Criton – 1950-11-18 – L’Action Militaire et l’Action Economique

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Le Courrier d’Aix – 1950-11-18 – La Vie Internationale.

 

L’Action Militaire et l’Action Economique

 

La tension entre Chinois et Américains a atteint un degré d’acuité qui, en d’autres temps, aurait constitué un état de guerre véritable. Cependant, malgré les six ou huit divisions chinoises combattant en Corée, les batailles aériennes entre appareils russes et américains, on espère à bon droit que le conflit restera local. Les deux diplomaties couvrent leurs intentions d’un écran de fumée si bien qu’on ne sait pas jusqu’où chacune des deux parties est décidée à aller. D’autre part, les médiateurs ne manquent pas. L’Angleterre et l’Australie d’un côté, l’Inde de l’autre, font une série de sondages pour deviner les résolutions de Pékin. Quand on se rappelle qu’en 1911, il suffisait que l’Allemagne envoie un croiseur dans les eaux marocaines pour mettre l’Europe en alerte, on voit comme on s’est habitué à vivre dangereusement.

 

Aspect de l’Impérialisme Chinois

Il y a cependant un fait nouveau, c’est la poussée déterminée d’un impérialisme chinois enflammé par la haine des races, non seulement des jaunes contre les blancs, mais encore contre tous les non jaunes, hindous compris. Le communisme qui sert de drapeau à cet instinct élémentaire pousse vers le Sud de l’Asie un mouvement enveloppant qui, parti du Sin-Kiang, vient d’englober le Tibet et a atteint simultanément le bord du Népal où des troubles complexes viennent d’éclater, et la frontière de Birmanie. Offensive appuyée par beaucoup de Chinois répandus en Asie méridionale, liés en sociétés secrètes et agissant en propagandistes et en terroristes. Les autres peuples d’Asie chez lesquels la peur du Chinois dévastateur est ancestrale ne s’y sont pas trompés et c’est peut-être là un motif d’espoir.

Au lieu d’un mouvement nationaliste pan-asiatique, on voit déjà sur la défensive l’Inde et le Pakistan, aussi le Siam et la Birmanie et peut-être l’Indochine et la Malaisie effrayées par la menace d’une invasion.

 

Les Dirigeants

La clique qui commande au peuple chinois ressemble curieusement à l’autre, qui entourait Tchang-Kaï-Chek au temps du Kuomintang. La famille de Chou-en-Laï, ses parents et leurs femmes, Chinois cosmopolites, anciens étudiants aux Etats-Unis, une douzaine de personnages qui tiennent les postes clefs. Ces aventuriers frénétiques, qui n’ont gardé du contact avec la culture occidentale que rancunes et haines, forment un trait assez constant du monde jaune. Ce sont ces camarillas familiales et dynastiques qui ont perdu le Japon, la Chine de Tchang-Kaï-Chek, les Corées de Syngman Rhee et de Kim II Sung. Elles sont capables de tout, même de folies, qui ressemblent à un suicide collectif. Mao Tsé Tung qui représentait un peu de sagesse ne paraît pas maître de la situation.

 

Les Plans Américains

Les Américains de leur côté cachent leur jeu. Ils veulent persuader les Chinois que Mac Arthur a les mains libres et que si ceux-ci ne s’arrêtent pas, les Etats-Unis entreront sans hésiter dans la guerre avec la bombe atomique s’il le faut. Mais les Américains ont-ils les moyens d’une action éclair en Mandchourie et que serait alors la réaction russe ? Tout se passe comme si les deux camps étaient décidés à aller aussi loin qu’il faudra pour savoir si l’autre  bluffe. A ce jeu, il n’y a pas de recul possible, quoiqu’en Orient et surtout en Chine il y ait toujours des solutions de rechange. Souvent déconcertantes pour notre esprit. Souhaitons-le.

 

Le Réarmement Allemand

On a été soulagé d’apprendre que devant le péril, les chicanes autour du réarmement allemand allaient s’apaisant. En se déclarant satisfait du plan français après les entretiens Adenauer – François Poncet – Mccloy, le chancelier allemand, a ouvert la voie à la conciliation. On ne peut qu’admirer la fermeté et l’adresse de ce vieillard peu éloquent, qui ne séduit ni les foules, ni les assemblées et qui s’impose par la ténacité de ses desseins. Son prestige grandit malgré l’opposition. Tout en restant très allemand, il se montre un bon artisan de l’union européenne.

 

Le Rapport Gordon Gray

Sur le plan économique, le rapport Gordon Gray a fait une grande impression. Il recommande une continuation de l’aide Marshall après 1952. Il vient à point alors qu’on craignait que le succès des Républicains aux Etats-Unis ne fasse passer les intérêts européens au second plan. Le président Truman a réaffirmé qu’ils étaient essentiels. L’envoi d’Eisenhower pour commander l’armée atlantique et ce rapport que Truman a inspiré, ne peuvent que rassurer les occidentaux si dangereusement exposés.

On pouvait d’autant plus craindre un ralentissement de l’aide américaine que le « trou du Dollar » n’est plus qu’un souvenir. Les Anglais ont dit officiellement que l’aide Marshall ne leur était plus nécessaire, et les balances commerciales françaises et italiennes montrent de leur côté un actif impressionnant. L’appui recommandé par le rapport Gray a pour but, non plus de rétablir l’équilibre des paiements, mais d’empêcher que l’effort de réarmement, par les sacrifices qu’il comporte ne rabaisse trop brutalement le niveau de vie des peuples européens dont l’économie n’est pas encore stabilisée. Ces sacrifices par ailleurs ne sont pas populaires et il convient qu’ils ne soient pas prétextes à une agitation des masses.

 

Le Facteur Prospérité

En effet, dans la lutte contre le Communisme, la prospérité économique des peuples engagés est aussi importante que leur préparation militaire. Malgré une organisation internationale très perfectionnée, malgré la force et l’adresse de la propagande, un fait est là : le Communisme, c’est la misère. Ce sont les queues aux portes des boulangeries de Budapest, en cette Hongrie naguère grenier de l’Europe centrale. C’est la pénurie d’objets d’usage courant en Tchécoslovaquie, pays épargné par la guerre et qui était abondamment pourvu en 1948 avant le coup de Prague, où aujourd’hui l’ouvrier tchèque, qui veut savoir l’heure, doit payer pour une mauvaise montre russe plus de cinq semaines de son salaire. Ce sont les cartes d’alimentation qui décideront de la partie autant que les canons, et peut-être à leur place.

 

                                                                                  CRITON