Criton – 1947-11-29 – L’Esprit des Ténèbres

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-29 – La Vie Internationale.

 

L’Esprit des Ténèbres

 

Londres

La Conférence de Londres est ouverte ; on en attend si peu qu’aucune déception n’est à craindre ; cette atmosphère pessimiste pourrait bien faire partie du plan russe : gagner du temps pour organiser définitivement les pays conquis. Molotov dès la première séance a repris ses propos injurieux contre les puissances capitalistes. Assez vertement rabroué, il s’est fait plus traitable et a consenti, comme le voulait Marshall, à l’examen préalable du traité avec l’Autriche. L’enjeu des débats semble être leur durée même, beaucoup plus qu’un accord auquel personne ne croit. Marshall est décidé à en finir avant Noël, qu’on s’entende ou non ; Molotov resterait volontiers jusqu’au printemps. D’ici là, la Tchécoslovaquie serait mâtée : les ministres Fiessinger et Lauman ( ?)  ont déjà dû démissionner ; le bloc slave serait définitivement fédéré sous le sceptre de Tito et l’empire soviétique disposerait de deux armées puissantes à sa solde, l’une yougoslave au sud et l’autre allemande avec Paulus au nord.

 

La Situation en France et Italie

L’opinion mondiale s’est plutôt intéressée à l’évolution de la crise française. Depuis quelques mois, de multiples rapports parvenus à Washington se montrent plus pessimistes à l’égard de la France que de l’Italie. Les événements leur donnent raison.

L’Italie qu’on croyait au bord de l’abîme et de la révolution, résiste de façon exemplaire à l’assaut bolchévique ! Les grèves et les incidents s’amortissent ; les agitateurs inquiets de leurs échecs, renoncent. La baisse des prix, le besoin et la volonté de travail, un gouvernement calme et efficace, surtout un patriotisme ombrageux devant la pression russe et les menaces de l’armée Tito, semblent devoir sauver l’Italie de l’anarchie. En France, au contraire, si la résistance morale est générale, le découragement, la paresse croissante, l’affaiblissement du patriotisme, et disons-le, une lâcheté sans exemple dans un pays naguère héroïque, tout cela permet au désordre de durer. L’effet à l’extérieur est déplorable. On n’était que trop enclin à considérer la France comme vieillie et épuisée !

 

La Crise du Socialisme

L’affaire Dalton à Londres n’est qu’un épisode de la crise du socialisme européen. On sait que le ministre anglais des Finances, ayant commis l’indiscrétion de communiquer à un journaliste son projet de budget quelques instants avant d’en donner lecture aux Communes, a dû démissionner : l’incident a servi de prétexte à un changement de personne dont l’importance parait avoir échappé à beaucoup : l’avènement de Sir Stafford Cripps. A l’ombre du pâle Attlee, le voilà tout-puissant. Socialiste de tendance mais au fond aristocrate, il est l’opposé d’un doctrinaire comme Bewan ou d’un impulsif comme Bevin. Il saura au besoin sacrifier le socialisme à l’intérêt national voyant la partie perdue et la culbute proche,                          les doctrinaires ont dû abdiquer au profit d’un homme qu’ils craignent parce qu’il leur échappe mais qui saura sauver la face et faire oublier les principes sans qu’il y paraisse. L’Angleterre semble avoir trouvé son homme : heureux Anglais.

 

L’Evolution du Socialisme

Il semble en outre que le Socialisme marxiste ne vive plus que dans le cœur de quelques vieux doctrinaires. C’est en Allemagne qu’il a évolué avec le plus de hardiesse. Certaines études le rapprochent de la doctrine sociale chrétienne. Il rejette l’étatisme dont les néfastes effets sont d’une aveuglante évidence. L’extension du pouvoir de l’Etat, en effet, aboutit soit au totalitarisme nazi ou bolchévique et au régime policier, ou bien à la paralysie bureaucratique qui ruine les finances publiques et étouffe les initiatives. Il fait aussi dépendre de la politique la carrière de tout homme éminent. C’est assez dire qu’il est vite éliminé, si bien qu’un grand pays peut n’avoir aux heures difficiles que des commis pour le guider. Le néo-socialisme voudrait d’une part constituer des sociétés nationales ou régionales complètement autonomes à tous égards – partout où il y a monopole de fait – et où l’usager, le consommateur serait le principal administrateur, responsable envers lui-même et la collectivité. Partout où au contraire la concurrence peut jouer, il lui serait laissé libre carrière. Si regrettable que soit l’appât du profit individuel, il assure néanmoins à la masse le niveau de vie le plus élevé possible et en dépit de l’immortalité qu’il comporte, il est plus apte à tenir éveillée la conscience de la liberté et des droits de la personne, car dans la confrontation quotidienne des intérêts, s’entretient l’exercice du droit d’un chacun. Ces tendances d’un socialisme nouveau ne sont pas particulièrement originales : le fruit plutôt de l’expérience et du bon sens. Encore est-il heureux qu’on s’en avise !

 

La « Nuit de l’Ame »

En attendant le retour à la sagesse, de nombreux rapports destinés à éclairer l’opinion mondiale et que les américains ont confiés à des hommes d’une objectivité scrupuleuse, renseignent abondamment sur les conditions d’existence derrière le rideau de fer. En Allemagne occupée, non seulement les camps de mort du nazisme sont demeurés pleins mais une douzaine d’autres ont été ouverts. Deux cent mille personnes y sont détenues sur une population d’à peine dix-huit millions d’habitants ; la majorité comprend des socialistes militants, le reste des propriétaires industriels ou fonciers ; l’horreur de Buchenwald et de Dachau semble égalée : torture, famine, exposition aux intempéries occasionnent une mortalité de l’ordre de 70% par an. L’œuvre d’Hitler est en bonnes mains.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1947-11-22 – L’Assaut

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-22 – La Vie Internationale.

 

L’Assaut

 

Pris à la gorge par le bolchévisme qui a lancé sa grande offensive, le vieux monde, quoiqu’épuisé et démoralisé, commence à se défendre. L’opinion, longtemps confondue et indécise, réagit à la menace d’une destruction à laquelle, même au temps des victoires d’Hitler, elle n’avait jamais cru. Quelle sera la force et l’efficacité de cet instinct de défense, c’est le secret de demain.

 

Le Dirigisme aux Etats-Unis

Rien ne montre mieux la vanité des théories politiques que les faits de ce jour. A chaque situation économique et sociale convient une solution ; il n’y en a qu’une bonne et elle s’impose : Les Etats-Unis, pays de la libre entreprise qui s’étaient débarrassés en toute hâte des contrôles de guerre sont obligés d’y revenir, s’ils veulent à la fois secourir les pays d’Europe et empêcher chez eux les prix de monter. La demande de produits essentiels étant illimitée sur le marché américain du fait des besoins européens, et l’offre étant nécessairement restreinte au niveau de la production, il faut fixer arbitrairement les prix. Cela ira, si l’on n’est pas obligé en même temps de rationner de façon gênante la consommation intérieure. Sinon, le remède sera pire que le mal et l’on assistera à l’éclosion de marchés parallèles qui engendrent plus d’inflation qu’un marché libre, même déséquilibré. C’est ce qui fait qu’en France par exemple où le dirigisme était un dogme, on est, bon gré, mal gré, obligé d’y renoncer par étapes parce qu’il entretient la pénurie, au lieu d’y obvier. La tâche aux Etats-Unis, quoique complexe et assez risquée, n’est pas insurmontable car le volume des exportations dont le contrôle va être maintenu peut toujours être contracté par décret. La menace d’un arrêt qui ferait refluer les marchandises à l’intérieur dans un marché déjà bien fourni suffira dans une certaine mesure à freiner ce qu’on appelle « la spéculation ».

 

Le Plan Marshall

Donc, sur la proposition de M. Truman, les différents leaders vont étudier les mesures d’autorité nécessaires à mettre en train le plan Marshall, prévu pour avril. On bataillera sur les modalités des contrôles et des restrictions à imposer au peuple américain. Mais l’opinion est de plus en plus acquise au plan lui-même, et le dernier carré représenté par M. Taft s’est rendu. Si Staline lui en donne le temps, le plan vivra.

 

L’Offensive

Car maintenant la lutte est lancée, en Tchécoslovaquie, en Italie et en France. Le but dans le premier est d’éliminer toute opposition d’ici les élections d’Avril, et d’assurer au parti communiste un contrôle total du pays. En Italie, des troubles ont éclaté, assez graves, très semblables à ceux qui ont précédé en 1922 l’avènement de Mussolini. Ne pouvant s’emparer du pouvoir comme, un moment, ils l’avaient espéré, n’ayant sous la main aucun général ou dictateur disponible contre lequel ameuter les foules, Togliatti et ses amis allument une guerre civile  – en Italie heureusement, les choses ne vont pas très loin –  de façon à ressusciter le fascisme qui n’est pas tout à fait mort ou à en créer de toutes pièces le fantôme. Malgré quelques émeutes locales très bien organisées on ne sent pas beaucoup de ferveur. Pas davantage en France où, si un gouvernement de coalition démocratique peut se maintenir, l’échec paraît certain. Ici aussi, si l’on ne réussit pas à créer le « fascisme », il faudra s’avouer vaincu. Mais la partie n’est pas jouée, car dans l’état d’extrême faiblesse des économies françaises et italiennes, des grèves ou des désordres, même peu étendus, peuvent avoir des conséquences graves.

 

En Tchécoslovaquie

Faisons grâce à nos lecteurs des intrigues très complexes où se débat ce malheureux pays. Un fait important : le premier ministre Gottwald a fait à Bratislava un voyage inutile. Il n’a pu mettre au pas les Slovaques. D’autre part, Fiessinger, ministre socialiste pourtant assez suspect de double jeu, n’a pas admis la fusion de son parti avec les communistes. Les socialistes nationaux que domine M. Benes manœuvrent avec prudence pour trouver une formule de salut. Tout se passe encore sans éclat. Mais la résistance des patriotes Tchèques ne pourra être vaincue que par un coup de force. Les Soviétiques le tenteront-ils ?

 

La Politique Française

On a beaucoup remarqué que l’introduction du franc français en Sarre précédait de quelques jours la Conférence de Londres. Paris affirme ainsi qu’il ne tiendra pas compte du veto soviétique dans cette question. L’affaire assez obscure du camp russe de rapatriement où auraient été découverts les plans du « grand soir », les protestations de Bogomolov disent assez clairement l’état actuel des relations franco-soviétiques. Il est à craindre que nous soyons obligés cette année encore de ne « manger » que du pain américain.

 

Kominform en Asie

On annonce la réunion à Kharbin des représentants communistes de Chine, de Corée, de Mandchourie et des deux Mongolies, l’extérieure et l’intérieure. Il est probable que de ce côté aussi, on va passer à l’action. Enfin les Kurdes aux frontières de la Turquie, d’Irak et d’Iran font de nouveau parler d’eux. Une révolte serait sous roche.

 

En Finlande

Voici, alors que tous les problèmes paraissaient réglés entre la Finlande et la Russie que les ministres finlandais doivent se rendre à Moscou. On ne sait trop quelles exigences nouvelles formule Molotov, mais elles seraient d’ordre militaire plutôt que politique. Une pression en direction de la Suède complèterait la poussée sur le sud-est européen et l’Allemagne. Ce qui déconcerte encore les Américains, c’est qu’avec les Russes, il est impossible de conclure un accord qui ne soit violé sitôt qu’il les gêne. Cela évidemment rend les conversations difficiles.

 

A l’O.N.U.

Par contre, quand il les sert, ils s’y cramponnent avec une patience et un luxe d’arguments ahurissants. Vychinski a défendu le droit de veto au Conseil de sécurité, les principes de la Charte, le privilège des grandes puissances et combattu en même temps le projet de la « Petite assemblée » qui tournerait le veto, tout cela comme un diplomate de la sainte alliance. Quel curieux homme !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1947-11-15 – Le Duel Universel

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-15 – La Vie Internationale.

 

Le Duel Universel

 

La lutte entre les deux mondes grandit comme un incendie. Une flamme va chercher chaque groupe humain pour l’envelopper dans la tourmente ; aux violences verbales, succèdent les violences de la rue. Cependant à Londres, les suppléants des quatre préparent la conférence « de la dernière chance ». Les désaccords surgissent à propos de rien et tout se passe comme s’il s’agissait d’une démarche inutile.

 

Un Rapport Significatif

Le « Comité d’études du problème européen » a déposé un volumineux rapport qui a suscité beaucoup d’intérêt. Il est rédigé par des hommes importants dont Vansittart et Herriot, qui a d’ailleurs refusé de le signer. Pour la première fois on y parle de l’armée Von Paulus forte, y dit-on, de quinze cent mille prisonniers de guerre allemands cantonnés en Crimée près du lac Ladoga et autour de Minsk. Plusieurs douzaines de divisions seraient déjà équipées ; un état-major siégerait en zone soviétique d’Allemagne, etc. …

 

Le Camarade Ulbricht

Au nom de la S.E.D., parti allemand unifié, le camarade Ulbricht lance un appel au peuple :

« L’Union soviétique, dit-il, est l’alliée véritable de la nation allemande. Elle veut refaire son unité tandis que les Américains veulent la démembrer. Elle veut donner au peuple le droit à l’existence nationale ».

Parallèlement, une campagne se développe en zone soviétique et par infiltration dans les zones occidentales en faveur d’un plébiscite par lequel les Allemands se prononceraient pour l’unité. Les Russes proposeraient à Londres qu’on procédât ensuite à l’élection d’un parlement unique pour le Reich et d’un gouvernement central à Berlin. Enfin, toutes les armées alliées seraient retirées d’Allemagne ; les Américains ne pouvant dans le cas, conserver aucune base militaire en Europe, l’armée Von Paulus s’installerait alors dans le Reich surveillée et dirigée par Moscou. Nos lecteurs connaissent le plan de longue date ; ce qui est nouveau, c’est qu’il en soit fait ouvertement mention.

 

Controverses

Le célèbre chroniqueur Walter Lippmann soutient aujourd’hui que les Soviets ont perdu la « guerre froide » et qu’ils s’en rendent compte. Il nous semble au contraire que le plan soviétique s’exécute point par point. Ils ont perdu tout espoir, dit-il, de dominer en France et en Italie. Sans doute, mais l’ont-ils jamais cherché. Depuis deux ans, la Russie s’est toujours opposée aux intérêts français ; dans l’affaire de Syrie d’abord, puis contre un état rhénan autonome, récemment contre le rattachement de la Sarre à l’économie française que les seuls communistes ont refusé de voter ; à l’intérieur même, ils ont mis leurs partisans en mauvaise posture, les forçant à une attitude qui les a chassés du pouvoir, puis soumis à une défaite électorale. Aujourd’hui, ils ont pour mission de ruiner le gouvernement de leurs ennemis socialistes et par des violences, rendre inévitable le pouvoir plus ou moins personnel contre lequel ils chercheraient à refaire une unité ouvrière qui leur échappe. En Italie de même : ils ont mis Togliatti en difficulté en soutenant à fond Tito dans la question de Trieste ; puis en refusant à l’Italie l’accès à l’O.N.U. Tout se passe comme si les Soviets tenaient à ce que la France et l’Italie restent dans le camp ennemi. Dans leurs plans à plus lointaine échéance, ces deux pays doivent être écrasés, le Vatican et la bourgeoisie française éliminés d’Europe, et – l’ignorent-ils- les dirigeants de leurs propres partisans mis à l’ombre et remplacés comme à Varsovie par des hommes de main tenus en réserve à Moscou même.

Lippmann a raison, par contre, en critiquant le projet américain de paix séparée avec l’Allemagne ; mieux vaudrait le statu quo, dit-il. En effet, cette paix séparée c’est le Kremlin même qui y pousse les alliés. Ils y perdront en effet beaucoup de leurs droits de contrôle et l’infiltration venue de l’Est sera facilitée d’autant.

 

Opposition

Cependant en Allemagne même la résistance aux visées soviétiques s’organise : Schumacher est allé à Washington. Au retour il dénonce les communistes comme des Quisling. Les syndicats ont cessé subitement toute opposition aux projets de démantèlement des usines et aux élections syndicales ; dans la Rhur, les communistes ont perdu 30% de leurs sièges. Une liaison s’est établie entre les organisations ouvrières américaine et allemande. La même chose vient d’avoir lieu en France. (Voyage de Jouhaux en Amérique, passeports refusés à ces adversaires, déclaration en faveur du plan Marshall) ; en Italie, la lutte est aussi ouverte au sein des syndicats. Enfin, une série de conférences secrètes réunissent en ce moment les personnalités que les Américains ont désignées pour gouverner la nouvelle Allemagne.

 

Le Plan Marshall

Que de rapports, de discours, de chiffres ! On s’y perd. La politique ne perd pas ses droits. Taft, représentant conservateur du Midwest et candidat à la présidence est à peu près seul contre le plan « dangereux et stupide ». Il y voit une raison pour les pays d’Europe de relâcher leur effort et se laisser entretenir par l’Oncle Sam ; aussi une source inévitable d’inflation, de hausse des prix aux Etats-Unis. Par contre, Dewey, lui aussi républicain et candidat, a appuyé le plan Marshall avec beaucoup de sens politique. Dans l’ensemble, l’opinion américaine est largement acquise et les dons privés considérables s’ajouteront aux secours officiels.

 

Prague

Pendant ce temps, la liberté meurt en Tchécoslovaquie ; péripéties complexes, luttes de personnes. Il serait trop long d’exposer ce drame qui nous touche. Comme ailleurs, les dirigeants condamnés par Moscou font leurs valises et Benes lui-même, malade et abattu, sera peut-être conduit vers l’exil.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1947-11-08 – Tactique Nouvelle

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-08 – La Vie Internationale.

 

Tactique Nouvelle

 

La situation internationale est à présent tout à fait claire. L’impérialisme russe – celui que dénonçait Karl Marx lui-même en 1853 – a déposé le masque de l’idéologie comme lors du pacte de 1939 quand Staline disait que les divergences d’idées entre lui et Hitler étaient fort « exagérées ». Les Etats-Unis lui barrent la route. Il faut abattre les Etats-Unis, par tous les moyens.

 

Le Rapport de Thorez

L’exposé de Thorez, devant son parti après sa défaite électorale a été très commenté à l’étranger.  «

 Nous avons commis des fautes, dit-il en substance, et pêché par faiblesse en ne prenant pas nettement position contre le gouvernement : Nous avons été chassés du pouvoir par l’impérialisme américain dont il est l’instrument. Dès avant la libération, nous avons eu le tort de pactiser, sous prétexte d’union, avec les socialistes et radicaux « traitres à l’intérêt national ». Et voici le point essentiel précisé par Hervé : la distinction entre gauche et droite, n’a plus de sens. La classe ouvrière n’est pas toute dans nos rangs. Nous devons être le centre de ralliement de tous ceux, ouvriers, paysans, intellectuels, classes moyennes, et même chefs d’entreprises qui se sentent menacés par l’impérialisme américain. Nous sommes les champions de l’indépendance nationale ».

Des articles analogues ont paru dans l’Unita, le journal de Togliatti en Italie.

Aussi on met en demeure ces deux peuples, le français et l’italien qu’un instinct profond poussait à rester à l’écart, de se prononcer pour l’une ou l’autre des forces en présence. Bon gré, mal gré, on sera pro-russe ou pro-américain pas toujours de gaieté de cœur.

 

L’Indépendance des Peuples

Les passions politiques résistent à l’évidence. Sinon, « les Soviets garantissant l’indépendance des peuples » ressemblerait trop au fameux « l’ordre règne à Varsovie », plus que jamais d’actualité ! En Pologne en particulier, des sondages consciencieux ont prouvé que l’actuel gouvernement n’aurait pas 5% des voix en cas d’élections libres, et l’appel à la paysannerie ne manque pas de sel quand on voit les partis paysans décapités dans tous les pays sous la botte Russe. Après Nagy en Hongrie, Petkov en Bulgarie, Mikolaitchik en Pologne, voici Maniu devant ces fameux tribunaux aux aveux spontanés qui resteront avec Buchenwald la plus grande honte du XX° Siècle. Maniu, grand lutteur, démocrate convaincu et honnête homme – chose rare parmi les politiciens balkaniques – arrêté, emprisonné, demain condamné, fera un martyr de plus. Déjà, une fédération internationale des partis paysans se fonde aux Etats-Unis, qui réunira les chefs évadés de l’Europe centrale.

 

A Prague

La Tchéco-Slovaquie à son tour est en pleine tourmente. Il n’est pas douteux qu’avant longtemps le parti communiste y sera seul, tout puissant. Le pays étant plus évolué, la résistance est plus difficile à vaincre. Quoi qu’il advienne, son économie entière est au service de l’Est. Mais pour fournir des machines, il faut les matières premières de l’occident et les crédits d’Amérique ; sans dollars, il manquera toujours de quoi faire tourner l’usine. Les Russes veulent que la Tchéco-Slovaquie soit un port d’échange par où se procurer quelques matières indispensables.

 

Les Elections Anglaises

Les travaillistes ont beau ergoter, la défaite est là. Le gouvernement est impuissant devant la crise économique et l’Anglais moyen n’est pas loin de penser qu’il en est responsable ; le peuple anglais se rend compte que socialisme signifie fonctionnarisme ; étatisation égale charges fiscales accrues, initiatives et liberté réduites, affaiblissement du dynamisme individuel et en fin de compte, chute du niveau de vie et perte de prestige national. Là encore, les passions politiques ont beau nier l’évidence, l’évidence se venge sur l’estomac. Il y a plus. Dans les derniers projets de Truman, il n’est jamais question de l’Angleterre. Sir Stafford Cripps, avec sa dure franchise habituelle, n’a pas caché que, contrairement aux affirmations présomptueuses de ses collègues, sans crédit américain nouveau, la crise était insurmontable. Or chacun sait à Londres que le gouvernement Attlee n’aura pas un cent de New-York. Il l’a refusé lui-même par avance. Il est donc à prévoir qu’affaibli devant l’opinion et à court de ressources, le gouvernement travailliste devra retourner devant les électeurs l’an prochain. Churchill reviendra.

 

Sforza à Londres

Sforza est allé à Londres chercher un succès personnel et quelques aimables paroles pour l’Italie. Les relations avec l’Angleterre devenaient mauvaises, car c’est Londres qui s’oppose au retour des colonies à la mère-patrie. Les Italiens relèvent la tête, leur reconstruction s’accélère ; leurs finances s’améliorent. Ils sentent que les Anglo-Saxons ont besoin d’eux dans la lutte contre le bolchévisme et ils cherchent à tirer de leur concours le plus gros pourboire. Sforza va aller à Moscou. Les peuples ne changent guère, les diplomates encore moins. L’Italie ne peut tenir de jouer sur les deux tableaux. Cela lui a souvent réussi, pas toujours. Le prétexte du voyage est de négocier l’achat de blé russe, le même blé russe déjà offert à la France et qui fut auparavant proposé à l’Angleterre avant la rupture des négociations, blé qui n’existe probablement pas, car les pays satellites, à moins de mourir de faim, devront être ravitaillés cette année. Il sera en réalité question des colonies et de gagner les Russes à la cause italienne en faisant valoir que cela affaiblirait la position anglaise en Méditerranée. Molotov se laissera-t-il faire sans conditions que les Italiens pourraient accepter sans risques ? Pour jouer au plus fin à Moscou, il faudrait être d’une autre taille que le comte Sforza.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1947-11-01 – Invectives

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-01 – La Vie Internationale.

 

Invectives

 

« La guerre froide » s’échauffe. On n’en est encore qu’aux injures. C’est l’O.N.U. qui est le théâtre de cet échange d’aménités : la « diplomatie du ruisseau », comme disent les Anglais que ces mœurs offusquent. Avec un parfait synchronisme, tous les organes soviétiques du monde orchestrés par Vychinski lancent un violent assaut contre les Etats-Unis. Nous ne tarderons pas à savoir ce que cela signifie.

 

La Diplomatie Américaine

Les invectives, la constitution du Kominform, la fuite de Micholaïtchik, chef du parti paysan polonais en Suède, la démission du ministre bulgare à Berne, les arrestations de socialistes en Pologne et ailleurs, ont largement servi la politique américaine. Truman s’est décidé à convoquer le Congrès pour le 17 Novembre, afin de voter les crédits à la France et à l’Italie et de décider du plan Marshall ; les élections en France et en Italie ont fait le reste et l’opinion des sénateurs est beaucoup plus favorable que le mois passé à une aide très large à l’Europe.

Cependant, la politique ne perd pas ses droits : c’est sur les modalités de cette aide qu’elle s’exerce.

Les sénateurs républicains qui préparent l’élection présidentielle, ne veulent pas paraître suivre aveuglément Truman. Ils ne veulent pas engager l’avenir. Pour des crédits immédiats, d’accord, mais les électeurs attendent des républicains une diminution des impôts obstinément refusée par Truman. Il y a quatre milliards d’excédents budgétaires cette année, on s’en servira. Mais on refusera de s’engager au-delà. Nous savons bien que cette aide aux pays d’Europe en deçà du rideau de fer, était une nécessité pour les Etats-Unis comme pour nous. Si les Américains cessaient d’envoyer leur blé et leur charbon en France, les prix s’effondreraient aux Etats-Unis et la crise qui s’ensuivrait leur coûterait beaucoup plus cher que le cadeau qu’ils nous font. L’exportation de vivres en Europe maintient des cours élevés, trop même, car ils montent sans cesse. Mais cela fait des bénéfices pour les fermiers et des recettes fiscales correspondantes. Ce que l’on perd en libéralité se retrouve en prospérité intérieure.

 

Les Négociations Anglo-Américaines

On en a la preuve par le succès des négociations commerciales anglo-américaines : le plan d’austérité britannique est un coup dur pour le commerce américain. Cessant d’acheter aux Etats-Unis, les Anglais savaient bien que leurs partenaires feraient des concessions pour ne pas perdre un aussi vaste marché que l’Empire britannique. En s’associant à la métropole, les Dominions ont fait une excellente affaire ; les Etats-Unis ont été obligés de réduire leurs tarifs douaniers. Ils ont cédé en particulier sur la question de la laine, qui intéressait au plus haut point l’Australie. En revanche, les Anglais ont renoncé à certains tarifs dits de préférence impériale. Les deux partis se déclarent satisfaits, mais la discussion a été si serrée que le ministre américain Clayton a dû démissionner pour avoir été un peu trop loin dans la réduction des tarifs américains. On l’a accusé, lui représentant des intérêts cotonniers, d’avoir fait bon marché d’autres intérêts économiques.

 

L’Allemagne

L’affaire du démontage des 682 usines allemandes de la bizone est de plus en plus virulente. Lord Pakenham, délégué anglais pour l’Allemagne et le général Clay délégué américain, maintiennent que, bon gré, mal gré, les démontages s’effectueront. Les Allemands protestent de plus en plus fort, et menacent, et ils pourraient bien avoir gain de cause. Ils ont trouvé des alliés parmi les membres du Congrès américain qui viennent de faire une tournée en Europe. Ceux-ci veulent que l’Allemagne se suffise et cesse de coûter un milliard de dollars par an au contribuable américain. En Angleterre aussi, les travaillistes de gauche trouvent qu’il est trop tard pour affaiblir le potentiel industriel de l’Allemagne, alors qu’on prétend vouloir la relever. Il fallait, dit-on, agir comme les Russes, qui se sont servis tout de suite dans le désarroi de la défaite. Bref, le général Clay démissionne et il est bien probable qu’un bon nombre des usines restera en place. Ce premier succès pourrait bien inciter les Allemands à en rechercher d’autres. Par ailleurs, on prête aux Russes l’intention de demander un plébiscite pour l’unité politique du Reich auquel à coup sûr, la majorité des Allemands répondrait affirmativement. Les Américains, poussés au début par les intérêts commerciaux anglais et la volonté de leurs propres militaire, se sentent maintenant engagés en Allemagne dans une mauvaise voie et veulent à tout prix soustraire l’Allemagne occidentale à l’influence soviétique. Là, comme d’autres, les Allemands tireront le bénéfice de la rivalité des deux blocs.

 

Proche et Moyen-Orient

Les Russes ont accepté sans trop protester le refus du parlement Persan d’accepter les concessions pétrolières que la Russie voulait obtenir en Iran du Nord. Par contre, ils ont repris contre la Turquie leurs attaques qui avaient depuis plusieurs mois, cessé ; offensive là aussi verbale. Il est bien probable que tout ce bruit qui dessert considérablement leur cause – les dirigeants du Kremlin ne peuvent l’ignorer – n’est pas exclusivement fait, comme semble le croire Churchill, pour tenir en haleine le peuple soviétique. Sans doute la presse et la radio russes, à longueur de journée parlent des fauteurs de guerre qui veulent jeter sur lui les bombes atomiques. Mais l’opinion en Russie ne compte guère. Les Etats-Unis se raidissent de plus en plus : dans un récent discours Eisenhower jusqu’ici optimiste, a fait allusion à la force américaine qui pourrait avoir à s’exercer. Byrne, dans ses mémoires qui font grand bruit, parle de pousser les Russes hors d’Allemagne, si besoin est par la force. Si un conflit proprement dit n’est pas probable, attendons-nous toutefois à quelques émotions.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1947-10-25 – Le Plan de la Politique Soviétique

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Le courrier d’Aix – 1947-10-25 – La Vie Internationale.

 

Le Plan de la Politique Soviétique

 

Dans la plupart des pays du monde, la cristallisation des deux blocs s’opère, accélérée par les manœuvres successives de la politique soviétique. Les semaines qui viennent montreront, par des actes nouveaux où tend cette politique et les répliques qu’elle peut susciter : essayons de la définir.

 

L’Extrême-Orient

Le Général Wedemeyer envoyé par les Etats-Unis en Chine déclarait «  A moins d’un redressement total et de réformes fondamentales, la Chine, sera sous peu dans l’orbite de l’U.R.S.S. » C’est avouer l’échec complet de la politique des Etats-Unis sur le continent asiatique et, partant, le succès total prochain des Soviets. On se rappelle les étapes : en 45, annexion à peine déguisée de la Mongolie extérieure ; fin 46, celle de la Mongolie intérieure. Après l’abandon à la Conférence de Yalta, de Daïren et Port-Arthur au Sud, de Sakhaline et des Kouriles à l’Ouest, la Mandchourie était enserrée par les Russes, et les efforts du gouvernement Tchang-Kaï-Chek pour la reconquérir ont été vains ; les communistes chinois, appuyés par les Russes, la tiennent. Plus au sud, l’avance des communistes se poursuit sans arrêt ; le gouvernement national enregistre échec sur échec et se désagrège.

Récemment, le gouvernement soviétique qui avait fait échouer tous les pourparlers avec les Américains sur la Corée (dont on sait que le sud est occupé par les Etats-Unis et le nord par les Soviets) a fait une proposition sensationnelle : Evacuation simultanée de la Corée par les Russes et les Américains. Les Américains n’ont pas acquiescé. En effet, les Russes ont préparé le Gouvernement qu’ils souhaitent, constitué une armée rouge de deux cent mille hommes. En partant, les Etats-Unis laissent le pays aux Soviets, en demeurant, ils sont en position difficile pour s’y maintenir et risquent d’être chassés par un mouvement populaire. La chute de Tchang-Kaï-Chek, joint au départ des Anglais de Birmanie et des Indes, laisserait l’Asie Orientale entière à la pénétration soviétique. Eventualité particulièrement redoutable pour le dernier bastion : l’Indo-Chine Française.

Enfin, le départ des Anglais de Palestine ouvrira un nouvel espace libre. Seules la Perse et la Turquie résistent solidement malgré des infiltrations nombreuses. Là, les Etats-Unis ont un intérêt vital : le pétrole.

 

L’Europe

La même tactique se poursuit en Europe. Les Anglo-Saxons ne tiennent plus à la Grèce ; les Russes nous préparent à une action, peut-être violente de ce côté ; l’importance inusitée que donne la radio soviétique aux attaques de Vychinski où, entre parenthèse, il est parlé du bloc Franco-Anglo-Américain pour la première fois, montre l’intérêt capital que Moscou porte au problème. Vychinski somme les troupes britanniques et les conseillers américains de vider les lieux.

 

L’Allemagne

A la conférence de Novembre, il est probable que les Russes feront pour l’Allemagne la même proposition que pour la Corée : Evacuation des pays d’Europe par les Soviets et simultanément de l’Allemagne et de tous les Franco-Anglo-Américains ; l’heure serait bien choisie : la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie ont été mises au pas, l’affaire des démantèlements a dressé l’opinion allemande contre les Anglo-Américains en zone occidentale. Les Russes préparent l’installation d’un gouvernement central Allemand à Berlin, symbole de l’Unité allemande, et les 100.000 hommes de Von Paulus attendent sur les bords de la Mer Noire de faire leur entrée dans le Reich. Le départ des Américains laisserait cette armée allemande, la seule force militaire avec celle des Russes et des Yougoslaves sur le continent Européen ! La suite serait facile à prévoir. Evidemment ni les Américains, ni les Anglais, ni les Français ne partiront. Mais alors ils perdront la face ; on les accusera de s’opposer à la libération de l’Europe des forces militaires d’occupation et d’être responsables de tous les maux que les populations devront endurer. Ils seront maudits de tous ceux que la présence d’uniformes étrangers exaspère, et la propagande aura beau jeu. Ce n’est pas sans raison que le Kominterm a été reconstitué ces derniers jours sous couleur de « Kominform ». Les Russes savaient qu’à la veille d’élections en France et en Italie, ils porteraient un coup dur à leurs partisans dans tous les pays. Mais selon toute apparence, ils ont préféré leur donner un moyen d’action plus nette pour l’agitation révolutionnaire, les dirigeants futurs de ces deux pays étant des ennemis à combattre par tous les moyens. Un gouvernement nationaliste Français devient une très belle cible et un bon moyen d’influencer les Allemands qu’il s’agit maintenant de gagner à la cause Soviétique. On voit que les dernières barrières qui s’opposent à une hégémonie Russe sur l’Eurasie sont désormais bien fragiles et que les soviétiques sont plus près de réaliser sans avoir à combattre le rêve qui fit succomber Hitler. Il y a, comme nous le disions, beaucoup de témérité et de machiavélisme dans ces plans. Ils provoquent la réaction de tous ceux qu’ils menacent. Mais jusqu’ici, aucune opposition ne les a entravés ; tout est resté verbal et le succès pousse à plus d’audace. C’est comme cela que les malheurs arrivent.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1947-10-18 – La Vie Internationale

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Le Courrier d’Aix – 1947-10-18 – La Vie Internationale.

 

Ebauches d’Alliances 

 

La lutte entre les deux mondes n’a pas que de sombres aspects. Elle vaut à la France en particulier une heureuse émulation des adversaires. 290 millions de dollars du côté américain et la possibilité d’un nouveau blé électoral de la part des Russes. Réjouissons-nous donc.

 

Le Partage de la Palestine

La question palestinienne, avec l’annonce du départ des Anglais, revient au premier plan. Une menace d’abord qui était prévisible : la guerre sainte des pays arabes contre le nouvel état juif, si l’O.N.U. décide le partage de la Palestine entre deux souverainetés, l’une arabe, l’autre juive. Cette menace se traduit par des concentrations militaires du côté syrien. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une manœuvre arabe pour faire pression sur les grandes puissances, ou d’une action concertée des Arabes et des Anglais pour faciliter la tâche de ces derniers. Un résultat est en tous cas atteint. Le terrorisme juif s’est calmé et les représailles anglaises ont cessé. Autre coup de théâtre : L’U.R.S.S. se prononce sous conditions toutefois, pour le partage de la Palestine tout comme les Anglais et les Américains. Les grandes puissances sont donc, ô miracle, d’accord pour une fois. L’U.R.S.S. a agi évidemment pour hâter le départ des Anglais du Proche-Orient et leur enlever tout prétexte à demeurer. Néanmoins deux des satellites, dont la Tchéco-Slovaquie, se sont prononcés en sens contraire. Cette discordance a été très remarquée. Il est possible que d’ici le règlement final, la position russe se modifie. Comme dans toute affaire orientale, la situation est très confuse. Les Anglais ont obtenu jusqu’ici un succès certain, répétant leur manœuvre aux Indes. Ils espèrent tirer leur épingle du jeu sans dommage pour leurs intérêts en Terre Sainte. Ils ont réussi à amener les Etats-Unis, après tant de vains efforts, à prendre position pour le Sionisme et même la Russie !

 

L’Allemagne

La politique anglo-saxonne en Allemagne parait très mal engagée, à la veille de nouvelles discussions avec les Russes ou plus probablement d’une rupture avec eux.

Voici qu’un nouveau programme de démantèlements d’usines s’exécute en zone anglo-américaine. Usines, non de guerre mais de production courante. Les Allemands protestent violemment. On veut, disent-ils, relever notre capacité de production pour que nous puissions payer notre nourriture, et on nous en enlève les moyens en même temps. On veut, les Anglais surtout, supprimer par avance toute concurrence de notre part sur les marchés étrangers ; les Russes nous dépouillent mais les Anglais nous enlèvent toute espérance. On a supposé que les Américains, en publiant la liste finale des démantèlements d’usines allemandes, voulaient en finir avec les réparations, et couper court aux revendications russes pour un prélèvement sur la production courante de l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, cette politique incohérente dresse l’opinion des Allemands contre les Anglo-Saxons au moment où la Russie va chercher à créer une Allemagne soviétique. Or, qu’on le veuille ou non, l’attitude des Allemands sera d’une importance primordiale en cas de conflit. Ils le savent bien d’ailleurs, et n’attendent leur résurrection que de la guerre.

 

Un Nouveau Pacte Anti-Komintern

La querelle du Chili et de la Yougoslavie n’était qu’un départ ; l’Argentine a suivi et l’on commence à parler d’une alliance des états de l’Amérique latine contre le communisme. En cas de rupture à l’O.N.U. si les Russes et leurs satellites se retirent (la radio russe dans ses compte-rendu semble bien nous préparer à cet événement), on verrait se constituer une alliance générale contre le bloc slave dont les Etats-Unis prendraient la tête.

 

L’Autriche

La malheureuse Autriche demeure le centre de la lutte des deux blocs. L’U.R.S.S. multiplie les coups de force. Aujourd’hui on saisit une usine ; demain, on enlèvera un archiduc de Habsbourg : hier, quatre chefs de la police viennoise étaient révoqués par le général Kurasof et remplacés par des communistes autrichiens. Le Chancelier Figl ne cède pas ; il proteste. Que faire contre la force ?

 

Allocution Pontificale

C’est seulement par la force, a dit le Pape aux légionnaires américains, que certains ennemis de la Justice peuvent être amenés  à composer. C’est un grand moyen, pourvu qu’elle s’exerce pour une cause légitime. Notre époque, a-t-il ajouté, rappelle l’action de Lépante quand les puissances qui représentaient la civilisation chrétienne se sont unies pour vaincre une colossale menace venue de l’Est.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1947-10-11 – La Guerre Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1947-10-11 – La Vie Internationale.

 

La Guerre Diplomatique

 

Résurrection du Komintern ! Evénement qui n’apporte ni nouveauté, ni surprise et qui marquera cependant une date : la déclaration de guerre diplomatique entre la Russie et le bloc Anglo-Saxon.

 

Le Comité de Belgrade

C’est donc un conseil permanent du communisme international qui va siéger à Belgrade. Deux des successeurs éventuels de Staline, Ivanov et Malenkov l’ont fondé. En fait, la discipline des partis communistes en Europe et ailleurs ne pourrait être plus rigoureuse, le nouvel organisme est simplement une manifestation qui risque plutôt de gêner certains adhérents et de créer des dissidences. On en signale une au Japon. Cela signifie que la Russie, en révoquant l’acte de Mai 1943 par lequel, pour s’attacher la confiance de ses alliés, elle avait dissous le Komintern, reprend officiellement la lutte pour la Révolution mondiale.

 

Premières Réactions

La première vient du Chili ; le Gouvernement chilien accusant les diplomates yougoslaves d’être les instigateurs de la grève du charbon, expulse les messagers de Tito. Aux Etats-Unis, on en conclut à la nécessité d’aider plus efficacement au sauvetage de la France et de l’Italie pour les soustraire à l’influence de Moscou. En Angleterre, les conservateurs sont plutôt satisfaits : le masque est jeté : tant mieux. Les travaillistes au contraire sont irrités, comme les socialistes de tous les pays, de l’attaque violente du manifeste de Varsovie publié ces jours-ci par le congrès communiste : Attlee, Bevin, Blum, Sarajat y sont traités de réactionnaires, d’ennemis du peuple, etc….. Or le socialisme cherchait malgré l’évidente impossibilité, à garder une position neutre entre les deux blocs. Bon gré, mal gré, il lui faut se ranger sous la bannière américaine ce qui risque de le perdre auprès de ses électeurs.

 

Appréciation

Plus on étudie la politique Russe, plus on se convainc que la passion idéologique l’emporte. L’orgueil démesuré, le fanatisme, la témérité d’un Idanov a remplacé la ruse et la prudence toute orientale du vieux Djougachvili, dit Staline. Il est bien clair qu’un geste comme celui d’aujourd’hui ne présente pour la Russie que des désavantages, et fait le jeu de ses ennemis. Il va affaiblir la position de ses partisans en France et en Italie ; on va le voir aux élections. Il va justifier toutes les représailles policières. Il va rendre l’opinion américaine plus compréhensive pour l’aide à l’Europe. Il va partout donner l‘alerte et des prétextes à une pressante contre-offensive. Alors, comment l’expliquer ? Voici notre sentiment.

Il faut se représenter les inspirateurs actuels de la politique du Kremlin, comme des primaires imbus de la théorie marxiste et néo-marxiste de leurs maîtres. L’idée maîtresse, c’est que le capitalisme succombera à une crise économique à laquelle sa structure le condamne. Il suffit donc de provoquer cette crise. Pour cela, l’action révolutionnaire et le sabotage à l’intérieur, la peur et la guerre des nerfs sur le terrain diplomatique (en frappant le moral des pays capitalistes) conjugués avec les grèves et les crises monétaires entretenues par les revendications perpétuelles des travailleurs et la hausse des prix, suffisent à précipiter la chute. Une action militaire au dehors, une insurrection au-dedans et l’édifice s’écroulera. Les Russes sont convaincus que leur heure est proche et les apparences leur donnent raison. La crise du dollar constitue une menace pour la prospérité des Etats-Unis ; en même temps, elle risque de paralyser l’industrie des pays d’Europe faute de matières premières, et celle des Etats-Unis faute de débouchés payants. Les Russes sont convaincus que la crise ( ?) , la guerre est inévitable : Les capitalistes, croient-ils, ne désirent pas la paix ; l’industrie de guerre et la guerre même est la soupape de sureté pour leurs profits. Ils  sont obligés d’y recourir quand rien ne va plus pour eux. A l’heure présente, il faut pousser à fond pour que le monde capitaliste ne retrouve pas son équilibre ; d’ici un an ou deux, les difficultés seront telles que le monde, incapable de se survivre, n’opposera qu’une faible résistance à l’invasion. Nous allons donc voir l’offensive se précipiter. Demain, ce sera le retrait collectif des puissances slaves de l’O.N.U., la création d’une république populaire allemande de l’Est. Pauvres et sinistres calculs qui ressemblent bien à ceux d’Hitler ; si inextricable que paraisse la situation actuelle des pays démocratiques, la crise ne sera pas mortelle, loin de là. Elle ira s’atténuant ; la peur qui paralyse d’abord stimule ensuite. A défaut de programme viable, on trouvera des expédients.

Il n’est pas exact que le capitalisme d’aujourd’hui soit comme celui d’hier, nécessairement soumis au cycle des crises. Il a les moyens d’atténuer les pointes de prospérité comme de dépression. Mais le plus grave dans l’aveuglement des Soviétiques, c’est de croire à la fatalité de leur victoire, c’est par là que l’intoxication des préjugés idéologiques va précipiter le monde dans un conflit qui sera fatal non au monde capitaliste, mais au malheureux peuple russe. Les Américains arment. Ils savent que la situation est sans issue, ils patientent en apparence. A l’heure où ils se sauront prêts, et cette heure ils ne sont pas loin de la connaître, ils frapperont un coup mortel. S’ils voulaient faire le jeu du capitalisme, les Russes d’aujourd’hui n’agiraient pas autrement.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1947-10-04 – Demi-Mesures

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Le Courrier d’Aix – 1947-10-04 – La Vie Internationale.

 

Demi-Mesures

 

Cette semaine n’apporte aucun fait nouveau d’importance. C’est dans ces moments creux, que l’on fait le point. Découragement et pessimisme ont gagné les sphères où jusqu’ici on faisait profession de croire que la situation internationale n’était pas sans issue. La violence des discours Neil, le meurtre de Petkov ont permis à beaucoup de mesurer le péril. Cela peut être salutaire.

 

Les Secours à l’Europe

Cahin caha, la machine politique américaine va trouver une voie, pour assurer aux nations en détresse le minimum vital : le président Truman va convoquer le Congrès en session spéciale pour voter un secours d’urgence à la France et à l’Italie ; un peu aussi à l’Autriche, très peu et peut-être trop tard. Car d’ici la mi-décembre, ces pays tiendront-ils ? Et qu’est-ce que six cent millions de dollars en regard des difficultés présentes ? C’est à peu près ce que nous avions fait prévoir.

 

Les Responsables

Cette coopération si difficile entre la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, a été entravée par des maladresses politiques dont on se serait passé. M. Bevin, dont l’étoile pâlit beaucoup ces temps-ci et qui ne parait pas finalement devenir premier ministre, en a sa large part. Des mots malchanceux sur les prêteurs américains, l’allusion à la redistribution de l’or, des propos blessants à l’égard des Juifs américains à propos de l’affaire palestinienne, des phrases claironnantes sur l’indépendance britannique, il n’en fallait pas plus pour indisposer les sénateur Mayen aux Etats-Unis. Les tergiversations de la politique Française qui persiste par peur d’une opinion mal informée à se raidir sur la question allemande, le discours de M. Herriot au congrès radical très neutraliste où Staline et Truman recevaient le même hommage d’éloquence, font douter les Américains de la position de la France. Que chacun pense comme il l’entend, il y a des moments où le silence est d’or. Du côté américain, les discours discordants de plusieurs officiels, la querelle des militaires et des civils sur l’Allemagne, tout cela aussi était superflu quand une unité de vue et d’action est une question vitale.

 

L’Affaire Palestinienne

Malgré les conseils répétés de Churchill et peut-être à cause d’eux, le gouvernement travailliste a voulu jusqu’ici se maintenir en Palestine, au prix de sacrifices énormes en argent et en hommes. Il cède aujourd’hui et parle de remettre le mandat anglais sur le pays, à l’O.N.U. Solution pénible mais fatale, à plus ou moins brève échéance, plus difficile à mesure que la situation s’aggravait. Il est à craindre qu’il n’éclate en Palestine (à moins que les Américains n’interviennent, ce qu’ils ont refusé jusqu’ici) une guerre analogue à celle qui menace aux Indes. On parle de la formation d’une armée arabe en Syrie ; l’intransigeance arabe sur l’Etat Juif est chaque jour plus forte. Par leur obstination, les terroristes juifs seront peut-être débarrassés des Anglais, mais, ils seront aussi jetés à la mer. On pense à Londres que bon gré, mal gré, à la veille des élections présidentielles aux U.S.A. les Américains seront bien obligés de prendre l’affaire en mains.

 

Les Troubles en Italie

Tout se passe comme si le temps travaillait pour les Soviets. Bien que l’agitation sociale, les démonstrations et marches de la faim, n’aient pas eu le caractère révolutionnaire qu’on redoutait, le gouvernement de Gasperi a la vie bien précaire. Comme le nôtre, il est impuissant à imposer un programme et ne vit que d’expédients et de compromis politiques. C’est au fond tout ce que ses adversaires désirent : prolonger le malaise, aviver les mécontentements. Car il n’est pas probable qu’en Italie, comme en France, une aventure révolutionnaire réussisse, et un échec serait grave pour les meneurs ; la menace leur suffit. Dans les deux pays cependant, dans tous les domaines, la situation instable est difficile à tenir. Il faudra bien verser soit à droite, soit à gauche. L’issue est pour beaucoup entre les mains des Américains. Mais ils n’appliqueront que des demi-mesures, toujours par peur de l’opinion.

 

L’Affaire Petkov

Le meurtre légal du patriote bulgare a soulevé une émotion considérable. Voilà encore une maladresse capitale, celle-là au passif des Soviétiques. Ils devraient pourtant se souvenir de Matteotti, de Sacco  et Vanzetti, de Niemoller et d’autres affaires dont ils avaient su tirer si grand parti. Il y a des crimes que l’histoire fait payer cher à leurs auteurs. Celui de Petkov est de ceux-là.

 

L’Allemagne

Lentement avec des manœuvres et contre-manœuvres, la politique soviétique en Allemagne que nous avons déjà exposée, fait son chemin. D’ici peu, la coupure définitive de l’Allemagne en deux, sera accomplie ; nous aurons une république soviétique allemande plus ou moins camouflée. Les récalcitrants aux projets Russes ont été peu à peu éliminés. Disparitions, kidnappages, camps de concentration. Des officiels comme le Docteur Paul de Thuringe se sont enfuis en zone américaine. Par contre, les Soviétiques cherchent à se concilier le parti catholique allemand. Ils veulent aboutir à former un gouvernement central, avec Berlin pour capitale où avec une majorité communiste, les autres partis seraient néanmoins représentés comme en Hongrie. Les apparences démocratiques seraient sauvées et c’est alors que l’on verrait apparaitre Von Paulus et le 5° Reich. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Walter Lippmann.

« Pour se concilier cette nouvelle Allemagne et en faire une alliée, ou bien on lui rendra ses provinces de l’Est au détriment de la Pologne partagée pour la 5ème fois, ou bien, ce qui est beaucoup plus probable, on lui offrira l’Alsace-Lorraine et l’embouchure du Rhin ».

Si les tanks soviétiques pénètrent un jour dans Paris, soyez-en sûrs, il y aura des Allemands dedans.

 

                                                                           CRITON

Criton – 1947-09-27 – Idéologies

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-27 – La Vie Internationale.

 

Idéologies

 

Semaine de discours ; une avalanche ; Marshall avait débuté en exposant son projet de constituer à l’O.N.U. un comité intérimaire où le veto ne jouerait pas, où certains problèmes comme le problème grec pourraient être décidés à la simple majorité. Là-dessus, le procureur Vychinski a prononcé un réquisitoire claironnant où les Etats-Unis et l’Angleterre étaient attaqués avec toute la violence coutumière ; alors chaque pays feint de s’effrayer et donne son avis. Le plus habile fut celui de Bidault, car chacun l’a interprété selon ses préférences : les uns y voient une attitude de médiation entre les deux adversaires ; les autres, un ralliement de la politique française aux vues des Etats-Unis. Le but cherché est atteint : contenter tout le monde, sans se compromettre.

 

Les Raisons du Débat

A première vue, tant de paroles semblent vaines et les efforts de Marshall pour sauver l’O.N.U. assez malheureux, puisque c’est pour l’U.R.S.S. une occasion d’accentuer son intransigeance et un prétexte à se retirer. Il y a cependant des raisons profondes à l’attitude américaine qui ne sont pas, comme on l’en accuse, de vouloir truster l’O.N.U. à son profit pour en faire un instrument de sa puissance. Chacun sait que tôt ou tard, le plus grand conflit de l’histoire ne saurait se résoudre pacifiquement. Ce qu’on sait moins, c’est que dans cette lutte, la technique des armements ne jouera pas un rôle aussi décisif que dans les guerres précédentes. Bien que les guerres de 1914 et de 1939 aient comporté un aspect idéologique fort important, les idéaux en conflit étaient un facteur secondaire ;  les doctrines du manifeste des 93, comme celles de « Mein Kampf » sont mortes avec la défaite de leurs auteurs. Il n’en serait pas de même demain ; l’idéologie stalinienne a un caractère international. Les armes seules ne peuvent le détruire. Si elle n’était discréditée d’abord dans l’opinion de la grande majorité des esprits, la lutte une fois terminée sur le terrain militaire, reprendrait sous forme de guerre civile et la victoire du fort par les armes serait illusoire et sans fruit. C’est pourquoi, les Etats-Unis et l’Angleterre tiennent tant à l’O.N.U. et à cet égard les violences de Vychinski les servent. Il faut au jour de la lutte, entraîner les hommes contre ce qu’ils croiront être l’ennemi de leur civilisation.

 

Les Idéologies

Insistons, puisque nous en avons le loisir, sur l’antagonisme des idées. Une récente histoire soviétique de la philosophie, d’ailleurs condamnée en U.R.S.S. pour sa modération, représente la pensée de Karl Marx et de ses disciples Lénine et Staline comme la révolution capitale dans l’ordre des idées sociales, historiques autant que proprement philosophiques, quelque chose comme pour nous serait le cartésianisme et la révolution française réunis en une seule doctrine. Or, dans les ouvrages parus dans nos pays d’occident, c’est à peine s’il est fait mention de Karl Marx ; sa pensée comme philosophe est tenue pour négligeable. Pour nos économistes et nos sociologues, le marxisme fut, il y a trois quarts de siècle, une construction parmi d’autres comme la mode était aux grandes synthèses utopiques et prophétiques. Cette interprétation du mouvement historique s’appuyait sur des faits passagers qui la rendaient alors plausible. Elle a perdu de sa vraisemblance comme toutes les thèses avec l’évolution des données sur lesquelles elle s’appuyait. Elle n’est plus qu’un panneau réclame pour une agitation intéressée. D’un côté un évangile, de l’autre un fait divers de l’histoire des idées. De ce qui l’emportera demain dans l’esprit des hommes de l’une ou de l’autre appréciation dépend, autant que de la bombe atomique, le sort de la civilisation.

 

Le Problème des Crédits

Revenons au bifteck. Le problème qui se pose après la conclusion heureuse du rapport des seize nations approuvé par M. Clayton, est de savoir par quel artifice financier les Etats-Unis pourront faire parvenir à l’Europe des secours immédiats. En Amérique, l’opinion est divisée : faut-il réunir le Congrès en session extraordinaire pour lui faire voter les crédits et dans ce cas le seraient-ils à temps ? Vaut-il mieux que les esprits mûrissent et soient prêts à accepter un programme de crédits bien étudiés et dont l’efficacité sera certaine ? Comment faire d’ici là ? Il y a pas mal d’expédients possibles et qui seront de préférence utilisés : assouplissement des méthodes de prêts de grands organismes : banque de reconstruction, etc., raclement de fonds de tiroir, mobilisation de l’or récupéré sur les Allemands et autres, le tout suffira-t-il ? De plus, il faut que les principaux intéressés, l’Angleterre et la France, par des mesures spectaculaires, mettent de l’ordre dans leurs finances et prouvent leur aptitude à un relèvement par leurs  propres moyens. Réformes indispensables pour décider le Congrès américain en temps opportun à une générosité décisive.

 

Les Indes

On a beaucoup félicité et à juste titre, Lord Mountbatten, dernier vice-roi des Indes de l’habileté avec laquelle il avait mis les Hindous et les Musulmans de l’Inde face à face avec leur indépendance. Celle-ci a eu des débuts sanglants et les deux nouveaux gouvernements de l’Inde et du Pakistan ont éprouvé de façon concrète qu’ils n’étaient pas en mesure de se passer des Anglais. En sorte que si l’Angleterre est partie, les Anglais restent. Les deux nouveaux Etats demeureront des Dominions, et le premier gouverneur sera Lord Mountbatten lui-même. L’administration hindoue sera conseillée par les mêmes Anglais qui la régissaient auparavant, et la nouvelle armée indienne par les officiers qui la commandaient jusqu’ici. Les princes hindous, quoique libérés non sans regret d’une tutelle britannique qui avait assis leur fortune, jouiront d’assez d’autonomie pour maintenir, avec le concours des Anglais, leur situation prospère. Enfin, très habilement, les gros marchands britanniques en associant des hindous à leurs entreprises pensent conserver dans la péninsule leur prééminence commerciale. On ne peut qu’admirer comment en se retirant en apparence, les Anglais ont rétabli leur situation morale ; ennemis haïs hier, ils sont, pour le moment du moins, des collaborateurs précieux et sympathiques. Quel que soit l’avenir de cette idylle, les Anglais ont cédé à l’inévitable avec le maximum de chances ; l’exemple est à étudier et si possible à suivre.

En Indochine, en particulier, il semble que la solution Baodaï puisse être favorablement influencée par le succès des Britanniques.

 

                                                                                                CRITON