Criton – 1949-02-26 – Derrière les Pactes

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Le Courrier d’Aix – 1949-02-26 – La Vie Internationale.

 

Derrière les Pactes

 

Une véritable lutte d’influence s’est exercée autour des capitales scandinaves ; comme prévu, les Américains l’ont emporté. Le parti socialiste Norvégien a voté l’adhésion au Pacte Atlantique. Le Danemark suivra. La Suède se réserve encore. Il semble qu’au Kremlin cet échec a été vivement ressenti. A Moscou on cherche une revanche.

 

La Lutte Economique

Malgré les pronostics rassurants, la conjoncture économique préoccupe tous les pays et surtout les Etats-Unis. On sent qu’une crise serait un désastre de première grandeur, non seulement pour l’économie intérieure mais pour l’avenir politique des Etats-Unis et du monde. Et l’on sait aussi que la science des économistes est comme la météorologie. Prévoir la tendance, autant tirer dans un chapeau ; les forces économiques, comme celles de l’atmosphère, échappent aux calculs et les moyens de les diriger sont si aléatoires qu’on ne sait jamais ce qu’on fait en intervenant. Les Français en ont fait l’expérience et les Anglais pourraient bien avoir sous peu un réveil aussi cruel.

Les Russes vont donc essayer de frapper un grand coup pour détraquer le système économique des pays capitalistes qui donne des signes de faiblesse.

Ils vont d’abord, si leur récolte 49 est bonne – ce qui se pourrait car l’hiver russe a été très doux et humide – écraser le marché du blé. Ils ont demandé d’ores et déjà à la conférence internationale un contingent de 100.000 tonnes. Si la récolte mondiale est excédentaire, cela suffirait à provoquer un effondrement qui entrainerait celui de tous les produits agricoles.

Secundo, ils ont mis en action leur docteur Schacht, le Rothschild du Kremlin, Olaf Aschberg qui vint à Paris financer la grève des mineurs. Une grande quantité d’or soviétique a été déposée en Suisse. On a supposé qu’une manœuvre se préparait contre le nouveau mark occidental et contre le marché de l’or qui dans tous les pays va vers une baisse rapide.

Les moyens sont obscurs, le but est clair. Provoquer une déflation brusque par la baisse des valeurs et des devises appréciées et amener un chômage généralisé qui est, comme on le sait, le meilleur terrain de propagande communiste.

 

Le Pacte Atlantique

Les discussions plus ou moins byzantines entre le Maison Blanche et les sénateurs n’ont pas encore abouti à un accord sur la formule définitive du pacte ; mais Washington est si anxieux d’aboutir qu’on finira par accorder les principes sacro-saints de la Constitution avec les exigences de la situation. Les cinq alliés de Bruxelles proposent qu’un pays attaqué puisse faire appel aux forces armées américaines dès l’invasion de son territoire, la décision de la déclaration de guerre étant laissée ultérieurement au Congrès. La formule plaira-t-elle ?

 

Extrême-Orient

La menace Russe en Extrême-Orient préoccupe de plus en plus les milieux militaires des Etats-Unis, les services de renseignements ont donné ces temps-ci des détails sur les gigantesques préparatifs militaires des Russes en Sibérie centrale et orientale, les rampes de lancement, les usines souterraines, les aérodromes que des centaines de milliers d’esclaves recrutés dans toute l’Europe centrale construisent.

On craint aux Etats-Unis qu’en un tournemain, les parachutistes soviétiques ne s’emparent de l’Alaska où les défenses américaines sont dérisoires et il semble bien que d’ores et déjà, les autorités militaires ont décidé d’évacuer le Japon considéré comme indéfendable en cas de conflit.

De leur côté, les Russes qui avaient depuis l’interview Staline essayé d’une offensive de paix reviennent à la propagande alarmiste aussi bien chez eux que parmi les suppôts du Kominform. Les déclarations de Maurice Thorez en France en sont une manifestation. Cela sans doute pour déprimer le moral des nations libres et aider à la crise économique.

Manœuvre ou non, tout se passe comme si le spectre d’une troisième guerre mondiale, après s’être éloigné, revenait plus menaçant. Ce qui est grave, c’est que chacun est persuadé qu’elle est inévitable, ce qui n’est que trop évident depuis 44.

 

Le Traité Autrichien

A Londres se poursuit la discussion entre les quatre : Etats-Unis, Angleterre, France et Russie, sur le traité de paix avec l’Autriche. On en faisait la pierre de touche de la bonne volonté soviétique. En fait, c’est plutôt la question des relations de Tito tant avec l’U.R.S.S. qu’avec les occidentaux qui fait l’intérêt du débat. Les Soviets soutiennent les revendications yougoslaves pour éviter que Tito ne passe aux Anglo-Saxons. Et ceux-ci ne peuvent abandonner l’Autriche pour acheter Tito. Si bien que personne n’a  l’air très pressé d’aboutir ; le ministre autrichien Gruber se plaint de ce que l’Autriche soit l’enjeu de tant d’intrigues, et cela retarde indéfiniment l’évacuation de ce pays qu’on a proclamé libre et qui est toujours traité comme un vaincu.

 

Moyen-Orient

Le vent est à l’apaisement de ce côté. Egyptiens et Israéliens signent un accord. La Transjordanie, le Liban et d’autres suivront. On est atteint aussi là-bas de la Pactomanie. Il y a en perspective un pacte de la Méditerranée qui irait de l’Espagne au Pakistan en passant par l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Egypte, Israël et l’Irak.

Qu’est-ce-que tout cela signifie en face de la bombe atomique américaine et des blindés et des fusées russes ?

 

                                                                                  CRITON