Criton – 1947-02-22 – Crises Intérieures

ORIGINAL-Criton-1947-02-22 pdf

 

Le Courrier d’Aix – 1947-02-22 – La Vie Internationale.

 

Crises Intérieures

 

L’évolution de la situation politique et économique en Angleterre et en France a donné lieu à plus de commentaires que les affaires extérieures qui marquent le pas.

 

La Situation en Angleterre

C’est aux Etats-Unis que la crise anglaise est envisagée avec le plus de sérieux et même d’inquiétudes. On prévoyait des difficultés que rencontrerait la reconstruction britannique ; la méthode employée paraissait critiquable : mener de front de profondes réformes sociales, une défense stricte du change au niveau d’avant-guerre après les ruines et l’endettement consécutifs à six années de lutte, le lancement d’un programme massif d’exportations sans outillage modernisé, le tout dans le cadre des nationalisations paraissait périlleux. On considère à New-York que la pénurie de charbon n’est qu’un aspect d’un éboulement profond de la structure économique anglaise très menacée.

On se demande si le gros emprunt américain consenti aux Anglais ne l’a pas été en pure perte, et si l’Angleterre pourra soutenir à la longue l’effort militaire que ses engagements de grande puissance impliquent, si par conséquent le fardeau de ces obligations ne passera pas aux Etats-Unis.

Des réflexions assez analogues s’expriment sur la France dont la situation est jugée critique.

 

La Politique Commerciale des Etats-Unis

La vague de grèves passée, les Etats-Unis sont plus confiants dans leur propre avenir. Cependant, le problème crucial de leur politique, celui des échanges internationaux en fonction des tarifs douaniers, a changé d’aspect depuis la victoire des républicains aux élections. Les démocrates en effet, étaient partisans pour la reconstruction du monde de l’abolition des barrières douanières, d’échanges multilatéraux aussi libres que possible. En conséquence, les Etats-Unis devraient eux-mêmes ouvrir leur frontière aux produits étrangers en abaissant leurs droits de douane. Mais les républicains sont de tradition protectionnistes, et une vive controverse s’engage entre les deux fractions du parti, ceux qui veulent fermer le marché intérieur et ceux, aux vues plus larges, qui le veulent ouvrir. Ceux-là prévoient, à brève échéance, une saturation de ce marché et l’obligation, pour conserver un rythme croissant de production, de vendre au dehors et de recevoir en contre-partie ce que l’étranger doit envoyer pour payer. Mieux vaut produire à 10% en achetant 20% à l’extérieur qu’à 80% en n’achetant rien.

Tout l’avenir de l’économie mondiale repose sur l’issue de cette dispute, comme le sort de la guerre dépendait du succès ou de l’échec des isolationnistes.

 

Russie et Etats-Unis

A la veille de la conférence de Moscou, la politique russe reste très attaquée. Atcheson, sous-secrétaire aux affaires étrangères a parlé publiquement de la politique expansionniste et impérialiste de la Russie et Molotof a envoyé une note de protestation. D’autres, dont le républicain Dulles, ont été attaqués vivement par les « Izvestia ». Les manœuvres militaires dans l’Arctique ont été âprement critiquées comme une menace de guerre préventive contre l’U.R.S.S.

 

A Berlin

Ce renouveau de polémique a été provoqué par les incidents de la Commission des Quatre Puissances à Berlin. Américains et Russes ont dû rompre, les uns et les autres se refusant de communiquer les renseignements sur leurs zones respectives nécessaires à l’établissement de travaux. On s’attend, sur l’ensemble de la question allemande, à une obstruction systématique des Russes. Leur politique paraît viser en effet à gagner du temps en conservant leurs positions, à lasser leurs adversaires, à reculer l’échéance d’une solution. Cependant le commentateur américain pensait que, bon gré, mal gré, la Russie cédera, car la situation intérieure du pays s’aggrave. La famine sévit dans toutes les provinces méridionales ; elle s’étend en Roumanie où les paysans meurent par milliers, en Bakovine, en Bessarabie et en Moldavie. La crise du carburant est plus aigüe que jamais et les transports se font difficiles. Cette fin d’hiver sera pour la Russie la plus dure depuis 1920, la période de guerre exceptée.

 

La Palestine

Toujours embrouillée, la question du Moyen-Orient ne s’oriente guère vers une solution. Les Anglais ont, pour le moment du moins, renoncé à résoudre le problème palestinien, qui sera, sauf imprévu, renvoyé à l’O.N.U. Il y a quelques signes cependant d’une inquiétude du côté des terroristes ; la menace arabe en est peut-être cause, comme nous l’exposions samedi dernier. On ne voit d’ailleurs pas comment l’O.N.U. abordera l’affaire, car les Etats-Unis se tiennent prudemment à l’écart.

 

La Chine

Le retrait des forces américaines de Chine, la suspension des envois d’armes et de l’appui financier aux gouvernementaux sont amèrement commentés par le maréchal Tchang-Kaï-Chek. La guerre civile continue. « Il faudra, dit-il, réduire les communistes par la force ».

Tâche peut-être nécessaire mai peu facile, coûteuse et longue.

 

                                                                                                CRITON