Criton – 1949-03-19 – Le Pacte Atlantique et les Balkans

ORIGINAL-Criton-1949-03-19  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-19 – La Vie Internationale.

 

Le Pacte Atlantique et les Balkans

 

Tandis que les négociations relatives au pacte de l’Atlantique vont leur train, une nouvelle menace se dessine sur les Balkans. Les Russes d’autre part accélèrent la mise au pas de tous les restes d’opposition dans les pays satellites avec une hâte singulière.

Une nouvelle phase de la guerre froide continue.

 

La Macédoine

Voilà que le problème macédonien, de triste mémoire, redevient d’actualité. Depuis la disgrâce de Markos accusé de complicité avec Tito, on devinait que l’U.R.S.S. avait un nouveau plan. Il s’agit de reconstituer sous l’égide de la Bulgarie de Dimitrov, fidèle aux Soviets, un mouvement pour l’indépendance de la Macédoine. En fait, ce serait enlever aux Yougoslaves et aux Grecs leur portion de ce pays et réunir le tout sous le contrôle bulgare.

Ainsi la Bulgarie, c’est-à-dire les Soviets, auraient accès à la Mer Egée et du même coup amputant la Yougoslavie d’une partie de son territoire reprendraient un contact direct avec l’Albanie actuellement isolée et qui n’est ravitaillée par les Soviets que par un précaire pont aérien. Le projet serait réalisé par des bandes macédoniennes et les partisans grecs réarmés par Dimitrov. Mais il faut pour cela affronter Tito dont l’armée est solide et les Grecs d’Athènes soutenus par les Anglo-Saxons. Cela peut-il se faire sans une guerre ouverte entre les trois pays ?

 

Le Traité Autrichien

Par ailleurs, les négociations relatives au traité avec l’Autriche sont au point mort. Les Russes cherchent à faire échouer les négociations, car la paix signifierait le retrait des troupes russes d’Autriche qui surveillent Tito. Les Soviets ont manœuvré de telle sorte qu’ils ont soutenu les revendications yougoslaves sur la Carinthie.

Tito qui était prêt à renoncer ne pouvait plus le faire sans paraître auprès de ses sujets abandonner les ambitions nationales et se soumettre à la volonté des Anglo-Saxons. Thème magnifique de propagande qui eut été utilisé par les Soviets. Tito est donc obligé de maintenir ses prétentions auxquelles France, Angleterre et Etats-Unis s’opposent et le traité est ajourné.

En outre, des incidents de frontière éclatent quotidiennement entre les yougoslaves et les hongrois et roumains. Un encerclement militaire menace Tito qui a dégarni la frontière de Trieste pour porter ses forces en Macédoine. L’affaire en est là.

 

L’Espagne

Pendant ce temps, les Etats-Unis achèvent d’organiser la ceinture d’états libres. L’Islande, après le Danemark et la Norvège adhère au Pacte Atlantique. L’Italie, malgré l’agitation politique, va suivre. Reste l’Espagne, le moment est particulièrement opportun pour amener Franco à la raison : une sécheresse sans précédent afflige la péninsule. Plus d’eau, plus d’énergie : les usines chôment, les blés sont secs. Une crise de chômage et la famine menacent le pays, d’autant que les relations économiques avec l’Argentine sont redevenues difficiles à cause de la situation financière critique du gouvernement Perón. Il faut des secours, c’est-à-dire des dollars pour sauver Franco d’une situation inquiétante. Les négociations avec les Etats-Unis sont actives. L’Espagne est une position de première importance sans laquelle la fédération de l’Europe occidentale serait incomplète.

 

A Moscou

La série de remaniements parmi les dirigeants du Kremlin paraît le signe d’une réorganisation brutale d’un édifice économique qui laissait fort à désirer. Le budget soviétique a été publié : les sommes affectées à l’armement sont en augmentation sensible. Les autres chapitres témoignent d’un effort plus intense du rééquipement encore fort en retard, surtout pour l’industrie lourde, instrument militaire.

Dans l’ensemble, les progrès accomplis en U.R.S.S. cette année, malgré le travail forcé et les camps de main-d’œuvre constitués de prisonniers, sont inférieurs à ceux qu’a réalisés la Grande-Bretagne par exemple. Ils ne sont pas négligeables, cependant il est certain que le potentiel militaire de l’U.R.S.S. s’accroit. Le ministre américain de la guerre a donné des indications alarmantes sur les possibilités d’une guerre bactériologique. Propagande, espérons-le.

De leur côté, les anglais paraissent avoir trouvé le moyen de parer à la menace des sous-marins soviétiques dont les plans ont été pris aux Allemands et qui par leur nombre et leur efficacité constituent une menace d’importance pour la marine marchande alliée, en cas de guerre : Partout la recherche scientifique d’engins de destructions est fiévreusement poussée.

 

Palestine

La lutte entre Juifs et Arabes donne périodiquement lieu à de nouveaux incidents. Mais on sait depuis plusieurs semaines qu’ils ne peuvent rien avoir de tragique. Hier Israéliens et Transjordaniens étaient aux prises devant le port d’Akaba que tiennent les Anglais. Un armistice a été conclu à temps.

Reste le problème de Jérusalem dont les uns tiennent la ville haute et les autres la basse, et dont les Anglo-Saxons veulent faire une ville internationale. La paix définitive semble proche de ce côté. L’Egypte a conclu la paix avec Israël : Abdullah qui veut annexer la Palestine arabe à sa pauvre Transjordanie est pressé de traiter malgré l’opposition toute théorique des autres états arabes. Israël a été reconnu par 49 nations. La cause est entendue.

 

En Chine

La Chine nationaliste a un nouveau premier ministre de tendance socialiste, qui avec l’appui des Anglo-Saxons va essayer de faire la paix avec les communistes. Tchang-Kaï-Chek est définitivement éliminé. Mais les négociations demeurent difficiles et les communistes préparent un nouvel assaut sur le Gyang-Tse, dit-on. Les intrigues politiques sont compliquées, il convient d’attendre.

 

                                                                                  CRITON

 

 

 

Criton – 1949-03-12 – Autour d’un Départ

ORIGINAL-Criton-1949-03-12  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-12 – La Vie Internationale.

 

Autour d’un Départ

 

Nous énumérions samedi la série impressionnante de récents échecs de la diplomatie soviétique. Le résultat n’a pas manqué : Molotov a été démis. Jamais événement aussi considérable n’a donné lieu à des commentaires plus contradictoires. Les uns y voient un limogeage pur et simple ; d’autres une promotion vers le trône de Staline. Un fait est certain : s’il avait réussi, Molotov serait encore en place. Est-ce à dire que la politique soviétique va changer ? C’est peu probable.

Vychinski qui succède à Molotov et Gromyko qui va le seconder ne sont que des agents d’exécution. Le vieux procureur est une sorte de Goebbels, fanatique et demi fou, ivre de discours et d’arguments baroques. Il n’occupe aucun rang dans la hiérarchie du parti et n’est pas admis dans le conseil des treize. Y a-t-il comme le prétend Truman des dissensions dans ce comité ? C’est probable, mais si l’on y réfléchit présentement la politique russe n’a pas le choix des moyens ; la guerre, c’est trop tard ; il fallait envahir l’Europe il y a quinze mois, comme le voulait Jdanov. Faire un geste vers la Paix, endormir la vigilance occidentale et ralentir le réarmement américain ; trop tard aussi. Le bolchévisme est démasqué.

Quoiqu’ils fassent aujourd’hui les Soviets n’arrêteront pas le destin ; l’Europe ne peut pas demeurer asservie à cette dictature déjà trop usée. Soit par un coup de massue, soit par une révolte des peuples esclaves, soit par dislocation interne du régime, la Russie restera dans ses frontières un jour.

 

La Politique Américaine

L’adhésion de la Norvège au pacte atlantique suivie à n’en pas douter de celle du Danemark est un gros succès pour Acheson. Ce succès n’a été possible que par la communication secrète faite par les Américains aux intéressés, des énormes progrès militaires réalisés par les Etats-Unis. La supériorité des armements anglo-saxons est aujourd’hui beaucoup plus considérable qu’en 1945.

Loin de rattraper son retard dans le domaine technique, la Russie ne fait que l’accentuer. Si d’ailleurs les Soviets tentaient aujourd’hui une politique d’apaisement, elle n’aurait aucune chance d’être prise au sérieux. Les Anglo-Saxons ont fait leur opinion comme ils disent et n’y reviendront pas. Ils pousseront leurs préparatifs jusqu’au bout. L’U.R.S.S. est un adversaire de mauvaise foi avec lequel on ne négocie pas parce qu’il n’a pas de parole, par conséquent un ennemi, quoiqu’il fasse. Dans ces conditions, que les Russes connaissent bien, la politique de Molotov a des chances de continuer ; guerre froide d’un côté, offensive de paix toute verbale destinée à la propagande de l’autre, et agitation révolutionnaire accrue dans tous les pays.

 

Nouvelles Tactiques

Après l’échec des grèves, l’accueil assez frais des déclarations Thorez-Togliatti et Cie auprès des masses populaires patriotes, le Kominform essaie d’autres moyens : le sabotage technique fait par des spécialistes entrainés à cet effet et ayant pour but de paralyser l’économie des pays du plan Marshall pour faire échouer celui-ci. En Italie, l’autre méthode s’appelle la non-collaboration : les ouvriers de certaines usines limitent leur effort au geste strictement requis, ce qui a pour effet de réduire la production de 20% et d’augmenter d’autant le prix de revient. Le vent tourne cependant même en Italie : les Socialistes de droite viennent de voter l’adhésion au Pacte Atlantique, ce dont on doutait.

 

Tito

Le point névralgique en Europe est toujours la Yougoslavie. Moscou craint par-dessus tout Tito et l’esprit Titiste. Il y a longtemps qu’on cherche à l’abattre soit par assassinat, soit même par la guerre. Il ne serait pas étonnant qu’une expédition militaire russe ait lieu à la fin du printemps.

Le risque est gros pour l’U.R.S.S. mais l’enjeu aussi est d’importance. Il est certain que des mouvements de troupes soviétiques ont lieu en direction de la frontière serbe. D’autre part, l’accord entre les Etats-Unis et Tito n’est plus un mystère. L’embargo sur les armes et les matières premières stratégiques est levé. Les Etats-Unis aideront Tito à résister par tous les moyens. Le jeu est dangereux, on n’oublie pas Seraïeno. Mais cette considération n’arrêterait pas Staline. Entretenir la peur, c’est de bonne guerre.

 

En chine

Il est difficile de savoir comment évolue la situation : il ne semble pas qu’on se batte encore beaucoup, et des négociations de paix se poursuivent. Ceux qui les mènent ont-ils quelque qualité pour cela ? Tchang-Kaï-Chek qui refuse d’abdiquer semble bien discrédité. Les communistes paraissent déjà divisés entre eux et on parle même de quelques disparitions mystérieuses parmi les dirigeants. La question est particulièrement préoccupante pour la France à cause de l’accord entre Mao Tsé Toung et Ho Chi Minh. Le communisme chinois allié au communisme indochinois ferait peser sur nos frontières du Tonkin une menace que rien ne pourrait écarter. En Extrême-Orient, heureusement, il ne faut jamais croire à un événement fatal. Un hasard opportun vient toujours changer la face des choses et le résultat est toujours la guerre civile et la confusion : c’est ce qui se passe en Birmanie, ce qui a failli se passer au Siam. A la faveur du désordre, on peut toujours espérer se maintenir. Cela semble être actuellement la politique des U.S.A. et, en un autre sens, celle de l’U.R.S.S. Tout le monde craint une Chine unifiée.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-03-05 – ” E “

ORIGINAL-Criton-1949-03-05  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-05 – La Vie Internationale.

 

«  E »

 

La semaine a été décevante pour la diplomatie soviétique.

A la conférence de Londres où l’on discute du traité autrichien, le représentant de Tito, Bebler a fait aux Anglo-Américains des concessions significatives. A Paris et à Rome, les déclarations Thorez-Togliatti sur l’attitude de leur parti en cas d’invasion soviétique ont suscité de telles réactions qu’il a été possible en France de mettre la main au collet des espions de Moscou.

La crise économique aux Etats-Unis et ailleurs demeure légère jusqu’ici. Il s’agit plutôt d’un ajustement aux conditions nouvelles créées par l’augmentation rapide de la production, un remous qui annonce l’équilibre des prix, des budgets, des monnaies et des échanges, qui ne saurait s’établir d’un coup après tant de bouleversements. En réalité, contrairement aux espoirs de Moscou, le retour de l’abondance et la baisse des prix semble jouer en faveur de la démocratie libérale. Sur un autre plan, le procès de Sofia intenté aux pasteurs bulgares faisant pendant au procès Mindszenty a raffermi la solidarité chrétienne souvent bien hésitante, contre la persécution religieuse.

Enfin au Siam, un coup d’état bien préparé par les communistes chinois, ce qui aurait pu avoir des conséquences très graves pour l’équilibre si fragile du Sud-Est asiatique, a finalement échoué. L’événement n’a pas fait grand bruit mais on a eu chaud à Londres et à Paris et aussi à Calcutta et à Bombay.

Pour clore cette revue, signalons l’accord des trois gouvernements militaires sur le statut d’occupation de l’Allemagne et la Constitution de Bonn. Le moment n’est pas éloigné où les trois Alliés ayant aplani les difficultés entre eux, l’Allemagne occidentale pourra devenir  un Etat. Ainsi, petit à petit les Russes sentent se fermer autour d’eux  le cercle d’acier qu’ils ont tout fait pour forger eux-mêmes et dont en réalité ils redoutent l’étreinte.

Maladresse, incompréhension des réactions occidentales, ou bien calcul, qui peut le dire ? Le Destin des peuples peut-être.

 

L’Europe

A Bruxelles s’est tenu le congrès pour l’Union Européenne. Churchill a parlé. L’Europe doit être, parce que les nouvelles conditions économiques exigent l’unification des grands espaces, parce que moralement, l’Europe doit prendre conscience de son unité spirituelle menacée par deux matérialismes, l’un cynique et intégral et l’autre plutôt pratique et plus subtil.

Le succès de la réunion de Bruxelles, l’échec de la contre-manifestation communiste malgré le chômage qui sévit en Belgique, montrent que l’idée européenne est sortie du domaine purement académique, qu’elle répond à une exigence de l’âme des peuples, les uns asservis, les autres menacés de l’être. Un patriotisme européen commence à gronder : « l’Europe aux Européens ».

 

«  E » 

Cela peu à peu se traduira officiellement par des institutions, des organismes, des conférences et des traités plus ou moins efficaces, mais aussi par une activité souterraine qui déjà existe et s’étend et finira par se souder en un vaste réseau de résistance analogue à celui qui s’est noué pour la libération du Nazisme. Cette organisation souterraine de tous les patriotes européens aura pour emblème un «  E »  qui rappelle notre «  V »   de 40-44. Le noyau de ce mouvement vient des intrépides patriotes ukrainiens, l’U.P.A., associés au mouvement polonais « Wolnosc » et aux Slovaques.

Les Tchèques se sont rapidement organisés eux aussi et leur maquis est très solide. Grâce à une liaison avec la Résistance allemande en zone soviétique, de nombreux déserteurs russes, dont en moyenne 300 civils fonctionnaires, passent chaque mois en zone occidentale. De proche en proche, tout se relie aux comités des patriotes en exil dispersés principalement en Angleterre et aux Etats-Unis.

Ces mouvements de libération n’ont pas seulement pour tâche de libérer l’Europe de la tyrannie bolchévique, mais de toute hypothèque étrangère. Ils luttent pour l’indépendance totale, pour voir disparaître du sol européen les policiers et les uniformes étrangers.

La puissance de ce mouvement s’est particulièrement fait sentir lors de la célébration de l’anniversaire à Prague du coup d’état communiste. On ne vit à la cérémonie que la police et les milices armées. Le président Gottwald était absent. On le dit en désaccord avec le premier Zapotocky et l’éminence grise Slansky. Ceux-ci ont d’ailleurs montré quelque réserve devant les exigences de Vychinski qui s’était installé à Carlsbad pour organiser l’épuration de l’armée tchèque. Le peuple tchèque comme les Berlinois et les Allemands de zone soviétique montrent une détermination extraordinaire. Les Russes auraient fort à faire en cas de guerre pour maintenir leurs communications. Ils le savent et c’est pourquoi ils multiplient les arrestations et les épurations même dans les pays qu’ils ne contrôlent pas.

Cela peut en définitive être une garantie pour la paix.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-02-26 – Derrière les Pactes

ORIGINAL-Criton-1949-02-26  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-26 – La Vie Internationale.

 

Derrière les Pactes

 

Une véritable lutte d’influence s’est exercée autour des capitales scandinaves ; comme prévu, les Américains l’ont emporté. Le parti socialiste Norvégien a voté l’adhésion au Pacte Atlantique. Le Danemark suivra. La Suède se réserve encore. Il semble qu’au Kremlin cet échec a été vivement ressenti. A Moscou on cherche une revanche.

 

La Lutte Economique

Malgré les pronostics rassurants, la conjoncture économique préoccupe tous les pays et surtout les Etats-Unis. On sent qu’une crise serait un désastre de première grandeur, non seulement pour l’économie intérieure mais pour l’avenir politique des Etats-Unis et du monde. Et l’on sait aussi que la science des économistes est comme la météorologie. Prévoir la tendance, autant tirer dans un chapeau ; les forces économiques, comme celles de l’atmosphère, échappent aux calculs et les moyens de les diriger sont si aléatoires qu’on ne sait jamais ce qu’on fait en intervenant. Les Français en ont fait l’expérience et les Anglais pourraient bien avoir sous peu un réveil aussi cruel.

Les Russes vont donc essayer de frapper un grand coup pour détraquer le système économique des pays capitalistes qui donne des signes de faiblesse.

Ils vont d’abord, si leur récolte 49 est bonne – ce qui se pourrait car l’hiver russe a été très doux et humide – écraser le marché du blé. Ils ont demandé d’ores et déjà à la conférence internationale un contingent de 100.000 tonnes. Si la récolte mondiale est excédentaire, cela suffirait à provoquer un effondrement qui entrainerait celui de tous les produits agricoles.

Secundo, ils ont mis en action leur docteur Schacht, le Rothschild du Kremlin, Olaf Aschberg qui vint à Paris financer la grève des mineurs. Une grande quantité d’or soviétique a été déposée en Suisse. On a supposé qu’une manœuvre se préparait contre le nouveau mark occidental et contre le marché de l’or qui dans tous les pays va vers une baisse rapide.

Les moyens sont obscurs, le but est clair. Provoquer une déflation brusque par la baisse des valeurs et des devises appréciées et amener un chômage généralisé qui est, comme on le sait, le meilleur terrain de propagande communiste.

 

Le Pacte Atlantique

Les discussions plus ou moins byzantines entre le Maison Blanche et les sénateurs n’ont pas encore abouti à un accord sur la formule définitive du pacte ; mais Washington est si anxieux d’aboutir qu’on finira par accorder les principes sacro-saints de la Constitution avec les exigences de la situation. Les cinq alliés de Bruxelles proposent qu’un pays attaqué puisse faire appel aux forces armées américaines dès l’invasion de son territoire, la décision de la déclaration de guerre étant laissée ultérieurement au Congrès. La formule plaira-t-elle ?

 

Extrême-Orient

La menace Russe en Extrême-Orient préoccupe de plus en plus les milieux militaires des Etats-Unis, les services de renseignements ont donné ces temps-ci des détails sur les gigantesques préparatifs militaires des Russes en Sibérie centrale et orientale, les rampes de lancement, les usines souterraines, les aérodromes que des centaines de milliers d’esclaves recrutés dans toute l’Europe centrale construisent.

On craint aux Etats-Unis qu’en un tournemain, les parachutistes soviétiques ne s’emparent de l’Alaska où les défenses américaines sont dérisoires et il semble bien que d’ores et déjà, les autorités militaires ont décidé d’évacuer le Japon considéré comme indéfendable en cas de conflit.

De leur côté, les Russes qui avaient depuis l’interview Staline essayé d’une offensive de paix reviennent à la propagande alarmiste aussi bien chez eux que parmi les suppôts du Kominform. Les déclarations de Maurice Thorez en France en sont une manifestation. Cela sans doute pour déprimer le moral des nations libres et aider à la crise économique.

Manœuvre ou non, tout se passe comme si le spectre d’une troisième guerre mondiale, après s’être éloigné, revenait plus menaçant. Ce qui est grave, c’est que chacun est persuadé qu’elle est inévitable, ce qui n’est que trop évident depuis 44.

 

Le Traité Autrichien

A Londres se poursuit la discussion entre les quatre : Etats-Unis, Angleterre, France et Russie, sur le traité de paix avec l’Autriche. On en faisait la pierre de touche de la bonne volonté soviétique. En fait, c’est plutôt la question des relations de Tito tant avec l’U.R.S.S. qu’avec les occidentaux qui fait l’intérêt du débat. Les Soviets soutiennent les revendications yougoslaves pour éviter que Tito ne passe aux Anglo-Saxons. Et ceux-ci ne peuvent abandonner l’Autriche pour acheter Tito. Si bien que personne n’a  l’air très pressé d’aboutir ; le ministre autrichien Gruber se plaint de ce que l’Autriche soit l’enjeu de tant d’intrigues, et cela retarde indéfiniment l’évacuation de ce pays qu’on a proclamé libre et qui est toujours traité comme un vaincu.

 

Moyen-Orient

Le vent est à l’apaisement de ce côté. Egyptiens et Israéliens signent un accord. La Transjordanie, le Liban et d’autres suivront. On est atteint aussi là-bas de la Pactomanie. Il y a en perspective un pacte de la Méditerranée qui irait de l’Espagne au Pakistan en passant par l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Egypte, Israël et l’Irak.

Qu’est-ce-que tout cela signifie en face de la bombe atomique américaine et des blindés et des fusées russes ?

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-02-19 – Intrigues et Théories

ORIGINAL-Criton-1949-02-19  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-19 – La Vie Internationale.

 

Intrigues et Théories

 

Bien que l’activité diplomatique soit intense et complexe, chacun sent bien que l’avenir du monde se joue en ce moment sur le terrain économique. Le renversement de la tendance des marchés est-il le prélude à une crise et si crise il y a, pourra-t-on la maîtriser ? Si oui, une économie orientée mais libérale, fondée sur l’initiative privée pourra triompher, sinon on assistera à l’avènement d’un totalitarisme universel qui ne sera pas nécessairement communiste, mais fatalement autoritaire et collectiviste.

 

La Politique Russe

L’impérialisme soviétique voit dans ce fléchissement de la conjoncture, une chance appréciable. Comme le disait récemment Paul Hoffman, l’administrateur du plan Marshall, la politique russe par l’ampleur et la variété de son activité, la brutalité, l’astuce et le cynisme des méthodes qu’elle emploie, fait penser qu’Hitler lui-même n’était qu’un amateur.

Moscou est partout. En Corée où les Soviets cherchent à renverser le gouvernement du sud installé par les Américains ; Au Japon où la propagande bolchévique persuade les masses que les Etats-Unis abandonneront le pays en cas de guerre et que l’U.R.S.S. l’occupera ; En Chine où profitant de la faiblesse de Nankin et de la guerre civile, les Russes cherchent à s’emparer du Turkestan chinois ; En Perse où les notes se multiplient pour intimider le gouvernement mal assuré du Shah, sans compter les attentats.

En Yougoslavie, la lutte contre Tito devient de plus en plus serrée. L’U.R.S.S. craint de lancer ses satellites Hongrois, Roumains ou Albanais, trop faibles contre une Yougoslavie bien armée. Elle n’ose pas attaquer directement Tito ;  le recours aux armes pour liquider une querelle intestine ferait certainement mauvais effet sur les camarades. Tito tient tête.  En Grèce enfin. Markos débarqué par le Kominform, les rebelles réarmés ont essayé une attaque d’envergure sur Florina pour en faire une capitale de la République populaire grecque, mais l’armée gouvernementale a résisté. L’affaire sera remise.

 

La Norvège et le Pacte de l’Atlantique

Mais l’intérêt essentiel va en ce moment à la Norvège. Les commentateurs s’accordent à dire que Acheson pour ses débuts n’a pas fait un coup de maître. Nous le remarquions l’autre jour : Fallait-il mettre le gouvernement d’Oslo dans l’embarras et risquer un échec qui serait pour l’U.R.S.S. un gros succès diplomatique ? Ce qui gâte l’affaire, c’est que le gouvernement américain ne peut déclarer une guerre sans un vote du Congrès, ce qui l’empêche de contracter des engagements militaires qui entraîneraient automatiquement les U.S.A. dans la lutte. Les Norvégiens  se disent que les Russes sont assez habiles pour mettre la main sur eux comme ils l’ont fait pour la Finlande sans provoquer en même temps un Pearl Harbour. Et le Congrès pourrait bien temporiser. Si bien qu’on ne sait encore ce qui va se passer. Probablement pas mal d’eau sous les ponts.

  1. Lange, ministre de la Norvège est allé à Washington, puis à Londres où il a vu Bevin qui l’a vivement exhorté en faveur du pacte atlantique et finalement la question sera portée devant le Parlement Norvégien.

Les pourparlers avec le Danemark et la Suède pourraient bien reprendre aussi, car, si on peut aboutir à faire signer le pacte par la Norvège, on cherchera à sauver la face par une formule mixte qui engloberait les trois états et qui leur permettrait de recevoir des armements américains. Personne ne voudra en effet donner à l’U.R.S.S. un prétexte pour triompher.

 

A Londres

Depuis que la crise économique est à l’ordre du jour, un revirement soudain s’est fait dans la politique anglaise. Le gouvernement travailliste voit venir les élections en 1950. Si dans quelques mois les marchés extérieurs se ferment et que le chômage apparaisse, les électeurs lui règleront son compte. Aussi Londres appuie-t-il toutes les initiatives américaines : le pacte de l’Atlantique, l’union européenne, la coopération économique des dix-neuf, rencontrent un empressement nouveau. Le projet Truman qui a trait au développement des régions arriérées est accueilli aussi très favorablement.

A Paris de même, l’Afrique va s’ouvrir aux capitaux américains publics et privés. On peut s’en féliciter puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement. Pour la France, on ne peut que déplorer que la stupide politique économique et financière pratiquée depuis la Libération ne nous ait pas permis de mettre en valeur notre empire nous-mêmes. Vouloir la grandeur d’un pays, très bien. Mais il ne faut pas d’abord le ruiner ….

 

La Politique Américaine

Le Fondement de la politique américaine en ces matières a été exposé par Acheson et il est ressorti un pur matérialisme historique ( ?). On est Marxiste sans le savoir à Washington. Voici : Les pays démocratiques sont ceux où le revenu moyen est le plus élevé. Les pays où le niveau de vie est bas et le peuple sous-alimenté est le terrain de choix des dictatures blanches ou rouges. Il faut donc élever le revenu moyen, augmenter le nombre de calories dont chaque habitant de ces pays déshérités dispose pour affaiblir les tendances communistes ou fascistes, et faire triompher la démocratie. Il est certain que les statistiques corroborent la théorie.

En Europe, les pays où le niveau de vie était le plus élevé, le sol et l’industrie plus riches Angleterre, France, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Pays Scandinaves, la démocratie fleurissait. Même en Autriche et en Tchécoslovaquie, les institutions libres étaient appuyées par un peuple industrieux et relativement aisé. Par contre, les pays méditerranéens plus pauvres ont connu toutes les formes de dictature et ceux de l’Europe orientale plus misérables encore en revenus et en calories, n’en sont jamais sortis. Et voilà pourquoi nous avons le plan Marshall et le plan Truman. Nos lecteurs jugeront.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-02-12 – Crimes et Manoeuvres

ORIGINAL-Criton-1949-02-12 pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-12 – La Vie Internationale.

 

Crimes et Manœuvres

 

Bouleversée par le procès et la condamnation du Cardinal Mindszenty, l’opinion a prêté moins d’attention aux manœuvres de Staline pour intimider la Norvège et faire échec au pacte de l’Atlantique ainsi qu’au brusque retournement de la conjoncture économique qui s’est traduit par une baisse profonde des marchés américains.

 

Le Procès du Cardinal

De tous les coins du monde, gouvernements, groupes privés de toute opinion ou confession envoient au pseudo-gouvernement de Hongrie des protestations.

Ce procès reproduit tant d’autres crimes analogues : mêmes accusations absurdes, mêmes pratiques pour anéantir la volonté de l’accusé, même emploi des procédés scientifiques de toxicologie criminelle ; enfin, les aveux spontanés et la condamnation par un tribunal fantôme. On a l’impression que le bolchévisme tient périodiquement à se rappeler à l’exécration universelle. La bande de vieux révolutionnaires qui règne à Moscou est persuadée que la terreur est le seul moyen d’en imposer aux hommes. Ils ne voient pas qu’ils donnent par là des atouts à ceux qui un jour les abattront. Car la véritable habileté serait d’enlever aux Américains la seule arme qu’ils  ne peuvent pas forger eux-mêmes : l’arme morale.

Il est bien clair que les Etats-Unis ne pourront frapper le coup de massue, que nous avons toujours prévu que sur un adversaire qui par son abjection et ses crimes, sera d’avance, comme Hitler répudié par l’humanité. Mais c’est ce que les bolchéviks sont incapables de comprendre.

En frappant un prince de l’Eglise et une grande figure nationale, ils ont voulu écraser l’Eglise et effrayer tous les chrétiens sous leur joug. En Pologne, en Allemagne occupée et surtout en Tchécoslovaquie une épuration sauvage se poursuit. Elle vise surtout l’armée, le clergé et ce qui reste des résistants patriotes que les Russes n’ont pas réussi à faire massacrer par les Allemands. En Tchécoslovaquie, la population se défend, surtout les ouvriers, mais la répression est impitoyable.

 

Le Pacte de l’Atlantique

On pense communément que l’offensive de paix de Staline visait surtout à empêcher la conclusion du pacte de l’Atlantique et la constitution d’une chaîne d’états libres autour de l’U.R.S.S.  Moscou, après avoir réussi à intimider la Suède – ce qui n’a jamais été bien difficile –, a cherché à détacher la Norvège de l’Alliance Américaine. Deux notes contenant des menaces voilées et des promesses ont été remises à Oslo. Staline offre à la Norvège un pacte de non-agression !  Ce genre de pacte évoque de trop tristes souvenirs pour tenter les Norvégiens. Moscou en avait conclu avec tous ses voisins dont la Finlande et les pays baltes, elle en avait même proposé un à la Pologne ! Néanmoins, abandonné par la Suède et le Danemark, la  Norvège semble encore hésiter ou plutôt cherche à obtenir des Etats-Unis des engagements pratiques que la constitution américaine défend au gouvernement d’assumer. Si la Norvège ne signe pas le pacte de l’Atlantique qui sera prêt en mars, ce sera un gros échec pour le département d’Etat et un succès énorme pour Staline.

 

Sur le Plan Economique

Depuis quelques semaines nous attirons l’attention sur le nouvel aspect de la lutte pour la domination mondiale : la rivalité économique.

En effet, nous venons de voir le premier signe évident d’un changement radical dans l’orientation des marchés. Après neuf ans d’inflation et de rareté, d’un seul coup apparaît la baisse, l’abondance, le spectre de la surproduction. C’est l’heure tant attendue par les Soviets, celle de la dépression économique et du chômage. Nous n’en sommes pas là.

Il était fatal que la production en se développant atteindrait tôt ou tard le point où les marchés seraient saturés. Il est certain qu’ils l’auraient été moins vite si la répartition des moyens d’achats était plus équitable. Mais il y a aussi une raison psychologique. Dès que la rareté fait place à l’abondance, l’appétit des consommateurs diminue, leur hâte à s’assurer ce dont ils ont peur de manquer s’éteint. Le tout réuni provoque un arrêt brutal de la demande auquel nous assistons aujourd’hui dans tous les pays. Le fait est normal, il était prévu. Reste à savoir si, de proche en proche, il ne se transforme pas en dépression cyclique, et si l’on pourra trouver un point d’équilibre : l’avenir du monde dépend de cette issue.

 

Le Contre-Blocus

Les Soviets connaissent à Berlin et dans leur zone une désillusion cuisante. Le blocus de Berlin, qui n’a pas pu chasser les alliés, tourne au désastre.

Après des mois d’hésitation, maintenant qu’ils sont surs, l’hiver fini, de tenir le pont aérien, les Américains ont décidé de bloquer la zone soviétique d’Allemagne, coupant ainsi le commerce des pays derrière le rideau de fer des voies de communication terrestres avec leurs clients d’occident, privant aussi l’Allemagne orientale de ses sources d’approvisionnement. Cette zone est d’ailleurs dans un état tel de détresse économique que les usines sont obligées de fermer. Les Russes ont tellement pillé qu’il ne reste plus qu’un outillage rare et à bout de course ; les chemins de fer sans matériel, les voies défectueuses, les routes mal entretenues. Les Russes ne peuvent rien fournir pour remettre la machine en marche et la production de cette riche contrée est presque négligeable.

 

Protestations Anglaises

L’ère de facilité pour les producteurs exportateurs est close et les Anglais s’en effraient. Ils ont réussi merveilleusement il faut le dire et contre toute attente à remonter la pente et à réduire dans des proportions miraculeuses leur déficit commercial. Cela n’a été possible que parce que le monde solvable manquait de tout. Que se passera-t-il demain ?

Les Anglais sont effrayés tout particulièrement de la concurrence allemande qui se développe avec rapidité, grâce au salaire très bas que touche l’ouvrier allemand et aux facilités que les Américains et les Anglais eux-mêmes ont donné à l’Allemagne de produire pour se suffire et payer sa nourriture. Mais on se souvient à Londres de l’astuce des Allemands pour s’emparer d’un marché et l’on ne voit aucun moyen de s’en défendre.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-02-05 – Offensive de Paix

ORIGINAL-Criton-1949-02-05  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-05 – La Vie Internationale.

 

Offensive de Paix

 

Depuis le discours de Cachin à la Chambre Française, et la déclaration de Togliatti, on la sentait venir. L’interview de Staline la consacre : l’U.R.S.S se déclare champion de la paix contre les fauteurs de guerre anglo-américains !

 

L’Interview

Cette interview, prise par un journaliste américain, ressemble tellement à celle qu’accordait Hitler en 39 que le monde, si courte que soit sa mémoire, en a éprouvé un certain malaise.

D’un côté le dictateur rouge se dit prêt à rencontrer Truman, à parler de lever le blocus de Berlin, à procéder au désarmement, tandis que sa radio et sa presse à l’intérieur, vitupère les impérialistes et bellicistes de Londres et Washington.

L’invitation de Staline a été accueillie avec méfiance. Des actes et non des paroles, demande-t-on : levez le blocus, signons un traité de paix avec l’Autriche et nous verrons. A Moscou, on ne se faisait pas d’illusion sur les dispositions américaines, mais il fallait alimenter la propagande de l’ « Humanité » et de l’ « Unité » en vue des élections.

 

Les Pourparlers d’Oslo

Moscou évidemment s’inquiète des progrès de l’Union européenne et de l’extension du pacte de l’Atlantique. C’est la vieille hantise du cordon sanitaire autour du bolchévisme.

Aussi Moscou a-t-il employé tous ses moyens de pression pour faire échouer la Conférence d’Oslo ou tout au moins empêcher la formation d’un bloc scandinave rattaché aux Etats-Unis par le pacte de l’Atlantique. Il a réussi en partie, puisque la Suède reste fidèle à la politique de neutralité. Mais la Norvège, complètement dépendante de ses intérêts maritimes, se joindra au bloc où se trouvent déjà l’Angleterre et les Etats-Unis. La Norvège a, avec l’U.R.S.S. une frontière commune et l’établissement de bases américaines en Norvège rapprocherait singulièrement les bombes atomiques de Leningrad.

Moscou a donc envoyé une note très pressante à Oslo pour intimider les Norvégiens. Mais ceux-ci ont répondu que rien ne les empêcherait de signer le pacte. Le Danemark pris entre la Suède et la Norvège ne sait comment assurer sa défense. Il viendra sans doute au pacte quand le bloc de l’Ouest sera plus puissant.

 

Bevin

L’échec de la politique anglaise en Palestine a fait passer à Bevin un mauvais moment à la Chambre des Communes. Une partie des travaillistes a voté contre lui. On s’attendait à le voir démissionner, mais c’est un rude lutteur d’un entêtement légendaire. Il a donné quelques satisfactions aux conservateurs en affirmant que la défense de Suez et des lignes de communications de l’Empire serait assurée et s’est montré plus résolu qu’à l’ordinaire sur la question de l’Union Européenne que beaucoup de travaillistes l’accusent de saboter.

En fait, l’Angleterre n’a plus la direction diplomatique, que ce soit, en Palestine, en Extrême-Orient, ou même sur le continent européen. C’est Washington qui arbitre et comme il n’est pas question de s’appuyer sur Moscou pour faire contrepoids à l’Amérique, l’Angleterre doit conformer sa politique à celle des Etats-Unis, même si ses intérêts ne coïncident pas absolument avec les leurs.

Churchill pense qu’au fond il faut en prendre son parti, s’entendre à fond avec le département d’Etat, au prix de concessions mutuelles, prendre la tête de l’Union Européenne et peut-être un jour créer un bloc Européen qui aurait une plus grande liberté de décision que l’Europe désunie d’aujourd’hui.

Bevin a pour lui quelques réactionnaires, impérialistes et anti-européens, un fort bloc de trade-unionistes dont il est l’idole et qui le soutiendront quoiqu’il fasse. Néanmoins, son sort est en suspens, et la paix revient entre Juifs et Arabes, sans que l’Angleterre y soit pour grand-chose.

Churchill pense qu’au fond il faut en prendre son parti, s’entendre à fond avec le département d’Etat, au prix de concessions mutuelles, prendre la tête de l’Union Européenne et peut-être un jour créer un bloc Européen qui aurait une plus grande liberté de décision que l’Europe désunie d’aujourd’hui.

Bevin a pour lui quelques réactionnaires, impérialistes et anti-européens, un fort bloc de trade-unionistes dont il est l’idole et qui le soutiendront quoiqu’il fasse. Néanmoins sont sort est en suspens, et la paix revient entre Juifs et Arabes, sans que l’Angleterre y soit pour grand-chose.

 

Problèmes Economiques

On est très confondu à Moscou de l’échec complet des prévisions de Marx et de Lénine sur l’évolution de la société capitaliste et l’académicien russe Varga a osé écrire sans être mis à l’ombre, que cette société pourrie était très capable de trouver son équilibre.

En effet, pour le troisième mois consécutif, les prix baissent aux Etats-Unis, les revendications de salaire et les grèves s’atténuent. Il n’est plus question d’inflation et dans tous les pays où l’économie est plus ou moins libre, la même tendance commence à paraître. Cela est très important car le plan Marshall aurait été emporté par l’inflation comme un pont par la crue des eaux. Ce n’est pas pour dire que tous les problèmes sont résolus, mais le plus grave danger recule.

 

En U.R.S.S.

Le croiriez-vous, on retourne même aux méthodes du Capitalisme en U.R.S.S. ! L’économiste Vladimorov écrit :

« Il est temps que cesse le déficit des entreprises d’Etat couvert par les subsides du trésor public. Il n’y a qu’une économie saine : une industrie qui couvre ses frais de production et vit par elle-même : les prix doivent refléter ces frais et être des prix réels. Autrement, l’entreprise ne surveille pas le coût de ses fabrications, s’endort sur les subventions, bousille le travail aux dépens du consommateur et ruine l’esprit d’émulation qui doit exister en toute entreprise » ( !).

« Conclusion : les entreprises se débrouilleraient, les prix vont évidemment monter, mais cela réduira la demande et obligera les dirigeants à redoubler d’efforts pour serrer leurs prix et les adapter au pouvoir d’achat du consommateur ».

On est en train de découvrir l’économie classique à Moscou. Qu’attend M. Queuille pour suivre l’exemple. Les Chemins de fer même vont être obligés de se suffire, le gaz, l’électricité de même ; le bon exemple de la saine économie vient de Moscou. Qu’attend-on pour le suivre ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-29 – Les Plans d’Assistance Economique

ORIGINAL-Criton-1949-01-29  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-01-29 – La Vie Internationale   

Les Plans d’Assistance Economique

 

La guerre froide, disions-nous, passée du terrain politico-militaire au terrain économique. A peine le président Truman avait-il fait son exposé de reconstruction universelle que Staline ripostait en réunissant ses satellites pour établir un plan Marshall soviétique. Rivalité pour réaliser le bien-être des peuples !

 

Le Discours Truman

Le discours d’investiture du président américain a été qualifié d’événement historique. Il exprime en effet avec netteté les points essentiels qui vont définir sa politique. D’abord qu’il n’y a pas d’accord possible avec le communisme mais que la guerre peut être évitée si les Etats-Unis sont assez forts pour enlever toute chance de succès à l’agresseur.

Ensuite que les Américains doivent rallier autour d’eux le plus de pays possible en les aidant au maximum à recouvrer la santé économique, à élever le niveau de vie de leurs travailleurs et par là, contrecarrer les plans de sabotage communiste ; qu’une alliance  militaire doit être signée par les Etats-Unis avec tous les peuples qui veulent se détendre et qu’on leur fournira les armes nécessaires.

Enfin, et ceci est le point nouveau qui a suscité tant de commentaires : « Nous mettrons notre capital et nos ressources techniques à la disposition des peuples arriérés économiquement, en Asie et en Afrique pour leur permettre de s’équiper et de résister à la propagande soviétique fondée sur la misère.

Et cela, ajoute Truman, « non avec le dessein de les exploiter au sens impérialiste du mot, mais pour les mettre en mesure de s’organiser eux-mêmes ; l’expérience prouve en effet que notre commerce se développe dans les pays qui réalisent eux-mêmes des progrès ». Si l’on ajoute à cela le vœu habituel en faveur d’un abaissement des barrières douanières, on voit que les Etats-Unis visent à étendre leur aide au monde qui n’est pas encore aux mains des Soviets.

L’appât de cet appui est capable d’attirer dans l’orbite américaine les pays qui manquent de tout. Moscou a bien senti le danger. Il va essayer de calmer les impatiences des pays conquis, économiquement abandonnés et qui voient la manne américaine pleuvoir sur les voisins.

Truman a bien soin de distinguer cette aide, du système d’exploitation coloniale, mais il oublie que ce système était le seul possible à une époque où les pays occupés étaient complètement primitifs et que dans bien des cas, l’entreprise coloniale a fait plus pour les peuples que n’en fera jamais le dollar.

Aujourd’hui, grâce aux progrès réalisés, ces peuples peuvent être en mesure de recevoir une aide matérielle et d’en tirer parti à leur usage exclusif. Mais qu’ils ne s’y trompent pas : derrière l’aide désintéressée et sans contrepartie apparente du gouvernement des Etats-Unis, il y aura le capital et l’entreprise privée pour en tirer profit.

S’il veut maintenir la prospérité américaine, le président est bien obligé d’ouvrir coûte que coûte des débouchés à une industrie en perpétuelle expansion, d’assurer aussi à l’Amérique le contrôle des sources de matières premières. Même avec les meilleures intentions, on ne peut empêcher que les affaires ne soient les affaires qui ne se font pas à fonds perdus.

Le programme du président n’est que la forme moderne de ce qu’a été autrefois l’entreprise coloniale et ce qu’elle est malheureusement parfois encore : Civiliser et en même temps tirer des ressources développées un profit équitable. Il n’y a de changé que l’apparence.

 

L’Allemagne

Signalons l’importance du conseil de contrôle, que d’un commun accord, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France viennent d’instituer.

Cet organisme qui sera permanent et définitif, a pour but d’empêcher la formation en Allemagne d’organisations militaires ou para-militaires, de veiller à ce que ne soit pas fabriqué du matériel de guerre ou des produits susceptibles de servir à la guerre ; de surveiller les laboratoires et les établissements de recherche scientifique et plus généralement de tous édifices, chantiers où pourrait se reconstituer le potentiel militaire allemand.

Donc au moins en principe, la France a reçu tous apaisements pour sa sécurité. On a beau dire qu’elle sera seule contre deux, il sera bien difficile aux Anglo-Saxons qui n’ont d’ailleurs aucune raison de s’y opposer, de rendre cette surveillance inefficace, à condition qu’on l’exerce très sérieusement.

 

L’Union Européenne

Les projets d’Union Européenne ne vont toujours pas très fort de l’avant. Malgré le pressant désir d’aboutir à quelque chose de concret, ni les Franco-Belges, ni les Américains n’ont pu empêcher l’obstruction des Anglais. L’organisation prévue a encore été ajournée.

 

La Chine

Tchank-Kaï-Chek a démissionné ; abandonné par les Américains, trahi par ses partisans, il laisse en fait le champ libre au général communiste Mao Tsé Tung. Sauf imprévu, il sera donc le chef de la Chine de demain et il n’a pas caché qu’elle serait une république populaire. Même parmi les meilleurs observateurs et connaisseurs de la Chine, les avis sont partagés. Sera-ce vraiment une république communiste sur le modèle imposé aux satellites de l’Ouest résolument orientée vers Moscou et fermée à l’influence occidentale : ou bien Mao Tsé sera-t-il obligé de composer pour réussir et laisser la porte ouverte à tous les compromis politiques sociaux et économiques. Le chinois essentiellement marchand s’accommoderait mal d’une discipline collectiviste. Jusqu’ici, on ne saurait s’entretenir d’illusions : Mao Tsé et les siens sont communistes et paraissent décidés à agir comme tels.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-22 – La Lutte Economique

ORIGINAL-Criton-1949-01-22  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-01-22 – La Vie Internationale.

 

La Lutte Economique

 

Comme on le sentait depuis quelques mois alors que beaucoup croyaient à la guerre, les conflits de plus en plus tendent à s’apaiser. Est-ce par la volonté des hommes ou de plus mystérieuses raisons ?

 

En Palestine

L’incident des cinq avions ainsi que nous l’annoncions, n’aura pas de suite et la hâte des Juifs et des Arabes à terminer une guerre onéreuse se manifeste dans toutes les négociations ; à Rhodes entre Egyptiens et Juifs, à Ammar entre Israël et Abdullah, à Tel-Aviv avec les Libanais et Irakiens.

Les difficultés financières des Juifs sont mises à profit par les Etats-Unis qui subordonnent l’octroi d’un crédit de 100 millions de dollars à Israël à la conclusion de la Paix. L’Angleterre de son côté se dispose à reconnaître les règlements obtenus, Bevin âprement critiqué pour sa politique palestinienne a dû céder aussi sous la pression des Etats-Unis.

 

En Chine

La situation est toujours confuse ; la tendance reste la même. Les troupes communistes avancent ; les nationalistes démoralisés résistent assez mal. Tchang-Kaï-Chek est sur le point de se réfugier à Formose. Le Kuomintang demande la paix. Les communistes vainqueurs ne sont pas disposés à négocier.

Dans ce vaste pays où l’anarchie n’a cessé de régner, il n’y a pas de raison d’Etat ou de pression économique pour obliger les belligérants à cesser la guerre civile. Cependant, les appels à la paix se multiplient, venus de tous les partis, de toutes les classes sociales. La population est à bout. Cet état d’esprit donne aux communistes une chance d’imposer leurs conditions. Comme partout, la misère sert le bolchévisme.

 

France – Angleterre

Les relations Franco-Anglaises ont ceci de bizarre, c’est que si l’on examine les points de divergences entre les deux pays, on trouve qu’il s’agit de peu de choses et qu’on va pouvoir s’entendre du premier coup. Et puis rien n’aboutit ; le malaise, un instant dissipé, reparaît.

C’est que l’Angleterre est aux prises avec des problèmes qu’elle ne veut pas résoudre. Elle souhaite l’Union Européenne à condition d’en prendre la direction sans cependant perdre sa position mondiale et relâcher ses liens avec les Dominions : prétentions contradictoires. En matière économique, elle veut son indépendance à l’égard des Etats-Unis et pour cela, exporter sans importer l’équivalent, ce qui est impossible. Elle veut rendre l’Allemagne viable économiquement et l’empêcher en même temps de lui faire concurrence. Elle veut établir un socialisme européen qui mettrait en commun les ressources européennes en laissant toutefois les richesses anglaises aux Anglais seuls.

  S’entendre dans ces conditions, n’est jamais que s’entendre à demi. C’est ce qu’a constaté M. Schuman. En un certain sens, tout est facile ; en un autre, rien n’est faisable. Les Anglais sentent bien qu’il faudrait se résoudre à une solution claire. La politique internationale du travaillisme rencontre une forte opposition des travaillistes eux-mêmes. Mais d’ici les élections de 1950, on ne voit pas un changement sérieux, à moins que les Etats-Unis soient en mesure d’imposer leur volonté d’unir l’Europe coûte que coûte, et au besoin malgré elle.

 

La Guerre Froide

Des bruits circulent de négociations secrètes entre Russes et Américains sur Berlin. Les Soviets ont perdu la bataille du blocus. Le pont aérien a fonctionné à la perfection. Les Berlinois ont tenu. Berlin ne sera pas soviétisé.

Dans la zone d’occupation Russe, la résistance à l’occupant déjà très forte s’accentue. Les Bolchéviques ne trouvent plus d’Allemands pour appliquer leur politique et remplir les emplois publics à leur service. Le sabotage et la résistance passive s’étendent. Les fuites vers la zone anglo-américaine se multiplient. Devant ces difficultés, les Russes paraissent enclins à faire une pause. De là à parler d’apaisement, il y a loin. N’y croyons pas.

 

La Crise du Plan Marshall

La guerre froide cependant, s’oriente plutôt vers la lutte économique où les chances des Communistes semblent grandir. Il y a une crise du plan Marshall. Les signes en sont apparus avec les difficultés économiques belges. La Belgique, faute de dollars, restreint ses importations d’Amérique et d’autre part, ne peut plus exporter à la France et même à l’Angleterre parce que ces pays sont endettés vis-à-vis d’elle et, qu’à moins que les Etats-Unis ne paient la différence, il n’y a pas d’espoir de rééquilibrer les échanges. Les affaires ralentissent.

Aux Etats-Unis même, la situation demeure excellente mais uniquement grâce au surarmement et aux largesses du Plan Marshall. Néanmoins, on assiste à ce paradoxe : des mines de charbon aux Etats-Unis ferment faute de débouchés, alors que le charbon manque à l’Europe et que tant de bateaux restent au port. Les exportations américaines baissent rapidement, même en Amérique du Sud et au Canada. Par ailleurs, presque tous les pays sont amenés à suivre une politique d’austérité pour sauver leur monnaie. Les Etats-Unis se voient obligés, s’ils veulent maintenir leur production et leur prospérité, d’intervenir de plus en plus dans la vie économique des autres nations, d’abord en prêtant à fonds perdus et ensuite, par une pression proprement politique, en empêchant les pays qu’elle aide de se replier sur eux-mêmes et d’adopter un système économique et social incompatible avec de libres échanges.

L’Angleterre seule essaie de se suffire, de sauver son indépendance par des sacrifices sans cesse accrus ; mais la corde semble bien tendue. Les Russes profitent de cette situation. Ils poussent maintenant leurs satellites à échanger leurs produits avec l’Occident. La Pologne, la Tchécoslovaquie traitent avec l’Angleterre. Ils pensent par-là atténuer les difficultés de ces pays et ébranler la prospérité américaine, ce qui aujourd’hui est un objectif essentiel.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-15 – Nouvelle Alarme

ORIGINAL-Criton-1949-01-15  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-01-15 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Alarme

 

L’Affaire Palestinienne

On s’était laissé aller à la quiétude quand a éclaté l’incident palestinien. Cinq avions britanniques abattus ! L’opinion mal remise des émotions de la guerre froide a un peu dramatisé. Qu’en est-il ?

Du côté anglais, on s’inquiète de voir se constituer en Orient une puissance militaire qui n’est contrebalancée par rien. En pénétrant en territoire égyptien, les Juifs ont montré qu’ils pouvaient sans peine atteindre Suez. Cependant, l’affaire Judéo-Egyptienne paraissait arrangée. Une conférence s’ouvre à Rhodes. L’Armistice accepté a été à peu près observé et les Juifs ont retiré leurs troupes du pays Egyptien. L’Egypte de son côté, a refusé l’appui des Anglais considérant le traité d’alliance de 1936 comme caduc. Là-dessus, les Juifs abattent cinq avions anglais qui faisaient une reconnaissance au-dessus des positions israéliennes. Que vont faire les anglais ? Pas grand-chose, car l’opinion anglaise est divisée sur la question. Qu’allaient faire ces avions, demande Eden ? Déjà on pense que les Américains vont s’entremettre, comme ils l’ont fait entre Juifs et Egyptiens. L’affaire s’arrangera et les Anglais y perdront un peu de prestige, voilà tout.

Il y a cependant dans l’affaire un point inquiétant. La Russie qui cherche partout à créer des foyers d’agitation a trouvé en Palestine un terrain de choix. C’est elle qui ravitaille en armes les Juifs, autrefois par Tito et maintenant par la Tchécoslovaquie. C’est elle qui envoie des émigrants de tous les pays satellites parmi lesquels se glissent des terroristes et des agitateurs entraînés par Moscou ou par Sofia. C’est elle qui attise la haine des Juifs contre l’Angleterre  et bien que le communisme proprement dit soit assez faible en Palestine même, les partis qui lui sont hostiles s’appuient sur l’U.R.S.S. Celle-ci verrait volontiers une guerre d’Espagne s’allumer en Palestine. Mais les Américains veillent … Il n’en reste pas moins que la force militaire d’Israël à proximité de Suez est un gros atout pour les Juifs et une lourde menace pour Albion. Aussi, les Anglais ont-ils renforcé Akaba, le port de la Transjordanie qui donne accès à la Mer Rouge et protègera le canal au nord.

 

Dean Acheson

Marshall a démissionné comme on le prévoyait, regretté par tout le monde. Son successeur, Dean Acheson, un juriste qui n’a pas encore une grande expérience des affaires mondiales a subi l’assaut des critiques du parti républicain aux Etats-Unis ; on l’accuse d’être l’avocat de Hiss poursuivi pour son activité pro-communiste. On le dit favorable aux Soviets. En réalité, sous le nom d’Acheson, c’est Truman qui va diriger la politique extérieure américaine. Tout le monde s’y attendait et tout le monde le craint, car jusqu’ici, les interventions du Président n’ont pas été très heureuses. Cependant, le caractère agressif de l’impérialisme soviétique est trop évident pour que la politique de fermeté ne soit pas poursuivie, et aussi le réarmement américain.

La politique de Marshall continuera parce qu’il n’y en a pas d’autre possible, mais Truman saisira toutes les occasions pour montrer au peuple américain ses intentions pacifiques. Puisse-t-il ne pas se faire rouler ?

 

La Conférence Scandinave

Les trois pays scandinaves se consultent fiévreusement. Les Etats-Unis font une vive pression pour qu’ils adhèrent au pacte de l’Atlantique. Comme nous l’avons dit, il s’agit de constituer une vaste alliance des nations libres, alliance économique et militaire contre l’U.R.S.S. et ses satellites. Au pacte de l’Atlantique succèdera un pacte du Pacifique et la boucle sera fermée autour du monstre.

Les Scandinaves sont divisés. La Norvège est prête à s’intégrer dans l’Union occidentale, mais la Suède tant par tradition que par peur de l’U.R.S.S., veut garder sa neutralité. Le Danemark hésite : il voudrait les avantages d’un accord étroit avec l’Occident sans s’exposer aux risques que sa position géographique comporte. Les consultations se multiplient. Le dernier mot en fait appartient à l’Angleterre.

 

Un Article de Lippmann

Comme le souligne Lippmann, tout l’échafaudage de la politique américaine se heurte à une question : l’Angleterre voudra-t-elle s’intégrer à l’Europe, ou restera-t-elle une nation insulaire ? Sans elle, il n’y a pas d’Union occidentale possible. Si elle ne s’engage pas à fond en Europe, la France est trop faible, trop divisée et minée à l’intérieur pour résister à l’U.R.S.S. La peur la fera céder. Mais, dit Lippmann, il faut se rendre à l’évidence : l’Angleterre ne consentira jamais à lier son sort à celui du continent. A notre avis, la partie n’est pas jouée ; l’Angleterre retarde l’heure du choix mais sera peut-être contrainte de se décider à être européenne. Car cet isolement si cher aux cœurs anglais, s’il devenait un jour un isolement véritable, serait peut-être  fatal à cet édifice devenu fragile qu’est l’empire britannique. Beaucoup d’Anglais le savent bien.

 

                                                                                  CRITON