Criton – 1949-09-17 – Livre et Dollar

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-17 – La Vie Internationale.

 

Livre et Dollar

 

Les conclusions des ministres des Finances américains et canadiens sont exactement celles prévues ici. On s’est mis d’accord sur quelques bouche-trous à plus ou moins longue échéance. De solution véritable, aucune, pas même la dévaluation de la Livre, officiellement tout au moins.

La réunion du Fonds Monétaire International ne semble pas davantage devoir apporter des résultats immédiats. On recommandera des mesures à appliquer en temps opportun. Le monde attendait mieux de ces réunions capitales. Les Américains se sont contenté d’éviter aux Anglais une faillite menaçante et attendront le résultat des élections. Auront-elles lieu en Novembre ? On le dit, ce n’est pas sûr.

 

Les Dix Points

Des dix mesures préconisées à Washington pour réduire les paiements en dollars de l’Angleterre, un seul est d’efficacité immédiate : la possibilité pour les Anglais de payer leurs achats de blé canadien en dollars provenant du Plan Marshall, et d’acheter ailleurs que dans la zone dollar les produits qu’ils peuvent se procurer en devises faibles et qu’ils étaient jusqu’ici tenus d’acheter aux Etats-Unis.

Le reste : investissements américains dans les entreprises de l’empire britannique ; accumulation de stocks stratégiques de matières premières d’origine anglaise ; révision des tarifs douaniers américains ; les questions du pétrole et du trafic maritime ne porteront effet, et encore sous réserve de succès, qu’avec le temps. Dans l’ensemble néanmoins le programme est, comme nous l’avons dit, suffisant pour atténuer l’hémorragie violente d’or et de devises du trésor britannique. Déjà on annonce que les sorties ont diminué. On gagnera du temps.

 

Autres Evénements

Par ailleurs, la période sous revue n’a apporté nulle part de surprise. En Allemagne, socialistes et démocrates-chrétiens à Bonn n’ont pas cherché sérieusement à s’entendre pour former un gouvernement de coalition. La présidence de la nouvelle république est allée à Théodore Heuss, candidat d’Adenauer qui sera chancelier, et Schumacher organise l’opposition, rôle dans lequel il sera excellent. Mais il est douteux que la jeune république allemande gagne en stabilité et en autorité avec un gouvernement anti-socialiste. Les divisions et les passions risquent de la faire très semblable à celle de Weimar. Mais tant que dure l’occupation – pour longtemps, semble-t-il – la question n’a pas une importance primordiale.

 

Tito et Staline

Le duel des deux maréchaux continue, s’envenime sans autre éclat que des injures. Un procès monstre qui éclipsera celui de Mindszenty commence en Hongrie contre Rayk, ancien ministre des Affaires Etrangères et de l’intérieur. Son cas est lié pour les besoins de la cause à un prétendu espionnage organisé par Tito en Hongrie. Tous les accusés ont avoué, comme d’habitude.

En réalité, la polémique entre le Kominform et Belgrade porte à l’U.R.S.S. un préjudice moral. Tito répand à grands frais parmi les communistes d’occident des tracts et des libelles où toutes les turpitudes du bolchévisme russe sont exposées avec art. Venant de l’ex-favori du Kremlin, cet étalage de procédés soviétiques impressionne sinon les durs, ceux du moins qui étaient sympathisants.

En France, par exemple, la polémique « Franc-Tireur », « Humanité », montre bien les ravages que fait le Titisme.

En fait, il y a autant d’aveuglement d’un côté que de mauvaise foi de l’autre. Tito et Staline, c’est exactement la même chose : mêmes méthodes, mêmes résultats, même organisation militariste et policière même oppression de toutes libertés, mêmes procès truqués. Souvenons-nous de Mikhaïlovitch.

Qu’on nous montre entre les deux régimes une différence quelconque. Ce qui trompe, c’est que l’impérialisme du petit Maréchal n’a pas les moyens du grand. S’il pouvait, Tito aurait déjà pris deux provinces à l’Autriche, annexé Trieste et l’Istrie, unifié toute la Macédoine, absorbé l’Albanie et englobé dans sa sphère la Bulgarie, et peut-être la Grèce. Mais il a besoin des Etats-Unis pour ne pas mourir d’asphyxie économique et les portes des voisins sont bien gardées. Ce n’est pas parce qu’ils sont rivaux que les deux dictateurs ont cessé d’être frères. Qu’on se le dise.

 

Finlande

En Finlande, le ministère Fagerholm, visé depuis longtemps par Moscou, a subi un rude assaut. Tous les communistes du pays ont été mobilisés dans une grève énorme qui a failli paralyser le pays. Fagerholm et le courage des vaillants Finlandais l’ont emporté. Les Russes en ont été pour leurs frais et les quelques syndicats communistes ont été isolés de la communauté ouvrière.

Les rapports qui viennent de Moscou semblent d’ailleurs indiquer que le régime connait des déboires d’ordre économique et d’ordre social. L’âme russe se réveillerait et sa nature vraie se révolterait contre la tyrannie présente, comme elle a lentement secoué celle des Tsars. On parle à Londres d’un changement d’orientation de la politique russe, de la disgrâce de Molotov, d’une tentative de compromis avec Washington sous la pression des difficultés, etc. … Sous toutes réserves, comme d’usage.

 

L’Opinion aux Etats-Unis

Revenons en Amérique. Dans un excellent article du « Monde », M. Duverger montre dans l’opinion américaine deux tendances : celle de Babbitt et celle de Burnham. 

Babbitt reste isolationniste, il a foi dans la supériorité américaine et méprise le panier de crabe européen. Ces peuples décadents et incompréhensibles, on les aidera puisqu’il le faut pour se protéger soi-même, on exploitera leurs richesses dont ils ne savent tirer parti, on établira des bases militaires et économiques chez eux pour garantir les Etats-Unis et assurer la rentrée des bénéfices à tirer des investissements qu’on y fera. Pour le reste, on laissera aux Européens leurs mœurs et leurs régimes sans leur faire autrement confiance. En somme, une doctrine de Monroe élargie aux dimensions du monde.

En face de Babbitt, Burnham : l’Amérique doit jouer le rôle de fédérateur des peuples libres en face du totalitarisme soviétique ; groupés autour des Etats-Unis comme jadis de Rome, les participants garderont leur originalité, leur civilisation propre. L’Amérique assurera par sa prépondérance économique, la prospérité de l’ensemble et sans l’imposer. Tous collaboreront militairement à la défense de la communauté contre les barbares et toutes rivalités entre les peuples unis devront cesser devant l’arbitrage du plus puissant.

Washington mélange les deux politiques. Nous les voyons ; nous le verrons encore.

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1949-09-10 – Attente

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-10 – La Vie Internationale.

 

Attente

 

Plus s’approche l’heure des conversations décisives anglo-américaines de Washington, moins on y voit clair. Probablement, répétons-le, parce qu’une solution vraiment constructive est impossible à l’heure présente. On prévoit déjà que les pourparlers seront plus longs qu’on ne le pensait, que les questions essentielles ne seront peut-être pas abordées, qu’on se contentera sans doute de préparer la voix à des décisions futures et de parer au plus pressé.

 

Les Solutions

Une dévaluation de la Livre, malgré tous les démentis, est inévitable. C’est la condition indispensable à un soulagement, même momentané, des difficultés britanniques. Mais cette nécessité même à laquelle Anglais et Américains se résignent soulève des objections dans les milieux d’affaires américains qui voient avec déplaisir la concurrence anglaise s’accentuer sur les marchés extérieurs et même intérieurs où l’écoulement des marchandises est déjà difficile.

Les Etats-Unis abaisseront-ils leurs barrières douanières ? Le Congrès américain veille et ne le permettra sans doute pas. Même difficulté pour constituer un fonds de soutien pour la stabilisation de la Livre et des autres monnaies européennes dévaluées. Il faut l’autorisation du Congrès pour disposer des crédits. Si ces solutions d’envergure sont impossibles, il reste les palliatifs :

Achats par les Etats-Unis de stocks de matières premières britanniques comme le caoutchouc et l’étain ;

Accord avec les compagnies pétrolières américaines pour substituer la Livre au Dollar comme monnaie de paiement du combustible ;

Prise en charge par les Américains de l’entretien de bases stratégiques anglaises.

D’autres expédients de ce genre peuvent être envisagés pour boucher en partie le trou et attendre l’heure d’un règlement plus étendu.

 

Le Décret Petsche

La France, la première, a ouvert les écluses au capital américain ; l’Angleterre et les autres pays suivront. Cet événement, le décret Petsche, paru cette semaine n’a pas frappé l’opinion. Le fait est simple : désormais, les capitaux privés américains pourront, sous certain contrôle, s’investir dans les entreprises françaises et, c’est là l’essentiel, les bénéfices ainsi réalisés pourront être rapatriés en dollars, les sommes placées pourront même éventuellement être retirées. Les placements effectués par les particuliers américains ne seront plus pris dans une souricière. Ils entreront et sortiront à peu près librement et seront garantis contre toute nationalisation sans compensation. Cette mesure préparée de longue date par les experts américains était indispensable.

La politique socialisante pratiquée en France et en Angleterre, en ruinant la formation de l’épargne, en faisant se terrer les liquidités disponibles, rendait impossible toute expansion et tout progrès économique ; sans le concours des firmes américaines, l’industrie des pays européens, non seulement était condamnée à végéter mais encore à voir son prix de revient s’élever, faute de pouvoir renouveler l’outillage, et en même temps se fermer progressivement les marchés étrangers indispensables à l’équilibre de la balance commerciale.

Il ne faut pas le dissimuler, les conséquences de cette mesure inévitable sont graves. Elle ouvre la voie à un impérialisme économique que les Américains ne désirent peut-être pas mais que la force même des choses les oblige à poursuivre : l’économique et le politique sont liés. Un pays qui ne peut se passer de capital étranger n’est plus maître de son destin. Le premier pas vient d’être fait vers un contrôle universel de l’économie par le capital américain. Est-ce vraiment un mal ? Ne faut-il pas en finir avec les nationalismes étroits du passé ? Sans doute. Mais dans le cas de la France, si l’on avait su ménager et aider le potentiel énorme d’investissements accumulé par les particuliers, on aurait, sans pour cela se dérober aux devoirs de la coopération internationale, évité une hypothèque qui, répétons-le, même avec les meilleures intentions, pèsera de son poids sur notre organisation future, sur notre rôle dans le monde.

Le mouvement amorcé agira comme une force purement physique et si un jour, comme le pense le président Truman, le monde soviétique capitule sans condition – ce qui est également tôt ou tard inéluctable – il n’y aura plus qu’un seul monde économique, but vers lequel, qu’ils le veuillent ou non, les Etats-Unis tendent de toute leur puissance. Et c’est non seulement l’avenir matériel, mais spirituel qui est en jeu.

 

A Strasbourg

Devant ce fait, le reste est palabres. On a dit d’excellentes choses à l’assemblée de Strasbourg et des hommes éminents s’y trouvent rassemblés, ce qui est une nouveauté pour une assemblée parlementaire. Mais l’unification de l’Europe ne se réalisera pas par les Européens. Ils ne feront que se soumettre à des nécessités qui leur seront imposées du dehors et qu’ils croiront sans doute avoir créées eux-mêmes. Si les Etats-Unis poussent si fort à l’union européenne, c’est qu’ils en dictent les conditions.

 

Tito et le Kominform

De ce côté, les événements ne semblent pas devoir se précipiter davantage. Pour la nième fois, le traité de paix avec l’Autriche est ajourné, les Soviets voulant garder le contrôle militaire des approches de la Yougoslavie. Moralement et matériellement, le Kominform perd du terrain. La rébellion grecque est virtuellement liquidée ; l’Albanie parait mure pour passer au Titisme. Et Tito lui-même grandit. Les journaux occidentaux l’encensent et la Yougoslavie, hier encore dans un état économique et social lamentable, est un paradis en herbe ! Y aurait-il, comme à Rome au beau temps de Mussolini, des fonds spéciaux à Belgrade pour encourager les Thuriféraires ?

 

                                                                                  CRITON

Criton- 1949-09-03 – Impressions

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-03 – La Vie Internationale.

 

Impressions

 

Sur les deux plans qui préoccupent l’opinion, la situation est obscure. On ignore quel genre d’action les Russes vont entreprendre contre la Yougoslavie. On se demande quelle solution prévaudra la semaine prochaine quand on posera à Washington le problème de la Livre, de l’alignement des monnaies et des échanges internationaux. On ne peut traduire que des impressions.

On peut avancer que les Soviets sont résolus à liquider Tito mais aussi à éviter que le conflit ne tourne à la conflagration générale. Par ailleurs, il est peu probable que les conférences financières du 6 et du 13 septembre aboutissent à des solutions définitives. La restauration de l’équilibre des échanges et le rétablissement  des finances britanniques sont impossibles dans l’état présent des esprits et même de l’ordre des choses.

Sauver l’Angleterre se serait, soit faire de l’Empire britannique une dépendance des Etats-Unis si la Livre et le Dollar devenaient échangeables librement, ou bien consentir à boucher indéfiniment le déficit en Dollars de la Grande-Bretagne et des pays du Sterling aux frais du contribuable américain. De ces deux solutions, l’une répugne à l’Angleterre (bien que l’opinion éclairée se rende compte que l’on devra tôt ou tard s’y résigner), l’autre est insupportable au citoyen américain, et d’ailleurs ne résoudrait rien à longue échéance.

D’autre part, derrière les affirmations généreuses du président Truman et l’aide qu’il promet se cache une amère pensée. S’il ne peut être question de laisser aller la Grande-Bretagne à la faillite, il ne l’est pas plus de permettre aux travaillistes de se dépêtrer de la politique sans issue où ils sont engagés. Il y a plus : Les Etats-Unis voudraient éviter que le travaillisme acculé au désastre n’en vienne à provoquer à l’automne des élections prématurées. On se trouverait probablement alors devant deux partis, travailliste et conservateur, à égalité ou presque, par conséquent devant la nécessité de constituer un gouvernement d’union nationale qui prendrait les responsabilités que les travaillistes seuls ne peuvent assumer. Il faut que l’opinion anglaise, lente à comprendre et à réagir, se convainque peu à peu que leur gouvernement a fait faillite et le renverse à bon escient, ce qui ne se peut avant le printemps.

Il est donc probable que les Etats-Unis feront preuve de bonne volonté et de générosité, tout juste assez pour qu’une crise brutale n’éclate pas et que la situation traîne et empire doucement sans provoquer la catastrophe. On s’arrangera même à Washington pour donner le plus possible satisfaction à Sir Stafford Cripps pour que le travaillisme porte toute la responsabilité de l’échec qui s’en suivra. Nous avons fait tout ce que nous avons pu, dira-t-on, mais vous voyez à l’évidence qu’il n’y avait rien à faire. Et au printemps, la situation sera tellement sérieuse que si les conservateurs reviennent au pouvoir, on pourra leur imposer des solutions qu’ils se refuseraient aujourd’hui à envisager. Ajoutons qu’une crise aiguë du Sterling nuirait considérablement aux intérêts américains. C’est de cette crainte des milieux industriels d’Amérique que les Anglais ont joué. Ils menacent en réduisant au maximum leurs achats en dollars de ramener aux Etats-Unis une dépression qui parait conjurée mais qu’il en faudrait bien peu pour faire reparaître.

Tout cela conduit à prévoir une série de compromis provisoires pour gagner du temps, ce dont les deux parties ont besoin.

 

Tito et le Kominform

La situation dans les Balkans est jugée des plus sérieuses par les services secrets de Londres et de Washington. On sait qu’une lutte à mort est engagée entre Moscou et Belgrade et l’on est dans l’impossibilité de prendre parti. Garantir l’intégrité de la Yougoslavie serait obliger Tito à se ranger dans le camp anglo-saxon. Il ne le peut sans perdre son prestige de communiste authentique – l’aider, c’est précipiter sa chute – l’abandonner c’est laisser les Russes maîtres de l’Adriatique. On va donc essayer d’intimider Moscou sans compromettre Tito, ce qui n’est pas facile.

On parle de concentration de troupes russes en Roumanie et en Hongrie, d’action militaire prochaine. Un bluff sans doute, mais qui encourage fortement les adversaires de Tito à pousser leur action. On en est pour l’instant au sabotage économique : des partisans macédoniens et des Russes camouflés font dérailler les trains et sauter des raffineries de pétrole. D’autres actes suivront. La situation économique de la Yougoslavie coupée du ravitaillement de ses voisins satellites de l’U.R.S.S., est déjà si précaire qu’un nouvel affaiblissement ne peut que nuire à la popularité déjà discutée de Tito. Mais il en faut plus pour l’abattre. De plus, ce qui rend une action russe plus pressante, l’Albanie de Hodja est en décomposition, coupée de tous côtés, sa situation morale et économique est désespérée et Tito n’a plus grand-chose à faire pour renverser le régime du Kominform en Albanie. Mais il hésite. Ses réponses aux notes injurieuses de Moscou sont pleines de modération. Il veut conserver le beau rôle et éviter toute provocation. Placé sur la corde raide, il espère se maintenir. Il se sert de partisans qu’il a partout pour mener la vie dure aux maîtres du Kremlin en Macédoine et en Bulgarie. Il a aidé à la liquidation déjà avancée des rebelles grecs. Comme on le voit, on joue à cache-cache, la torche à la main autour de la poudrière. Souhaitons qu’elle ne saute pas.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-08-20 – Les Progrès de la Démocratie Chrétienne

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Le Courrier d’Aix – 1949-08-20 – La Vie Internationale.

 

Les Progrès de la Démocratie Chrétienne

 

Les Elections Allemandes

Les Allemands ne sont pas gens à surprises. Ils ont voté conformément aux prévisions. Aux Etats-Unis et en France on se réjouit du succès des Démocrates chrétiens. Non que le vieil Adenauer inspire une confiance sans réserve, mais le fait qu’un pays de plus, après la Belgique, la Hollande, l’Italie et l’Autriche, a pour le diriger un parti qui se ramifie largement en Europe occidentale facilitera les projets encore inconsistants d’unification économique.

En France, bien que le mouvement n’ait pas d’aussi solides racines et ait souffert des fautes commises au lendemain de la libération, sa situation morale est plus grande que sa puissance numérique. L’Internationale chrétienne, en face du Marxisme, symbolise le respect de la personne humaine et sa liberté en face de l’Etat, et le progrès social dans l’ordre.

L’échec relatif des socialistes a été vivement ressenti à Londres. En tant que force internationale le parti est en perte de vitesse accélérée. On s’en rend compte à l’assemblée de Strasbourg, où son prestige est faible.

Il vient de perdre le pouvoir en Belgique ;  en France sa position n’est pas trop solide et en Angleterre ses jours pourraient bien être comptés. En Allemagne, la coalition axée sur la droite qui est en train de se former exclut pour longtemps les projets de nationalisation des industries-clés que désiraient les Anglais et qui inquiétaient les Américains. L’entreprise privée a encore de l’avenir en Europe.

Sur le plan politique on s’est indigné des excès de langage nationaliste des candidats avant les élections. Tout cela s’est tassé. On pense que, sincères ou non, les partis au pouvoir feront bon ménage avec les occupants ; un sondage récent a d’ailleurs prouvé que malgré leurs récriminations, les Allemands de l’Ouest par crainte des Russes ne sont pas pressés de les voir partir.

 

L’Aide Militaire à l’Europe

Le programme d’aide militaire à l’Europe semble devoir passer aisément au Congrès américain. Des déclarations des chefs d’Etat-major, il ressort que la France aura la plus grande part. Dans tous les domaines d’ailleurs, la France jouit en ce moment d’un crédit très favorable aux Etats-Unis. Que signifie pour nous cette aide ?

A gauche, on a naturellement vu là le désir des Américains de se servir du soldat français comme d’un fantassin en première ligne pour la prochaine. Cela ne résiste pas à réflexion : une armée Française même reconstituée à plein, n’existerait pas en face de la multitude russe. En cas d’attaque soviétique, les divisions aéroportées occuperaient en quelques heures le territoire, et avec l’aide de la cinquième colonne la lutte serait inégale.

En réarmant la France, les Etats-Unis poursuivent un tout autre but. Ils pensent que sauf guerre, l’Allemagne devra bien être évacuée un jour, et devant une France désarmée comme elle l’est aujourd’hui, quelques divisions équipées par les Russes pourraient faire la besogne du communisme international. C’est avant tout pour tenir l’Allemagne en respect dans quelques années qu’une puissante armée française est nécessaire.

En outre, une armée solide est un gage d’ordre intérieur, un facteur de stabilité politique en face des forces subversives. C’est pour cela, beaucoup plus qu’à des fins proprement militaires, qu’on s’intéresse à réformer une petite armée italienne. Tenir l’U.R.S.S. en respect, seule la puissance américaine le peut.

 

Tito

Le gros nuage qui plane sur les Balkans continue de s’épaissir. Trois jours durant, la radio soviétique a bombardé Tito, et le Kremlin le proclame ennemi public des « démocraties populaires ». Des bruits alarmants continuent à circuler. Une action militaire russe directe est cependant peu probable mais un coup d’état intérieur exécuté par des partisans camouflés venus de Macédoine ou d’ailleurs, n’est pas impossible, même en hiver.

Tito est sur ses gardes et sera difficile à réduire, mais l’enjeu pour les Russes est de telle importance qu’on ne peut être rassuré. D’autant qu’il n’est pas vraisemblable que les Etats-Unis feraient de la réduction du Titisme un casus-belli. Les amorces de négociations dont on parle entre les Etats-Unis et Moscou peuvent être une manœuvre soviétique pour profiter d’une détente internationale pour liquider le frère rebelle, sans provoquer de réactions.

 

L’Exécution de Zaïm

Les Anglais marquent un point en Syrie. Le nouveau dictateur Zaïm a été victime d’un coup d’état et exécuté sur l’heure. Voilà de nouveau les projets de grande Syrie et les ambitions d’Abdullah sur le tapis.

Il y a là-dessous bien des intrigues et surtout une affaire de pétrole. Les Anglais tiennent tous les débouchés des pipelines du Proche-Orient, ce qui gêne fort les Américains et les Français. Zaïm qui était un ami de la France et en fort bon terme avec les Etats-Unis pouvait modifier la situation. L’Intelligence Service veillait, et le jeune dictateur a fait les frais de l’opération.

 

Le Communisme en Chine

L’avance communiste en Chine se poursuit sans grande opposition. Les Américains s’efforcent d’établir un cordon sanitaire et paraissent décidés à mettre leur prestige, et même au besoin leur force en jeu pour protéger le Sud-Est asiatique, dont l’Indochine, d’une attaque chinoise directe ou indirecte. Un front anticommuniste s’ébauche auquel vient de participer le Tibet très menacé, et à travers lui l’Inde, par l’avance soviétique en Chine centrale. Nous invitons nos lecteurs à jeter un coup d’œil sur la carte ; avec le Sin Kiang, les deux Mongolies, la Mandchourie, la région de Port Arthur et la Corée du Nord, les Soviets ont annexé en fait les deux tiers de l’empire Céleste, en superficie s’entend, car il y a beaucoup de déserts. Mais les déserts même ont une importance stratégique.

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1949-08-13 – Le Nouveau Serment de Strasbourg

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Le Courrier d’Aix – 1949-08-13 – La Vie Internationale.

 

Le Nouveau Serment de Strasbourg

 

Deux événements saillants cette semaine : l’ouverture du parlement européen à Strasbourg et la publication par Acheson d’un livre blanc sur la politique américaine en Chine. En coulisse, les mauvaises langues se sont entretenues des différends entre l’Etat-Major français et anglais après la visite des généraux américains et des soupçons de pro soviétisme qui pèsent sur Trygve Lie, le président de l’O.N.U. à l’occasion de son discours de Bergen. Faits d’importance inégale. Seul le problème chinois a un caractère aigu de portée mondiale, le reste alimente les conversations de vacances.

 

Le Parlement de Strasbourg

Nous avons souligné à plusieurs reprises le paradoxe qui consiste à créer des organismes destinés à promouvoir l’unité européenne sur les divers plans économiques, politique et culturels, alors que l’évolution des faits dérive en sens contraire.

Nationalismes et particularismes européens éclatent dans tous les domaines et à chaque occasion, même les plus futiles, que ce soit à propos du passage d’une course cycliste, d’élections comme celles qui vont avoir lieu dimanche en Allemagne, des programmes de défense commune comme aux réunions militaires de Fontainebleau, ou encore et surtout autour des tables de l’O.C.E., où l’on se dispute les avantages du Plan Marshall ; partout les égoïsmes nationaux s’affirment  avec passion. Devant ces polémiques, on jette le voile de l’espérance. On invite l’avenir à démentir le présent, et comme on admet que la route sera longue, voilà pour bien des gens de bonnes prébendes assurées.

Il y a à Strasbourg deux attitudes principales. Celle de la France et de la Belgique idéalistes par tempérament, et qui pensent que de fortes raisons politiques et géographiques doivent donner à ces deux pas unis la direction d’une fédération européenne future, celle de l’Angleterre au contraire retenue par sa position insulaire et ses liens avec les Dominions, qui fait tout son possible pour maintenir l’Europe dans sa dispersion présente. Ce sont là des réflexes séculaires qui résistent à tous les cataclysmes et qui résisteront même aux raisons de l’intérêt bien entendu. Car la politique britannique qui se flatte d’être empiriste a été dominée à travers les siècles par les plus solides préjugés.

Dans ces conditions, le parlement de Strasbourg s’ouvre comme l’O.N.U. et feue la Société des Nations. Forum pour les plaidoyers intéressés. Jusqu’à preuve du contraire on doit craindre qu’il en sorte plus de division que de solidarité. Il y a à cela une autre raison que psychologique ; les grands mouvements vers l’unité ne peuvent s’affirmer que sous la menace d’un péril mortel et immédiat ou bien dans une période d’euphorie et de prospérité générale. La première condition n’est heureusement pas tout à fait remplie et la seconde hélas, encore moins.

L’assemblée de Strasbourg s’ouvre d’ailleurs au moment où l’idée européenne est en recul sur le plan politique, parce que l’idée d’une troisième force qui tiendrait la balance entre les U.S.A. et la Russie Soviétique est aujourd’hui abandonnée.

La situation précaire des finances, l’effritement des empires coloniaux, la faiblesse militaire des partenaires européens leur enlève toute chance de jouer un rôle important. Nous avons dit au moment où l’idée de troisième force était florissante que c’était une chimère et que l’Europe serait, bon gré, mal gré, le boulevard avancé du monde atlantique.

D’autre part, dans l’ordre économique, si le Plan Marshall a sauvé les économies européennes d’un effondrement certain, et sans remède, il a complètement échoué dans son autre but : de constituer une économie européenne libre et sans barrières où les marchandises s’échangeraient sans discrimination. Le Plan Marshall a jusqu’ici renforcé les autarcies au lieu de les affaiblir. Au lieu de multiplier les échanges, chaque pays cherche à acheter moins et à vendre plus, ce qui est absurde. Et cela parce qu’on a voulu, en Angleterre et en France, mettre en œuvre de grandes réformes sociales sans avoir d’abord assuré les moyens de les financer, ce qui a conduit la première à l’austérité progressive et sans issue, et la seconde à l’effondrement monétaire et au malaise social. Comme s’il ne fallait pas d’abord constituer des richesses avant de jouir du bien-être !

 

Le Livre blanc sur la Chine

Le rapport d’Acheson sur la Chine est un document remarquable qui fait grand honneur au secrétaire d’Etat et mérite d’être lu attentivement. Document courageux, lucide, ferme parce qu’il admet que la politique des U.S.A. fait fausse route et qu’il faut en changer, que Tchang-Kaï-Chek sur lequel on avait misé , a été l’instigateur d’un régime de corruption et de féodalité qui a mérité le discrédit où il est tombé en Chine et que l’on doit abandonner sans réserves (cela contre les partisans américains du Maréchal). Enfin que les Etats-Unis seront intraitables devant un régime qui veut inféoder la Chine au bolchévisme russe.

C’est en termes précis une déclaration de guerre morale à Mao Tsé Toung un appel au sentiment national du peuple chinois, appel qui ne manque pas d’habileté. Car les dirigeants chinois actuels sont loin d’être d’accord pour l’obédience à Moscou et le document vient à point quand la Russie, avec ou sans le consentement de Mao Tsé, s’apprête à annexer la Mandchourie, la tête industrielle de la Chine en faisant proclamer par ses auxiliaires une République populaire indépendante de Mandchourie.

Après avoir absorbé les deux Mongolies et le Turkestan, l’impérialisme soviétique, plus tsaristes que les Tsars, s’assure le gros morceau. Les Chinois finiront bien par s’apercevoir de ce que signifie l’alliance avec Moscou.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-08-06 – Programmes Militaires

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Le Courrier d’Aix – 1949-08-06 – La Vie Internationale.

 

Programmes Militaires

 

La Semaine a été dominée par les entretiens d’Etat-Major, les déplacements à Francfort, à Paris et à Londres des chefs de l’armée américaine. Malgré l’opposition du sénat aux plans d’assistance militaire à l’Europe, le courant d’opinion soutenu par la Maison Blanche emportera l’adhésion du Congrès sur un compromis provisoire, tout au moins.

 

La Défense de l’Europe

On sent qu’il y a en Europe même pas mal de divergences à aplanir. Un point est acquis ; les Etats-Unis n’abandonneront pas l’Europe occidentale à l’invasion soviétique. Mais l’Etat-Major de Fontainebleau n’est pas d’accord sur les moyens à mettre en œuvre pour rendre la défense efficace, et Français et Anglais cherchent à obtenir le maximum des crédits envisagés.

Les Américains veulent imposer leur plan, connu depuis longtemps, qui consiste à équiper les divisions terrestres françaises d’abord pour soutenir leurs maigres effectifs en Allemagne, l’aviation restant un monopole américain. Mais les Français veulent aussi une aviation, et les Anglais des dollars pour la leur. On marchandera.

 

De Bonnes Histoires

Les problèmes économiques ne perdent pas pour autant de leur acuité. Les Anglais se sont livrés à une manœuvre invraisemblable ; tandis que le Sénat américain rogne les crédits de l’E.C.A., le gouvernement travailliste, chiffrant son déficit en dollars pour l’année à quelques quinze cents millions, demande froidement que la part britannique soit augmentée de plus de moitié au détriment des autres bénéficiaires.

Cette requête inattendue a été, comme on pense, fraîchement accueillie aussi bien à Paris et Bruxelles qu’à Washington. Si l’on voulait rire aux dépens des économistes, on rappellerait qu’en mars dernier, M. Mayhew, représentant britannique, déclarait que l’Angleterre serait bientôt en état de se passer des crédits américains. Son discours avait plutôt surpris les milieux financiers de New-York, et à Londres même on avait trouvé que Mayhew y allait un peu fort. Trois mois après que le gouffre du déficit s’ouvrait de façon alarmante, on prononce le mot de banqueroute !

Une joie aussi pour les amateurs du dirigisme monétaire : une statistique consciencieuse nous apprend qu’il circule dans le monde trente-sept espèces de Livres sterling tant en billets qu’en comptes bloqués et presque toutes à des cours différents ; la joie est surtout pour les agioteurs qui les compensent agréablement, et la Banque d’Angleterre s’épuise à boucher les fuites dans ce réseau de canaux monétaires, sans y parvenir, bien entendu.

 

L’Affaire de la Sarre

La France a proposé que la Sarre dont le statut politique ne sera fixé qu’au traité de paix participât à titre indépendant à l’assemblée de l’Europe qui va s’ouvrir à Strasbourg. Les Sarrois paraissaient enchantés de cette proposition. Mais M. Schumacher veillait ; on sait que les socialistes allemands sont devenus de farouches nationalistes : mutilation de l’Allemagne, disent-ils, coup de force français, et de s’en faire un tremplin électoral pour la prochaine consultation.

Derrière eux, leurs confrères en nationalisme, les travaillistes britanniques soutiennent l’unité du Reich et M. Bevin a dû venir à Paris pour arranger l’affaire. Cependant, quand la Sarre a voté pour Hitler, personne à Londres n’est intervenu. Si les Sarrois veulent aujourd’hui, comme en 1935 disposer d’eux-mêmes en sens inverse, les Anglais et Schumacher vont-ils les en empêcher ? Il semble malheureusement que pour ne pas faire échouer la réunion de Strasbourg, la France, une fois de plus, devra s’incliner.

 

La Conférence Atomique

Une conférence assez mystérieuse a eu lieu aux Etats-Unis. Les Anglais qui se disent, paraît-il, en mesure de fabriquer des bombes atomiques, réclament une révision de l’accord antérieur qui laissait aux Etats-Unis la disposition des gisements d’uranium du Congo belge. Il y a là probablement une manœuvre pour obtenir des avantages financiers plutôt que du minerai. Néanmoins, on devine que les études atomiques sont en progrès si rapides que la bombe ne sera bientôt qu’un article de production courante. Les Anglais voudraient obtenir un stock des bombes américaines pour leur propre défense, mais les Etats-Unis défendent jalousement leur monopole déjà menacé. L’affaire ne parait pas devoir comporter de suites, du moins sur le plan politique.

 

Tito

L’affaire Tito s’envenime. Tito marque des points. Tito devient arrogant, fait arrêter des citoyens soviétiques et l’on parle de la création à Belgrade d’un comité anti-Kominform.

Par ailleurs, il a sollicité de négocier avec l’Italie au sujet de Trieste, et parle des bons rapports avec Rome. Les Italiens paraissent très satisfaits de l’évolution de la situation. De plus, on déclare à Belgrade que le décret du Saint-Office contre le communisme ne concerne pas la Yougoslavie. On parle aussi ouvertement de délivrer la Bulgarie et l’Albanie du joug soviétique.

L’évolution parait rapide et un peu inquiétante. La riposte pourrait venir.

 

L’antisémitisme en U.R.S.S.

Nous avons signalé à nos lecteurs le brusque déchaînement de persécutions contre les Juifs en U.R.S.S. Non seulement contre les sionistes qui sont arrêtés comme réactionnaires aux ordres de Washington, mais les simples Israélites qui sont parqués et déportés en Sibérie par milliers après avoir été dépouillés de leurs maigres biens. Staline ne veut pas être en reste avec Hitler. De plus, la plupart des Juifs qui occupèrent des postes importants en U.R.S.S. et dans les états satellites sont systématiquement liquidés. Voilà de quoi faire réfléchir les amis israélites du bolchévisme.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-07-30 – Truman en Action

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Le Courrier d’Aix – 1949-07-30 – La Vie Internationale.

 

Truman en Action

 

La scène internationale est en train de changer d’aspect, grâce à l’action particulièrement énergique et jusqu’ici réussie du président Truman. Bien que les chiffres de l’activité économique américaine soient toujours défavorables, la psychose de dépression paraît enrayée, et depuis un mois les cours remontent. Cet optimisme des financiers s’étend aux bourses européennes. La crise britannique elle-même pourrait devenir moins aiguë si la tendance persistait. C’est aux déclarations de Truman que ce nouvel élan doit sa force. Aura-t-il raison contre les tendances naturelles ? Les facteurs psychologiques modifieront-ils les facteurs, en apparence plus proprement matériels, c’est fort possible.

Sur le plan politique, Truman et Acheson poursuivent leur programme avec célérité et pressent le Congrès et l’opinion à des mesures qui rencontrent une résistance  qu’il s’agit de briser.

Le Pacte Atlantique vote malgré le nouvel isolationnisme du sénateur Taft et de ses amis ; il faut faire accepter et mettre en œuvre le plan d’assistance militaire aux nations européennes. Truman veut enlever un vote immédiat avant le départ en vacances du Congrès. Le Congrès se cabre, mais devra céder, en partie du moins. Si les quatorze cents millions de dollars ne sont pas acceptés, une aide provisoire sera consentie, et le plan fonctionnera.

 

La Politique de l’U.R.S.S.

On croirait que l’U.R.S.S. cherche à appuyer l’action du président Manouilsky,  le représentant ukrainien n’a-t-il pas fait entendre que la bombe atomique n’est plus un monopole américain ? Bluff, sans doute, mais bien des renseignements portent à croire que l’exclusivité de la bombe ne sera pas de longue durée.

Il est sans exemple d’ailleurs qu’un secret de technique militaire ou industrielle ait été longtemps le privilège d’un seul. Les forces guerrières des deux camps seront bientôt à armes égales. Il faut faire vite. Et cela pèse fortement sur l’opinion des Etats-Unis.

 

Nuages Orageux

Par ailleurs, la détente qu’on s’est plu à célébrer depuis la levée du blocus de Berlin n’est que superficielle. Les gros nuages ne sont pas dissipés.

La lutte Tito-Kominform devient chaque jour plus aiguë. Les Russes font évacuer les zones frontières de la Yougoslavie et déportent les Hongrois et les Tchèques, les Polonais et même les Ukrainiens qui se trouvent habiter là. Ils établissent une ceinture de sécurité à l’abri des indiscrétions. Ils prennent en main l’organisation des armées satellites reconstituées, renforcées d’éléments politiques et militaires soviétiques sur le modèle de l’armée rouge.

Tito de son côté a fermé la frontière grecque, campé sur cette ligne plusieurs divisions et sur son flanc, semble se préparer à liquider le gouvernement albanais pro-soviétique de Hodja. Les guérillas sont partout très actives.

En Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Ukraine, les bandes armées font des ravages et les Soviets ont fort à faire. Ils ont dû en Roumanie supprimer complètement la liberté individuelle de circuler. Beaucoup d’effervescence en Bulgarie dans les deux camps-

Toute cette partie de l’Europe bouillonne d’autant mieux que le tempérament national et l’habitude l’y pousse. La lutte religieuse, et maintenant l’antisémitisme violent auquel les Soviets se livrent depuis peu, ajoutent aux passions.

 

Propagande

De façon générale, la radio et la presse russes nous font assister à un raidissement progressif et accéléré du pouvoir soviétique. Un chauvinisme exalté, un militarisme tout semblable à celui de Guillaume II et d’Hitler, une xénophobie vitupérante qui tourne au ridicule. Voilà tout ce que nous entendons quand nous prêtons l’oreille chaque jour aux « partisans de la paix ». La propagande soviétique à l’intérieur n’a jamais atteint ce degré d’échauffement nationaliste.

Si le ton de la grande et petite presse américaine est beaucoup moins élevé, elle s’entend à merveille à composer des entrefilets destinés à faire passer le frisson de la peur des armements soviétiques. Les discours enflammés de la Place Rouge sont en bonne place. Le nombre des avions, des sous-marins et des tanks est complaisamment reproduit. L’opinion est invitée à ne pas se reposer sur la puissance atomique comparée à la ligne Maginot, etc… etc…

 

En Chine

Le problème chinois est pour le département d’Etat un sujet de gros souci. On n’a plus d’illusion sur Mao Tsé Toung et l’on ne peut plus faire fond sur Tchang-Kaï-Chek dont les armées s’effondrent l’une après l’autre. Canton, dernier bastion avant la montagne est menacé par la rapide avance des communistes. Le Congrès américain reproche violemment au gouvernement de n’avoir pas de politique en Chine. Mais devant  une situation aussi critique, laquelle peut-il suivre ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-07-23 – L’Anathème

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Le Courrier d’Aix – 1949-07-23 – La Vie Internationale.

 

L’Anathème

 

L’excommunication du communisme par le Saint-Office vient au moment où la persécution anti-religieuse en Tchécoslovaquie prend le caractère d’une lutte à mort entre l’Église et le Bolchévisme. Elle n’ajoute rien aux encycliques qui condamnaient déjà la doctrine, mais elle aura dans les consciences et sur la scène politique un retentissement solennel.

L’Église n’a jamais condamné en vain. Aucun des régimes qu’elle a frappés n’a survécu longtemps. Ses décisions sont toujours arrivées après avoir été longuement muries, à l’heure où la marée a cessé de croître, où commence le reflux et toujours elles ont précipité les événements. D’autres indices font penser que nous sommes à ce moment-là.

 

Les Répercussions dans le Monde

La condamnation, quoique attendue à néanmoins provoqué un certain effroi et jusque chez les communistes une gêne inquiète. En Hongrie et en Pologne, c’est la consigne du silence. A Prague au contraire, c’est la terreur et la menace. En Italie, où la confusion entre la foi chrétienne et le communisme est encore profonde dans les âmes simples, le décret va soulever de telles difficultés individuelles que les commentaires des deux côtés sont prudents. En France, les répercussions paraissent très limitées ; le point était fait par la plupart des chrétiens. Dans les pays anglo-saxons, et particulièrement aux Etats-Unis où la question religieuse joue un rôle important dans la vie sociale, le décret a été ressenti avec satisfaction par tous ceux (et ils sont nombreux) qui hésitaient à se porter adversaires d’un mouvement qui a pas mal de sympathies secrètes : le communisme apparaissant condamnable dans ses méthodes mais justifiable dans sa lutte apparente contre la tyrannie de l’argent.

Enfin, il incitera beaucoup de communistes convaincus en Europe centrale et ailleurs à se détacher de l’autorité moscovite pour concilier leurs scrupules religieux avec, une attitude économique et sociale qui, dégagée de toute idéologie n’est pas en soi incompatible avec la foi.

Tito, très habilement d’ailleurs, recevait les représentants des diverses confessions, tandis qu’on les emprisonne à Prague.

 

Tito

Cette lutte à mort, elle aussi, entre Tito et le Kominform prend un caractère de plus en plus ouvert depuis le discours du Maréchal. Tout en restant fidèle, en principe, à la doctrine communiste, c’est lui qui condamne le bolchévisme russe comme une déviation de la doctrine sur le plan économique et politique. Il entend prendre la position la plus avantageuse pour les intérêts yougoslaves. Bien qu’il prétende que le prêt des Etats-Unis ne comporte pas de conditions politiques, la fermeture de la frontière qui touche à la Grèce et qui prive les rebelles grecs d’un important point d’appui, prouve le contraire.

Sur la question autrichienne, s’il maintient le droit, il cède en fait ; pour ce qui est de Trieste, l’introduction du Dinar dans la zone B occupée par les yougoslaves n’est en réalité qu’une prise de position en vue d’un marchandage direct avec l’Italie.

 

La Retraite de Cripps

Il n’y aura pas de coup de théâtre, disions-nous, et cependant Sir Stafford Cripps va faire en Suisse une cure de six semaines pour rétablir sa santé. Bien que les Anglais maintiennent qu’il ne s’agit pas là d’une maladie diplomatique, on ne fera croire à personne que ce ne soit, tout au moins au cas où la position de Cripps se trouverait intenable en septembre au moment de la conférence du Fonds Monétaire, un excellent prélude à la démission du Chancelier. Cette démission n’est pas certaine ; elle est simplement rendue possible en cas de nécessité.

D’ici là, les Anglais veulent voir venir et savoir quelles chances le plan du Chancelier peut avoir auprès des Dominions et des Etats-Unis. L’un de ces plans aboutirait à la cartellisation des matières premières essentielles dans le monde et distribuables sans conversion de devises. Le problème du déficit en dollar serait ainsi en partie résolu. Ce plan coïncide avec le programme socialiste et favoriserait particulièrement le Sterling. Il n’est pas probable que les Etats-Unis l’acceptent pour le moment. On en viendra peut-être à une solution analogue plus tard, quand les dirigeants de l’Angleterre auront changé.

 

Le Discours Truman

On n’a pas accordé au récent rapport du président Truman toute l’attention qu’il mérite. Il contient une affirmation capitale qui, si elle prenait un sens pratique, aurait sur l’orientation économique du monde de demain une influence primordiale. Ce serait une révolution.

En substance, Truman condamne une politique qui consisterait à adapter la production à la demande du consommateur, c’est-à-dire à restreindre l’une dès que l’autre – comme c’est le cas – donne des signes de saturation ; ce qui a été fait jusqu’ici bon gré, mal gré, chaque fois qu’une crise s’est produite. Truman veut au contraire que l’expansion de la production continue contre vents et marées, parce que toute restriction de la production précipiterait la crise au lieu de l’amortir peu à peu. Que fera-t-on alors des marchandises excédentaires et comment empêchera-t-on la chute des prix qui en faisant travailler les producteurs à perte les contraint à arrêter le travail ? Il n’y a qu’une solution : distribuer gratuitement les surplus aux peuples qui peuvent les absorber et peut-être même aux individus qui ne peuvent pas les acheter.

L’Économie distributrice serait-elle en marche ? Quel appui inattendu pour ses partisans que celui du président Truman !

 

                                                                                                       CRITON

 

Criton – 1949-07-16 – Socialisme et Liberté

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Le Courrier d’Aix – 1949-07-16 – La Vie Internationale.

 

Socialisme et Liberté

 

C’est toujours le problème anglais qui préoccupe le monde : lutte de la Livre contre le Dollar, du travaillisme contre la liberté des échanges, des masses laborieuses britanniques contre un réformisme opprimant et inefficace.

 

Trois Aspects de la Crise Anglaise

Ce sont là trois aspects de la crise qui ne sont pas étroitement solidaires.

Comment évolue la situation ? D’abord les entretiens Snyder-Cripps n’ont rien conclu. Le chancelier de l’Echiquier consulte à présent les Dominions. Il sait que la zone monétaire Sterling qui couvre une large partie du globe ne peut et ne veut abandonner les avantages de sa position. Tous ces pays sont débiteurs ; tous ont besoin de dollars et voudraient pouvoir s’en passer ; tous sentent que s’ils restent unis sur le plan financier, ils peuvent obliger les Etats-Unis à payer cher la conservation de marchés énormes qui leur sont indispensables. Dans sa résistance, Sir Stafford Cripps a beaucoup d’alliés, et même dans les rangs conservateurs. Il existe un certain patriotisme de la Livre, une jalousie nationale contre l’emprise américaine.

Cette lutte peut avoir de funestes conséquences : un refroidissement des relations politiques anglo-américaines mettrait la paix en danger. Une division de la planète en trois territoires économiques étanches : le Soviétique, le Britannique et l’Américain, retarderait, s’il ne la rendait impossible, la restauration de la prospérité mondiale.

Cette tendance à la division n’est malheureusement pas facilement évitable. Depuis deux ans, on ne parle que d’union européenne, d’union douanière, d’abaissement de tarifs : le Benelux, l’unité Franco-italienne, le conseil européen. Or, nous l’avons répété, contre ces bonnes intentions jouent la plupart des forces politiques sociales et commerciales présentes, et les timides réalisations concrètes qu’on avait essayées, sont en train de fondre.

Le Benelux en particulier qui ne fut jamais qu’une façade est à l’agonie. La Hollande découragée retournerait au bloc sterling ; quant à l’union Franco-italienne, nous avons dit quel paradoxe économique elle représente.

On ne rétablira la circulation générale qu’en faisant sauter à la fois toutes les barrières et tous les blocs. Il n’y en aura qu’un seul au monde ou il ne restera, bon gré, mal gré, qu’une mosaïque d’autarcies qui consolidera la misère.

 

Le Rôle du Socialisme

La force politique qui lutte en ce moment dans tous les pays pour cette autarcie, pour un nationalisme étroit et fermé, ce ne sont pas les traditionnels réactionnaires, ceux-là sont devenus internationalistes ; c’est le socialisme, autrefois le promoteur et l’apôtre de l’internationale ; Cripps en Angleterre ou Schumacher en Allemagne ; les leaders belges, français et italiens partout où le socialisme a survécu sa politique étroitement dirigiste, son protectionnisme ouvrier contre les mouvements de la main-d’œuvre l’ont obligé à renier sa foi et à devenir le foyer des particularismes nationaux, le protecteur involontaire des intérêts localisés, le défenseur des petits privilèges, l’obstacle principal aux grands courants, aux transformations économiques, au progrès, au mouvement.

C’est ce qui explique cette épidémie de grèves qui se prolonge en Angleterre. M. Attlee accuse le communisme. Il fait proclamer par le roi l’état « d’exception » pour mâter les dockers. Mais ceux-ci trouvent des alliés dans toutes les corporations et la grève s’étend au lieu de s’éteindre ; l’Anglais n’aime pas la manière forte contre ses libertés.

En réalité, on a vite fait d’accuser le communisme pour excuser ses propres fautes ; le communisme ne se développe que sur des sociétés stagnantes, démoralisées, appauvries. Les grèves en Angleterre sont plutôt l’expression du malaise général, une protestation plus ou moins consciente contre un régime pesant et inefficace. Cela pourrait en effet aboutir à la prolifération du communisme. Le Travaillisme s’appuie en ce moment sur la coalition d’intérêts que constitue le bloc sterling pour ramener à lui des forces qui le sauveraient du désastre.

Du côté américain, on paraît plutôt s’en tenir à la défensive et au compromis. Snyder a dû se rendre compte qu’il ne servirait pas la cause commune en précipitant l’effondrement d’un système économique aussi vaste. Il n’en a d’ailleurs jamais été question. On voit mal cependant quelle sorte de solution satisfaisante pourrait intervenir. Pour notre part, dans le domaine financier et commercial, nous n’en voyons aucune. Le temps et le hasard en pourront peut-être proposer.

 

Extrême-Orient

Les récentes déclarations de Mao Tsé Toung ont levé bien des doutes qui étaient récemment permis. Le communisme chinois, c’est bien le communisme, et le lien avec Moscou politique et idéologique n’est plus contestable. Ces déclarations ont provoqué une certaine surprise aux Etats-Unis et quelque mauvaise humeur. Chang-Kaï-Chek en a profité pour rentrer en scène. Il cherche à se mettre à la tête de la coalition anti-communiste d’Extrême-Orient. On a beaucoup commenté la rencontre du généralissime avec le président Quirino des Philippines ; à rapprocher de l’appui officiel donné par les Etats-Unis à Bao Dai, du succès des pourparlers de paix en Indonésie où les Américains ont joué un rôle prépondérant.

On s’oriente, comme il était inévitable, vers la formation d’un cordon sanitaire anti-Kominform en Asie. Solution qui n’enchante personne mais n’offre de choix ; l’attitude des communistes chinois est-elle une habileté ? leur est-elle imposée par conviction ou pression de Moscou ? Ce qui est sûr, c’est que la guerre civile va reprendre et malheureusement nous savons déjà qu’à Moscou comme à Washington, cette solution n’est pas pour déplaire.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-07-09 – La Bataille de la Livre

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Le Courrier d’Aix – 1949-07-09 – La Vie Internationale.

 

La Bataille de la Livre

 

Le voyage en Europe du ministre américain des finances, Snyder, les allées et venues des experts, le discours aux Communes de Sir Stafford Cripps sur la chute rapide des réserves britanniques, indiquent qu’un vaste plan de restauration monétaire est en mouvement. Le gouvernement travailliste lutte pied à pied, car la faillite monétaire signifie la fin du régime politique. Cependant, pour que les échanges se rétablissent, il faut que l’autarcie financière et commerciale cesse, et que le bloc sterling se désagrège ou s’intègre dans un système général de paiements impliquant la libre convertibilité des monnaies.

Les Anglais savent bien que la Livre doit être dévaluée et qu’aucun des remèdes proposés par le Ministre ne résiste à l’examen. Cripps essaie d’amener les Etats-Unis à soutenir la Livre en menaçant de réduire les achats anglais en Amérique, ce qui aggraverait la crise. Mais il n’ignore pas que dans ce cas, les exportations britanniques tomberaient encore ……

 

Le Plan Snyder

Les Américains ont un plan, on le devine, bien que beaucoup de points restent obscurs. Il n’y aura pas de coup de théâtre. De longs mois seront nécessaires pour amener les choses à maturité, car les Etats-Unis ne veulent pas provoquer dans l’opinion anglaise des réactions brutales et préfèrent détourner les travaillistes des solutions désespérées. Tôt ou tard, la Livre perdra sa situation de monnaie privilégiée. Elle sera une devise parmi d’autres, et l’Angleterre sortie de son isolement séculaire, un membre dans la communauté des nations.

 

La Crise

La « récession » aux Etats-Unis se poursuit à un rythme prévu qui n’a rien d’alarmant. Le président Truman hésite à proposer des remèdes ; il n’en manque pas ; le difficile est de choisir le bon. L’économie est une matière où il faut se persuader qu’on sait encore peu de choses et les risques d’erreur sont énormes, l’exemple de l’Angleterre est là pour le faire sentir.

Nos lecteurs se rappellent qu’en mars Sir Stafford Cripps se vantait du redressement de la balance des comptes britannique ! Nous avions alors exprimé notre scepticisme. Trois mois ont suffi pour que la situation change du tout au tout et pourtant, le « brain trust » britannique ne manque pas d’experts.

Les Etats-Unis réussiront à harmoniser l’économie mondiale s’ils y mettent le prix. Tout est là. Parmi les mesures essentielles figurent le relèvement du prix de l’or et la redistribution du métal précieux stérile dans les caves de Fort Knox, et cela en dépit des avantages que les Russes peuvent en tirer. Il faut aussi constituer un fonds de stabilisation des changes d’un montant suffisamment impressionnant pour n’avoir pas besoin de s’en servir. Il faut de larges investissements dans les pays à développer, sans esprit de profit immédiat. Il faut un large prêt-bail d’armement. Tout cela est énorme : le Congrès américain aura-t-il le courage ? tout peut échouer si la dose à administrer est insuffisante. En matière économique comme en affaires militaires, il faut frapper fort et vite.

 

En U.R.S.S.

Naturellement les difficultés économiques des pays d’occident remplissent les cœurs soviétiques d’espérances. Les Russes poussent de toutes leurs forces à les aggraver. Les grèves non officielles qui paralysent le commerce britannique sont, d’après M. Attlee lui-même, l’œuvre des communistes.

Cependant, la position de l’U.R.S.S. donne des signes de faiblesse. Vichinsky, dans un curieux discours, proclame le succès de la diplomatie soviétique dans les négociations de Paris sur l’Allemagne, tout en faisant prévoir qu’il leur faudra céder encore un peu de terrain. En fait, il n’y a eu à Paris ni vainqueur, ni vaincu, car on n’a pas conclu grand-chose. Le blocus de Berlin a pris fin, et c’est tout.

 

Tito

D’un côté la persécution contre l’Eglise catholique se poursuit à Prague, malgré l’opposition des fidèles et des rencontres sanglantes de la police et des paysans slovaques. Les maquis se multiplient partout.

De l’autre côté de la frontière, Tito tient bon malgré une propagande impitoyable dans les rangs de ses fidèles. D’après certains bruits, non seulement la lutte entre le Kominform et le Maréchal irait en s’intensifiant, mais on se demande si les Russes ne sont pas prêts à une intervention armée pour abattre le rebelle, ce qui expliquerait la mise en sommeil de la guerre froide sur le front allemand et autrichien.

Ce n’est là qu’une hypothèse, dont nous avions déjà parlé au printemps. Les conséquences d’une guerre ouverte entre l’U.R.S.S. et la Yougoslavie seraient telles qu’on hésite à y croire. Tito cependant, sans avouer qu’il a recours à l’aide américaine, reçoit en secret des armes et des crédits et pour se couvrir du côté bulgare, offre la paix au gouvernement d’Athènes.

Ce qui peut faire hésiter Moscou, c’est le développement rapide d’une résistance clandestine dans les rangs mêmes de l’armée rouge. Les méthodes du bolchévisme se retournent contre lui. Parmi les troupes russes, des tracts circulent. Staline et le régime y sont violemment pris à partie. Il y a beaucoup de Titistes parmi les soldats. Les symptômes d’un affaiblissement moral du stalinisme en Russie même, apparaissent pour la première fois au grand jour. Ce n’est pas encore très grave, mais ce signe ajouté à d’autres, montre que les difficultés de l’U.R.S.S. augmentent, ce qui explique une politique plus prudente.

 

                                                                                  CRITON