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Le Courrier d’Aix – 1945-12-15 – Le Chemin de la Paix.
La Conférence de Moscou
C’est avec surprise qu’on a appris qu’une conférence s’ouvrait le 15 décembre à Moscou entre Bevin, Molotov et Byrnes.
Truman, en effet, venait d’affirmer que les Nations Unies se substitueraient désormais aux trois Grands. Nous ne partageons pas cet étonnement. On déploie, à notre sens, un écran de fumée sur les buts véritables de cet entretien. Voici notre interprétation :
La conférence n’a pas pour objet de régler par voie directe les questions persanes, chinoises ou allemandes. Il s’agit au contraire de porter ces problèmes devant l’Assemblée des Nations Unies. Mais, avant d’inaugurer cette méthode nouvelle, il faut être fixé sur trois points :
- a) La Russie fera-t-elle partie de l’organisme et à quelles conditions ?
- b) S’engagera-t-elle à ne pas recommencer ce que Molotov fit à San Francisco, puis à Londres ? L’Assemblée doit avoir un bon départ et n’être pas torpillée au premier débat.
- c) Enfin, la Russie renoncera-t-elle à exiger le fameux « droit de veto » par lequel une seule nation peut paralyser la décision de toutes les autres ?
Voilà l’objet de la rencontre des trois ministres. Bien entendu, il se greffera là-dessus bien des marchandages sur d’autres litiges. La bombe atomique n’y manquera pas.
L’Attitude Russe
Toujours à double aspect : on ne peut deviner si la politique russe suivra la ligne conciliante qu’on suppose être celle de Staline ou celle, brutale, qui se développe dans le mémorandum de Berlin, où les Anglais sont accusés d’entretenir et d’entraîner une armée allemande à leur service.
Il semble certain que, quelle que soit l’attitude russe, Truman passera outre. Les « Nations Unies » seront et décideront, soit comme œuvre collective et pacification, soit comme instrument d’un bloc contre un autre.
C’est là, selon nous, l’enjeu capital de cette rencontre ultime. Puisse Noël nous promettre la paix !
La Politique Française
A nouveau le général de Gaulle a défini la politique Française d’équilibre entre les deux puissances. (Compte-t-il que Angleterre et Amérique n’en font qu’une ou que le rôle des anglais est secondaire ? Il a reconnu que pour l’heure seuls les inconvénients de cette attitude étaient manifestes.
Mais toute politique a son revers. Pourvu que l’on s’y tienne, elle porte un jour ses fruits. Le général est confiant dans l’issue finale ; il est sûr aussi que cette ligne de conduite répond au vœu profond de la plupart des Français.
Le problème est là : « pouvoir s’y tenir ». Le drame de notre politique entre les deux guerres est précisément d’avoir changé d’orientation au moment où l’attitude choisie avait montré toutes ses faiblesses et pouvait enfin donner des fruits, en sorte qu’on accumulait les fautes des deux méthodes contraires sans avoir le temps de tirer avantage d’aucune.
C’est ce qui se produira encore si un bouleversement quelconque nous obligeait demain ou après-demain à faire par nécessité la politique que nous rejetons aujourd’hui. Les autres auraient tiré de notre isolement l’opportunité de régler contre nos intérêts sans se plier à aucun compromis les problèmes essentiels, et nous endosserions plus tard leurs résolutions.
C’est, à notre sens, l’amère pensée des Anglais qui ne manquent pas une occasion de nous adresser de bonnes paroles pour le jour où nous leur reviendrons. Pour l’heure, où en sont les pourparlers Franco-Anglais ?
Le Quatrième Reich
Au lendemain de la conférence de Londres, nous avons vu l’Angleterre se décider, après de longues hésitations, à lier sa politique à celle des Etats-Unis. Evénement dont nous avons souligné l’importance historique.
Les Anglais avaient espéré qu’une fusion des deux empires Français et Britannique pourrait présenter une force suffisante pour faire contrepoids aux deux autres, Russe et Américain.
Nous avons, pour de sérieuses et excellentes raisons, repoussé cette offre. Dès lors, il faut pour les Anglo-Saxons, que l’équilibre européen se rétablisse sans notre concours. Il leur faut, sitôt après l’avoir abattue, relever l’Allemagne. L’exposé de M. Byrnes ne laisse aucun doute là-dessus : le quatrième Reich va naître.
X X
Le soldat allemand est très apprécié outre-Manche et outre-Atlantique, l’utilisation des mercenaires est très pratique dans les guerres. L’Allemagne de demain, qui n’aura plus les moyens industriels d’être une grande puissance menaçante, pourra encore fournir une excellente infanterie.
Voilà pourquoi nous avons avisé nos lecteurs des prodromes de cette politique anglo-allemande (que le mémorandum russe a rendus publics) à un moment où, n’étant la qualité des renseignements, nous avions peine à y croire.
Fortement installés en Italie, disposant du littoral allemand, de Brême et de Hambourg, bien assurés de la Belgique et de la Hollande, la coopération de la France ne leur est plus indispensable. Comment, dans ces conditions, pourrons-nous soustraire une partie de l’Allemagne à la nouvelle unification qui sera tout à l’heure un fait accompli ?
Italie
Un vieux politique, franc-maçon italien a dit : « Si les catholiques prennent le pouvoir, ils y sont pour trente ans ». Propos qui après le succès de M. de Gasperri, pourrait bien être prophétique.
CRITON