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Le Courrier d’Aix – 1949-08-06 – La Vie Internationale.
Programmes Militaires
La Semaine a été dominée par les entretiens d’Etat-Major, les déplacements à Francfort, à Paris et à Londres des chefs de l’armée américaine. Malgré l’opposition du sénat aux plans d’assistance militaire à l’Europe, le courant d’opinion soutenu par la Maison Blanche emportera l’adhésion du Congrès sur un compromis provisoire, tout au moins.
La Défense de l’Europe
On sent qu’il y a en Europe même pas mal de divergences à aplanir. Un point est acquis ; les Etats-Unis n’abandonneront pas l’Europe occidentale à l’invasion soviétique. Mais l’Etat-Major de Fontainebleau n’est pas d’accord sur les moyens à mettre en œuvre pour rendre la défense efficace, et Français et Anglais cherchent à obtenir le maximum des crédits envisagés.
Les Américains veulent imposer leur plan, connu depuis longtemps, qui consiste à équiper les divisions terrestres françaises d’abord pour soutenir leurs maigres effectifs en Allemagne, l’aviation restant un monopole américain. Mais les Français veulent aussi une aviation, et les Anglais des dollars pour la leur. On marchandera.
De Bonnes Histoires
Les problèmes économiques ne perdent pas pour autant de leur acuité. Les Anglais se sont livrés à une manœuvre invraisemblable ; tandis que le Sénat américain rogne les crédits de l’E.C.A., le gouvernement travailliste, chiffrant son déficit en dollars pour l’année à quelques quinze cents millions, demande froidement que la part britannique soit augmentée de plus de moitié au détriment des autres bénéficiaires.
Cette requête inattendue a été, comme on pense, fraîchement accueillie aussi bien à Paris et Bruxelles qu’à Washington. Si l’on voulait rire aux dépens des économistes, on rappellerait qu’en mars dernier, M. Mayhew, représentant britannique, déclarait que l’Angleterre serait bientôt en état de se passer des crédits américains. Son discours avait plutôt surpris les milieux financiers de New-York, et à Londres même on avait trouvé que Mayhew y allait un peu fort. Trois mois après que le gouffre du déficit s’ouvrait de façon alarmante, on prononce le mot de banqueroute !
Une joie aussi pour les amateurs du dirigisme monétaire : une statistique consciencieuse nous apprend qu’il circule dans le monde trente-sept espèces de Livres sterling tant en billets qu’en comptes bloqués et presque toutes à des cours différents ; la joie est surtout pour les agioteurs qui les compensent agréablement, et la Banque d’Angleterre s’épuise à boucher les fuites dans ce réseau de canaux monétaires, sans y parvenir, bien entendu.
L’Affaire de la Sarre
La France a proposé que la Sarre dont le statut politique ne sera fixé qu’au traité de paix participât à titre indépendant à l’assemblée de l’Europe qui va s’ouvrir à Strasbourg. Les Sarrois paraissaient enchantés de cette proposition. Mais M. Schumacher veillait ; on sait que les socialistes allemands sont devenus de farouches nationalistes : mutilation de l’Allemagne, disent-ils, coup de force français, et de s’en faire un tremplin électoral pour la prochaine consultation.
Derrière eux, leurs confrères en nationalisme, les travaillistes britanniques soutiennent l’unité du Reich et M. Bevin a dû venir à Paris pour arranger l’affaire. Cependant, quand la Sarre a voté pour Hitler, personne à Londres n’est intervenu. Si les Sarrois veulent aujourd’hui, comme en 1935 disposer d’eux-mêmes en sens inverse, les Anglais et Schumacher vont-ils les en empêcher ? Il semble malheureusement que pour ne pas faire échouer la réunion de Strasbourg, la France, une fois de plus, devra s’incliner.
La Conférence Atomique
Une conférence assez mystérieuse a eu lieu aux Etats-Unis. Les Anglais qui se disent, paraît-il, en mesure de fabriquer des bombes atomiques, réclament une révision de l’accord antérieur qui laissait aux Etats-Unis la disposition des gisements d’uranium du Congo belge. Il y a là probablement une manœuvre pour obtenir des avantages financiers plutôt que du minerai. Néanmoins, on devine que les études atomiques sont en progrès si rapides que la bombe ne sera bientôt qu’un article de production courante. Les Anglais voudraient obtenir un stock des bombes américaines pour leur propre défense, mais les Etats-Unis défendent jalousement leur monopole déjà menacé. L’affaire ne parait pas devoir comporter de suites, du moins sur le plan politique.
Tito
L’affaire Tito s’envenime. Tito marque des points. Tito devient arrogant, fait arrêter des citoyens soviétiques et l’on parle de la création à Belgrade d’un comité anti-Kominform.
Par ailleurs, il a sollicité de négocier avec l’Italie au sujet de Trieste, et parle des bons rapports avec Rome. Les Italiens paraissent très satisfaits de l’évolution de la situation. De plus, on déclare à Belgrade que le décret du Saint-Office contre le communisme ne concerne pas la Yougoslavie. On parle aussi ouvertement de délivrer la Bulgarie et l’Albanie du joug soviétique.
L’évolution parait rapide et un peu inquiétante. La riposte pourrait venir.
L’antisémitisme en U.R.S.S.
Nous avons signalé à nos lecteurs le brusque déchaînement de persécutions contre les Juifs en U.R.S.S. Non seulement contre les sionistes qui sont arrêtés comme réactionnaires aux ordres de Washington, mais les simples Israélites qui sont parqués et déportés en Sibérie par milliers après avoir été dépouillés de leurs maigres biens. Staline ne veut pas être en reste avec Hitler. De plus, la plupart des Juifs qui occupèrent des postes importants en U.R.S.S. et dans les états satellites sont systématiquement liquidés. Voilà de quoi faire réfléchir les amis israélites du bolchévisme.
CRITON