Criton – 1947-02-15 – Regards sur le Rhin

ORIGINAL-Criton-1947-02-15

Le Courrier d’Aix – 1947-02-15 – La Vie Internationale.

 

Regards sur le Rhin

 

« Rien à signaler » pourrait être le titre du communiqué hebdomadaire. Les ministres réfléchissent : le général Marshall se met en civil et s’informe. On s’est mis d’accord sur l’évacuation de l’Autriche ; le problème allemand mûrit.

 

La Crise Anglaise

La paralysie de l’industrie anglaise, faute de charbon, met en chômage des millions de travailleurs ; le confort anglais n’est plus qu’un souvenir. L’hiver en est la cause. Mais les Anglais n’accusent pas volontiers la fatalité et l’on a vu des froids plus rudes. Peu de ministres ont été aussi accablés que M. Shinwelle, préposé aux carburants ; le cabinet travailliste désemparé par la catastrophe, ne peut qu’attendre le retour du printemps. Cette crise économique et politique laissera des traces : la lune de miel des électeurs avec le parti au pouvoir est révolue. Le fameux plan d’exportations dont la réalisation était soulignée jour par jour paraît en sérieux danger. Comme aux Etats-Unis, le chômage est en Angleterre le spectre effrayant. Le travailliste en garantissait la fin, et brusquement la vague déferle. Comme par ailleurs les restrictions sont plutôt accrues que diminuées, l’homme de la rue pense tristement à son bulletin de vote.

La cause de son malheur est pourtant simple : le mineur anglais, largement payé, n’a plus besoin d’argent après deux jours de travail, car il ne peut acheter ni alcool, ni nourriture supplémentaire. Alors il se repose et comme le syndicat refuse la main-d’œuvre étrangère, et ne saurait l’obliger au travail ……

 

Points de Vue sur la Ruhr

Le plan anglais sur la Ruhr a paru dans ses grandes lignes : il diffère profondément du plan français. La France veut enlever, pour garantir sa sécurité, la propriété et la direction des industries et des mines aux Allemands, ne leur laissant que les profits pour leur permettre des échanges. L’Angleterre leur laisse tout, sous réserve d’un contrôle international dont on ne nous dit pas comment il fonctionnera. Il faut, dit Londres, assurer d’abord le rendement de cette industrie d’importance mondiale, et seuls les Allemands peuvent la bien gérer. L’arrière-pensée des Anglais est de lier l’organisation de la Ruhr à l’ensemble de l’industrie allemande, c’est-à-dire qu’un même système de contrôle, un même pourcentage de production serait affecté aux industries contrôlées par les Russes qu’à celles qu’ils contrôlent eux-mêmes. En échange d’un droit de regard sur la Ruhr, ils en obtiendraient un sur les autres bassins. Toute l’industrie allemande contribuerait à alimenter les Allemands, et les usines ne seraient plus démantelées pour passer en Russie. Un même statut politique régnerait aussi ; si les industries de la Ruhr restent à leurs propriétaires, celles de Saxe le resteraient aussi et le régime social pourrait n’être pas collectiviste.

Ce point de vue est aussi celui des Hollandais pour lesquels la renaissance de l’économie allemande est un point vital.

 

Et Cependant ….

Les affaires une fois de plus prennent le pas sur la sécurité. Pendant ce temps l’ami Schumacher, déchaîné, s’écrie : « Les Alliés s’imaginent pouvoir démolir le potentiel de guerre allemand en leur enlevant leurs machines, en ruinant leur industrie, mais notre potentiel de guerre est intact. Il est fait de 70 millions d’Allemands et leur volonté de travail que personne ne peut leur enlever. Quant aux amputations de territoire, tant à l’Ouest qu’à l’Est, l’Allemagne ne les reconnaîtra jamais. Le Reich ne s’incline ni devant les puissances de l’Ouest, ni celles de l’Est. Nous sommes un peuple qui ne tolère l’influence de personne. Les Alliés n’ont pas de programme. Une politique de paix ne peut être basée que sur l’égalité. Si les Alliés, en nous poussant à la misère, raniment notre esprit révolutionnaire, car les Allemands sont un peuple révolutionnaire, ils leur feront haïr la démocratie qui n’est qu’un mot et non une réalité ».

Il nous semble entendre Adolphe Hitler applaudir. Avis aux Anglais.

 

De Nouveau en Orient ?

Beaucoup de bruits nous annoncent de grands événements. L’Emir Abdullah préparerait son armée de Transjordanie à envahir la Syrie et le Liban pour faire la grande Syrie qui engloberait les trois pays de l’Irak, sous une même domination ; la sienne et derrière lui, l’Angleterre. L’Egypte ne songerait pas. L’Arabie Séoudite serait payée pour consentir, et le plan du général Spears enfin aboutirait. Ce qui expliquerait, dit-on, l’attitude plus raide des Anglais à l’égard des Juifs en Palestine, l’évacuation des femmes et enfants, l’ultimatum à l’agence juive, etc. …. Car une armée transjordanienne pourrait bien régler par le fer la question juive et les Arabes ne se feraient pas prier pour se joindre au mouvement. Il est peu probable que tout cela soit sérieux, car on ne nous le dirait pas à l’avance. L’Angleterre a trop de capitaux en pays juif pour les exposer à l’invasion, et la grande Syrie est faite de trop de races et d’intérêts divers.

Mais la menace pourrait rendre les Juifs plus traitables ….

 

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