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Le Courrier d’Aix – 1949-03-19 – La Vie Internationale.
Le Pacte Atlantique et les Balkans
Tandis que les négociations relatives au pacte de l’Atlantique vont leur train, une nouvelle menace se dessine sur les Balkans. Les Russes d’autre part accélèrent la mise au pas de tous les restes d’opposition dans les pays satellites avec une hâte singulière.
Une nouvelle phase de la guerre froide continue.
La Macédoine
Voilà que le problème macédonien, de triste mémoire, redevient d’actualité. Depuis la disgrâce de Markos accusé de complicité avec Tito, on devinait que l’U.R.S.S. avait un nouveau plan. Il s’agit de reconstituer sous l’égide de la Bulgarie de Dimitrov, fidèle aux Soviets, un mouvement pour l’indépendance de la Macédoine. En fait, ce serait enlever aux Yougoslaves et aux Grecs leur portion de ce pays et réunir le tout sous le contrôle bulgare.
Ainsi la Bulgarie, c’est-à-dire les Soviets, auraient accès à la Mer Egée et du même coup amputant la Yougoslavie d’une partie de son territoire reprendraient un contact direct avec l’Albanie actuellement isolée et qui n’est ravitaillée par les Soviets que par un précaire pont aérien. Le projet serait réalisé par des bandes macédoniennes et les partisans grecs réarmés par Dimitrov. Mais il faut pour cela affronter Tito dont l’armée est solide et les Grecs d’Athènes soutenus par les Anglo-Saxons. Cela peut-il se faire sans une guerre ouverte entre les trois pays ?
Le Traité Autrichien
Par ailleurs, les négociations relatives au traité avec l’Autriche sont au point mort. Les Russes cherchent à faire échouer les négociations, car la paix signifierait le retrait des troupes russes d’Autriche qui surveillent Tito. Les Soviets ont manœuvré de telle sorte qu’ils ont soutenu les revendications yougoslaves sur la Carinthie.
Tito qui était prêt à renoncer ne pouvait plus le faire sans paraître auprès de ses sujets abandonner les ambitions nationales et se soumettre à la volonté des Anglo-Saxons. Thème magnifique de propagande qui eut été utilisé par les Soviets. Tito est donc obligé de maintenir ses prétentions auxquelles France, Angleterre et Etats-Unis s’opposent et le traité est ajourné.
En outre, des incidents de frontière éclatent quotidiennement entre les yougoslaves et les hongrois et roumains. Un encerclement militaire menace Tito qui a dégarni la frontière de Trieste pour porter ses forces en Macédoine. L’affaire en est là.
L’Espagne
Pendant ce temps, les Etats-Unis achèvent d’organiser la ceinture d’états libres. L’Islande, après le Danemark et la Norvège adhère au Pacte Atlantique. L’Italie, malgré l’agitation politique, va suivre. Reste l’Espagne, le moment est particulièrement opportun pour amener Franco à la raison : une sécheresse sans précédent afflige la péninsule. Plus d’eau, plus d’énergie : les usines chôment, les blés sont secs. Une crise de chômage et la famine menacent le pays, d’autant que les relations économiques avec l’Argentine sont redevenues difficiles à cause de la situation financière critique du gouvernement Perón. Il faut des secours, c’est-à-dire des dollars pour sauver Franco d’une situation inquiétante. Les négociations avec les Etats-Unis sont actives. L’Espagne est une position de première importance sans laquelle la fédération de l’Europe occidentale serait incomplète.
A Moscou
La série de remaniements parmi les dirigeants du Kremlin paraît le signe d’une réorganisation brutale d’un édifice économique qui laissait fort à désirer. Le budget soviétique a été publié : les sommes affectées à l’armement sont en augmentation sensible. Les autres chapitres témoignent d’un effort plus intense du rééquipement encore fort en retard, surtout pour l’industrie lourde, instrument militaire.
Dans l’ensemble, les progrès accomplis en U.R.S.S. cette année, malgré le travail forcé et les camps de main-d’œuvre constitués de prisonniers, sont inférieurs à ceux qu’a réalisés la Grande-Bretagne par exemple. Ils ne sont pas négligeables, cependant il est certain que le potentiel militaire de l’U.R.S.S. s’accroit. Le ministre américain de la guerre a donné des indications alarmantes sur les possibilités d’une guerre bactériologique. Propagande, espérons-le.
De leur côté, les anglais paraissent avoir trouvé le moyen de parer à la menace des sous-marins soviétiques dont les plans ont été pris aux Allemands et qui par leur nombre et leur efficacité constituent une menace d’importance pour la marine marchande alliée, en cas de guerre : Partout la recherche scientifique d’engins de destructions est fiévreusement poussée.
Palestine
La lutte entre Juifs et Arabes donne périodiquement lieu à de nouveaux incidents. Mais on sait depuis plusieurs semaines qu’ils ne peuvent rien avoir de tragique. Hier Israéliens et Transjordaniens étaient aux prises devant le port d’Akaba que tiennent les Anglais. Un armistice a été conclu à temps.
Reste le problème de Jérusalem dont les uns tiennent la ville haute et les autres la basse, et dont les Anglo-Saxons veulent faire une ville internationale. La paix définitive semble proche de ce côté. L’Egypte a conclu la paix avec Israël : Abdullah qui veut annexer la Palestine arabe à sa pauvre Transjordanie est pressé de traiter malgré l’opposition toute théorique des autres états arabes. Israël a été reconnu par 49 nations. La cause est entendue.
En Chine
La Chine nationaliste a un nouveau premier ministre de tendance socialiste, qui avec l’appui des Anglo-Saxons va essayer de faire la paix avec les communistes. Tchang-Kaï-Chek est définitivement éliminé. Mais les négociations demeurent difficiles et les communistes préparent un nouvel assaut sur le Gyang-Tse, dit-on. Les intrigues politiques sont compliquées, il convient d’attendre.
CRITON