Criton – 1945-07-28 – Postdam

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-28 – La Guerre et le Monde.

 

Postdam

Le sort du monde se règle dans le plus grand mystère entre trois personnages : diplomatie secrète, omnipotence des plus forts. Les peuples se résignent à toutes les tyrannies.

En Angleterre cependant, la presse s’est élevée contre ces méthodes dangereuses qui choquent tous les principes de la civilisation.

On ne sait rien de ce qui se passe à Postdam, sinon par certaines rumeurs qui ne sont pas optimistes. Comme après Yalta, ce n’est que longtemps après qu’on pourra reconstituer ce qui s’est passé.

 

La Russie et l’Europe

La seule information intéressante qui nous parvienne, concerne l’émotion provoquée à Moscou par des rapports secrets émanant de ses agents étrangers. Partout où les Russes ont pénétré, les hommes ont pu se rendre compte du niveau de vie, des mœurs et du degré de civilisation des soviétiques.

D’où un dégonflement subit des illusions populaires et une chute verticale des effectifs du parti communiste, particulièrement en Autriche où l’on estime qu’il a perdu les quatre cinquième de ses adhérents. De même en Hongrie, en Bulgarie, en Roumanie et en Tchéco-Slovaquie.

Seule l’Allemagne, que les Russes traitent avec de plus en plus de faveur, paraît mettre ses espérances dans une future alliance avec l’U.R.S.S.

En Italie et en France le parti perd largement du terrain ; le retour de certains prisonniers qui ont fait une excursion à pied entre Koenigsberg et Odessa, n’y est pas étranger.

 

L’Irlande

Un assez vif mouvement d’opinion et d’opposition au gouvernement de Valera se manifeste en Irlande.

L’isolement du pays devient de plus en plus difficile à supporter. On voudrait renouer des liens économiques avec l’Empire britannique, à condition que l’Ulster soit de nouveau rattaché à l’Irlande. Mais l’Angleterre et surtout Churchill, qui éprouve à l’égard de l’Eire une vive rancune, reste sourd à ces aspirations.

Les Irlandais ont appris avec une vive surprise et un peu d’inquiétude par M. de Valera, qu’ils étaient en République. Heureux peuple auquel le problème constitutionnel n’a pas donné d’insomnies. Comment peut-on être Irlandais ?

 

Opinion sur la France

Un journaliste américain de retour d’un voyage en Europe constatait que, sauf en Angleterre, l’éducation politique des masses, surtout des jeunes générations, était en régression profonde, particulièrement en France, disait-il, où le peuple, si avide autrefois de luttes politiques, s’en désintéresse totalement.

La politique est devenue le fait d’une petite minorité qui en vit et qui poursuit sa cuisine avec hargne et ardeur, au milieu de l’indifférence et même du mépris public. Cet état d’esprit semble à notre hôte des plus dangereux, car n’importe quel groupe pourrait se saisir du pouvoir sans provoquer de sérieuses réactions.

« Le sens de la liberté s’est perdu en France d’une façon qui déconcerte ». Les enquêtes officieuses ou officielles se multiplient dans notre pays. Nous regrettons de dire que le résultat nous est si nettement défavorable qu’à mille petits faits, on s’explique la crise de notre crédit et l’isolement croissant où l’on nous tient.

 

Extrême-Orient

Le mystère est toujours aussi épais sur la position respective des Russes et des Etats-Unis. Le président Truman s’efforce, en prenant position contre l’état-major qui veut envahir le Japon, de se concilier l’opinion américaine. « La vie de chaque américain est trop précieuse pour que nous laissions échapper une occasion d’abréger la guerre, pourvu que nos buts essentiels soient atteints ».

Et l’on entend un porte-parole officiel offrir au Japon une paix qui, tout en ruinant sa puissance, sauverait son honneur. Qu’y a-t-il de sincère là-dedans, l’avenir seul nous l’apprendra. Le problème d’Extrême-Orient paraît aussi se jouer à Postdam.

En attendant, la guerre suit son cours implacable. En fait, les Japonais réagissent peu et il ne serait pas du tout surprenant qu’ils se résignent, si réellement on leur en donne la possibilité. Ne pas s’opposer au destin et agir selon le temps est toute leur philosophie.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-07-21 – Situation Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-21 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Diplomatique

L’activité est à son comble avec la Conférence des Trois à Postdam qui durera un mois sans doute. Il est assez malaisé de deviner les intentions des maîtres du monde derrière les politesses et les propos optimistes.

 

La Position de la France

Quoi qu’il en soit, quelques faits significatifs ne laissent aucun doute sur nos difficultés. Côté américain : tandis que nos murs se couvrent d’affiches réclamant l’annexion de la Sarre, un Sarrois est condamné à vingt ans de détention pour propagande en faveur du rattachement à la France.

Côté Russe, c’était hier le coup de théâtre dans l’affaire de la Constitution, quand les communistes français firent volte-face et prirent position contre le projet de Gaulle, sur ordre de Moscou. Un porte-parole russe disait : « Une France démocratique (entendez : une France où la lutte des partis entretient une faiblesse permanente aisément exploitée par nos agents) est incompatible avec la dictature camouflée de De Gaulle. L’affaire de la Constitution est là pour amuser la galerie, absorber l’activité politique dans des querelles personnelles ; l’attention ainsi détournée, le pouvoir personnel du général pourra s’affermir ».

Cette hostilité est encore illustrée par le scandale des prisonniers de guerre français retenus en Russie, sans pouvoir communiquer avec les leurs, tandis que les Anglo-américains sont rapatriés.

A Londres, on est encore plus net : « Le gouvernement de Gaulle, dit-on, est une dictature déguisée. Or, nous ne collaborerons qu’avec un gouvernement démocratique (entendez, qui suivra la ligne politique anglaise). Les Français sauront ce qu’il en coûte de faire cavalier seul. Ils n’obtiendront que le strict minimum pour vivre et rien pour s’équiper. Comme, par ailleurs, la politique économique et financière de votre gouvernement est exactement l’inverse de celle qu’il faudrait suivre pour provoquer une reprise, vous pouvez attendre ! » Effectivement….

A New-York enfin, notre participation à la campagne d’Extrême-Orient qu’on croyait réglée paraît encore soumise à certaines conditions. Ajoutons que l’affaire du Levant est au point mort et que, dans l’affaire de Tanger, notre point de vue n’a pas prévalu…

 

La Conférence de Postdam

Des nombreuses questions agitées à Postdam le problème allemand demeure le plus urgent et le plus aigu. Tout confirme que la Russie cherche à gagner du temps. Comme en 1918, malheureusement, le statu de l’Allemagne ne sera pas réglé par un acte international garanti par toutes les nations, ce qui, entre parenthèses, eut été le rôle primordial de la conférence de San Francisco.

L’Allemagne sera l’enjeu d’une lutte sourde entre impérialismes et rien ne garantit que les Allemands ne sauront pas encore en profiter pour redevenir puissants.

Déjà, voilà que les Anglo-américains abandonnent la « non fraternisation ». Puis il va falloir nourrir les Allemands cet hiver, relâcher les prisonniers pour remettre les transports et les industries essentielles en marche ; enfin rendre aux Allemands leur liberté politique pour faire échec au communisme !

Car les Russes, sous couleur d’épuration, laissent fuir ou exécutent tout ce qui pourrait représenter en Allemagne une autorité politique ou morale, officiers, diplomates, industriels, banquiers, etc. qui ne pouvaient subsister, sous Hitler, qu’en s’affiliant (plus ou moins) au parti nazi. Reste seul, le menu peuple ouvrier et paysan et quelques hommes politiques d’autrefois qu’on dirigera sans peine.

 

Tito et la Grèce

Un nouveau conflit vient menacer la Grèce et ajouter encore à ses malheurs. Tito, dont les ambitions sont appuyées par Moscou, menace d’envahir la Macédoine et l’Epire. Cela n’est sans doute qu’une manœuvre qui vise plus l’Angleterre que la Grèce même. Il s’agit d’obliger les Grecs à s’intégrer dans le bloc slave, et rejeter la tutelle anglaise s’ils veulent conserver leur territoire national et faire pression du même coup sur les Anglais pour reprendre Trieste.

 

Extrême-Orient

Les pourparlers de Moscou entre Staline et Soong sont suspendus. On sent, d’après le communiqué, que les relations de la Russie et de Tchang-Waï-Chek, ne se sont guère améliorées. Les Russes se trouvent assez forts pour ne rien céder de leurs ambitions en Mongolie, en Mandchourie et en Corée. Ils massent leurs meilleures troupes en Extrême-Orient.

Est-ce contre le Japon ? Les Etats-Unis veulent-ils en finir à eux seuls ? En tous cas, les opérations militaires vont leur train et ne laissent au Japon aucune espérance.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-07-14 – La Rencontre des “Trois”

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-14 – La Guerre et le Monde.

 

La Rencontre des « Trois »

On sait peu de choses de la vive activité diplomatique qui précède la rencontre des « Trois ». Une foule de problèmes se posent à la fois : l’organisation de l’Allemagne, le statut de l’Autriche, l’indépendance politique de la Pologne, le sort des Détroits, la Perse ; le tout lié à la décision russe d’entrer en guerre contre le Japon.

 

Le Problème Allemand

L’état de l’Allemagne, tel que nous l’avons décrit demeure et préoccupe de plus en plus les Anglo-américains. En zone russe, sous la direction du « Wolkspartei communiste » une coalition antinazie s’est constituée ; un gouvernement allemand en sortirait naturellement à l’occasion, tel que les Russes le voulaient chez ceux qu’ils contrôlent ; une façade démocratique derrière laquelle des agents fidèles mènent le jeu.

Les Anglo-saxons, demeurés dans leur rôle de police, ont interdit les manifestations politiques, continuant à n’avoir avec le peuple allemand qu’un minimum de contact. Ils se rendent compte que cette situation ne peut durer ; sinon l’avenir de l’Allemagne leur échappera. Comment, maintenant que le partage en zones est arrêté, refaire l’unité ?

Même question pour l’Autriche où le gouvernement installé par Moscou demeure. Les Russes opposeront à tout changement une inertie calculée pendant que le temps travaille pour eux.

 

La Politique Intérieure Américaine

De grands changements politiques d’une vaste portée viennent d’avoir lieu aux Etats-Unis, et aussi en Russie sans qu’à notre connaissance, un seul journal français ne les aient commentés.

Le président Truman en peu de jours, a débarqué les principaux collaborateurs de Roosevelt ; Stettinius et Morgenthau, ministres des affaires étrangères et des finances et bon nombre d’autres qui symbolisaient en Amérique l’administration du défunt président, fort critiquée, et dont le maintien aurait aux prochaines élections provoqué une crise politique.

Il y a plus ; comme nous l’avons dit, l’isolationnisme mort, les Etats-Unis vont avoir à imposer au peuple le service militaire obligatoire. Cette mesure étant impopulaire, Truman veut qu’elle soit appuyée par tous les hommes politiques responsables des deux partis. Il veut que la politique extérieure qu’il suit ait, dans ses grandes lignes, l’assentiment général de façon que les conséquences désastreuses pour le parti démocrate et pour l’avenir du monde du désaveu infligé à Wilson en 1921, ne se reproduisent pas en 1948. D’aussi vastes responsabilités que celles que prennent les Etats-Unis en ce moment dans le monde doivent être assumées par toute la nation.

 

La Politique Intérieure Russe

On se tromperait fort, si l’on croyait qu’à l’intérieur de la Russie aucune agitation politique n’existe. Deux tendances s’affrontent : l’une représentée par Youkof et le militarisme triomphant ; militarisme à l’asiatique, fort d’une discipline brutale, d’une hiérarchie implacable, que les masses après la victoire, supportent péniblement. Les mécontents sont légion qui se disent trotskistes, c’est-à-dire vrais communistes, hostiles au militarisme et au nationalisme, intransigeants dans leur principes collectivistes et partisans de l’internationale ; appuyés sur la misère générale, ils sont forts.

Staline, servi par son génie politique, maintient facilement, entre les deux, son autorité. Un instant débordé et menacé par les militaires, il vient de mettre les civils, et parmi eux quelques redoutables chefs du G.P.U., sur le même plan ; Beria, en particulier a été fait maréchal et Staline est généralissime.

Contre les trotskistes jouent ses succès diplomatiques et le puissant courant nationaliste exalté par la victoire, le panslavisme renaissant, enfin l’appui, bien anémié toutefois, de l’Eglise orthodoxe ressuscitée. Tout cela a peu d’importance tant que Staline vit : mais sa mort provoquerait en Russie une crise dont les répercussions sont imprévisibles.

 

Extrême-Orient

Les pourparlers entre la Russie et la Chine qui sont l’événement de la semaine ont provoqué maint commentaire. Les temps sont proches où la Russie devra intervenir. Le Japon, serré de plus en plus par le blocus, bombardé chaque jour davantage par l’aviation et aussi maintenant par la flotte, pourrait s’effondrer. Il est temps pour Staline de s’entendre avec Tchang-Kaï-Chek.

Celui-ci est plus solide que jamais, la victoire aidant, et les Anglo-américains l’appuient totalement. Il existe et il existera une Chine unie ; donc peu de chances de maintenir ou de susciter des gouvernements dissidents. Problèmes mandchous, coréen et mongolien sont l’objet de marchandages. Cela réglé, il se pourrait que le coup de massue final soit bientôt assené au Japon.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-07-07- Situation Générale

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-07 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Générale

La rencontre imminente des trois grands consacrera des accords qui semblent tout prêts et fera apparaître de nouvelles difficultés qu’il faudra se préparer à résoudre. Ainsi va le Monde.

 

Turquie et Syrie

L’affaire des Détroits, longtemps retenue arrive enfin au jour. Les Anglo-américains paraissent résignés à faire la part très large aux ambitions russes. Ceux-ci reprendraient d’abord Kars et Ardahan. Mais ils annexeraient aussi l’Azerbaïdjan, province Perse qu’ils occupent depuis 1942 quand les Anglo-américains débarquèrent en Iran et que le pays fut envahi sans être consulté par les trois alliés. La Turquie serait ainsi coupée de la Perse et les Russes à peu de distance de Mossoul. On apprend que pour consoler les Turcs, on leur offrira une partie de la Syrie dont Alep comme en 1939 on lui avait offert, de notre part, Alexandrette. Cela explique pourquoi tout le monde était si bien d’accord pour nous évincer.

Cependant les Syriens et surtout les Libanais, leur xénophobie assouvie, s’aperçoivent que notre départ comportera pour eux pas mal d’inconvénients. On cherche à négocier. Les catholiques surtout se sentent menacés sans la protection de la France. L’Archevêque de Damas est venu à Paris. Le Vatican de son côté et les Etats-Unis s’emploieront pour qu’un peu de notre œuvre soit sauvé là-bas.

Reste la question des Détroits. Les Russes veulent s’installer là où les tsars n’ont pu le faire et réclament des bases sur le Bosphore et les Dardanelles. Londres et Washington veulent que les bases soient en commun aux trois grandes puissances, et proposent le même régime pour Suez et Panama. Réussiront-ils ou sont-ils trop faibles en Orient, pour faire prévaloir leur volonté ?

 

Belgique

On s’aperçoit maintenant, comme il était évident à priori, que le retour de Léopold III n’était qu’une feinte. Il s’agissait de faire accepter à tous les partis, comme un compromis, non la rentrée d’un roi impopulaire, mais le maintien de la monarchie comme symbole de l’unité nationale. Le régent Charles règnera en fait et les Anglais seront satisfaits.

On a très adroitement, à propos de Léopold, excité les passions jusqu’à la fièvre, en sorte que la solution qu’on n’aurait pu faire accepter il y a un mois, apparaît aujourd’hui comme un soulagement et rencontre l’approbation unanime.

 

Problème Tchéco-Slovaque

Après avoir abandonné aux Russes la Ruthénie, c’est la province de Teschen que les Tchèques vont devoir livrer aux Polonais. Ceci est grave, car Teschen c’est le charbon pour l’industrie tchèque. Les Russes appuient la Pologne ; et pour se concilier dans le pays les éléments nationalistes, et pour tenir sur les Tchèques dont ils ne sont pas sûrs, c’est un puissant moyen de pression. Quant à la Pologne, en effet, malgré compromis et discours, c’est bien une occupation permanente et une annexion déguisée que les Russes veulent imposer.

 

San Francisco

Maintenant que les feux sont éteints, il est bon de faire le point car on ne semble pas avoir saisi en France l’objet de ce vaste meeting. Les Etats-Unis ont décidé de jouer après la guerre un rôle dans tous les points du globe. Il leur faut imposer au peuple la conscription en temps de paix, dont on parle ouvertement ; or l’Américain déteste la guerre et n’a aucun goût pour le métier militaire.

On cherche à lui faire accepter cet impôt comme une charge morale destinée à assurer la paix dans le monde, en même temps que la sauvegarde de ses intérêts. L’armée internationale que San Francisco avait pour objet de proposer permettra à des troupes américaines d’intervenir partout où il sera nécessaire. Ainsi, serait assurée une paix américaine, paix fondée sur la justice, qui apporterait au monde un bonheur inconnu jusqu’ici. Parallèlement, s’établirait un ordre économique conforme aux intérêts américains, fondé sur la concurrence et un échange aussi libre que possible des produits ; triompherait ainsi le capitalisme libéral auquel les Américains dans l’ensemble ont conservé toute leur confiance et qui leur a assuré une puissance en même temps qu’un bien-être dont les autres régimes se sont avérés incapables.

 

Extrême-Orient

La lutte suit son cours régulier et sans surprises ; l’affaire d’Indochine activement menée par notre gouvernement se présente plus favorablement. Nous avons obtenu des Etats-Unis une participation très large dans les opérations futures. Bien que les Chinois aient pénétré dans notre colonie, notre souveraineté, au moins en principe, n’est pas en question. Cependant les Japonais, au dernier moment, ont expulsé nos administrateurs et installé à leur place des indigènes. Si la situation se prolonge, comment reprendre plus tard les leviers de commande ?

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-30 – Les Réparations

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Le courrier d’Aix – 1945-06-30 – La Guerre et le Monde.

 

Les Réparations

Peu d’événements cette semaine : assez cependant pour rester soucieux. D’abord la Russie nous refuse le droit de siéger à Moscou à la Conférence des réparations, droit que les anglo-saxons nous accordaient. Fidèle à un dessein précis, la politique russe cherche à nous éviter. N’avons-nous pas cependant un droit de priorité aux réparations, nous qui étions en 1940 envahis et ravagés tandis que les Russes, d’accord avec Hitler, dépeçaient paisiblement la Pologne après la Finlande ?

 

Les Zones d’Occupation

En même temps, la nouvelle délimitation des zones d’occupation nous fait perdre le Wurtemberg et la partie de la Bavière qu’on nous croyait réservés. Encore rien n’est définitif.

 

L’Affaire de Syrie

Nos appels, dans le conflit Syrien, ont rencontré la froideur générale. Une note américaine coupe court aux projets de conférence. Pour sauver la face, nous proposons une enquête internationale afin de préparer un accord. Sans doute, l’enquête durera assez pour que les choses s’arrangent d’elles-mêmes, dans le sens que veulent les Anglais. Par ailleurs, la question turque va se poser bientôt, et cela pourrait changer l’aspect des choses.

 

L’Affaire d’Espagne

Enfin Laval, le vieux forban, a réussi à provoquer entre Franco et le gouvernement français une tension aigüe.

On devine l’affaire : Laval sait tout des intrigues de Madrid quand Pétain était ambassadeur. Renseigné par un intime du Maréchal, membre du C.S.A.R., qui assurait la liaison, il inspira les projets de réorganisation du pouvoir en France après la défaite prévue. Il sait les interventions de Franco, son rôle d’intermédiaire entre Pétain et l’attaché allemand.

Franco tient à éviter les indiscrétions et cherche aussi à sauver sa position en promettant aux Anglo-saxons, pour préserver l’Espagne d’une révolution profitable aux intrigues russes, de restaurer une monarchie dont il parle toujours et qui ne vient jamais.

On dit aussi que cette querelle subite avec la France est en relation avec la question marocaine qui se réveillerait bientôt.

 

Le Discours Parri

Tandis que nous mesurons notre isolement, le nouveau premier italien célèbre les bienfaits de ses hôtes Anglo-saxons, le concours généreux apporté à l’Italie, la reprise industrielle. Les groupes de résistance ont été désarmés en musique et décorés ; l’ordre règne.

Un petit attentat à Suse dans un poste français nous avertit que nos prétentions frontalières se heurteront à des résistances qui trouveront des appuis.

 

L’Affaire Belge

Le retour de Léopold III ne paraît pas aussi hasardeux qu’il semblait. Une large fraction de l’opinion voit sur la monarchie une garantie d’ordre et de travail. En Belgique comme ailleurs, certains résistants sont tombés dans un profond discrédit par leur incompétence et leurs excès. Enfin l’Angleterre, pour ses desseins propres appuie fortement le roi.

 

Les Elections Anglaises

La lutte porte exclusivement sur la question économique et sociale : les conservateurs veulent restaurer la liberté individuelle, traditionnelle, que les nécessités de la guerre ont contrainte. Rendre sa chance à l’initiative privée, rétablir la concurrence, réduire le rôle de l’Etat à surveiller l’Economie et à prévenir les abus.

Les Travaillistes luttent pour la nationalisation des entreprises, l’achèvement du programme d’économie dirigée, l’organisation de l’activité individuelle dans un plan général, la sécurité apaisant la liberté. La décision de l’électeur anglais aura une grande influence sur la politique sociale des pays de l’Europe Occidentale et leur avenir économique.

En Politique extérieure point de conflit : l’Angleterre, en accord avec les Dominions, semble avoir définitivement choisi sa voie ; comme Smuts l’a souligné, l’Empire britannique s’associera étroitement aux Etats-Unis, pour imposer sa paix au monde.

 

San Francisco

Pour ne rien omettre, disons que tout s’est bien passé à San Francisco. M. Truman a été applaudi, mais il se pourrait que Stettinius perde sa place.

Le drame polonais continuera de se jouer ; la formation d’un gouvernement qui a les apparences d’une coalition permet aux Anglo-saxons de se féliciter officiellement d’avoir sauvé l’indépendance polonaise. Cela pour la forme, car le problème national polonais demeure et rebondira bientôt. On sent que les concessions faites aux Russes par les Anglo-saxons ne sont que provisoires.

 

Extrême-Orient

La guerre continue. Les alliés ont repris le pétrole de Bornéo ; l’attaque du Japon même pourrait être proche. On parle officiellement d’une flotte qui s’avance. L’inquiétude à Tokyo touche au désespoir.

On demande des nouvelles de l’Indochine.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-06-23 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-23 – La Guerre et le Monde

 

Les Négociations. Le Problème Polonais

Après les démonstrations de force, il s’agit pour les Anglo-Saxons de tirer parti de leur puissance. Les Russes ont cédé avec l’intention de ressaisir leurs avantages par des moyens obliques. Ainsi, au moment de former le gouvernement polonais ils ont inauguré le procès public des délégués arrêtés. Ceux-ci, évidemment, avaient combattu la Russie aussi bien que l’Allemagne. Les Soviets peuvent exiger d’un gouvernement polonais qu’il soit amical et en exclure leurs ennemis. Les Britanniques qui savaient à quoi s’en tenir sur leurs protégés, soutiennent que la Pologne ne saurait se donner des institutions libres que si les Russes l’évacuent. Mais cela pourra-t-il se faire, sinon par la force ?

 

Politique Soviétique

La politique soviétique est difficile à atteindre car elle emprunte tous les déguisements : en Syrie et en Algérie, les émeutes anti-françaises ont été appuyées par les agents du Kominterm camouflés en hitlériens ; à Trieste, ils sont devenus des nationalistes serbes ; en Tchécoslovaquie, ils sont parlementaristes et démocrates ; en Finlande, ils appuient les banquiers et les capitalistes contre le parti socialiste démocrate !

 

La Situation Italienne

L’Italie aussi s’agite. Les Anglo-Saxons avaient espéré maintenir un gouvernement fantôme de coalition et d’allure démocratique, élire un parlement et conserver la monarchie. Mais ils ont dû compter avec les Condottiere du maquis en Italie du Nord, décidés à jouer un rôle, appuyés de partisans armés. On fait un gouvernement composite où tous les chefs de partis devront s’accorder tandis que l’administration du pays demeure tout entière aux mains des Américains.

 

Au Vatican

L’événement de la semaine fut la nouvelle de la nomination prochaine d’un cardinal américain aux fonctions de Secrétaire d’Etat. Cela est l’aboutissement de longs pourparlers. Nous avons déjà entretenu nos lecteurs du rôle éminent que les Etats-Unis comptaient jouer en Italie pour assurer à l’Eglise une protection effective, pour demeurer en liaison avec la Suisse. Pour préserver le pays de la révolution, les Américains doivent établir dans la péninsule une base permanente. Le Vatican en choisissant un prélat américain pour diriger sa politique, consacre la déchéance de l’Europe comme centre de la chrétienté et du monde civilisé.

 

Rôle des Etats-Unis

Les Etats-Unis assument là une tâche et une responsabilité considérables ; en face de la poussée pan-slave et du nihilisme bolchévique, assurer l’équilibre et la paix du continent. Il semble que l’opinion française s’aperçoit – un peu tard –  et aussi notre diplomatie, que la position des Etats-Unis en Europe ne sera point temporaire comme en 1918, mais définitive. La déconvenue de Syrie aidant, la réception d’Eisenhower à Paris a été d’une chaleur significative.

 

L’Affaire de Syrie

Les Anglais, avec beaucoup d’habileté, s’efforcent de calmer l’opinion française. Le « Foreign Office » cherche même à persuader l’opinion anglaise que si l’Angleterre a dû se substituer à la France en Syrie, c’est la faute de De Gaulle « ennemi de l’Angleterre et de la démocratie » ! Churchill de son côté a su trouver de bonnes paroles et fait une promesse voilée de compensation éventuelle. Les bonnes paroles touchent quand on les sait sincères. Elles exaspèrent quand on en doute ; l’affaire de Syrie a surpris et blessé le peuple français ; coup traditionnel de la méthode politique britannique que rien ne saurait excuser.

 

L’Affaire Belge

La Belgique aussi s’agite. Derrière le roi Léopold pourtant bien impopulaire, des intérêts économiques durement touchés cherchent une revanche. L’occasion paraît mal choisie. Une crise nouvelle, certaine, renforcera les partis révolutionnaires. Peut-être à Londres ne voit-on pas que des inconvénients au chaos belge ?

 

Extrême-Orient

La lutte demeure implacable et méthodique. Destruction par l’aviation des villes moyennes du Japon, après les grandes ; derniers combats à Okinawa ; nouveaux débarquements à Bornéo où les puits de pétrole flambent. Comme le doit tout bouddhiste, les Japonais savent que « la loi du temps » a ramené le malheur, et qu’il est vain de s’opposer. Ils admettraient de se soumettre car il faut agir selon le temps. Mais ils sauront mourir aussi et même plus volontiers. Car le Nippon sait que l’Anglo-Saxon qui s’est fixé un but, n’en démord point et ne se repose que satisfait, la tâche achevée, sur le cadavre de son ennemi…

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-16 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-16 – La Guerre et le Monde

 

La Situation Diplomatique

Depuis quelques jours, il était clair, comme nous le disions, que des décisions capitales se préparaient : nous y voilà.

Que s’est-il passé ? L’obstruction brutale que fit Molotof à San Francisco avait blessé profondément les Américains, d’autant que cela coïncidait avec la mort de Roosevelt et que le nouveau président avait besoin de succès pour affirmer son prestige.

On envoya donc M. Hopkins à Moscou. Celui-ci, qui passe pour expéditif, fit en quelques entretiens sentir le poids décisif de certains arguments auxquels nous avons fait précédemment allusion. Le résultat fut immédiat. Sur tous les points, les Russes ont cédé.

 

San Francisco  –  Trieste  –  Pologne

Ils ont d’abord retiré leurs objections au projet de veto : La conférence de San Francisco s’achèvera, comme primitivement prévu, sur un discours satisfait du président Truman. Le maréchal Tito a retiré, sans murmure, ses troupes de Trieste, accepté la nouvelle ligne de démarcation qui le chasse de Pola, de la Vénétie Julienne et de la Corinthie.

Enfin, les délégués polonais, cavalièrement jetés en prison, ont été libérés. Une conférence aura lieu à Moscou où les partis émigrés seront représentés, un gouvernement national polonais sera formé en présence des ambassadeurs de Grande-Bretagne et des Etats-Unis…

Tout porte à croire que, du même coup, la question d’Extrême-Orient et certains aspects du problème allemand ont reçu une solution….

 

La Parade de Francfort

En outre, sitôt après la conférence des chefs d’armées à Berlin, où Joukov s’était montré un peu arrogant, celui-ci était invité à Francfort sur-le-Main à une parade militaire monstre où le général russe fut décoré, tandis que passaient sur sa tête, dans un fracas terrifiant, quinze cents avions anglo-américains. Joukov en fut, dit-on, fort impressionné….

 

Problème Allemand

Un journal anglais, reconnaissait hier, comme nous, que les Alliés de l’Ouest avaient adopté en Allemagne une attitude malheureuse. Les Anglo-Américains se présentent en force de police ; tout contact avec la population est sévèrement interdit : Les Français, pour des raisons bien compréhensibles, n’ont pas cru devoir se retenir de piller et de se livrer à quelques désordres assez mal jugés au dehors, ce qui du point de vue politique (qui seul nous occupe ici) pourrait avoir des conséquences fâcheuses et durables.

Les Russes au contraire mettent sur pied une nouvelle Allemagne ; les prisonniers jugés bons sont libérés, même plusieurs des fameux généraux. Des syndicats ouvriers se constituent, inspirés et suscités par des Russes….

A Londres et à Washington on se rend compte qu’il faut prendre parti et s’occuper de l’organisation intérieure de l’Allemagne, qui doit reprendre un certain équilibre politique et social. Il est évident que le compartimentage en zones fermées n’est pas viable et que, directement ou indirectement, les Anglo-Saxons vont faire sentir leur présence dans la zone Russe d’où on voulait les éliminer.

 

L’Affaire de Syrie

Il est clair, au moment où la toute-puissance anglo-américaine se déploie, que la tentative de porter l’affaire de Syrie sur le plan international n’avait aucune chance de succès.

Bien plus, les communistes syriens, sur un mot d’ordre, se sont déclarés contre la France…

Les délégués des pays arabes se sont rangés aux côtés de l’Angleterre en s’opposant à une conférence des cinq puissances…

 

Extrême-Orient

Du côté militaire, on lutte pour la possession des champs pétrolifères de Bornéo, d’importance capitale pour l’approvisionnement de la flotte alliée, et dont les Japonais tiraient encore une grande part de leur carburant. Ceux-ci résistent, là comme à Okinawa où les Américains sont à plus rude épreuve qu’ils ne le prévoyaient. Un nouveau type d’avion nippon sans hélice, leur cause quelque souci….

Mais l’événement d’importance pour nous est l’offensive chinoise aux frontières d’Indochine. Les Chinois auraient même pénétré, près du Yuman, de 50 kilomètres dans notre colonie.

Pendant ce temps, notre corps expéditionnaire attend toujours les navires américains qui doivent le transporter sur le champ de bataille.

Il n’est pas besoin de souligner la gravité des choses. L’Indochine est indispensable à l’indépendance économique de la France. Veut-on nous en priver ? Craint-on notre présence en Extrême-Orient comme en Syrie ? Ou bien n’est-ce qu’un moyen de pression, toujours masqué par des paroles flatteuses, sur un gouvernement français dont, ni à Londres, ni à Washington, ni à Moscou on n’apprécie… la politique ?

Ici même, on a prêté peu d’attention à un discours de M. Herriot, où il est fait une allusion chaleureuse à notre amitié avec les Anglo-Saxons ; ce qui a été vivement commenté à Londres où, comme à Moscou et à Washington, le vieux président, pour des raisons diverses, est persona grata.

Où tend cette conspiration de l’isolement où l’on pousse la France ?

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-09 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-09 – La Guerre et le Monde

 

L’Affaire de Syrie

On hésitait à croire, la semaine passée, malgré de sinistres présages, que l’Angleterre, cinq ans après Mersel-Kébir, expulserait la France de Syrie, au risque de compromettre à nouveau et pour longtemps, de bonnes relations pourtant nécessaires aux deux pays.

Eh bien non ! Notre flotte et notre prestige en Orient, sont de vieilles rivalités que rien n’a apaisées et où  il entre plus de passion encore que d’intérêt. Car l’Angleterre s’apercevra un jour qu’en chassant les Français de Damas, comme lorsqu’elle coula notre flotte, elle a commis une faute. Il n’y avait pas de raison vitale pour humilier à nouveau un peuple encore étourdi par ses malheurs et l’absence de nos troupes se fera sentir en Orient à l’heure du prochain soulèvement.

Le général de Gaulle a fait de l’affaire syrienne un exposé remarquable de sincérité et de modération. Cependant si injuste que soit notre infortune, ayons le courage de reconnaître combien il est dangereux de pratiquer une politique extérieure supérieure à ses moyens. On ravive des suspicions, suscite des hostilités pour se trouver ensuite humilié et seul.

Notre économie très affaiblie est complètement tributaire de nos alliés ; Nous sommes travaillés à l’intérieur par des forces d’inspiration étrangère qui visent à entretenir cette faiblesse. La question est de survivre, non de jouer un grand rôle. C’est en vain, croyons-nous, que notre diplomatie cherche à internationaliser le problème syrien.

La Russie, sollicitée d’intervenir, a répondu par une note vague dont il ne faut rien attendre. Les Russes préfèrent n’avoir en Orient que les Anglais pour adversaires. Comme leur propagande là-bas est essentiellement xénophobe, elle serait fatalement appelée à heurter nos intérêts et par là, à affaiblir la situation de ses agents en France même.

 

Les Iles du Dodécanèse

On apprend de source russe, que le patriarche Damaskinos d’Athènes a rendu visite aux insulaires du Dodécanèse croyant, comme allant de soi, que les îles faisaient retour à la Grèce.

Mais les Anglais ont déclaré que le problème serait examiné plus tard ! Rhodes est une position clef qu’on ne saurait laisser à d’autres ….

Toute l’affaire du Levant a été préparée à Londres minutieusement et de longue main.

 

La Défense Britannique en 1940

Fort à propos, les Anglais nous ont révélé les formidables moyens qu’ils possédaient en 40 pour défendre leur île par une ceinture de feu et les raisons pour lesquelles Hitler n’a pas osé tenter l’invasion. Et les Français accusaient naïvement les Anglais d’avoir négligé, comme nous, avant-guerre, leur préparation militaire !

 

San Francisco

Tandis que nous sommes sous le coup brutal des événements de Syrie, les affaires mondiales continuent d’évoluer vers un équilibre provisoire. A San Francisco, la conférence s’estompe lentement.

Les Russes tiennent ferme pour le veto qui en permettant à un pays d’empêcher tous les autres d’intervenir dans une querelle entre lui et quelque autre, rend au fond toute organisation de sécurité internationale parfaitement illusoire. On laissera sans doute le problème pendant.

 

A Berlin

A Berlin, se sont rencontrés les chefs militaires, et les difficultés majeures que l’on pouvait craindre dans l’organisation de l’Allemagne paraissent écartées. Staline a fait décorer Eisenhower et Montgomery de son ordre de 1re classe et De Lattre de l’ordre de seconde. On a le sens de la hiérarchie à Moscou. La diplomatie russe semble d’ailleurs chercher n’avoir avec la France que le minimum de contact… Par contre ayant poussé ses avantages au maximum et ne pouvant aller au-delà sans risquer un conflit elle se prépare à signer des accords avec ses grands partenaires.

 

Extrême-Orient

Bateaux japonais coulés, nouveaux progrès locaux, bombardement de Kobé, la lutte poursuit son rythme, mais les grandes actions se forgent dans le silence. Pendant ce temps, la Chine, un instant près de succomber, se ressaisit et ses armées remportent des succès.

Une Chine homogène et puissante correspond aux intérêts américains. En est-il de même pour les nôtres ? On attend que soient exactement définis nos droits et nos obligations dans cette partie du monde, car il y a des événements qui rendent méfiants…

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-02 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-02 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Diplomatique

Malgré les apparences tumultueuses que revêt inévitablement un monde qu’une immense secousse vient d’ébranler, la semaine a paru aux observateurs attentifs très apaisante.

 

Discours de Stettinius

  1. Stettinius a fait à San Francisco le discours d’un homme qui connaît les intentions et les besoins réels des peuples et de leurs chefs, qui sait pour quelles raisons un nouveau conflit prochain est impossible.

Répétons-le, la Russie n’entrera pas en lutte avec ses alliés. La situation alimentaire du pays est encore critique. Elle a besoin pour reconstituer son potentiel industriel de certains outillage qu’après la disparition de l’industrie allemande, les Etats-Unis sont seuls en mesure de fournir, et qu’il faudrait aux Russes des années pour construire eux-mêmes ; nous sommes d’ailleurs, toutes proportions gardées, dans le même cas. Enfin, Churchill a annoncé que la rencontre des trois Grands aurait lieu en juillet.

 

L’Affaire de Trieste

Ce qui n’a pas empêché Tito de faire un discours véhément où, comme d’usage, les menaces et les protestations de bonne volonté alternent. Les Anglo-Américains, loin d’être intimidés, poussent leurs troupes où il faut. Il s’ensuit des heurts assez brutaux, mais le canon reste muet.

En Italie, l’effervescence révolutionnaire des Comités de Libération, la pression des bandes armées se sont sensiblement calmées. Trieste, l’assassinat en Yougoslavie de patriotes italiens, il n’en fallait pas plus pour ébaucher une union nationale encore imparfaite, mais moins irréalisable que par le passé.

 

San Francisco

La Conférence, l’orage passé, poursuit son cours. Par-delà les querelles un peu byzantines sur le veto, on sent de mieux en mieux qu’il s’agit de constituer en Europe une armée internationale où tous les peuples auront, sinon des forces, du moins assez de figurants pour engager leur responsabilité, leur amour-propre et leur honneur. Cette armée, une fois constituée et installée, il ne sera pas sans danger de l’attaquer et par ce moyen artificiel mais sérieux, l’équilibre européen se reconstituera sous une autre forme. Dans un avenir plus lointain, la même tentative sera peut-être proposée pour l’Asie.

 

Syrie et Liban

Les incidents syro-libanais, auxquels le monde devrait cependant être accoutumé, ont pris les proportions d’un grand événement. Les Anglais, et plus modérément les Américains, ont pris à l’égard de notre occupation une attitude scandalisée qui ne saurait tromper.

Les Anglais, qui depuis la guerre ont aidé à la constitution d’une ligue panarabe, se sont fait les protecteurs de l’Islam, à des fins qui se devinent. On a oublié très opportunément les luttes de Palestine, les combats contre les Arabes au temps déjà effacé du Sionisme. L’Angleterre trouve, à propos de l’affaire de Syrie, l’occasion de témoigner aux chefs arabes et roitelets du Proche-Orient, l’intérêt qu’elle prend à défendre partout l’indépendance des peuples musulmans.

Mais au fond, on serait fort ennuyé si nous cédions, à moins de prendre notre place ; comédie et drame se confondent en ce coin du monde. Nul n’est dupe.

 

Extrême-Orient

Les hostilités toujours violentes, paraissent laisser les adversaires au même point. Les hécatombes d’Okinawa se multiplient sans résultat décisif. Et les « pilotes de la mort » ébrèchent un peu la flotte américaine sans en diminuer sérieusement la puissance.

La Russie reste énigmatique et l’on ne parle plus de négociations. Mais Tokyo et Yokohama brûlent et le blocus pas à pas se resserre ; les trous sont un à un bouchés. Comme au cours de toute cette campagne, le programme des Américains est étudié et exécuté, évalué, avec toute la précision dont ils sont capables. Les jours du Japon sont exactement comptés et déjà les usines de guerre retournent à leur œuvre de paix …. En Amérique.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-05-26 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05 26 – La Guerre et le Monde.

 

L’impression profonde produite par l’attitude russe à San Francisco, aura des répercussions étendues. D’abord, dans les milieux parlementaires américains, l’isolationnisme assoupi s’est réveillé. Le citoyen des Etats-Unis a, pour les complications européennes, une aversion instinctive. Il n’aime pas les problèmes insolubles.

De plus, une campagne sourde, dont l’origine est évidente, a cherché à indisposer les populations délivrées à l’égard des libérateurs d’outre-Atlantique. Ceux-ci ont été affectés par le malaise et n’aspirent qu’au retour.

Au contraire, les milieux diplomatiques américains ont ressenti comme un échec personnel l’amoindrissement de leur prestige aux yeux des nations qu’on voulait impressionner. Stettinius, conseillé par le vieux Cordell Hull, a vivement réagi. D’abord, l’armée américaine d’occupation en Europe, qui devait n’être que de 400.000 hommes, s’élèvera à un million. Ensuite, la France qui depuis l’affaire Giraud, avait été tenue à l’écart, a été sollicitée d’entrer dans les conseils alliés ; notre part dans l’occupation de l’Allemagne sera élargie ; on reparle du bloc occidental ; notre contribution à la lutte contre le Japon, sera d’importance et à défaut d’une conférence Staline-Churchill-Truman qui paraît improbable, De Gaulle serait appelé à être le troisième.

Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution. Déjà, dans l’affaire de Syrie, l’attitude anglaise se fait conciliante, et nous avons pu reprendre notre autorité dans le pays, malgré de nouveaux incidents avec les gouvernements locaux, comme par le passé.

Avec l’Italie, nous pourrons, sans trop soulever d’opposition, procéder aux rectifications de frontière qui s’imposent, et peut-être sauvegarder l’indépendance morale des populations du duché d’Aoste, encore attachées à la France, malgré une italianisation souvent brutale, que le fascisme n’avait fait que poursuivre.

Le retour de faveur dont notre pays va jouir, n’ira pas sans risques. Car notre position en Europe ne nous permet pas de paraître faire bloc contre les ambitions slaves.

L’affaire de Trieste, toujours aigüe, a soulevé en Italie les passions nationales. Comme nous l’avions indiqué, les anglo-américains ont fait les sacrifices nécessaires pour jouir en Italie d’une position privilégiée. On a l’impression que la Russie retiendra le maréchal Tito et cherchera un accord pour ne pas discréditer le parti communiste italien et son chef Togliati, ancien membre influent du Comintern, auprès de ses compatriotes. La Russie a besoin, en Italie comme ailleurs, d’agents actifs et influents à son service, pour faire échec aux menées anglo-saxonnes.

En Grèce, la partie se joue avec des alternances de succès et d’échec pour les deux blocs rivaux. La situation financière critique du pays rend l’intervention des anglo-américains nécessaire ; le dollar et la livre ont leur pouvoir.

En Bulgarie, les ambitions de Tito en Macédoine, rendent aussi quelques chances au parti de l’indépendance nationale. Même en Roumanie, les intrigues se nouent et se dénouent ; les Balkans seront toujours les Balkans.

En Allemagne, les Anglo-américains mesurent l’erreur qu’ils ont commise en partageant le pays en zones d’occupation, au lieu de lui conserver une unité administrative surveillée par un contrôle interallié. La zone russe est fermée et l’on risque de se trouver bientôt devant un gouvernement populaire allemand dont les intrigues se propageront à travers tout le pays et prépareront l’unité future quand l’occupation, tôt ou tard, prendra fin.

En Extrême-Orient, rien de saillant sur le plan militaire. Les bombardements et les destructions de convois continuent.

L’attitude de la Russie reste obscure : comme nous l’avions annoncé, les partis industriels et pacifistes ont trouvé à Moscou des intermédiaires pour essayer d’obtenir une pax de compromis. Leur échec était prévu.

On incline à penser que les Russes entreront en guerre au moment opportun pour s’assurer les territoires qu’ils convoitent et reprendre leur jeu en Chine du Nord. Cependant, on ne peut rien assurer ; toutes les surprises sont possibles.

En tout état de cause, les Américains détruiront le Japon et s’assureront des positions stratégiques telles, que le Pacifique tout entier sera solidement tenu.

 

                                                                                                           CRITON