Criton – 1946-08-17 – La Conférence de Paris

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-17 – La Conférence de Paris

 

La Conférence de Paris

 

Les Traditions survivent aux institutions. L’ouverture de la Conférence de la Paix par des discours plus ou moins ternes rappelle les flots oratoires de la S.D.N. : Débats de procédure interminables ; Exposés d’idées générales sans efficacité ; Le tout aggravé cette fois par l’absence de toutes personnalités dominantes.

On ne voit pas à quoi on pourrait aboutir, sinon à entériner à quelques détails près, les compromis instables proposés par les quatre Grands.

Le point central de la Conférence est le suivant : Sous couleur de réparations – on sait à quel point les Soviets y tiennent – échelonnées sur de nombreuses années, les pays vaincus incapables pour longtemps de fournir grand-chose se trouveront sous le contrôle permanent des vainqueurs. Pour peu que l’un d’eux s’emploie à leur enlever tout moyen de rétablissement, l’occupation directe ou le contrôle économique et politique pourra durer indéfiniment. Les petites puissances trouveront-elles des formules susceptibles de lever cette hypothèque et s’ouvrir la voie à la libération de l’Europe ? C’est là le véritable enjeu de la Conférence de Paris.

 

Les Déclarations de Perón

On se souvient des tentatives soviétiques pour profiter des dissentiments entre l’Argentine et les Etats-Unis, l’affaire a échoué.

En des termes d’une vigueur inattendue, Perón, le dictateur argentin, s’est rangé aux côtés des Américains :

« Nous savons, dit-il, que le danger d’une nouvelle conflagration existe. Une guerre trouverait l’Argentine rangée dans le camp des Etats-Unis. Dans cette éventualité, il faudra établir une chaîne d’aérodromes tout le long du continent américain. L’Argentine en construit un aux environs de Buenos-Ayres … » Et il conclut : « Le communisme est un grand danger qui menace toutes les démocraties occidentales. Il cherche à s’infiltrer partout dans la structure sociale : l’antidote à ce fléau en Argentine est notre programme de réformes en faveur des classes laborieuses ».

Ainsi se forme l’unité pan-américaine. On voit de même que malgré les apparences et les déclarations publiques, Franco en Espagne conserve l’appui tolérant des Anglo-Saxons, et Salazar au Portugal se maintient aussi. Les camps se consolident.

 

Les Incidents en Perse

La lutte très complexe en Perse se poursuit entre Russes et Anglais.

Les Soviets ont réussi à créer un état de crise politique à Téhéran et fomenté des grèves sérieuses dans les puits de pétrole de l’ « Anglo-Iranian ».

Les Anglais ont envoyé des forces militaires et navales à Bassorah, prêtes à intervenir si le conflit s’aggravait.

Ce sont en effet les lignes de communication avec l’Inde qui sont en jeu, et le ravitaillement de l’Inde en carburant.

La guerre du pétrole continue.

 

L’Affaire Palestinienne

Les Anglais avaient préparé un plan fort habile de Fédération Palestinienne où Juifs et Arabes vivraient en leurs provinces autonomes et où l’Angleterre, conservant son mandat et la direction de l’Etat Central, aurait pu maintenir ses forces militaires et navales et ses installations rendues plus que jamais nécessaires à la suite de l’évacuation de l’Egypte par les forces britanniques.

Les Anglais pensaient que les Etats-Unis approuveraient le projet et y donneraient leur appui moral et leur contribution financière.

Pour diverses raisons,  l’approche des élections au Congrès ayant la plus large part, le président Truman s’est récusé ; le partage des responsabilités en Palestine entre les deux pays anglo-saxons que l’Angleterre avait cherché avec patience parait improbable, et les Anglais qui ne se sentent pas assez d’autorité pour résoudre le problème à eux seuls, sont perplexes.

 

L’Alliance Franco-Anglaise

Faisant écho au discours de Bar-le-Duc du général de Gaulle, le général Davet fait dans le Journal de Genève des observations judicieuses sur le plan militaire aux projets d’alliance franco-anglaise :

« La guerre future, dit-il en substance, est celle des grands espaces : l’Europe occidentale même en y comprenant l’Allemagne restaurée, n’est plus à l’échelle du conflit possible. Le groupement franco-anglais serait impuissant à faire contrepoids aux deux puissances qui disposent d’espaces immenses et d’une dispersion industrielle susceptible de résister aux coups de l’adversaire. La France et l’Angleterre occupent la pointe du continent, cible étroite et vulnérable qui disparaitrait au premier choc. Et leur dispersion industrielle dans leurs Empires n’est qu’à peine ébauchée ».

Au point de vue politique de même, l’idée d’une France médiatrice entre les deux blocs a suscité beaucoup d’objections parmi les commentateurs internationaux. Les intérêts en jeu sont d’une importance qui n’est pas à la mesure de notre action. De plus, l’existence à l’intérieur d’une situation politique où les éléments contraires s’équilibrent ne peut aboutir qu’à un état de neutralité ou d’impuissance, ce qui est le but visé précisément, comme nous l’avons vu, par l’un des adversaires.

Ces commentaires sont fort utiles : ils montrent qu’en dépit d’excellentes intentions, la politique extérieure française n’est pas fixée et qu’il sera très difficile qu’elle le devienne. Et nous pensons, pour notre part, que dans l’état présent, cela vaut peut-être mieux.

 

                                                                                                CRITON