Criton – 1948-06-26 – Politique et Monnaie

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-26 – La Vie Internationale.

 

Politique et Monnaie

 

On regarde les relations Russo-Américaines comme le voyageur contemple la montagne un jour de brouillard. Un coin du voile se lève, un morceau du paysage semble se dessiner et puis de nouvelles brumes l’enveloppent. Il y aurait pourtant des indices d’éclaircie : la fixation de la Conférence du Danube ; l’abandon du rebelle grec Markos par ses Alliés ; les négociations entre Bulgares et Grecs à Washington ; les entretiens de Manowoky avec Lovett, sous-secrétaire américain. Par contre la réunion de Varsovie entre l’U.R.S.S. et ses satellites complète la rupture des négociations sur la monnaie allemande avec les Trois ……

 

La Réforme Monétaire en Allemagne

C’est enfin chose faite. Les Allemands ont un nouveau Mark. Le souvenir favorable du Rente mark de Schacht devrait l’aider à s’imposer. La confiance dans la monnaie est le principe de toute activité économique saine ; le délicat, c’est d’asseoir un signe monétaire dans un pays où il n’y a presque rien à vendre. Il faut ajuster le volume des moyens de payement à la quantité de marchandises disponibles et si possible tenir le consommateur un peu court. En même temps, il faut que les denrées consommables augmentent pour inciter le travail à rechercher les signes monétaires. Sinon une monnaie même assainie ne stimule pas l’effort comme cela est le cas en Roumanie et même en Russie depuis les lessives récentes. Heureusement les Etats-Unis avec les ressources Marshall peuvent, avec l’appoint de la nouvelle récolte, amorcer un circuit de production et d’échanges qui rendrait la monnaie nouvelle désirable. Le plan est bien conçu et arrive à l’heure, mais le trou constitué par la zone Russe et Berlin, en aspirant la monnaie saine, peut rendre précaire la réforme.

Les Russes avaient grand intérêt à se joindre aux alliés de l’Ouest. Mais c’était en définitive lever le rideau de fer et perdre le contrôle absolu de leur zone. Tout bien pesé et après hésitations, ils ont préféré s’abstenir. Ils vont à leur tour opérer une réforme monétaire spéciale en Allemagne orientale. Leur succès dépend de ce qu’ils pourront fournir de marchandises à un pays qu’ils ont en grande partie vidé et dont ils ont fait une colonie économique et financière. Il est probable que leur but sera plutôt de saboter la réforme occidentale que de lui opposer une concurrence victorieuse dont ils n’ont pas les moyens.

 

L’Union Européenne

L’Union européenne continue à animer les discussions ; l’idée de Reynaud d’un parlement européen élu par le suffrage des peuples, fait son chemin. Excellente idée, si ce parlement a des pouvoirs ; l’expérience des assemblées internationale montre malheureusement que les délégués y sont plus chauvins que les diplomates de carrière. On l’a vu à La Haye et plus récemment encore au Congrès socialiste de Vienne. Il vaut cependant la peine d’essayer. M. Courtin dans le « Monde » l’a dit avec raison, c’est la politique ici qui commande l’économique.

Si les lois économiques étaient comme le prétendent les Marxistes la raison déterminante des changements de structure politique, l’Union Européenne se ferait toute seule. Car chacun s’accorde à reconnaître que les conditions de la production et des échanges exigent impérieusement la constitution de vastes ensembles économiques dont les ressources s’équilibrent, et que de petits pays ne peuvent plus vivre par eux-mêmes. Il serait même fatal, selon l’orthodoxie du matérialisme historique, qu’avant peu il n’y ait plus qu’un système et qu’un monde.

Mais si  cette nécessité est évidente, les particularismes et les intérêts y résistent avec une force qui montre peut-être la malfaisance des hommes mais aussi la puissance des idées, qui ne sont pas toutes des préjugés. Il faudrait que chaque peuple commençât par un abandon de souveraineté au profit d’une autorité supérieure qui ne soit pas la volonté d’un plus fort. Or, parallèlement au besoin de concentration économique, une tendance antagoniste pousse les pays à un nationalisme de plus en plus étroit que l’extension de l’ingérence de l’Etat dans l’activité de chacun renforce une vaine aspiration à l’autarchie économique ; en sorte que les barrières se multiplient entre les états à mesure que se multiplient les raisons de les abattre.

Pour sortir de ce paradoxe, il faudrait frapper un grand coup qui tranchât le nœud gordien, et faire l’Union Européenne avant de chercher à en ajuster les moyens. Mais les peuples ont leurs raisons : ils sentent que l’Union ne se fera pas au profit de tous, mais de certains, au détriment des autres, et surtout qu’elle finira par être imposée par le plus fort à son seul bénéfice. L’exemple de l’U.R.S.S. et des républiques dites populaires est un exemple décisif de la façon dont on peut forcer l’histoire à donner raison à Karl Marx.

Tout cela vaut qu’on y pense.

 

La Débacle de Markos

Le journal suisse « Die Tat » publie une bien curieuse lettre du rebelle grec Markos où le bandit qui avouait avoir enlevé dix mille enfants grecs pour les déporter en Yougoslavie, se plaint d’avoir été trahi par Staline et abandonné par ses acolytes, Tito et Dimitrov. Tous ses S.O.S. sont restés sans réponse et, aujourd’hui traqué par les armées du gouvernement d’Athènes, il accuse avec humeur ceux qui l’ont lancé dans l’aventure.

A envoyer à Jean-Paul Sartre pour le drame qu’il écrira comme suite aux « Mains Sales ».

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-06-19 – Rêves et Réalités

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-19 – La Vie Internationale.

 

Rêves et Réalités

 

Bien que les indications soient toujours contradictoires, l’impression reste qu’un modus vivendi est recherché par les Américains comme par les Russes. Les Etats-Unis se rendent compte de leur faiblesse militaire actuelle, les Soviets de la nécessité de consolider dans les pays occupés une autorité encore précaire. Au surplus, la récolte de 48 ne sera pas excellente chez eux, et bien que celle de 47 fût exceptionnelle, une disette aigüe persiste en Ukraine.

 

A Berlin

Un jeu de chats : approches et coups de patte. Le trafic ferroviaire est interrompu puis rétabli ; les séances officielles de la Kommandantur sont suspendues, mais on cause dans les couloirs ; la position des trois est précaire à Berlin, mais ils ont décidé de s’y maintenir coûte que coûte, et leur prestige est engagé. Les Soviets n’ont pas coupé les ponts ; ils cherchent à monnayer leur forte position contre d’autres avantages ; ils craignent les effets de la réforme monétaire en Allemagne qui ne peut être différée maintenant et voudraient y participer au meilleur compte.

 

Les Accords de Londres

Voilà votées les « recommandations ». On va les appliquer, mais comme l’a dit Schumann, ce sont des mesures provisoires. En tous cas, on ne reviendra pas sur ces résolutions. Les Anglo-Saxons ont donné aux inquiétudes françaises des apaisements verbaux, et le Sénat américain, en autorisant le département d’Etat à s’associer dans le cadre de l’O.N.U. à des accords de défense régionaux, a préparé la voie à une garantie d’assistance militaire aux pays de l’Union Européenne, les Cinq et peut-être les Scandinaves et l’Italie.

 

Le Rêve du Général

Les critiques adressées au plan de Londres ont paru confuses et contradictoires, chacun dissimulant sa pensée véritable. Le général de Gaulle en veut à l’unité allemande et désire le retour à la pluralité de petits états d’avant Bismarck. Réunis dans le cadre de l’Union Européenne dont Paris serait la capitale, la France jouant le rôle d’Etat fédérateur sans lequel aucun bloc de nations souveraines ne pourra exister, et la Ruhr celui de réservoir commun à cet ensemble de peuples. Voilà le but. On comptait que l’Angleterre incapable, à cause de ses liens avec les Dominions, de s’incorporer dans une union douanière européenne, ne pourrait disputer à la France la place dirigeante. Plus tard, quand l’Europe centrale et les Balkans seraient libérés du joug soviétique, les petits états qui les composent se joindraient naturellement à la nouvelle Europe. On espérait que les Etats-Unis accepteraient de se décharger du fardeau européen, pourvu que le continent ne soit pas aux mains d’une puissance impérialiste et que sa structure économique et sociale laisse la porte ouverte à leur expansion commerciale. Mais l’Angleterre veillait ; et pour le moment, les Etats-Unis ne peuvent, devant la menace soviétique, abandonner la direction de l’Europe. Et la France de 1948 est trop divisée, et moralement et physiquement trop anémiée, pour que de grands rêves soient réalisables.

 

L’opposition Communiste

Quant aux communistes, il est amusant de relever la contradiction frappante entre leurs arguments et ceux des camarades allemands et soviétiques. Pour énerver les Français, on leur dit que les Anglo-Saxons veulent relever l’Allemagne avant la France, faire l’unité du Reich contre notre intérêt national, nous priver des réparations du charbon et de l’acier de la Ruhr. A Berlin, au contraire, on crie au démembrement de l’Allemagne dont la Russie seule veut refaire l’unité ; on asservit la nation vaincue aux puissances impérialistes et capitalistes, dont la France qui vole la Sarre.

On condamne le Reich à une occupation indéfinie et à un contrôle perpétuel qui ruine tout espoir d’indépendance nationale et de relèvement économique. La démagogie ne connait pas de contradictions, mais prenez garde, camarades, que les peuples sont moins crédules qu’on ne pense.

 

En Angleterre

La situation du Royaume-Uni s’assombrit chaque jour. La production de charbon a encore baissé et les exportations sont en danger ; douze mille dockers sont en grève, et la balance commerciale de Mai est en déficit de 62 millions de livres, un record. Le plan Marshall en couvre à peine la moitié. Il va falloir demain puiser dans les dernières réserves de la Banque d’Angleterre et après, ce sera la faillite et l’effondrement du bloc Sterling. Sir Stafford Cripps s’oppose désespérément à cette extrémité mais alors, ce seront de nouvelles restrictions alimentaires ou le chômage. Aussi, Dalton et son clan préfèrent ruiner l’Angleterre croyant qu’après cela, la socialisation s’imposera définitivement. En outre, le renouveau d’isolationnisme américain, qu’il ne faut pas prendre à la légère, laisse peu d’espoir pour un emprunt nouveau.

 

En Birmanie

Enfin, après les élections Sud-Africaines voici une nouvelle disgrâce ; la Birmanie passe au bolchévisme. La Malaisie, au sud, connait des révoltes sanglantes de même origine. 400 millions de capitaux britanniques sont menacés. En Birmanie, à qui le gouvernement travailliste a donné l’an passé l’indépendance sans conditions, le pouvoir était aux mains de Takin-Nu jusqu’ici adversaire implacable des communistes, qui avaient par quatre fois cherché à l’assassiner. Et ces jours-ci, volte-face complet et inattendu du Foreign-Office même, Takin-Nu se déclare communiste et demande une alliance avec Moscou. Par quels moyens, l’Angleterre réagira-t-elle ? La politique d’abandon une fois commencée mène une puissance coloniale de catastrophe en catastrophe plus coûteuse en définitive qu’une résistance même difficile. La France à ce titre a eu plus de courage que sa voisine britannique. Nous aurons mérité de sauver notre Empire.

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1948-06-12 – Intérêts et Passions

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-12 – La Vie Internationale.

 

Intérêts et Passions

 

Voici les passions politiques brouillant une fois de plus les affaires extérieures, tant en France qu’aux Etats-Unis. Ici, tempête contre les accords de Londres ; là, on fait au plan Marshall un croc en jambe, comme il commençait à marcher. Rien d’irréparable certainement, mais tout ce que le prestige des nations en cause y perd est mis à profit par l’ennemi.

 

L’Accord de Londres

Le texte est enfin paru, vague encore sur certains points. Américains et Anglais l’ont approuvé ; les Français polémiquent autour ; les Allemands protestent. Quant aux Russes, tout leur est bon pour exciter les passions. S’agit-il d’une organisation définitive de l’Allemagne ? N’est-ce pas plutôt un accord préalable sur certains points essentiels entre les trois Alliés de l’Ouest pour présenter un front commun, si l’on peut un jour forcer la Russie à signer un traité de paix avec l’Allemagne tout entière ? Les Etats-Unis ont voulu éviter une conférence à quatre, et mettre les Soviets devant le fait accompli. Si l’accord devait être appliqué tel quel, est-il donc désavantageux pour la France ?

On oublie d’abord qu’il n’y est pas question de la Sarre. Elle nous est acquise, malgré l’opposition des Russes et des Communistes Allemands. Secundo, l’occupation militaire de l’Allemagne durera tant que la Paix de l’Europe ne sera pas assurée, c’est-à-dire tant que les Russes ne seront pas rentrés chez eux et désarmés. Tertio, même après la fin de l’occupation, on maintiendra des troupes dans les régions-clefs et on continuera d’inspecter la production allemande. Si nous avions obtenu cela en 1919, notre sécurité n’aurait-elle pas été assurée ? L’actuelle polémique porte sur un point : nous ne contrôlerons pas le volume de la production de la Ruhr mais seulement la répartition des produits. Il y a certainement des intéressés qui n’admettent pas un relèvement de l’industrie sidérurgique allemande. Mais les Etats-Unis qui font les frais de l’occupation, tiennent à ce que l’Allemagne se relève assez pour subvenir à ses besoins. Et ce serait d’un intérêt mal compris, que de laisser devant notre porte pourrir le cadavre allemand. Déjà, à la faveur de la misère, un dangereux nationalisme renaît ; le communisme même reprend des forces aux récentes élections en Bavière et à Nuremberg. Les accords de Londres doivent permettre de servir la communauté européenne.

 

A Washington

On vient de rogner les crédits du plan Marshall. Cela nous rappelle les beaux jours du sénateur Borah. Il s’appelle aujourd’hui Taber. C’est lui qui a persuadé la Chambre des Représentants de ce mauvais coup. Un phénomène type de la faune politique américaine ; obtus, isolationniste, impénitent, il était venu en Europe où il n’avait rencontré aucune misère mais seulement des aiglefins cherchant à pomper les dollars de l’Oncle Sam pour s’amuser sans rien faire. Les crédits seront rétablis par le Sénat, mais la politique des U.S.A., déjà passablement incohérente, n’y gagnera pas en prestige. Il faut dire toutefois que l’opinion aux Etats-Unis a été choquée de ce que l’Europe, aussitôt voté le plan Marshall, est retournée à ses combinaisons égoïstes. Les Anglais ont escamoté l’Union Européenne, les Français, l’Etat-major combiné pour ne pas soumettre leur armée au commandement anglais ; l’union douanière des Seize et même la coopération économique pure et simple s’est estompée. La réduction de crédits proposée par les représentants est donc un avertissement. S’il était suivi d’effet, la reconstruction de l’Europe serait remise en cause au seul profit des Soviets.

 

Markos demande la Paix

On a été surpris quand le chef des insurgés grecs, Markos a fait au gouvernement d’Athènes des ouvertures de paix. Il n’a pu agir que sur ordre de Moscou. Le Kominform renonce à sa « guerre d’Espagne ». Markos, depuis quelques temps, n’était plus soutenu et sa défaite parait proche. Les Russes ont-ils cédé à une pression américaine secrète et puissante à laquelle les récents développements de l’arme atomique et d’autres engins ne seraient pas, dit-on, étrangers ? Ont-ils voulu, en abandonnant ce champ de lutte particulièrement irritant, agir sur l’opinion américaine, aider Wallace et retarder le vote de la conscription aux Etats-Unis ? Cherchent-ils tout simplement en rétablissant la paix, à obliger les troupes anglaises et les conseillers américains à quitter le pays, quitte à faire renaître la lutte plus tard quand ils seraient partis. C’est plutôt ainsi qu’on interprète à Londres le geste de Markos, et l’on n’est pas pressé de lâcher cette position stratégique de première importance.

L’impression de détente persiste néanmoins. En Finlande le remaniement ministériel a satisfait Staline. Des pourparlers sur la réforme monétaire allemande paraissent possibles. Attendons des faits plus précis.

 

Palestine

Le Comte Bernadotte, médiateur de l’O.N.U., a réussi à faire exécuter la trêve. Il est vrai que les belligérants étaient à court de munitions. On craignait que les Egyptiens ne fassent tout échouer. Mais il semble qu’ils n’ont agi que pour leur compte et en réalité contre Abdullah et les intérêts anglais. Ils ont occupé le désert qui s’étend entre Suez et la Mer Morte, d’où les Anglais comptaient surveiller le Canal. On n’a encore aucune idée de ce que sera le règlement final. L’intervention égyptienne l’aura encore compliqué. Il n’en avait pas besoin.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-06-05 – Ambigüités

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-05 – La Vie Internationale.

 

Ambiguïtés

 

Rarement les questions essentielles ont-elles été aussi obscures qu’aujourd’hui : on annonce un accord franco-anglo-américain sur l’Allemagne. On croit à des négociations prochaines entre les Etats-Unis et la Russie, on dit la trêve en Palestine acceptée et conclue, et tout cela en même temps est contredit. Voyons un peu.

 

Conférence de Londres

Officiellement on a trouvé à Londres un compromis sur le contrôle de la Ruhr, sur l’avenir politique de l’Allemagne, mais ce ne sont que des recommandations ; les ministres auront à faire connaître leurs décisions et les Parlements à leur tour à les voter. C’est dire que les Allemands peuvent attendre. Tout cela semble calculé. Aucune des puissances n’est pressée de faire un geste décisif. Si un gouvernement allemand est établi à Francfort, les Russes en nommeront un à Berlin, et cependant les Russes eux-mêmes prétendent maintenir l’unité allemande, contre les Américains qui la veulent détruire ….

 

Négociations ?

Le discours du Maréchal Sokolovski à Berlin, le retour de Bedell Smith à Moscou, des murmures, des colloques, des allées et venues font croire à une reprise du dialogue entre Soviets et Etats-Unis. Cependant, les chancelleries sont alertées par des rapports circonstanciés sur les préparatifs Russes et Yougoslaves sur le plan militaire d’invasion de l’Europe prévu pour Septembre. Les documents sont-ils fabriqués par les Soviets eux-mêmes pour entretenir un état de découragement et peser sur la reprise économique ? Soyons optimiste et croyons l’ex-secrétaire d’état Byrne: la Russie cherche un accord, dit-il.

 

Les Elections Sud-Africaines

Une cruelle nouvelle est venue frapper l’Empire Britannique. Le vieux leader d’Afrique du Sud, le général Smuts a été battu aux élections par les nationalistes anti-anglais, et pro-nazi pendant la guerre. Smuts était avec Churchill le plus éminent représentant de l’empire. Ingratitude des électeurs ? Dans le cas des Sud-Africains, elle s’explique. Ce sont deux millions de blancs en face de neuf millions de nègres, de 300.000 métis et d’autant d’Hindous. Cette minorité craint d’être submergée, le jour où, au nom de l’égalité des races, l’indigène votera. L’avènement du Socialisme, la dépression économique en Grande-Bretagne n’ont pas peu contribué au refroidissement des Afrikanders encore pleins de cruels souvenirs de la guerre de 1900. Le voyage des Souverains Anglais en 1946 n’a pas suffi à raffermir les liens du Dominion avec la Couronne. Cependant, d’après les déclarations du Dr Malan, leader nationaliste, après sa victoire, il n’est pas question de rupture avec les Anglais. Mais l’avertissement est grave ; l’empire britannique ne peut être sauvé que par une union nationale dont Churchill a montré hier l’évidente nécessité.

 

Palestine

Y verra-t-on jamais clair ? L’opposition entre les Etats-Unis et l’Angleterre sur la question est beaucoup moins nette qu’elle ne semblait. Comme toujours, les intérêts anglo-saxons sont par quelque côté solidaires, en Moyen-Orient plus qu’ailleurs. Stratégie, pétrole certes, mais aussi une même façon de sentir dans les conflits moraux et religieux. Nouveau volte-face – le quatrième- du président Truman. Après avoir, en toute hâte, reconnu l’Etat Juif et promis en personne au Docteur Weismann, représentant d’Israël, un prêt américain, voici qu’il enveloppe ses intentions de conditions problématiques. On n’est plus sûr qu’Israël sera. Bevin a dû convaincre les Américains d’aller doucement, il a fait adopter une proposition de trêve de quatre semaines pendant lesquelles on pourra discuter, voir et attendre. Les Arabes et les Juifs, également incertains de l’issue militaire, ont accepté. Cependant les combats continuent. On a accusé les Américains de double jeu : ils ont pris le parti d’Israël pour conserver la faveur et les voix des Sionistes et tendre un piège aux Russes en les incitant à se prononcer pour les Juifs. Voilà Moscou protecteur affirmé d’Israël. Excellent prétexte pour revenir aux côtés des Arabes qu’il est pour des raisons économiques et stratégiques, bien plus important de ménager. La suite au prochain numéro.

 

Les Congrès de Scarborough

Les Travaillistes se sont réunis en Congrès à Scarborough. Un malaise planait. Le fait est là : tandis que l’Europe continentale se relève rapidement, l’Angleterre piétine dans ses difficultés. Le déficit de la balance commerciale subsiste ; la production s’accroît peu ; les restrictions risquent de s’aggraver encore. La confiance dans les méthodes travaillistes faiblit. Avec bonne foi, les orateurs ont dit la cause : Le producteur ouvrier anglais a conservé l’esprit du messianisme socialiste : établir la juste répartition des richesses. Maintenant, il faut qu’il prenne conscience de sa responsabilité devant la collectivité. Son travail doit assurer le bien-être général. Or dans les entreprises nationalisées, les mines de charbon en particulier, l’incompétence des nouveaux dirigeants, la Bureaucratie, la mentalité revendicative des ouvriers ont paralysé la production. Or, le charbon est le problème majeur de l’Angleterre, le seul au fond ; si elle apportait assez de charbon, son ravitaillement serait assuré et ses comptes en équilibre.

Du succès ou de l’échec du travaillisme dépend l’avenir politique de l’Europe. Or, en France, en Italie, dans les pays du Benelux, où règne une politique plus souple, les progrès économiques sont évidents. Affirmons dans cette période de doute et de confusion que la France en particulier est considérée par tous les experts en très bonne voie.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-05-29 – Discordes Autour d’Israël

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Le Courrier d’Aix – 1948-05-29 – La Vie Internationale.

 

Discordes Autour d’Israël

 

Walter Lippmann juge d’un mot juste les récents échanges diplomatiques Russo-Américains : « Pure propagande d’un côté, inexpérience politique de l’autre ». Il est sévère pour l’administration Truman ; faute d’une garantie d’assistance militaire à l’Europe Occidentale, les forces nationalistes ressuscitent ; le pacte de Bruxelles se relâche et restera lettre morte ; la politique envers l’Allemagne divise entre elles les Nations intéressées à son sort, au lieu de hâter l’intégration du pays vaincu dans l’Unité Européenne. Tout cela est exact.

 

Le Conflit Moral

La tension Russo-Américaine n’a fait que s’accentuer. La possibilité d’un accord avait soulevé inconsidérément l’enthousiasme des peuples inquiets. Cette alternance d’espoir et de dépression sert la politique Russe qui entretient sa force par l’agitation, l’alerte et la menace. Elle perdrait toute efficacité dans la conciliation. Mais il y a une raison plus profonde qui rend impossible toute entente. Le monde atlantique représente une civilisation sans mesure commune avec le monde oriental, et les diplomates de ce fait ne parlent pas la même langue.

Entre les grandes nations : France, Angleterre, Etats-Unis, les divergences d’intérêt se traitent comme des affaires ; l’idée d’un recours aux armes est exclu depuis la fin des conquêtes coloniales. Une guerre entre ces nations est inconcevable. En Russie, au contraire, la violence est le moyen normal des hommes d’état. Il suffit de rappeler par quels crimes s’est affermi le pouvoir stalinien : Lénine, Trotski, Toukhatchevski, Zinoviev, Kamenev et tant d’autres, tout comme au temps d’Ivan le Terrible ; la similitude des progrès scientifiques et techniques, une pseudo-idéologie populaire marquent le contraste entre les valeurs morales analogues au conflit qui opposa l’Empire Romain aux barbares du V° Siècle.

 

En Finlande

L’affaire Finlandaise rebondit. Pour avoir livré des réfugiés baltes aux Soviets, le ministre communiste Leino, désavoué par le Parlement, est contraint de démissionner. Là-dessus les grèves éclatent, les Comités d’action se mettent à l’œuvre. Tout se passe exactement comme à Prague en février. Staline alors avait été obligé d’en user plus prudemment avec les Finlandais ; sans doute, ce nouvel incident ne sera-t-il qu’une seconde étape, après la signature difficile du traité de Mars. L’issue n’est pas douteuse. Les jours de la carrière de Paasikivi sont comptés comme ceux de Benes.

 

Trieste

Et voici que l’affaire de Trieste mise en sommeil après l’attribution de la ville à l’Italie par les Franco-Anglo-Américains, se réveille à son tour. Il est encore trop tôt pour savoir de quelle nature sera l’action Russe. Les Soviets ont l’avantage de pouvoir se servir là de Tito et de le désavouer s’il échoue. Les préparatifs militaires se multiplient. On est assez inquiet à Rome ; les Etats-Unis vont essayer de prendre les devants comme à Trieste même et en Palestine pour éviter le choc contre l’Eglise. Dans les pays conquis par l’U.R.S.S., l’Eglise Catholique est le principal ennemi intérieur. Une vague violente de persécutions, d’exécutions de prêtres et de tortures s’étend en Albanie. En Yougoslavie on se contente de destituer les ecclésiastiques et de fermer les églises sous prétexte de complot. En Pologne et en Hongrie, ce sont les écoles et toutes les activités étrangères au culte qui sont peu à peu annihilées. En Tchécoslovaquie enfin, on se sert d’armes juridiques diverses pour étouffer l’influence du clergé. L’habileté du bolchévisme est d’adapter les moyens de pression au niveau de civilisation et au degré de résistance de chaque pays en cause. Mais la lutte contre l’Eglise est menée avec une violence qui rappelle les mœurs du XVI° Siècle.

 

La Palestine

Le conflit de Terre Sainte est devenu une querelle anglo-américaine. Les Etats-Unis ayant pris position pour l’état d’Israël, le Foreign Office soutenant la souveraineté arabe. L’opinion britannique a contribué aux difficultés de la diplomatie : Le « Manchester Gardian » accuse le gouvernement travailliste d’avoir fait d’Abdullah son instrument en Proche-Orient, de lui fournir des armes et des subsides – chose trop évidente pour être niée. Le malheureux Bevin qui collectionne les échecs, voit son plan près d’échouer. L’Etat d’Israël sera. L’U.R.S.S. saisissant l’occasion d’intervenir a déjà échangé des congratulations avec le président Ben Gurion et annonce l’envoi d’une mission diplomatique. La France ayant trop de liens avec le monde arabe et malgré des pressions maladroites, a sagement réservé sa décision. A l’heure où nous écrivons, les combats continuent. La trêve acceptée par les Juifs, est discutée par les Arabes. Ce qui rend difficile un accord, c’est que l’Egypte est entrée en lice et a engagé son prestige politique et militaire au service de la cause arabe. Chacun voudrait se réjouir de voir le peuple Juif prendre possession de son foyer national. Il est à craindre malheureusement que ce jeune état, loin d’être un centre de culture et de paix, ne devienne le nid de toutes sortes d’intrigues internationales. Il est regrettable en particulier que les nouveaux ministres d’Israël soient presque tous originaires d’Europe Centrale ou Orientale ; le Sionisme français, anglais, américain n’y a point part. De plus, si un accord est finalement imposé aux Arabes, il suffira d’une occasion malheureuse pour que la Terre Sainte soit à nouveau à feu et à sang.                                              

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-05-22 – Beaucoup de Bruit pour Rien

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Le courrier d’Aix – 1948-05-22 – La Vie Internationale.

 

Beaucoup de Bruit pour Rien

 

Notre dernière chronique s’arrêtait avant le grand éclat : la publication par Molotov de l’offre de négociations faite par Bedell Smith, ambassadeur américain, et la réponse russe. Grand espoir, puis grande déception, que de bêtises n’a-t-on pas écrites ? « Le plus grand événement diplomatique depuis la fin de la guerre ». De sang-froid, on dut s’apercevoir qu’il ne s’agissait que de manœuvres politiques. Il n’y avait rien de changé ; il n’y aura jamais d’accord tant que les trois quarts de l’Europe demeureront aux mains des Russes et ceux-là ne l’abandonneront pas de plein gré. Les risques de guerre demeurent.

 

L’offre Marshall

Voici l’histoire : Marshall, à l’insu de ses alliés Français et Anglais, offrait aux Russes une conversation diplomatique régulière sur les points de litige. Les méthodes publiques de conférence ayant échoué, un échange de notes précises et secrètes où l’on ne parlerait pas pour la galerie avait peut-être une chance. Washington énumérait ses griefs, Moscou en fit autant et donna sans aucun égard, une publicité complète aux deux notes. Bevin se montra surpris et froissé. Les Américains s’irritèrent de l’incorrection. Pourquoi cette démarche de Marshall ? De retour de la Conférence de Bogota, celui-ci fut effrayé des progrès de la psychose de guerre, de la nervosité des militaires, des préparatifs menaçants des Russes. Ambiance 1939. Il fallait donc que la diplomatie américaine se couvrit devant l’opinion. Si la guerre éclatait, il fallait prouver qu’on avait tout fait pour l’éviter. De plus, quoi qu’en dise Marshall, l’élection présidentielle qui, en fait se décidera le mois prochain, joue un rôle considérable. Truman espère encore garder le pouvoir et son administration se cramponne. Devant la menace des événements, les Etats-Unis devaient se ménager une bonne conscience, si peu de confiance qu’ils aient dans le succès de leur démarche.

 

La Manœuvre Russe

Les Russes ont aussitôt retourné la manœuvre contre Marshall. En rendant publique l’offre confidentielle de négociations à deux, ils affaiblissaient la position américaine auprès des Anglais en donnant à ceux-ci l’impression que les Etats-Unis étaient prêts à partager le monde en deux sphères d’influence. La mauvaise humeur de Bevin montre que le coup a porté. Il en faut peu au sein du parti travailliste pour ranimer les prétentions américaines, et s’exciter sur un rapprochement anglo-soviétique. Bonne opération aussi pour les Russes en vue de la propagande intérieure : montrer au peuple les intentions pacifiques de l’U.R.S.S., montrer aussi qu’on cherche à faire la paix avec elle, parce qu’elle est assez forte pour l’imposer. Enfin, on accentuait le désarroi dans l’opinion américaine et renforçait la position du candidat du 3ème parti aux élections : Henri Wallace.

 

La Lettre de Staline

C’est celui-ci qui offrit à Staline l’occasion de compléter l’action de Molotov. Wallace exposait dans une lettre ouverte au maître du Kremlin, avec d’assez dures vérités que celui-ci semble avoir très bien prises, des principes de paix russo-américains dont la naïveté, si elle est calculée, nous effraie. « La paix entre nous est possible à ces conditions, si Wallace est élu président, car l’actuel gouvernement des E.U. poursuit une politique agressive, répond Staline en substance. Tous les pacifistes américains devront donc voter pour Wallace. Echec à Truman.

Que conclure de tout cela ? Peut-être rien ; phases d’une lutte dont l’issue peut être proche ou lointaine. Cependant à l’écoute de Radio-Moscou et de son commentateur Leontiev, on sent que les Russes s’intéressent à l’action diplomatique ; ils relèvent, depuis le coup de Prague, tous les bruits de négociations ou de missions éventuelles. Ils veulent forcer les Etats-Unis à faire un pas vers eux ou les mettre dans leur tort. Ils savent qu’ils ne peuvent avancer sans guerre au-delà des limites atteintes, et peut-être seraient-ils satisfaits que les alliés de l’ouest consentent à reconnaître leurs conquêtes. En somme, un nouveau Munich ne serait pas pour leur déplaire.

Par ailleurs, on a à Washington beaucoup critiqué Marshall ; « stupide diplomatie » écrit-on. Pour peu qu’ils s’enferrent, les Américains, au jour du conflit, feront figure d’agresseur.

 

Préparatifs

Signalons encore la demande d’armes aux Etats-Unis du Danemark et de la Norvège ; les déclarations inquiétantes de Montgomery auxquelles le général Juin a fait écho, et surtout la proposition formelle d’alliance militaire entre les Etats-Unis et l’Union Européenne occidentale formulée par la Commission du Sénat américain. Ces alarmes dérivent-elles de renseignements qui nous échappent ou veut-on raidir l’opinion et intimider la Russie en lui faisant croire que l’on est prêt aux pires éventualités ? C’est ce que nous sommes incapables de décider.

 

Palestine

Il faut bien en parler ; la diplomatie Marshall n’a pas craint le ridicule, en reconnaissant dans les douze heures, le nouvel état juif, proclamé le 15 mai, pour devancer la Russie, dit-on, qui vient effectivement d’en faire autant, pour rattraper les voix juives qui échappaient à Truman. Les combats en Palestine se sont multipliés ; on conserve néanmoins l’impression qu’on négocie et le plan d’Abdullah et des Anglais finira probablement par se faire jour. Il n’en reste pas moins que la force s’exerce, et que c’est la force qui décidera de l’accord final, parce que chaque parti, en s’emparant de gages politiques et stratégiques fera pression sur l’autre. C’est ce qu’il fallait éviter : la Force, toujours la force. N’y a-t-il en 1948 encore que des solutions militaires ? Et croit-on, après tant de déceptions que ce sont des solutions ?

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-05-15 – Hésitations

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Le Courrier d’Aix – 1948-05-15 – La Vie Internationale.

 

Hésitations

 

« La meilleure chose à faire est de ne rien faire » semble être le mot d’ordre des diplomates ces temps-ci ; que ce soient les Juifs ou les Arabes, les Russes à Berlin, les Américains à Francfort, les Anglais à Londres et à La Haye ou les Nations Unies devant leur propre destin, chacun semble conclure qu’il vaut mieux laisser la situation évoluer d’elle-même, que depuis qu’on s’abstient, les choses semblent avoir un peu meilleure façon… Prudente conduite qui dans d’autres domaines, sinon tous, gagnerait à être appliquée souvent.

La revue de la semaine sera donc négative.

 

Marshall et les Seize

La première chose à ne pas faire, a dit Marshall en substance aux seize sénateurs qui voulaient réformer l’O.N.U. et la guérir de sa paralysie, c’est de la tuer ; en abolissant le Veto, on chasserait la Russie et ses satellites de l’Assemblée. Il en resterait que des Nations désunies, car beaucoup hésiteraient à s’associer à un organisme qui ne serait plus universel. Même impuissante, l’O.N.U. reste une possibilité. Par sa présence, elle maintient une précieuse fiction. La division du monde en deux blocs hostiles n’apparaît pas irrévocable. Il vaut mieux que les Russes paralysent l’O.N.U. que de s’en retirer. Comment fonderait-on une troisième Ligue, après la mort des deux premières ?

 

En Allemagne

L’hésitation, de part et d’autre, à faire sauter les ponts, se prolonge. Les Russes ne rencontrent pas grand succès en Allemagne Occidentale. Les agents communistes et ceux de « Freies Deutschland » ne réussissent pas à organiser un plébiscite en faveur de l’Unité Allemande ; les désertions de soldats Russes qui se multiplient ne servent pas la propagande et à l’intérieur de la zone, un gouvernement central aurait besoin d’un minimum de soutien populaire qui manque. Mais le fond de l’affaire n’est pas là. La Russie craint une rupture commerciale entre l’Est et l’Ouest. Comment les satellites et surtout la Tchécoslovaquie récemment annexée où la résistance est si vive en profondeur, pourrait-elle exister si les matières premières et les débouchés commerciaux lui manquaient brusquement à l’Ouest. Les Américains ont été très habiles en admettant, en préconisant même, le maintien des échanges qu’ils auraient pu interdire. Ils enlèvent un gros argument à leurs adversaires qui crient à l’impérialisme économique ; ils allègent la tâche réservée au plan Marshall et empêchent les Soviets de sauter le pas.

Ce qui contribue en outre à retarder à l’Ouest, les décisions finales, c’est l’opposition irréductible de la France à tout ce qui pourrait dans l’avenir, surtout éloigné, rendre caduc le contrôle de la Ruhr. De nouvelles divergences avec les Américains ont fait ajourner les pourparlers.

 

Le Discours Bevin

  1. Bevin réussit à décevoir alternativement ses amis et ses adversaires. Son dernier discours montre bien que l’Angleterre non plus n’a pas sauté le pas. Pour que la Grande-Bretagne associe son destin à l’Europe, il faudrait que les Dominions en fassent autant. Ce qui revient à dire qu’il faudrait que Le Cap soit dans la Manche. M, Eden, en l’absence de son chef Churchill, est en opposition au fond avec les discours et l’action de celui-ci à La Haye, approuve le travailliste Bevin, si bien que le projet d’Union Européenne reçoit plus d’hommage que d’appui pratique.

 

A La Haye

Au Congrès de La Haye se réunissaient des gens de pays et d’opinions divers qui se croyaient d’accord pour fonder la nouvelle Europe. Comme toujours, on vit s’affronter les doctrinaires qui voulaient proclamer le royaume d’Utopie et lui donner un chef, et les politiques qui, conscients à l’extrême des difficultés de réalisation, voulaient s’en tenir à nommer des Comités. Entre les deux, M. Paul Reynaud aurait voulu qu’on fît quelque chose de concret : Constituer un Parlement virtuel de la nouvelle Europe, en faisant élire des délégués dans chaque pays. Il fut battu. Si bien qu’on n’a rien fait à La Haye, sinon de s’y disputer ; cette foire n’est pas un succès, indigne même des personnalités présentes. On sait trop que les factions politiques veulent s’emparer de l’organisation future comme d’un moyen de domination. Contre la prétention du Socialisme à faire de l’Europe Occidentale son terrain d’expérience et son troisième monde, toutes les bonnes volontés qui sont légion viendront se briser et c’est la paix en définitive qui y perdra ses chances.

 

La Palestine

Nous parlons de la Palestine sans plaisir. D’abord parce que c’est une vilaine histoire qui est une honte pour tous, pour les Juifs qui y ont gâché leur cause, pour les Arabes qui en ont fait une combinaison politique, pour les Anglais et les Américains qui y ont donné le spectacle de l’incohérence, de la palinodie, de la faiblesse morale. Pour l’heure, nous serions en peine d’y voir clair. On peut se demander même si les acteurs savent quel rôle ils jouent. Mais l’impression demeure, là aussi, que les trois partis – l’Anglais formant le 3ème – hésitent devant toute démarche irréparable. Que n’ont-ils confié au temps et à la nature des choses le soin d’arranger une situation que le Juif et l’Arabe de la rue n’auraient jamais rendu tragique.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-05-08 – La Pause

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Le Courrier d’Aix – 1948-05-08 – La Vie Internationale.

 

La Pause

 

Deux semaines de silence. Les Soviets n’ont guère fait parler d’eux. On s’accorde cependant à ne pas croire à la trêve. Dans sa dernière lettre encyclique, le Pape, en demandant d’instantes prières pour la paix, semble bien la croire menacée. A notre avis, il est impossible de prévoir ce que feront les maîtres du Kremlin ; évidemment depuis la fin de l’automne, le temps ne travaille pas pour eux ; le rapide redressement économique de l’Europe, l’esquisse d’une union occidentale, le recul considérable du communisme, le succès du plan Marshall et d’autre part les très médiocres progrès de la reconstruction en U.R.S.S., tout cela pèse beaucoup plus lourd dans la balance que le coup de Prague. Voici comment on pose aujourd’hui la question : les Russes attendront-ils le coup de grâce que les Américains seront prêts à leur asséner en 1952 ou essayeront-ils de vaincre avant, faute de croire aux possibilités d’une entente pacifique.

 

La Situation aux U.S.A.

La confusion qui règne dans la politique aux U.S.A. s’est encore aggravée depuis notre dernière chronique. L’élection présidentielle se joue entre gens de peu d’autorité. Le favori, Strassen voit se coaliser contre lui des intérêts considérables ; on ne sait trop pourquoi le pauvre Truman est discrédité ; on n’est pas tendre aux U.S.A. pour les hommes qui déclinent. Si bien que des questions d’importance primordiale ne peuvent être réglées, comme le prêt-bail militaire et l’envoi d’armes aux pays d’Europe et les différentes modalités du projet de conscription. A cette absence d’autorité présidentielle s’ajoute comme toujours les difficultés inhérentes à la lourde machinerie administrative, à la procédure lente et compliquée du Congrès américain ; le système des sessions très espacées retardera sans doute le prêt-bail jusqu’en janvier. Vice inhérent aux démocraties qui a bien failli causer leur perte.

 

Accord Militaire et Tentatives de Pool Monétaire

Bien que les résultats concrets ne soient pas encore bien spectaculaires, on ne peut qu’admirer les efforts faits par la France, l’Angleterre et les pays du Benelux pour coordonner leur politique. L’accord militaire, la constitution d’un Etat-major collectif, la répartition des effectifs, la standardisation des armements, tout cela est réglé en principe ; plus difficile à se décider était la création d’une monnaie de compte échangeable entre les 5 pays et qui compliquait la mise en commun d’une partie des avoirs en dollars à provenir du plan Marshall pour compenser le déséquilibre des échanges entre les participants. Il ne semble pas que la Belgique, pays créditeur, ait accepté d’emblée de renoncer à cet avantage au profit des Franco-Anglais. Elle connait aussi la « famine de dollars » et ne veut pas qu’une partie de ceux que les Etats-Unis lui accordent se change en un « dollar européen » qui cesserait d’être convertible en dollar véritablement international. Il y a néanmoins une bonne volonté si évidente que l’on trouvera bien un compromis ; la Finance n’est-elle pas l’art des formules magiques ?

 

L’Allemagne et les « Trois »

Que ce soit du côté Russe ou du côté des Trois, le problème allemand n’évolue guère, on attend toujours des événements comme la fusion des trois zones ou un gouvernement populaire en zone russe, qui n’arrivent jamais. Visiblement, aucun des deux camps n’ose le premier prendre des décisions irrévocables ; les Russes parce qu’ils se rendent compte qu’ils ont 95% des Allemands contre eux en zone alliée, et sans doute 99 dans la leur. Dans ces conditions, toute représentation populaire serait trop manifestement vide de sens. Du côté allié, il y a quelque chose d’analogue ; la gêne qu’éprouve l’occupant à forcer l’occupé à décider de son propre sort en fonction d’un état d’occupation dont on ne voit pas la fin. Tout ce qu’on pourra faire demeurera provisoire et artificiel ; la situation n’est pas très différente de celle des Allemands en France, sous Pétain. Et en Allemagne actuelle, il n’y a même pas de Pétain. Côté diplomatique, ajoutons que l’accord entre la France et les Etats-Unis et sur d’autres points avec l’Angleterre, n’est pas encore complet. La France trouve que les concessions qu’elle a déjà faites sur la question de l’avenir de l’Allemagne ne sont pas assez payées et que sa sécurité dans un avenir lointain mais prévisible n’est plus assurée. Le danger allemand n’existe plus mais pour des raisons géographiques et démographiques permanentes, il peut renaître un jour.

 

Le Déclin du Socialisme

En marge des événements quotidiens, un phénomène politique significatif : la crise du Socialisme ; ce n’est ni la première ni la dernière. Le parti socialiste a sa physionomie et son tempérament comme les peuples et comme les personnes. Son caractère est la discussion perpétuelle et la capitulation régulière devant les forces qui montent et triomphent. Fractions de gauche, de droite et du centre ont toujours tiraillé les partis, que ce soit à Londres, à Paris, à Rome ou ailleurs. En ce moment à Londres, les trois branches se détachent ; les « Cryptocommunistes » qui ont envoyé le télégramme à Nenni, les droitiers qui vont accompagner Churchill au Congrès paneuropéen de la Haye ; même crise en Italie à la suite des élections, et latente en France. Ce qui est nouveau c’est que le Socialisme lui-même perd de son crédit. Il n’apparait plus comme un parti d’avenir. On lui reproche même dans les masses d’engendrer la bureaucratie et la sclérose économique, de promettre aux électeurs une sécurité sociale illusoire et d’abaisser en définitive le niveau de vie qu’il prétend élever.

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1948-05-01- La Politique et les Fantômes

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Le Courrier d’Aix – 1948-05-01 – La Vie Internationale.

 

La Politique et les Fantômes

 

Après les élections d’Italie, on pensait pouvoir reprendre confiance ; l’équilibre des forces, à défaut de bonne volonté, pouvait maintenir la paix. Des esprits sérieux parlaient même d’une nouvelle orientation de la politique soviétique, de l’envoi d’une mission américaine à Moscou. Et puis sont venues les déclarations Forrestal-Bradley, des bruits de concentration de troupes russes en Hongrie, de mystérieux parachutages en France et en Italie ; la psychose de guerre a repris ses accès. La lutte en Palestine complète le tableau. La situation demeure sérieuse ; elle ne cessera jamais de l’être. Mais le péril est-il si proche ?

 

Les Déclarations Américaines

Forrestal, secrétaire à la défense et Bradley, chef d’état-major, ont déclaré en substance qu’il fallait de toute nécessité et urgence modifier le système militaire américain, conçu pour faire face à des périls lointains, alors que la guerre pouvait éclater bientôt. En effet, si « conscription sélective », service obligatoire, répartition des crédits entre l’aviation et les autres forces, rien de tout cela n’a été voté, les projets sont encore controversés ; l’opinion américaine très inquiète de la situation, certes, voudrait cependant que la défense soit confiée exclusivement aux armes scientifiques et aux spécialistes qui s’en servent. Elle répugne à la conscription. Il y a là pour les militaires une partie difficile à jouer ; d’abord s’entendre entre eux, ce qui est déjà presque un miracle ; ensuite convaincre le pays qu’ils ont raison, que les crédits demandés sont indispensables et leur méthode la bonne ; puis emporter le vote du Congrès ; On comprend qu’ils se servent de tous les moyens de persuasion dont ils disposent et même d’épouvantails.

 

La Garantie à l’Europe

On n’est pas plus avancé en fait sur la garantie à l’Europe. Le président Truman dont le prestige va déclinant, s’est presque engagé. Les pays en cause, les  Quatre, d’autres peut-être, comme les scandinaves et l’Italie, veulent des garanties en bonne forme. Ils veulent être défendus sur place, c’est-à-dire sur le Rhin ou l’Elbe ou à Trieste, et non abandonnés après un simulacre de combat aux rigueurs de l’invasion. Ils veulent aussi de la poudre et des balles, c’est-à-dire un prêt-bail militaire pour le temps de paix. Tout cela, les Etats-Unis semblent prêts à l’accorder, mais encore faudrait-il que leur appui représente une force immédiatement disponible, ce qui n’est pas encore le cas.

 

Et les Autres

Nous persistons à ne pas croire que les Soviets se proposent d’attaquer. Ce qui était possible l’année passée quand rien, rigoureusement ne pouvait arrêter un soldat rouge, ne l’est plus tout à fait, (les cinquièmes colonnes ont perdu de leur pouvoir). Les Russes ont, d’autre part complètement démonté le réseau des chemins de fer allemands, réduits à quelques lignes à une seule voie ; le réseau polonais ne vaut guère mieux. Quant au routes, elles n’ont pas été remises en état dans l’ensemble, pas même en Russie. La situation intérieure en U.R.S.S. ne s’améliore pas ; le même malaise, chose curieuse, s’étend à toute l’Europe. Il ne serait pas impossible que les hommes de ce continent soient avides seulement de paix et liberté, et prêts à mal répondre à leurs maîtres et à leur propagande ; le peuple russe n’est pas facile, une fois irrité. Le climat nulle part n’est favorable aux grandes aventures militaires.

 

La Palestine

La grande presse semble avoir découvert le problème palestinien et naturellement crie au drame, au désastre et à la guerre. Nos lecteurs qui voient s’avancer en zigzags souvent déconcertants comme toujours en Orient la solution depuis longtemps préparée par les Anglais et leur ami Abdullah, seront moins émus. Les Juifs défiés sur le terrain militaire ont voulu faire mieux. Ils ont, avec les aides les plus diverses, constitué une armée et s’en servent. Ils s’assurent aussi des positions stratégiques importantes qu’ils pensent tenir le jour où il faudra bien s’entendre. Abdullah s’avance avec prudence, car ses effectifs ne sont pas énormes et un échec militaire ferait s’écrouler toutes les chances de compromis. Qu’on nous pardonne le paradoxe mais ce serait alors que la vraie guerre commencerait. Pour le moment, les opérations militaires ont plus d’envergure géographique que de violence. On pense plus aux négociations futures qu’au combat présent. L’équilibre est néanmoins difficile à maintenir, car le fanatisme juif et le fanatisme arabe qui s’excitent à l’arrière pourraient bouleverser les plans raisonnables.

Comment les trois grands, France, Angleterre et Etats-Unis s’en tireront-ils ? La France propose ses services ; reviendrons-nous en Orient en uniforme ? Le projet d’une force militaire des trois pays occupant la Palestine confiée administrativement à l’O.N.U. parait probable. Pratiquement il est plein de difficultés. L’essentiel est de maintenir l’U.R.S.S. à l’écart.

 

La Course à la Présidence

N’oublions pas l’élection aux U.S.A. Voilà les derniers tuyaux : Truman est hors de course ; Eisenhower ayant refusé, les démocrates ont perdu toute chance. Côté républicain, Mac Arthur est tombé. Taft est abandonné et Dewey n’a aucun appui populaire. Strassen est grand favori. A la surprise générale, il l’a emporté aux élections primaires ; les gens très sages lui préfèreraient Vandenberghe ; un outsider est encore possible.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-04-24 – L’Occident s’Organise

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Le Courrier d’Aix – 1948-04-24 – La Vie Internationale.

 

L’Occident s’Organise

 

L’optimisme était justifié ; depuis les grèves de décembre, l’opinion occidentale a pris conscience du danger ; dans les trois domaines, militaire, économique et spirituel, l’action a été prompte plus qu’on osait l’espérer. Mais les objectifs réels de la politique soviétique demeurent obscurs ; veut-elle seulement consolider au maximum les conquêtes de l’armée rouge, dont le coup de Prague serait l’achèvement ou bien, le glacis une fois organisé, le départ serait-il donné à une nouvelle avance au risque de complications fatales ? Nous nous refusons à le croire, mais dans les pays anglo-saxons, et particulièrement en Angleterre, on ne croit pas à une trêve durable. On peut, à coup sûr, prédire de nouvelles émotions.

 

Les Elections Italiennes

Elles sont conformes aux pronostics qu’on pouvait faire depuis plusieurs semaines ; le plus significatif c’est que ce sont les milieux les plus évolués dans les centres ouvriers du Nord, qui ont donné plus de voix à la démocratie chrétienne qu’on n’y pouvait raisonnablement compter. Sur les masses moins conscientes de leur intérêt et du prestige national, le Front Populaire a conservé son influence. La promesse de partage des terres avait aidé beaucoup la propagande. Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Gasperi sera pleinement maître de son destin et l’Italie est assez forte et assez aidée, pour jouer son rôle dans l’union occidentale. Des désordres graves sont matériellement impossibles pour l’heure.

 

L’Evolution de la Politique Anglaise

La majorité des députés britanniques, tant travaillistes que conservateurs, suffisamment alarmés par les incidents de Berlin et de Vienne accuse M. Bevin de complaisance et de faiblesse à l’égard des Soviets, et on a vu à l’inauguration de la statue de Roosevelt, que la masse des Anglais, rassurée par le vote du plan Marshall qui soulage la Grande Bretagne des dangers les plus immédiats, a changé d’attitude à l’égard des Etats-Unis. Une vague de sympathie profonde, un sentiment de solidarité anglo-saxonne s’est exprimé qu’on n’aurait pas rencontré il y a quelques mois. A l’égard de l’union européenne aussi un mouvement d’opinion sincère et spontané pousse le gouvernement anglais à franchir le pas décisif vers une collaboration continentale durable qui, nous l’avons dit, serait une véritable évolution dans la politique du Foreign Office.

Un nuage cependant : trente et un rebelles parmi les députés travaillistes ont envoyé le 10 avril, un télégramme de souhaits de victoire à Nenni, le chef socialiste italien qui fait bloc avec les communistes. L’ex-chancelier de l’échiquier Dalton, qui fut évincé par Sir Strafford Cripps ne serait pas, dit-on, étranger à l’affaire. L’indignation de la majorité des travaillistes, Morrison en tête a été violente. On enquête, et des sanctions sont prévues contre les cryptocommunistes, ce qui en dit long sur l’état d’esprit qui règne à Londres.

 

L’Allemagne

De tous côtés bien des difficultés ont été aplanies. Depuis l’affaire de Berlin, la réalisation de la trizone, longtemps différée par la France, paraît s’imposer comme indispensable au relèvement de l’Allemagne pour le profit de l’ensemble européen dont elle est une pièce essentielle ; sur le régime de la Ruhr, on paraît aussi d’accord. L’Allemagne occidentale sera un véritable Etat, une pluralité d’états plutôt étroitement confédérés auxquels l’aide du plan Marshall, la collaboration des responsables allemands, et la volonté des seize nations, donneront une existence viable malgré la coupure d’avec la zone russe, elle-même organisée en états satellites de l’U.R.S.S. Du côté des cinq signataires du pacte de Bruxelles, ce sont les conversations d’Etat-Major qui avancent le plus vite. On s’accorde pour une défense commune de la ligne du Rhin.

 

L’Affaire Palestinienne

Comme il était inévitable, le conflit judéo-arabe s’aggravant, devenant une véritable guerre raciale, a pris les proportions d’une affaire mondiale. On s’explique mieux dès lors les raisons qui ont poussé les Etats-Unis à se déjuger en substituant au plan de partage une tutelle de l’O.N.U. Malgré la violence des combats, une trêve se dessine. C’est sous le signe de l’anticommunisme que les Etats Arabes se rallieront à la politique américaine et accepteront, après avoir reçu une satisfaction de principe sur le fond même de la question palestinienne, c’est-à-dire une suzeraineté arabe, que les minorités juives jouiront d’une large autonomie et d’une possibilité d’immigration ; le moment est venu où l’ensemble des Etats Arabes, y compris la Syrie, le Liban et l’Irak feront un bloc avec les pays d’Orient déjà ralliés aux directives américaines ; la Perse, la Turquie, le Yémen et l’Arabie Séoudite, peut-être même l’Egypte qui ne saurait demeurer seule.

Comme nous l’avions dit, l’émir de Transjordanie, Abdullah avec ses troupes d’élite est prêt à appuyer le gouvernement provisoire que l’O.N.U. installera en Palestine. En sorte qu’un accord complet des Anglais, des Américains et des Arabes apparaît possible. Le danger communiste – on l’a vu aux élections d’Algérie – semble plus fort pour les Arabes que leur nationalisme.

Souhaitons que cette sagesse soit durable.

 

                                                                                            CRITON