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Le Courrier d’Aix – 1949-07-16 – La Vie Internationale.
Socialisme et Liberté
C’est toujours le problème anglais qui préoccupe le monde : lutte de la Livre contre le Dollar, du travaillisme contre la liberté des échanges, des masses laborieuses britanniques contre un réformisme opprimant et inefficace.
Trois Aspects de la Crise Anglaise
Ce sont là trois aspects de la crise qui ne sont pas étroitement solidaires.
Comment évolue la situation ? D’abord les entretiens Snyder-Cripps n’ont rien conclu. Le chancelier de l’Echiquier consulte à présent les Dominions. Il sait que la zone monétaire Sterling qui couvre une large partie du globe ne peut et ne veut abandonner les avantages de sa position. Tous ces pays sont débiteurs ; tous ont besoin de dollars et voudraient pouvoir s’en passer ; tous sentent que s’ils restent unis sur le plan financier, ils peuvent obliger les Etats-Unis à payer cher la conservation de marchés énormes qui leur sont indispensables. Dans sa résistance, Sir Stafford Cripps a beaucoup d’alliés, et même dans les rangs conservateurs. Il existe un certain patriotisme de la Livre, une jalousie nationale contre l’emprise américaine.
Cette lutte peut avoir de funestes conséquences : un refroidissement des relations politiques anglo-américaines mettrait la paix en danger. Une division de la planète en trois territoires économiques étanches : le Soviétique, le Britannique et l’Américain, retarderait, s’il ne la rendait impossible, la restauration de la prospérité mondiale.
Cette tendance à la division n’est malheureusement pas facilement évitable. Depuis deux ans, on ne parle que d’union européenne, d’union douanière, d’abaissement de tarifs : le Benelux, l’unité Franco-italienne, le conseil européen. Or, nous l’avons répété, contre ces bonnes intentions jouent la plupart des forces politiques sociales et commerciales présentes, et les timides réalisations concrètes qu’on avait essayées, sont en train de fondre.
Le Benelux en particulier qui ne fut jamais qu’une façade est à l’agonie. La Hollande découragée retournerait au bloc sterling ; quant à l’union Franco-italienne, nous avons dit quel paradoxe économique elle représente.
On ne rétablira la circulation générale qu’en faisant sauter à la fois toutes les barrières et tous les blocs. Il n’y en aura qu’un seul au monde ou il ne restera, bon gré, mal gré, qu’une mosaïque d’autarcies qui consolidera la misère.
Le Rôle du Socialisme
La force politique qui lutte en ce moment dans tous les pays pour cette autarcie, pour un nationalisme étroit et fermé, ce ne sont pas les traditionnels réactionnaires, ceux-là sont devenus internationalistes ; c’est le socialisme, autrefois le promoteur et l’apôtre de l’internationale ; Cripps en Angleterre ou Schumacher en Allemagne ; les leaders belges, français et italiens partout où le socialisme a survécu sa politique étroitement dirigiste, son protectionnisme ouvrier contre les mouvements de la main-d’œuvre l’ont obligé à renier sa foi et à devenir le foyer des particularismes nationaux, le protecteur involontaire des intérêts localisés, le défenseur des petits privilèges, l’obstacle principal aux grands courants, aux transformations économiques, au progrès, au mouvement.
C’est ce qui explique cette épidémie de grèves qui se prolonge en Angleterre. M. Attlee accuse le communisme. Il fait proclamer par le roi l’état « d’exception » pour mâter les dockers. Mais ceux-ci trouvent des alliés dans toutes les corporations et la grève s’étend au lieu de s’éteindre ; l’Anglais n’aime pas la manière forte contre ses libertés.
En réalité, on a vite fait d’accuser le communisme pour excuser ses propres fautes ; le communisme ne se développe que sur des sociétés stagnantes, démoralisées, appauvries. Les grèves en Angleterre sont plutôt l’expression du malaise général, une protestation plus ou moins consciente contre un régime pesant et inefficace. Cela pourrait en effet aboutir à la prolifération du communisme. Le Travaillisme s’appuie en ce moment sur la coalition d’intérêts que constitue le bloc sterling pour ramener à lui des forces qui le sauveraient du désastre.
Du côté américain, on paraît plutôt s’en tenir à la défensive et au compromis. Snyder a dû se rendre compte qu’il ne servirait pas la cause commune en précipitant l’effondrement d’un système économique aussi vaste. Il n’en a d’ailleurs jamais été question. On voit mal cependant quelle sorte de solution satisfaisante pourrait intervenir. Pour notre part, dans le domaine financier et commercial, nous n’en voyons aucune. Le temps et le hasard en pourront peut-être proposer.
Extrême-Orient
Les récentes déclarations de Mao Tsé Toung ont levé bien des doutes qui étaient récemment permis. Le communisme chinois, c’est bien le communisme, et le lien avec Moscou politique et idéologique n’est plus contestable. Ces déclarations ont provoqué une certaine surprise aux Etats-Unis et quelque mauvaise humeur. Chang-Kaï-Chek en a profité pour rentrer en scène. Il cherche à se mettre à la tête de la coalition anti-communiste d’Extrême-Orient. On a beaucoup commenté la rencontre du généralissime avec le président Quirino des Philippines ; à rapprocher de l’appui officiel donné par les Etats-Unis à Bao Dai, du succès des pourparlers de paix en Indonésie où les Américains ont joué un rôle prépondérant.
On s’oriente, comme il était inévitable, vers la formation d’un cordon sanitaire anti-Kominform en Asie. Solution qui n’enchante personne mais n’offre de choix ; l’attitude des communistes chinois est-elle une habileté ? leur est-elle imposée par conviction ou pression de Moscou ? Ce qui est sûr, c’est que la guerre civile va reprendre et malheureusement nous savons déjà qu’à Moscou comme à Washington, cette solution n’est pas pour déplaire.
CRITON