Criton – 1947-02-15 – Regards sur le Rhin

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Le Courrier d’Aix – 1947-02-15 – La Vie Internationale.

 

Regards sur le Rhin

 

« Rien à signaler » pourrait être le titre du communiqué hebdomadaire. Les ministres réfléchissent : le général Marshall se met en civil et s’informe. On s’est mis d’accord sur l’évacuation de l’Autriche ; le problème allemand mûrit.

 

La Crise Anglaise

La paralysie de l’industrie anglaise, faute de charbon, met en chômage des millions de travailleurs ; le confort anglais n’est plus qu’un souvenir. L’hiver en est la cause. Mais les Anglais n’accusent pas volontiers la fatalité et l’on a vu des froids plus rudes. Peu de ministres ont été aussi accablés que M. Shinwelle, préposé aux carburants ; le cabinet travailliste désemparé par la catastrophe, ne peut qu’attendre le retour du printemps. Cette crise économique et politique laissera des traces : la lune de miel des électeurs avec le parti au pouvoir est révolue. Le fameux plan d’exportations dont la réalisation était soulignée jour par jour paraît en sérieux danger. Comme aux Etats-Unis, le chômage est en Angleterre le spectre effrayant. Le travailliste en garantissait la fin, et brusquement la vague déferle. Comme par ailleurs les restrictions sont plutôt accrues que diminuées, l’homme de la rue pense tristement à son bulletin de vote.

La cause de son malheur est pourtant simple : le mineur anglais, largement payé, n’a plus besoin d’argent après deux jours de travail, car il ne peut acheter ni alcool, ni nourriture supplémentaire. Alors il se repose et comme le syndicat refuse la main-d’œuvre étrangère, et ne saurait l’obliger au travail ……

 

Points de Vue sur la Ruhr

Le plan anglais sur la Ruhr a paru dans ses grandes lignes : il diffère profondément du plan français. La France veut enlever, pour garantir sa sécurité, la propriété et la direction des industries et des mines aux Allemands, ne leur laissant que les profits pour leur permettre des échanges. L’Angleterre leur laisse tout, sous réserve d’un contrôle international dont on ne nous dit pas comment il fonctionnera. Il faut, dit Londres, assurer d’abord le rendement de cette industrie d’importance mondiale, et seuls les Allemands peuvent la bien gérer. L’arrière-pensée des Anglais est de lier l’organisation de la Ruhr à l’ensemble de l’industrie allemande, c’est-à-dire qu’un même système de contrôle, un même pourcentage de production serait affecté aux industries contrôlées par les Russes qu’à celles qu’ils contrôlent eux-mêmes. En échange d’un droit de regard sur la Ruhr, ils en obtiendraient un sur les autres bassins. Toute l’industrie allemande contribuerait à alimenter les Allemands, et les usines ne seraient plus démantelées pour passer en Russie. Un même statut politique régnerait aussi ; si les industries de la Ruhr restent à leurs propriétaires, celles de Saxe le resteraient aussi et le régime social pourrait n’être pas collectiviste.

Ce point de vue est aussi celui des Hollandais pour lesquels la renaissance de l’économie allemande est un point vital.

 

Et Cependant ….

Les affaires une fois de plus prennent le pas sur la sécurité. Pendant ce temps l’ami Schumacher, déchaîné, s’écrie : « Les Alliés s’imaginent pouvoir démolir le potentiel de guerre allemand en leur enlevant leurs machines, en ruinant leur industrie, mais notre potentiel de guerre est intact. Il est fait de 70 millions d’Allemands et leur volonté de travail que personne ne peut leur enlever. Quant aux amputations de territoire, tant à l’Ouest qu’à l’Est, l’Allemagne ne les reconnaîtra jamais. Le Reich ne s’incline ni devant les puissances de l’Ouest, ni celles de l’Est. Nous sommes un peuple qui ne tolère l’influence de personne. Les Alliés n’ont pas de programme. Une politique de paix ne peut être basée que sur l’égalité. Si les Alliés, en nous poussant à la misère, raniment notre esprit révolutionnaire, car les Allemands sont un peuple révolutionnaire, ils leur feront haïr la démocratie qui n’est qu’un mot et non une réalité ».

Il nous semble entendre Adolphe Hitler applaudir. Avis aux Anglais.

 

De Nouveau en Orient ?

Beaucoup de bruits nous annoncent de grands événements. L’Emir Abdullah préparerait son armée de Transjordanie à envahir la Syrie et le Liban pour faire la grande Syrie qui engloberait les trois pays de l’Irak, sous une même domination ; la sienne et derrière lui, l’Angleterre. L’Egypte ne songerait pas. L’Arabie Séoudite serait payée pour consentir, et le plan du général Spears enfin aboutirait. Ce qui expliquerait, dit-on, l’attitude plus raide des Anglais à l’égard des Juifs en Palestine, l’évacuation des femmes et enfants, l’ultimatum à l’agence juive, etc. …. Car une armée transjordanienne pourrait bien régler par le fer la question juive et les Arabes ne se feraient pas prier pour se joindre au mouvement. Il est peu probable que tout cela soit sérieux, car on ne nous le dirait pas à l’avance. L’Angleterre a trop de capitaux en pays juif pour les exposer à l’invasion, et la grande Syrie est faite de trop de races et d’intérêts divers.

Mais la menace pourrait rendre les Juifs plus traitables ….

 

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Criton – 1947-02-08 – Préliminaires

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Le Courrier d’Aix – 1947-02-08 – La Vie Internationale.

 

Préliminaires

 

Semaine creuse où tout est abordé par les discussions sur l’Allemagne. On perçoit cependant une certaine nervosité : le problème, à mesure qu’on l’étudie, paraît plus difficile à résoudre. Un rebondissement du conflit Russo-Anglo-Saxon semble inévitable, tant les points de vue s’opposent. L’optimisme qui régnait depuis fin novembre s’est quelque peu affaibli.

 

Les « Réserves » de Staline

Cette étrange discussion au sujet du traité d’alliance Anglo-Soviétique, entre Bevin et Staline est plus obscure que jamais. On ne sait pas encore sur quels points Staline désire élargir le traité ni s’il devra prévoir d’autres cas qu’une agression allemande. De toutes les hypothèses sur les motifs de l’action russe, on s’accorde à retenir celle que nous avions émise : si la France conclut avec l’Angleterre une alliance, celle-ci ne doit pas dépasser le cadre de l’alliance Anglo-Russe.

 

En Pologne

Les résultats des élections polonaises ont été tellement brillants pour le gouvernement, que cela a plutôt nui qu’aidé à son prestige ! On s’accordait à dire que des élections libres lui auraient donné le quart des voix. Il en a eu 80%. Tout comme la Yougoslavie, la Pologne sert à la Russie d’avant-poste. Depuis la fin de la guerre, les incidents n’ont jamais cessé entre ces deux pays et les Anglo-Américains. Le dernier en date est un succès pour le gouvernement polonais : après une année de lutte contre l’ambassadeur d’Angleterre Cavendish Bentinck, accusé de soutenir les terroristes polonais, de faire de l’espionnage et de fournir des armes et de l’argent aux guérillas, l’ambassadeur a fini par être rappelé. Il est peu probable qu’un autre le remplace.

 

Russie et Vatican

Les persécutions contre l’église catholique n’ont jamais cessé dans tous les pays soumis aux Russes. La lutte contre Rome est menée par tous les moyens par le bolchévisme dans le monde. Les communistes d’Indochine ont massacré les missionnaires du pays, ceux de Chine en ont fait autant. En Italie, en Angleterre même, la lutte est menée par la propagande antireligieuse avec toutes les calomnies d’usage contre le clergé. Ce n’est pas sans raison que Moscou voit en Rome un ennemi d’importance : l’unité des chrétiens, si elle paraît irréalisable sur le plan confessionnel, est en train de se faire sur le plan spirituel. Le désir du Pape Pie XII est même d’entraîner dans le même effort contre la contagion du matérialisme tous les croyants de la terre quelle que soit leur religion en un puissant bloc spiritualiste. Cette action qui s’étend aux pays arabes et à l’Inde et jusqu’au Japon a l’appui naturel des pays anglo-saxons qui y voient un moyen de défense contre la maladie qui les ronge.

 

Les Inquiétudes Américaines

L’opinion américaine en effet reste mal assurée. D’une part, les manœuvres militaires de l’Alaska ont montré que la défense des Etats-Unis contre une invasion venue du pôle est très difficile à prévenir. D’autre part, une campagne est organisée par des journaux et des hommes politiques pour demander une épuration de la haute administration où de nombreux éléments communisants se seraient infiltrés. Le péril rouge sert de thème à beaucoup de discours. La menace soviétique et l’impérialisme russe tout comme le travail intérieur et souterrain. On paraît revenu au climat de l’été passé.

 

L’Allemagne

Dans le chaos des opinions, rendons hommage à la diplomatie française d’avoir apporté pour résoudre la question allemande, un plan que l’opinion unanime qualifie d’excellent. Equitable, modéré, pratique sur  tout, la sagesse voudrait qu’on l’adoptât sans critique. Il n’en sera rien. Cependant le plan a fait dans le monde une grande impression et il sera impossible de n’en pas tenir compte. Il n’est pas exclu que les Anglo-Saxons finissent par s’y rallier sur de nombreux points. Il a contre lui les Russes et les Allemands ce qui est de bon augure. Le centre du débat est sans nul doute la question des Etats : les Allemands sentent bien que s’il n’y a pas de Reich, ç’en est fait de la puissance germanique. Il est rassurant de constater que celui qu’on appelle déjà le Hitler socialiste, le Dr Schumacher nous donne un échantillon de la bonne foi allemande. Il écrit :

« Les éléments de progrès et d’esprit international en Allemagne savent que la nation doit être unie économiquement et politiquement. Seule une Allemagne unifiée trace la voie à une Europe unie. L’idée de couper en deux l’Allemagne par un mur de Chine ou d’en faire un assemblage d’Etats marquerait la naissance d’un nouveau nationalisme ».

En disant le contraire, on ne serait pas loin de la vérité.

 

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Criton – 1947-02-01 – Escarmouches avant Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1947-02-01 – La Vie Internationale.

 

Escarmouches Avant Moscou

 

La scène diplomatique s’anime à mesure que le morceau de résistance, le traité avec l’Allemagne, s’approche de la table des délibérations.

 

L’Incident Pravda-Bevin

« L’Angleterre ne se lie à personne, avait dit Bevin, si ce n’est en vertu de ses obligations selon la charte des Nations Unies ». Cette phrase visait les « rebelles » du parti travailliste qui l’accusaient de lier la politique anglaise aux directives américaines : les Russes ont feint de s’y tromper et ont accusé Bevin de renier l’alliance Anglo-Soviétique, car – on pourrait l’oublier – il existe un traité anglo-soviétique d’alliance conclu pour vingt ans et qui vise à une défense commune contre un retour offensif de l’Allemagne, ce qui, dans ce laps de temps, paraît d’ailleurs bien théorique. La « Pravda » fit un article acerbe sur ce thème ; le Foreign Office répliqua. La Pravda revint à la charge, en définitive Bevin s’adressa à Staline pour le rassurer et Staline se déclara satisfait.

L’incident est curieux, car il révèle à la fois les deux traits majeurs de la diplomatie soviétique, une méfiance toujours en éveil et des préoccupations tactiques très complexes. On a compris depuis l’affaire que la Russie entendait rappeler à l’Angleterre à la veille de conclure une alliance avec la France, que la Russie voulait qu’elle se limitât aux objectifs que le traité Anglo-Russe visait ou, si elle était plus étendue, que le traité Anglo-Russe fut élargi dans le même sens.

 

L’Alliance Franco-Anglaise

On la donnait pour arrêtée ; on en publiait presque le texte définitif après le retour de Blum. Puis la constitution du ministère français a lieu, et les Anglais qui voyaient Blum aux Affaires Etrangères, y trouvent Bidault. L’Alliance du même coup paraît moins certaine et les déclarations d’Attlee, si optimistes qu’elles soient sur le succès du traité, montrent qu’on discutera encore avant de signer. Ce n’est un mystère pour personne que MM. Blum et Bidault n’ont pas tout à fait les mêmes vues.

Le premier dit : « Signons d’abord et c’est ce que les anglais désirent. Mettons-nous d’accord en premier sur le problème allemand et sur les questions du Moyen-Orient, et l’alliance consacrera notre entente, dit l’autre, et derrière, il y a les Russes et leurs représentants au Parlement. Aboutira-t-on ?

 

Le Projet Français sur l’Allemagne

Le nouveau ministre a immédiatement publié, pour mettre au point les demandes de la France, un long mémorandum sur la question allemande, fort judicieux et qui ne paraît pas soulever jusqu’ici de graves objections du côté anglais, car la France n’insiste plus sur la séparation politique de la Ruhr et de la Rhénanie d’avec le reste du pays, ce que ni Russes, ni Anglais, ni Américains ne pouvaient accepter. Par contre, il insiste sur le caractère fédéraliste que devrait avoir la constitution de la nouvelle Allemagne : fédéralisme beaucoup plus décentralisé que les projets anglais et américains ne l’entendent : le pouvoir central en effet, selon les vues françaises, ne serait pas exercé par un parlement élu par tous les Allemands, mais par une chambre composée de délégués des Etats comme dans l’Allemagne d’avant Bismarck. Ce projet heurte les intentions russes qui veulent imposer à l’Allemagne un parlement central tout puissant comme en Pologne, … ou en France.

 

Nouvelle Politique Russe

Les Russes d’ailleurs après les échecs électoraux de leur parti unifié, le S.E.D. ont retourné leur position. Après avoir cherché à absorber le parti social-démocrate dans une fusion avec les communistes, ils rendent aujourd’hui les honneurs au parti socialiste indépendant qu’ils avaient combattu, pour le soustraire à l’influence anglo-saxonne. Les deux partis coexisteront  à nouveau en zone russe. Ils sont en effet l’un comme l’autre, comme nous l’avons dit, favorable à une centralisation complète de l’Allemagne et à une chambre unique, ce que les Russes désirent avant tout. Car une Allemagne fédérale faciliterait la formation du bloc occidental en rendant les états de l’Ouest allemand imperméables à l’influence communiste qui s’y trouve très faible, nouvel aspect de cette course à la faveur des Allemands qui se déroule depuis la fin de la guerre. Il est difficile de savoir ce qu’ils en pensent et si leur misère présente leur laisse quelque pensée. Ils servent les Anglais en zone anglaise, les Américains en zone américaine, imitant leurs maîtres du jour. Le côté servile de leur nature apparaît à la faveur du désespoir mais les lendemains demeurent secrets. Il faut prévoir et veiller.

 

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Criton – 1947-01-25 – L’Alliance Franco-Britannique

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Le Courrier d’Aix – 1947-01-25 – La Vie Internationale.

 

L’Alliance Franco-Britannique

 

L’orientation de la politique extérieure française vers une collaboration plus étroite avec l’Angleterre domine l’actualité. Au moment où le problème allemand va devoir être résolu, puisqu’il ne peut plus attendre, la conclusion d’une alliance Franco-Anglaise prend un sens décisif.

 

Sens de l’Accord

Dans le climat actuel des relations internationales, où les mots « alliés », démocratie, etc. ont des sens plutôt flottants, un accord comme celui d’aujourd’hui peut être rien ou tout : rien si, ainsi qu’on a pris soin de le dire, pour ménager certaines susceptibilités, l’alliance Franco-Britannique fait pendant à l’Alliance Franco-Soviétique. On sait que la Russie n’a jamais eu d’attitude commune avec la France et qu’en dehors d’un certain blé électoral, les relations sont plutôt relâchées. Si la nouvelle alliance est le second panneau d’un futur triptyque diplomatique, point n’est besoin d’en parler. Au contraire, cette alliance est interprétée par d’autres comme capitale : M. Blum, dit-on, a rencontré à Londres un gouvernement travailliste prêt à tous les sacrifices pour renflouer le parti socialiste français en perdition. Bevin et Attlee pensent en effet que leur position politique ne peut tenir à la longue devant l’opinion anglaise que si elle s’appuie sur une série de gouvernements socialistes dans les pays du futur bloc occidental, et des partis socialistes nettement anti-communistes. D’où le soutien apporté à Schumacher en Allemagne et à Blum en France, l’échec à Nenni en Italie, et la formation d’un parti socialiste italien dirigé par Saragat.

La rapide et surprenante conclusion d’une alliance Franco-Britannique ne pouvait que raviver le prestige des socialistes en France et les rétablir solidement au pouvoir. C’était en même temps marquer la victoire définitive des Anglais sur la  Croix de Lorraine, écarter l’homme qui leur rappelait Napoléon et fut le cauchemar de Churchill. C’était enfin engager la France pour la troisième fois dans le jeu britannique, rétablir la pierre angulaire du bloc occidental ; et préparer la phase prochaine qui serait le rétablissement de la collaboration Franco-Allemande intégrant les deux pays côte à côte dans une fédération européenne qui ferait contrepoids au bloc slave. La politique traditionnelle de l’équilibre européen serait enfin rétablie, et Londres obtiendrait tout cela avec du charbon pris aux Allemands et des crédits empruntés aux Américains. Ainsi serait en un tournemain réalisé ce double succès : assurer la participation de la France à la 3ème guerre mondiale aux côtés de l’Angleterre, et rétablir la IIIème République avec son personnel familier en place de la défunte IVème. Voilà la réaction de certains en face de l’événement.

 

Sa Signification Probable

Il semble bien que la vérité doit se trouver dans un juste milieu. L’alliance  d’hier n’est pas vide de sens mais elle est beaucoup plus affaire d’opportunité que de portée lointaine elle vise surtout à assurer en France un gouvernement traitable et à écarter ceux qui voulaient une politique française purement nationale. Elle n’empêchera pas, une fois le gouvernement en place, de prendre contre lui des assurances : car les difficultés Franco-Anglaises sur les problèmes allemands et orientaux ne pourront être aplanies aussi vite. Conclure un traité est une chose, s’entendre en est une autre.

Pour notre part, nous voyons s’accomplir un événement qui dès 1944 nous paraissait inévitable. Pour faire comme on le voulait une politique française, il fallait sur le plan économique et financier maintenir une France forte. C’était possible grâce à la situation plutôt favorable, contrairement à l’opinion courante, où étions après le départ des Allemands.

Mais une série de lourdes fautes précipita l’inflation, ruina la confiance nécessaire à l’intérieur, en sorte que tout gouvernement se voyait contraint de solliciter des secours à l’étranger pour éviter une catastrophe sans cesse remise en question et toujours ajournée. Il n’y a pas de politique nationale sans finances saines, c’est pourquoi les Anglais, travaillistes ou conservateurs, ont sacrifié leur bien-être au rétablissement de leur crédit. Il nous aurait été plus facile encore qu’à eux d’obtenir le même résultat. Aujourd’hui, il est trop tard.

 

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Criton – 1947-01-18 – Sondages

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Le Courrier d’Aix – 1947-01-18 – La Vie Internationale.

 

Sondages

 

La politique intérieure prime l’extérieure. Partout ce sont choix ou élections pour la désignation des responsables de la paix de demain. Pendant ce temps, les experts préparent la Conférence de Moscou. On fourbit les armes.

 

La Question Autrichienne

L’allusion du président Truman, dans son message au Congrès, à la libération de l’Autriche, les articles du « Times », montrent l’importance que les Anglo-Saxons attachent à la question. Ce petit pays, clef du Danube, ne peut demeurer un poste avancé soviétique. Il n’en peut davantage rester occupé dans l’état actuel d’épuisement de son économie. Les appels répétés du gouvernement autrichien ont un accent de désespoir. Plus de trains, plus de lumière, plus de travail et peu de pain. On peut s’attendre à une pression très vive des Américains sur Moscou.

 

Le Spitzberg

Sachant qu’il faudra céder sur ce point, les Russes cherchent une compensation ; l’attention des trois Grands se porte sur les terres polaires. Les Etats-Unis s’arrangent pour conserver des bases en Islande et au Groenland ; des manœuvres d’hiver de l’armée américaine se déroulent dans l’Alaska ; les Russes prennent ombrage de ces tentatives, ont émis des revendications sur le Spitzberg ; le gouvernement norvégien, avant de répondre, consulte Londres. Le statut de l’île étant régi par un acte international, il y a peu de chances pour que les Russes puissent installer des bases militaires.

 

L’Italie

Le grand événement est la scission du parti socialiste italien. La fraction de droite dirigée par Saragat et Matteotti se constitue en parti indépendant, type labour ou S.F.I.O., tandis que Nenni demeure à la tête d’un parti d’unité prolétarienne, favorable à la collaboration avec les communistes. Sa faiblesse numérique semble le vouer à une absorption rapide par le parti frère. L’événement qui a soulevé un grand tumulte n’est pas sans rapport avec l’échec de Nenni à Londres où sans doute, on mettait comme condition à tout appui anglais une prise de position nette contre le communisme. En même temps, la mission de Gasperi à Washington, dont le succès paraît assuré, a soulevé en Italie, tant à droite qu’à gauche, des critiques véhémentes. A gauche, on accuse le premier ministre de n’avoir rien obtenu de précis, à droite d’avoir sacrifié les intérêts de l’Italie aux exigences économiques des Américains, et d’avoir, en échange d’avantages contestables, promis la signature de l’Italie au traité de paix qui consacre sa déchéance. Malgré ces attaques Gasperi se défend d’avoir rien abandonné des droits de l’Italie à une révision future des conditions qu’on lui impose. Aucun accord n’est intervenu.

 

Les Elections Polonaises

Malgré les incarcérations de candidats d’opposition et la suppression de nombreuses listes, le parti paysan ne boycottera pas les élections. Les Anglo-Saxons multiplient néanmoins les notes au gouvernement polonais pour protester contre les élections irrégulières qui auront lieu le 19 janvier. Le gouvernement actuel, sous pression policière et intimidation terroriste, n’aurait d’après les observateurs, qu’un nombre infime de voix. Londres se serait adressé directement à Moscou pour obtenir des élections non truquées : au moment où le sort des frontières orientales de l’Allemagne va être discuté, un gouvernement national aurait plus d’autorité qu’un simple instrument aux ordres des Russes. Sur cette question de frontières, les Américains ont fait savoir que la Poméranie et le Brandebourg, régions agricoles dont l’Allemagne a besoin pour se nourrir, devaient faire retour au Reich, l’opposition Russe à ce plan ne serait plus maintenue.

 

En Allemagne

Le parti S.E.D. d’unité ouvrière, dirigé par les communistes et appuyé par les Russes, mène une vive campagne en faveur d’une Allemagne centralisée avec un parlement unique. L’accent nationaliste de cette propagande trouve un accueil favorable dans les masses et les sociaux-démocrates de Schumacher appuient dans le même sens. Les partis modérés sont assez embarrassés pour soutenir le point de vue contraire : une Allemagne fédérale avec des états autonome, selon le vœu américain. Il semble de plus en plus que cette question, et en général sur tout ce qui concerne le Reich, les Etats-Unis feront prévaloir leurs desseins.

 

Le Voyage de M. Blum

Le subit départ pour Londres du Président français a des causes multiples tant extérieures qu’intérieures. En principe, il s’agit pour la France d’obtenir du charbon, mais chacun sait que l’Angleterre en manque autant, sinon plus que nous, et que ses industries sont partiellement paralysées. Il s’agit donc du charbon allemand, de la question de la Sarre et de la Ruhr et plus encore des pétroles du Moyen-Orient. Il s’agirait même d’un projet d’union douanière franco-anglaise, prélude aux Etats-Unis d’Europe Occidentale, mais cela est une autre histoire ….

 

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Criton – 1947-01-11 – Préparatifs

 

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Le Courrier d’Aix – 1947-01-11 – La Vie Internationale.

 

Préparatifs

 

En 1946, on négociait pour sonder les intentions de l’adversaire comme à la veille d’une guerre ; maintenant que le danger est écarté, les Anglo-Saxons, tantôt unis et tantôt rivaux, cherchent à mettre dans le monde, un ordre à leur convenance laissant aux Russes une vaste sphère d’influence qu’ils espèrent réduire petit à petit.

 

La Démission de Byrnes

Malgré les appuis dont il bénéficiait, Byrnes ne s’est pas remis des attaques de Wallace et de la rancune de Truman contre lui à l’occasion de cette affaire. Le choix du général Marshall qui fut le conseiller de Tchang-Kaï-Chek en Chine signifie précisément, qu’aux yeux des républicains, Byrnes s’occupait trop du panier de crabes Européen et pas assez des pays intéressants au point de vue commercial comme le Moyen et l’Extrême-Orient. On suppose aussi que Truman est heureux de pousser les militaires dans les jambes de ses adversaires républicains et que Marshall pourrait remplacer Eisenhower, qui s’y refuse, comme candidat à la présidence de la République.

 

L’Italie

Une amusante rivalité politique a conduit M. de Gasperi, démocrate-chrétien, à Washington, tandis que Nenni, socialiste, visite Londres. C’est à qui rapportera la plus belle moisson. De Gasperi jusqu’ici paraît l’emporter. Il reviendra avec du blé et des pommes de terre et même de l’argent. Les Américains s’intéressent à l’Italie pour surveiller Trieste, les voies d’accès aux pétroles de l’Orient et en cas de conflit comme base militaire pour l’Europe Centrale.

 

Les Bases Militaires

Cette question revient sur le tapis. Les Etats-Unis n’ont pas abandonné le projet d’établissement des points d’appui stratégiques à travers le monde. Un exposé récent des demandes en ce sens comportait nommément Nouméa et moins clairement un point de l’Afrique Occidentale qui ne saurait être que Dakar.

 

La Course au Pôle Sud

Comme divertissement de fin d’année, le pôle Sud fait parler de lui. Une gigantesque expédition américaine est en route. Tous les riverains alertés ont hâtivement dressé des équipages : l’Argentine, la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Afrique du Sud se préparent à défendre leurs droits. En France même, on se préoccupe de l’affaire ! Les Américains qui vont prospecter les richesses minières du continent austral veulent comme ailleurs, que le pays soit porte ouverte et non partagé à la manière d’un empire colonial entre les pays qui le convoitent. Il appartiendra au mieux outillé, et au plus riche. Byrd a assuré que son entreprise serait conduite de façon à ne laisser pénétrer dans l’esprit des phoques et des pingouins, le moindre soupçon d’impérialisme.

 

La Palestine

Le problème Palestinien a occupé cette semaine le premier plan ; les Anglais perdent patience, exaspéré par le terrorisme. Avant d’employer à fond la force militaire, ils ont convoqué à Londres les leaders juifs hostiles aux agitateurs. Un projet de règlement est prêt à moins que, comme celui de l’Inde, de l’Egypte et de bien des accords en Orient, il ne se dérobe à la dernière minute. En gros, il s’agit d’obliger tous les juifs responsables à lutter contre le terrorisme qu’ils réprouvent en parole, remettre le mandat anglais sur la Palestine à l’O.N.U. après pacification complète, créer ensuite un état juif sous une protection internationale. Il s’agit surtout d’associer les Etats-Unis à la solution du problème et au maintien de l’ordre établi. Les Américains nous l’avons vu, ne veulent pas s’engager directement en Moyen-Orient. Ils y sont représentés par leurs ambassadeurs, leurs navires de guerre, leurs hommes d’affaire en seigneurs fastueux et lointains comme il plait aux Arabes. Ils ne se soucient pas de se brouiller avec ceux-ci, encore moins de faire tuer des citoyens américains en Palestine ou qui créerait des complications politiques à l’intérieur. L’Angleterre risque fort de conserver le fardeau sur les bras.

 

L’Indo-Chine

On peut espérer de la nomination de Marshall aux affaires étrangères un appui plus sérieux à notre politique d’Extrême-Orient ? Car la lutte dont nous sommes victimes est un aspect du conflit international : qui l’emportera, du communiste Ho-Chi-Min désigné par Moscou pour faire un pendant à ses positions en Corée et en Mandchourie, surveiller la Birmanie et l’Inde, ou du nationaliste catholique Nguyen-Manh-ha qui a la faveur de Tchang-Kaï-Chek et de Mhalle ( ?) pour former un gouvernement vietnamien dont le pouvoir, l’amitié au Tonkin et à l’Annam s’exercerait en collaboration avec la France ? Des intrigues longues et compliquées sont à prévoir. Nous triompherons, si à Paris on ne capitule pas ….

 

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Criton – 1947-01-04 – Perspectives

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Le Courrier d’Aix – 1947-01-04 – La Vie Internationale.

 

Perspectives

 

Le repli russe terminé, on a fait le point, et la bonne humeur a fait place à de plus froides réflexions. La nouvelle étape vers la paix devrait commencer dans quelques semaines quand on abordera le problème allemand. Pour l’heure, les polémiques ont repris entre Russes et Anglo-Saxons et l’atmosphère redevient tendue.

 

Les Causes du Repli Russe

On a de plus amples détails sur les difficultés qui ont obligé Staline à céder. Nos lecteurs les connaissent. La situation alimentaire se fait de plus en plus préoccupante et le problème de la soudure à partir de mars-avril paraît insoluble. De vastes régions glissent vers la famine. La question du pétrole semble aussi difficile ; la production reste inférieure à celle d’avant-guerre, et il faudrait des machines américaines pour forer de nouveaux puits. Le charbon manque comme partout, faute d’outillage et de mineurs. De nombreux paysans ont dû être recrutés de force pour l’extraction.

 

L’Ukraine

Une puissante aspiration vers la liberté agite les peuples d’Europe Centrale. L’Ukraine, maintenant un grand pays, riche et prospère du temps des Tsars, supporte mal sa misère actuelle. On meurt de faim sur cette terre à blé. Les habitants n’ont jamais eu grande estime pour les moscovites qu’ils tenaient pour des rustres ; ils sont travaillés par des rêves d’ancienne grandeur et cette opposition donne aux dirigeants de Moscou pas mal de soucis comme un récent article de la « Pravda » en fait foi.

 

L’Accord Anglo-Américain des Pétroles

La liquidation de l’affaire d’Azerbaïdjan a été suivie immédiatement par la publication de l’accord anglo-américain sur les pétroles du Moyen-Orient. L’importance de cet accord, dont le détail est compliqué, c’est qu’Anglais et Américains, en liant leurs intérêts, s’engagent réciproquement dans une politique de défense solidaire aussi bien en Perse qu’en Palestine, en Irak et en Arabie Séoudite. Les bases nécessaires, les champs éventuels d’exploration, le tracé des pipelines, la position des raffineries seront désormais garantis par les Américains et placés sous leur contrôle : pareille communauté d’intérêts entre Anglais et Américains vaut plus qu’une alliance militaire. Elle en est la garantie. On voit que les rebelles « du parti travailliste » n’ont pas tout à fait tort quand ils accusent Bevin, malgré ses dénégations, de lier l’Angleterre aux Etats-Unis. Cela vient, au reste, après la décision des états-majors des deux pays de standardiser leurs modèles et d’échanger leurs secrets de technique militaire.

 

La Sarre

La décision française d’enfermer la Sarre dans un cordon douanier a soulevé des protestations générales : Allemandes, Russes et Anglo-Saxonnes. On nous a fait grief d’avoir transféré, sur la demande des patrons, une des usines « Bosch » de Rhénanie occupée par nous en territoire sarrois. Nous pensons qu’il s’agit là du côté anglais et américain d’une protestation de pure forme destinée à obtenir de nous quelques concessions dans l’organisation future de l’Allemagne. Il serait affligeant de penser que les Anglo-Saxons veulent s’opposer à des mesures aussi prévues que normales, alors qu’ils ont laissé les Russes démanteler des centaines d’usines et déporté des milliers de spécialistes tant en Allemagne qu’en Autriche sans faire un geste pour l’empêcher. Les Français ont un peu plus de droits aux réparations, nous semble-t-il, que les signataires du pacte de 1939.

 

Le Message Pontifical

Le Souverain Pontife a prononcé une allocution d’une profonde signification tant humaine que politique. Les graves avertissements ont un peu refroidi l’optimisme qui règne dans les chancelleries. Il doute en effet qu’une paix d’équilibre qui ne tient aucun compte du droit des peuples et des principes de la charte de l’Atlantique, un compromis laborieusement acquis par des marchandages, ne demeure précaire. Par ailleurs, le Vatican s’est énergiquement élevé contre la féroce propagande anti-religieuse qui sévit en ce moment en Italie, contre les persécutions incessantes des catholiques de Yougoslavie, contre ce qu’on appelle à Rome le « nazisme rouge » qui ensanglante et opprime le centre de l’Europe, contre ces odieuses déportations d’êtres humains que le monde présent tolère, sinistre héritage d’Hitler. Le Pape a pris également position contre le traité infligé à l’Italie qui est selon lui, non seulement une erreur morale mais une maladresse politique, et réclame qu’une porte soit laissée ouverte à des révisions futures.

 

Conclusion

En terminant, faisons nôtre ce vœu de Churchill qui fut toujours un ami de la France ou du moins ne prit parti contre elle qu’à contrecœur. Il  écrit :

« La France doit donner le signal de la liberté en Europe : d’abord parce que ceci exigera une plus grande conquête de soi-même pour le Français que pour tout autre grand peuple, et ensuite parce que la France ne peut recouvrer sa vraie gloire dans les monde par un autre moyen. »

Que ce soit notre vœu de bonne année.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1946-12-28 – Epilogues

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Le Courrier d’Aix – 1946-12-28 – La Vie Internationale.

 

Epilogues

 

La misère a sauvé la paix. L’année s’achève sur la plus grande détresse que l’Europe ait connue au-delà du Rhin. Mais l’an qui vient, voit naître une espérance précise : d’une part, la capacité de production agricole et industrielle, plus par la force des choses que par l’habileté des dirigeants, atténuera rapidement les souffrances présentes ; d’autre part, la faillite ou tout au moins l’échec des plans de reconstruction en Russie, a considérablement affaibli le prestige des méthodes totalitaires des soviétiques en Europe Centrale, et partant, réduit de beaucoup les dangers d’une troisième guerre mondiale. Il y a peu de risque à prédire que 1947 sera moins dramatique que ne le fut 1946.

 

L’Entente du Proche-Orient

Le coup de force du gouvernement Persan en Azerbaïdjan, suivi d’une répression sévère des éléments révolutionnaires, la passivité des Russes dans l’affaire, ont fort impressionné le Proche et le Moyen-Orient. Du même coup, les projets déjà anciens et toujours caressés d’un bloc des pays arabes et musulmans reprennent vigueur. Tout comme en Iran où Ghavan Sultaney, le premier ministre a profité du recul Russe pour malmener ses adversaires de gauche, les dirigeants turcs ont immédiatement mis fin à l’activité politique plus ou moins pro-communiste et, sous le même prétexte, de tous les gêneurs. Cette hâte n’est peut- être pas un très heureux signe pour l’avenir.

Quand la Turquie paraissait menacée par les visées russes sur les Dardanelles, les provinces caucasiennes et les pays kurdes, les petits états arabes, préféraient leur isolement et leur neutralité ; aujourd’hui rassurés, ils reprennent les négociations dirigées d’un côté par la Turquie, de l’autre par l’émir Abdullah de Trans-Jordanie. L’Irak avec pacha Nouui est d’accord. Il s’agit de vaincre les résistances de la Syrie et du Liban, la méfiance de l’Egypte, peut être aussi quelques intrigues menées d’Arabie Séoudite.

 

Le Sandjak d’Alexandrette

La difficulté majeure vient du Sandjak d’Alexandrette aux confins turco-syriens. Ce territoire était syrien quand la Syrie était mandat français. Quand les alliés eurent besoin des Turcs, quand l’Angleterre craignit en 1939 que la Turquie comme en 1914 ne liât partie avec l’Allemagne, elle offrit aux Turcs le Sandjak que nous cédâmes. Cette générosité s’avère aujourd’hui comme un mauvais calcul : car les Syriens maintenant « libérés » veulent récupérer leur territoire et les Turcs s’y refusent. En sorte que le bloc arabe qui est le but de la politique anglaise en Moyen-Orient, risque d’échouer sur cet écueil.

 

L’Affaire Grecque

La lutte sanglante aux frontières Nord de la Grèce s’atténue : les rebelles se rendent par petits groupes et les Russes à New-York ont dû accepter et faire accepter aux Yougoslaves et aux Bulgares qu’une commission d’enquête internationale fut envoyée sur place pour contrôler la situation. Il est probable que lorsqu’elle arrivera fin janvier, la paix sera rétablie et les insurgés introuvables. Le second épilogue d’un conflit majeur a été très vivement ressenti par les satellites de Moscou où l’agitation politique se développe. L’opposition renaît malgré la répression. Tito et Dimitrov en sont déçus.

 

Congrès Pan-Slave à Belgrade

Le Panslavisme est un vieux mythe des Tsars que les Soviets ont volontiers repris à leur compte. En fait, la famille slave a toujours abrité, plus de haines que d’amitiés et l’on ne sera jamais bien sûr que Serbes et Croates, Polonais et Tchèques fraterniseront sincèrement. Le Maréchal Tito espérait bien que ses visites à Varsovie, à Prague et à Sofia aboutiraient à une fédération de républiques slaves sur le modèle de l’U.R.S.S. Mais la défection tchèque paraît aujourd’hui certaine. Ce pays regarde vers Vienne et Budapest et non plus vers Moscou et Belgrade. Il compte sur l’appui Anglo-Saxon pour acquérir, grâce à sa solide structure économique, la direction d’un nouveau bloc danubien au cœur de l’Europe.

 

En Pologne

En Pologne aussi, l’opposition se manifeste, le gouvernement Bierut ne représente guère que l’autorité de l’occupant russe ou quelques noyaux politiques. Contre lui se dresse l’Eglise catholique et le parti paysan de Mikoleychik, celui-là de tendance très progressiste mais fortement nationaliste. Partisan de la réforme agraire, il déplore seulement que la propriété rurale ait été tellement morcelée qu’elle rend difficile une exploitation rationnelle. Il s’appuie, comme le parti hongrois des petits propriétaires, sur le moyen exploitant et le fermier qui dispose d’étendues suffisantes. L’Eglise, sous l’autorité du cardinal Hlond, jouit d’un grand prestige par son attitude nationale, sa résistance à l’Allemand, aux mouvements anti-religieux et aux tentatives de prosélytisme de l’Eglise orthodoxe récemment poussée par les Russes.

Les Anglo-Saxons de leur côté, s’opposent à des élections qui ne seraient pas libres : la question se concrétise ainsi : le parti paysan boycottera-t-il ou non les élections prochaines ? Dans l’affirmative, le gouvernement nouveau privé de l’appui anglo-saxon et dépendant d’un secours que les Russes ne sont pas en mesure de fournir, ne pourrait sortir le pays de sa détresse économique ; le temps travaille pour la liberté.

 

                                                                                                CRITON

 

Criton – 1946-12-21 – Changement de Tactique

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Le Courrier d’Aix – 1946-12-21 – La Vie Internationale.

 

Changement de tactique

 

Les événements de la semaine permettent de comprendre ce qui s’est passé à New-York lorsque la politique Russe s’est brusquement pliée aux désirs américains.

 

Le Dîner du 23 Novembre

Après des mois de discussions stériles Byrnes ayant conféré avec Bevin, a invité Molotof au fameux dîner ; la patience des anglo-saxons était à bout. Un ultimatum particulièrement énergique a dû être posé. Le lendemain, Molotof cédait sur toute la ligne.

 

Les Evénements de Perse

Cette évolution n’est pas aussi brusque qu’il semble ; nous avions noté, au moment où la pression russe s’exerçait le plus fortement sur le gouvernement de Téhéran, le calme des Britanniques ; au jour fixé, les troupes gouvernementales de l’Iran ont marché sur Tabriz, la capitale de l’Azerbaïdjan. Moscou prétend que quarante bombardiers américains les escortaient ; en quarante-huit heures, les révolutionnaires déposaient les armes, le gouvernement « populaire » autonomiste d’Azerbaïdjan s’éclipsait ; la foule acclamait les soldats du Shah ; Peschevari, le chef des rebelles fuyait vers Bakou ; les Russes n’avaient pas bougé. Le parti Tudeh, pro-russe, était dissous ou malmené dans l’ensemble du pays. Commentaires discrets de la presse et de la radio soviétique. A Londres comme à Washington, consigne du silence. Cet événement capital, d’un commun accord, passait presque inaperçu. Les conséquences, cependant sont énormes : perte de prestige de la Russie dans tout le Proche-Orient. La Turquie et les petits rois des pays arabes qui craignaient pour leurs privilèges relèvent la tête et se sentent rassurés ; la prépondérance américaine a fait sentir son poids.

 

L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie

Pendant les semaines et les mois qui vont suivre, un plan de réorganisation de l’Europe va être réalisé. Il est certain que les grandes lignes en sont arrêtées et Moscou a dû acquiescer. La France, de son côté, ne pèsera pas lourd et devra s’incliner. Un point capital acquis : la libération prochaine de l’Autriche et l’évacuation parallèle de l’Italie. La question allemande est encore obscure.

 

Une Nouvelle Autriche-Hongrie

La destruction de la double monarchie, fâcheuse erreur de 1918, serait, dit-on, bientôt réparée. Une fédération, une union économique tout au moins se constituerait comprenant l’Autriche, la Hongrie et la Tchécoslovaquie. Le président Benes qui avait trop misé sur Moscou est tombé malade. On envisage sa retraite définitive. Ce nouveau groupe d’Etats  serait un centre puissant d’attraction pour les voisins, Pologne au Nord, Yougoslavie au Sud. On ne sait encore si les exigences américaines iront jusqu’à repousser l’influence Russe hors de ces pays. Par ailleurs, un important secours va venir des Etats-Unis sauver les affamés de Roumanie, et le chef du gouvernement a prononcé de bonnes paroles à l’adresse des Anglo-Saxons. Les Américains vont récupérer leurs concessions pétrolifères. Le rideau de fer n’est plus. Même en Grèce, on enregistre une amélioration significative et l’Albanie a été mise au pas par les Anglais après les incidents du détroit de Corfou.

 

La Politique Anglaise en Allemagne et en Italie

On sait avec quelle ténacité l’Angleterre cherche à remettre sur pied une Allemagne favorable, tant au point de vue commercial qu’au point de vue politique : on a eu connaissance ces jours-ci d’un vaste plan britannique de réorganisation pour l’Allemagne et l’Italie, par lequel les Anglais qui luttent pour s’assurer des marchés d’exportation, prendraient en charge une partie de la reconstruction de ces pays qui se ferait avec des capitaux et des marchandises venus d’Angleterre ; les profits futurs de ces industries reconstituées alimenteraient un courant stable d’échanges entre les pays ex-ennemis et le Royaume-Uni. Cela explique les relations plutôt maussades entre la France et l’Angleterre, et certains changements de personnes au Quai d’Orsay. Les intérêts français seraient volontiers sacrifiés à ces plans profitables.

 

L’Interview Crossman

Faisant pendant aux interviews libéralement accordées à la presse anglo-saxonne par M. Thorez, le chef des « rebelles » du parti travailliste anglais a parlé au « Monde ». La politique de Bevin dans la pure tradition anglaise, y est vivement critiquée au nom des principes du socialisme qui ont un petit accent moscovite. C’est la première fois qu’on voit apparaître en Angleterre un plan politique basé sur des principes idéologiques susceptibles d’entrer en conflit avec les intérêts nationaux jalousement et égoïstement défendus jusqu’ici. Est-ce le premier symptôme d’un mal que nous connaissons bien ?

 

Le Discours Byrnes

Car il ne faudrait pas croire que la récente reculade de Moscou ouvre une ère nouvelle. M. Byrnes dans la péroraison de son discours à propos des pourparlers sur le désarmement nous en avertit : « La souveraineté d’un état peut être détruite non seulement par les armes, mais encore par la guerre des nerfs et une pénétration politique organisée. La paix du monde dépend plus de ce qui est dans nos cœurs que de ce qui est inscrit dans les traités ». Ainsi soit-il.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-12-14 – La Rencontre de Paris

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Le Courrier d’Aix – 1946-12-14 – La Vie Internationale.

 

La Rencontre de Paris

 

Les Russes ont accepté l’invitation de Bevin et Bidault pour établir en commun le plan à proposer aux Américains. Cette nouvelle qui a fait sensation, a été accueillie apparemment avec satisfaction. Certains auraient, en secret, préféré un refus, à Londres surtout. Mais les Russes ont senti le piège et après avoir violemment critiqué le plan Marshall, ils en ont reconnu l’intérêt, sous réserves toutefois…

 

Les Raisons de Moscou

Le coup d’État en Hongrie, la fuite du premier Nagy aux Etats-Unis avaient vivement ému l’opinion mondiale. Bevin suivi quelques jours après par Attlee avait manifesté leur indignation et dans un discours qui a fait sensation, le chef des rebelles travaillistes, Crossman avouait qu’il s’était trompé sur la bonne foi des Soviets et se ralliait à la ferme politique de Bevin. Aux Etats-Unis, comme bien on pense, les événements de Hongrie ont été exploités à fond. Isolée moralement, la Russie, en refusant de collaborer à la reconstruction de l’Europe avec l’aide américaine s’enfermait définitivement derrière le rideau de fer. Peut-être était-ce ce que l’on désirait au fond dans l’autre camp. C’était alors laisser le champ libre aux Anglais en Europe Occidentale et perdre tout contrôle sur l’ouest de l’Allemagne et l’arsenal de la Ruhr. Mais l’effet d’un tel refus aurait surtout été désastreux dans les pays conquis, Yougoslavie, Pologne, Roumanie et Bulgarie où l’opposition, malgré des persécutions farouches, reste forte, où la misère croit, où la population voit en rêve la pluie de dollars. C’eut été enfin perdre tout contrôle sur la Tchécoslovaquie qui ne pouvait pas refuser les secours américains.

 

La Conférence

Donc Molotov sera à Paris. Il est peu probable qu’il y fasse une obstruction systématique comme à Moscou. Bevin et Bidault pressés par le besoin sont décidés à aboutir. On sait à Washington que pour l’économie européenne, chaque jour compte, tant l’effondrement menace. Molotov n’aura aucune peine cependant à retarder la préparation du plan sans faire pour cela preuve de mauvaise volonté. Il présentera les besoins russes en chiffres exorbitants qui obligeront à des rabais ; l’essentiel serait d’effrayer le Congrès américain qui décide souverainement par des charges excessives et de retarder jusqu’en 1948 un vote sans lequel rien ne peut être entrepris.

 

L’Opposition aux Etats-Unis

Car il ne faut jamais perdre de vue que les propositions Marshall sont faites par un Gouvernement Démocrate dont les décisions dépendent du bon vouloir d’un Congrès Républicain. Déjà l’inévitable M. Hoover, soutenu par la fraction la plus obtuse du Parti républicain, alerte le contribuable américain qui en dernier ressort doit payer les secours à l’Europe. Ils voient la situation en comptable. On va avancer de l’argent à fonds perdu à des gens qui ne remboursent jamais. M. Hoover en sait quelque chose qui fit prêter à l’Allemagne par les hommes d’affaires de son Parti, quelques milliards de dollars qu’ils perdirent en 1931. Il faudra donc présenter les besoins européens avec tact, non en dollars ce qui effraye mais en machines et en blé, ce qui plaît aux producteurs d’outre-Atlantique. En définitive, nous pensons que les Russes s’arrangeront pour montrer l’insuffisance des crédits américains et laisser les pays satellites sur l’impression que ces secours sont stériles. Les espoirs des peuples seraient déçus, c’est là l’essentiel.

D’autre part, il serait assez curieux de voir les Etats-Unis avancer quelque chose aux Russes alors qu’ils vont, sous prétexte de préserver les ressources nationales, suspendre leurs exportations de pétrole en U.R.S.S. !

 

Les Grèves

Tout cela est fort intéressant, surtout pour les pays au bord du gouffre qui attendent d’un secours leur salut, mais ne change rien au fond de la lutte chaque jour plus âpre entre les deux blocs. Les Bolchévistes continuent sur le plan des grèves à remporter partout des succès. Ils tiennent par là en France et en Italie le sort de la monnaie et par là, de l’édifice social même. En Angleterre, la production de charbon diminue, des grèves sporadiques éclatent, l’absentéisme recommence.

 

Le Labour Bill

Aux Etats-Unis, la cause révolutionnaire vient d’être servie par la nouvelle loi sur les relations du travail et de l’entreprise dite Taft-Hartley Bill, qui restreint les pouvoirs des associations ouvrières et soumet le droit de grève à des restrictions sérieuses. Poussés par le groupement des industriels qui les fait élire, les Républicains avaient hâte de voter cette loi : ils l’ont fait malgré le veto du président Truman.

Malgré une certaine hésitation du public hostile aux grèves, mais soucieux de toutes les libertés, le résultat ne s’est pas fait attendre : mineurs et dockers quittent le travail et les bateaux pour l’Europe peuvent attendre.

 

L’Invasion de la Chine

Bevin nous avait prévenus que la situation en Extrême-Orient allait vers le pire. Le gouvernement Tchang-Kaï-Chek, depuis qu’il a été abandonné par les Américains, se désagrège et les défaites militaires se succèdent. Les communistes font de rapides progrès ; la Mandchourie est reconquise. A l’autre aile, les Mongols qui sont doublés par les Russes, ont envahi le Sin-Kiang  sur lequel veillaient naguère les Américains. En quelques bonds, ils menacent le Sud de la Chine. Tchang-Kaï-Chek proteste en vain. On sent que là-bas quelque chose s’effondre ….

 

                                                                                            CRITON