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Le Courrier d’Aix – 1949-07-30 – La Vie Internationale.
Truman en Action
La scène internationale est en train de changer d’aspect, grâce à l’action particulièrement énergique et jusqu’ici réussie du président Truman. Bien que les chiffres de l’activité économique américaine soient toujours défavorables, la psychose de dépression paraît enrayée, et depuis un mois les cours remontent. Cet optimisme des financiers s’étend aux bourses européennes. La crise britannique elle-même pourrait devenir moins aiguë si la tendance persistait. C’est aux déclarations de Truman que ce nouvel élan doit sa force. Aura-t-il raison contre les tendances naturelles ? Les facteurs psychologiques modifieront-ils les facteurs, en apparence plus proprement matériels, c’est fort possible.
Sur le plan politique, Truman et Acheson poursuivent leur programme avec célérité et pressent le Congrès et l’opinion à des mesures qui rencontrent une résistance qu’il s’agit de briser.
Le Pacte Atlantique vote malgré le nouvel isolationnisme du sénateur Taft et de ses amis ; il faut faire accepter et mettre en œuvre le plan d’assistance militaire aux nations européennes. Truman veut enlever un vote immédiat avant le départ en vacances du Congrès. Le Congrès se cabre, mais devra céder, en partie du moins. Si les quatorze cents millions de dollars ne sont pas acceptés, une aide provisoire sera consentie, et le plan fonctionnera.
La Politique de l’U.R.S.S.
On croirait que l’U.R.S.S. cherche à appuyer l’action du président Manouilsky, le représentant ukrainien n’a-t-il pas fait entendre que la bombe atomique n’est plus un monopole américain ? Bluff, sans doute, mais bien des renseignements portent à croire que l’exclusivité de la bombe ne sera pas de longue durée.
Il est sans exemple d’ailleurs qu’un secret de technique militaire ou industrielle ait été longtemps le privilège d’un seul. Les forces guerrières des deux camps seront bientôt à armes égales. Il faut faire vite. Et cela pèse fortement sur l’opinion des Etats-Unis.
Nuages Orageux
Par ailleurs, la détente qu’on s’est plu à célébrer depuis la levée du blocus de Berlin n’est que superficielle. Les gros nuages ne sont pas dissipés.
La lutte Tito-Kominform devient chaque jour plus aiguë. Les Russes font évacuer les zones frontières de la Yougoslavie et déportent les Hongrois et les Tchèques, les Polonais et même les Ukrainiens qui se trouvent habiter là. Ils établissent une ceinture de sécurité à l’abri des indiscrétions. Ils prennent en main l’organisation des armées satellites reconstituées, renforcées d’éléments politiques et militaires soviétiques sur le modèle de l’armée rouge.
Tito de son côté a fermé la frontière grecque, campé sur cette ligne plusieurs divisions et sur son flanc, semble se préparer à liquider le gouvernement albanais pro-soviétique de Hodja. Les guérillas sont partout très actives.
En Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Ukraine, les bandes armées font des ravages et les Soviets ont fort à faire. Ils ont dû en Roumanie supprimer complètement la liberté individuelle de circuler. Beaucoup d’effervescence en Bulgarie dans les deux camps-
Toute cette partie de l’Europe bouillonne d’autant mieux que le tempérament national et l’habitude l’y pousse. La lutte religieuse, et maintenant l’antisémitisme violent auquel les Soviets se livrent depuis peu, ajoutent aux passions.
Propagande
De façon générale, la radio et la presse russes nous font assister à un raidissement progressif et accéléré du pouvoir soviétique. Un chauvinisme exalté, un militarisme tout semblable à celui de Guillaume II et d’Hitler, une xénophobie vitupérante qui tourne au ridicule. Voilà tout ce que nous entendons quand nous prêtons l’oreille chaque jour aux « partisans de la paix ». La propagande soviétique à l’intérieur n’a jamais atteint ce degré d’échauffement nationaliste.
Si le ton de la grande et petite presse américaine est beaucoup moins élevé, elle s’entend à merveille à composer des entrefilets destinés à faire passer le frisson de la peur des armements soviétiques. Les discours enflammés de la Place Rouge sont en bonne place. Le nombre des avions, des sous-marins et des tanks est complaisamment reproduit. L’opinion est invitée à ne pas se reposer sur la puissance atomique comparée à la ligne Maginot, etc… etc…
En Chine
Le problème chinois est pour le département d’Etat un sujet de gros souci. On n’a plus d’illusion sur Mao Tsé Toung et l’on ne peut plus faire fond sur Tchang-Kaï-Chek dont les armées s’effondrent l’une après l’autre. Canton, dernier bastion avant la montagne est menacé par la rapide avance des communistes. Le Congrès américain reproche violemment au gouvernement de n’avoir pas de politique en Chine. Mais devant une situation aussi critique, laquelle peut-il suivre ?
CRITON