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Le Courrier d’Aix – 1950-12-02 – La Vie Internationale.
La Crue
Il ne faut se le dissimuler : Si les Etats-Unis obtiennent de l’O.N.U. que la Chine de Mao Tsé Tung soit déclarée agresseur en Corée, nous entrerons officiellement dans la troisième guerre mondiale. Est-ce bien cela cependant que les Soviets ont commandé à la Chine ? Le bloc soviétique, le 25 juin, quand l’O.N.U. sur proposition américaine, s’opposa par les armes à l’agression nord-Coréenne, avait subi un échec moral aux conséquences durables. L’aveuglement des peuples et, disons-le, la suffisance des diplomates tout occupés de leurs petites combinaisons et succès juridiques personnels, ont affaibli cette cohésion née de l’affaire de Corée. Un article triomphant de la « Pravda » le souligne. La guerre de Corée a jeté la division dans le bloc atlantique et la confusion dans les forces de l’O.N.U. Les deux attaques chinoises, la dernière surtout, atteignent le prestige militaire des U.S.A. Si les promesses hardies de Mac Arthur, la fin de la guerre et le retour des G.I.’s avant Noël ne se réalisent pas, si un coup de force survenait en Yougoslavie, le moral déjà si abattu des démocraties résistera-t-il ?
Jusqu’à preuve du contraire, nous pensons que le but des Soviets n’est pas la guerre immédiate, mais l’isolement des Etats-Unis. En engageant ceux-ci dans une lutte ouverte avec la Chine, ils cherchent à les séparer de l’Angleterre qui a reconnu Mao Tsé Tung et pêche en eau trouble à Hong-Kong. Nous avons dit quels courants poussaient les travaillistes à réclamer l’indépendance de l’Angleterre vis-à-vis des Etats-Unis en matière économique et de réarmement. En France et en Allemagne, la démagogie socialiste exploite la peur de la guerre et la campagne chuchotée contre les Etats-Unis s’enfle.
L’Amérique aux prises avec la Chine, la France menacée en Indochine, les récentes accusations chinoises contre la France font prévoir une action directe. L’Europe sera militairement découverte, les Etats-Unis ne pourront envoyer leurs divisions en Europe, les Allemands ne pourront être réarmés ; la balance des forces penchera encore plus en faveur de l’U.R.S.S. Ces succès suffisent pour le moment. Une guerre ouverte et générale ne ferait que le compromettre.
Les Chinois à Lake-Success
Il faut toute la naïveté des diplomates pour croire qu’il pouvait sortir quelque chose des négociations entre la délégation de Mao Tsé Tung et l’O.N.U. Nous n’avons même pas cru devoir mentionner ici le projet de « zone tampon » sur la frontière manchoue destinée à protéger les forces des deux camps des frictions. Faut-il le répéter – pour la centième fois depuis 1945 – il n’y a pas eu, il n’y aura jamais d’accord entre le bloc soviétique et les Démocraties.
Sur un point de détail, par nécessité irrécusable comme après l’échec de Berlin, à la suite de tractations secrètes, une trêve momentanée et ambigüe peut intervenir, c’est tout. Quant aux conférences internationales, ce n’est qu’une tribune d’où la propagande est diffusée et d’où l’on répand le trouble sur les petites délégations hésitantes ou mal instruites. Les vrais accords se concluent dans le secret et éclatent dans la stupeur, comme le pacte Staline-Ribbentrop qui déclencha la guerre.
Devant la gravité de la situation et les ruses des techniciens du mensonge, il faudrait aujourd’hui une pleine conscience en chaque citoyen, et une direction unique avec pleins pouvoirs à une autorité atlantique. Va-t-on se retrouver plus divisés qu’en août 1939 ? L’enjeu est beaucoup plus sérieux encore. Il y va de la vie de chacun, du chef d’entreprise au plus modeste paysan. Quant à l’espoir de sauver la paix, il faudrait mieux avoir le courage d’y voir clair et d’y renoncer. Ce serait la meilleure chance d’y parvenir.
Les Elections en Bavière
Après la Hesse et le Wurtemberg-Bade, la Bavière conservatrice, nationaliste et catholique a voté socialiste en bonne partie. Ceci est encore le résultat d’une duperie. Schumacher s’était fait l’adversaire du réarmement allemand ou du moins de la formation d’unités militaires réduites, dans le cadre européen suivant le plan français qu’Adenauer avait approuvé.
En bon démagogue le parti socialiste s’est présenté devant l’électeur comme opposé au réarmement pur et simple, et l’électeur a approuvé. Dans ses discours officiels, au contraire, Schumacher qui sait qu’un jour, qu’il soit au pouvoir ou non, il devra accepter le réarmement, en a admis le principe tout en l’entourant de conditions susceptibles de flatter l’amour-propre et le nationalisme instinctif des Allemands : égalité absolue des droits, armée indépendante, promesse de restauration intégrale du Reich. Jouant à la fois de leur répulsion à se battre encore et de leur orgueil national, il ne pouvait que triompher.
Quand donc les démocrates de tous les pays comprendront-elles que leur salut commun est de ne pas user d’astuces démagogiques, que le respect de la vérité est la condition de la survie de notre civilisation dont le sort est aujourd’hui engagé dans une lutte à mort. Une croisade pour la vérité menée avec de puissants moyens par des esprits impartiaux et clairs serait plus nécessaire et plus efficace que quelques divisions blindées au moral douteux.
Tito
Acheson, décrivant la situation devant les Sénateurs, a fait allusion à Tito : le revirement de celui-ci en effet, en disait long, nos lecteurs le savent. Il faut qu’il soit bien menacé pour se soumettre au contrôle des observateurs américains. Bluff ou réalité, ou les deux habilement dosés ? Le crescendo de la peur monte comme un fleuve en crue. C’est l’heure du courage, du sang-froid, du calme. Les peuples hélas, ont eu les nerfs brisés par trente-six ans d’épreuves, et les bolcheviks le savent bien. Le cardinal Mindszenty agonise, dit-on. Puisse-t-il ne pas être le symbole de l’Occident !
CRITON