ORIGINAL-Criton-1947-01-18
Le Courrier d’Aix – 1947-01-18 – La Vie Internationale.
Sondages
La politique intérieure prime l’extérieure. Partout ce sont choix ou élections pour la désignation des responsables de la paix de demain. Pendant ce temps, les experts préparent la Conférence de Moscou. On fourbit les armes.
La Question Autrichienne
L’allusion du président Truman, dans son message au Congrès, à la libération de l’Autriche, les articles du « Times », montrent l’importance que les Anglo-Saxons attachent à la question. Ce petit pays, clef du Danube, ne peut demeurer un poste avancé soviétique. Il n’en peut davantage rester occupé dans l’état actuel d’épuisement de son économie. Les appels répétés du gouvernement autrichien ont un accent de désespoir. Plus de trains, plus de lumière, plus de travail et peu de pain. On peut s’attendre à une pression très vive des Américains sur Moscou.
Le Spitzberg
Sachant qu’il faudra céder sur ce point, les Russes cherchent une compensation ; l’attention des trois Grands se porte sur les terres polaires. Les Etats-Unis s’arrangent pour conserver des bases en Islande et au Groenland ; des manœuvres d’hiver de l’armée américaine se déroulent dans l’Alaska ; les Russes prennent ombrage de ces tentatives, ont émis des revendications sur le Spitzberg ; le gouvernement norvégien, avant de répondre, consulte Londres. Le statut de l’île étant régi par un acte international, il y a peu de chances pour que les Russes puissent installer des bases militaires.
L’Italie
Le grand événement est la scission du parti socialiste italien. La fraction de droite dirigée par Saragat et Matteotti se constitue en parti indépendant, type labour ou S.F.I.O., tandis que Nenni demeure à la tête d’un parti d’unité prolétarienne, favorable à la collaboration avec les communistes. Sa faiblesse numérique semble le vouer à une absorption rapide par le parti frère. L’événement qui a soulevé un grand tumulte n’est pas sans rapport avec l’échec de Nenni à Londres où sans doute, on mettait comme condition à tout appui anglais une prise de position nette contre le communisme. En même temps, la mission de Gasperi à Washington, dont le succès paraît assuré, a soulevé en Italie, tant à droite qu’à gauche, des critiques véhémentes. A gauche, on accuse le premier ministre de n’avoir rien obtenu de précis, à droite d’avoir sacrifié les intérêts de l’Italie aux exigences économiques des Américains, et d’avoir, en échange d’avantages contestables, promis la signature de l’Italie au traité de paix qui consacre sa déchéance. Malgré ces attaques Gasperi se défend d’avoir rien abandonné des droits de l’Italie à une révision future des conditions qu’on lui impose. Aucun accord n’est intervenu.
Les Elections Polonaises
Malgré les incarcérations de candidats d’opposition et la suppression de nombreuses listes, le parti paysan ne boycottera pas les élections. Les Anglo-Saxons multiplient néanmoins les notes au gouvernement polonais pour protester contre les élections irrégulières qui auront lieu le 19 janvier. Le gouvernement actuel, sous pression policière et intimidation terroriste, n’aurait d’après les observateurs, qu’un nombre infime de voix. Londres se serait adressé directement à Moscou pour obtenir des élections non truquées : au moment où le sort des frontières orientales de l’Allemagne va être discuté, un gouvernement national aurait plus d’autorité qu’un simple instrument aux ordres des Russes. Sur cette question de frontières, les Américains ont fait savoir que la Poméranie et le Brandebourg, régions agricoles dont l’Allemagne a besoin pour se nourrir, devaient faire retour au Reich, l’opposition Russe à ce plan ne serait plus maintenue.
En Allemagne
Le parti S.E.D. d’unité ouvrière, dirigé par les communistes et appuyé par les Russes, mène une vive campagne en faveur d’une Allemagne centralisée avec un parlement unique. L’accent nationaliste de cette propagande trouve un accueil favorable dans les masses et les sociaux-démocrates de Schumacher appuient dans le même sens. Les partis modérés sont assez embarrassés pour soutenir le point de vue contraire : une Allemagne fédérale avec des états autonome, selon le vœu américain. Il semble de plus en plus que cette question, et en général sur tout ce qui concerne le Reich, les Etats-Unis feront prévaloir leurs desseins.
Le Voyage de M. Blum
Le subit départ pour Londres du Président français a des causes multiples tant extérieures qu’intérieures. En principe, il s’agit pour la France d’obtenir du charbon, mais chacun sait que l’Angleterre en manque autant, sinon plus que nous, et que ses industries sont partiellement paralysées. Il s’agit donc du charbon allemand, de la question de la Sarre et de la Ruhr et plus encore des pétroles du Moyen-Orient. Il s’agirait même d’un projet d’union douanière franco-anglaise, prélude aux Etats-Unis d’Europe Occidentale, mais cela est une autre histoire ….
CRITON