Criton – 1946-02-02 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-02-02 – Le Chemin de la Paix.

 

La radio et la presse russes se déchainent contre l’Angleterre, « protectrice du fascisme ». Cependant l’ambassadeur Clarke, à son départ, a été très cordialement reçu par Staline et invité à déjeuner. A Londres également, âpres controverses dans une atmosphère sans orage. Comme en 39, on ne saura qu’au dernier jour où le Kremlin veut en venir.

 

Les Débats de l’O.N.U.

Les Anglais ont insisté pour que les questions persanes, grecques et indonésiennes soient portées simultanément devant le Conseil de Sécurité.

Bevin, excédé par les attaques russes, a marqué un point : le leader nationaliste indonésien, à la surprise générale, a déclaré se féliciter de la présence des troupes anglaises dans son pays : elles y maintiennent l’ordre. Moscou avait un peu vite répliqué à la requête persane en soulevant cette question.

De même, ce qui est normal, le Gouvernement grec approuve l’occupation anglaise. Londres veut exploiter cette situation pour confondre les Russes et relever son prestige.

Par ailleurs, les Russes ont obtenu gain de cause en imposant comme secrétaire général de l’O.N.U. le candidat norvégien au lieu du canadien.

Enfin, une controverse s’est élevée entre Américains et Russes au sujet des Kouriles et du Sud de Sakhaline que Moscou entend annexer, paraît-il, contrairement  aux accords de Yalta qui prévoyaient seulement une occupation militaire.

En un mot, l’O.N.U., pour l’heure, aux prises avec des questions brulantes, fonctionne. Cependant à Washington, on se prépare aux grandes manœuvres navales dans le Pacifique, où toute une flotte sera sacrifiée pour essayer la bombe atomique sur mer et sous l’eau : discret avertissement.

 

La Crise Française

La presse anglo-saxonne a été surprise de la froide indifférence qui, en France, a accompagné la démission du général de Gaulle. Très réservés d’abord, les journaux, et en particulier le Times, ont porté sur sa politique, tant intérieure qu’extérieure, un jugement très sévère. Comme nous l’avions supposé, les réticences américaines au sujet d’un gros emprunt français ont précipité la crise. Souhaitons que M. Blum, dont la compétence en matière économique n’a jamais été éclatante, obtienne le maximum.

Washington posera pas mal de conditions. Nous parions volontiers que l’affaire sera longue à décider. Rappelons que la Grèce, bien qu’elle fût occupée, bien qu’elle n’eût, pour se remettre, besoin que d’un somme minime, a côtoyé l’abîme longtemps, avant d’être secourue. Cependant, la restauration de l’économie grecque était la condition du maintien de l’influence anglaise …..

Il ne faut pas trop dramatiser : les Etats modernes ne font plus faillite. Le remède existe ; nous allons le voir à l’œuvre. Mais son effet n’est que temporaire.

Nos finances ne peuvent pas guérir tant qu’un producteur aura à sa charge, outre sa famille, celles de sept non producteurs. Aucun régime, aucun système, qu’il soit libéral ou totalitaire, ne peut s’en accommoder.

 

Soucis Américains

Tandis que les pays libres se remettent péniblement à l’ouvrage, la reconstruction soviétique avance à grands pas. La production de charbon baisse en France, en Angleterre et aux U.S.A., faute de mineurs. Celle de la Russie s’accroit, parce qu’on ne s’occupe pas des préférences des travailleurs.

Les Américains calculent que, probablement d’ici cinq à sept ans, les ressources de la Russie seront assez développées pour qu’elle puisse exporter de façon massive. A ce moment, la Russie disposera des destins du monde économique. Il lui suffira de jeter sur le marché une denrée dont l’équilibre est fragile, le blé par exemple, pour écraser les prix et ruiner les producteurs libres.

La coexistence des deux mondes, l’un fermé, l’autre ouvert, sera impossible à moins de sagesse mutuelle. Cette perspective est pour la paix du monde infiniment plus grave que la menace atomique.

 

La Politique Française

Le maintien de M. Bidault aux Affaires Etrangères montre qu’on est satisfait de la voie suivie. Reste à en persuader nos partenaires. Cette politique, comme toute autre, a ses mérites. Elle s’appuie sur nos traditions spirituelles, se pose en arbitre, et en cas de conflit rend notre neutralité possible.

En effet, lorsqu’on aura cessé de s’hypnotiser sur le problème allemand – qui certes nous touche, mais a cessé d’être vital – il faudra étudier la seule hypothèse du monde de demain : la guerre entre Russes et Anglo-Saxons.

Comment jouent chez nous ces rivaux ? A-t-on remarqué que le parti pro-russe en France, naguère antimilitariste et même plus, au risque d’indisposer sa clientèle, s’est fait le champion d’une solide armée. Pourquoi ? Parce que les Russes pensent qu’en cas de conflit, les Anglo-Saxons ne pourraient pas éviter d’occuper notre territoire.

On sait, par l’exemple de Mers-el-Kébir, qu’ils recourraient sans hésiter à la manière forte. Si une armée française s’opposait au débarquement, le sang coulerait (en pure perte d’ailleurs, car la partie serait inégale), et nous voilà, du coup, dans le camp russe.

Si par la suite, après quelques revers des armées de terre anglo-saxonnes, notre pays était occupé par l’armée rouge, comme il ne manquerait pas d’y avoir eu des collaborateurs, on pourrait procéder au nom de la patrie à une épuration magistrale, et proclamer les Soviets, jusqu’à ce qu’un troisième acte vienne peut-être modifier la face des choses.

Il s’agit là d’une hypothèse. Le vraisemblable, heureusement, n’est pas souvent ce qui arrive. Il vaut toutefois qu’on y pense pour décider si l’armée métropolitaine, dont l’insuffisance fut si dangereuse en 19 et en 39, aura besoin demain d’être très nombreuse, et s’il n’y aurait pas là plus de dangers que d’avantages. Délicat problème …

 

                                                                                                CRITON

 

Criton – 1946-01-26 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-01-26 – Le Chemin de la Paix

 

Deux événements sensationnels : la démission du général de Gaulle, la note russe à l’O.N.U. contre le maintien des troupes anglaises en Grèce et en Indonésie.

 

La Crise Française

On s’y attendait. L’opinion des chancelleries est que le Général, devant des échéances redoutables, surtout financières, a préféré se retirer, comptant qu’après une période d’incohérence, on viendrait lui offrir les pleins pouvoirs que l’Assemblée constituante lui refuse.

Il n’est cependant pas certain, pense-t-on, que les événements confirment ce calcul, car la politique étrangère du Général n’a pas peu contribué à sa chute, cela dès fin 40.

La campagne de Syrie en 41, la brouille avec Churchill à la suite de la publication de l’article de la Prensa avaient indisposé les Anglais.

En 42, le drame Darlan, l’élimination de Giraud après le procès Pucheu avaient irrité les Américains qui continuaient d’intriguer à Vichy puis à Alger.

Moscou enfin regardait le Général avec suspicion, comme un dictateur en puissance, et travaillait de l’intérieur contre lui.

De là, les échecs diplomatiques successifs. On s’était arrangé, à Londres comme à Washington, pour se passer de la France pour l’élaboration des plans d’avenir. Le problème allemand avait été envisagé dans cette éventualité.

Ces derniers temps cependant, en prévision sans doute de l’arrivée aux Affaires Etrangères d’une personnalité connue et sympathique aux trois Grands, on répétait que rien de durable ne pouvait être édifié sans la France ; à Londres, on a toujours manifesté des sentiments francophiles, préparant ainsi le terrain à une nouvelle politique qui, croit-on, finira par s’imposer.

 

La crise française serait tragique si elle était l’unique. Mais il en est partout de même : En Russie, la démission de Beria, le retour à Moscou de Vichinsky, font croire à une tension plus vive entre civils et militaires. La crise politique aux Etats-Unis s’aggrave chaque jour. En Argentine, au Brésil, en Afrique du Sud même où Smuts est en danger ; la question monarchique en Espagne, les troubles d’Italie, la dissolution de la Chambre belge, etc. Crise de convalescence, espérons-le.

 

A Londres

L’Assemblée des Nations Unies connaît déjà la crise qu’on comptait, à Washington, avoir évitée en faisant aux Russes des concessions. Bevin, pour détourner l’orage, avait fait un discours pondéré, presque timide.

Mais Gromyko exposait sans ménagement la thèse russe : pas de révision de la Charte en faveur des petites Nations, maintien du droit de veto, direction sans réplique des trois Grands.

Par malheur, le Gouvernement persan, avant sa chute, portait devant l’Assemblée l’affaire de l’Azerbaïdjan contre les agissements russes. Aussitôt les Russes ripostent par une note qui conteste avec énergie aux Anglais le droit de maintenir des troupes en Grèce et en Indonésie, portant l’affaire devant le Conseil.

Cette Assemblée des Nations unies paraît, dans l’état de tension des relations entre les trois Grands, sans objet. Elle ne peut qu’être impuissante ou épouser leurs querelles.

D’ailleurs si les trois Grands s’accordaient et qu’on s’en remît au droit et à la justice, une Cour internationale, aidée, si besoin, d’une force armée, indépendante des Gouvernements, ferait beaucoup mieux l’affaire. Contrairement à ce que nous pensions après Moscou, il semble qu’après un délai plus ou moins long, les Russes se retireront avec leurs satellites et comme la S.D.N., l’O.N.U. aura, en fait, vécu ; à moins que …..

 

Le Débat de Politique Extérieure à la Constituante

Ce débat révèle une incompréhension déplorable de la situation internationale. On raisonne comme si l’on était encore en 22. La guerre a passé, complètement bouleversé les problèmes : l’Allemagne en tant que nation indépendante, n’existe plus et n’existera pas avant une paix durable ou une troisième guerre mondiale. L’Allemagne n’est qu’un instrument, soit au service du bloc russe, soit du bloc Anglo-Saxon.

Ignore-t-on à la Chambre, les combinaisons politiques et militaires qui s’édifient à Berlin en ce moment ? L’enjeu actuel est une révolution sociale en Europe au profit des Russes qui, si elle réussissait, ne laisserait pas aux peuples mineurs, France ou Allemagne, le droit de fixer leurs frontières.

 

L’armée allemande, si elle renaît demain, ne sera pas dirigée contre nous, mais amalgamée à d’autres forces qui la contrôleront et lui fourniront des armes ; elle jouera un rôle de mercenaires. Si les Anglo-Saxons triomphent, ils ne laisseront pas l’Allemagne forger une nouvelle menace. Dans le cas contraire, toutes les précautions sont inutiles.

Nos esprits ne peuvent-ils suivre le cours des choses ? Serons-nous, en tous domaines, encore en retard d’une guerre ?

Ajoutons que le mérite, peut-être négatif, de la politique du Gouvernement de Gaulle, était de ne nous avoir pas liés par des accords qui auraient pu nous entraîner une troisième fois dans le conflit qui menace.

Si cette politique est possible, fasse qu’on s’y tienne !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1946-01-26 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-01-26 – Le Chemin de la Paix.

 

Deux événements sensationnels : la démission du général de Gaulle, la note russe à l’O.N.U. contre le maintien des troupes anglaises en Grèce et en Indonésie.

 

La Crise Française

On s’y attendait. L’opinion des chancelleries est que le Général, devant des échéances redoutables, surtout financières, a préféré se retirer, comptant qu’après une période d’incohérence, on viendrait lui offrir les pleins pouvoirs que l’Assemblée constituante lui refuse.

Il n’est cependant pas certain, pense-t-on, que les événements confirment ce calcul, car la politique étrangère du Général n’a pas peu contribué à sa chute, cela dès fin 40.

La campagne de Syrie en 41, la brouille avec Churchill à la suite de la publication de l’article de la Prensa avaient indisposé les Anglais.

En 42, le drame Darlan, l’élimination de Giraud après le procès Pucheu avaient irrité les Américains qui continuaient d’intriguer à Vichy puis à Alger.

Moscou enfin regardait le Général avec suspicion, comme un dictateur en puissance, et travaillait de l’intérieur contre lui.

De là, les échecs diplomatiques successifs. On s’était arrangé, à Londres comme à Washington, pour se passer de la France pour l’élaboration des plans d’avenir. Le problème allemand avait été envisagé dans cette éventualité.

Ces derniers temps cependant, en prévision sans doute de l’arrivée aux Affaires Etrangères d’une personnalité connue et sympathique aux trois Grands, on répétait que rien de durable ne pouvait être édifié sans la France ; à Londres, on a toujours manifesté des sentiments francophiles, préparant ainsi le terrain à une nouvelle politique qui, croit-on, finira par s’imposer.

 

La crise française serait tragique si elle était l’unique. Mais il en est partout de même : En Russie, la démission de Beria, le retour à Moscou de Vichinsky, font croire à une tension plus vive entre civils et militaires. La crise politique aux Etats-Unis s’aggrave chaque jour. En Argentine, au Brésil, en Afrique du Sud même où Smuts est en danger ; la question monarchique en Espagne, les troubles d’Italie, la dissolution de la Chambre belge, etc. Crise de convalescence, espérons-le.

 

A Londres

L’Assemblée des Nations Unies connaît déjà la crise qu’on comptait, à Washington, avoir évitée en faisant aux Russes des concessions. Bevin, pour détourner l’orage, avait fait un discours pondéré, presque timide.

Mais Gromyko exposait sans ménagement la thèse russe : pas de révision de la Charte en faveur des petites Nations, maintien du droit de veto, direction sans réplique des trois Grands.

Par malheur, le Gouvernement persan, avant sa chute, portait devant l’Assemblée l’affaire de l’Azerbaïdjan contre les agissements russes. Aussitôt les Russes ripostent par une note qui conteste avec énergie aux Anglais le droit de maintenir des troupes en Grèce et en Indonésie, portant l’affaire devant le Conseil.

Cette Assemblée des Nations unies paraît, dans l’état de tension des relations entre les trois Grands, sans objet. Elle ne peut qu’être impuissante ou épouser leurs querelles.

D’ailleurs si les trois Grands s’accordaient et qu’on s’en remît au droit et à la justice, une Cour internationale, aidée, si besoin, d’une force armée, indépendante des Gouvernements, ferait beaucoup mieux l’affaire. Contrairement à ce que nous pensions après Moscou, il semble qu’après un délai plus ou moins long, les Russes se retireront avec leurs satellites et comme la S.D.N., l’O.N.U. aura, en fait, vécu ; à moins que …..

 

Le Débat de Politique Extérieure à la Constituante

Ce débat révèle une incompréhension déplorable de la situation internationale. On raisonne comme si l’on était encore en 22. La guerre a passé, complètement bouleversé les problèmes : l’Allemagne en tant que nation indépendante, n’existe plus et n’existera pas avant une paix durable ou une troisième guerre mondiale. L’Allemagne n’est qu’un instrument, soit au service du bloc russe, soit du bloc Anglo-Saxon.

Ignore-t-on à la Chambre, les combinaisons politiques et militaires qui s’édifient à Berlin en ce moment ? L’enjeu actuel est une révolution sociale en Europe au profit des Russes qui, si elle réussissait, ne laisserait pas aux peuples mineurs, France ou Allemagne, le droit de fixer leurs frontières.

 

L’armée allemande, si elle renaît demain, ne sera pas dirigée contre nous, mais amalgamée à d’autres forces qui la contrôleront et lui fourniront des armes ; elle jouera un rôle de mercenaires. Si les Anglo-Saxons triomphent, ils ne laisseront pas l’Allemagne forger une nouvelle menace. Dans le cas contraire, toutes les précautions sont inutiles.

Nos esprits ne peuvent-ils suivre le cours des choses ? Serons-nous, en tous domaines, encore en retard d’une guerre ?

Ajoutons que le mérite, peut-être négatif, de la politique du Gouvernement de Gaulle, était de ne nous avoir pas liés par des accords qui auraient pu nous entraîner une troisième fois dans le conflit qui menace.

Si cette politique est possible, fasse qu’on s’y tienne !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1946-01-19 – Les Nations-Unies

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Le Courrier d’Aix – 1946-01-19 – Le Chemin de la Paix.

 

Les Nations Unies

A Londres, on accorde les violons. M. Byrnes a bien marqué tout ce que les Etats-Unis attendaient de l’Assemblée des Nations. Il a promis l’appui total de son Pays. On n’en doutait pas. Aucun événement notable n’a dominé l’ouverture des séances.

 

La Politique Russe

Comme prévu, bien que Vichinsky ne soit pas encore à Londres, la coopération loyale de la Russie est acquise, comme on en décida à Moscou. La Russie participera activement, et déjà, pour la désignation du secrétaire permanent, pour l’élection des membres non permanents du Conseil de Sécurité, les Russes ont livré bataille, non pour couler l’institution, mais pour faire sentir qu’ils y jouaient de toutes leurs forces, et l’on a vu dans leur camp tous les peuples d’Europe Centrale soumis au contrôle soviétique, y compris la Tchécoslovaquie, plus quelques mécontents.

On luttera pour la direction des travaux, et la Russie ne laissera pas passer une occasion, lorsque la majorité sera flottante sur une question, d’emporter la décision à son profit. L’O.N.U. sera le théâtre d’une lutte d’influences qui suivra probablement, comme l’ancienne « S.D.N. », les fluctuations de prestige des Grands.

 

La Situation aux Etats-Unis

Sur ce nouveau théâtre des rivalités internationales, les Etats-Unis font une entrée médiocre.

Rappelons la crise économique et sociale provoquée par les grèves, l’effervescence politique créée par le discours Truman qui accuse le Congrès de mollesse, et surtout par deux autres facteurs.

D’une part, la crise militaire ; les démobilisations devront être freinées, sinon, faute de rengagements, l’armée américaine à l’extérieur serait ridiculement faible parce que composée d’hommes qui n’ont jamais vu le feu.

D’autre part, le bruit se propage que le secret de la bombe atomique n’existe pas, et que chacun (et surtout les Russes) peuvent en fabriquer à bref délai et à meilleur compte que les Etats-Unis. Cette rumeur n’est-elle qu’une manœuvre pour émouvoir l’opinion, est-elle véridique, nous l’ignorons. Le fait n’est pas sans influencer le moral des petites Nations qui ne veulent pas miser sur le plus faible.

 

Le Proche-Orient

C’est toujours le Levant qui paraît le plus grave sujet d’inquiétude : on a discuté sur une note que les Soviets auraient adressée pour appuyer le Gouvernement libanais dans sa résistance à l’accord Franco-Britannique.

Les Russes soutiendront de tout leur pouvoir les efforts d’indépendance des pays arabes. Nous en avions parlé lors du conflit Franco-Anglais en Syrie.

Les partis communistes et les communautés orthodoxes ont pour mission d’éliminer toute influence étrangère, française en pays syro-libanais, anglaise en Palestine et ailleurs, et même juive ; les Soviets ont pris position contre le Sionisme, ne voulant pas que les Juifs russes aient deux nationalités. Ils cherchent en même temps, par l’influence de l’Eglise orthodoxe ressuscitée, à expulser les communautés chrétiennes catholiques et protestantes et à se poser en protecteurs des chrétiens indignes, minorités craintives abandonnées à leur sort et en quête d’appuis.

 

La Politique Française

Ni les relations Franco-Anglaises en général, surtout en ce qui concerne l’Allemagne et la Ruhr, ni l’attitude de notre Gouvernement dans l’O.N.U., ne paraissent bien fixées. L’instabilité de la situation intérieure impose une sorte d’attente acceptée de part et d’autre et, nous pensons, déplorée par tous.

 

Finance et Politique extérieure

Dans un avenir qui ne saurait être éloigné, notre situation financière appellera des mesures d’un ordre de grandeur adéquat à l’ampleur du problème. Ces mesures ne seront efficaces qu’avec un appui extérieur considérable (notre Ministre chiffrait nos importations cette année à quelques deux milliards et demi de dollars). Notre équilibre économique repose donc sur la possibilité d’un crédit énorme dont les Etats-Unis seuls disposent.

On pourrait décrire notre politique par une image : Supposons un navire mixte qui, toutes voiles dehors, serait poussé dans une direction par un vent violent, tandis que les machines à toute vapeur le lanceraient en sens opposé. Il y aurait quelque risque de naufrage.

D’une part, une inflation rapide à laquelle rien ne s’oppose, d’autre part une psychose de déflation créée à la fois par l’impôt sur le capital et les nationalisations, et par un blocage des prix que le désordre administratif transforme en frein de la production. De telle sorte que l’on cumule les inconvénients des deux systèmes sans en recueillir les avantages ; d’un côté, l’expansion, malsaine certes mais réelle, que l’inflation apporte à l’activité économique ; de l’autre, le recul des prix et l’augmentation des marchandises disponibles que la déflation rend possible. Ici, au contraire, les prix montent et les biens consommables restent rares.

X x x x

On ne saurait trop répéter que la souveraineté d’un pays ne peut s’affirmer que s’il est d’abord maître de son économie, capable de donner à ses échanges intérieurs et extérieurs une assiette convenable, sinon chacun sait qu’un appel au crédit étranger ne va pas sans abandon de souveraineté. Nous sommes à ce tournant.

Ajoutons que la perspective d’élections prochaines en France rend très hésitants et même inquiets les Américains. Un changement de majorité ne risque-t-il pas de décider d’une nouvelle politique extérieure française ? D’ici qu’on soit fixé, il est à craindre qu’aucune aide massive ne nous soit fournie : Pourra-t-on attendre ?

La question est d’une telle importance que les allées et venues de la diplomatie ne sont en regard que jeux d’enfants.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-01-12 – L’Assemblée des Nations-Unies

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Le Courrier d’Aix – 1946-01-12 – Le Chemin de la Paix.

 

L’Assemblée des Nations Unies

Une page nouvelle de l’histoire diplomatique d’après-guerre vient de s’ouvrir : les Nations Unies se réunissent à Londres. Après la Charte de l’Atlantique, la Conférence de San Francisco, les résolutions de Bretton-Woods, les Etats-Unis vont s’efforcer de diriger la coopération internationale selon leur plan.

Ils ont fait à Moscou les concessions nécessaires pour que l’œuvre à accomplir ne se heurte pas à une obstruction systématique. Le demi-succès de la rencontre est considéré comme encourageant. Le départ de la nouvelle organisation sera lent. On ne peut pas dire qu’elle soulève l’enthousiasme, ni même un grand espoir. Une ambiance de coopération doit être créée.

 

La Situation aux Etats-Unis

Il est regrettable que l’Assemblée s’ouvre tandis qu’une crise sérieuse se développe aux Etats-Unis.

Les grèves persistantes par lesquelles les ouvriers entendent maintenir les hauts salaires du temps de guerre, l’inertie du Congrès et l’impuissance du Gouvernement à régler les conflits ont créé une situation confuse, où le prestige naissant du nouveau Président pâlit. Les Américains sentent qu’ils n’ont plus l’homme de premier plan nécessaire pour faire face aux situations difficiles.

La politique conciliatrice de Byrnes est vivement critiquée. Pour que le prestige des Etats-Unis entraînât la confiance du monde, il eût fallu que l’adaptation de l’économie du Pays aux conditions nouvelles de l’état de paix fût un succès rapide et convaincant. Il fallait aussi que la force américaine se fit sentir de façon irrésistible. Or, dans le domaine social, et dans l’action diplomatique, ce n’est que malaise et hésitation.

Le président Truman n’a pas caché que la Nation avait à faire face aux plus graves difficultés de son histoire : l’Amérique se sentait plus sûre d’elle dans la guerre que dans la paix.

 

La Position Russe

Cela est d’autant plus fâcheux pour les Américains que, dans l’opinion mondiale et surtout dans les masses laborieuses, le prestige de la Russie avait fortement baissé depuis la victoire. Dans tous les pays, par tradition et par sentiment, les ouvriers sont attachés à l’idéal internationaliste, ennemi de la guerre et du militarisme, champion du droit contre la force, de l’égalité des peuples petits et grands. Ils avaient été profondément déçus de voir que l’Etat qui se proclamait socialiste et paraissait traduire en réalité leurs aspirations, se révélait plus militariste, plus impérialiste, plus avide de conquête que n’importe quel gouvernement capitaliste.

Car il est évident que, quelles que soient les ambitions des Anglo-Saxons, la dureté de leurs méthodes de domination économique, ils détestent la guerre et n’y ont recours que par force et à contre-cœur. Les Etats-Unis pouvaient espérer rallier autour d’eux les amis du droit.

Les Russes d’ailleurs, dont l’action est remarquablement habile, s’efforcent de remonter ce courant défavorable. Dans les pays occidentaux, où leurs partisans sont en minorité, ils les obligent à freiner les réformes qui pourraient amener des bouleversements sociaux et se retourner contre eux. Ils se font progressistes.

En Autriche, n’a-t-on pas vu les communistes s’opposer aux syndicats ouvriers qui réclamaient des nationalisations, sous prétexte que les cadres n’étaient pas prêts pour faire aboutir cette réforme ; même tactique ailleurs.

Par ailleurs, la politique russe ne parait pas se modifier : la position toujours prépondérante de Vichinsky, la violente polémique engagée entre Radio-Moscou et Radio-Ankara, les difficultés opposées à la formation d’un gouvernement démocratique en Roumanie, enfin et surtout le refus de constituer une Commission tripartite en Perse, et les intrigues pour précipiter la chute du Ministère persan, tout cela prouve que Moscou se sent assez fort pour aller de l’avant.

Les Russes ont refusé d’adhérer aux accords de Bretton-Woods. Ils renforcent leurs armées en Autriche et appuient à fond la politique dictatoriale de Tito. En Grèce, des grèves éclatent : L’E.A.M. réclame à nouveau le pouvoir.

Ils sont cependant en échec sur un point : la ligue pan-arabe, émue des menaces contre l’Iran, l’Irak et la Turquie, s’élève violemment contre l’impérialisme soviétique, et appelle le monde arabe à lui faire face, comme d’ailleurs aux impérialismes Anglo-Saxons.

Il est hors de doute cependant que l’action russe trouve partout un terrain favorable dans l’effervescence et le mécontentement, les mouvements d’indépendance qui grondent dans tous les pays du monde, presque sans exception.

Beaucoup d’Américains d’ailleurs, assez nerveux en ce moment, préféreraient une nouvelle épreuve de force, tant qu’ils sont les maîtres de l’arme atomique, à un conflit permanent où le temps travaille contre eux. Et ce sentiment plus ou moins avoué contribue à affaiblir l’administration Truman.

 

Les Chances de la France

Depuis quelques jours, une détente très nette s’opère entre la France et les Anglo-Américains. De part et d’autre, on sent qu’une coopération est inévitable et nécessaire. Tôt ou tard, la force des choses l’imposera.

C’est du côté français, l’échec de la Mission Alphand à Moscou, dernier espoir de tirer quelque chose de concret de l’alliance russe.

Du côté anglais, la conviction que, sans la France, leur position en Europe ira en s’affaiblissant quoi qu’ils fassent.

En Amérique aussi, on a le sentiment que seule la coordination des efforts des trois Empires peut restaurer l’équilibre économique et tracer au monde les grandes lignes d’un ordre nouveau.

Cela ne va pas d’ailleurs sans concessions concrètes : l’installation à Cologne, si théorique soit-elle, d’un directoire allemand pour la Rhénanie, n’a pas soulevé de tempêtes. Bien que cela ressemble à une expérience séparatiste du genre de celle de 1923, les Anglo-Saxons tolèrent cette politique si contraire à leurs vues.

Dans les presses anglaise et américaine, une vive sympathie s’exprime. On ne pourra rien faire de définitif sans la France.

Les premiers mois d’après-guerre ont vu se donner libre cours toutes les idéologies arbitraires et les rêves trop faciles. La réalité, ses conditions imprévues, ses difficultés énormes, impose la sagesse et peut-être rapprochera les hommes.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-01-05 – Après Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1946-01-05 – Le Chemin de la Paix.

 

Après Moscou

Les résultats de la Conférence ont été diversement appréciés : Moscou se réjouit, Washington se déclare satisfait, Londres fait la grimace et Paris boude.

La question essentielle, répétons-le, était d’obtenir de la Russie qu’elle participât à l’Assemblée des Nations Unies et que son attitude permît que la naissance de cette institution se fasse sous d’heureux auspices. L’apparente cordialité des négociations prouve que ce but est atteint.

Pour le reste, nous voyons une fois de plus qu’un accord de principe règle toutes les questions Russo-Américaines, tandis que les problèmes Anglo-Russes restent en suspens.

Sur la Perse et la Turquie, silence. Par contre, les Américains – au prix de concessions sérieuses – qui font craindre un conflit entre Truman et Mac Arthur – ont réglé le problème d’Extrême-Orient.

Les Russes obtiennent satisfaction au Japon, où ils auront un droit d’occupation et de contrôle, et en Corée où une sorte de condominium s’établira. Les Américains se chargent d’accommoder  la situation en Chine sans que les Russes s’y opposent ouvertement ou indirectement.

En Roumanie, la participation de l’opposition à un gouvernement de coalition signifie que les Américains ne se verront pas interdire le pays, et que les pétroles roumains, où ils ont de gros intérêts, ne tomberont pas entièrement sous contrôle russe.

De même en Bulgarie, où la question politique est liée à celle du tabac.

 

Yougoslavie

Par contre, en Yougoslavie, qui intéresse peu les Américains, Tito a pu impunément supprimer les journaux d’opposition et accroître le terrorisme policier au lendemain de la reconnaissance du gouvernement par les Anglo-Saxons. Là, comme en Pologne, existe à l’état latent la guerre civile : attentats de partisans, journaux clandestins, sabotages divers auxquels, dit-on, l’activité des agents britanniques n’est pas étrangère. Quoi qu’il en soit, les Anglais sentent que leurs intérêts seront toujours négligés s’ils ne peuvent les défendre eux-mêmes, ou s’ils ne coïncident avec ceux des Américains.

 

Politique Anglaise

Malgré ses difficultés, le Foreign Office poursuit un plan dont l’esquisse que nous avons déjà faite est maintenant claire :

En attendant que la France change d’attitude, faire autour d’elle une zone de silence, tout en conservant de bonnes relations.

S’assurer d’une solidarité complète avec la Belgique et la Hollande. La Belgique, brillamment remise en marche, se voit accorder une part dans l’occupation de l’Allemagne, dont Cologne. La Hollande, malgré ses difficultés énormes, se rétablit ; les Anglais paraissent avoir réussi à Java, à sauver l’empire hollandais. Ils n’ont ménagé ni leurs hommes ni leurs ressources pour que ces deux pays et leurs colonies se soudent au bloc britannique.

On sait le travail souterrain d’organisation qui se poursuit en Allemagne. Par une habile manœuvre d’expropriation, ils ont pratiquement mis la main sur la Ruhr afin de la soustraire à la France et de rendre possible en Allemagne l’activité économique suffisante pour leurs desseins.

Enfin, les Anglais viennent de signer la paix avec le Siam, réservant à l’Inde et à la Birmanie affamées la production de riz. Il y a tout lieu de craindre que ce traité ne coïncide avec un relâchement de la coopération Franco-Anglaise en Indochine ; à divers symptômes, on devine que nous pourrions nous trouver seuls en face de la Chine et des Annamites avec les Américains hostiles et les Anglais indifférents.

 

L’Espagne

Le Gouvernement français a jugé bon de convier les Anglo-Saxons à rompre avec Franco ; l’accueil a été plutôt frais. Au Quai d’Orsay, on semble avoir hérité de la grande idée de l’ex-Maréchal : l’union des Nations latines, hier sous les trois bonnets des dictateurs, demain sous les drapeaux de la République démocratique.

Les Anglo-Saxons, tout en se déclarant hostiles à Franco, ne tiennent pas du tout à son départ, et il le sait.

D’abord parce que l’agitation politique – il y a déjà deux gouvernements républicains tout prêts, l’un à Paris, l’autre au Mexique – ne manquerait pas de se traduire en rivalités d’influence. Par les communistes, les Russes reprendraient pied dans la péninsule où le terrain leur est propice.

Ensuite, tenir l’Espagne en quarantaine permet aux Américains de détacher les Républiques sud-américaines des liens de famille qui les rattachent à l’Europe. Une Espagne démocratique ramènerait sur elle l’intérêt de toute la communauté espagnole. Washington n’y tient pas.

 

Italie

Le comte Sforza, après M. de Gasperri, a parlé avec chaleur de la coopération franco-italienne. Souhaitons, qu’associés, l’aveugle et le paralytique fassent merveille. …..

 

1946

L’année 1945 qui fut celle de la victoire, s’achève dans le monde, et non seulement en France, sous le signe d’une crise morale profonde : l’humanité découragée doute de son destin. La bombe atomique aux mains des Russes en 1950 : le cauchemar des New-Yorkais montre jusqu’où peut s’enfiévrer l’imagination.

Cette crise n’est pas la première, et l’humanité a survécu. Il faudrait cependant prendre garde, en France, à ceci : les meilleures intentions, confrontées avec les faits, vont quelquefois à l’encontre de leur but.

On veut une société juste, et l’on aboutit à la plus inique qui soit : celle que nous vaut l’inflation et les « faux droits ».

On veut l’indépendance et la grandeur du pays, et on le conduit à un isolement mortel.

Réalisme et bon sens : voilà la bonne année que nous souhaitons à la France. Elle en a besoin.

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1945-12-29 – La Conférence de Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-29 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Moscou

Des fêtes, de banquets, atmosphère propice à l’apaisement. On semble avoir surtout réglé des questions de procédure, c’est-à-dire remis les solutions à plus tard.

Néanmoins, on a l’impression que les choses suivront un cours normal, qu’on n’est pas entraîné sur la pente fatale qui mène à la guerre. Les Russes ont tenu à faire bonne impression. La présence de Staline aurait, dit-on, écarté les intransigeants, Vychinski en particulier.

Heureusement pour la paix, chacun des deux protagonistes, américain et russe, sent son point faible ; les masses soviétiques sont épuisées : le rendement du travail baisse. Avant d’exiger d’elles un nouvel effort, il faut relever le niveau de vie.

De plus, la Russie n’est pas à l’abri des nécessités financières. Les questions de crédit, de rendement des entreprises, se posent comme ailleurs.

Les Etats-Unis sont préoccupés d’un problème militaire d’importance : comment conserver hors d’Amérique, et même à l’intérieur, une armée efficace, nombreuse, et surtout immédiatement disponible ? Même mal, moins aigu peut-être, chez les Anglais.

Habitudes, traditions ; on ne fabrique pas des soldats. Les Anglo-saxons savent qu’en cas de conflit, ils n’auront plus la chance d’avoir des alliés pour recevoir les premiers coups et leur donner du temps. Il leur faudra être toujours prêts.

Si la paix n’est pas menacée, la guerre des nerfs n’en continuera pas moins. Conflits aigus, coups de force, entretiendront l’inquiétude.

Le point névralgique se déplace : hier la Perse, aujourd’hui la Turquie, demain ? Il faut s’y accoutumer.

En Russie, où il n’y a ni liberté, ni opinion publique, la production et l’activité ne sont pas affectées par ce genre de crises. Il est normal que, pour affaiblir les adversaires, on cherche à entretenir un état de malaise.

 

Le Problème Polonais

Les négociations de Moscou n’ont d’ailleurs pas empêché la presse et la radio russes de continuer leur campagne anti-anglaise.

Ces jours-ci, c’est le Gouvernement polonais qui attaque. Ce Gouvernement, arrivé de Moscou avec les Russes, a à sa tête un inconnu dont les Polonais ne savent même pas le nom véritable.

La haine traditionnelle et la peur des Russes sont toujours aussi vives dans le peuple. Les drames effroyables que furent le soulèvement de Varsovie et l’affaire de Katyn (au fait, quand publiera-t-on les documents qu’on dit avoir trouvés en Allemagne ?) sont encore agissants.

Le Gouvernement polonais accuse les Anglais de ravitailler les bandes de partisans et les mouvements secrets, de conserver l’armée polonaise qui a combattu avec eux et ne veut pas rentrer en Pologne, etc.

 

Yougoslavie

Anglais et Américains ont reconnu Tito, abandonnant le roi Pierre.

Des intérêts économiques étaient en jeu. Ignorer Tito, c’était s’interdire de pénétrer dans le pays. Les Anglo-saxons semblent décidés à renouer peu à peu avec les Etats balkaniques, même si leurs Gouvernements dépendent de Moscou. Les affaires commandent à la politique.

 

La Question Turque

Devant les revendications russes sur l’Arménie, qui s’étendent maintenant jusqu’à Trébizonde, les Turcs ont pris le parti de se refuser à toute concession. Ils pensent que, si la Russie risquait un coup de force, il vaudrait mieux répondre par la guerre qui provoquerait un conflit général.

Les Russes agissent surtout par propagande. Ils se font ici le soutien de l’Eglise chrétienne !

Les Turcs néanmoins sont inquiets. Dans quelle mesure peuvent-ils compter sur l’aide américaine ?

Les Anglais, eux, à toutes fins utiles, projettent d’installer une base navale dans le Golfe d’Alexandrette (qu’ils nous firent céder à la Turquie en 39). A proximité des Dardanelles et couvrant la Syrie, la position est excellente.

 

Extrême-Orient

L’impression de détente se confirme chaque jour.

Les Russes ont annoncé qu’un contingent de 70.000 de leurs hommes participera à l’occupation du Japon.

On ne parle plus guère de la guerre civile en Chine. Le général Marshall, ambassadeur des U.S.A. à Tchoung-King, conduit vers une bonne fin les pourparlers avec les communistes chinois.

Les Russes se montrent accommodants partout où les intérêts américains sont prépondérants, intransigeants et même menaçants, où les intérêts anglais dominent. Aussi le Foreign Office, dont la tâche est lourde, broie du noir. La défense des intérêts anglais dépend du bon vouloir de Washington.

 

Monnaie et Politique Etrangère

Les événements monétaires en France appellent un commentaire dans le domaine extérieur.

Un Pays comme le nôtre n’est pas maître de son destin s’il n’est pas d’abord maître de sa monnaie. Ordre social, moralité, justice à l’intérieur, tout dépend d’une monnaie saine.

Là aussi nous croyons que les mensonges ne paient pas. Mais le mal monétaire chronique rend illusoire aussi l’autorité d’une nation autour des tables de conférence. Ce fut une cause sérieuse de notre affaiblissement avant 39.

On s’aperçoit, non seulement que le problème est primordial, mais que notre poids dans le monde se mesurera à la solution qu’on aura trouvée : bon gré, mal gré, tant que nous ne serons pas en régime totalitaire (et même si nous le voulions tous, nous n’y serions pas demain), notre économie dépendra étroitement du monde anglo-saxon.

Paradoxal mais vrai, nous n’assurerons notre indépendance qu’en trouvant avec ce monde un accord de dépendance convenable et, par le fait même, mutuel et réciproque. Nécessité peut-être fâcheuse, mais contre quoi nul ne peut.

 

                                                                                  CRITON

 

 

 

Criton – 1945-12-22 – La Conférence de Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Moscou

Toute l’attention du monde est fixée sur Moscou. A l’intense activité diplomatique, à la confusion des nouvelles, aux multiples manœuvres et ballons d’essai, on devine que le moment est venu où l’on va savoir si l’on est sur la route de la paix ou de la guerre.

Bien que les pourparlers n’en soient qu’au premier stade et le secret bien gardé, nous inclinons vers l’optimisme, pour plusieurs raisons.

Tandis que la presse russe continue contre l’Angleterre une campagne violente d’accusations et d’injures, un silence respectueux se fait sur l’Amérique. Manifestement, on cherche à Moscou à séparer l’Angleterre des Etats-Unis, et pour se ménager les faveurs de ceux-ci dont on attend de l’outillage, des spécialistes et des crédits, et aussi pour lasser les Etats-Unis de soutenir en tous lieux du monde des alliés qu’il faut toujours tirer d’affaire.

Notre seconde raison d’optimisme, ce sont les entretiens récents de Staline avec Livinof.

Litvinof, en disgrâce depuis la faillite de la S.D.N., a toujours été tenu en réserve par Staline. C’est le seul homme d’Etat russe qui ait une expérience profonde de la diplomatie internationale. A l’Assemblée des Nations Unies, il sera indispensable, si la Russie veut éviter contre elle une coalition. Si l’on allait vers la rupture, Litvinof ne serait pas à Sochi.

 

Le Problème Chinois

Il y a une troisième raison qui fait espérer que Moscou tient à reprendre avec Washington les relations normales qui existaient avant la Conférence de Londres : c’est la détente en Chine.

Le président Truman, après l’affaire Hurley, a fait un exposé très clair des desiderata américains. Indépendance de la Chine, maintien du gouvernement national de Tchang-Kaï-Chek, mais conciliation avec les partis autres que le Kouo-Min-Tang (c’est-à-dire en fait les communistes), établissement d’un gouvernement démocratique comme les Etats-Unis l’entendent.

Ce discours n’a pas été critiqué à Moscou. Il semble même que les Russes ont laissé les troupes de Tchang-Kaï-Chek se réinstaller en Mandchourie.

De nouveau, les leaders communistes du Yehan sont allés négocier à Tchoug-King. Dans un article assez curieux reproduit par la presse américaine, et sans doute écrit pour les besoins de la cause, on explique à Moscou que les communistes chinois ne sont pas de vrais communistes, mais des démocrates à demi bourgeois.

Cette question chinoise est à nos yeux infiniment plus importante que l’affaire de l’Azerbaïdjan, qui n’est qu’une tragi-comédie, et la bombe atomique dont les Russes n’ont pas la naïveté de croire qu’on leur livrera le secret. Ils comptent bien le trouver eux-mêmes.

 

Les Débats sur l’Accord de Washington

Après trois mois de discussions, de rumeurs, de succès et d’échec, le fameux accord financier, comme nous l’avons toujours fait prévoir, a été signé et notifié. Il est la pierre angulaire de l’alliance des deux nations, le tribut aussi que doit payer l’Angleterre pour s’assurer le concours matériel et moral des Etats-Unis.

Dans la presse et au parlement, on a entendu des pleurs et des grincements de dents. Albion ne commande plus aux vagues, emprunte à de plus riches et ne pourra plus agir sans consulter autrui.

 

L’Angleterre et la France

On a fait grand état à Paris et à Londres d’un accord Franco-Anglais sur la Syrie. Se moque-t-on ? Il s’agit de l’évacuation du pays par les troupes anglaises, qui n’y étaient venues que pour en expulser les nôtres.

Quant au départ simultané des troupes françaises, on sait bien qu’il n’y en a plus, sinon de désarmées. Tout cela fait partie du même plan que nous retrouvons sous diverses formes : donner aux Français l’impression que les relations franco-anglaises sont très cordiales, mais éliminer la France de la discussion des grands problèmes généraux.

C’est le seul point sur lequel les trois grands soient d’accord.

 

La Politique Economique de la France

On a le sentiment qu’à Paris depuis quelques jours, on prête aux questions économiques une attention plus sérieuse. Le gouvernement se décide à demander la rectification du plan de Bretton-Woods : l’isolement diplomatique de la France est très grave, l’isolement économique le serait peut-être plus encore car, si le capitalisme d’Etat russe et le capitalisme libéral en Amérique (et avec quelques atténuations en Angleterre) fonctionnent, et même bien, notre économie à nous, est détraquée.

Entre un capitalisme qui est encore notre régime et qui est lié à nos habitudes mais qui, condamné peu à peu, est réduit à l’impuissance, et un collectivisme dont il n’existe encore que le cadre, c’est-à-dire la bureaucratie, sans moyens d’action suffisants, notre économie est extrêmement vulnérable. Dès que les secours cessent d’arriver, la paralysie est immédiate.

Dans ces conditions, comment l’économie peut-elle soutenir une politique étrangère ? Commencerait-on à y voir clair ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-12-15 – La Conférence de Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-15 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Moscou

C’est avec surprise qu’on a appris qu’une conférence s’ouvrait le 15 décembre à Moscou entre Bevin, Molotov et Byrnes.

Truman, en effet, venait d’affirmer que les Nations Unies se substitueraient désormais aux trois Grands. Nous ne partageons pas cet étonnement. On déploie, à notre sens, un écran de fumée sur les buts véritables de cet entretien. Voici notre interprétation :

La conférence n’a pas pour objet de régler par voie directe les questions persanes, chinoises ou allemandes. Il s’agit au contraire de porter ces problèmes devant l’Assemblée des Nations Unies. Mais, avant d’inaugurer cette méthode nouvelle, il faut être fixé sur trois points :

  1. a) La Russie fera-t-elle partie de l’organisme et à quelles conditions ?
  2. b) S’engagera-t-elle à ne pas recommencer ce que Molotov fit à San Francisco, puis à Londres ? L’Assemblée doit avoir un bon départ et n’être pas torpillée au premier débat.
  3. c) Enfin, la Russie renoncera-t-elle à exiger le fameux « droit de veto » par lequel une seule nation peut paralyser la décision de toutes les autres ?

Voilà l’objet de la rencontre des trois ministres. Bien entendu, il se greffera là-dessus bien des marchandages sur d’autres litiges. La bombe atomique n’y manquera pas.

 

L’Attitude Russe

Toujours à double aspect : on ne peut deviner si la politique russe suivra la ligne conciliante qu’on suppose être celle de Staline ou celle, brutale, qui se développe dans le mémorandum de Berlin, où les Anglais sont accusés d’entretenir et d’entraîner une armée allemande à leur service.

Il semble certain que, quelle que soit l’attitude russe, Truman passera outre. Les « Nations Unies » seront et décideront, soit comme œuvre collective et pacification, soit comme instrument d’un bloc contre un autre.

C’est là, selon nous, l’enjeu capital de cette rencontre ultime. Puisse Noël nous promettre la paix !

 

La Politique Française

A nouveau le général de Gaulle a défini la politique Française d’équilibre entre les deux puissances. (Compte-t-il que Angleterre et Amérique n’en font qu’une ou que le rôle des anglais est secondaire ? Il a reconnu que pour l’heure seuls les inconvénients de cette attitude étaient manifestes.

Mais toute politique a son revers. Pourvu que l’on s’y tienne, elle porte un jour ses fruits. Le général est confiant dans l’issue finale ; il est sûr aussi que cette ligne de conduite répond au vœu profond de la plupart des Français.

Le problème est là : « pouvoir s’y tenir ». Le drame de notre politique entre les deux guerres est précisément d’avoir changé d’orientation au moment où l’attitude choisie avait montré toutes ses faiblesses et pouvait enfin donner des fruits, en sorte qu’on accumulait les fautes des deux méthodes contraires sans avoir le temps de tirer avantage d’aucune.

C’est ce qui se produira encore si un bouleversement quelconque nous obligeait demain ou après-demain à faire par nécessité la politique que nous rejetons aujourd’hui. Les autres auraient tiré de notre isolement l’opportunité de régler contre nos intérêts sans se plier à aucun compromis les problèmes essentiels, et nous endosserions plus tard leurs résolutions.

C’est, à notre sens, l’amère pensée des Anglais qui ne manquent pas une occasion de nous adresser de bonnes paroles pour le jour où nous leur reviendrons. Pour l’heure, où en sont les pourparlers Franco-Anglais ?

 

Le Quatrième Reich

Au lendemain de la conférence de Londres, nous avons vu l’Angleterre se décider, après de longues hésitations, à lier sa politique à celle des Etats-Unis. Evénement dont nous avons souligné l’importance historique.

Les Anglais avaient espéré qu’une fusion des deux empires Français et Britannique pourrait présenter une force suffisante pour faire contrepoids aux deux autres, Russe et Américain.

Nous avons, pour de sérieuses et excellentes raisons, repoussé cette offre. Dès lors, il faut pour les Anglo-Saxons, que l’équilibre européen se rétablisse sans notre concours. Il leur faut, sitôt après l’avoir abattue, relever l’Allemagne. L’exposé de M. Byrnes ne laisse aucun doute là-dessus : le quatrième Reich va naître.

                                                           X X

Le soldat allemand est très apprécié outre-Manche et outre-Atlantique, l’utilisation des mercenaires est très pratique dans les guerres. L’Allemagne de demain, qui n’aura plus les moyens industriels d’être une grande puissance menaçante, pourra encore fournir une excellente infanterie.

Voilà pourquoi nous avons avisé nos lecteurs des prodromes de cette politique anglo-allemande (que le mémorandum russe a rendus publics) à un moment où, n’étant la qualité des renseignements, nous avions peine à y croire.

Fortement installés en Italie, disposant du littoral allemand, de Brême et de Hambourg, bien assurés de la Belgique et de la Hollande, la coopération de la France ne leur est plus indispensable. Comment, dans ces conditions, pourrons-nous soustraire une partie de l’Allemagne à la nouvelle unification qui sera tout à l’heure un fait accompli ?

 

Italie

Un vieux politique, franc-maçon italien a dit : « Si les catholiques prennent le pouvoir, ils y sont pour trente ans ». Propos qui après le succès de M. de Gasperri, pourrait bien être prophétique.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-12-08 – La Situation

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-08 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Sombre semaine. Peu à peu tombent les dernières fictions diplomatiques qui voilaient l’hostilité entre Russes et Anglo-Saxons : M. Truman a décidé que les trois Grands ne se réuniraient plus.

Toute chance d’entente directe écartée, on va revenir à la diplomatie dite publique : celle de la Société des Nations. Les « Nations Unies » vont avoir leurs assemblées pour la galerie, leurs intrigues dans les couloirs, peut-être leur parlement.

L’Amérique mènera le jeu, la Russie et ses satellites involontaires remplaceront l’Allemagne. Comme celle-là, elle finira par rompre ; on sait où cela mène.Truman a fait approuver par le Congrès une loi qui lui donne pouvoir de mettre à la disposition des Nations Unies toutes les forces militaires des Etats-Unis ; la menace est claire.

 

La France et la question allemande

Sombre semaine aussi pour notre diplomatie.

M. Couve de Murville, notre ambassadeur, avait à peine terminé ses conversations que, pour en marquer l’échec, M, Truman livrait à la presse le rapport Price où la France est accusée de faire une obstruction systématique aux relations interzones en Allemagne, de gêner la reprise dans le pays de conditions économiques supportables.

Ce procédé, plus que discourtois, eût en d’autres temps provoqué une vive émotion, voire une chute de ministère. Nos malheurs nous ont fait moins sensibles …

Nous avions annoncé ces déceptions : c’est que l’Allemagne devient le champ clos des rivalités Anglo-Saxonnes et Russes : la radio russe accuse l’Angleterre d’entretenir et d’armer un million et quart de soldats et d’officiers nazis dans sa zone, sans compter les Polonais, les Baltes et les Hongrois.

Le gouvernement du général de Gaulle reprend à sa solde les espions nazis (émission du 5 décembre 7h15).

Les journaux anglo-saxons et français, au contraire, croient que la Russie fait tous ses efforts pour s’assurer la coopération allemande et que le grand espoir des Allemands est dans une alliance Germano-Russe contre les puissances occidentales (voir Carrefour du 1er décembre).

La part faite à l’exagération, il reste que les Etats-Unis jusqu’ici patients, ont brusquement résolu de rendre à l’Allemagne son unité, non seulement pour empêcher la France de se constituer, tout le long du Rhin, un protectorat économique et militaire, qui eut été, avec 25 ans de retard, l’accomplissement du vœu de Foch, mais pour ne pas laisser la Russie agir à sa guise dans une large partie de l’Allemagne.

En rompant le glacis, les Etats-Unis comptent aussi reprendre contact avec la Pologne.

Pour faire céder la France, les moyens, hélas, ne manquent pas, ce qui nous faisait craindre qu’une politique indépendante ne soit impossible sinon désastreuse, si séduisante qu’elle soit pour notre amour-propre.

On aura tôt fait de nous couper le courant, au sens propre : voyez l’affaire trop ou pas assez obscure du charbon de la Ruhr, des wagons qui ne rentrent pas … demain l’essence. Point n’est besoin d’imagination.

 

L’Azerbaïdjan

La comédie qui s’est jouée autour de cette province persane – laissée à l’influence russe dès 1942 – nous laisse loin de la diplomatie sincère que souhaite M. Bevin.

La façon cynique dont la faible Perse est jouée et dépecée nous fait penser à La Fontaine.

 

L’Italie

Nous avons négligé l’Italie dans nos chroniques. Malgré l’anarchie qui est pour ce pays une seconde nature, malgré les discussions bruyantes, nous croyons que nos voisins savent où ils vont, ou qu’on le sait pour eux.

Voici la première étape : M. Gasperi premier ministre. Cet homme éminent est très lié avec le Vatican. Après la ruine du fascisme, le discrédit irrémédiable de la monarchie, l’impopularité des communistes pour leur attitude dans l’affaire de Trieste, l’Eglise reste l’autorité spirituelle qui peut arbitrer les divergences. Elle bénéficie en outre de l’appui moral et matériel des Etats-Unis.

 

Extrême-Orient

Nous regrettons de ne pouvoir exposer les impairs de M. Hurley, ambassadeur des Etats-Unis en Chine, claquant les portes et lâchant le morceau à la grande joie des journalistes. La liberté aux Etats-Unis n’est pas un vain mot. Quant à la courtoisie …. Cette affaire ne jette aucune clarté sur la politique américaine en Chine : a-t-elle cherché ou non à éviter la guerre civile ? L’un et l’autre demeurent plausibles.

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Explications

Certains lecteurs ont cru voir dans ces chroniques un parti pris d’hostilité à l’égard de la Russie et de son régime.

Il n’en est rien. Nous ne faisons pas ici de la politique, mais de l’histoire. Il est de fait que l’attitude intransigeante des Russes, ses annexions successives et constantes, le développement progressif de ses forces militaires, provoquent une vive anxiété dans le monde ; peut-on le nier ? Le problème à nos yeux se pose ainsi :

Ou bien le facteur économique est prépondérant, et la Russie, pourvue d’un territoire immense où abondent des richesses encore peu exploitées, demeurera en paix sinon pacifique ;

Ou bien une évolution mystérieuse pousse en dehors de toute contrainte matérielle les peuples, à un certain stade de leur évolution, à décharger l’excès de leurs forces et à se répandre en conquérants. Sans remonter à Attila ou à Gengis Khan, rappelons la France de Napoléon, l’Allemagne de Bismarck, …  alors ?

Ne mêlons pas la politique intérieure aux questions extérieures. La leçon de 34-39, où l’hitlérisme nous a neutralisés en jouant de nos rivalités partisanes, devrait suffire.

 

                                                                                                CRITON