion américaine s’énerve, d’autant qu’est est assez mal disposée pour l’Europe. Du côté républicain, M. Taft, le favori actuel pour la course présidentielle, veut bien qu’on aide l’Europe, mais pour l’équipement industriel seulement afin qu’elle se suffise au plus tôt. Les Américains ont été fort vexés de ce que les dirigeants d’Europe leur ont dit, plus ou moins ouvertement, qu’ils aidaient l’Europe par intérêt. Car devant une production surabondante, ils étaient bien obligés, pour éviter une crise, de trouver des débouchés, même gratuits. C’est la thèse des Soviétiques traduite en termes plus diplomatiques par Bidault et Bevin. Le résultat est que les crédits dont on ne peut se passer, « seront calculés au plus juste », qu’il faudra les mendier jusqu’au dernier cent, chaque fois qu’en Angleterre ou en France la situation économique et financière deviendra plus alarmante, et Dieu sait qu’elle n’y manquera pas !

 

La Politique Russe

La politique russe pendant ce temps grandit en insolence. A l’O.N.U., on discutait de l’envoi d’une Commission permanente aux frontières de la Grèce. Gromyko laisse voter tous les articles ; cela prend deux journées, puis brusquement il oppose son veto. L’affaire est par terre. En Autriche, le Gouvernement vient de refuser 150.000 tonnes de charbon que lui offrait l’U.R.S.S. en échange de l’essence que les Russes emportent chez eux. Là-dessus, les Soviets s’emparent d’une raffinerie de pétrole qui appartient aux Anglo-Saxons ! L’U.R.S.S. ne ratifie pas le traité de paix avec l’Italie, parce que cette ratification ferait courir les délais convenus pour l’évacuation militaire des pays ex-ennemis. Bien entendu, les Russes n’ont pas la moindre intention de retirer leurs troupes d’Autriche, de Hongrie. Ils préfèrent que les soldats anglais et américains demeurent en Italie, car la présence de ces armées étrangères est la meilleure propagande pour le communisme quand on sait exciter les passions xénophobes. Nous en avons fait l’expérience. A Berlin, les Soviétiques font une telle guerre des nerfs aux trois autres, que la ville vit en plein désordre ; le maire élu qui n’a pas l’agrément des Russes ne peut exercer ses fonctions, tandis que l’ancien, battu mais russophile, continue à signer les édits. La plus belle histoire est la découverte par les agents du contrôle américain de tout un matériel de précision pour l’armée rouge fabriqué dans la zone américaine de Berlin par une firme allemande. L’incident est peu de chose puisque toute l’Europe centrale œuvre pour l’armement soviétique, mais c’est un indice du travail souterrain qui s’opère en Allemagne. N’oublions pas que les Soviets gardent toujours en réserve Von Paulus et les généraux qui se sont ralliés au bolchévisme. Il circule en Allemagne des bruits sur quelques divisions allemandes qui seraient à l’entraînement quelque part à l’Est. Ces rumeurs, probablement fausses, mais répandues à dessein par l’U.R.S.S., s’accompagnent d’une intense propagande en faveur de l’unité de l’Allemagne sabotée par les Anglo-Saxons et les Français qui veulent imposer le fédéralisme,  qui arrachent la Sarre et l’Alsace-Lorraine aux Germains – Parfaitement –. Nous l’avons entendu nous-même à la radio d’un jeune Saxon qui terminait par « Vive le cinquième Reich ! » Certains Allemands voient déjà la revanche sous forme d’une force populaire allemande soutenue par la puissante armée rouge écrasant les faibles gardiens de l’Ouest et libérant la patrie. A ceux qui en doutent, nous conseillons d’écouter Leipzig. C’est pourquoi la question de la Ruhr ne serait vraiment vitale que si nous avions comme en 1919 vingt ans devant nous, et l’Allemagne comme seule puissance continentale. Dans l’état présent, elle est parfaitement indifférente : avant que la Ruhr ait produit les 12.000 tonnes d’acier qu’on veut lui accorder, la face du monde aura bien changé.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-08-02 – Les Positions se Précisent

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Le courrier d’Aix – 1947-08-02 – La Vie Internationale.

 

Les Positions se précisent

 

Nos lecteurs ont pu entendre, tant à la Chambre que sur la place, des vérités qui leur sont familières : la pression d’un énorme impérialisme Russe presque à nos frontières, le changement profond intervenu dans le problème allemand, les données nouvelles de notre sécurité. Il est regrettable qu’on ne se soit pas avisé de tout cela quand il était temps d’y pourvoir. Il est maintenant trop tard. Dans la limite de nos faibles vues humaines, le conflit est inévitable.

 

Toujours la Ruhr

La discussion demeure confuse. M. Bidault a dit au parlement le mot juste : « Mieux vaut importer une tonne de charbon de la Ruhr que d’y envoyer trois tonnes de notre fer ». C’est toute la question pour nous, rien de plus. Les choses d’ailleurs s’arrangeront. M. Bevin avait besoin de se montrer agressif pour complaire à son public, et tenir pour la nationalisation de la Ruhr pour des raisons doctrinales chères aux travaillistes. Il servait aussi les intérêts de l’industrie britannique. Applaudissements unanimes. M. Bidault avait besoin aussi d’un succès parlementaire pour se permettre ensuite de consentir aux Américains les concessions nécessaires. Pourvu que ceux-ci donnent tous apaisements sur ce que l’opinion française considère comme sa sécurité, le reste passera. Le contrôle de la Ruhr passera aux Etats-Unis. Il est beaucoup question que ceux-ci offrent comme bouquet une alliance militaire aux franco-anglais contre l’Allemagne, bien entendu, ce qui serait une manière de sceller le bloc occidental et de justifier les crédits devant le Congrès. Mais pourquoi les Etats-Unis sont-ils pressés de fixer le sort de l’Allemagne et son niveau de production qui ne sera pas atteint avant des années puisqu’en principe Molotof revient en novembre pour rediscuter la question.

 

L’Echec des Pourparlers Commerciaux Anglo-Russes

Encore une porte qui se ferme. Déception à Londres où l’on espérait garder le contact avec l’U.R.S.S. pour diminuer la pression des U.S.A. et recevoir de Russie des marchandises qu’il faudra payer en dollars. Les Russes ont-ils négocié seulement pour savoir le prix qu’y mettraient les Anglais ? Ou bien le blé qu’ils prétendaient livrer n’est-il que dans les statistiques ? La récolte est belle en Ukraine mais il n’y a ni silos pour la loger, ni wagons pour la répartir.

 

La Situation Britannique

La crise économique anglaise est si alarmante qu’une crise politique pourrait s’en suivre. Attlee va-t-il céder la place à Bevin comme premier ? A quoi bon puisque les Anglais ne veulent pas des seuls remèdes efficaces, comme l’admission d’une main-d’œuvre étrangère massive, la dévaluation de la livre, le recours à une certaine inflation, la fin des contrôles étatiques. Il est paradoxal que ce grand pays encore riche doté d’un magnifique empire colonial et de dominions fidèles, s’accable lui-même de restrictions croissantes, pour des préjugés d’orthodoxie financière et des craintes de chômage imaginaires.

On avoue cependant à Londres que la socialisation et la planification sous la forme du moins où l’ont conçu jusqu’ici les travaillistes ont fait faillite. Les Trade-Unions vont accepter –chose énorme – l’institution d’avantages spéciaux à certaines catégories de travailleurs, primes à la production, toutes formes modernes du taylorisme. L’exemple de la France où patrons et ouvriers reviennent à la discussion directe de leurs intérêts sans en passer par le gouvernement, a frappé les esprits. Le vieux socialisme serait-il dépassé par les réalités économiques, et cela n’est qu’un commencement avant d’avoir été réalisé ?

 

Le Bloc Oriental

Les Soviétiques accélèrent la besogne. En Hongrie et en Roumanie, on achève de liquider l’opposition. Les « petits propriétaires » ont renoncé à l’existence politique (sauf une fraction ralliée au pouvoir), Maniu est en prison à Bucarest et le parti agrarien dissous, Petkov en Bulgarie est condamné à mort. Plus d’opposition en pays Russe.

Dimitroff, le leader bulgare a rencontré Tito à Belgrade, complétant ainsi les accords qui sondent entre eux politiquement et économiquement les pays soumis à Moscou. A Prague cependant on voit avec effroi l’industrie tchèque coupée du monde occidental. Des regrets et des plaintes s’expriment dans la presse. Bien en vain.

Nous ne voudrions pas cependant donner l’impression que derrière le rideau de fer tout n’est que misère, geôles, lamentations. De puissants efforts de reconstruction réalisent parfois des prodiges grâce à l’enthousiasme de ces peuples encore primitifs pour l’œuvre collective. Le travail y est plus joyeux souvent qu’en occident et la propagande a suscité des ardeurs, des émulations, créé cette âme de défricheurs qui a soulevé la Russie révolutionnaire. A côté des brutalités et des horreurs, il ne fut pas méconnaître les créations de la foi.

 

La Guerre d’Indonésie

Les Hollandais après de longues négociations avec les leaders indonésiens et une silencieuse préparation militaire, ont pris les armes et, quoi qu’on en publie, la reconquête de Java se poursuit à vive allure et sans grande effusion de sang. Anglais et Américains feignent de s’indigner du procédé et l’O.N.U. est alertée. Cependant, ce sont les puits de pétrole et les plantations de caoutchouc où les capitaux anglo-saxons dominent que les Hollandais ont d’abord libéré. La paisible population javanaise n’a nullement soutenu les maîtres qu’en principe elle s’était donnés. Le retour des Hollandais semble le bienvenu. La suite nous dira la force réelle de ces minorités turbulentes dans les anciennes colonies d’Extrême-Orient. Le succès des Hollandais pourrait être de grande conséquence.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-07-26 – La Bataille de la Ruhr

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Le courrier d’Aix – 1947-07-26 – La Vie Internationale.

 

La Bataille de la Ruhr

 

Voilà l’Europe coupée en deux. Il faut faire vivre ce corps estropié. A l’Est, la difficulté est d’ordre économique. A l’Ouest, elle est surtout politique : qui tient le Ruhr domine l’Europe Occidentale, le charbon et l’acier. Les Anglais y sont ; ils veulent y rester.

 

Imbroglio d’Intérêts

La nationalisation de la Ruhr, les Anglais n’y ont pas renoncé, comme nous le pensions. Nationaliser, c’est empêcher le capital américain de contrôler les entreprises et de s’assurer une participation aux brevets allemands d’inventions qui pourraient surclasser la technique américaine. C’est aussi pouvoir surveiller les exportations pour qu’elles ne concurrencent pas les industries britanniques. Par contre, les Anglais désirent élever la capacité de production allemande qui permettrait de payer la nourriture qui actuellement coûte aux Anglais des dollars. Les Français agitent l’épouvantail de la Ruhr, arsenal du pangermanisme. Mais il s’agit au fond d’autre chose : réserver une large part du charbon à l’industrie française et se défendre d’une concurrence jadis redoutable par ses bas prix de revient.

Les Anglais, au contraire, veulent demeurer les dispensateurs de la houille et régler aussi la capacité industrielle des pays du continent. Enfin, le groupe « Benelux » (Belgique, Hollande, Luxembourg) ne peut vivre que par une Allemagne active dont les exportations alimentent les ports d’Anvers et de Rotterdam. Leur intérêt est de pousser au maximum la production allemande dont la concurrence les gêne peu. Même si ces divergences finissaient par s’aplanir, il reste que l’Allemagne de l’Ouest et ses quarante millions d’habitants sur un maigre territoire, ne pourra subsister que par une surproduction industrielle difficile à placer en des temps normaux. C’est la situation laissée par le traité de Versailles cent fois aggravée. De tels artifices finissent toujours mal.

 

Le Capitalisme Soviétique

L’U.R.S.S. veut achever d’appliquer le plan Molotof. Les difficultés politiques ont été supprimées par la force, mais l’Europe Centrale n’en est pas plus viable. Voilà un territoire considérable dont la capacité industrielle est déjà faible et qui dépendra exclusivement de l’U.R.S.S. pour son ravitaillement en matières premières et en capitaux. La production agricole pourra-t-elle reprendre sans outillage ? Et où trouverait-elle des débouchés si l’Occident lui est fermé ? Pour organiser à son profit l’Europe Centrale, l’U.R.S.S. n’a eu qu’à reprendre les méthodes et la place du IIIème Reich. Capitalisme de proie s’il en est, car il asservit les entreprises sans leur fournir, comme le capitalisme privé, des moyens d’action. D’abord sous prétexte de réparations, les Soviets se sont emparés de toutes les participations allemandes. Secundo, dans les pays vaincus, ils ont imposé des réparations dont la Roumanie et la Hongrie s’acquittent en livrant une part du capital des entreprises nationales, tertio, dans tous les pays, amis ou ennemis, ils ont créé des sociétés mixtes qui, les nationalisations aidant, ont permis aux Soviets de contrôler les principales branches de l’activité économique. La Russie a dans les sociétés la majorité absolue et exploite à son profit. Les partenaires fournissent l’outillage et le travail. Ainsi ont-ils fait main basse partout sur le pétrole et la navigation fluviale. Ils se sont même emparés des actions des banques nationales qui, comme en Hongrie, appartenaient à des Français.

En zone allemande d’occupation une partie des usines a été démantelée et transportée en Russie. Le reste est géré par une « Sovietische Gesellschaft »  vaste société anonyme qui englobe presque toute l’industrie allemande. C’est le plus grand trust de l’Univers au sens exact du terme. Des sociétés mixtes fonctionnent en Pologne et vont s’abattre sur la Tchécoslovaquie. En fait de communisme, c’est une conquête financière, la forme la plus brutale d’exploitation humaine où les Allemands étaient passés maîtres.

 

En Grèce

La Grèce et l’Autriche seules, résistent. En Grèce, les Soviets savent qu’ils risquent une guerre si les Américains doivent vider la place. Ils ne se sont pas jusqu’ici montrés en personne. Ils continuent par le truchement de leurs satellites à entretenir la guerre civile dont le pays meurt peu à peu. Si grave que soit la situation, elle n’ira pas au-delà de la formation d’un gouvernement rebelle qui tiendra l’abcès ouvert.

 

Autriche

Plus dangereuse à notre sens, la situation en Autriche. Sous prétexte que les Allemands les avaient développés, les Russes se sont emparés des pétroles de Zistersdorf, des compagnies fluviales, de l’industrie lourde de leur zone. Ils ont même créé une banque d’Etat soviétique à Vienne. En Slovénie, les Yougoslaves entretiennent la guérilla. Le chancelier Figl néanmoins résiste, malgré la pression du général Koutousov. L’Autriche participera aux avantages du plan Marshall. Les Russes consentiront-ils à laisser entrer et sortir le produit des échanges ? Les Américains ont déjà exigé de superviser la distribution des secours qu’ils envoient en zone Russe.

 

Conclusion

La position américaine s’affaiblit ; des intérêts divergents opposent les Etats-Unis à leurs alliés d’Europe. La Russie organise son espace, Allemagne comprise, sans eux et contre eux ; le Congrès américain peu compréhensif rogne les crédits à l’Europe.

Enfin Bevin vient de faire un discours où tout comme M. Laski, il secoue le joug du dollar en termes assez rudes. Il y a deux hommes en Bevin, le ministre qui est homme d’Etat, le président de syndicats qui joue les démagogues. Ce double langage n’est pas de mise en ces temps fatidiques où tôt ou tard il faut renoncer ou se battre.

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1947-07-19 – Face à Face

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Le Courrier d’Aix – 1947-07-19 – La Vie Internationale.

 

Face à Face

 

Plus d’équivoque ; l’U.R.S.S. a coupé les ponts. L’Europe est divisée en deux camps. L’Oriental complètement unifié par la Russie, agité cependant d’aspirations puissantes vers la liberté. L’Occidental encore informe au point de vue économique présente une certaine unité morale. Comme l’a dit Bevin, ces forces morales affrontent une fois de plus l’idéologie.

 

L’Affaire Tchèque

En mars 1939, le président tchèque Hacha était sommé à Berchtesgaden où Hitler, furieux, lui dicta ses ordres ; en juillet 1947, deux ministres tchèques sont invités à Moscou pour se soumettre avec empressement aux vœux de Staline ; le ton seul a changé. Benes se croyait très fort : il avait accepté pour la Tchécoslovaquie de se rendre à Paris pour mettre en œuvre le plan Marshall. Il donnait ainsi satisfaction au peuple tchèque qui craint les Russes et fortifiait sa popularité. Il espérait, si Moscou acceptait, jouer le médiateur entre les deux blocs, convaincu que l’intérêt soviétique était de laisser une porte au rideau de fer. Point du tout, Staline attendait les pèlerins de Prague au seuil du Kremlin. Il leur présenta ses vœux ; aucune participation à la conférence de Paris. Ne rien recevoir désormais des Américains. La Russie se charge du bonheur des peuples slaves : on remit aux tchèques le texte d’un traité de commerce avec l’U.R.S.S. valable pour cinq ans : les produits manufacturés tchéco-slovaques destinés à l’exportation seront à présent réservés à la Russie, les machines-outils en particulier ; de même, les minerais. L’U.R.S.S. enverra en échange du lin, du bois et surtout du blé… Cette année, la récolte s’annonce brillante en Ukraine et le blé russe paraît dans toutes les négociations, à Moscou avec les Anglais, là avec les Tchèques…… La fin de l’indépendance Tchécoslovaque, dernière maille de la chaîne de fer qui se ferme sur l’Europe Centrale, sera sans doute dans l’histoire comme naguère l’Anschluss, une date fatale.

 

Les Evénements d’Athènes

Les arrestations d’Athènes sont une triste réplique à ce coup. Nous avions dit combien la pression soviétique sur la Grèce s’accentuait. Un putsch communiste était en préparation, combiné avec une offensive des guérillas, renforcés cette fois par une brigade internationale ; le prestige des Américains, qui avaient pris la Grèce sous leur protection était en jeu. La Grèce aux mains des rouges, il leur fallait, ou s’en aller, ou envoyer des soldats. Le gouvernement grec avec l’assentiment américain comme l’a expressément dit le ministre de l’intérieur, a étouffé le complot dans l’œuf ; des milliers d’arrestations dans tout le pays, et le parti communiste hors la loi. Les guérillas par contre ont pris l’offensive et d’Albanie pénétré en Epire. Les Américains équipent en hâte l’armée régulière qui semble l’emporter. Les Balkans jouent leur rôle traditionnel de foyer d’incendie.

 

La Conférence des seize nations

A Paris, tout va bien ; on ne discute plus, on se félicite. Les Italiens, grands bénéficiaires du conflit russo-américain, traités en amis par Washington, ont fait entendre leur voix. Le comte Sforza nous a montré qu’à un italien qui a tout perdu, il reste encore la parole et qu’il sait en user.

Bref, plus de Molotof, on respire, on conclut, on signe. En trois jours, tout est dit. Quand on est décidé à s’entendre ……

 

La Détresse Anglaise

Un à un les espoirs de reprise économique s’évanouissent en Angleterre ; la semaine de cinq jours dans les charbonnages a été un fiasco ; partout la production diminue ; le prêt américain s’épuise. On voit s’élargir le déficit de la balance des comptes. M. Morrison puis M. Dalton chancelier de l’Echiquier ont fait de sombres pronostics : « La douzième heure va sonner ». L’automne sera l’échéance redoutée : « L’Europe saigne à mort ». Et de regarder avec une fraternelle tristesse vers la France qui s’en va du même mal. Cependant, l’expérience de ces vingt dernières années auraient dû apprendre qu’il n’y a que deux systèmes économiques viables dans l’état présent des choses. L’économie de libre entreprise ou l’économie totalitaire. Les systèmes bâtards comme l’anglais mènent à la sclérose et le nôtre à l’anarchie.

Il y a dans ces sombres appels de l’Angleterre une part de sincérité que les faits soulignent assez. Il y a aussi une part de chantage. Il s’agit d’obtenir des Américains un crédit indirect qui serait cette fois sans intérêt, un cadeau qui en serait un sans en avoir l’air, puisqu’il serait fait à toute l’Europe non russifiée. Le Congrès américain parfois méchamment anti-britannique, a déjà montré qu’il veillait. Il n’examinera le prêt-bail qu’en janvier, déception.

 

Négociations et Exercices

Comme dans toute situation grave, il y a des aspects clairs à côté d’autres sombres. Les Russes qui ont rompu partout avec les « pays capitalistes » continuent à négocier avec les Anglais un accord commercial. Aboutira, aboutira pas. Seuls Dieu et Staline le savent.

Pendant ce temps, les forteresses volantes s’entraînent à des bonds transatlantiques à longue distance et les soucoupes volantes éclairent les espaces célestes.

 

                                                                                                CRITON