Criton – 1950-12-09 – Invraisemblances

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Le Courrier d’Aix – 1950-12-09 – La Vie Internationale.

 

Invraisemblances

 

Le 24 novembre au matin, Mac Arthur lançait une offensive finale en Corée qui devait rendre les G.I.’s à leurs foyers avant Noël ; le 26 le Yalu était atteint. On parlait de négociations avec les généraux Chinois qui ne voulaient pas combattre les Américains. Blessés et prisonniers étaient échangés. Brusquement, le 27 on apprenait qu’une avalanche de 200.000 Chinois s’abattait sur les Alliés qui reculaient en toute hâte. Une semaine après les Chinois devenaient 800.000, et Mac Arthur déclarait que l’unique issue était la négociation. On croit rêver. Comment un grand chef s’était-il laissé prendre à un piège aussi facile. Conflit de services de renseignements ?

Une fois de plus, l’excès de confiance en soi a coûté aux Américains le fruit de longs efforts. Le monde en est secoué. En Orient, la force seule compte. Quels qu’en soient les moyens, le succès militaire donnera aux communistes chinois un prestige dont tous les Jaunes sentiront la valeur comme au temps des victoires japonaises. Tout le bénéfice de l’attitude des Nations-Unies depuis le 26 juin est perdu. Les Soviets ont repris l’initiative qui leur avait échappé et les chances de paix que les succès de l’O.N.U. en Corée avaient fait naître pour la première fois depuis 1945, apparaissent aujourd’hui plus faibles que jamais.

 

Le Dilemme

Munich asiatique ? Apaisement, négociations, ou bien raidissement, épreuve de force ; à Washington on semble bien embarrassé. Le même désarroi apparait, qui suivit du côté soviétique la résistance de l’O.N.U. à l’agression nord-Coréenne. Cette confusion et toutes les conversations – Franco-Anglaises à Londres – Attlee-Truman à Washington et toutes les réunions, résolutions, propositions à Lake-Success donnent aux Communistes Sino-Soviétiques, un superbe champ d’opérations. Diviser l’opinion mondiale, effrayer les faibles, séparer les alliés d’hier, un jeu où ils excellent et qui réussit presque toujours plus ou moins.

Faire des pronostics est impossible. Une fois de plus, nous voyons qu’avec les gens d’Extrême-Orient dont la mentalité nous échappe, il ne faut compter sur rien et tenir compte au contraire simultanément d’hypothèses contraires. Nous ne savons encore pas avec certitude à l’heure actuelle si Staline et Mao Tsé Tung ont partie liée de façon complète ou si les Chinois ont simplement cherché à affermir leur prestige pour négocier plus avantageusement leur entrée sur la scène internationale.

 

Certitudes

Dans ce brouillard, essayons de fixer quelques sûrs repères.

1° Du côté Américain, on ne capitulera pas. La mobilisation sera accélérée, l’union nationale sera complète et les morts de Corée seront vengés, quels que soient les moyens qu’il faudra employer et le temps nécessaire pour y parvenir. Les Chinois et les Soviets ont ouvert un compte qui sera réglé tôt ou tard.

2° Le problème présent, guerre ou paix dans l’avenir proche dépend uniquement des Communistes ; les Américains ne sont pas en état d’affronter un conflit général.

3° Toute négociation est un leurre, un jeu inutile. Si les bolcheviks ont décidé la guerre pour demain, parce qu’ils craignent de la faire dans des conditions moins favorables plus tard, rien ne pourra les en détourner.

4° Tout accord avec les Russes ou les Chinois est sans valeur, car ils ne le respecteront que s’ils y trouvent avantage.

Cela dit, le reste est conjecture. Rien cependant ne permet de croire à une guerre imminente, dans la propagande intérieure soviétique, aucune trace de ces campagnes d’excitation dont les Russes sont coutumiers quand ils préparent un mauvais coup : agression contre la Finlande ou contre la Pologne par exemple. Au contraire elle serait plutôt moins belliqueuse et chauvine qu’à l’ordinaire. Il est beaucoup plus question de progrès économique et de réalisations sociales.

Le but des Soviets paraît être celui d’exploiter leur succès pour diviser les Alliés. Ils ne s’en cachent pas. En France et en Italie, l’agitation sociale est à peu près tombée ; on veut rassurer, endormir même. Le mot d’ordre est d’organiser des conférences et des réunions pour présenter le monde soviétique sous le jour le plus flatteur, et chasser le spectre de l’homme-au-couteau-entre-les-dents de solide mémoire.

 

Les Etats-Unis seront-ils isolés ?

Isoler les U.S.A. le but est là. Réussiront-ils ? Ce n’est pas certain. Le courant anti-américain est certainement très fort chez les Travaillistes anglais et dans l’opinion française ; l’échec en Corée n’a fait que le renforcer.

Mais il ne faudrait pas que les Soviets s’y trompent. Le monde anglo-saxon fera bloc le jour du péril, comme toujours. Il aura le dernier mot, on périra, mais ne capitulera pas. D’autre part, dans l’attitude des neutres et neutralistes il y a beaucoup plus de lâcheté, de souci d’échapper aux coups ou de les détourner sur d’autres que d’ignorance du danger. Dans la politique même des Attlee et Pleven il y a plus de tactique que de conviction. Une attaque russe en Allemagne referait l’unité. C’est là, à notre sens, l’erreur fondamentale des Soviets. Tandis que les Américains pêchent par présomption et par une aveugle confiance en eux et même en leurs adversaires, les autres pêchent par méfiance et croient que la peur seule soumet les gens. Les Soviets auraient été plus près de triompher s’ils avaient suivi une politique pacifique et consacré toutes leurs forces à une réussite économique. Sur le plan militaire ils seront tôt ou tard vaincus : question de chiffres et de résolution. L’affaire de Corée aura provoqué un règlement de compte qui pourrait leur être fatal un jour.

 

Les Négociations

Que va-t-il sortir des conversations actuelles ? Ne pouvant redresser la situation militaire, les Etats-Unis sont bien obligés de négocier si les Chinois le désirent, ce qui semble probable.

Refuser serait perdre moralement la face surtout devant les treize nations asiatiques qui se sont engagées à amener les Chinois à conciliation. Les Chinois, qu’on le veuille ou non, seront en bonne posture, surtout s’ils se montrent modérés. La pression internationale jouera en leur faveur, et les Etats-Unis devront s’incliner.

Reste le cas où les Chinois nous suivraient au-delà du 38° parallèle et se montreraient intraitables dans leurs conditions. Les chances sont entre les deux ; l’affaire traînera. Un round a été perdu par imprudence ; la sagesse commande d’encaisser ; le malheur est que le combat n’est pas fini, et même qu’il ne fait que commencer.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-12-02 – La Crue

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Le Courrier d’Aix – 1950-12-02 – La Vie Internationale.

 

La Crue

 

Il ne faut se le dissimuler : Si les Etats-Unis obtiennent de l’O.N.U. que la Chine de Mao Tsé Tung soit déclarée agresseur en Corée, nous entrerons officiellement dans la troisième guerre mondiale. Est-ce bien cela cependant que les Soviets ont commandé à la Chine ? Le bloc soviétique, le 25 juin, quand l’O.N.U. sur proposition américaine, s’opposa par les armes à l’agression nord-Coréenne, avait subi un échec moral aux conséquences durables. L’aveuglement des peuples et, disons-le, la suffisance des diplomates tout occupés de leurs petites combinaisons et succès juridiques personnels, ont affaibli cette cohésion née de l’affaire de Corée. Un article triomphant de la « Pravda » le souligne. La guerre de Corée a jeté la division dans le bloc atlantique et la confusion dans les forces de l’O.N.U. Les deux attaques chinoises, la dernière surtout, atteignent le prestige militaire des U.S.A. Si les promesses hardies de Mac Arthur, la fin de la guerre et le retour des G.I.’s avant Noël ne se réalisent pas, si un coup de force survenait en Yougoslavie, le moral déjà si abattu des démocraties résistera-t-il ?

Jusqu’à preuve du contraire, nous pensons que le but des Soviets n’est pas la guerre immédiate, mais l’isolement des Etats-Unis. En engageant ceux-ci dans une lutte ouverte avec la Chine, ils cherchent à les séparer de l’Angleterre qui a reconnu Mao Tsé Tung et pêche en eau trouble à Hong-Kong. Nous avons dit quels courants poussaient les travaillistes à réclamer l’indépendance de l’Angleterre vis-à-vis des Etats-Unis en matière économique et de réarmement. En France et en Allemagne, la démagogie socialiste exploite la peur de la guerre et la campagne chuchotée contre les Etats-Unis s’enfle.

L’Amérique aux prises avec la Chine, la France menacée en Indochine, les récentes accusations chinoises contre la France font prévoir une action directe. L’Europe sera militairement découverte, les Etats-Unis ne pourront envoyer leurs divisions en Europe, les Allemands ne pourront être réarmés ; la balance des forces penchera encore plus en faveur de l’U.R.S.S. Ces succès suffisent pour le moment. Une guerre ouverte et générale ne ferait que le compromettre.

 

Les Chinois à Lake-Success

Il faut toute la naïveté des diplomates pour croire qu’il pouvait sortir quelque chose des négociations entre la délégation de Mao Tsé Tung et l’O.N.U. Nous n’avons même pas cru devoir mentionner ici le projet de « zone tampon » sur la frontière manchoue destinée à protéger les forces des deux camps des frictions. Faut-il le répéter – pour la centième fois depuis 1945 – il n’y a pas eu, il n’y aura jamais d’accord entre le bloc soviétique et les Démocraties.

Sur un point de détail, par nécessité irrécusable comme après l’échec de Berlin, à la suite de tractations secrètes, une trêve momentanée et ambigüe peut intervenir, c’est tout. Quant aux conférences internationales, ce n’est qu’une tribune d’où la propagande est diffusée et d’où l’on répand le trouble sur les petites délégations hésitantes ou mal instruites. Les vrais accords se concluent dans le secret et éclatent dans la stupeur, comme le pacte Staline-Ribbentrop qui déclencha la guerre.

Devant la gravité de la situation et les ruses des techniciens du mensonge, il faudrait aujourd’hui une pleine conscience en chaque citoyen, et une direction unique avec pleins pouvoirs à une autorité atlantique. Va-t-on se retrouver plus divisés qu’en août 1939 ? L’enjeu est beaucoup plus sérieux encore. Il y va de la vie de chacun, du chef d’entreprise au plus modeste paysan. Quant à l’espoir de sauver la paix, il faudrait mieux avoir le courage d’y voir clair et d’y renoncer. Ce serait la meilleure chance d’y parvenir.

 

Les Elections en Bavière

Après la Hesse et le Wurtemberg-Bade, la Bavière conservatrice, nationaliste et catholique a voté socialiste en bonne partie. Ceci est encore le résultat d’une duperie. Schumacher s’était fait l’adversaire du réarmement allemand ou du moins de la formation d’unités militaires réduites, dans le cadre européen suivant le plan français qu’Adenauer avait approuvé.

En bon démagogue le parti socialiste s’est présenté devant l’électeur comme opposé au réarmement pur et simple, et l’électeur a approuvé. Dans ses discours officiels, au contraire, Schumacher qui sait qu’un jour, qu’il soit au pouvoir ou non, il devra accepter le réarmement, en a admis le principe tout en l’entourant de conditions susceptibles de flatter l’amour-propre et le nationalisme instinctif des Allemands : égalité absolue des droits, armée indépendante, promesse de restauration intégrale du Reich. Jouant à la fois de leur répulsion à se battre encore et de leur orgueil national, il ne pouvait que triompher.

Quand donc les démocrates de tous les pays comprendront-elles que leur salut commun est de ne pas user d’astuces démagogiques, que le respect de la vérité est la condition de la survie de notre civilisation dont le sort est aujourd’hui engagé dans une lutte à mort. Une croisade pour la vérité menée avec de puissants moyens par des esprits impartiaux et clairs serait plus nécessaire et plus efficace que quelques divisions blindées au moral douteux.

 

Tito

Acheson, décrivant la situation devant les Sénateurs, a fait allusion à Tito : le revirement de celui-ci en effet, en disait long, nos lecteurs le savent. Il faut qu’il soit bien menacé pour se soumettre au contrôle des observateurs américains. Bluff ou réalité, ou les deux habilement dosés ? Le crescendo de la peur monte comme un fleuve en crue. C’est l’heure du courage, du sang-froid, du calme. Les peuples hélas, ont eu les nerfs brisés par trente-six ans d’épreuves, et les bolcheviks le savent bien. Le cardinal Mindszenty agonise, dit-on. Puisse-t-il ne pas être le symbole de l’Occident !

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-11-25 – L’Esprit de Munich

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Le Courrier d’Aix – 1950-11-25 – La Vie Internationale.

 

L’Esprit de Munich

 

A lire dans les journaux le récit des escroqueries quotidiennes, on se demande : « Comment après tant de publicité donnée à des procédés toujours semblables peut-il encore se trouver des dupes ? » De même, après les expériences de ces derniers vingt ans, comment les astuces de la guerre des nerfs rencontrent-elles les mêmes complaisances ? Et cependant les mêmes réactions se retrouvent, comme si le passé ne comptait pas.

Alors que la guerre de Corée paraissait s’éteindre, les Chinois ont lancé, par surprise, leurs troupes et les forces de l’O.N.U. ont reculé. Emotion, inquiétude. On a invité les Chinois à Lake-Success ; on a feint d’admettre la thèse des « volontaires ». Ensuite, les divisions de Mao Tsé Tung ont disparu de la scène, et voilà les négociateurs communistes en bonne posture pour exploiter leur coup de force.

C’est à qui s’emploiera pour les apaiser et leur donner satisfaction pourvu qu’ils daignent se montrer raisonnables, s’asseoir autour du tapis vert et nous consentir une trêve. On se réjouira des avantages qu’ils en retireront et les peuples rassurés acclameront leur esprit de modération.

Munich 1950. Pour un peu, on renverrait les adversaires dos à dos et l’on admettrait qu’en s’opposant par la force à l’agression des Nord-Coréens, les Américains et l’O.N.U. ont compromis la paix.

 

L’Enjeu

« Il est temps de se réveiller » écrit un journal de New-York. On n’en a jamais été plus loin. En Europe surtout, les peuples et leurs dirigeants ne demandent qu’à être endormis.

Dire ces choses, c’est, hélas, s’exposer à être accusé de parti-pris et cependant les faits parlent. En 1939, on pouvait discuter des conséquences de la victoire d’Hitler et du sort qu’il ferait aux vaincus. Mais aujourd’hui les peuples sous le joug soviétique sont des témoins qui parlent.

Prenons au hasard : Voici la Lettonie prospère avant la guerre : deux tiers des habitants ont disparu ; hommes politiques, intellectuels, bourgeois, paysans, massacrés ou déportés. Il ne reste qu’une masse, réduite, amorphe, obéissant à la terreur, mangeant à peine, et travaillant par force pour l’économie soviétique. En Tchécoslovaquie le tableau est à peine moins sombre. L’intelligence meurt aux mines d’uranium, les boutiques sont vides ; la monnaie est suspecte ; on s’en débarrasse à vil prix en échange de rares marchandises ; le rationnement est sévère et insuffisant ; les masses souffrent et conspirent contre le pouvoir avec des risques terribles. Un pays civilisé, évolué, conscient de sa dignité nationale est décapité. Qui peut nier ces faits ? Les Documents abondent. Chacun sent bien que si les Etats-Unis retiraient demain leurs soldats d’Europe et retournaient à leur isolement après-demain, notre sort serait celui des pays derrière le rideau de fer. Dire ces évidences n’est pas prendre une position politique. Si nous répétons cela, c’est que le mouvement neutraliste a, ces jours-ci, singulièrement gagné en force.

 

Le Neutralisme en Allemagne

Le succès aux élections de Dimanche des Sociaux-démocrates en Hesse et en Wurtemberg met en péril le gouvernement de Bonn ; Schumacher avait fait campagne en s’opposant au réarmement des Allemands : propagande facile. Les Allemands mutilés votent pour ceux qui veulent leur épargner de reprendre l’uniforme. Les marchandages autour de la formation de contingents germaniques dans l’armée européenne, le sentiment qu’ont les Allemands qu’ils seraient incorporés comme mercenaires et non comme peuple libre, qu’ils ne sont pas sûrs que leur sacrifice referait l’unité du pays, les poussent à s’abstenir. Qui s’en étonnerait ?

 

En Angleterre

Même tendance en Angleterre. On parle de dissentiments au sein du cabinet. Tout un groupe de « labours » réclame des négociations avec Moscou ; la restauration intégrale de la souveraineté anglaise, indépendante des crédits de Washington ; le refus de toute aide d’outre-Atlantique pour le réarmement ; le refus aussi de s’embarquer dans une union avec l’Europe. L’Angleterre libre de ses destins serait une troisième ou quatrième force en dehors du conflit des deux Grands.

Que dire de la France où l’on répugne aux sacrifices financiers pour une restauration de la puissance militaire, où l’on rêve aussi d’une troisième force comme si cette force existait, même sur le papier ?

 

A Strasbourg

Ce même particularisme achève de ruiner les espoirs d’une Europe unifiée. L’échec de Strasbourg est patent. Les travaillistes Anglais ne veulent pas abandonner une parcelle de la souveraineté nationale, à moins que l’Europe ne soit socialiste, c’est-à-dire dirigée par eux. La division de l’Europe  reste l’objectif constant de la politique britannique et l’on sait que sur le plan économique, toute combinaison qui se heurterait à l’hostilité et à la concurrence anglaise, n’est pas viable. Pour se passer de l’Angleterre, il faudrait que l’Europe s’intégrât à l’économie américaine, et c’est précisément ce qu’on veut éviter, à moins que l’on ne consente à donner à la puissance allemande les moyens de se reconstituer intégralement, ce qui serait plus périlleux encore. Les risques de l’avant-guerre ne tarderaient pas à reparaître.

 

L’Opinion aux Etats-Unis

Devant cette confusion, l’opinion américaine et les dirigeants eux-mêmes s’énervent. Le plan soviétique vise à l’isolement des Etats-Unis ; c’était déjà celui d’Hitler. L’Amérique seule, sans alliés continentaux, serait condamnée à l’asphyxie ou à une guerre sans issue. Des articles de presse assez pénibles, pour la France en particulier, ont fait grand bruit et le retour d’influence des leaders Républicains, nuance Taft, n’est pas fait pour atténuer les sentiments anti-européens.

C’est dans cet esprit que l’on attend à New-York les délégués de la Chine communiste qui vont se trouver en face de leurs adversaires, les délégués nationalistes toujours en fonction, et cette circonstance assez ridicule ne facilitera pas les pourparlers. Personne ne sait ce que les porte-parole de Chou-en-Laï cachent dans leurs bagages. Il serait bien étonnant que la colombe de la paix qu’ils proposent ne soit pas l’ornement d’une machine de guerre.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1950-11-18 – L’Action Militaire et l’Action Economique

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Le Courrier d’Aix – 1950-11-18 – La Vie Internationale.

 

L’Action Militaire et l’Action Economique

 

La tension entre Chinois et Américains a atteint un degré d’acuité qui, en d’autres temps, aurait constitué un état de guerre véritable. Cependant, malgré les six ou huit divisions chinoises combattant en Corée, les batailles aériennes entre appareils russes et américains, on espère à bon droit que le conflit restera local. Les deux diplomaties couvrent leurs intentions d’un écran de fumée si bien qu’on ne sait pas jusqu’où chacune des deux parties est décidée à aller. D’autre part, les médiateurs ne manquent pas. L’Angleterre et l’Australie d’un côté, l’Inde de l’autre, font une série de sondages pour deviner les résolutions de Pékin. Quand on se rappelle qu’en 1911, il suffisait que l’Allemagne envoie un croiseur dans les eaux marocaines pour mettre l’Europe en alerte, on voit comme on s’est habitué à vivre dangereusement.

 

Aspect de l’Impérialisme Chinois

Il y a cependant un fait nouveau, c’est la poussée déterminée d’un impérialisme chinois enflammé par la haine des races, non seulement des jaunes contre les blancs, mais encore contre tous les non jaunes, hindous compris. Le communisme qui sert de drapeau à cet instinct élémentaire pousse vers le Sud de l’Asie un mouvement enveloppant qui, parti du Sin-Kiang, vient d’englober le Tibet et a atteint simultanément le bord du Népal où des troubles complexes viennent d’éclater, et la frontière de Birmanie. Offensive appuyée par beaucoup de Chinois répandus en Asie méridionale, liés en sociétés secrètes et agissant en propagandistes et en terroristes. Les autres peuples d’Asie chez lesquels la peur du Chinois dévastateur est ancestrale ne s’y sont pas trompés et c’est peut-être là un motif d’espoir.

Au lieu d’un mouvement nationaliste pan-asiatique, on voit déjà sur la défensive l’Inde et le Pakistan, aussi le Siam et la Birmanie et peut-être l’Indochine et la Malaisie effrayées par la menace d’une invasion.

 

Les Dirigeants

La clique qui commande au peuple chinois ressemble curieusement à l’autre, qui entourait Tchang-Kaï-Chek au temps du Kuomintang. La famille de Chou-en-Laï, ses parents et leurs femmes, Chinois cosmopolites, anciens étudiants aux Etats-Unis, une douzaine de personnages qui tiennent les postes clefs. Ces aventuriers frénétiques, qui n’ont gardé du contact avec la culture occidentale que rancunes et haines, forment un trait assez constant du monde jaune. Ce sont ces camarillas familiales et dynastiques qui ont perdu le Japon, la Chine de Tchang-Kaï-Chek, les Corées de Syngman Rhee et de Kim II Sung. Elles sont capables de tout, même de folies, qui ressemblent à un suicide collectif. Mao Tsé Tung qui représentait un peu de sagesse ne paraît pas maître de la situation.

 

Les Plans Américains

Les Américains de leur côté cachent leur jeu. Ils veulent persuader les Chinois que Mac Arthur a les mains libres et que si ceux-ci ne s’arrêtent pas, les Etats-Unis entreront sans hésiter dans la guerre avec la bombe atomique s’il le faut. Mais les Américains ont-ils les moyens d’une action éclair en Mandchourie et que serait alors la réaction russe ? Tout se passe comme si les deux camps étaient décidés à aller aussi loin qu’il faudra pour savoir si l’autre  bluffe. A ce jeu, il n’y a pas de recul possible, quoiqu’en Orient et surtout en Chine il y ait toujours des solutions de rechange. Souvent déconcertantes pour notre esprit. Souhaitons-le.

 

Le Réarmement Allemand

On a été soulagé d’apprendre que devant le péril, les chicanes autour du réarmement allemand allaient s’apaisant. En se déclarant satisfait du plan français après les entretiens Adenauer – François Poncet – Mccloy, le chancelier allemand, a ouvert la voie à la conciliation. On ne peut qu’admirer la fermeté et l’adresse de ce vieillard peu éloquent, qui ne séduit ni les foules, ni les assemblées et qui s’impose par la ténacité de ses desseins. Son prestige grandit malgré l’opposition. Tout en restant très allemand, il se montre un bon artisan de l’union européenne.

 

Le Rapport Gordon Gray

Sur le plan économique, le rapport Gordon Gray a fait une grande impression. Il recommande une continuation de l’aide Marshall après 1952. Il vient à point alors qu’on craignait que le succès des Républicains aux Etats-Unis ne fasse passer les intérêts européens au second plan. Le président Truman a réaffirmé qu’ils étaient essentiels. L’envoi d’Eisenhower pour commander l’armée atlantique et ce rapport que Truman a inspiré, ne peuvent que rassurer les occidentaux si dangereusement exposés.

On pouvait d’autant plus craindre un ralentissement de l’aide américaine que le « trou du Dollar » n’est plus qu’un souvenir. Les Anglais ont dit officiellement que l’aide Marshall ne leur était plus nécessaire, et les balances commerciales françaises et italiennes montrent de leur côté un actif impressionnant. L’appui recommandé par le rapport Gray a pour but, non plus de rétablir l’équilibre des paiements, mais d’empêcher que l’effort de réarmement, par les sacrifices qu’il comporte ne rabaisse trop brutalement le niveau de vie des peuples européens dont l’économie n’est pas encore stabilisée. Ces sacrifices par ailleurs ne sont pas populaires et il convient qu’ils ne soient pas prétextes à une agitation des masses.

 

Le Facteur Prospérité

En effet, dans la lutte contre le Communisme, la prospérité économique des peuples engagés est aussi importante que leur préparation militaire. Malgré une organisation internationale très perfectionnée, malgré la force et l’adresse de la propagande, un fait est là : le Communisme, c’est la misère. Ce sont les queues aux portes des boulangeries de Budapest, en cette Hongrie naguère grenier de l’Europe centrale. C’est la pénurie d’objets d’usage courant en Tchécoslovaquie, pays épargné par la guerre et qui était abondamment pourvu en 1948 avant le coup de Prague, où aujourd’hui l’ouvrier tchèque, qui veut savoir l’heure, doit payer pour une mauvaise montre russe plus de cinq semaines de son salaire. Ce sont les cartes d’alimentation qui décideront de la partie autant que les canons, et peut-être à leur place.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-11-11 – Troisième Impérialisme

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Le Courrier d’Aix – 1950-11-11 – La Vie Internationale.

 

Troisième Impérialisme

 

En suivant jour par jour le cours des événements, on est conduit d’une phase de détente à une tension aigüe, et c’est en ce moment la plus critique, depuis le blocus de Berlin, que nous vivons. En réalité, la situation internationale n’a cessé de s’aggraver depuis cinq ans et les périodes de rémission n’ont été que des épisodes de la guerre des nerfs dont la technique revient à Hitler.

L’effet de l’attaque chinoise en Corée coïncidant avec l’invasion du Tibet a produit un choc d’autant plus sensible que la victoire des Nations-Unies avait ranimé les espoirs de paix pour la première fois depuis longtemps. On passe naturellement de l’optimisme au découragement, dès que le spectre de la troisième guerre reparaît.  C’est faire le jeu du bolchévisme que de s’abandonner à ces excès. La situation présente, si elle est plus aigüe que les précédentes, n’est cependant pas sans issue et pas plus qu’hier les communistes n’ont choisi le grand risque. Il s’agit de retenir le plus de forces américaines, françaises et anglaises possible en Extrême-Orient pour les affaiblir et empêcher les puissances alliées d’agir en Europe quand un nouveau coup de force sera tenté. Pendant que la lutte en Extrême-Orient battra son plein, les satellites de l’U.R.S.S. recevront l’ordre de liquider Tito, et les Etats-Unis n’auront pas les moyens militaires de leur barrer la route.

 

Le Sort de la Yougoslavie

Depuis quelques temps, Tito change ses positions sous la pression des réalités. La récolte en Yougoslavie a été catastrophique ; la disette s’accentue et avec elle le grondement de la révolte populaire. Il a fallu implorer le secours américain et c’est 200 millions de dollars de vivres qui vont affluer. C’est dire à quel point, on en manquait. Si les Etats-Unis, comme l’a dit Tito, n’ont pas mis de condition politique à leur envoi, ils l’ont obligé à proclamer cette générosité. Ce qui fut fait.

Par ailleurs, la balance des forces militaires dans les Balkans est peu à peu renversée. Tito dont la popularité a beaucoup baissé, dont les soldats ne disposent que d’un armement périmé, a devant lui les forces Roumaines, Hongroises, Tchèques et Polonaises commandées par des maréchaux russes et encadrées d’officiers exercés à Moscou. Ces troupes réorganisées, munies d’un outillage moderne sont capables d’écraser la Yougoslavie avec la même rapidité que les Nord-Coréens auraient réduit ceux du Sud si les Etats-Unis n’étaient accourus. Une deuxième Corée dans les Balkans n’aurait rien pour surprendre. La guerre en serait plus proche d’un degré. Elle n’éclaterait pas pour cela. Les exercices qui ont lieu à Malte et le renforcement de la flotte américaine en Méditerranée montrent qu’on s’attend au pire. Les Russes comptent d’ailleurs sur les bombardements massifs des Américains pour exciter les populations des pays satellites dont la résistance au bolchévisme s’est beaucoup accentuée, surtout à cause de l’extrême disette qui règne dans ces régions.

 

L’Impérialisme de Pékin

L’impérialisme chinois se modèle sur l’impérialisme soviétique pour faire peser une menace sur tous les pays limitrophes. L’Inde d’abord, inquiète de l’invasion du Tibet, l’Indochine dont la position est sérieuse, Hong-Kong devant laquelle on élève des fortifications et surtout la Corée où l’on en est à l’envoi de « volontaires ».

Comment réagiront les Etats-Unis ? Si le département d’Etat a paru surpris de la brusque décision chinoise, Mac Arthur l’a été moins. Après un bref flottement et un choc assez rude qui leur a valu d’assez lourdes pertes, les forces américaines ont repris le dessus et on peut être sûr que si les Chinois s’obstinent, les troupes de l’O.N.U. iraient en Mandchourie. Les Etats-Unis ne peuvent et ne doivent pas reculer. Il ne faut pas s’en effrayer. Si les autres ne se sentent pas assez forts, ils encaisseront ; s’ils le sont, ils n’ont pas besoin de prétextes pour passer à l’action en tous cas, les coups qu’ils recevront serviront d’excitation à la haine contre les impérialistes américains.

 

L’Offre Soviétique de Conférence à Quatre

Les Soviets ne manquent aucune occasion, qu’elle soit diplomatique ou militaire. Les dissentiments franco-anglo-américains au  sujet du réarmement allemand, les polémiques entre Adenauer et Schumacher valaient d’être exploités. Molotov a donc convoqué les ambassadeurs alliés à Moscou pour proposer une conférence à quatre sur le problème allemand. L’offre a été diversement accueillie pour des raisons de politique intérieure, mais le refus est certain. Cependant les peuples ignorants y voient une promesse d’apaisement qu’on néglige et la propagande soviétique ne peut qu’y gagner.

En réalité, cette irritante controverse sur le réarmement allemand est plus électorale que sincère. Les socialistes français, en s’opposant à la résurrection de la Wehrmacht, prennent une position agréable aux électeurs et les socialistes allemands en cherchant à soustraire la jeunesse au service militaire, se taillent un succès facile. En réalité, l’armement de l’Allemagne est depuis longtemps décidé. Si regrettable qu’il soit, il s’impose et personne en France comme en Allemagne ne doute de sa réalisation prochaine. Il est cependant invraisemblable que personne au cours des débats n’ait proposé que ce  réarmement soit strictement temporaire et que les troupes allemandes soient désarmées et démobilisées sitôt que les Américains quitteront l’Europe. Comme il est acquis que les usines allemandes ne fabriqueront pas de matériel de guerre utilisable, la situation se trouverait, le danger passé, ce qu’elle est en ce moment.

 

Les Elections Américaines

Les succès des Républicains aux élections du 7 novembre ont suscité des commentaires généralement défavorables, ce qui montre plutôt les préjugés que la compétence des informateurs. Le peuple américain a voté pour une politique énergique, celle de Mac Arthur, ce qui permettra au président Truman de moins s’embarrasser de controverses juridiques qui excèdent l’Américain moyen et mieux faire peser sur les Sino-Soviétiques le poids de la force. Cela nous vaudra aussi une aide plus étendue en Indochine, ce qui n’est pas rien.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-11-04 – Réveil de la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1950-11-04 – La Vie Internationale.

 

Réveil de la Guerre Froide

 

Les victoires des Nations-Unies en Corée avaient éveillé de grandes espérances que le flottement dans la politique chinoise et soviétique semblait justifier. Impressionnées par la force et l’unité des démocraties, les puissances totalitaires en viendraient à la prudence. Malheureusement, l’invasion du Tibet par les Communistes chinois, la présence de troupes de Mao Tsé Tung venant renforcer et rétablir la résistance des Nord-Coréens, l’asile du territoire chinois donné aux soldats d’Ho Chi Minh, enfin l’attitude agressive des Soviets à l’égard de Trygve Lie, le secrétaire de l’O.N.U., tout indique que le bolchévisme a choisi ; la « guerre froide » n’aura connu qu’un court répit.

 

L’Inde et la Chine

Le raidissement chinois est sans doute commandé par des raisons de prestige. Chou-en-Laï avait parlé trop haut de résistance. Il était obligé à une certaine action. Politique assez surprenante car elle ne présente en apparence que des désavantages.

L’Inde jusqu’ici donnait à la Chine communiste un appui qui pouvait être précieux pour assurer ses contacts internationaux. Le Pandit Nehru irrité de son échec à Pékin et de l’invasion du Tibet, qui laisse peu d’espoir à une politique asiatique commune, va se rapprocher des Etats-Unis et du Commonwealth dont l’Inde fait partie ; menacés à leurs frontières septentrionales, l’Inde et le Pakistan devront aplanir leurs différends et participer à la défense effective. D’autre part, l’appui de l’armée chinoise à Kim-II-Sung n’aura militairement aucun effet sinon de retarder un peu la destruction des forces Nord-Coréennes et de rendre plus intraitables les Américains.

Enfin, l’appui ouvert à Ho Chi Minh pourrait amener les Etats-Unis à envoyer des troupes en Indochine ; il en est sérieusement question depuis quelques jours. Si donc l’attitude chinoise offre certains avantages aux démocraties, elle compromet l’espoir d’un apaisement. Car Mao Tsé Tung est la clef de la paix mondiale. Moscou sans lui ne peut rien risquer.

 

Les Conférences Atlantiques

Les conférences militaires et diplomatiques se succèdent pour la défense de l’Europe, retardée, compliquée sinon compromise, par l’irritante question du réarmement allemand.

Les Américains multiplient les déclarations conciliantes à l’égard de la France, et le général Eisenhower qui va être le chef de l’armée atlantique pour faire contrepoids à Mac Arthur, insiste pour donner toutes garanties aux légitimes soucis de sécurité des Français. Mais la résolution américaine n’en est pas moins pressante. Il nous semble qu’il y aurait un moyen de tout résoudre. Ce serait de faire admettre par les douze pays associés et par les Allemands eux-mêmes que l’armée qui va être créée pour la défense commune sera dissoute dès que les Alliés s’accorderont pour considérer le danger d’invasion soviétique passé. Tant que les soldats rouges seront sur l’Elbe, la sécurité française ne sera pas menacée par les divisions germaniques. Ne pourrait-on pas convenir simplement que ces divisions seront désarmées et dissoutes quand les troupes américaines quitteront l’Europe et qu’elles y veilleraient.

 

Le Point de Vue Américain

L’attitude française se comprend, mais elle ne se justifie pas, dit-on à Washington. Si la guerre éclatait en 51 ou 52, l’élite de l’armée française se trouverait en Indochine et quelle valeur militaire pourrait-on accorder à des forces françaises composées de recrues et de réservistes défendant sur l’Elbe l’Europe occidentale contre les Russes, sous l’œil des Allemands désarmés ?

Les Etats-Unis vont cantonner en Europe cinq ou six divisions de leurs meilleures troupes, elles ont absolument besoin et dans le plus bref délai du soutien militaire d’Allemands déjà aguerris pour parer au risque d’une destruction rapide de leurs propres forces en cas de défection française, défection que le moral actuel des Français rend malheureusement vraisemblable.

Voilà le point de vue auquel nous nous heurtons. Objectivement, il faut bien reconnaître qu’il ne manque pas de force. Il est bien à craindre que nous ne soyons en face du dilemme, ou bien abandonner la défense de l’Europe sur l’Elbe et sur le Rhin pour la reporter aux Pyrénées et à la Manche, ou bien reconstituer une armée allemande assez puissante pour tenir l’Elbe avec les divisions américaines.

La question se complique encore du fait des résistances allemandes ; les unes surtout politiques comme celle des Socialistes de Schumacher, les autres émanant du pacifisme religieux des protestants de Niemöller qui préfèrent le joug soviétique à la résistance armée. Ce pacifisme qu’on appelait autrefois irrévérencieusement bêlant comprend toujours les mêmes éléments : Socialistes idéologues à la Jaurès, intellectuels passionnés d’antimilitarisme, objecteurs de conscience affiliés à l’aile gauche des mouvements chrétiens et prêts à toutes les servitudes. Parlons à leur usage de la réforme monétaire en Pologne.

 

La Réforme Monétaire à Varsovie

On vient à Varsovie de rééditer le coup monétaire inauguré il y a trois ans à Bucarest et réédité dans l’intervalle, moins radicalement à Moscou.

Du jour au lendemain, on décrète que 100 zlotys n’en valent plus qu’un pour ceux qui en possèdent beaucoup et trois au plus pour les autres. En outre, la possession d’or ou de devises étrangères est punie de mort. Si bien qu’à moins de risquer sa vie, le citoyen polonais n’a plus rien devant lui. Il est complètement dépouillé de ses économies, qu’il soit paysan, ouvrier ou, s’il en reste, bourgeois. Dans ces conditions toute résistance au régime est impossible. Le paysan doit produire et livrer sa viande ou son blé pour l’échanger contre du sucre ou du pain ; l’ouvrier ne peut s’absenter de son travail un jour, car il ne mangerait pas le lendemain.

Cette mesure féroce fut décidée comme en Roumanie pour briser la résistance paysanne qui se manifestait par une restriction de la production, et la résistance ouvrière par le ralentissement du travail et le sabotage des « normes ». Car on assiste à ce spectacle à la fois sinistre et ridicule que de ce côté du rideau de fer une partie des ouvriers lutte pour le communisme, tandis que de l’autre côté, la quasi-unanimité des travailleurs s’emploie à la saboter !

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-10-28 – Les Quatre Chemins

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Le Courrier d’Aix – 1950-10-28 – La Vie Internationale.

 

Les Quatre Chemins

 

La conférence éclair de Prague, le débat à la Chambre française sur le réarmement allemand, les solennités à la gloire de l’O.N.U. à Lake-Success, autant d’opérations politiques qui cachent plutôt qu’elles n’éclairent le véritable tableau.

La guerre de Corée prend fin, elle s’évanouit plutôt ; la guerre d’Indochine gronde et les conversations entre le général Juin et les experts américains à Saïgon décideront de la stratégie sur ce point dangereux. Importante aussi l’annonce de l’offensive chinoise au Tibet qui fait suite à l’échec de la mission du Dalai Lama à New Delhi. Les Chinois ne pardonnent pas au Pandit Nehru de ne pas avoir su arrêter les Américains au 38° parallèle ; enfin l’opposition soviétique à la réélection de Trygve Lie à la direction des Nations-Unies montre que les Soviets cherchent une revanche à l’affaire de Corée.

 

L’Attitude des Etats-Unis

Malgré les deux copieux discours de Truman, on n’est pas encore fixé sur la future politique des U.S.A. Quatre positions sont possibles qui ont chacune leurs partisans en Amérique.

1° Entrer dès maintenant en conversation avec les Soviets comme semblait l’annoncer l’entrevue Foster Dulles-Vichinsky ; convoquer une conférence des quatre ou des cinq Grands après admission de la Chine de Mao Tsé Tung à l’O.N.U. Cette politique n’a aucune chance d’être suivie. Elle n’est ébauchée que pour satisfaire avant les élections les éléments pacifistes de gauche.

2° La guerre préventive. Bien qu’elle soit encore chaque jour préconisée par ceux qui pensent que plus tôt on sortira de la menace, mieux vaudra, elle a contre elle tous les milieux officiels et même les militaires du Pentagone – à écarter.

3° Réarmer d’abord, au plus vite, et au maximum et dès que l’équilibre des forces sera établi, alors chercher un accord avec l’U.R.S.S. C’est la doctrine officielle des responsables, et diplomatiquement ce sera celle qu’on suivra.

4° En fait, derrière l’écran des conversations officielles, qui ont et auront pour théâtre l’O.N.U. où les Russes ont l’intention de mener une partie active, une autre politique s’ébauche : celle dont a parlé le général Clay en visite à Berlin, quand il a remis à la ville, la cloche de la liberté ; celle de « l’agressive containment » : barrage offensif. Informer les peuples asservis et les préparer à se soulever en temps voulu ; affaiblir le Kremlin par la propagande ; soutenir les mouvements clandestins ; resserrer le blocus économique de l’U.R.S.S. et enlever tous les stocks de matières premières pour les soustraire aux Soviets, bref employer tous les moyens, sauf la guerre, jusqu’ici appliqués exclusivement par l’adversaire. Cette lutte souterraine a beaucoup plus de chances de réussir aujourd’hui qu’avant l’affaire de Corée.

 

La riposte Soviétique

Les Soviets savent qu’à cette offensive et après un échec d’aussi vaste portée que le fiasco Coréen, on ne peut riposter que par l’offensive. On pouvait avoir quelques doutes la semaine passée sur la ligne soviétique, maintenant on voit bien qu’il s’agit d’une pause entre deux crises.

La Conférence de Prague, convoquée précipitamment par Molotov, avait pour but d’une part de rassurer les satellites très déconcertés par le lâchage de l’allié Nord-Coréen et la défection chinoise ; d’autre part, de réveiller la peur de l’Allemand tant à l’Ouest qu’à l’Est du Reich, corde toujours facile à faire vibrer dans les pays naguère envahis par Hitler. Il s’agissait de peser sur la décision de la Chambre française, en agitant une double menace, celle de la Wehrmacht et celle d’une intervention de l’U.R.S.S. et de ses alliés en cas de réarmement de la République de Bonn. Molotov a pu voir que ces démonstrations n’ont plus d’effet.

Le succès des Américains en Corée a rendu confiance à tous les peuples et les foudres du Kremlin font à beaucoup l’effet d’un bluff, tout comme celles de Chou-en-Laï. Il ne faudrait cependant pas tomber de la crainte panique dans l’excès contraire. Les Soviets ont encore de terribles moyens pour troubler notre sommeil.

 

Le Conflit Economique

Retenons l’aspect économique de l’actuel conflit dont l’importance s’accroît à mesure que s’enflent les dépenses d’armement. Il y a la course aux matières premières dont tous les citoyens du monde font les frais, l’accaparement de la laine, du caoutchouc, de l’étain qu’on a portés à des prix considérables pour les soustraire à la compétition soviétique. Il y a aussi la guerre du riz. La Chine a faim et pour la tenir en respect, il faut lui marchander l’accès des greniers à riz : le delta du fleuve rouge au Tonkin, le Siam et la Birmanie, seuls pays exportateurs. L’invasion de la Corée du Sud avait aussi pour but d’assurer une ration plus forte aux pays communistes d’Asie.

Il entre encore un autre calcul dans la politique économique américaine dont le renversement aura des conséquences très durables et profondes. Il y a deux moyens de soustraire les peuples à l’influence communiste. D’abord leur assurer plus de bien-être, et en second lieu reconstituer leur force militaire qui relève le moral national et joue comme garantie d’ordre intérieur : le point quatre et le réarmement sont autant de moyens pour renforcer la coopération qui s’est constituée avec tant d’éclat à Lake-Success.

 

Le Réarmement Allemand

Le débat à la Chambre Française s’est terminé heureusement. Les déclarations d’Acheson en faveur du plan français d’armée européenne où seraient incorporés des éléments d’une Wehrmacht, sont venues fort à propos pour rassurer et contenter tout le monde. Il y avait là beaucoup d’une mise en scène et l’on savait les jeux faits d’avance. Mais en démocratie l’amour-propre compte.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1950-10-21 – De l’Asie à l’Europe

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Le Courrier d’Aix – 1950-10-21 – La Vie Internationale.

 

De l’Asie à l’Europe

 

L’attention inquiète des Français est concentrée sur l’Indochine. Notre histoire coloniale, notre histoire tout court, est semée d’épisodes douloureux faits d’imprévoyance, de présomption et d’héroïsme. Ils ont coûté beaucoup de sang et toujours ont été réparés. Il en sera encore de même. Cependant une action américaine, et partant internationale, sera la conséquence inévitable de nos échecs. Ce qui restait de notre souveraineté devra être subordonné à un accord et à une garantie des autres puissances.

Grâce à la victoire des Alliés en Corée, la participation de la Chine à l’action du Vietminh sera limitée, l’audace d’Ho-Chi-Minh freinée par la crainte d’une intervention directe des U.S.A. Rien d’étonnant même à ce que Ho-Chi-Minh, sur ordre de Moscou, cherche à négocier. Un mois plus tôt, les mêmes événements pouvaient conduire au désastre. Au contraire, on peut y voir aujourd’hui, la situation une fois rétablie, le point de départ d’un règlement moins précaire du problème indochinois tout entier. Nous l’aurons, encore là, échappé belle.

 

L’Abstention Soviétique

Les Russes n’ont rien fait pour atténuer la défaite des confrères Nord-Coréens. Le télégramme de Staline à Kim-II-Sung ressemble à un message de condoléance. La résistance militaire des Communistes s’est effondrée. Tout se passe comme si à Moscou on voulait enterrer l’affaire au plus tôt, et si possible la faire oublier.

Il est inutile d’épiloguer sur l’importance de l’échec soviétique. La perte de prestige a été d’autant plus forte que la crise du bolchévisme international était déjà ouverte avant la débâcle nord-coréenne. Tous les partis aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du rideau de fer sont déchirés par des querelles.

Les satellites fermentent. En Tchécoslovaquie, Gottwald et Zapotocki sont ouvertement critiqués et leur position menacée. Les dirigeants du Kremlin ne se font pas d’illusion sur la gravité de la situation, et loin de s’en réjouir beaucoup d’observateurs s’en inquiètent. Il est certain, comme vient de le dire Anthony Eden, que l’année 1951 sera critique et peut-être décisive. Les Soviets se sachant perdus à plus ou moins brève échéance tenteront-ils leur dernière chance dans les quelques mois où leur supériorité militaire subsistera ?

Notre impression est que, déroutés par les événements, les Russes hésitent sur la voie à suivre. Ils se résigneront peut-être à perdre du terrain pour attendre des temps plus favorables. Ne se souciant guère d’opinion publique, ils encaissent sans difficultés des revers qui en démocratie renverseraient un régime, et ils savent qu’il leur sera toujours facile d’éviter la guerre en se retirant à temps d’un pas dangereux. Néanmoins, les préparatifs militaires que l’on signale en Europe orientale restent préoccupants.

 

Les Elections en Allemagne Orientale

Nous avons suivi par curiosité les phases de la campagne électorale par radio en Allemagne de l’Est. Rien de plus pitoyable que l’angoisse, la lassitude, l’absence de conviction des Allemands de service passés à la cause du bolchévisme. Ils semblaient déjà demander pardon à leurs auditeurs pour le jour du règlement de compte. La fuite en U.R.S.S., ou le gibet en Prusse, semblaient s’inscrire sur un écran invisible devant le micro. Sous la menace, les Allemands ont voté communiste. Ils ont bien fait. L’heure de la révolte n’est pas venue.

 

Les Négociations de Washington

Il est difficile de juger exactement de l’appui que la France a reçu pour son réarmement. Il est certain que les Etats-Unis ne peuvent dans les circonstances présentes, laisser la France en proie à des difficultés budgétaires mettant en danger la stabilité politique, l’ordre social et la monnaie. En regard des 70 milliards de dollars que les Etats-Unis doivent dépenser en 51 pour le réarmement d’après M. Matthews, le secrétaire à la Marine – qui n’a toujours pas démissionné -, il serait puéril de marchander quelques centaines de millions à un pays qui géographiquement est le pivot de la stratégie européenne. Les ministres français ont joué de leur mieux de cette carte. Ce n’est pas très glorieux. Mais les Américains qui sont gens d’affaires ne paraissent pas s’en formaliser. Ils redoutent surtout une crise française qui finirait en régime autoritaire dont ils savent bien qui tiendrait les rênes.

 

La Rencontre de Wake

La rencontre Truman-Mac Arthur a fait beaucoup discourir. On a tort d’y chercher des dessous qui n’existent pas. Le désaccord des deux hommes est du passé. La partie est gagnée en Extrême-Orient ; Mac Arthur a vu juste. La Chine qui a su  rester neutre sera ménagée. Les armées américaines n’atteindront pas les frontières mandchoues et soviétiques pour éviter les incidents. Mao Tsé Tung entrera à l’O.N.U. Mac Arthur devra céder sur la question de Formose et de Tchang-Kaï-Chek, mais ce sont- là des questions secondaires.

Par contre, il aura les mains libres pour surveiller l’Extrême-Orient et réarmer le Japon pour y maintenir l’équilibre, tandis que les forces américaines se porteront sur l’Europe. Nous avons toujours pensé que le prétendu conflit des deux politiques n’était qu’une habileté. Le département d’Etat a laissé agir Mac Arthur. Si celui-ci s’était trompé, il conservait la faculté de le désavouer. Les civils ont souvent agi ainsi avec les militaires.

 

L’Europe

On annonce que quatre divisions américaines vont être progressivement envoyées en Europe après la fin de la guerre de Corée prévue pour le début de novembre. On pense en effet qu’une puissance militaire accrue serait nécessaire, non seulement pour décourager les initiatives soviétiques mais surtout si des troubles graves chez les satellites venaient à ébranler le rideau de fer. Les Etats-Unis ne resteraient sans doute pas inactifs.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-10-14 – Le Rubicon

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Le Courrier d’Aix – 1950-10-14 – La Vie Internationale.

 

Le Rubicon

 

Le 38ème parallèle est franchi. Aucune réaction jusqu’ici ne justifie les appréhensions que cet acte fatidique suscitait. Au contraire, l’attitude Russe à l’O.N.U. n’a jamais été si modérée. On aurait tort d’en conclure qu’une politique d’apaisement commence. Si les Soviets l’essayent, ce sera une manœuvre pour fléchir les résolutions et diviser les esprits.

Il ne peut y avoir ni compromis ni modus-vivendi durable entre les deux forces qui s’affrontent. Ce qui ne veut pas dire qu’une guerre totale est la seule solution au conflit. Le temps et le jeu des forces matérielles et morales tout ensemble, une alternance de chocs psychologiques et d’épreuves de force localisées, comme cela a été le cas jusqu’ici, peuvent à la longue assurer la prépondérance du monde libre.

C’est la perspective nouvelle que la guerre de Corée a ouvert, moins sombre que celle qui s’offrait jusque-là, mais peut-être plus difficile à maintenir ouverte jusqu’à son terme. Il faudrait que la volonté des Etats-Unis, appuyée sans réserve par l’ensemble des nations libres, demeurât ferme à travers toutes les embûches. Ce n’est pas impossible.

 

Les Incidents de Vienne

Les obstacles seront variés et quotidiens ; nous venons d’avoir la tentative d’insurrection en Autriche qui a tourné court.

Les Russes, fidèles à leur méthode, ont arrêté les frais dès que l’échec a été visible, et même se sont retournés contre les responsables qu’ils avaient eux-mêmes poussés à l’action. Pas de grâce pour les vaincus même s’ils se sont battus par ordre et contre leur gré !

Être un chef au service des bolcheviks, c’est s’offrir en martyre. Si l’on perd, on est liquidé, et si l’on gagne, on est suspect. Les leaders autrichiens convoqués à Budapest ces jours-ci disparaîtront tout comme les généraux vainqueurs des Allemands entre 43 et 45 dont les noms n’ont plus jamais figuré et le sort inconnu. Histoire renouvelée des Satrapes de l’Asie avant l’ère chrétienne.

 

L’Indochine

C’est aujourd’hui le tour de l’Indochine de tenir le brandon. L’affaire avait été préparée pour succéder à la victoire des Nord-Coréens. Elle aura lieu malgré leur défaite bien que, de ce fait, ses chances de succès soient compromises. Car il n’aurait servi de rien que la Corée fut sauvée, si la barrière indochinoise cédait.

On peut espérer que les Etats-Unis l’ont compris ; reste à faire vite pour limiter les pertes déjà sensibles.

 

Le Réarmement Allemand

Devant cette situation préoccupante et prévue, on aurait aimé que la controverse Franco-Américaine sur le réarmement allemand n’ait pas existé, d’autant qu’elle ne rime à rien puisque la priorité est donnée à l’armement des Douze et que l’on aura quelque peine déjà à constituer et rendre efficace la nouvelle police de Bonn. Il n’était pas nécessaire de susciter un conflit sur une question de principe.

L’opinion française n’est pas mûre pour y consentir et l’opinion allemande non plus – le défaut des Américains quand ils ont pris une décision est de ne pas savoir attendre – celui des Français de ne pas changer d’idée quand leur sentiment s’y rebelle. Ils n’ont pas encore admis que le problème allemand est tout autre qu’avant 40. Le péril pour le moment est plus au Tonkin que sur l’Elbe. Si d’ailleurs on voulait vraiment intégrer l’Allemagne dans le dispositif de la défense européenne, il faudrait aller beaucoup plus loin.

Les Allemands n’ont pas envie de reprendre l’uniforme. Ils ne le feraient que si on leur assurait qu’ils se battraient éventuellement pour l’unification de leur patrie et le retour aux frontières de 33, et même un peu mieux sans le corridor de Dantzig tout au moins. Il faudrait un traité de paix en forme avec les nouvelles frontières garanties et une totale égalité de droits, ce qui n’empêcherait pas de leur imposer, après que le but serait atteint, une démobilisation immédiate et définitive. Est-ce déjà le moment d’en arriver là ? Bien sûr, on n’y échappera pas un jour, mais nous ne voyons pas qu’il y ait urgence à le dire.

 

Nouvelle Politique du Dollar

Le retournement de la conjoncture économique provoquée par le réarmement américain est au moins aussi important pour l’intelligence des événements que les combats en Corée.

Tandis que la balance commerciale du bloc-Sterling est devenue positive en face du Dollar, celle de la France à son tour se rapproche de l’équilibre ; reste, comme nous l’avons vu, à empêcher que cet équilibre ne se rompe sous la pression des prix poussés par la hausse des matières premières. Nous pensons toutefois que le déficit en Dollars qui fut si préoccupant a perdu pour longtemps de son acuité quel que soit le niveau futur des prix. Car le réarmement américain couvrira des années pendant lesquelles les Etats-Unis auront intérêt à acheter au-dehors pour éviter à l’intérieur une pénurie qui s’accepte en temps de guerre mais devient insupportable en temps de paix, surtout là-bas !

Les Etats-Unis ont, nous pensons, délibérément accepté de renverser la situation, ce qui leur évitera de réviser leurs tarifs douaniers, opération politiquement délicate. Ils semblent même avoir renoncé à la suprématie du Dollar dans le monde et à la lutte déjà ancienne entre le Dollar et la Livre. Ils ont compris qu’une tutelle financière sur l’ensemble du monde susciterait trop de réactions et isolerait les Etats-Unis alors qu’ils veulent créer une société unie de nations libres.

Pour cela, l’équilibre financier et l’égalité des devises est préférable à l’hégémonie. D’ailleurs, il n’était pas possible de concilier une politique de « pénurie de dollars » avec un réarmement aussi colossal. Il se peut même que le programme ait revêtu une telle ampleur pour permettre de renverser une politique dont les inconvénients devenaient trop sensibles. Et l’on assiste à ce phénomène inattendu : le reflux de l’or américain dans les caisses des banques européennes.

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1950-10-07 – Nouvelle Phase

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Le Courrier d’Aix – 1950-10-07 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Phase

 

Ce serait une erreur de donner, dans le règlement de l’affaire Coréenne la primauté aux plans et intrigues de l’O.N.U. à Lake-Success. La guerre n’est pas terminée, ni près de l’être. Elle changera sans doute de caractère, de bataille rangée elle deviendra guérilla. Car les Nord-Coréens ne capituleront pas. Les Etats-Unis ont besoin pour poursuivre de l’appui des Nations-Unies ; c’est pourquoi les opérations marquent un temps d’arrêt ; mais ils ne se laisseront pas pour autant paralyser dans une action qu’ils veulent décisive et qu’ils ont les moyens de conclure.

 

L’énigme Chinoise

La stratégie chinoise reste aussi ambigüe : Chou en Laï, ministre des Affaires étrangères de Mao Tsé Tung, continue en paroles d’attaquer les U.S.A. Il écrit dans la « Pravda » un article qui sonne comme les diatribes de Moscou.

Il y a  synchronisation sur le plan diplomatique pour tâcher d’intimider les américains et de diviser les puissances associées dans le soutien de leur action militaire. Il y a le plan Russe qui n’a qu’un intérêt de propagande ; le plan Anglais qui, tout en suivant les vues américaines, tient compte des intérêts chinois du Commonwealth ; enfin, le plan Hindou qui cherche adroitement à concilier les antagonismes et cela à deux fins : d’abord parce que le Pandit Nehru veut se poser en médiateur entre les asiatiques et les blancs, et prendre l’initiative d’une diplomatie des peuples de couleur ; ensuite et surtout, il veut obtenir des Chinois un règlement favorable à ses intérêts dans la question Tibétaine.

On remarquera que les Chinois parlent toujours de la « libération » du Tibet, mais qu’ils n’entreprennent rien alors qu’il leur eut été facile depuis longtemps de soumettre ce pays sans défense. Nehru ne veut pas du communisme à ses frontières, c’est-à-dire d’une avance Russe vers l’Orient méridional ; pas plus que les Chinois, sans doute. La pénétration au Sin-Kiang et en Mongolie leur suffit. Il est probable même que les Chinois verraient sans déplaisir Russes et Américains évacuer la Corée, même si le gouvernement futur de ce pays devait être d’apparence démocratique.

Mais il est normal en bonne diplomatie que les Chinois, dont le but essentiel est d’entrer à l’O.N.U. et d’en chasser Tchang-Kaï-Chek, se servent de leur potentiel militaire pour faire pression sur les Etats-Unis. Nous le répétons : ceux-ci ne se laisseront distraire ni de leur action en Corée ni d’aucuns de leurs plans de réarmement. La machine lancée fera son chemin, comme prévu ; le reste est manœuvres autour d’un tapis vert.

 

Les Russes

Les Intentions des Russes, toujours obscures, se laissent cependant deviner ; ayant perdu en Corée toute chance de dominer, ils essayeront d’en faire une nouvelle Grèce en organisant la guerre civile et le sabotage des plans de restauration économique et politique qui vont se heurter à des difficultés énormes. Quant à ceux qui croient à un retournement de la politique soviétique à une tentative de règlement général avec des hommes nouveaux – on parle du retour de  Maïoki et de Litvinov – nous pensons que ce sont là des illusions de chancelleries. Les Américains d’ailleurs ne s’y prêteraient pas et c’est bien pour cela, à des fins de propagande que les Soviets laissent courir ces bruits.

Au contraire, la propagande intérieure du Kominform est plus belliciste que jamais. Il suffit d’écouter les émissions radiophoniques destinées à la jeunesse. Jamais l’excitation à l’héroïsme militaire et les récits de combat n’ont tenu autant de place. Ce qui n’est pas peu dire !

Tandis que les émissions  destinées à l’étranger ne s’occupent que d’action pour la paix, les jeunes Russes n’entendent parler que de combats où le fascisme et les fauteurs de guerre Anglo-Américains sont écrasés par la vaillante armée rouge.

 

En Autriche

De même, la tactique d’insurrection intérieure continue à être pratiquée dès qu’une chance d’agitation se présente. C’est l’Autriche aujourd’hui qui subit l’assaut. Pour assainir ses finances et décharger l’Etat du poids des subventions économiques, le Chancelier autrichien avait fait accepter par les organisations ouvrières socialistes un plan de hausse concomitante des salaires et des prix, l’une devant compenser l’autre. Mais la hausse des prix plus sensible créait un climat favorable à une explosion de mécontentement. On est surpris toutefois que les communistes autrichiens, si peu nombreux, aient réussi à tenir le Gouvernement en échec. Devant une pression à gauche, les Syndicats modérés hésitent pour ne pas paraître faibles à leur clientèle. C’est comme cela que les désordres s’aggravent.

 

La Situation Economique en Angleterre

La situation économique en Angleterre est intéressante à suivre car elle montre à quel point les prévisions dans ce domaine sont fragiles. La guerre en Corée et le lancement du programme de réarmement ont renversé la situation. Les matières premières dont la zone sterling tire surtout ses ressources de change ont fait un bond. Les marchés devenus favorables aux acheteurs le sont à nouveau aux vendeurs, ce qui stimule l’exportation.

Aux effets de la dévaluation de l’an passé qui avait apporté un soulagement normal mais temporaire, s’est ajouté depuis trois mois l’afflux des achats américains de produits stratégiques. Les réserves d’or et de devises de la Banque d’Angleterre ont doublé ; la Livre devant laquelle on fuyait, devient une monnaie rare, au point qu’on agite – à tort d’ailleurs – la question de sa revalorisation.

Le Gouvernement travailliste profite d’une situation à laquelle il n’a aucune part et que personne ne pouvait prévoir. Au congrès de  Margate, M. Attlee a repris face à l’opposition une attitude offensive. Les difficultés ne sont pas cependant aplanies. La hausse des prix, conséquence de la hausse des matières premières, menace l’équilibre social. Des hausses de salaires doivent y correspondre ; situation qui, comme on sait, n’est pas particulière à l’Angleterre.

 

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