Criton – 1949-07-23 – L’Anathème

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Le Courrier d’Aix – 1949-07-23 – La Vie Internationale.

 

L’Anathème

 

L’excommunication du communisme par le Saint-Office vient au moment où la persécution anti-religieuse en Tchécoslovaquie prend le caractère d’une lutte à mort entre l’Église et le Bolchévisme. Elle n’ajoute rien aux encycliques qui condamnaient déjà la doctrine, mais elle aura dans les consciences et sur la scène politique un retentissement solennel.

L’Église n’a jamais condamné en vain. Aucun des régimes qu’elle a frappés n’a survécu longtemps. Ses décisions sont toujours arrivées après avoir été longuement muries, à l’heure où la marée a cessé de croître, où commence le reflux et toujours elles ont précipité les événements. D’autres indices font penser que nous sommes à ce moment-là.

 

Les Répercussions dans le Monde

La condamnation, quoique attendue à néanmoins provoqué un certain effroi et jusque chez les communistes une gêne inquiète. En Hongrie et en Pologne, c’est la consigne du silence. A Prague au contraire, c’est la terreur et la menace. En Italie, où la confusion entre la foi chrétienne et le communisme est encore profonde dans les âmes simples, le décret va soulever de telles difficultés individuelles que les commentaires des deux côtés sont prudents. En France, les répercussions paraissent très limitées ; le point était fait par la plupart des chrétiens. Dans les pays anglo-saxons, et particulièrement aux Etats-Unis où la question religieuse joue un rôle important dans la vie sociale, le décret a été ressenti avec satisfaction par tous ceux (et ils sont nombreux) qui hésitaient à se porter adversaires d’un mouvement qui a pas mal de sympathies secrètes : le communisme apparaissant condamnable dans ses méthodes mais justifiable dans sa lutte apparente contre la tyrannie de l’argent.

Enfin, il incitera beaucoup de communistes convaincus en Europe centrale et ailleurs à se détacher de l’autorité moscovite pour concilier leurs scrupules religieux avec, une attitude économique et sociale qui, dégagée de toute idéologie n’est pas en soi incompatible avec la foi.

Tito, très habilement d’ailleurs, recevait les représentants des diverses confessions, tandis qu’on les emprisonne à Prague.

 

Tito

Cette lutte à mort, elle aussi, entre Tito et le Kominform prend un caractère de plus en plus ouvert depuis le discours du Maréchal. Tout en restant fidèle, en principe, à la doctrine communiste, c’est lui qui condamne le bolchévisme russe comme une déviation de la doctrine sur le plan économique et politique. Il entend prendre la position la plus avantageuse pour les intérêts yougoslaves. Bien qu’il prétende que le prêt des Etats-Unis ne comporte pas de conditions politiques, la fermeture de la frontière qui touche à la Grèce et qui prive les rebelles grecs d’un important point d’appui, prouve le contraire.

Sur la question autrichienne, s’il maintient le droit, il cède en fait ; pour ce qui est de Trieste, l’introduction du Dinar dans la zone B occupée par les yougoslaves n’est en réalité qu’une prise de position en vue d’un marchandage direct avec l’Italie.

 

La Retraite de Cripps

Il n’y aura pas de coup de théâtre, disions-nous, et cependant Sir Stafford Cripps va faire en Suisse une cure de six semaines pour rétablir sa santé. Bien que les Anglais maintiennent qu’il ne s’agit pas là d’une maladie diplomatique, on ne fera croire à personne que ce ne soit, tout au moins au cas où la position de Cripps se trouverait intenable en septembre au moment de la conférence du Fonds Monétaire, un excellent prélude à la démission du Chancelier. Cette démission n’est pas certaine ; elle est simplement rendue possible en cas de nécessité.

D’ici là, les Anglais veulent voir venir et savoir quelles chances le plan du Chancelier peut avoir auprès des Dominions et des Etats-Unis. L’un de ces plans aboutirait à la cartellisation des matières premières essentielles dans le monde et distribuables sans conversion de devises. Le problème du déficit en dollar serait ainsi en partie résolu. Ce plan coïncide avec le programme socialiste et favoriserait particulièrement le Sterling. Il n’est pas probable que les Etats-Unis l’acceptent pour le moment. On en viendra peut-être à une solution analogue plus tard, quand les dirigeants de l’Angleterre auront changé.

 

Le Discours Truman

On n’a pas accordé au récent rapport du président Truman toute l’attention qu’il mérite. Il contient une affirmation capitale qui, si elle prenait un sens pratique, aurait sur l’orientation économique du monde de demain une influence primordiale. Ce serait une révolution.

En substance, Truman condamne une politique qui consisterait à adapter la production à la demande du consommateur, c’est-à-dire à restreindre l’une dès que l’autre – comme c’est le cas – donne des signes de saturation ; ce qui a été fait jusqu’ici bon gré, mal gré, chaque fois qu’une crise s’est produite. Truman veut au contraire que l’expansion de la production continue contre vents et marées, parce que toute restriction de la production précipiterait la crise au lieu de l’amortir peu à peu. Que fera-t-on alors des marchandises excédentaires et comment empêchera-t-on la chute des prix qui en faisant travailler les producteurs à perte les contraint à arrêter le travail ? Il n’y a qu’une solution : distribuer gratuitement les surplus aux peuples qui peuvent les absorber et peut-être même aux individus qui ne peuvent pas les acheter.

L’Économie distributrice serait-elle en marche ? Quel appui inattendu pour ses partisans que celui du président Truman !

 

                                                                                                       CRITON