Criton – 1947-02-08 – Préliminaires

ORIGINAL-Criton-1947-02-08

Le Courrier d’Aix – 1947-02-08 – La Vie Internationale.

 

Préliminaires

 

Semaine creuse où tout est abordé par les discussions sur l’Allemagne. On perçoit cependant une certaine nervosité : le problème, à mesure qu’on l’étudie, paraît plus difficile à résoudre. Un rebondissement du conflit Russo-Anglo-Saxon semble inévitable, tant les points de vue s’opposent. L’optimisme qui régnait depuis fin novembre s’est quelque peu affaibli.

 

Les « Réserves » de Staline

Cette étrange discussion au sujet du traité d’alliance Anglo-Soviétique, entre Bevin et Staline est plus obscure que jamais. On ne sait pas encore sur quels points Staline désire élargir le traité ni s’il devra prévoir d’autres cas qu’une agression allemande. De toutes les hypothèses sur les motifs de l’action russe, on s’accorde à retenir celle que nous avions émise : si la France conclut avec l’Angleterre une alliance, celle-ci ne doit pas dépasser le cadre de l’alliance Anglo-Russe.

 

En Pologne

Les résultats des élections polonaises ont été tellement brillants pour le gouvernement, que cela a plutôt nui qu’aidé à son prestige ! On s’accordait à dire que des élections libres lui auraient donné le quart des voix. Il en a eu 80%. Tout comme la Yougoslavie, la Pologne sert à la Russie d’avant-poste. Depuis la fin de la guerre, les incidents n’ont jamais cessé entre ces deux pays et les Anglo-Américains. Le dernier en date est un succès pour le gouvernement polonais : après une année de lutte contre l’ambassadeur d’Angleterre Cavendish Bentinck, accusé de soutenir les terroristes polonais, de faire de l’espionnage et de fournir des armes et de l’argent aux guérillas, l’ambassadeur a fini par être rappelé. Il est peu probable qu’un autre le remplace.

 

Russie et Vatican

Les persécutions contre l’église catholique n’ont jamais cessé dans tous les pays soumis aux Russes. La lutte contre Rome est menée par tous les moyens par le bolchévisme dans le monde. Les communistes d’Indochine ont massacré les missionnaires du pays, ceux de Chine en ont fait autant. En Italie, en Angleterre même, la lutte est menée par la propagande antireligieuse avec toutes les calomnies d’usage contre le clergé. Ce n’est pas sans raison que Moscou voit en Rome un ennemi d’importance : l’unité des chrétiens, si elle paraît irréalisable sur le plan confessionnel, est en train de se faire sur le plan spirituel. Le désir du Pape Pie XII est même d’entraîner dans le même effort contre la contagion du matérialisme tous les croyants de la terre quelle que soit leur religion en un puissant bloc spiritualiste. Cette action qui s’étend aux pays arabes et à l’Inde et jusqu’au Japon a l’appui naturel des pays anglo-saxons qui y voient un moyen de défense contre la maladie qui les ronge.

 

Les Inquiétudes Américaines

L’opinion américaine en effet reste mal assurée. D’une part, les manœuvres militaires de l’Alaska ont montré que la défense des Etats-Unis contre une invasion venue du pôle est très difficile à prévenir. D’autre part, une campagne est organisée par des journaux et des hommes politiques pour demander une épuration de la haute administration où de nombreux éléments communisants se seraient infiltrés. Le péril rouge sert de thème à beaucoup de discours. La menace soviétique et l’impérialisme russe tout comme le travail intérieur et souterrain. On paraît revenu au climat de l’été passé.

 

L’Allemagne

Dans le chaos des opinions, rendons hommage à la diplomatie française d’avoir apporté pour résoudre la question allemande, un plan que l’opinion unanime qualifie d’excellent. Equitable, modéré, pratique sur  tout, la sagesse voudrait qu’on l’adoptât sans critique. Il n’en sera rien. Cependant le plan a fait dans le monde une grande impression et il sera impossible de n’en pas tenir compte. Il n’est pas exclu que les Anglo-Saxons finissent par s’y rallier sur de nombreux points. Il a contre lui les Russes et les Allemands ce qui est de bon augure. Le centre du débat est sans nul doute la question des Etats : les Allemands sentent bien que s’il n’y a pas de Reich, ç’en est fait de la puissance germanique. Il est rassurant de constater que celui qu’on appelle déjà le Hitler socialiste, le Dr Schumacher nous donne un échantillon de la bonne foi allemande. Il écrit :

« Les éléments de progrès et d’esprit international en Allemagne savent que la nation doit être unie économiquement et politiquement. Seule une Allemagne unifiée trace la voie à une Europe unie. L’idée de couper en deux l’Allemagne par un mur de Chine ou d’en faire un assemblage d’Etats marquerait la naissance d’un nouveau nationalisme ».

En disant le contraire, on ne serait pas loin de la vérité.

 

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