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Le Courrier d’Aix – 1946-08-24 – Le Chemin de la Paix.
La Psychologie des Adversaires
La tension internationale s’est encore accentuée. La Conférence de Paris, paralysée par l’obstruction russe, se traîne lamentablement au milieu de débats de procédure. Aucune proposition constructive n’a pu être adoptée. Chaque séance ou presque, voit surgir un duel oratoire entre Byrnes et Molotof où les accusations directes se croisent. C’est la première fois que, toute courtoisie diplomatique disparue, les délégués s’envoient de la tribune des vérités désobligeantes.
Ces nouvelles mœurs ne sont pas à l’honneur de la civilisation.
Nouveaux Pourparlers
Il n’est pas exclu cependant que d’autres tentatives de conciliation ne se produisent.
L’arrivée à Paris des sénateurs américains Vanderbergh et Connolly, représentants des partis politiques et de l’opinion américaine au Congrès, assurant la liaison entre la diplomatie officielle et la nation, certaines rumeurs d’entretiens secrets, beaucoup d’indices font prévoir que l’impossible sera tenté pour éviter une rupture fatale.
L’enjeu est trop grave pour qu’un certain optimisme ne conserve pas ses droits.
La Mentalité des Adversaires
Peu à peu, la lutte qui primitivement opposait les Russes aux Anglais est devenue surtout russo-américaine.
Depuis le défi lancé par Byrnes aux Soviets de publier ses discours, la presse et la radio russes s’acharnent sur l’impérialisme américain. Les uns et les autres s’accusent d’asservir les peuples qu’ils contrôlent ou occupent, d’armer les Allemands contre l’autre parti.
Les incidents sont partout, si fréquents et nombreux qu’on ne saurait les rappeler : un avion américain qu’on mitraille, un diplomate arrêté, une patrouille attaquée à Trieste, etc.
Les dirigeants soviétiques paraissent nourrir le même préjugé qui poussa Hitler : les pays démocratiques sont trop divisés, trop attachés à leurs affaires, à leurs intérêts immédiats pour prendre jamais l’initiative d’une guerre. Lorsque les provocations et les empiétements les auront mis à bout de patience, il suffira d’un recul opportun et momentané, pour les apaiser.
Raisonnement dangereux et sans doute erroné.
D’abord l’état d’esprit américain est fort différent de ce qu’il fut en 36-39. Instruits par l’expérience, les Etats-Unis ne croient pas aux compromis. Le temps ne travaille pas pour eux ; la prolongation d’une psychose de dépression et d’anxiété ruinerait leur prestige et minerait leur prospérité. Les dirigeants ouvriers en outre, craignent le jour où la capacité de production russe, en brisant les marchés par une exportation massive, abaisserait leur niveau de vie à la suite d’une crise économique. Ils savent que les Russes trouvent dans la « guerre des nerfs » le bon moyen d’empêcher le retour de la prospérité.
D’un autre côté, à l’intérieur de la Russie, le nationalisme s’exaspère. Staline pourra-t-il toujours le freiner ? On dit que des discussions violentes l’ont opposé à Jdanov, leader des activistes, qui voulait poursuivre l’occupation de la Perse. La disgrâce de Joukov serait un autre aspect des mêmes divergences. L’histoire de la Russie abonde en décisions téméraires suivies invariablement de tapes retentissantes qui ramenaient l’ours pour quelques lustres dans son antre.
Les Américains sont parfaitement résolus à l’emporter ; après avoir épuisé toutes les chances de conciliation, ils n’hésiteront pas à l’heure prévue à frapper un coup décisif. Ce serait dans la logique des faits qui depuis des années ne se dément guère.
Les Evénements
Les Russes ont marqué des points en Perse où le gouvernement semble de leur côté. Ils ont soutenu l’incroyable prétention de la Bulgarie, pays vaincu, à acquérir aux dépens de la Grèce, pays allié et victorieux, un port sur la mer Egée qui servirait aux Russes d’accès en Méditerranée encerclant ainsi la Turquie et les Détroits. Ils fortifient avec ardeur les ports de l’Albanie autour de Durazno. Enfin, ils recrutent jusqu’en zone britannique des officiers allemands pour renforcer les cadres techniques de l’armée rouge.
De leur côté, les Américains ont envoyé en Méditerranée orientale, une flotte puissante qui a fait à Lisbonne une escale significative. Ils assurent le commandement des escadres alliées dans tout le bassin. Les Anglais, par contre, passent la main. Dans un récent discours M. Churchill a exposé devant ses compatriotes l’idée que nous avions rapportée ici au sujet de la guerre des grands espaces : « La Manche n’est plus désormais le rempart de la liberté des peuples ».
CRITON