Criton – 1946-09-28 – Conséquences de l’Affaire Wallace

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-28 – Le Chemin de la Paix.

 

Conséquences de l’Affaire Wallace

 

Le discours du ministre du Commerce américain, ses entretiens avec Truman, sa brusque démission dominent l’actualité internationale.

Ce n’est pas seulement une crise politique intérieure aux Etats-Unis, mais l’expression d’un courant d’opinion qui avait des sympathies en différents pays, et qui, pour le moment du moins, semble avoir perdu la partie.

 

Les Contradictions du Président Truman

Wallace, soutenu dans la coulisse par Sumner Welles, est l’ancien vice-président de Roosevelt ; à ce titre, ils se présente comme le confident de sa pensée et son continuateur : néo-dépliste de la première heure, il a l’inimitié des milieux d’affaires, des républicains et des démocrates du Sud. Sa position est celle de leader de la gauche du parti démocrate, des masses laborieuses et de tous les pacifistes. Le président Truman l’avait d’abord suivi soit par conviction, soit pour rendre à son parti une chance électorale. Mais l’opinion dans sa large majorité ayant vivement réagi contre une politique où l’on voyait de la faiblesse et le retour aux fautes du passé, le président s’est ravisé. Il a cru pouvoir, sans se compromettre, arranger l’affaire. Mais d’énergiques pressions de la part de Byrnes et des généraux l’ont laissé désemparé. Il a désavoué et renvoyé son ministre. Bien plus, le successeur de Wallace, l’ex-ambassadeur à Moscou, Harriman, est très sympathique à Wall Street, ami de Byrnes, et qui récemment avait fait sur la politique de Moscou des réserves plutôt sévères. Ce revirement complet du président Truman mettra probablement fin à son prestige et à sa carrière politique.

 

La Crise du Parti Travailliste

L’affaire était liée à la crise grave qui secoue le parti travailliste anglais. Contre Bevin, partisan d’une politique de fermeté, le groupe Attlee-Laski menait une lutte sourde. Cette gauche travailliste qui représente 70% du parti, menaçait de se détacher publiquement de l’autre pour faire triompher une politique de conciliation avec l’U.R.S.S. et une politique sociale plus hardie à l’intérieur. Bevin n’était plus ministre que nominalement. Heureusement chez les socialistes, nous savons que les pires dissensions se résolvent toujours par le vote d’une motion nègre-blanc et non par un knock-out comme aux Etats-Unis. L’unité sera maintenue.

En résumé, ces courants que leurs adversaires appelaient « les tendances vers un nouveau Munich » ont subi un premier échec. Cependant, il s’agit d’un mouvement profond. La Russie fera tous ses efforts pour l’encourager et s’en servir. Il comprend beaucoup de personnalités qui ne se sont pas encore exprimées. Nous en verrons d’autres manifestations et des retours périodiques. La marche des événements n’en sera pas pour cela modifiée.

 

Le Discours Churchill

Pendant ce temps, on commentait le discours de Zurich diversement accueilli. Il est difficile en apparence d’en saisir le but. Prononcé en Suisse, il avait pour thème l’organisation d’une fédération européenne, une union de peuples divers sur le modèle helvétique. Mais les Etats-Unis d’Europe restent du domaine de l’utopie et Churchill ne pense pas qu’ils puissent se réaliser pour l’Europe entière. Il s’agirait au fond d’une fédération occidentale qui, si les circonstances étaient favorables, s’étendrait à l’Orient et dans le cas contraire pourrait s’y opposer. Bloc occidental en somme, l’obstacle c’est la France, c’est-à-dire une coopération étroite entre la  France et l’Allemagne. Churchill voudrait que la France, décidément trop faible pour jouer sur le continent son rôle de bouclier de l’empire britannique puisse être renforcée par une bonne armée allemande qui monterait la garde : la collaboration en somme. Peu probable qu’en France, il y ait beaucoup d’amateurs. Il est difficile d’interpréter autrement le discours puisque M. Churchill nous prévient à mots couverts qu’il ne voit pas grandes chances d’une compréhension mutuelle des Russes et des démocraties occidentales. Il en faut pas sourire. C’est probablement par la force des choses et malgré toutes les répugnances, ce que l’avenir réalisera.

 

L’Affaire de Trieste et l’Echec de la Conférence de Paris

La Conférence du Luxembourg agonise. Elle est morte. Pourra-t-on sauver les apparences ? Le seul problème d’importance qu’elle pouvait résoudre était Trieste. Or, à l’heure présente elle semble à peu près dessaisie de la question ; Molotof, ayant conduit les discussions à une impasse, a poussé à des négociations directes entre Tito et l’Italie. C’est le communiste Reale qui discute, ce qui fait prévoir un accord. De Gasperi l’acceptera-t-il ? Si oui, les délégués n’auront qu’à rentrer chez eux ; on assure qu’à Paris, ils ne se sont pas ennuyés ….

 

L’Epuration chez les Soviets

Une crise intérieure dont il est difficile de mesurer l’ampleur secoue pendant ce temps la machine soviétique. L’épuration frappe partout, hier c’étaient les écrivains, les cinéastes. Aujourd’hui la presse, les Izvestia, la Pravda. Au Caucase, les déportations se multiplient dans les républiques soi-disant autonomes. Qui mène le jeu ? Souhaitons que les difficultés qui s’accusent dans tous les pays ramènent la raison parmi les hommes.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-09-21 – La Politique Américaine et le Discours Wallace

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-21 – Le Chemin de la Paix.

 

La Politique Américaine et le Discours Wallace

 

Le Discours Wallace

Le discours du ministre du Commerce Wallace, approuvé par le président Truman, a provoqué dans le monde une sensation considérable.

En gros, il proclame qu’entre la Russie et les Etats-Unis une guerre n’est pas inévitable, qu’elle ne le sera que si les Etats-Unis se mettaient au service de l’impérialisme anglais en Proche-Orient et en Méditerranée, et qu’en partageant le monde en deux zones d’influence : l’une du tiers du globe pour la Russie , monde socialisé, et l’autre des deux tiers restants, aux Etats-Unis, monde libéral.

La paix serait assurée pourvu que les Russes ouvrent les portes de l’Europe Orientale au commerce américain.

Programme en contradiction apparente avec celui que poursuit le secrétaire aux affaires étrangères Byrnes. Ce discours sensationnel signifie-t-il un changement de la politique des Etats-Unis ?

 

Signification du Discours

Qu’on ne s’y trompe point. Ce discours est avant tout fonction de préoccupations électorales, comme le livre d’Elliott Roosevelt qui le préparait.

Mais, à la différence de ce qui se passe en France, si la politique extérieure américaine prend soin de s’adapter aux tendances de l’opinion, elle n’en subit au fond jamais les exigences, quel que soit le parti au pouvoir ; les décisions de politique étrangère, tant en Angleterre qu’en Amérique sont prises uniquement en fonction de l’intérêt national.

Une véritable psychose de guerre s’était emparée du public américain ; l’incident avec la Yougoslavie, l’attaque des aviateurs avait été prise pour un petit « Pearl Harbour », on ne parlait que des préparatifs scientifiques à la guerre. La bourse de New-York venait brusquement de connaître une panique sensationnelle. Les affaires s’arrêtaient. Il fallait rassurer le monde du business, calmer les ex-isolationnistes et les fermiers du Middlewest, donner avant les élections des gages de pacifisme à Chicago.

Wallace s’en charge, mais Byrnes continue.

Le président Truman, dont la popularité a baissé depuis les grèves où son autorité n’a pu s’exercer, a cru opportun de rallier des partisans. De plus, crier à l’impérialisme anglais qui entraîne sans cesse la pacifique Amérique dans des guerres, fait toujours recette.

Enfin, et ceci est plus habile, il fallait donner à la Russie, au cas où le Kremlin voudrait faire machine arrière, une porte de sortie et dans le cas contraire bien plus probable, donner au monde une expression des désirs pacifiques des U.S.A.

On ne s’est guère ému à Londres. Moscou n’a pas montré d’enthousiasme.

Plus que jamais demeure l’impression que quelles que soient les paroles, les jeux sont faits. Aux Etats-Unis d’ailleurs, le discours a été sévèrement commenté en général. Si c’était là un sondage de l’opinion, celle-ci consciente de la gravité de la situation, penche plutôt dans son ensemble vers une politique de fermeté.

 

Trieste et l’Albanie

Pendant ce temps, l’orage permanent qui se déplace sans cesse se concentre sur Trieste et l’Albanie.

Molotof à Paris veut faire échouer les travaux des commissions internationales sur la question, et mettre aux prises l’Italie et la Yougoslavie. L’Albanie, tout en accusant la Grèce de provocations armées à sa frontière, mobilise 75.000 hommes encadrés par les Russes ; en Grèce les terroristes continuent. Un conflit en Epire du Nord menace.

On apprend par ailleurs que la zone russe en Allemagne est un vaste arsenal de guerre soviétique ; toutes les usines d’armement travaillent au maximum ; de leur côté, les Américains ont expédié chez eux les derniers savants autrichiens et allemands sans emploi pour les intéresser à leur production de guerre. La dernière trouvaille serait un procédé biochimique susceptible de stériliser la terre et d’anéantir toute production agricole sur des pays entiers ; la victoire par la famine ! Les recherches bactériologiques ne chôment pas non plus. Ceci n’est pas hélas, du feuilleton.

 

Le Problème Allemand

On se bat à coup d’élections, et les communistes ont en général subi un échec. Leur succès relatif en zone soviétique est très inférieur aux prévisions.

Le discours Byrnes avait fait espérer aux Allemands une modification de leurs frontières de l’Est aux dépens des Polonais. Les Russes avaient organisé contre l’Amérique, en Pologne, des manifestations orageuses, ce qui n’empêche pas les leaders du parti unifié allemand patronné par Moscou de promettre aux électeurs que les Russes rendraient à l’Allemagne communiste de demain la Silésie et la Poméranie. Mais dès le lendemain des élections, Molotof déclarait que la frontière de l’Est était définitive.

Ce qui rend peu probable un apaisement prochain, c’est le travail de sape que l’U.R.S.S. fait exécuter partout contre l’édifice social de ses adversaires. L’occupation des immeubles vides de Londres par les squatters est l’œuvre des communistes. De pareilles se préparent en France si un changement politique survient ; les terroristes en Palestine sont des recrues de Moscou, etc. …..

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-09-14 – L’Enjeu Allemand

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-14 – Le Chemin de la Paix.

 

L’Enjeu Allemand

 

L’évolution du problème allemand suit le développement prévu. Les Etats-Unis ont fait, par la voix de M. Byrnes, connaître leurs projets. Il n’y a rien là que nous ne connaissions déjà. Exactement comme en 1918-19, les rivalités des vainqueurs permettront l’avènement d’un nouveau Reich.

Nos lecteurs étaient préparés à cette fatale conclusion.

 

Le Discours de Byrnes

L’Allemagne est devenue, non une dépouille mais un enjeu. C’est à qui des Russes et des Américains rendra aux Allemands l’espérance. Aujourd’hui, les partis pro-anglo-saxons se réjouissent ; les pro-russes se taisent. Il ne faut pas cependant critiquer sans comprendre.

Le projet américain est beaucoup moins inquiétant pour l’avenir que ne l’étaient ceux de Wilson et de Lloyd-George.

La Sarre sera française et cette fois définitivement ; l’Allemagne serait une fédération d’états plus ou moins autonomes, ce que en 19 nous avions demandé et point obtenu. De plus, le contrôle de l’industrie allemande serait assumé et il ne tiendra qu’à nous d’y veiller. Nous n’avons pas de ce côté l’impression qu’on nous marchandera les garanties.

C’est sur un plan constructif dans le domaine où il faut faire de l’efficace et du définitif, que notre gouvernement doit porter son effort, bien plus que sur des revendications d’autonomie en Rhénanie et dans la Ruhr qui n’ont et n’ont jamais eu de chances d’aboutir. Une obstruction aux desseins anglo-américains serait là encore vaine et dangereuse.

En politique, quand on n’est pas le plus fort, il faut s’accommoder ; encore faut-il le faire avec adresse.

 

Les Elections en Saxe

Les Russes font la grimace.

Ils avaient organisé des élections « démocratiques » ; l’opposition n’avait ni journaux, ni papier, ni radio. Tous les fonctionnaires, comme au temps d’Hitler devaient, sous peine de révocation, faire de la propagande pour le parti unifié socialo-communiste. Celui-ci néanmoins n’a obtenu que 54% des voix.

Le peuple allemand se laisse flatter des deux côtés mais la peur du joug russe pèsera sur leurs suffrages. Pour enlever le morceau, on prêtait aux Soviétiques l’intention de rendre à l’Allemagne, aux dépens des Polonais, une partie des provinces de l’Est, sinon la Prusse Orientale. Mais c’était ranimer la haine chez les Polonais ; le risque était trop grave, d’autant que la division des partis en Pologne est toujours une menace de guerre civile.

 

L’Accord Austro-Italien

On ne s’attendait guère à ce que l’Autriche et l’Italie s’accordassent sur la question du Tyrol du Sud.

Sagesse des nations ou bien pression des Anglo-saxons ? Les deux sans doute.

Il fallait que le Brenner comme toutes les portes en Europe libre, disons plutôt libérale, fût ouvert. C’est une manière indirecte de lier l’avenir de l’Italie aux intérêts d’une fédération européenne de l’Ouest où l’Autriche serait un avant-poste et donner au commerce italien un espoir de développement en Europe Centrale, grâce à l’intermédiaire d’une Autriche amie.

C’était d’ailleurs, reconnaissons-le, la première politique de Mussolini.

 

Les Révélations du Fils Roosevelt

Franklin Roosevelt n’est pas le seul grand homme trahi par les siens.

Les mémoires de son fils Elliott contiennent trop d’invraisemblances pour qui a pénétré la politique de ces dernières années, pour mériter crédit. Elles ne prouvent qu’une chose à savoir qu’Elliott est un imbécile.

Il y a aussi là-dessous d’astucieuses combinaisons politiques à l’approche des élections.

Roosevelt était un grand homme d’Etat, d’une dissimulation peu commune. Son jeu, comme son sourire, étaient impénétrables. Ce qu’il disait n’était jamais sa vraie pensée. On s’en est aperçu d’après sa préparation de la guerre. Comme tout Américain, il avait quelques idées schématiques, abstraites qui ont nui à la souplesse de l’action, et même à la clairvoyance. Ce que nous apprenons aujourd’hui, si nous ne nous en doutions déjà, c’est que Churchill s’était opposé à la politique pro-russe de son interlocuteur. Celui-ci, ne voulant associer les Russes à la victoire, entendait sans nul doute limiter la puissance anglaise, lui conserver en Orient un rival pour l’affaiblir, et le plier ainsi plus aisément aux desseins américains. Churchill avait dit, si nos souvenirs sont justes, que si la Russie avait résisté en 17 et que les Cosaques étaient arrivés, comme cette fois, à Berlin en vainqueurs, une seconde guerre mondiale aurait rapidement suivi la première comme aujourd’hui menace la troisième. Churchill préfèrerait une victoire plus onéreuse et plus lente au prix même d’un effondrement des Russes à une foudroyante avance de ceux-ci. Hitler, lorsque tout parut perdu a laissé les Soviétiques avancer pour que l’Allemagne future profitât des dissensions entre les Alliés.

Churchill, qui pressentait tout cela, aurait voulu que les fournitures prêts-bails destinées à la Russie allassent aux Anglais. Beaucoup de politiques avisés étaient alors de cet avis. En tous cas, l’événement a donné tort à Roosevelt. Bon gré mal gré, les Etats-Unis d’aujourd’hui font la politique de Churchill, celle du bloc Anglo-saxon. Les accords de Yalta auxquels Churchill n’a pu s’opposer ont eu pour conséquence l’impossibilité de rétablir la paix. Nous n’avons pas fini d’en souffrir.

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1946-09-07 – La Diplomatie Armée

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-07 – Le Chemin de la Paix.

 

La Diplomatie Armée

 

Commenter la Conférence de Paris serait se répéter : même atmosphère hargneuse, mêmes discussions stériles. Une réunion très secrète des quatre Grands ne semble pas avoir eu grands résultats. On parait cependant décidé à aller plus vite en besogne au moins pour ce sur quoi l’on s’accorde. Peu de choses au fond.

 

Le Voyage de Molotof

Devant la résistance énergique des Etats-Unis, l’arrivée de la flotte américaine devant Athènes, Salonique et Smyrne, l’élection d’un roi en Grèce consolidant la position anglo-saxonne, Molotof a dû prendre de nouvelles instructions ; le problème allemand va fatalement surgir devant la Conférence.

La France, en créant, sur le papier du moins, un état allemand de sa zone, semble se rallier à une thèse fédéraliste, en accord peut-être avec les Etats-Unis et à l’opposé des intentions russes.

Le problème autrichien et celui du Danube seront âprement débattus.

 

Le Bloc Latin

Serpent de mer de la diplomatie pendant les entr’actes, l’idée d’un bloc latin reparaît. L’intéressant, c’est qu’il ne vient plus d’Europe mais de l’Amérique du Sud.

L’union de la France, de l’Italie et de l’Espagne n’a sur le plan de l’équilibre des forces aucune valeur actuelle ; sur le plan politique, les trois pays se sont presque toujours jalousés et contrecarrés.

Autre chose serait un bloc, avant tout moral et culturel où les peuples latins des deux mondes et leurs empires joueraient le rôle d’une opinion appuyée par un moyen considérable de pression économique.

 

Petites Histoires

A défaut de grands événements, l’actualité ne manque pas de fournir des faits significatifs :

Le Scandale Ukrainien.

C’est la presse Russe elle-même qui donne une large publicité au colossal scandale administratif de l’industrie ukrainienne. Sans doute pour nous préparer à une épuration-maison de grand style. Dignes émules des fonctionnaires de Gogol, les dirigeants de l’industrie d’Ukraine envoyaient à Moscou des statistiques mirifiques où le plan quinquennal progressait à pas de géants. Mais les locomotives n’existaient que sur le papier et ces messieurs raflaient l’argent. 85%, une paille, des fonctionnaires ukrainiens trempaient dans l’affaire !…

 

L’espionnage aux Etats-Unis.

On nous prépare en Amérique à des révélations ; l’espionnage russe aurait pénétré par des voies mystérieuses jusqu’au grand Etat-Major. Est-ce un coup de publicité pour alarmer l’opinion et la préparer au pire ? Il se pourrait que ce soit vrai et nous avons ici émis l’hypothèse toute gratuite que les Soviets aient eu vent de ce qui se tramait à Washington. Ces rumeurs presque officielles confirmeraient la chose.

 

Les Musulmans d’U.R.S.S.

L’agitation des pays arabes ne pouvant s’arrêter aux frontières de l’U.R.S.S., ce qui se chuchote au Caire est entendu à  Bagdad et à Tachkent. Aussi apprend-on que les Russes, devant des complots en Asie soviétique, nous ont donné une bonne idée. Quelques 500.000 Tcherkesses ont été accompagnés en Sibérie, toujours accueillante ; il manquait quelques chefs à l’arrivée. Ces gens n’avaient-ils pas été pendant la guerre d’infâmes collaborateurs qui avaient endossé l’uniforme de la Wehrmarcht contre la patrie russe ?

Voilà un cas qui n’est pas sans analogie avec le Vietnam, le Destour et autres séparatismes. Que dirait-on à Paris, si à l’exemple du grand Staline, nous leur offrions un déplacement au Cameroun ou en Guyane ?

 

Les Prisonniers de Guerre.

Pour renforcer leur position en Allemagne, les Russes ont  libéré les prisonniers allemands qui, peu à peu, regagnent leurs foyers. Les Anglais qui ont besoin de concilier les Allemands, cherchent à créer chez eux un mouvement d’opinion pour le rapatriement des prisonniers de guerre. Pour la France où beaucoup de régions agricoles vivent grâce à cette main-d’œuvre, cet aspect de la rivalité anglo-russe risque d’avoir de fâcheuses répercussions.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-31 – Le Conflit Diplomatique et l’Affaire yougoslave

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-31 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Conflit Diplomatique et l’Affaire Yougoslave

 

L’ultimatum des Etats-Unis à la Yougoslavie à la suite des attaques d’avions américains a soulevé dans le monde une vive émotion et ouverts les yeux d’un public las et mal informé sur la gravité de la situation internationale. Nous avons vu l’hostilité entre Russes et Anglo-saxons se manifester d’abord comme une rivalité autour de zones d’influences, devenir peu à peu une lutte diplomatique sourde puis ouverte. Elle en est aujourd’hui au stade des incidents locaux dont chacun, s’il était à dessin envenimé, suffirait à déclencher une guerre sans qu’on puisse, comme toujours, prendre l’agresseur sur le fait.

 

La Conférence de Paris

La discorde est aussi aigue à la Conférence que les Russes ont réussi à stériliser complètement. Ils ont mené le jeu avec obstination, une vigueur d’arguments et une mauvaise foi si énorme qu’on est forcé d’admirer cet art du procureur Vychinski de donner aux contre-vérités les plus évidentes un air de vraisemblance. La réplique lui a été fournie par le Dr Evatt, représentant de l’Australie qui fut la révélation de cette Assemblée. L’Australie ayant avec les deux pays Anglo-saxons des liens également étroits pourrait les représenter, ce qui éviterait le danger de chocs trop directs entre Molotof et Byrnes. On a beaucoup remarqué le silence de Bevin. Bien qu’il demeure ministre, on se demande s’il conserve une autorité au gouvernement. Le Dr Evatt a présenté contre la Russie qui occupe et contrôle les états satellites, la défense des petites nations et leur droit à la libération territoriale politique et économique.

Discussions complexes, habiles et sans portée pratique.

 

La Politique Russe

Le caractère de plus en plus agressif de la politique du Kremlin inquiète les esprits. On se l’explique mal. On voit en effet, par la publication du dernier plan quinquennal que les résultats de la reconstruction sont loin d’être satisfaisants et qu’il faudra encore trois ans de labeur au moins pour que l’industrie russe retrouve son niveau d’avant-guerre. De plus, en Russie comme ailleurs, la lassitude et le mécontentement se traduisent, non par des manifestations qui seraient vite réprimées, mais par une baisse de rendement très sensible.

 

Le Renvoi de Litvinoff

Le limogeage du vieux diplomate soviétique qui symbolisait la sécurité collective et l’entente avec l’Occident est considéré comme symbolique. La publicité que les Russes lui ont donné signifie qu’ils renoncent à rechercher avec leurs adversaires un terrain de collaboration. En Angleterre et en France où Litvinoff était très connu et apprécié, la nouvelle a été pénible. Les partis communistes du continent en ont été très affectés car il y voient une preuve nouvelle, si besoin est, de la désinvolture avec laquelle le Kremlin les laisse lutter seuls. Jamais Moscou n’a fait dévier en quoi que ce soit sa politique pour favoriser l’action de ses cinquièmes colonnes.

 

Orage sur les Balkans

Poursuivant la même tactique qui consiste à déplacer constamment la zone orageuse d’un point du globe à l’autre, c’est sur la Grèce que va se concentrer la prochaine lutte. Les accusations de Manonilsky, délégué de l’Ukraine contre ce pays servent de prélude ; les émeutes vont suivre, fomentée par les partisans. Un conflit avec l’Albanie, sinon officiel du moins par l’intermédiaire de bandes, pourrait amener une invasion déguisée du territoire grec. Les troupes anglaises, là comme en Perse, sont prêtes à intervenir. Les barils de poudre ne manquent pas. Où veut-on en venir ? Staline, on le sait et il ne s’en est pas caché dans son discours de février, considère qu’un conflit avec les puissances capitalistes est inévitable tôt ou tard. Les Anglo-saxons en sont aussi convaincus que lui et s’y préparent. Les Soviétiques savent-ils par leur espionnage, la date probable où les Etats-Unis, après avoir fait preuve d’une grande modération (comme dans le conflit avec la Yougoslavie qu’ils voulaient déférés  au Conseil de Sécurité de l’O.N.U.) frapperont sans ménagement. Les Soviétiques pensant qu’ils ne risquent rien d’ici là, en profitent-ils pour s’assurer ce maximum d’avantages stratégiques ? Pensent-ils pouvoir maintenir la paix au moment crucial par une volte-face ? Ou bien pensent-ils que dans l’état de lassitude où est le monde, les armées terrestres anglo-saxonnes étant très affaiblies, les partisans assez forts dans chaque pays, un coup de force a le maximum de chances de réussir. Ont-ils trouvé chez les Allemands et mis au point avec eux les armes secrètes qu’Hitler préparait ? Voilà les hypothèses qui peuvent expliquer une politique de plus en plus audacieuse. En tous cas, si les Anglo-saxons sont vraiment persuadés comme il semble, qu’une entente ou un « modus vivendi » est impossible, quoi que fassent plus tard les Soviétiques, les chances de la paix sont exactement nulles.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-24 – La Psychologie des Adversaires

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-24 – Le Chemin de la Paix.

 

La Psychologie des Adversaires

La tension internationale s’est encore accentuée. La Conférence de Paris, paralysée par l’obstruction russe, se traîne lamentablement au milieu de débats de procédure. Aucune proposition constructive n’a pu être adoptée. Chaque séance ou presque, voit surgir un duel oratoire entre Byrnes et Molotof où les accusations directes se croisent. C’est la première fois que, toute courtoisie diplomatique disparue, les délégués s’envoient de la tribune des vérités désobligeantes.

Ces nouvelles mœurs ne sont pas à l’honneur de la civilisation.

 

Nouveaux Pourparlers

Il n’est pas exclu cependant que d’autres tentatives de conciliation ne se produisent.

L’arrivée à Paris des sénateurs américains Vanderbergh et Connolly, représentants des partis politiques et de l’opinion américaine au Congrès, assurant la liaison entre la diplomatie officielle et la nation, certaines rumeurs d’entretiens secrets, beaucoup d’indices font prévoir que l’impossible sera tenté pour éviter une rupture fatale.

L’enjeu est trop grave pour qu’un certain optimisme ne conserve pas ses droits.

 

La Mentalité des Adversaires

Peu à peu, la lutte qui primitivement opposait les Russes aux Anglais est devenue surtout russo-américaine.

Depuis le défi lancé par Byrnes aux Soviets de publier ses discours, la presse et la radio russes s’acharnent sur l’impérialisme américain. Les uns et les autres s’accusent d’asservir les peuples qu’ils contrôlent ou occupent, d’armer les Allemands contre l’autre parti.

Les incidents sont partout, si fréquents et nombreux qu’on ne saurait les rappeler : un avion américain qu’on mitraille, un diplomate arrêté, une patrouille attaquée à Trieste, etc.

Les dirigeants soviétiques paraissent nourrir le même préjugé qui poussa Hitler : les pays démocratiques sont trop divisés, trop attachés à leurs affaires, à leurs intérêts immédiats pour prendre jamais l’initiative d’une guerre. Lorsque les provocations et les empiétements les auront mis à bout de patience, il suffira d’un recul opportun et momentané, pour les apaiser.

Raisonnement dangereux et sans doute erroné.

D’abord l’état d’esprit américain est fort différent de ce qu’il fut en 36-39. Instruits par l’expérience, les Etats-Unis ne croient pas aux compromis. Le temps ne travaille pas pour eux ; la prolongation d’une psychose de dépression et d’anxiété ruinerait leur prestige et minerait leur prospérité. Les dirigeants ouvriers en outre, craignent le jour où la capacité de production russe, en brisant les marchés par une exportation massive, abaisserait leur niveau de vie à la suite d’une crise économique. Ils savent que les Russes trouvent dans la « guerre des nerfs » le bon moyen d’empêcher le retour de la prospérité.

D’un autre côté, à l’intérieur de la Russie, le nationalisme s’exaspère. Staline pourra-t-il toujours le freiner ? On dit que des discussions violentes l’ont opposé à Jdanov, leader des activistes, qui voulait poursuivre l’occupation de la Perse. La disgrâce de Joukov serait un autre aspect des mêmes divergences. L’histoire de la Russie abonde en décisions téméraires suivies invariablement de tapes retentissantes qui ramenaient l’ours pour quelques lustres dans son antre.

Les Américains sont parfaitement résolus à l’emporter ; après avoir épuisé toutes les chances de conciliation, ils n’hésiteront pas à l’heure prévue à frapper un coup décisif. Ce serait dans la logique des faits qui depuis des années ne se dément guère.

 

Les Evénements

Les Russes ont marqué des points en Perse où le gouvernement semble de leur côté. Ils ont soutenu l’incroyable prétention de la Bulgarie, pays vaincu, à acquérir aux dépens de la Grèce, pays allié et victorieux, un port sur la mer Egée qui servirait aux Russes d’accès en Méditerranée encerclant ainsi la Turquie et les Détroits. Ils fortifient avec ardeur les ports de l’Albanie autour de Durazno. Enfin, ils recrutent jusqu’en zone britannique des officiers allemands pour renforcer les cadres techniques de l’armée rouge.

De leur côté, les Américains ont envoyé en Méditerranée orientale, une flotte puissante qui a fait à Lisbonne une escale significative. Ils assurent le commandement des escadres alliées dans tout le bassin. Les Anglais, par contre, passent la main. Dans un récent discours M. Churchill a exposé devant ses compatriotes l’idée que nous avions rapportée ici au sujet de la guerre des grands espaces : « La Manche n’est plus désormais le rempart de la liberté des peuples ».

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-17 – La Conférence de Paris

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-17 – La Conférence de Paris

 

La Conférence de Paris

 

Les Traditions survivent aux institutions. L’ouverture de la Conférence de la Paix par des discours plus ou moins ternes rappelle les flots oratoires de la S.D.N. : Débats de procédure interminables ; Exposés d’idées générales sans efficacité ; Le tout aggravé cette fois par l’absence de toutes personnalités dominantes.

On ne voit pas à quoi on pourrait aboutir, sinon à entériner à quelques détails près, les compromis instables proposés par les quatre Grands.

Le point central de la Conférence est le suivant : Sous couleur de réparations – on sait à quel point les Soviets y tiennent – échelonnées sur de nombreuses années, les pays vaincus incapables pour longtemps de fournir grand-chose se trouveront sous le contrôle permanent des vainqueurs. Pour peu que l’un d’eux s’emploie à leur enlever tout moyen de rétablissement, l’occupation directe ou le contrôle économique et politique pourra durer indéfiniment. Les petites puissances trouveront-elles des formules susceptibles de lever cette hypothèque et s’ouvrir la voie à la libération de l’Europe ? C’est là le véritable enjeu de la Conférence de Paris.

 

Les Déclarations de Perón

On se souvient des tentatives soviétiques pour profiter des dissentiments entre l’Argentine et les Etats-Unis, l’affaire a échoué.

En des termes d’une vigueur inattendue, Perón, le dictateur argentin, s’est rangé aux côtés des Américains :

« Nous savons, dit-il, que le danger d’une nouvelle conflagration existe. Une guerre trouverait l’Argentine rangée dans le camp des Etats-Unis. Dans cette éventualité, il faudra établir une chaîne d’aérodromes tout le long du continent américain. L’Argentine en construit un aux environs de Buenos-Ayres … » Et il conclut : « Le communisme est un grand danger qui menace toutes les démocraties occidentales. Il cherche à s’infiltrer partout dans la structure sociale : l’antidote à ce fléau en Argentine est notre programme de réformes en faveur des classes laborieuses ».

Ainsi se forme l’unité pan-américaine. On voit de même que malgré les apparences et les déclarations publiques, Franco en Espagne conserve l’appui tolérant des Anglo-Saxons, et Salazar au Portugal se maintient aussi. Les camps se consolident.

 

Les Incidents en Perse

La lutte très complexe en Perse se poursuit entre Russes et Anglais.

Les Soviets ont réussi à créer un état de crise politique à Téhéran et fomenté des grèves sérieuses dans les puits de pétrole de l’ « Anglo-Iranian ».

Les Anglais ont envoyé des forces militaires et navales à Bassorah, prêtes à intervenir si le conflit s’aggravait.

Ce sont en effet les lignes de communication avec l’Inde qui sont en jeu, et le ravitaillement de l’Inde en carburant.

La guerre du pétrole continue.

 

L’Affaire Palestinienne

Les Anglais avaient préparé un plan fort habile de Fédération Palestinienne où Juifs et Arabes vivraient en leurs provinces autonomes et où l’Angleterre, conservant son mandat et la direction de l’Etat Central, aurait pu maintenir ses forces militaires et navales et ses installations rendues plus que jamais nécessaires à la suite de l’évacuation de l’Egypte par les forces britanniques.

Les Anglais pensaient que les Etats-Unis approuveraient le projet et y donneraient leur appui moral et leur contribution financière.

Pour diverses raisons,  l’approche des élections au Congrès ayant la plus large part, le président Truman s’est récusé ; le partage des responsabilités en Palestine entre les deux pays anglo-saxons que l’Angleterre avait cherché avec patience parait improbable, et les Anglais qui ne se sentent pas assez d’autorité pour résoudre le problème à eux seuls, sont perplexes.

 

L’Alliance Franco-Anglaise

Faisant écho au discours de Bar-le-Duc du général de Gaulle, le général Davet fait dans le Journal de Genève des observations judicieuses sur le plan militaire aux projets d’alliance franco-anglaise :

« La guerre future, dit-il en substance, est celle des grands espaces : l’Europe occidentale même en y comprenant l’Allemagne restaurée, n’est plus à l’échelle du conflit possible. Le groupement franco-anglais serait impuissant à faire contrepoids aux deux puissances qui disposent d’espaces immenses et d’une dispersion industrielle susceptible de résister aux coups de l’adversaire. La France et l’Angleterre occupent la pointe du continent, cible étroite et vulnérable qui disparaitrait au premier choc. Et leur dispersion industrielle dans leurs Empires n’est qu’à peine ébauchée ».

Au point de vue politique de même, l’idée d’une France médiatrice entre les deux blocs a suscité beaucoup d’objections parmi les commentateurs internationaux. Les intérêts en jeu sont d’une importance qui n’est pas à la mesure de notre action. De plus, l’existence à l’intérieur d’une situation politique où les éléments contraires s’équilibrent ne peut aboutir qu’à un état de neutralité ou d’impuissance, ce qui est le but visé précisément, comme nous l’avons vu, par l’un des adversaires.

Ces commentaires sont fort utiles : ils montrent qu’en dépit d’excellentes intentions, la politique extérieure française n’est pas fixée et qu’il sera très difficile qu’elle le devienne. Et nous pensons, pour notre part, que dans l’état présent, cela vaut peut-être mieux.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-03 – L’Orientation de la Politique Française

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-03 – Le Chemin de la Paix.

 

L’Orientation de la Politique Française

 

 

On attend, sans grandes illusions et cependant avec curiosité, ce que proposeront les petites Nations à la Conférence de la Paix qui vient de s’ouvrir pour rétablir l’ordre international.

Elles sont simplement consultées. Les Grands ont fixé seuls le sort des vaincus.

La démocratie, que l’on n’a jamais tant invoquée, ne règne point dans les rapports internationaux. Tandis qu’à Paris, les discours vont se donner carrière, d’importants événements sont venus préciser et aggraver la situation internationale.

 

La Note Byrnes à Moscou

Byrnes a d’abord protesté en termes très vifs contre la politique russe en Hongrie. La Russie s’était engagée, à Potsdam, à donner aux satellites de l’Axe vaincus, des facilités pour réorganiser leur économie.

Au-delà de cela, les Russes se sont livrés à un pillage systématique et ont enlevé au pays ses moyens de production. La situation de la Hongrie est aujourd’hui catastrophique. En réponse à cette note, les Soviets se sont contentés de réduire la facture des réparations qu’ils présentent à la Hongrie.

 

Le Conflit Autrichien

Plus aigu encore est le différend qui oppose cette fois le Gouvernement autrichien aux autorités russes d’occupation. L’Autriche en effet est considérée comme pays libéré et non vaincu.

Les Soviets, sous prétexte que la plupart des industries autrichiennes appartenaient aux Allemands, se sont emparés de toutes les installations importantes de leur zone d’occupation, en particulier des puits de pétrole de Zistersdorf. C’est en fait enlever à l’Autriche son indépendance économique et politique.

Le Gouvernement autrichien, réagissant avec courage et soutenu sans doute par les Anglo-Saxons, a fait voter par le Parlement nouvellement élu une loi qui nationalise toutes les entreprises industrielles d’intérêt national et nommément celles que les Russes ont saisies.

Pour que cette loi ne puisse pas entrer en vigueur, il faut le veto des quatre occupants. Les Russes devront céder si les Anglo-Saxons approuvent tacitement la loi autrichienne. Quelle force alors pourra contraindre les Soviets à lâcher prise ?

Les Américains attachent au problème autrichien et à la libre navigation sur le Danube une importance capitale, plus même qu’au problème allemand.

On voit que si le conflit Russo-Autrichien ne se résolvait pas par un compromis, une épreuve de force ferait vite question.

 

La Politique Française

Ces deux discours simultanés du général de Gaulle et de M. Bidault ont mis au premier plan l’orientation de la politique française. En réalité, il n’y a pas de divergence visible entre les deux orateurs et notre politique demeure ce qu’elle fut depuis la libération : une politique de grande Puissance, celle du quatrième Grand.

Cette politique n’était pas la seule possible.

Sur le plan de la puissance, la position de la France, disent certains, s’est singulièrement diminuée. La Russie et les Etats-Unis ont grandi immensément. L’Empire français, au contraire, est menacé de désagrégation. Une politique économique et financière déplorable a réduit, bien plus que les destructions de la guerre et l’occupation ennemie, la capacité de la France. Sur les marchés mondiaux, le rôle de grande Puissance ne correspond plus à nos moyens. Nous conserverons l’illusion de le jouer pour notre amour-propre, mais nous serons en fait la mouche du coche.

Le rôle de la France eût été, disent ces mêmes critiques, de prendre, grâce à son passé et son autorité morale qui est encore grande, la tête des petites nations qui n’osent élever la voix, de les fédérer en une ligue puissante qui, elle, aurait pu imposer aux trois Grands le respect des principes qui doivent consacrer l’indépendance des peuples et obtenir la libération de l’Europe.

Il est probable que si nos dirigeants ont rejeté cette politique qui présentait des avantages évidents sur une politique de prestige, c’est qu’il y avait peu de chances d’obtenir une cohésion quelconque des petites nations : les unes bâillonnées par la Russie qui les occupe ou les serre de près, les autres, comme les Dominions, solidaires en définitive des intérêts britanniques, et les Américains du Sud pour la plupart les yeux fixés sur Washington.

On nous parle de la sécurité française. On préconise, une fois de plus, une Allemagne décentralisée, la résurrection des Etats germaniques, l’internationalisation de la Ruhr, le retour de la Sarre à notre économie.

Le discours du Général est interprété à l’étranger comme visant à une rentrée en faveur auprès des Anglo-Saxons que dans la lutte muette qui l’oppose aux partis semblaient peu favorables. Le passage où il forme des vœux pour l’alliance anglaise, est significatif. Enfin à l’égard des Soviets : l’ « expansion qui, selon l’usage se drape du manteau des doctrines » dit assez dans quel sens la politique française doit s’efforcer.

Cependant, l’idée d’une France médiatrice entre ces deux mondes hostiles ne paraît pas irréalisable aux yeux du Général. Souhaitons-le.

 

Le Cas Bevin

Pendant ce temps, Bevin est malade. Maladie diplomatique ? Cette personnalité puissante ne siègera pas à la Conférence de Paris. La jalousie des politiciens du parti travailliste, pontifes de Comité, présidents falots, l’a-t-elle emporté ? Mais Attlee et Liski pensent-ils apaiser Staline et réussir là où échoua Bevin ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-07-27 – Pierre d’Achoppement en Palestine

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Le Courrier d’Aix – 1946-07-27 – Le Chemin de la Paix .

 

Pierre d’Achoppement en Palestine

Semaine de transition. Lundi, les petites nations auront la parole. Elles ne manqueront pas de juger l’œuvre des Grands et proposeront peut-être quelques méthodes et principes capables de remédier à leur impuissance.

 

Les Projets de Traités

Ce que l’on a publié des traités qui seront soumis aux 21 nations ne comporte rien qui n’était connu. En le présentant M. Byrnes, sans s’illusionner sur leur valeur, les considère comme mieux que rien. Un minimum de coopération entre les Grands étant préférable à des traités séparés conçus par chacun d’eux avec les vaincus.

Dans la seconde partie de son dernier discours, il déplore avec quelque amertume l’obstruction faite par les Russes à toute tentative d’apporter au monde une paix véritable.

 

La Politique Russe vue d’Amérique

Les déclarations ont coïncidé avec une violente campagne de presse  le célèbre journaliste campagne de presse : le célèbre journaliste M. Lippmann, dans un article retentissant, accuse la Russie de préparer à son profit la résurrection de la force allemande. Il croit que les Soviets rendraient à l’Allemagne les provinces attribuées à la Pologne et réaliseraient cette alliance Russo-Allemande qui depuis des générations a hanté bien des cerveaux en Allemagne comme en Russie, surtout des militaires.

Aux Etats-Unis, on traite couramment Staline de « second Hitler » ; Gromyko de « Monsieur Veto » et les Soviets comme l’unique obstacle à la pacification du monde et au bonheur de l’humanité.

A côté de ces excès de langage, des études plus sereines ont paru sur l’évolution de l’armée soviétique à propos du nouveau code militaire. Ces règlements sont la copie fidèle du code prussien et l’armée rouge avec sa rude discipline, ses châtiments corporels, ses tribunaux sommaires, ses brillants uniformes, ses décorations à la Goering, apparait comme le type du militarisme classique le plus réactionnaire. On est loin des Soviets, des soldats de 1917 comme la garde de Napoléon, des sans-culottes de 93 ! Une semblable évolution perceptible aussi dans le domaine civil et économique provoque aux Etats-Unis autant d’inquiétude que d’aversion.

 

La Question Palestinienne

L’attentat de Jérusalem va mettre au premier rang des problèmes mondiaux la question palestinienne si accessoire en apparence.

L’origine du mal, c’est le fanatisme d’une petite minorité juive, mue par un instinct profond, déraisonnable qui l’attache à cette terre misérable et la pousse à la vouloir purifier de tout élément étranger.

Or, ces jours-ci, une délégation de chrétiens d’Orient s’est rendu auprès du Pape pour rappeler que, s’il y a une terre qui doit être à tous, c’est bien celle où naquit Jésus.

Se Sionisme, naguère encouragé par l’Angleterre pour des raisons politiques qui sont aujourd’hui renversées, va à l’encontre des sentiments bien légitimes qui inspirent la chrétienté. Les Anglais paient cruellement aujourd’hui cette faute de n’avoir pas laissé le tombeau du Christ à la disposition de tous les hommes.

La cause Juive est d’ailleurs en mauvaise posture, sans parler de la réprobation universelle que le terrorisme inspire.

Les Anglais ont plus que jamais besoin en face de la menace Russe, de l’amitié Arabe. Ils viennent de conclure avec l’Egypte des accords que la crainte du bolchévisme dans ce pays a grandement facilités. Ils raflent en ce moment, pour les chefs arabes inquiets, pour leur luxe et leurs privilèges.

Les Russes de leur côté ont été devant la cause Juive très réservés. La Russie, puissance musulmane, ne risquerait pas de mécontenter les Arabes dont elle flatte les éléments populaires en Turquie, en Perse, en Afghanistan, contre l’impérialisme anglais.

Depuis l’expulsion de Trotski et surtout depuis son assassinat par les agents soviétiques, les milieux juifs révolutionnaires de leur côté ont cessé de sympathiser avec les Soviets. Ils voient sur le débris d’un idéal se constituer une autocratie militariste et nationaliste contraire à leurs tendances. C’est parce qu’ils se sentent abandonnés que les Sionistes sont passés au terrorisme. Cette lutte diversement jugée par les Juifs à travers le monde n’en a pas moins soulevé un sentiment antibritannique dont les Anglais souffrent dans leurs intérêts et qui a failli faire manquer le vote du prêt américain à l’Angleterre ces jours derniers.

Les Juifs des Etats-Unis, nombreux et influents, ont fait de la question palestinienne une affaire d’honneur racial, et Truman doit en tenir compte.

La question, on le voit, par des liens ténus, touche à beaucoup de passions et d’intérêts. C’est un foyer d’incendie dont le monde se serait passé.

 

Le Déclin du Travaillisme

La paralysie économique et les restrictions alimentaires ont renversé le crédit du gouvernement travailliste avec une rapidité qui surprend. Une récente élection a vu tomber la majorité des candidats du parti de douze à deux mille voix. Le déclin des socialistes sur le continent européen n’est pas étranger à ce revirement. Une crise politique en Angleterre se dessine qui ajoute à ses embarras.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-07-13 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-07-13 – Le Chemin de la Paix.

 

Semaine très agitée à Paris. La patience des Anglo-Saxons paraissait épuisée, on parlait de rupture. Après avoir tenté par tous les moyens de retarder la Conférence de la Paix, les Russes ont dû céder. Ce qui prouve que leur intention profonde n’est pas de rompre.

 

La Conférence des Vingt-et-une  Nations

Les traités de paix ébauchés par les quatre Grands vont être soumis au Conseil de tous les Alliés.

Les Russes redoutent cette assemblée où leurs satellites sont en minorité, où la majorité qui suit les Anglo-saxons risque d’imposer des règlements qui leur soient préjudiciables. Même la majorité des deux tiers nécessaire aux décisions ne couvre pas ce risque.

Si la Conférence s’en tient aux recommandations déjà élaborées par les quatre Grands, pas de difficultés. Mais si de nouveaux projets surgissaient … La Conférence promet d’être animée.

 

Quelques Critiques

Il se pourrait en effet que, parmi les Nations, des critiques s’élèvent contre les traités qu’on veut leur faire entériner.

Depuis la fin des hostilités, le monde assiste à une partie de poker, à des marchandages et des compromis, comme autrefois entre rois absolus. Aucun principe, aucun idéal, aucun souci de l’âme des peuples.

Certes le souvenir de 1918, les quatorze points du président Wilson ont laissé un pénible souvenir après avoir éveillé tant d’espérances. On sait ce qu’il advint du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, du statut des minorités.

Mais l’échec n’est-il pas venu de l’incapacité et du mauvais vouloir de ceux qui les avaient proclamés, à en assurer la réalisation ? Hitler, dit-on, est vaincu, mais n’a-t-on pas conservé ses méthodes : on transfère les populations contre leur gré, on découpe des frontières, on décide de la couleur politique des gouvernements sans se soucier des hommes.

Une paix qui n’aurait pas pour objet de promouvoir le progrès humain, de garantir aux citoyens de nouveaux droits, de leur imposer de nouveaux devoirs de solidarité, peut-elle être ratifiée par l’avenir ?

 

Bikini

La mentalité matérialiste qui préside aux tractations actuelles, où dominent malheureusement les deux puissances matérialistes de ce monde, l’une économique, l’autre politique, l’Américaine et la Russe, a trouvé son apothéose dans l’expérience-parade de Bikini. Cette mise en scène a été très sévèrement jugée. L’humanité s’est sentie offensée. On ne joue pas ainsi avec la vie humaine.

 

Le Problème Danubien

Mais revenons aux faits : Deux grosses questions, après Trieste, demeurent : l’Autriche et l’Allemagne.

Pour l’heure, le plus aigu est celui de la navigation sur le Danube : On sait que les Russes veulent conserver le monopole du trafic sur le fleuve à leurs satellites. Ils ont constitué des sociétés de navigation mixtes soviéto-hongroise, soviéto-roumaine, etc., pour exploiter ce monopole.

Les Anglo-Saxons ne l’entendent pas ainsi. Presque toute la flotte danubienne est aux mains des Américains, qui ne la rendront que si la navigation est libre. Présentement, en outre, celle-ci est coupée au Pont de Tulln en Basse-Autriche, et les Russes ne mettent aucun empressement à la rétablir.

Or, le Danube est la clef de l’Autriche. Si la navigation est un monopole des Etats riverains, l’Autriche fera partie du système soviétique. Déjà, en décrétant la saisie au profit de ses propres réparations de nombreux biens allemands sis en Autriche, les Russes se constituent dans le pays de véritables droits de propriété. Le Gouvernement autrichien a vivement protesté ; l’affaire est d’importance.

Quant à l’Allemagne, nous aurons l’occasion d’en reparler !

 

Trieste

Il est assez curieux que le règlement de Trieste, dont l’internationalisation était prévue pour dix ans, a été fixé comme définitif sur la demande des Russes eux-mêmes.

On peut se demander si les négociateurs franco-anglo-américains se sont bien rendu compte que le statut international de Trieste était, malgré l’apparence, le but des Soviétiques, et une excellente affaire pour eux. En effet, Tito peut disparaître, la Yougoslavie changer de régime, et chacun sait que le pays n’était pas très russophile jusqu’à la libération. En s’assurant un droit de regard permanent sur le nouveau territoire de Vénétie Julienne, les Soviets consolident à jamais une position.

 

Hypothèses

Pour terminer, nous est-il permis de faire écho à quelques bruits ? La politique intérieure française, qui paraît en sommeil, est suivie très activement par les Anglo-Saxons. Deux problèmes la dominent, et qui sont liés : la question financière et le dilemme du retour de De Gaulle ou le gouvernement des partis.

Les Américains, pour éviter la première éventualité, seraient sur le point de donner à la France de nouveaux moyens d’échapper à une catastrophe financière, d’accord en cela avec les partis, dont aucun, semble-t-il, ne souhaite qu’à la faveur d’une crise monétaire, un pouvoir nouveau se substitue à eux.

 

                                                                                      CRITON