Criton – 1947-01-11 – Préparatifs

 

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Le Courrier d’Aix – 1947-01-11 – La Vie Internationale.

 

Préparatifs

 

En 1946, on négociait pour sonder les intentions de l’adversaire comme à la veille d’une guerre ; maintenant que le danger est écarté, les Anglo-Saxons, tantôt unis et tantôt rivaux, cherchent à mettre dans le monde, un ordre à leur convenance laissant aux Russes une vaste sphère d’influence qu’ils espèrent réduire petit à petit.

 

La Démission de Byrnes

Malgré les appuis dont il bénéficiait, Byrnes ne s’est pas remis des attaques de Wallace et de la rancune de Truman contre lui à l’occasion de cette affaire. Le choix du général Marshall qui fut le conseiller de Tchang-Kaï-Chek en Chine signifie précisément, qu’aux yeux des républicains, Byrnes s’occupait trop du panier de crabes Européen et pas assez des pays intéressants au point de vue commercial comme le Moyen et l’Extrême-Orient. On suppose aussi que Truman est heureux de pousser les militaires dans les jambes de ses adversaires républicains et que Marshall pourrait remplacer Eisenhower, qui s’y refuse, comme candidat à la présidence de la République.

 

L’Italie

Une amusante rivalité politique a conduit M. de Gasperi, démocrate-chrétien, à Washington, tandis que Nenni, socialiste, visite Londres. C’est à qui rapportera la plus belle moisson. De Gasperi jusqu’ici paraît l’emporter. Il reviendra avec du blé et des pommes de terre et même de l’argent. Les Américains s’intéressent à l’Italie pour surveiller Trieste, les voies d’accès aux pétroles de l’Orient et en cas de conflit comme base militaire pour l’Europe Centrale.

 

Les Bases Militaires

Cette question revient sur le tapis. Les Etats-Unis n’ont pas abandonné le projet d’établissement des points d’appui stratégiques à travers le monde. Un exposé récent des demandes en ce sens comportait nommément Nouméa et moins clairement un point de l’Afrique Occidentale qui ne saurait être que Dakar.

 

La Course au Pôle Sud

Comme divertissement de fin d’année, le pôle Sud fait parler de lui. Une gigantesque expédition américaine est en route. Tous les riverains alertés ont hâtivement dressé des équipages : l’Argentine, la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Afrique du Sud se préparent à défendre leurs droits. En France même, on se préoccupe de l’affaire ! Les Américains qui vont prospecter les richesses minières du continent austral veulent comme ailleurs, que le pays soit porte ouverte et non partagé à la manière d’un empire colonial entre les pays qui le convoitent. Il appartiendra au mieux outillé, et au plus riche. Byrd a assuré que son entreprise serait conduite de façon à ne laisser pénétrer dans l’esprit des phoques et des pingouins, le moindre soupçon d’impérialisme.

 

La Palestine

Le problème Palestinien a occupé cette semaine le premier plan ; les Anglais perdent patience, exaspéré par le terrorisme. Avant d’employer à fond la force militaire, ils ont convoqué à Londres les leaders juifs hostiles aux agitateurs. Un projet de règlement est prêt à moins que, comme celui de l’Inde, de l’Egypte et de bien des accords en Orient, il ne se dérobe à la dernière minute. En gros, il s’agit d’obliger tous les juifs responsables à lutter contre le terrorisme qu’ils réprouvent en parole, remettre le mandat anglais sur la Palestine à l’O.N.U. après pacification complète, créer ensuite un état juif sous une protection internationale. Il s’agit surtout d’associer les Etats-Unis à la solution du problème et au maintien de l’ordre établi. Les Américains nous l’avons vu, ne veulent pas s’engager directement en Moyen-Orient. Ils y sont représentés par leurs ambassadeurs, leurs navires de guerre, leurs hommes d’affaire en seigneurs fastueux et lointains comme il plait aux Arabes. Ils ne se soucient pas de se brouiller avec ceux-ci, encore moins de faire tuer des citoyens américains en Palestine ou qui créerait des complications politiques à l’intérieur. L’Angleterre risque fort de conserver le fardeau sur les bras.

 

L’Indo-Chine

On peut espérer de la nomination de Marshall aux affaires étrangères un appui plus sérieux à notre politique d’Extrême-Orient ? Car la lutte dont nous sommes victimes est un aspect du conflit international : qui l’emportera, du communiste Ho-Chi-Min désigné par Moscou pour faire un pendant à ses positions en Corée et en Mandchourie, surveiller la Birmanie et l’Inde, ou du nationaliste catholique Nguyen-Manh-ha qui a la faveur de Tchang-Kaï-Chek et de Mhalle ( ?) pour former un gouvernement vietnamien dont le pouvoir, l’amitié au Tonkin et à l’Annam s’exercerait en collaboration avec la France ? Des intrigues longues et compliquées sont à prévoir. Nous triompherons, si à Paris on ne capitule pas ….

 

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