Criton – 1954-04-03 – Le Langage de la Force

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Le Courrier d’Aix – 1954-04-03 – La Vie Internationale.

 

Le Langage de la Force

 

Le discours de Foster Dulles sur l’Indochine et les déclarations de Churchill approuvant les expériences atomiques de Bikini, montrent sans ambiguïté que la solidarité anglo-saxonne en face des Soviéto-Chinois est complète. La déception et même la colère des Travaillistes aux Communes qui pensaient que le Premier Ministre ferait des réserves sur la politique américaine seront partagées par tous les neutralistes européens. Une politique commune est arrêtée pour la Conférence de Genève aussi ferme qu’à Berlin. Il est hors de question que la France seule puisse, si elle en avait l’intention, se désolidariser de ses Alliés.

 

Les Déclarations de Dulles

Dulles a été formel sur deux points. La Chine devra renoncer à toute expansion vers le Sud-Est asiatique et en Corée, retirer ses troupes et souscrire à une réunification du pays selon les principes de la démocratie occidentale. Sinon, il ne sera question d’aucune concession dans le domaine économique et à plus forte raison politique.

Contrairement à ce que l’on cherche à faire croire à l’opinion française, cette déclaration du Secrétaire américain n’a pour objectif, ni de torpiller la Conférence de Genève, ni d’interdire à la France de rechercher les possibilités d’une paix en Indochine. Au contraire, le fait d’envisager une internationalisation du conflit auquel les Nations-Unies ou simplement les partenaires de l’ « Anzus » avec la Grande-Bretagne seraient appelés à participer est de nature à faire réfléchir les Russes et les Chinois, et à les pousser à traiter ou à renoncer devant la menace d’extension du conflit. C’est devant une perspective du même genre qu’ils ont renoncé à poursuivre la Guerre de Corée. La position de la France à Genève n’en pourra être que plus forte. Selon toute apparence les termes de cette tactique diplomatique ont été connus du Général Ely lors des entretiens de Washington.

 

Les Échanges Est-Ouest

Déjà à la Conférence qui s’est tenue ces jours-ci entre Américains, Anglais et Français sur le commerce Est-Ouest et les adoucissements possibles au « Battle Act », l’embargo quasi-total des livraisons à la Chine rouge a été strictement maintenu. Quant aux échanges avec les Soviets et ses Satellites, on est convenu de s’en tenir à une liste de marchandises bien définies, et à limiter les transactions aux possibilités immédiates et non de les étendre selon des plans de réalisation aléatoire. Les échanges seront ainsi ramenés à des proportions modestes et raisonnables fort éloignés des propositions fantastiques de la propagande communiste. Les sanctions prises par les Anglais contre des opérateurs qui avaient transgressé le « Battle Act » sont une preuve de plus que les Européens entendent s’en tenir aux instructions antérieures. Le mirage de l’extension illimité du commerce Est-Ouest se trouve dissipé.

 

Les Incidences de la Politique Intérieure Américaine sur le Discours

Cette fermeté des Anglo-Saxons n’est certes pas pour nous une surprise. Elle a pour les Américains des raisons de politique intérieure. On n’a pas tardé en effet aux Etats-Unis à trouver que le président Eisenhower, dont on espérait des miracles comme la paix et la victoire simultanées en Corée, était un « brave homme » plein de généreuses intentions, mais faible et hésitant devant les risques et embarrassé pour prendre position. Défié par McCarthy, on attendait de lui une riposte à l’américaine qui aurait envoyé le Sénateur au tapis. Un journaliste d’opinion aussi mesuré que M. Lippmann, écrivait récemment que « l’hystérie », traduisons en français, l’inquiétude un peu panique, qui s’est emparée de l’opinion américaine devant les risques de la guerre atomique et l’espionnage soviétique, avait pour origine le manque de confiance de la nation dans la fermeté de son chef. Eisenhower avait été plébiscité pour délivrer les Américains de tout risque et leur permettre de continuer leur besogne à l’accoutumée. Un redressement s’imposait donc, et Dulles a repris la barre ; les expériences thermonucléaires se poursuivront, quelles que soient les protestations, et l’Indochine sera défendue, même au risque d’une intervention américaine en cas de défaillance des Français. Cela n’a pas été exprimé pour ne pas contredire les déclarations antérieures d’Ike, mais se comprend implicitement.

 

La Position Diplomatique Française

Cette importance primordiale donnée à la guerre d’Indochine renforce considérablement la position diplomatique française. Non pas en face des Sino-Soviétiques dont, comme nous l’avons répété, il n’y a rien à attendre à moins qu’ils n’aient décidé d’abandonner Ho Chi Minh, ce qu’ils feront dans ce cas sans conditions, mais pour une solution satisfaisante du problème franco-allemand pour nous autrement profitable. Pour que la solidarité du monde atlantique devienne totale, il faut résoudre le problème sarrois ou du moins s’accorder à faire disparaître les antagonismes trop pressants, rendre à la République de Bonn sa souveraineté, ce qui ne peut plus être différé, et trouver une formule pour rendre acceptable la C.E.D. puisque l’on est à peu près unanime pour tenir la participation militaire de l’Allemagne occidentale comme indispensable à la défense commune.

 

L’Europe se fait.

Nous nous abstenons volontairement de commenter la question, au moment où elle a pris chez nous ce caractère « hystérique » que l’on reproche aux autres. Tenons-nous-en comme toujours, non à l’expression d’opinion qui ajouterait des sottises à tant d’autres, mais à l’examen irréfutable des faits.

L’Europe est en train de se faire sans nous : Anglais et Allemands ont synchronisé dans ce domaine financier des mesures propres à restaurer la liberté des échanges, et dans la mesure du possible, à desserrer les barrières monétaires : instauration à Londres d’un marché libre de l’or ; convertibilité partielle du Mark dans le cadre européen. La coopération financière des pays du Benelux a franchi une étape par la libre circulation des capitaux entre eux. Les relations commerciales des trois pays avec l’Allemagne s’assouplissent graduellement. L’Allemagne de Bonn s’ouvre les marchés grecs et turcs, et une union douanière Italo-allemande n’est plus du domaine de l’utopie. La France pressée de toutes parts est obligée d’abattre quelques-unes des barrières protectionnistes dont elle avait hérissé ses frontières. La Communauté Européenne de Défense est acceptée en principe par tous et il n’est pas jusqu’à la Suède, jusqu’ici farouchement attachée à sa neutralité, qui ne commence à s’entretenir avec ses voisins pour une défense commune appuyée sur le Pacte Atlantique. La France ne peut plus faire obstacle à cette cristallisation des intérêts et des sentiments qui s’expriment partout avec une rapidité presque quotidienne. Notre position, à mesure que la pression s’accentue deviendrait intolérable et nous obligerait à l’avenir à une véritable capitulation alors que nous avons présentement les plus solides arguments pour nous adapter, aux meilleures conditions, à l’inévitable. D’ailleurs, comme le faisait remarquer hier un journaliste suisse, la France a plus besoin de l’Europe que celle-ci d’elle.

 

Le Prestige des Armées Françaises

Au risque de nous répéter, disons que c’est à notre défense en Indochine que la France doit de pouvoir faire prévaloir ses vues. Il est assez scandaleux de voir s’étaler sur les journaux étrangers la biographie du colonel de Castries dont hier seulement « Le Monde » comme à regret retraçait la carrière. On dirait que les Français ont honte d’une lutte qui est aujourd’hui son meilleur titre à l’admiration du monde, car dans tous les autres domaines, les critiques ne nous épargnent pas. Alors que dans un passé récent nous avons claironné des gloires qui n’étaient pas toutes sans taches ; celle-là force l’admiration du monde libre, acceptons-la.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1954-03-27 – Prologue à Genève

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Le Courrier d’Aix – 1954-03-27 – La Vie Internationale.

 

Prologue à Genève

 

Eden a dit aux Communes qu’il se pourrait que la Conférence de Genève soit encore plus décevante que celle de Berlin. Exactement le contraire d’Adenauer qui pensait que les Sino-Russes veulent un accord en Asie. L’un et l’autre ont cependant l’expérience des affaires, et de bonnes informations. Nous avons ici penché vers l’opinion d’Eden, sans négliger toutefois les hypothèses contraires. Le problème reste entier.

 

La Chine et l’O.N.U.

De même qu’à Berlin, tous les commentateurs croyaient que les Soviets craignaient la Communauté Européenne de Défense et chercheraient  par tous les moyens à empêcher sa réalisation, tous s’accordent avant Genève à penser que le but essentiel des Chinois est d’obtenir leur admission à l’O.N.U., et qu’ils sacrifieront, s’il le faut, Ho Chi Minh pour obliger les Américains à leur ouvrir les portes de l’organisation internationale.

Nous pensons que cette fois encore ils se trompent. Sans doute les questions de prestige jouent un rôle dans le comportement chinois et ce serait pour eux un triomphe que de chasser Tchang Kaï Chek de l’O.N.U. et d’y figurer comme cinquième Grand. Mais de là à croire qu’ils payeront ce succès d’un grand prix, il y a loin.

Le marchandage, admission à l’O.N.U. contre paix en Indochine que les Sino-Russes laissent pressentir sans l’avoir d’ailleurs jamais formulé est, tout comme le marchandage C.E.D. contre réunification et neutralisation de l’Allemagne, le dilemme qui peut le mieux diviser les Alliés. Dans un article récent, M. Lippmann accusait déjà Dulles de s’être laissé coincer entre sa promesse de ne pas reconnaître Pékin et l’hostilité que lui témoignerait le monde libre s’il refusait de consentir ce prix pour le rétablissement de la paix en Asie et la fin de la guerre froide. Si Dulles a couru délibérément ce risque – en se ménageant toutefois une porte de sortie –, c’est qu’il ne croit pas que le désir de Pékin de s’asseoir à l’O.N.U. lui fasse abandonner ses positions stratégiques. Pour que les Chinois posent le marché en ces termes simples, il faudrait que la guerre d’Indochine sous sa forme actuelle ait cessé de les intéresser. Il faudrait surtout que cela corresponde aux intentions de Moscou.

 

Un Gouvernement Collectif à Pékin

Les journaux anglais les plus sérieux se font l’écho de changements importants dans l’organisation du pouvoir à Pékin. Mao Tsé Tung passe pour malade, et le fait n’a jamais été démenti. Le Comité central du Parti qui ne l’appelle plus Président mais Camarade, se serait transformé, comme celui de l’U.R.S.S. après la mort de Staline. On aurait renoncé au culte de la personne et au pouvoir d’un seul homme. Le Parti serait dirigé par un organisme collectif dont le membre le plus influent serait Liu-Chao-Chi qui a fait à Moscou son éducation politique et passe pour l’homme du Kremlin.

En tous cas, l’axe Moscou-Pékin semble plus solide que jamais, et les deux délégations présenteront à Genève un bloc sans fissure. Les débats qui doivent durer trois mois ne seront peut-être pas plus passionnants que ceux de Pan Mun Jon.

 

Evolution de l’Opinion Française sur l’Indochine

La presse étrangère note que le problème indochinois a sensiblement évolué depuis quelques jours dans l’opinion française. Les partisans de la paix à tout prix ont baissé le ton. D’abord parce qu’en regardant les choses plus objectivement, on s’est aperçu que loin d’être actuellement un fardeau financier, la guerre d’Indochine  rapporte des dollars au Trésor et du travail à quatre-vingt mille ouvriers français, et que cette lutte cruelle si courageusement soutenue par ceux qui payent de leur personne sans se plaindre est appréciée dans le monde comme une manifestation d’énergie et de vitalité qui devrait faire honte à ceux qui à l’intérieur sont toujours prêts à capituler. Nos vertus militaires compensent aux yeux du monde notre veulerie civique. On a compris aussi l’atout que représentait cette guerre dans le jeu diplomatique ; nos lecteurs sont depuis longtemps familiers avec ces considérations mais le public français, même celui qui passe pour éclairé, ne l’était pas. Si d’autre part, la situation militaire qui ne tardera pas à se fixer au début de la saison des pluies demeure favorable et que Dien Ben Fou reste en nos mains, la France pourra se présenter à Genève sans faire figure de demandeur.

 

L’Indochine et les Etats-Unis

A Washington, la question indochinoise est de plus en plus au premier plan. Il est particulièrement significatif qu’une entrevue ait eu lieu ces jours-ci entre Eisenhower et Mac Arthur. En aucun cas, les Etats-Unis n’abandonneront l’Asie du Sud-Est aux Chinois. Gardons toujours en mémoire que l’échec des Américains en Corée, la première humiliation de leur histoire, est une blessure dont ils ne parlent jamais, mais à laquelle ils pensent sans cesse. Les Américains la vengeront un jour si lointain qu’il soit, et l’on ne comprendrait pas exactement le soutien dont McCarthy jouit dans l’opinion si le sénateur du Wisconsin ne traduisait pas, bien plus que la hantise de la trahison et du communisme, la rancœur des Américaines contre ceux qui ont refusé de donner à Mac Arthur, puis à Van Fleet les moyens de vaincre sur le Yalu. C’est ce souvenir qui planera sur les élections de Novembre prochain. C’est aussi pourquoi l’aide à l’Indochine, si coûteuse qu’elle soit au contribuable américain, est appuyée par tous les hommes politiques et presque toute la presse. La bataille de Dien Bien Fou favorablement commentée, sert notre prestige. Les Sino-Russes savent fort bien qu’ils ne trouveront pas à Genève des partenaires démoralisés. Il se pourrait qu’en cas d’échec des pourparlers, des moyens militaires autrement puissants et efficaces, soient mis en œuvre à l’automne pour forcer la décision. Cette menace est la meilleure chance d’obtenir un armistice.

 

Le Commerce Est-Ouest

On continue à faire grand battage des entretiens multiples qui se succèdent pour l’élargissement des échanges Est-Ouest. Des marchés ont été traités c’est certain, mais les chiffres effectifs sont bien modestes en regard des prévisions de la propagande. L’État soviétique fait de bonnes affaires. Il achète des oranges italiennes à 0,80 le kilo, rendues en U.R.S.S. il les revend 2.15 Roubles aux  ménagères ; le capitalisme d’Etat a de bonnes leçons de profit à donner aux exploiteurs et ploutocrates occidentaux. En U.R.S.S., là au moins, il n’y a pas d’intermédiaires parasites.

 

L’Objectif des Pourparlers Commerciaux

Le but réel de ces alléchantes promesses d’échanges Est-Ouest est de dresser les Européens contre le « Battle Act » que les Américains ont imposé pour empêcher l’exportation de matériel stratégique au-delà du rideau de fer, et la commission COCOM chargée de l’appliquer. Cela vise surtout les commerçants anglais irrités par ces restrictions et formalités qui les gênent pour leurs exportations.

L’élargissement des échanges a aussi pour objet d’obtenir les marchandises jusqu’ici prohibées que les Soviets et les Chinois devaient se procurer fort cher au marché noir avec les risques inhérents à ce genre de transactions. Il ne semble pas cependant que les exportations des pays libres aient été aussi sensibles à l’appât que l’espéraient les Russes. La mission anglaise qui devait venir à Berlin-Est rencontrer les Chinois a été décommandée. Le rideau de fer est aussi le mur de la méfiance.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1954-03-20 – Priorité du Temps

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Le Courrier d’Aix – 1954-03-20 – La Vie Internationale.

 

Priorité du Temps

 

Une vive activité diplomatique se déploie sur plusieurs plans : la question centrale est de savoir si la Conférence de Genève s’ouvrira avant que la C.E.D. ne soit présentée au Parlement français et que celui-ci se soit prononcé. Les Russo-Chinois, contrairement à ce que l’on a dit, ne semblent pas disposés à un ajournement. Les Américains, au contraire, pensent que l’unité des trois Alliés qui s’est affirmée à Berlin serait mieux assurée si la C.E.D. était ratifiée avant qu’on discutât à Genève. Le Gouvernement français manœuvre à l’intérieur et à l’extérieur pour tirer le meilleur parti de cette divergence, et obtenir que les conditions préalables posées pour la ratification soient aussi avantageuses que possible.

 

Le Problème Sarrois

A cet égard, la difficulté majeure demeure la question sarroise, seul obstacle sérieux à une coopération franco-allemande. Le chancelier Adenauer serait personnellement favorable à des concessions suffisantes pour obtenir l’accord français. Mais si solide que soit sa position personnelle, il ne peut heurter les sentiments d’une large part de sa majorité que tout abandon de la souveraineté allemande en Sarre irrite. Français et Sarrois veulent une solution définitive. Les Allemands n’entendent consentir que des concessions temporaires permettant de rouvrir la question à la conclusion d’un traité de paix …

Il y a certainement de part et d’autre un vif désir d’aboutir, mais l’opposition des intérêts est si large qu’on peut douter du succès. Pourra-t-on se satisfaire d’une formule qui comporterait des menaces de rupture de l’accord à l’avenir. Ce qui augmente la difficulté, c’est que la proposition Von Naters, prise comme base de discussion, postule l’européisation de la Sarre, c’est-à-dire posée comme condition préalable que l’idée de l’intégration européenne est admise, non seulement en théorie, mais pour sa réalisation pratique dans un délai raisonnable.

 

Les Difficultés de l’Intégration Européenne

Or, les difficultés de la position économique de la France ne laissent pas prévoir le jour où cette intégration pourra être accomplie. Toute l’économie française depuis les années 1930 s’est orientée vers une semi-autarcie d’un bloc franc appuyé sur les territoires d’outre-mer. La production indochinoise qui promettait beaucoup avant la guerre rendait la formule plausible et les possibilités d’investissement étaient suffisantes pour amener le développement de l’empire, comme on disait, à un point d’équilibre économique où l’apport extérieur aurait été réduit.

Ces conditions n’existent plus – l’Indochine posera, si la paix intervient, un problème de reconstruction pour lequel les capitaux américains seront indispensables. De plus, les besoins de l’économie telle qu’elle a évolué depuis vingt ans, ont mis la France et son empire dans une position de moins en moins favorable, les matières premières qui ont pris le plus d’importance étant celles qui nous font le plus défaut.

La solution européenne apparaît donc comme seule possible si l’on veut sortir de l’artificiel où nous sommes. Cela n’ira évidemment pas sans douleur, sans réformes cruelles. Mais si les événements nous y obligent, bon gré mal gré, la crise sera autrement grave.

 

La Crise Italienne

La situation intérieure de l’Italie était déjà préoccupante depuis l’échec de la coalition gouvernementale aux élections de Juin, par suite de la fragilité des gouvernements qui ont essayé, au prix de concessions multiples, de maintenir la politique de Gasperi. La faiblesse du pouvoir, les grèves successives appuyées par tous les syndicats même démo-chrétiens, les progrès réguliers de l’opposition socialo-communiste avaient alarmé les Alliés occidentaux. L’avènement au pouvoir d’un homme réputé fort, M. Scelba, avait rendu l’espoir d’une certaine stabilité, quand un procès en soi assez banal a tout remis en question : l’affaire Montesi. Les passions populaires qui s’expriment sont hors de proportion avec l’incident, et c’est cela précisément qui est grave.

Dans une propriété de chasse aux environs de Rome un pseudo marquis réunissait à des parties scabreuses des personnes bien relationnées dont le fils de l’actuel Ministre des Affaires Etrangères. Au cours d’une de ces fêtes, une jeune personne décéda, victime sans doute de stupéfiants, on la retrouva noyée sur le rivage proche. La police étouffa l’affaire. Le Parti au pouvoir dont les compromissions dans la circonstance sont cependant fort vagues a servi de cible à ses adversaires qui se posent en défenseurs de la moralité. Le régime social lui-même est mis en cause pour les excès de quelques tarés comme il s’en trouve cependant sous tous les régimes et dans toutes les sociétés.

C’est la démocratie même qui est usée. Les Italiens, comme tous les latins, n’ont pas le tempérament démocratique. Ils éprouvent périodiquement le dégoût de l’anarchie et des privilèges qu’elle comporte pour certains et aspirent à un ordre imposé brutalement comme une discipline dont ils se sentent incapables. Il reste en Italie une nostalgie de Mussolini malgré ses ridicules et son lamentable effondrement. Le risque aujourd’hui, c’est que le dictateur ne prenne la forme d’un Staline, ce qui serait pour le monde libre un désastre majeur. Hâtons-nous de dire que nous sommes persuadés qu’il n’en sera rien ; un certain bon sens très italien interdit à nos voisins de se passer des concours extérieurs auxquels ils doivent leur relèvement et ils ne le sacrifieront pas à leurs passions. Mais le rétablissement de l’ordre sera très difficile à assurer.

 

L’Indépendance Politique du Canada

Une nouvelle grande puissance est en train de naître grâce aux prodigieuses découvertes de richesses naturelles qui ont pour ainsi dire éclaté en chaîne au cours des dernières années : le Canada.

Conscients de cet avenir illimité et de cette puissance croissante, les dirigeants d’Ottawa ont cherché à prendre une position indépendante et influente dans la société internationale. Le Canada n’est plus un  simple Dominion britannique, annexe de la puissance économique des Etats-Unis. Les capitaux du monde entier ont afflué au Canada et la monnaie canadienne fait prime sur le dollar américain. Le Premier, Saint-Laurent, vient de faire son tour du monde, et le Ministre des affaires étrangères Lester Pearson est intervenu de façon plutôt frondeuse dans tous les grands débats aux Nations-Unies, critiquant parfois âprement des initiatives de leur grand voisin. Ces jours-ci, M. Saint-Laurent et M. Pearson se sont prononcés pour la limitation des droits d’initiative des Etats-Unis dans la conduite des affaires mondiales, et ont réclamé sans ambigüité que les décisions dans un cas précis, comme l’emploi de représailles atomiques en cas d’agression communiste, soient prises collectivement avec l’adhésion de tous les membres du Pacte Atlantique et non par le président Eisenhower, revendication qui ne fait qu’exprimer ce que les Britanniques pensent.

Les Canadiens sont mieux placés pour élever la voix. Ils se sont faits les porte-paroles du monde libre inquiet des prétentions et des excès du Maccarthisme. Les Etats-Unis qui ont plus besoin du Canada que le Canada des Etats-Unis à cause des réserves de pétrole, de fer et d’uranium qui seront dans l’avenir indispensables à leur machine industrielle se trouvent embarrassés pour réagir. L’intention des Canadiens est de jouer un rôle d’arbitre et de devenir dans le monde un facteur d’équilibre et de puissance. Le risque de cette politique, d’intention louable, si elle n’est pas appliquée avec assez d’adresse et d’expérience, serait d’ajouter à la confusion des intérêts et des volontés dans le monde libre, et peut-être de le paralyser au moment des décisions nécessaires.

 

Dien-Bien-Fou

Dien-Bien-Fou, à l’heure où nous écrivons est le point critique sur lequel tous les yeux sont fixés. Le Viet-Minh a-t-il reçu l’ordre de remporter un succès coûte que coûte pour décourager l’opinion française et lui faire accepter un armistice à n’importe quel prix, ou bien les Viets ont-ils voulu de leur propre initiative prouver leur valeur pour éviter d’être sacrifiés à Genève par les Sino-Russes ? … toujours l’énigme de l’Asie.

 

                                                                                            CRITON

 

 

 

Criton – 1954-03-13 – Toujours l’Indochine

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Le Courrier d’Aix – 1954-03-13 – La Vie Internationale.

 

Toujours l’Indochine

 

Le problème indochinois est au centre de la conjoncture mondiale. Les énigmes de l’Asie ne sont pas pour autant résolues, et ce n’est pas le débat à la Chambre française qui y apporte la lumière. Un ensemble de faits cependant confirme l’impression que Chinois et Russes pourraient avoir résolu d’abandonner Ho Chi Minh. Le « on verra bien » » de M. Bidault traduit avec circonspection ce sentiment.

 

Un Discours à Pékin

Dans un discours assez curieux, une personnalité chinoise de Pékin, Chen Yun, rappelle le mot de Staline que les grandes révolutions populaires ne remportent jamais la victoire d’un seul coup et que leur force vient de leurs progrès, mais aussi de leurs retraites. La Russie en 1927, dit encore Chen Yun, s’est repliée sur elle-même dans l’intérêt de la révolution mondiale. Sans attacher à ce discours plus d’importance qu’il n’en comporte, on peut le rapprocher des déclarations officielles de Chou en Laï, et des confirmations apportées également ces derniers jours par Ho Chi Minh lui-même de ses propositions d’armistice faites en Novembre dernier à un journal suédois. Molotov et « La Pravda » ont successivement repris le même thème. Enfin, à la Conférence de Genève de la Commission économique pour l’Europe, M. Kamychine, délégué russe, a fait à la France des avances significatives. Par ailleurs, on signale parmi les chefs vietminh un certain désarroi qui n’a pas que des causes militaires. Tout cela ne suffit pas cependant à nous permettre de distinguer une manœuvre politique en tout état de cause profitable aux communistes, d’un réel désir d’en finir avec la guerre d’Indochine.

 

Les Difficultés Economiques de l’U.R.S.S.

Mais il y a un autre aspect du problème : celui des difficultés économiques, tant russes que chinoises, dont l’ampleur masquée par les statistiques suspectes que nous propose le Kremlin est révélée par les aveux mêmes des dirigeants. Dans son dernier discours, le nouveau Maître de l’économie soviétique, Krouchtchev, insiste sur l’insuffisance de la production agricole et, contredisant ses propres déclarations précédentes, reconnaît que la production des céréales en Russie est insuffisante à nourrir la population. Que sont devenus alors les 131 millions de tonnes annoncés pour 1953 et le cri de joie de M. Malenkov il y a six mois « le problème du blé est résolu à jamais » ? Les statistiques russes qui sont centralisées à Moscou par la bureaucratie proviennent des déclarations des responsables locaux qui, pour éviter des sanctions, annoncent toujours qu’ils ont rempli ou dépassé le plan, et n’hésitent pas parfois à doubler le chiffre réel. Il en est de même dans une proportion moindre des statistiques industrielles.

 

Le Commerce Est-Ouest

C’est sans doute ce qui explique que les contrats souscrits par les offices russes d’exportation portent sur des marchandises qui, en fait, ne sont jamais livrées. Un journal économique allemand signale la déconvenue d’un importateur danois de produits chimiques promis par l’Allemagne soviétique, qui attend de mois en mois une livraison fantôme. En confrontant son contrat avec celui d’autres importateurs, il a constaté que son contingent avait été vendu quatre fois à des clients différents ! Ce qui nous en promet de belles si nous comptons sur  les livraisons d’au-delà du rideau de fer pour économiser nos devises fortes !

En fait, plus que jamais, les maigres ressources des pays satellites vont en quasi-totalité vers l’U.R.S.S. qui manque de biens consommables à un degré que seuls voient les voyageurs avertis et que peut-être les dirigeants russes ne connaissent pas exactement eux-mêmes. Un occidental ne peut imaginer ce qu’est la bureaucratie soviétique. Il est probable que les promesses des livraisons de Moscou à la Chine communiste qui dépend pour 72% de son ravitaillement extérieur de la seule Russie, n’ont pas été plus honorées que les autres.

 

La Famine en Chine

Passons aux aveux de Pékin : le Ministre de l’économie reconnaît que sur une population estimée à 500 millions, dix pour cent sont actuellement en proie à la famine et dix autres pour cent à une « extrême pénurie » ce qui en français signifie que 100 millions de Chinois meurent de faim sur 500. Il se pourrait donc dans ces conditions que l’aide à Ho Chi Minh soit devenue article de luxe et que les dirigeants de Pékin lorgneraient pour se tirer d’affaire, les surplus américains dont Eisenhower ne sait que faire.

Dans sa dernière conférence de presse, et malgré la vertueuse indignation des ménagères américaines, le Président n’a pas, cette fois, nié que le beurre américain pourrait être soldé à bon compte aux Soviets, en sorte que les ménagères de Moscou mangeraient le beurre du Wisconsin au quart du prix qu’on paye à New-York, à moins que M. Malenkov, en le baptisant russe, ne remette les prix en ordre en prélevant un petit impôt de 300 pour cent en faveur du trésor. Car dans ce pays essentiellement démocratique, ce sont les produits alimentaires qui supportent la plus large part des impôts.

L’ironie mise à part, un fait est certain : les difficultés économiques des pays communistes sont telles qu’ils en sont eux-mêmes effrayés et ne s’en cachent même pas, ce qui pourrait amener des changements sérieux dans leur politique extérieure afin de se procurer l’indispensable.

 

L’Ignore-t-on au Parlement ?

Ces questions ne sont pas ignorées des dirigeants français. Elles semblent l’être par contre de l’homme qui se présente comme leur éventuel successeur et dont le discours à la Chambre sur l’Indochine nous promet de beaux jours, si par malheur ses ambitions étaient couronnées de succès. La France tient dans l’affaire, tant sur le plan militaire que sur le plan économique, des atouts supérieurs à ce qu’ils furent jamais. On peut être assuré d’une chose, que si les communistes sont décidés à en finir, ils capituleront sans conditions. Ils l’ont bien fait en Grèce et en Yougoslavie. Dans le cas contraire, aucune négociation n’aboutira, pas plus à Genève qu’à Hanoï. M. Mendès-France devrait le voir.

 

Le Retour de Naguib

Les événements du Caire découragent les chroniqueurs par la rapidité de leur déroulement : voilà Naguib de retour, en place partout, comme avant le conflit avec Nasser. On paraît s’en féliciter à Londres, et surtout à Washington. Naguib passe pour vouloir solliciter la médiation américaine dans le conflit du Canal de Suez. Mais les Anglais ne le croient pas assez solide pour décider d’un compromis. Dans les affaires d’Orient, on ne peut nier qu’ils s’y connaissent, les querelles de Mameluks finissent généralement en tragédie … On verra bien.

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1954-03-06 – Solidarité du Monde Atlantique

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Le Courrier d’Aix – 1954-03-06 – La Vie Internationale.

 

Solidarité du Monde Atlantique

 

Les conséquences sur le plan international de la Conférence de Berlin commencent à se faire sentir ; la solidarité du monde libre s’est renforcée au point qu’on peut prévoir, avec quelque optimisme peut-être, que les divergences anciennes seront en cours d’année à peu près effacées. Si l’on se rappelle la situation antérieure à la Conférence des Bermudes, on mesure le chemin parcouru dans ce sens.

 

Progrès de la Solidarité Atlantique

Les faits les plus saillants : d’abord le rapprochement anglo-américain sur la question Coréenne ; sur la défense du Pacifique ; l’atténuation des conflits d’intérêt des deux puissances dans les affaires Chinoises et Japonaises ; la fin du conflit d’influence et de stratégie en Méditerranée, et l’accord qui semble à peu près établi sur la défense du Proche-Orient ; les pétroles Iraniens ; la question Palestinienne ; l’attitude à l’égard de l’Egypte et du Bloc arabe en voie de dislocation. Enfin et surtout, la collaboration dans le domaine atomique que Londres tenait à cœur.

Anglais et Américains sont en outre tout-à-fait d’accord sur les questions européennes, en particulier l’Allemagne et sa participation à la défense commune à laquelle ils feront tout leur possible pour associer la France. Du côté Français d’ailleurs, des progrès plus réels que visibles sans doute ont été faits vers la ratification de la C.E.D. accompagnée de nouvelles garanties mais substantiellement intacte. ; la participation de la France au règlement des pétroles iraniens, et vraisemblablement l’accord français sur l’avenir du Proche-Orient, en particulier de la Grande Syrie, la pression américaine à Madrid pour éviter une tension franco-espagnole ; l’abandon de tout soutien aux nationalistes d’Afrique du Nord ; de nouvelles garanties sur la défense de l’Europe qu’on fait prévoir à la Maison Blanche, enfin une collaboration plus étroite entre les gouvernements de Paris et de Washington sur la conduite de la guerre d’Indochine. Tous ces faits méritaient d’être énumérés.

 

Solidarité Économique

Le progrès est aussi sensible dans le domaine économique. Si l’élargissement du commerce libre est encore semé d’obstacles, on tend néanmoins vers une harmonisation des systèmes économiques du monde atlantique, facilitée par l’existence des difficultés analogues dans les grands pays et aussi par l’affaiblissement des tendances socialistes. Si une formule de coopération est acquise bientôt entre la France et l’Allemagne, si d’autre part, la Conférence de Genève ne fait pas surgir de problèmes nouveaux, on pourra conclure que les efforts de Moscou pour diviser le Monde occidental ont échoué.

 

La Conférence de Genève et l’Indochine

Le point le plus obscur, comme nous l’avons vu, reste les intentions des Russes et des Chinois quant au règlement de la guerre d’Indochine. De deux choses l’une : ou bien il ne s’agit que d’une manœuvre et il ne saurait être question de faire par avance des concessions dangereuses ou de donner des signes de faiblesse ; ou bien il s’agit d’une résolution arrêtée par les Sino-Soviétiques de suspendre les frais de la guerre et dans ce cas, la fermeté et l’intransigeance payeront. C’est bien dans ce sens que les gouvernements français et américain ont arrêté leur politique sur le modèle de l’attitude adoptée à Berlin et qui a donné à cet égard de bons résultats.

Nous avons montré ici qu’en dehors de toute considération d’ordre humain et psychologique, du soulagement moral qu’il nous apporterait, la fin du conflit indochinois, le slogan répandu dans une opinion mal informée selon lequel la paix en Extrême-Orient nous délivrerait d’un fardeau financier considérable, est absolument erroné.

D’une étude approfondie publiée dans une revue allemande spécialisée, il ressort au contraire que le coût du rapatriement et de l’entretien en France du corps expéditionnaire dépasserait de beaucoup les sommes que nous consacrons, en dehors de l’aide américaine, à la guerre d’Indochine. D’autre part, les dollars fournis par cette aide sont un élément majeur de nos ressources pour combler notre déficit commercial en devises fortes. La fin de cet apport nous mettrait en présence de difficultés présentement insurmontables, susceptibles de mettre en danger notre redressement financier au lieu, comme on le dit, de nous rendre notre indépendance. Ce qui ne veut pas dire que la paix ne serait pas la bienvenue, mais il ne faut pas lui attribuer des avantages politiques et financiers qu’elle ne saurait fournir.

 

Les Événements du Caire

Les événements tragi-comiques du Caire ont montré la fragilité de la dictature égyptienne qui nous était apparue dès le départ. L’Egypte est mal préparée à l’application de méthodes militaires dans la vie civile et religieuse. Si Naguib n’a pas tout à fait succombé, grâce à sa popularité personnelle, l’avenir de ce qui lui reste d’autorité paraît menacé. Il n’y a pas à cela que des causes internes. Les Américains avaient commis l’erreur de miser sur Naguib, avaient contribué à monter son prestige. Peu à peu, ils se sont ressaisis et aujourd’hui, l’Egypte paraît isolée du monde arabe qu’elle cherchait à entraîner dans le neutralisme. Et l’Inde, son dernier allié moral est bien loin ; isolée elle-même, il se pourrait qu’elle soit amenée à  changer d’attitude, en fait sinon en paroles.

 

Le Coup d’État en Syrie

Les événements de Syrie qui ont coïncidé assez curieusement avec ceux d’Egypte ont encore enlevé une chance aux  ambitions des militaires du Caire. La chute de Chichakli devrait normalement préparer la formation d’une grande Syrie qui engloberait sous la même autorité l’Irak, l’actuelle Syrie et la Transjordanie. Ce n’est un mystère pour personne que cette fusion correspond aux vues des Anglais auxquelles les Américains se sont ralliés.

Il est exact que la France était d’un avis opposé et tenait au maintien de l’indépendance Syrienne qui garantissait celle du Liban où nos intérêts demeurent importants. Mais depuis deux ans, les objections françaises ont dû perdre de leur valeur et, si l’on tient compte de l’actuelle tendance des dirigeants de Beyrouth, on peut se demander si les intérêts français ne seraient pas mieux assurés si la Grande Syrie se réalisait. Des accords ont dû être négociés en secret dans ce sens dont le public n’est pas informé.

 

Israël

Reste un autre isolé, Israël. Là aussi l’attitude américaine a, comme nous l’avons vu, changé complètement, l’expansion israélienne n’a plus l’appui de Washington et encore moins de Londres. L’Occident a besoin de la sympathie et de l’appui du monde arabe et la solidarité de celui-ci contre le monde atlantique est en train de se dissoudre. L’action violente de la Ligue arabe contre nos positions en Afrique du Nord, ne nous permet pas de le regretter, bien au contraire. Si comme il paraît, des concessions d’ordre économique nous ont été offertes pour nous associer aux efforts politiques des Anglo-Saxons, M. Bidault a eu raison de les accepter. Ce qui se serait fait en tout état de cause, l’aurait été sans nous, et peut-être contre nous.

 

L’Attentat des Nationalistes Portoricains

Cette évolution vers une solidarité atlantique plus étroite devrait être favorisée dans l’opinion américaine par le malheureux attentat perpétré par les nationalistes Portoricains contre la Chambre américaine des Représentants. On ne peut éviter ce rapprochement entre le terrorisme de Washington et celui de Casablanca et de Tunis. Ce sont les mêmes éléments qui luttent contre l’influence des grandes puissances dans les pays d’autres races. Rien ne les désarme, pas même l’octroi des libertés les plus complètes, comme ce fut le cas pour Porto-Rico. Ce triste événement comporte un enseignement qui, espérons-le, sera médité aux Etats-Unis.

 

                                                                                            CRITON

 

 

 

Criton – 1954-02-27 – Enigmes de l’Asie

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Le Courrier d’Aix – 1954-02-27 – La Vie Internationale.

 

Enigmes de l’Asie

 

Le chancelier Adenauer a affirmé à Berlin : « Les Soviétiques ont montré à la Conférence que leur objectif était un règlement en Asie, et qu’une solution des problèmes européens ne les intéressait pas », affirmation à notre avis bien téméraire, car nul ne sait ce que sont au juste les intentions du Kremlin ; Churchill en a fait, depuis Mai dernier, l’expérience à ses dépens.

Les Sino-Soviétiques, en effet, recherchent une conférence sur l’Asie et ils n’ont eu aucune peine à en fixer la réunion. Il est possible qu’ils aient en vue une modification de l’actuel état de choses, mais cela n’est pas certain.

 

Les Chances d’un règlement en Corée

Voyons la situation de près. En Corée d’abord, les Sino-Coréens n’ont rien fait jusqu’ici pour faciliter la réunion d’une conférence qui était l’objectif des pourparlers de Pan Mun Jon. Quel serait au surplus un règlement possible de l’affaire coréenne ? Une réunification du pays est hors de question. Les Chinois tiennent la Corée du Nord, comme les Russes l’Allemagne orientale ; ils y ont placé leur gouvernement satellite ; ils réorganisent le pays au profit de leur économie, et consolident à la frontière fixée par l’armistice leur dispositif militaire. Entre la Corée de Syngman Rhee et celle de Kir II Sun, il n’y a pas de compromis possible : on n’y songe d’ailleurs, ni d’un côté, ni de l’autre.

Tout ce que l’on peut attendre de la Conférence de Genève est qu’elle prolonge pour une durée illimitée les accords d’armistice. Tout au plus peut-il s’y ajouter quelque accord d’ordre économique facilitant les échanges entre les deux portions du pays.

 

L’Indochine

Pour l’Indochine, la question est plus complexe. Il est des inconnues que personne en Occident ne peut percer.

Il se peut que les Russes, pour maintenir sur la Chine une pression politique et économique, veuille barrer à Mao Tsé Tung la route de l’Asie du Sud-Est dont la possession peut à elle seule rendre à la Chine communiste son indépendance. L’aide Russe au Viet-Minh a été jusqu’ici très limitée. Malgré les difficultés des communications, il fut un temps où les Soviets auraient été en mesure de fournir à Ho Chi Minh les moyens, sinon de rejeter le corps expéditionnaire français à la mer, du moins de réduire l’occupation française à quelques bases isolées. Ils ne l’ont pas fait.

Il se peut qu’aujourd’hui le Kremlin veuille liquider la guerre d’Indochine comme il l’a fait en Grèce parce qu’en face de l’aide croissante des Etats-Unis à la France, une victoire des Viets est impossible, même à longue échéance. En ce cas, Chinois et Russes sont-ils d’accord ? Nous l’ignorons.

 

Hypothèses

Mais il y a malheureusement d’autres hypothèses. D’abord la plus vraisemblable : les perspectives d’un cessez-le-feu en Indochine sont de nature à créer entre la France et les Vietnamiens d’une part, entre la France et les Etats-Unis de l’autre, des difficultés innombrables. De plus, des conférences prolongées peuvent retarder, ou remettre en question pour la France, la ratification des accords de Bonn et de Paris, cause de frictions sinon de tension entre la France et ses partenaires occidentaux. Et si, après des pourparlers inutiles comme à Berlin, la guerre en Indochine pendant quelques mois suspendue ou fort ralentie, se rallumait, on obtiendrait une crise encore plus grave dans l’opinion française et dans les rapports de celle-ci avec ses partenaires atlantiques. Une telle tactique correspondrait bien à la manière des Soviets. Elle serait en tous cas payante.

 

Ce que serait un Armistice en Indochine

Mais il y a autre chose à envisager, ce qu’on n’a pas fait jusqu’ici. Supposons que l’appel pour un cessez-le-feu du Pandit Nehru soit inspiré par Pékin et Moscou et rejoigne les interviews antérieures d’Ho Chi Minh. Supposons également qu’elles soient suivies d’effet, et qu’avant la Conférence de Genève un armistice de fait intervienne en Corée. Cette période de cessation des hostilités serait beaucoup plus avantageuse pour le Viet-Minh qui pourrait tranquillement refaire ses forces, recevoir du matériel, reconstituer ses dépôts de vivres, recruter de nouveaux soldats dans tout le territoire laissé sous son contrôle. Pendant ce temps, le corps expéditionnaire respectant la trêve, demeurerait inactif sur place sans que sa puissance augmente tandis que son moral se détendrait, ce qui le rendrait très vulnérable à une soudaine reprise des hostilités. Donc même si un cessez-le-feu intervenait, du fait même qu’il n’y a pas en Indochine comme en Corée de ligne de démarcation , on ne pourrait savoir avant longtemps si la trêve est un piège ou un prélude à la paix. En conséquence, affirmer que les Soviets veulent un règlement en Asie paraît absolument gratuit dans l’état présent. Il faudrait pour en avoir la preuve des garanties telles qu’on ne peut croire, après Pan Mun Jon, que les Sino-Russes sont disposés à les donner.

Pour que l’on puisse se fier à la solidité d’un armistice en Indochine, il faudrait avoir confiance, sans contrôle possible, en la bonne foi de nos adversaires ; ce qui serait le comble de la candeur. Si l’on regarde les faits en réaliste, un armistice en Indochine actuellement serait une imprudence grave, à moins de garanties et de gages formels de la part du Viet-Minh. Le gouvernement et le haut commandement  en sont probablement convaincus. Il faudrait que les politiciens irresponsables, qui font de leur pacifisme un argument démagogique en prennent conscience.

 

Si les Soviets voulaient un Règlement en Asie

Reste enfin une dernière hypothèse. Les Sino-Russes veulent peut-être effectivement la fin des hostilités en Indochine, parce que la guerre est coûteuse et difficile à entretenir et ne paie pas, et que Ho Chi Minh et ses hommes, installés à la faveur de la paix dans la vie politique si divisée du Vietnam et grâce à l’impopularité de Bao Daï, pourraient au bout d’un temps plus ou moins long, par infiltrations successives, réaliser un coup de force dans un Vietnam indépendant qui leur donnerait le pouvoir comme Grotewohl en Tchécoslovaquie. Perspective qui elle non plus n’est pas flatteuse pour nous comme pour le monde libre.

Quelle que soit de ces hypothèses celle qui correspond aux intentions de Moscou et de Pékin, elles comportent toutes de sérieux dangers. Il est nécessaire d’avoir cet examen présent à l’esprit pour ne pas entretenir d’illusions sur une détente en Asie comme certains en ont entretenu jusqu’à la Conférence de Berlin sur l’Europe.

 

Le Rôle des Maréchaux en U.R.S.S.

On a remarqué avec raison que la politique de Molotov à Berlin représentait les vues du grand État-Major soviétique. A de nombreux signes, on devine depuis la mort de Staline l’ascension des militaires qui se sont débarrassés de Beria. On vient d’apprendre que le maréchal Timochenko a reçu la direction du Parti en Russie blanche, que le maréchal Bagramian a été nommé membre du présidium de Lettonie, et le général Breschnew du Kazakhstan. Le maréchal Tchouikov participe à la direction des affaires civiles en Ukraine. Si l’on additionne les fonctions de Rokossowski en Pologne et celles des maréchaux Schukow et Koniev au présidium suprême de l’U.R.S.S., et que l’on ajoute à ces militaires de carrière les maréchaux politiciens Boulganine et Vorochilov, on constate que l’impérialisme révolutionnaire cède peu à peu à l’impérialisme militaire, ce qui est dans la logique de l’histoire. La cause de la paix y gagnera-t-elle ?

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1954-02-20 – Les Doctrines et les Faits

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Le Courrier d’Aix – 1954-02-20 – La Vie Internationale.

 

Les Doctrines et les Faits

 

Une certaine presse s’efforce de dissimuler l’échec de la Conférence de Berlin, et sans doute l’effort de dernière heure de Molotov aura pour effet de donner des arguments à ceux qui attendaient un changement des relations entre les deux mondes. Mais tout observateur de bonne foi ne peut que reconnaître que ces prévisions les plus pessimistes ont été dépassées ; la Conférence a eu du moins l’avantage de clarifier la situation. Dans l’état présent des forces antagonistes, il n’y a rien à attendre de pourparlers, quel qu’en soit l’objet.

Un seul problème était facile à résoudre qui n’impliquait à aucun des deux camps un renoncement majeur : celui de l’Autriche. C’est là que les Alliés attendaient l’U.R.S.S. Ils lui ont offert une signature du traité aux conditions mêmes qu’elle avait posées. Mis au pied du mur et un moment déconcerté, Molotov n’a pu trouver pour se dérober que des prétextes dérisoires. A moins d’un rebondissement in-extrémis, l’affaire comme les autres est remise au tiroir.

Sans doute, on nous dira que les portes ne sont pas fermées et l’on décidera de convoquer de nouvelles conférences pour discuter de la Corée, et plus tard de l’Indochine. N’en attendent quelque chose que ceux qui veulent suivre le jeu de Moscou pour remettre les projets d’organisation de l’Europe. Après la conclusion des pourparlers sur l’Asie, les réunions reportées à quelques mois n’ont pas d’autre objet.

 

Pourquoi Molotov est-il venu à Berlin ?

On peut se demander maintenant pourquoi Molotov a proposé lui-même la Conférence de Berlin. Nous pensions, comme la plupart des commentateurs, que s’il n’avait en vue aucune conclusion concrète, il se proposait de restituer à la diplomatie soviétique une certaine créance en donnant quelques gages de détail, de nature à rendre les relations plus faciles et à maintenir le contact avec le monde libre sur des bases normales. On s’était trompé. Molotov est venu à Berlin pour prouver que la puissance de l’U.R.S.S. n’avait été en rien ébranlée par la mort de Staline, que ni les objectifs, ni les moyens de la politique russe n’avaient subi de changement. L’offensive contre le monde occidental ne reculait pas d’un pas.

Il n’est peut-être pas très habile de la part de Molotov, qui s’est montré bien médiocre à Berlin, de décevoir un monde qui ne demandait qu’à espérer et à croire, surtout quand depuis quelques mois, les déclarations et les démarches du Kremlin semblaient avoir pour but de changer l’atmosphère. Hitler avait employé les mêmes moyens, faisant alterner les déclarations rassurantes avec les menaces. Il n’avait réussi par là qu’à cristalliser une coalition de crainte et de haine. Malgré l’effort de quelques irréductibles – et il y en avait encore après Munich qui ressemblaient assez à ceux d’aujourd’hui – l’opinion mondiale avait fait le point. Il en sera de même aujourd’hui.

 

Le Problème Indochinois

De même, l’offensive du Vietminh en Indochine qui avait pour objet d’intimider la France, tourne court parce que les Sino-Russes n’ont donné ou pu donner à Ho Chi Minh les moyens de mettre les forces françaises en difficulté. On favorisera une accalmie pour préparer les esprits à une conférence, et au moment où celle-ci sera près d’échouer, une nouvelle offensive viendra pour montrer qu’on a manqué l’occasion de traiter par des exigences excessives. La tactique est trop constante pour ne pas être répétée. Finalement, cela donnera l’occasion aux adversaires de l’actuelle politique française de faire retomber sur notre Ministre la responsabilité de l’échec comme on le fait déjà après Berlin.

Mais cela ne trompe que ceux qui le veulent. Le problème indochinois est au fond assez simple. Il n’y a que deux solutions : ou poursuivre la lutte avec les moyens de la gagner et il faudrait plus d’efforts et plus d’audace aussi bien à Paris qu’à Washington et moins de controverses politiques, mais une volonté sans appel par-dessus et au besoin contre les manœuvres partisanes ; ou bien un repli sur un petit nombre de bases maritimes faciles à contrôler et à défendre en abandonnant le reste au communisme. Toute négociation est par avance sans objet ni espoir et une retraite pure et simple serait une capitulation aux conséquences incalculables qui livrerait au massacre toute l’élite indochinoise et l’Union française à la désintégration. Il faut peser clairement le choix, tant à Paris qu’à Washington.

 

Les Remèdes à la Récession Économique

Plus intéressant, et peut-être plus important que toutes les fausses négociations, est aujourd’hui la lutte contre la crise économique qui, avec des modalités différentes, affecte aussi bien la France que les Etats-Unis.

Il n’y a pas encore en Amérique de crise proprement dite, mais un ralentissement de la progression et un tassement de la conjoncture assez analogue à ceux de 1949. Dans l’état présent du monde, c’est déjà trop. Le président Eisenhower a proposé un programme pour relancer l’économie ; programme qui, quoiqu’il s’en défende, ressemble en tenant compte des changements intervenus dans les données au New Deal de Roosevelt.

Il ne sert à rien de dire que l’Etat n’a pas à se substituer aux individus pour leur assurer emploi et sécurité ; que son rôle n’est que de créer une ambiance propice pour faciliter l’effort des particuliers envers le progrès économique. Les assurances chômage ou maladie, les crédits à la construction, les avances aux collectivités pour des œuvres d’intérêt public, un programme de logements à bon marché et de grands travaux sont des mesures d’ordre social qui n’ont pas besoin d’étiquette : l’idéologie n’a rien à voir à cela. La structure sociale d’une époque impose à tous les gouvernements des mesures analogues, les doctrines dussent-elles en pâtir.

 

Stimuler l’Investissement ou la Consommation

Une controverse s’est élevée aux Etats-Unis sur la préférence à donner à l’un des deux moyens propres à éviter la crise ; le choix entre l’« Investment stimulus » et le « Consumption stimulus ». Faut-il favoriser les investissements ou accroître le pouvoir d’achat des consommateurs les plus mal pourvus ?

En France, le plan Faure-Louvel combine simultanément les deux méthodes. Augmentation des salaires les plus bas et diminution de l’impôt sur les revenus modestes d’un côté, crédit aux sociétés qui veulent rénover leur outillage, détaxations diverses pour favoriser les fusions d’entreprises, crédits à la construction, remises de charges aux exportations, etc., d’autre part.

Aux Etats-Unis, certains Démocrates new-dealistes demandent qu’on porte de 600 à 700 dollars l’abattement à la base de l’impôt personnel, ce qui revient à augmenter le pouvoir d’achat des classes modestes, tandis que les Républicains de l’ « old guard » ne veulent entendre parler que de diminutions d’impôts qui grèvent les entreprises et des taxes sur les dividendes pour inciter les sociétés à investir et les particuliers à leur apporter leur concours sous forme d’épargne et d’achat d’actions, ce qui a pour résultat de créer de l’emploi, de résorber par là le chômage, et d’augmenter de proche en proche la production, le résultat final étant d’augmenter le pouvoir d’achat et le revenu national.

Il ressort d’ailleurs de la controverse entre le sénateur démocrate Fulbright et le représentant républicain Martin, qu’il n’y a pas réellement opposition entre les deux méthodes, mais qu’il s’agit de déterminer laquelle des deux doit être la première mise en œuvre. Si la récession, comme c’est le cas, est de faible amplitude, il faut d’abord stimuler l’investissement. Si cela ne suffit pas et que la crise s’aggrave, on stimulera la consommation et si besoin est, on aura recours à l’inflation jusqu’ici honnie ; les Républicains eux-mêmes qui avaient fait de la lutte contre l’inflation leur plate-forme électorale envisagent maintenant un déficit budgétaire de 10 milliards de dollars, si besoin est.

La peur de l’électeur est le commencement de la sagesse … ou de l’imprudence, et l’on votera en novembre. Comme les slogans de la politique apparaissent dérisoires quand il s’agit de sauver l’économie, les capitalistes intraitables font du socialisme et les socialistes soutiennent ceux qu’on appelait les trusts … parce qu’à une difficulté pressante, il n’y a pas plusieurs solutions.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1954-02-13 – La Paix Soviétique

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Le Courrier d’Aix – 1954-02-13 – La Vie Internationale.

 

La Paix Soviétique

 

Ce qui frappe l’esprit après lecture des plans Molotov de « sécurité mutuelle » et de neutralisation de l’Allemagne, c’est que contrairement à l’attente des Occidentaux, le ministre russe n’a pas cherché à briser leur union. Bien au contraire, ces plans qu’on pourrait appeler la charte de l’impérialisme soviétique, ne peuvent que rendre cette union plus étroite. Les neutralistes de tous les pays ont pleinement raison de s’affliger. Non seulement le vieux bolchévisme ne veut rien céder, mais il trace par avance les moyens qu’il souhaiterait mettre en œuvre pour pousser le rideau de fer de l’Elbe aux bords de l’Atlantique. On voit par là combien les Russes se soucient peu de la C.E.D. Ils voudraient qu’on la ratifiât ici, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

 

Le Plan Molotov

Ce qui est curieux dans le plan Molotov de « sécurité mutuelle », c’est qu’il rappelle en d’autres termes le plan similaire proposé par Hitler au moment de l’affaire des Sudètes : l’Europe aux Européens ce qui veut dire, pourvu que les non-européens se rembarquent, les problèmes européens seront faciles à régler ; le plus fort sur le Continent aura tôt fait de mettre les autres au pas. Ce qui faillit arriver.

A l’heure où nous écrivons, les Quatre à Berlin n’ont pas encore abordé le problème autrichien, mais un article de la « Pravda » qui accuse par avance le Gouvernement de Vienne de mettre par ses manœuvres, obstacle à un accord, fait assez mal augurer des pourparlers. Tout se passe, depuis le début de la seconde semaine, comme si Molotov voulait pousser à la rupture en organisant par avance la propagande pour en rendre responsables les Américains.

 

La Conférence et la Guerre d’Indochine

Par ailleurs, on voit que les communistes ont fait coïncider avec la Conférence de Berlin une offensive générale du Viet-Minh sur tous les fronts d’Indochine. L’inquiétude qu’elle soulève est peut-être plus vive à Washington qu’à Paris. Tout se passe comme si le Bloc sino-soviétique voulait contraindre les Etats-Unis à intervenir dans la péninsule du Sud-Est asiatique et leur faire recommencer l’épreuve de Corée. Les dénégations du président Eisenhower, ne font en réalité que trahir l’inquiétude du Président des Etats-Unis en présence d’une telle éventualité. Comme il est peu probable qu’avec les moyens actuels, même augmentés de nouvelles fournitures américaines, le corps expéditionnaire soit en mesure de terminer victorieusement la guerre, les Etats-Unis voient se préciser le dilemme ; ou bien intervenir eux-mêmes avec des troupes, ou donner aux Français les armes qu’on espère décisives, c’est-à-dire les armes atomiques avec toutes les conséquences morales que cela implique.

 

En Quoi le Plan Molotov diffère des Prévisions ?

Nous parlions au début de Janvier de la problématique de Berlin, avant la Conférence, et nous donnions l’esquisse d’un plan soviétique destiné à tenter la France pour la séparer de ses Alliés atlantiques :

« Accepter une neutralisation de l’Allemagne réunifiée, garantir la permanence de la frontière Oder-Neisse qui consacre la mutilation de l’Allemagne, ne laisser à celle-ci qu’une police sans moyens militaires sérieux ; souscrire à une évacuation générale de l’Allemagne par les quatre occupants, et enfin de demander aux Américains de renoncer à toutes leurs bases en territoire français. »

En compensation, ajoutions-nous, en substance, la France recevrait l’offre d’un armistice en Indochine, des commandes russes pour compenser la perte des commandes offshore et un pacte de sécurité destiné à la rassurer ou plutôt à l’endormir. C’était, en effet, ce que  logiquement les Russes auraient dû faire pour rompre l’unité des Trois à Berlin à empêcher la ratification de la C.E.D., leur cauchemar, disait-on. Or il est manifeste que le plan Molotov, s’il contient certaines des conditions prévues, ne présente rien en échange pour les rendre tentantes ou même acceptables.

Il n’est même plus question d’une réunification de l’Allemagne, ni d’élections libres, conditions indispensables pour que l’on puisse faire accepter, tant aux Allemands qu’aux Français, l’idée d’une neutralisation. L’armistice en Indochine n’est qu’un vœu sans substance, jusqu’ici du moins ; le plan de sécurité mutuelle n’est que la sécurité pour les Russes de dominer peu à peu l’Europe occidentale. M. Bidault n’aura pas grand peine à s’entendre avec Eden et Dulles pour rejeter un tel plan.

 

Conséquences

Que faut-il conclure ? On peut en un sens se réjouir de ce que l’unité de l’Occident n’ait pas été mise à l’épreuve. Si les Russes l’avaient voulu, le moment était terriblement propice pour jeter à bas l’édifice si laborieusement édifié de la collaboration des démocraties et cependant, l’échec probable de la Conférence de Berlin, s’il confirme nos vues constantes, ne nous rassure nullement. Le communisme se sent aujourd’hui assez fort pour ne pas couvrir d’un masque ses ambitions de domination universelle. Le monopole atomique des Etats-Unis n’existe plus, et même si les Soviets sont encore loin de la mise au point technique nécessaire à l’emploi généralisé des armes nucléaires, il est certain maintenant qu’une guerre atomique ne serait plus à sens unique. Les entreprises sino-soviétiques sont protégées par une telle perspective, car ils sont sûrs que les Américains ne pourront déclencher délibérément un conflit de cette nature. Ils n’ont plus dès lors à ménager la France, ou à s’assurer des appuis dans le camp adverse.

Le danger à l’heure présente n’est pas en Europe où le statu-quo est pratiquement assuré, mais en Asie, où la position des Occidentaux est, et demeurera, difficile. Nous craignons qu’en se résignant à l’armistice en Corée, les Américains n’aient commis la même erreur qu’Eden en mars 1936 en refusant de soutenir la France pour empêcher Hitler de réoccuper militairement la Rhénanie. C’est à ce moment-là que la Deuxième Guerre Mondiale a pris naissance. Pourvu que la troisième n’ait pas germé à Pan Mun Jon !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-02-06 – Pronostic Réservé

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Le Courrier d’Aix – 1954-02-06 – La Vie Internationale.

 

Pronostic Réservé

 

Pronostic réservé, disent les docteurs au chevet de la Conférence de Berlin. La première semaine favorisait l’optimisme ; le discours de Molotov, au seuil de la seconde, a consterné ceux qui croyaient résolument à une entente franco-russe, facilitée par des propositions sensationnelles du diplomate soviétique. Et l’ineffable Madame Tabouis, dans « L’Information », qui réussit cet exploit de voir ses prophéties toujours démenties par l’événement, ne cache pas cette fois sa déception. En fait, cette Conférence de Berlin a eu jusqu’ici le mérite sur les précédentes d’être intéressante à suivre. Echanges d’arguments adroits et spectaculaires, rapidité dans les changements de thèmes et discussions ; une atmosphère de colloques vivants. Molotov, l’homme le plus ennuyeux du monde, a été relativement bref. On appréhendait un nouveau « Palais Rose ». Jusqu’ici l’ambiance est tout autre. Ce qui ne veut pas dire qu’il y ait au fond, quelque chose de changé.

 

Les Soviets craignent-ils la C.E.D. ?

Tous les commentateurs, sans exception, aussi bien européens qu’américains tiennent pour acquis que les Soviets ne sont venus à Berlin que pour empêcher la ratification de la C.E.D. et le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest qui serait leur cauchemar. Rien à notre avis n’est moins sûr. Sans doute, Molotov a saisi dans la campagne de propagande contre le Communauté Européenne de Défense une magnifique occasion de diviser les Alliés occidentaux, de détacher peut-être la France du Bloc Atlantique et de rejeter les Anglo-Saxons vers la stratégie périphérique qui séduit l’isolationnisme américain encore vivant et l’insularisme des Britanniques impériaux ; de faire jouer en outre aux communistes français le rôle de patriotes en rallumant les sentiments anti-allemands et peut-être de rendre possible leur retour dans la politique française. Mais tout cela est tactique et propagande.

 

Nos Arguments

Nous avons exposé dans notre article du 21 novembre dernier qu’il était raisonnable de penser que la C.E.D. présente pour les Soviets beaucoup d’avantages et qu’il se peut que, tout en la combattant en paroles, ils la verraient se constituer sinon avec plaisir, du moins sans inquiétude.

En effet, disions-nous, une armée européenne intégrée enlève aux Allemands tout espoir de reconquérir leurs provinces perdues par la force. Les Occidentaux ne se feront pas tuer pour Breslau ou Koenigsberg. Si au contraire comme Molotov fait mine de le proposer, une armée nationale, même limitée, se constituait dans une Allemagne réunifiée, elle serait capable de profiter d’une période de trouble dans l’empire soviétique pour franchir les frontières qu’on lui aurait assignées. De plus, les Soviets comptent, non sans raison, sur les frictions que l’établissement d’une armée intégrée fera naître entre les nouveaux fédérés, surtout si l’Allemagne tendait à prendre dans l’Europe nouvelle une place prépondérante. Enfin, la Communauté de Défense consacrerait pour un temps indéterminé la division de l’Allemagne, ce qui permettra aux Soviets de conserver sous leur coupe la République orientale avec son gouvernement fantoche. La politique suivie par Moscou depuis les émeutes du 17 juin, le rôle important assigné ces jours-ci aux représentants de Pankow en marge des pourparlers de Berlin, montrent assez clairement que les Russes ne sont pas près de renoncer à leur satellite. L’objectif soviétique à la conférence est simplement de rejeter sur les Alliés la responsabilité du statu-quo.

 

La Tactique de Molotov

La tactique de Molotov a une double orientation. D’abord une action de retardement. En proposant une série de conférences futures, une Conférence à Cinq en Juin avec la Chine communiste pour atténuer la tension internationale et faire miroiter l’espoir d’un armistice en Indochine ; puis une autre pour discuter du désarmement vers Octobre, il veut donner aux Français des prétextes pour retarder la ratification des Accords de Bonn et de Paris ; mettre le gouvernement américain dans l’embarras et amener le Congrès des Etats-Unis à couper les crédits dont la France ne peut se passer. Secundo, en proposant un plan de réunification de l’Allemagne, il cherche à diviser les Allemands et à nuire au prestige d’Adenauer en renforçant les arguments des adversaires de l’intégration européenne qui sont les socialistes d’un côté et les pangermanistes de tout acabit de l’autre.

 

Peu de Succès de Molotov

Il faut dire que jusqu’ici les discours du Ministre russe n’ont pas eu grand effet. Tout cela était prévu et les trois porte-paroles occidentaux ont montré une solidarité sans fissure. Le scénario de leurs interventions, de même d’ailleurs que les arguments de Molotov, étaient si bien réglés qu’un auditoire ignorant pourrait aisément croire que les Quatre avaient répété leur mise en scène avant de paraître.

Ce concours oratoire n’apporte rien de neuf, et l’on voit trop bien les ficelles pour admettre une quelconque sincérité dans les débats. Si Molotov voulait changer la face des choses, il lui faudrait avancer de toutes autres propositions. Mais en faisant intervenir Grotewohl et Ulbricht, il s’est en quelque sorte lié par avance les mains. Le moment vraiment intéressant viendra quand s’ouvrira la discussion sur l’Autriche. Si, comme nous le pensons, les Russes ne veulent pas que la Conférence se termine par un échec total afin de laisser ouverte la possibilité d’en réunir d’autres, c’est sur ce chapitre qu’ils peuvent sans grand risque faire faire aux relations entre les deux mondes un petit pas en avant.

 

L’Insoluble Problème Allemand

Si on approfondit le problème allemand, on voit d’ailleurs qu’il est insoluble, même si Molotov accédait aux propositions des Alliés, c’est-à-dire acceptait le Plan Eden dans ses grandes lignes. En effet, supposons que les élections libres aient lieu dans toute l’Allemagne ; qu’un gouvernement pan-allemand antisoviétique s’installe, les Alliés devraient alors consentir à l’évacuation  du territoire réunifié, ce qui veut dire au départ des troupes américaines et anglaises du Continent. Si même alors cette Allemagne libre s’intégrait dans la Communauté Européenne avec des forces limitées et contrôlées, qu’est-ce que cela représenterait pour la défense de l’Europe occidentale ? Ni plus ni moins qu’une proie pour les Soviets à plus ou moins longue échéance. A moins bien entendu d’envisager, comme nous le faisions tout à l’heure, une dislocation interne du monde soviétique ; hypothèse hors de question dans l’avenir prévisible.

On sait par expérience ce que valent les forces britanniques sur le Continent quand elles y sont débarquées à l’improviste. Nous voulons bien croire que l’armée française existe, mais ses moyens ne seraient-ils pas paralysés de l’intérieur ? Des autres Alliés européens, mieux vaut n’en rien dire. A moins de ressusciter Hitler et sa Wehrmacht, ce à quoi tout le monde s’oppose avec raison, la défense continentale est un mythe, qu’on le veuille ou non. La seule garantie du maintien de la paix est la présence sur le continent européen d’une force américaine, même symbolique. Tout le monde le sait, y compris les Russes. Ils comptent sur la lassitude, les querelles politiques, les crises économiques pour changer à leur avantage une situation qui ne leur est pas présentement défavorable. Ils ne sont pas pressés.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-01-30 – Feux Croisés

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Le Courrier d’Aix – 1954-01-30 – La Vie Internationale.

 

Feux Croisés

 

Il serait prématuré de donner une impression sur le déroulement de la Conférence de Berlin. Le point de départ des positions adverses était connu : il a été réaffirmé, ce qui est normal. En cédant dès l’abord sur les questions de prestige et de procédure, puis sur l’ordre du jour, les Occidentaux ont voulu éviter les délais inutiles avant d’aborder les chapitres majeurs. Les Américains veulent faire vite. Les Russes évidemment sont moins pressés. Cependant, si l’on se met d’accord en théorie sur le premier point de Molotov, c’est-à-dire sur la convocation d’une Conférence à Cinq avec Pékin pour Mai ou Juin, ce sera sous réserve du succès de la présente réunion, et l’on devra bien attaquer sans plus de retard le problème allemand.

 

Tactique des Trois

Les trois Ministres occidentaux qui s’étaient réunis avant l’arrivée de Molotov ont certainement préparé avec soin la ligne commune à suivre, et réparti exactement les tâches. En donnant au représentant de la France le rôle prééminent de porte-parole de l’Occident, ils ont voulu assurer les arrières de M. Bidault menacé d’un désaveu de ses collègues au Gouvernement et au Parlement au cas où sa position ne paraîtrait pas suffisamment importante ou assez indépendante en cas probable de difficultés. Engagé le premier, il lui reste en même temps la possibilité de jouer l’arbitre au moment critique. Ce qui corrige l’impression laissée à la Conférence des Bermudes d’un rôle secondaire laissé à la France. Cela ne manque pas d’habileté.

 

Les Cartes de Molotov

Molotov de son côté a joué la carte des commandes commerciales et industrielles qui intéressent la France et l’Angleterre : navires en Angleterre, produits métallurgiques et alimentaires en France ; les négociations à ce sujet sont assez avancées pour que les résultats puissent être évalués, mais l’accord final n’est pas conclu.

L’autre aspect du jeu russe est d’aborder en privé avec la France le problème indochinois et l’avancer suffisamment pour laisser l’espoir d’un accord final en Juin avec les Chinois, ce qui permettrait de retarder la ratification de la Communauté de Défense Européenne au-delà du terme qui pourrait être Mai à l’extrême rigueur, sans que les décisions du Sénat américain jouent définitivement contre nous.

Tous ces plans étaient prévus, et M. Bidault n’a pas déclaré sans motif qu’il ne se laisserait pas engager dans un marchandage. Comprenons : Indochine contre C.E.D. Il ne faut pas se dissimuler cependant que la tâche de notre Ministre est extrêmement difficile. Il est à la merci d’une manœuvre habile de Molotov ou d’une maladresse de Dulles. Celui-ci, en effet, aurait tort de donner le sentiment d’un accord trop complet avec notre représentant, car cet accord qui est sans doute réel n’impressionnera pas Molotov mais peut desservir Bidault auprès de ses véritables adversaires qui sont à Paris. Il viendra un moment où il faudra au contraire jouer le désaccord, afin de laisser au Ministre français l’apparence d’avoir imposé son point de vue.

 

Les Manifestations en Espagne

Y a-t-il un rapport entre la Conférence de Berlin et les manifestations de Franco au sujet du Maroc et de Gibraltar ? A-t-on voulu rappeler à l’opinion que les conseils de Washington peuvent jouer à Madrid si de véritables difficultés s’élevaient entre l’Espagne d’un côté, et la France et l’Angleterre de l’autre ? Franco, comme tout bon dictateur, a besoin d’entretenir les passions nationalistes. Mais qu’ils prenne garde. En déchaînant les manifestations d’étudiants, il a peut-être donné, à ses ennemis qui sont nombreux, l’occasion de provoquer des troubles. On conspue l’Angleterre, mais on vise le ministre et le chef de la phalange de la police.

 

La Question Marocaine

Les difficultés que l’Espagne nous a créées au Maroc ne datent pas d’hier. Elles n’ont cessé momentanément que lorsque les Espagnols ont été eux-mêmes en difficulté dans leur zone. Peu s’en fallut que sans notre action, ils ne fussent jadis jeté à la mer par Abdelkrim ; le calme revenu, les embûches et les coups d’épingles ont repris et les généraux de Franco ne font que répéter ce que tramaient ceux de Primo de Rivera. Sans doute, nous avons eu moralement tort en Août dernier de ne pas consulter l’Espagne, comme les traités de 1912 nous en faisaient l’obligation quand il s’est agi de déposséder le Sultan Mohammed ben Youssef. Matériellement, ç’eût été manquer l’affaire, car Franco aurait refusé de déposer le Sultan. Il a donc fallu recourir à un subterfuge juridique pour faire porter la responsabilité de la déposition sur les Marocains eux-mêmes. Les Espagnols en ont été froissés ; leur amour-propre est vif ; la tentative de revanche était inévitable. On a pensé que Franco est au fond la prudence même et qu’il ne s’engagerait pas dans une aventure où tous les risques ne seraient pas couverts. La diplomatie française a les moyens d’éviter que les choses ne prennent les proportions d’un conflit. Quant à régler le fond du problème, il n’y faut pas songer. Il y a comme cela des pommes de discorde solidement fixées à l’arbre. Trieste aujourd’hui, autrefois Dantzig, etc.

 

Les Mouvements Politiques en Moyen-Orient

La lutte politique qui a son centre au Caire est fort intéressante à suivre. Naguib, toujours menaçant, harcèle les Britanniques à Suez mais il est plus préoccupé encore de la manœuvre américaine qui vise à le couper du Bloc arabe. La politique au Moyen-Orient est en pleine rumeur. Le Président de la République turque, Bayar, est à Washington. Les Américains travaillent à un pacte militaire défensif entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et le Pakistan ; on sait que le Ministre de ce dernier pays a fait récemment visite à Washington. Zahedi, le premier d’Iran, cherche l’appui des Etats-Unis. Il vient de renouer avec l’Angleterre les relations diplomatiques interrompues par Mossadegh et se meut avec prudence avec le bloc dont nous parlons.

L’Arabie Séoudite suivra-t-elle le mouvement ? Les subtilités de la politique arabe sont trop obscures pour qu’on l’affirme. Il n’en reste pas moins que Naguib ne peut plus compter à coup sûr que sur l’Inde pour soutenir sa position neutraliste, Nehru, en effet, est de plus en plus irrité des manœuvres de Washington.

Obligés de choisir leurs partisans, les Américains le laissent protester. Ils comptent sans doute sur ses difficultés intérieures pour l’amener à la sagesse. Mais les Anglais de leur côté veillent. Bien qu’ils ne soient nullement opposés à la formation d’un rempart stratégique contre l’U.R.S.S. en Moyen-Orient, ils guettent la chance de reprendre aux Indes un peu de la place perdue. Ce qui d’ailleurs ne ferait tort à personne.

 

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