Criton – 1946-05-25 – La Politique Américaine

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-25 – Le Chemin de la Paix.

 

Tout ce qu’on peut dire pour ne pas désespérer, c’est que les négociations continuent. Les diplomates anglo-saxons ont dû, parait-il, faire appel à leur légendaire patience pour ne pas claquer les portes. Mais ces négociations, qui dureront tant que durera la paix, ne seront probablement qu’une façade.

 

La Politique Américaine

On sent s’ébaucher dans la coulisse anglo-américaine un statut mondial qui englobera tous les pays que la Russie n’occupe pas : statut politique et économique. Aucune entente n’étant possible avec les Soviets, puisqu’on ne peut les déloger par la force, on leur abandonnera provisoirement toutes leurs conquêtes, tout en entretenant dans les pays asservis par eux une cinquième colonne, comme celle que les Russes entretiennent chez leurs amis et adversaires.

La période qui s’ouvre est celle de la guerre sans combat. Durant cette phase, trois tâches s’imposent aux Anglo-Américains :

D’abord, harmoniser leurs relations mutuelles économiques, militaires et politiques. Ce fut le prêt des Américains aux Anglais, les accords entre dominions et la métropole sur la défense impériale, ceux entre le Canada et les Etats-Unis, entre le Canada et Terre-Neuve relatifs à la défense des lignes polaires.

Secundo, une vaste réorganisation militaire, dont Américains et Anglais avaient un urgent besoin, car la bombe atomique ne suffit pas à gagner une guerre.

Enfin, une mise au point de leurs relations avec les autres pays : on a vu les Anglais régler leur position à l’égard du monde arabe. Ils vont s’efforcer conjointement avec les Etats-Unis, après les élections du 2 juin, de mettre au point leurs relations avec la France. Entre temps, les questions pendantes, la Palestine, le statut de l’Inde, recevront une solution provisoire. Une paix de facto avec l’Italie, à laquelle est associée la France, maintiendra la péninsule dans l’orbite anglo-saxonne. L’alliance anglo-grecque est resserrée ; des vaisseaux de guerre modernes sont offerts aux Hellènes pour leur défense.

Partout on met de l’ordre, en vue des luttes de demain.

 

La Guerre Civile en Iran

Bien qu’on s’efforce de minimiser les combats d’Azerbaïdjan, c’est une véritable guerre qui s’engage entre Peschevari et les Soviets d’une part, et le Gouvernement d’Ispahan, guerre à l’orientale, faite d’intrigues, d’embuscades, de pauses et de coups de force. Cette bouche volcanique ne s’éteindra pas de sitôt.

Les Soviets savent qu’ils ont un an devant eux avant que leurs adversaires soient en mesure de les arrêter. Nul doute qu’ils n’en profitent.

 

Le Problème Allemand

Aucune solution n’a pu être envisagée pour l’Allemagne à la Conférence de Paris. Malgré l’insistance de la France pour obtenir un règlement des frontières occidentales et du statut de la Ruhr, solutions auxquelles les Américains se seraient volontiers prêtés, les Anglais ne veulent pas que la question soit posée.

Plus que jamais, les intérêts français et anglais s’opposent sur la question allemande. Voici pourquoi.

 

Un article du « Times »

Le Times, dans un article qui a fait sensation, a comme d’habitude, lâché le mot de l’énigme. En substance, il signifie ceci :

Puisqu’il n’y a pas de chance d’entente avec l’U.R.S.S., que l’unité allemande ne peut se constituer, coupons l’Allemagne en deux : regroupons les trois zones française, américaine et anglaise en un seul pays. Donnons à ce pays les moyens de vivre et de s’équiper et, ce qu’on n’ajoute pas, faisons-en un allié qui pourra jouer dans la guerre de demain un rôle de premier plan.

On voit dans ce ballon d’essai du Times pourquoi l’Angleterre retarde toujours la solution des questions allemandes et s’oppose aux projets français sur la Sarre et la Ruhr ; se servir de l’Allemagne pour rétablir l’équilibre européen.

 

Les Elections Tchécoslovaques

Les Tchèques vont voter, et ce n’est un mystère pour personne que, depuis l’occupation du pays par l’armée rouge, le parti communiste a fondu.

Les troupes russes ont évacué le territoire, mais à la veille des élections, des régiments de l’armée rouge, sous prétexte de relève, traversent les principales villes du pays. Ce rappel discret de la puissance soviétique fera réfléchir les électeurs – Ah ! Les méthodes de feu Hitler ont été perfectionnées !

 

Le problème alimentaire

Comme nous l’avons dit, le problème alimentaire – est-il ou n’est-il pas aussi grave qu’on le dit ? – a un large aspect politique.

A la suite d’une nouvelle déclaration de Staline, qui annonce la suppression des restrictions alimentaires en U.R.S.S., Truman lui a écrit pour lui demander d’aider les Nations-Unies à sauver l’Europe de la famine. Staline a répondu qu’il avait déjà disposé de ses ressources, et la Russie est absente de toutes les réunions qui se multiplient sur les problèmes de ravitaillement.

La propagande et le prestige moral des Anglo-Saxons se servent largement de cette carence et la soulignent. Car la charité, elle aussi, est une arme. ……

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-05-18 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-18 – Le Chemin de la Paix.

 

Impression très confuse, cependant meilleure. Que s’est-il passé dans les tête-à-tête de Paris ? La Conférence, à la veille d’une rupture, s’est prolongée. On croit sentir une hésitation chez les Russes ; chez les Américains, on parle de crise ministérielle ; diplomate et hommes politiques en désaccord, ces derniers avec Atcheson, voulant qu’on s’entende avec les Russes.

Sur les grandes questions débattues, on ne sait rien de définitif. Nous allons donner cependant quelques indications qui ne sont encore que des hypothèses.

 

La Question d’Egypte et les Colonies Italiennes

Le Gouvernement anglais a annoncé qu’il avait décidé, en accord avec les Ministres de Dominions, l’évacuation militaire de l’Egypte – sensation – pas pour demain, bien sûr, mais en principe. Pratiquement il faudra pour déplacer les installations quelques cinq ans ! Voilà pour le monde arabe une satisfaction majeure.

Oui, mais …  on apprenait le lendemain que la question des colonies italiennes avait reçu un projet de solution. La France, l’Italie et l’Angleterre y trouveraient leur compte : la Tripolitaine resterait sous mandat italien, comme nous le désirions, avec supervision de l’O.N.U. La Cyrénaïque serait sous mandat anglais dans les mêmes conditions, en sorte que, tandis qu’ils évacueraient la base navale d’Alexandrie, les Anglais s’installeraient à Tobrouk, base beaucoup plus sûre et profonde, la plus belle de la Méditerranée orientale. Nous avions toujours pensé que, malgré les promesses de ne chercher aucun agrandissement territorial, les Anglais n’abandonneraient pas Tobrouk.

Par une fiction du même genre, les Anglais s’attribuent la Somalie italienne et la province éthiopienne adjacente de l’Ouganda. Les Abyssins, en compensation, recevraient une partie de l’Erythrée, avec le port d’Assab, situé à quelques milles au Nord de Djibouti. Voilà qui nous plaît moins. Car en raccordant Assab au chemin de fer Djibouti-Addis-Abbeba, le trafic éthiopien ne serait plus tributaire de Djibouti, et le port perdrait toute valeur économique.

 

La Sarre

En compensation, on nous accorde la Sarre. La solution envisagée comble nos espoirs, car le territoire et ses mines seraient pratiquement français. Les habitants désavouant le plébiscite organisé en 1935 par Hitler avec la complicité de Laval, demandent la nationalité française : un nouveau plébiscite s’impose, et rapidement.

Sur la Ruhr, évidemment, le point de vue anglo-saxon l’emporte. Il est possible d’ailleurs qu’il n’en soit pas ainsi. L’indépendance de la Ruhr, politiquement détachée du Reich, aurait été pleine de dangers, et à la longue une source de difficultés et de déceptions.

Qu’auraient obtenu en échange les Russes ? Probablement des concessions dans la question du Danube.

Restent les problèmes du Dodécanèse et de Trieste. Nous ne serions pas surpris, bien qu’on n’en ait jamais parlé, que la ville devienne un jour une ville libre, comme le fut Dantzig, avec contrôle et occupation de l’O.N.U., et port franc en même temps, ce qui permettrait de lui conserver un hinterland assez large, sans trop mécontenter Italiens et Yougoslaves, et autoriserait les Anglo-Saxons à y maintenir des forces. Nous verrons.

 

L’Attitude Russe

On apprenait en même temps que les négociations entre l’Azerbaïdjan et la Perse étaient rompues, et que le Gouvernement de Téhéran refusait de laisser entrer en fonction la mission économique russe prévue par l’accord récent des deux pays. Ici encore les Anglo-Saxons s’entendent pour demeurer fermes.

Les Russes ont-ils compris que leur cause perdait partout du terrain ? Ils n’ont pas davantage répondu à un appel des Arabes pour solliciter leur intervention en Palestine. Sagesse ou prudence ? Les Américains ont-ils avancé des arguments décisifs ?

En tous cas, les expériences militaires ne chôment point : essais de fusées, d’avions à réaction, de bombes atomiques vont se succéder, tandis que les négociateurs de la grande Conférence de la Paix, en juin ou juillet se rassembleront.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-05-11 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-11 – Le Chemin de la Paix.

 

Les négociations internationales se sont poursuivies activement, sans résultat appréciable. L’atmosphère de suspicion mutuelle s’est plutôt épaissie et rien ne fait prévoir un accord.

 

La Conférence de Paris

L’essentiel des pourparlers se déroule dans le secret. Les Russes cherchent à obtenir, par un marchandage concret, des satisfactions sur certains points essentiels comme celui de Trieste.

Les Anglo-Saxons veulent un accord général sur chaque point litigieux traité séparément. Il est hors de doute qu’ils n’entendent pas abandonner Trieste au maréchal Tito.

Sur la question des colonies italiennes, les Anglais se retranchent derrière la promesse faite pendant la guerre aux Senoussis, arabes de l’Afrique du Nord, de ne pas retomber sous la domination italienne. Ils désirent, pour plaire aux Arabes, une Tripolitaine indépendante.

Mais l’opposition des Etats-Unis et de la France leur donnera la faculté de se rallier à la proposition américaine d’un trusteeship de l’O.N.U. sur ces colonies.

Cette solution prévaudra probablement. Elle aura pour les Anglo-Saxons l’avantage d’éluder la présence des Russes en Afrique du Nord.

Les Russes cèderaient moyennant compensation sur un autre point. Mais leurs adversaires sont intransigeants.

 

La Question Allemande

Pour donner plus de poids à sa politique, Byrnes s’est fait accompagner des deux sénateurs les plus influents de la Commission des Affaires Étrangères : Connolly et Vandenberghe.

Appuyé par eux, représentant les deux partis, Démocrate et Républicain, il a lancé son projet de contrôle de l’Allemagne pendant vingt-cinq ans, ce qui signifie que l’Amérique entend manifester sa présence en Europe pendant ce temps.

Cette installation durable de la puissance des E.U. n’est pas du goût des Russes. Elle a été fraîchement accueillie en France et en Angleterre, où l’on désirerait que l’Europe soit rendue aux Européens.

Dans de remarquables articles du « Journal de Genève », Georges Blun, envoyé spécial à Berlin, décrit la compétition des Trois Grands pour s’assurer la faveur des Allemands. Il explique les manœuvres de l’Angleterre pour conserver à l’Allemagne son unité et la disposition de ses ressources industrielles, en particulier la Ruhr, par le désir de maintenir aux exportateurs anglais de charbon les débouchés qu’ils avaient en France et en Belgique, de ne pas perdre en l’Allemagne une cliente importante, et de se servir de cette puissance pour maintenir l’équilibre européen qui fut toujours la politique anglaise. D’où l’opposition britannique renforcée par les Ministres des Dominions aux projets français.

Sur les Russes, Blun écrit : « Les gens du Kremlin sont des maîtres et il faut être naïf pour mettre sur le compte de leur méfiance native ce qui n’est que tactique. Moscou s’efforce de mettre fin, en les escamotant, à l’existence des partis purement communistes qui servaient d’épouvantails en les refondant dans les creusets socialistes consacrés … ». « Leur but est d’instituer la dictature de la classe ouvrière et de soviétiser l’Allemagne tout entière ».

 

Le Referendum Français

Les résultats étaient attendus sans passion par les Anglo-Saxons. D’abord, parce qu’ils ont décidé une fois pour toutes que les querelles intérieures de la France sont vaines et incompréhensibles ; ensuite et surtout parce que, dans la situation financière actuelle de la France, ils savent bien qu’ils tiennent les ficelles. Quel que soit le gouvernement, il ne pourrait rien, privé de matières premières et de crédit.

Dans le Monde européen, au contraire, l’événement a eu un retentissement considérable. On a surtout remarqué que ce sont les masses ouvrières elles-mêmes qui ont fait triompher le « Non ». Révolte, dit-on, de l’individualisme français contre la tyrannie syndicaliste que certaines grèves avaient déjà manifestée.

A Moscou, les dirigeants ont toujours considéré l’ouvrier français comme le plus bourgeois du monde. Ils l’ont toujours méprisé.

A Londres et à New-York, on y voit le signe du déclin de l’influence soviétique. Les Anglais surtout espèrent que ce vote facilitera la cohésion des socialismes occidentaux qu’ils cherchent à rassembler pour en faire un bloc idéologique contre les Soviets.

Il est certain, dit-on, que l’Europe libre refoule rapidement les apprentis dictateurs que Moscou cherchait à installer. Le revirement de la politique française est hautement significatif.

 

Le Procès de Nuremberg

L’interrogatoire du docteur Schacht a éclairci un point d’histoire : C’était en avril 37, après la fameuse entrevue Lansbury-Hitler. On était en pleine guerre d’Espagne, et les Travaillistes anglais menés par Henderson, espéraient sauver la paix par des concessions aux Allemands. C’est alors que Léon Blum offrit à Schacht la restitution des colonies allemandes pour apaiser le Führer. Les Conservateurs anglais, alors au pouvoir, paraissaient consentir. Mais l’affaire tourna court. Le souvenir, néanmoins, est à méditer ….

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-05-04 – La Conférence de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-04 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de la Paix promet d’être longue. Plus d’éclats de voix. On revient au secret, et s’il y a rupture, on pourra amortir le choc.

 

La Conférence de Paris

On est entré en pourparlers avec une extrême prudence. D’abord les problèmes anodins pour créer une ambiance favorable : la flotte italienne, les réparations.

Du côté américain, on prévient qu’on est décidé à mener ferme le jeu, et du côté russe, à certains indices, on semble se rendre compte que l’heure des précautions est venue.

Cependant, le discours du 1er mai de Staline rend un son peu agréable : « l’U.R.S.S est menacée par un complot des forces réactionnaires dans le monde. La sécurité du pays impose la vigilance. Il faut travailler à forger de nouvelles armes, renforcer la discipline … », etc. …

Je voudrais que ceux de nos lecteurs qui nous soupçonnent de partialité aient pu écouter la Radio russe le 1er mai. Les plus prévenus n’auraient pu échapper au malaise : Danton en 1791 et Hitler en 1939, n’ont pas prononcé de discours plus enflammés. On verrait d’où vient l’exaltation belliqueuse.

  • * * * * * * * *

En fait, les problèmes aigus ne tarderont pas à venir en discussion. Trieste d’abord, les colonies italiennes qui nous intéressent tant. Notre point de vue a peu de chance d’être entendu.

Les Américains, très habilement, veulent obliger l’U.R.S.S. à faire connaître son avis sur les frontières occidentales de l’Allemagne. On sait que l’U.R.S.S. veut éviter de se prononcer avant les élections françaises, pour ne pas affaiblir la position de ses candidats chez nous.

Les Anglais, pour d’autres raisons, ne tiennent pas à se presser.

Des élections municipales ont eu lieu en Allemagne, en zones anglaise et américaine. Les démocrates-chrétiens l’emportent haut la main. Les communistes ne dépassent pas 5%.

En zone russe, à quelques lieues, ils atteignaient 47%. Il est vrai qu’on a rouvert les camps de concentration.

 

La Conférence de Londres

A Londres, les représentants des dominions au complet discutent avec le Cabinet britannique de la sécurité de l’Empire.

En prévision de la guerre atomique, les industries militaires anglaises seront déplacées aux quatre coins de l’Empire avec leur personnel. Les grandes lignes de l’action diplomatique seront arrêtées en commun.

Jamais la solidarité des Dominions avec la mère patrie n’a paru si forte.

 

La Situation Intérieure Anglaise

Malgré la popularité de M. Bevin, l’opinion paraît déjà lasse de la direction socialiste. L’alignement de maisons neuves toutes pareillement laides, le nivellement par le bas des revenus, le rétrécissement du secteur privé de l’économie. Cette égalité des destins choque en l’Anglais cet amour de l’aventure, ce goût des espoirs brillants qu’ils nomment « l’opportunity ». C’est elle qui fait les peuples forts.

La lutte pour la vie consacre l’inégalité des talents, brise les limites médiocres de l’horizon social.

On craint que ce régime de fonctionnarisme égalitaire ne mène l’Angleterre, déjà blessée, à la décadence.

 

L’Attitude Américaine

« Il faut enfoncer le rideau de fer », dit-on aux Etats-Unis. Le problème le plus aigu sera l’évacuation de l’Autriche, demandée par les Américains, première étape de la libération de l’Europe.

Les Russes paraissent décidés à s’y opposer ; ce serait un premier recul. Cependant, les Autrichiens veulent revenir à la communauté européenne.

Pourra-t-on négocier ? Parmi les diplomates anglo-saxons chargés des pourparlers avec les Russes, la lassitude est générale de discuter avec des gens qu’on ne convainc jamais, qui remettent tout en question à chaque étape.

Cependant, après un moment d’inquiétude, les Finlandais ont pu traiter avec l’U.R.S.S. comme l’avaient fait les Hongrois. La note était très modérée. L’existence nationale des deux pays ne paraît pas menacée. Tout dépend de la suite qu’y donneront les Soviétiques.

On évolue pratiquement vers un régime de paix séparées entre les vaincus et chacun des deux blocs rivaux.

 

Le Jugement Palestinien

Il est bien dangereux de s’efforcer d’être impartial et de dire à chacun ses défauts. Nous en savons quelque chose.

Les experts qui viennent de publier leur jugement sur le problème palestinien ont mécontenté tout le monde.

Les Arabes sont furieux, et menacent de se révolter. Les Juifs trouvent leurs droits méconnus.

Le résultat probable sera de nouveaux troubles. Mais, comme les Américains veulent en finir avec toutes les agitations, où qu’elles se manifestent, il est probable qu’ils préparent sous le couvert du Trusteeship leur présence militaire.

Tout le monde en sera calmé.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-04-27 – Un Calme Apparent Demeure

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-27 – Le Chemin de la Paix.

 

Un calme apparent demeure. Mais des faits légers révèlent l’antagonisme des rivaux.

 

A l’O.N.U.

Pour ou contre, le maintien à l’ordre du jour de l’affaire persane, la discussion fut rude et passionnée ; la France, soit dans un esprit de conciliation, soit pour répondre à certaines réticences d’outre-Atlantique, a cru devoir soutenir le point de vue russe.

Cette attitude a été très commentée et personne n’a approuvé. Dans l’état de tension des esprits, le rôle d’arbitre présente des dangers, surtout quand on est faible.

 

La Disette alimentaire

C’est le spectre de la famine qui a occupé le gros plan. Une vaste enquête, une organisation d’effort collectif, un assaut de générosité pour aider les peuples en danger ; humanité certes, politique aussi.

Seule jusqu’ici, la Russie s’est refusée à un effort. Elle a bien cédé du blé à la France contre or comptant, mais n’a rien fait pour la Pologne, pays officiellement ami et allié où, d’après le président Hoover, la situation alimentaire est la plus tragique.

C’est le moment choisi par les Soviets pour supprimer en Russie la carte de pain et ouvrir partout de nouvelles boulangeries. Les Anglo-Saxons ont très amplement exploité cette carence. Ils croient avec raison que, en définitive, les grands événements de l’histoire sont déterminés par des facteurs spirituels, et qu’en créant en faveur de leur initiative une solidarité morale, ils fortifient leur position. Ils ont toujours très habilement associé l’action charitable et l’influence politique.

Dans tous les pays où l’attitude morale et religieuse des gouvernants compte, cette aide aux affamés organisée par les Anglo-Américains, contrastant avec l’égoïsme russe, a fait une impression dont, en France où le sens moral est si affaibli, on ne mesure pas l’ampleur.

 

La Conférence de Paris

La réunion des ministres des affaires étrangères s’ouvre dans une ambiance de pessimisme total.

D’un côté, les Américains n’ont pas caché qu’ils envisageraient un échec, de l’autre, les Russes annoncent la veille de la Conférence qu’ils ont signé avec la Hongrie un traité d’amitié et de collaboration, ce qui devait être l’objet des conversations.

 

Les Affaires Allemandes

C’est toujours la fusion socialo-communiste qui agite les esprits. Les députés travaillistes anglais sont allés à Berlin apporter leur réconfort aux sociaux-démocrates, toujours aux abois.

Côté Russe, on fait espérer que, si l’Allemagne se donne au nouveau parti, elle récupèrera une partie des territoires de l’Est promis aux polonais, que la Ruhr resterait allemande ; sinon, on appuierait la France.

D’ailleurs, en prévision des prochaines élections françaises, auxquelles les Russes attachent une grande importance, on évitera tout ce qui peut paraître opposer ces deux pays, après ….

C’est pourquoi les Soviets ne se sont pas prononcés sur le problème Ruhr-Rhénanie bien que leurs intentions en soient pas douteuses …..

 

Un Nouvel Orage

Nous avons dit que les nuées s’amoncelleraient l’une après l’autre.

Après l’Espagne, nous voyons poindre l’Islande ; les Russes ont évacué avec quelque bruit l’île danoise de Bornholm à l’entrée de la Baltique, et prié les Américains d’en faire autant en Islande. Ceux-ci au contraire renforcent leurs bases dans l’ile pour contrecarrer la « menace polaire » que les Russes feraient peser sur les U.S.A.

Du même coup, une brusque campagne, presse et radio, s’est ouverte contre le bloc scandinave. Une conférence, purement économique d’ailleurs, s’était tenue à Oslo.

Les Russes ont feint d’y voir un complot. Ils accusent les sociaux-démocrates suédois inspirés par l’Angleterre, d’intriguer contre eux. Ils arguent de poursuites anti-communistes en Finlande, de camouflage de nazis en Norvège, et de sentiments antirusses des réactionnaires paysans danois.

Cette campagne prépare peut-être une nouvelle action en Finlande. Le ton presque amical à l’égard de ce pays est devenu soudainement agressif ….

 

Une ténébreuse affaire

Toujours entre le marteau et l’enclume, la politique française s’est mis sur les bras un encombrant personnage : le grand Mufti de Jérusalem, ennemi mortel des Anglais, nazi cent pour cent, propagandiste et compagnon d’Hitler et de Goebbels.

Sa situation de chef religieux lui donnait beaucoup d’autorité, et il a créé de gros embarras aux Anglais en Orient pendant la guerre. Ce personnage s’est réfugié quelque part chez nous, et s’y trouve bien.

Les Anglais n’osent pas le réclamer comme criminel de guerre pendant qu’ils négocient avec les musulmans de l’Inde et les autorités égyptiennes. Tout en blâmant notre attitude, ils ne sont pas fâchés, au fond, d’éviter un souci.

Mais les Américains, surtout les milieux juifs (car le Mufti voulait les exterminer tous) sont indignés de cette protection.

Sans doute pense-t-on ici qu’un otage n’est pas de trop si l’on veut prévenir la guerre sainte un jour ou l’autre en Afrique du Nord, et qu’un bienfait peut se retrouver.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1946-04-20 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-20 – Le Chemin de la Paix.

 

Après les grandes représentations publiques de l’O.N.U., voici l’heure des conversations. Les trois grands se réunissent en la personne des Ministres Byrnes, Bevin et Gromyko. Il s’agit de préparer les traites de paix avec les satellites de l’axe. Les États-Unis ont averti que, si l’on ne pouvait aboutir, ils signeraient des traités séparés. On prévoit que ce sera le cas pour l’Italie. De l’Allemagne, malgré les insistances de la France, il ne sera pas question.

 

L’Attitude Américaine

Plus que jamais, les paroles officielles, toujours optimistes, contrastent avec les pensées de plus en plus sombres : l’idée s’implante dans tous les esprits qu’il n’y aura jamais de paix entre le monde Anglo-Saxon et le Soviétique. « La guerre n’est pas finie », dit Eisenhower.

Cette conviction est grave, car si l’Américain, au contraire de l’Anglais, change facilement d’humeur, il ne revient pas plus que lui sur des opinions bien arrêtées. Un article de M. Gilson paru dans le Monde, et qui a fait grand bruit, montre cette évolution rapide de l’opinion américaine.

 

Préparatifs militaires

Sitôt après la victoire, nous l’avons vu, l’armée américaine a subi une crise.

Toutes les secousses données à l’opinion, l’affaire d’espionnage atomique, les discours Churchill, les débats de l’O.N.U. visaient à faire d’abord accepter la conscription. On a agité tous les épouvantails.

Aujourd’hui, c’est l’invasion russe par la voie du Pôle Nord.

Le but est atteint, dépassé même. L’armée se reconstitue et l’on se dit : « S’il n’y a pas moyen de travailler en paix, autant cogner tout de suite tant qu’on est le plus fort ».

 

L’Armée Anders

Partout, côté Russe ou Américain, manœuvres, fortifications, construction de matériel.

De source Suisse, des plus sérieuses, on apprend que les usines allemandes d’armement travaillent à plein pour livrer des V2 et des Taïfun.

Enfin, fait significatif : tandis que les officiels polonais liés à Moscou accusent les Anglais de conserver et d’entraîner l’armée polonaise du général Anders en Italie, voilà que les Etats-Unis offrent à ces mêmes polonais de s’engager dans l’armée américaine. Au bout de trois ans, ils seront citoyens des Etats-Unis. Cette mesure s’étendrait aux soldats yougoslaves de Mikhaïlovitch, aux Russes, Baltes, Autrichiens, Hongrois fugitifs ou déserteurs. A court d’effectifs, les Américains recrutent des mercenaires, comme les Anglais. Et les amateurs ne manqueront pas.

 

Les Réactions Russes

Les hôtes du Kremlin sont trop avertis pour s’y tromper.

Ils ont longtemps ménagé les Américains : cependant, Gromyko et Byrnes ont échangé des mots aigres.

Où cela mène-t-il ?  Nous espérons encore que les Russes, après avoir profité au maximum des circonstances, trouveront une voie de repli qui leur permettra de se poser en champions de la paix.

Le danger est que les choses n’aient pris trop de vitesse. Les chefs alors hésitent quand déjà ils ne sont plus capables de retenir.

Au cas où l’on aboutirait au pire, que se passerait-il ?

Après avoir donné de solennels avertissements, les Américains poseraient des conditions en quelques points à la Russie. L’un d’eux comporterait l’évacuation de toutes les terres non Russes dans le monde, d’autres viseraient la sécurité collective et le désarmement.

En cas de refus, ce serait une démonstration de force, un formidable coup de poing. Après quoi on ne peut rien dire ….

 

Le règlement Allemand  et la Politique Anglaise

Bien entendu, hors la France, tous s’entendent à ajouter indéfiniment le problème allemand.

Le charbon ne nous arrive pas ; on sait à quoi il sert. Le différend entre M. Gouin, qui voulait céder sur le fond, et M. Bidault qui maintient toutes nos exigences, a convaincu les Anglais qu’une entente avec la France n’était pas opportune : on s’en tiendra aux bonnes paroles.

Par contre, le ralliement des forces du socialisme en Europe continue avec vigueur. C’est M. Schumacher, chef de la Social-Démocratie allemande, ardent défenseur de l’unité allemande et anti-communiste, qui est invité à Londres.

Des Sociaux-démocrates bulgares, autrichiens, hongrois, polonais, intriguent également. C’est pourtant un bien mauvais cheval que cette vieille social-démocratie : elle a capitulé partout. Devant chaque dictature, divisée, dispersée, elle s’est tue ou s’est ralliée aux nouveaux maîtres. Son histoire n’est qu’une suite d’abandons.

En Russie, c’est la chute de Kerenski. En Italie, trahisons et reniements, hymnes à Mussolini. En Allemagne, c’est l’acceptation joyeuse de la guerre de Guillaume, l’évanouissement devant Hitler. En France, devant Pétain. Jetons un pudique voile … En Angleterre même, si nous avions la cruauté de publier les discours des ministres travaillistes d’aujourd’hui en 1936 et après Munich !

Pourquoi compliquer de querelles idéologiques une rivalité classique d’impérialismes ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-04-13 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-13 – Le Chemin de la Paix.

 

Le conflit Russo-Persan parait réglé, mais la façon dont il a glissé des mains de l’O.N.U. le caractère secret des accords entre les intéressés, a produit plus de malaise que d’apaisement.

 

Le Discours Truman

Le président Truman est allé à Chicago, citadelle de l’Isolationnisme, pour proclamer que l’O.N.U., œuvre dont les U.S.A. sont responsables, ne se laisserait pas déposséder du devoir de maintenir la paix, que cette paix ne serait pas assurée par les tractations occultes mais par l’autorité unanime et publique de l’opinion représentée par les autorités responsables des Nations, que les Etats-Unis veilleraient à l’ordre international garanti par la force américaine plus que jamais nécessaire.

 

Impression à Londres

L’opinion anglaise s’est aussi insurgée contre l’escamotage du débat Russo-Persan. Et puis voilà aussitôt à l’horizon la requête de la Pologne qui va soulever à l’O.N.U. le problème espagnol et le sort de Franco. La France s’était chargée, bien maladroitement, de soulever le lièvre. Moscou pousse la Pologne en renfort. Et voilà l’O.N.U. à son second embarras.

Cette manière audacieuse de forcer l’action diplomatique inquiète les Anglais qui sentent vivement la situation d’infériorité où les place constamment leur attitude défensive. Il faut, disent-ils, opposer l’action à l’action.

 

La Politique Anglaise

On voit se dessiner deux manœuvres : l’alliance française et la fédération des partis socialistes européens contre le communisme.

C’est en effet, hélas, sur le terrain de la politique intérieure que va se jouer le sort international de la France.

Le voyage de M. Blum à New-York fut entrepris comme la manifestation de l’indépendance du grand parti français – qui s’incarne volontiers avec la France – vis-à-vis de l’influence russe ; hier, c’était le voyage à Milan de M. Lasky ; le grand prêtre du socialisme anglais est allé féliciter M. Nenni, son coreligionnaire politique italien, de la victoire toute relative du parti socialiste italien.

Le même M. Lasky va faire paraître un catéchisme socialiste – traduit en toutes les langues – opposant les théories socialistes aux théories communistes. Et c’est sous le signe de la confraternité politique que s’amorce une alliance Franco-Anglaise.

Très justement d’ailleurs, des Français veulent lier ce projet à un règlement satisfaisant pour la France du problème allemand. Mais le règlement ne dépend pas que des Anglais. Il faut l’accord des Russes et des Américains.

Disons-le nettement. Cette politique – les objections du leader communiste J. Duclos sont fort justes – risque de nous mêler à l’extérieur à un conflit d’idéologies et quoi qu’on fasse, l’alliance Franco-Anglaise paraîtra suspecte à Moscou. On ne voit pas bien pour quel avantage, sinon pour renforcer un prestige politique.

 

Le Problème Allemand

Les discours se succèdent et le problème allemand est toujours posé en termes de 1919.

Que voyons-nous en 46 ?

L’Allemagne a été amputée à l’Est des territoires les plus authentiquement allemands : Breslau et Koenigsberg passent sous contrôle soviétique. La population allemande chassée de ces territoires est comprimée entre le Rhin et l’Oder. Quel que soit le sort de la Rhur et de la Sarre, l’Allemagne future n’est pas viable. Fatalement une formidable pression va s’exercer à l’Ouest sur nous – par ces 65 millions d’hommes affamés sur un territoire pauvre et exigu.

Le problème n’est pas militaire mais économique et ethnographique. Il faut rogner les ongles de l’Allemagne, mais aussi lui permettre de vivre normalement, non par philanthropie mais par intérêt.

Le problème est insoluble si des frontières équitables ne sont pas fixées à l’Est. N’est-ce pas trop tard ?

 

La Conférence de la Paix

Là-dessus va s’ouvrir la Conférence de Paris. On examinera d’abord le cas de l’Italie. Nous avons dit que le problème grave pour nous était celui de la Tripolitaine.

En effet l’Egypte, pays arabe, réclame la tutelle de ce pays arabe. Et la ligue pan-arabe simultanément publie un manifeste contre l’impérialisme français oppresseur des pays arabes, de Tunisie, d’Algérie et du Maroc. L’Angleterre laisse dire. Après les manifestations du Caire, on n’a guère remarqué que le gouvernement égyptien s’était sévèrement opposé à toute atteinte à l’autorité britannique. L’Angleterre, inquiète des ambitions russes, a refondu sa politique arabe, et après avoir éliminé la France du Proche-Orient, s’efforce de lier à ses intérêts cette masse musulmane qui tend à prendre une unité. On voit le danger d’un Etat arabe en Tripolitaine. Si l’alliance anglaise nous permettait d’éviter ce péril, alors …., mais nous en doutons.

D’ailleurs, les vraies alliances sont celles qui ne sont pas écrites (comme l’alliance Anglo-Américaine) de même que les bonnes constitutions. Le reste est « chiffon de papier ».

 

Le Drame Uniate

« Carrefour » donne enfin « sur le drame Uniate »,  pour la première fois dans la presse française, des renseignements succincts au sujet des persécutions atroces – disparitions et massacres – contre les prêtres et les communautés chrétiennes de la Russie sub-Carpathique et de l’Ukraine occidentale récemment annexés par la Russie, églises rattachées à l’autorité Romaine. Le Pape avait à ce sujet publié une encyclique, très douloureuse, dont les Français n’ont rien su. Le Patriarche Alexis de Moscou, de l’Eglise orthodoxe réorganisée par Staline, a présidé à ce schisme imposé par la violence à 5 millions de catholiques. Détail significatif dont nous laissons la responsabilité à « Carrefour » : Moscou s’était fait représenter au Concile par l’ex-chef de la section des « Athées militants ».

Qui niera après cela que la nouvelle église orthodoxe ne soit un instrument politique ?

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Peu d’événements d’importance. L’affaire persane, à l’Assemblée de l’O.N.U. a été marquée d’incidents, de querelles de procédure, d’atermoiements et enfin l’ajournement. Le départ de Gromyko et de la délégation russe avait soulevé quelque émotion. Mais le retrait des troupes russes de certains secteurs de la Perse a compensé ce geste. Le jeu de la diplomatie suivra son cours ….

 

La Politique Russe

Cette affaire a donné aux observateurs l’occasion de sonder plus attentivement la politique soviétique.

L’ « impérialisme russe, disent les Américains, est celui du XIX° siècle, des sphères d’influence et des pénétrations militaires ; l’impérialisme d’aujourd’hui utilise d’autres méthodes ».

Aveu charmant et fort juste. La querelle russo-persane, avec ses cliquetis de sabre et ses marchandages, nous ramène en effet aux épisodes qui précédèrent le Congrès de Berlin de 1878 et d’autres postérieurs, jusqu’aux tractations secrètes Ribbentrop-Staline de 1939, sur lesquelles le récent interrogatoire de Ribbentrop au procès de Nuremberg jette une curieuse lumière.

Les Russes se sentent mal à l’aise devant cette diplomatie publique et radiodiffusée de l’O.N.U. Déjà, Gromyko a remplacé Vychinski ; un jour ou l’autre, Litvinov remplacera Gromyko. Dans ces débats, le prestige russe se perd. Une opinion internationale se forme qui voit dans l’U.R.S.S. l’obstacle à la paix.

C’est à cela que l’apparente modération des Anglo-Saxons veut en venir. Derrière ces incidents politiques, on commence à découvrir des vérités premières.

 

C’est d’abord que la Russie, que sa révolution paraissait porter à l’avant-garde du progrès social, demeure par ses habitudes un pays du siècle passé. Une révolution signifie un changement de personnes, un changement d’idéologie. Mais elle est impuissante à remplacer la durée, à faire bondir une civilisation qui date d’un siècle et demi à peine.

Si les hommes et les institutions changent, les mœurs et la mentalité demeurent. La Russie actuelle est – si paradoxal que cela semble – une société aristocratique, au sens politique et non moral du mot : la hiérarchie militaire constitue une caste analogue à celle de l’armée « orthodoxe », la hiérarchie civile des fonctionnaires conserve la structure de l’administration des tsars, et la méthode politique est celle des grandes puissances de l’Europe à la fin du siècle dernier.

Aujourd’hui, la puissance retrouvée, la tradition et les habitudes mentales se renouent. L’on s’aperçoit peu à peu que la révolution de 1917, en isolant la Russie des autres Nations du monde, loin d’avoir élevé sa civilisation, en a considérablement retardé le progrès. Ce qui explique en partie l’incompréhension entre les deux mondes russe et anglo-saxon que nous déplorons aujourd’hui.

 

La Question Allemande

La lutte d’influence en Allemagne est toujours aigüe. Les Anglo-Saxons ont pris deux initiatives pour répondre à l’activité russe.

Accusés de favoriser les nazis, ils ont procédé à l’arrestation spectaculaire des dirigeants de groupements nationaux-socialistes qui se reformaient dans la clandestinité.

Contre la tentative de fusion des partis socialiste et communiste voulue par les Russes, ils ont organisé un plébiscite qui a donné, contre la fusion, une majorité de 7 contre 1. Les Russes, dans leur zone, ont interdit le vote.

Enfin, comme tous les partis allemands mettent en tête de leur programme, l’ « Unité allemande », aucun des trois occupants n’ose risquer son prestige en s’y opposant.

C’est pourquoi les demandes françaises, réduites maintenant à la seule internationalisation de la Ruhr – primitivement appuyée par Moscou – se heurtent à une mauvaise volonté unanime. Jusqu’au charbon, dont on n’ose priver les Allemands !

 

Querelles Idéologiques

Cette lutte pour ou contre la fusion entre socialistes et communistes, aigüe en Allemagne, l’est plus ou moins dans tous les pays. Le socialisme occidental, égalitaire, humanitaire, doctrinaire, antimilitariste et internationaliste, prend de plus en plus conscience de ce qui l’oppose au communisme d’inspiration soviétique autoritaire, partisan des méthodes de force, opportunisme militariste et nationaliste.

Le Congrès socialiste français a confirmé les déclarations des partis similaires en Scandinavie, Belgique, Hollande, Suisse, Angleterre, etc.

L’issue de ce conflit, vieux de trente ans bientôt, est la passionnante énigme de l’histoire contemporaine.

 

Elections Grecques

Les Grecs ont voté monarchiste. Si les Russes avaient tenu la place, ils auraient voté communiste.

Changez d’occupant, et la Yougo-Slavie, la Bulgarie, seraient des royaumes constituants.

Cela ne prouve rien ; sinon que les peuples balkaniques ne sont pas assez évolués pour être maîtres de leur destin … Et nous-mêmes ?

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Peu d’événements d’importance. L’affaire persane, à l’Assemblée de l’O.N.U. a été marquée d’incidents, de querelles de procédure, d’atermoiements et enfin l’ajournement. Le départ de Gromyko et de la délégation russe avait soulevé quelque émotion. Mais le retrait des troupes russes de certains secteurs de la Perse a compensé ce geste. Le jeu de la diplomatie suivra son cours ….

 

La Politique Russe

Cette affaire a donné aux observateurs l’occasion de sonder plus attentivement la politique soviétique.

L’ « impérialisme russe, disent les Américains, est celui du XIX° siècle, des sphères d’influence et des pénétrations militaires ; l’impérialisme d’aujourd’hui utilise d’autres méthodes ».

Aveu charmant et fort juste. La querelle russo-persane, avec ses cliquetis de sabre et ses marchandages, nous ramène en effet aux épisodes qui précédèrent le Congrès de Berlin de 1878 et d’autres postérieurs, jusqu’aux tractations secrètes Ribbentrop-Staline de 1939, sur lesquelles le récent interrogatoire de Ribbentrop au procès de Nuremberg jette une curieuse lumière.

Les Russes se sentent mal à l’aise devant cette diplomatie publique et radiodiffusée de l’O.N.U. Déjà, Gromyko a remplacé Vychinski ; un jour ou l’autre, Litvinov remplacera Gromyko. Dans ces débats, le prestige russe se perd. Une opinion internationale se forme qui voit dans l’U.R.S.S. l’obstacle à la paix.

C’est à cela que l’apparente modération des Anglo-Saxons veut en venir. Derrière ces incidents politiques, on commence à découvrir des vérités premières.

 

C’est d’abord que la Russie, que sa révolution paraissait porter à l’avant-garde du progrès social, demeure par ses habitudes un pays du siècle passé. Une révolution signifie un changement de personnes, un changement d’idéologie. Mais elle est impuissante à remplacer la durée, à faire bondir une civilisation qui date d’un siècle et demi à peine.

Si les hommes et les institutions changent, les mœurs et la mentalité demeurent. La Russie actuelle est – si paradoxal que cela semble – une société aristocratique, au sens politique et non moral du mot : la hiérarchie militaire constitue une caste analogue à celle de l’armée « orthodoxe », la hiérarchie civile des fonctionnaires conserve la structure de l’administration des tsars, et la méthode politique est celle des grandes puissances de l’Europe à la fin du siècle dernier.

Aujourd’hui, la puissance retrouvée, la tradition et les habitudes mentales se renouent. L’on s’aperçoit peu à peu que la révolution de 1917, en isolant la Russie des autres Nations du monde, loin d’avoir élevé sa civilisation, en a considérablement retardé le progrès. Ce qui explique en partie l’incompréhension entre les deux mondes russe et anglo-saxon que nous déplorons aujourd’hui.

 

La Question Allemande

La lutte d’influence en Allemagne est toujours aigüe. Les Anglo-Saxons ont pris deux initiatives pour répondre à l’activité russe.

Accusés de favoriser les nazis, ils ont procédé à l’arrestation spectaculaire des dirigeants de groupements nationaux-socialistes qui se reformaient dans la clandestinité.

Contre la tentative de fusion des partis socialiste et communiste voulue par les Russes, ils ont organisé un plébiscite qui a donné, contre la fusion, une majorité de 7 contre 1. Les Russes, dans leur zone, ont interdit le vote.

Enfin, comme tous les partis allemands mettent en tête de leur programme, l’ « Unité allemande », aucun des trois occupants n’ose risquer son prestige en s’y opposant.

C’est pourquoi les demandes françaises, réduites maintenant à la seule internationalisation de la Ruhr – primitivement appuyée par Moscou – se heurtent à une mauvaise volonté unanime. Jusqu’au charbon, dont on n’ose priver les Allemands !

 

Querelles Idéologiques

Cette lutte pour ou contre la fusion entre socialistes et communistes, aigüe en Allemagne, l’est plus ou moins dans tous les pays. Le socialisme occidental, égalitaire, humanitaire, doctrinaire, antimilitariste et internationaliste, prend de plus en plus conscience de ce qui l’oppose au communisme d’inspiration soviétique autoritaire, partisan des méthodes de force, opportunisme militariste et nationaliste.

Le Congrès socialiste français a confirmé les déclarations des partis similaires en Scandinavie, Belgique, Hollande, Suisse, Angleterre, etc.

L’issue de ce conflit, vieux de trente ans bientôt, est la passionnante énigme de l’histoire contemporaine.

 

Elections Grecques

Les Grecs ont voté monarchiste. Si les Russes avaient tenu la place, ils auraient voté communiste.

Changez d’occupant, et la Yougo-Slavie, la Bulgarie, seraient des royaumes constituants.

Cela ne prouve rien ; sinon que les peuples balkaniques ne sont pas assez évolués pour être maîtres de leur destin … Et nous-mêmes ?

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1946-03-30 – La détente attendue

Le Courrier d’Aix – 1946-03-30 – Le Chemin de la Paix.

 

La semaine nous a apporté la détente attendue.

Les déclarations de Staline ont été bien accueillies à New-York. On est plus réservé à Londres, car la radio russe continue ses attaques contre la politique anglaise.

On pouvait craindre que la tension en Perse n’aboutisse à une démonstration de force, qui aurait mis face à face les deux armées ; une sorte de Sébastopol, qui n’eût peut-être pas été sanglant, mais aurait laissé tout de même un vainqueur et un vaincu, ce qui pouvait être le premier acte d’une plus longue lutte.

 

La Question Persane

Le problème est tout de même posé devant l’O.N.U., et les débats seront vifs, bien que Vychinski ne doive pas représenter les Soviets. L’affaire durera, traînera, rebondira avec des alternances de rémission et d’acuité, en attendant qu’en d’autres points du monde de nouveaux différends s’accusent.

Si nous respirons, ce ne sera pas pour longtemps. Mais la solution pacifique ayant prévalu pour la Perse, il en sera sans doute de même ailleurs.

En Proche-Orient, il s’agit d’abord et avant tout d’un problème politique : la poussée de la Russie vers la Méditerranée et le Golfe Persique, la défense de l’Empire britannique et des Indes en particulier.

Il ne faut cependant pas sous-estimer le problème du pétrole qui a été généralement mal exposé. La Russie manque de pétrole, car ses besoins sont immenses, dans un immense pays où les longs transports en consommeront de plus en plus ; la production russe atteint à peine 25 millions de tonnes contre 30 avant-guerre. Elle augmentera ; de nouveaux gisements vont être exploités. Cependant, si l’on songe que la Perse représente actuellement 17 millions de tonnes, et beaucoup plus en puissance, on comprend les convoitises russes, d’autant que les Anglo-Saxons qui contrôlent 90% de la production mondiale, n’en abandonneront rien volontiers. Nous en savons quelque chose.

Le problème politique qui divise les Russes et les Anglo-Saxons peut se résoudre ; à longue échéance, le problème économique peut le compliquer : les Américains ont été indisposés de l’envoi de blé russe en France ; l’activité des missions soviétiques, qui vont jusqu’en Argentine où le succès de Péron va créer aux U.S.A. des difficultés, prélude à une lutte nouvelle entre monopoles d’Etat soviétique et trusts privés anglo-saxons.

Nous avons déjà vu le conflit se dessiner en Hongrie. Il surgira ailleurs.

 

La Question Kurde et la Syrie

Le centre de gravité de la crise paraît se déplacer plus avant en Proche-Orient.

La révolte kurde, soutenue par les Russes, prend de l’ampleur en Irak et en Perse. Si cette agitation inquiète les Anglais, elle les sert aussi.

Les négociations dont nous avons parlé entre pays arabes s’accélèrent ; l’Irak et la Syrie semblent s’accorder, et le conflit entre la Syrie et la Turquie au sujet d’Alexandrette (la Syrie réclame aux Turcs le Sandjak que nous avons cédé en son nom) ne semble pas un obstacle décisif.

Comme dit Moscou, les chefs réactionnaires, Fayçal, Abdullah, Noury Pacha s’unissent contre le péril « démocratique », où la Syrie, délivrée des Français, va pouvoir, malgré ses répugnances, apporter le lien décisif.

 

La France aux Colonies et en Proche-Orient

Notre diplomatie a eu raison, puisque la partie est perdue pour nous là-bas, d’accélérer le retrait de nos troupes. C’est désormais le meilleur moyen de conserver, sinon du prestige, du moins des sympathies. C’est pouvoir éviter de prendre parti, sans profit, dans le long et gigantesque conflit, pacifique ou non, dont le Proche-Orient sera le théâtre.

Peut-être nous regrettera-t-on un jour. Peut-être la roue de la Fortune tournera-t-elle à la faveur de l’absence quand les présents sont haïs …

  1. Moutet a fait du problème colonial français un exposé intelligent.

Nous savons notre empire en danger, matériellement et moralement. Il faudra que l’indigène, qui évolue, comprenne l’intérêt qui le lie à  nous. Si la force doit demeurer présente, ce n’est pas en l’employant qu’on étouffera les rébellions.

Il faudra que les Russes et les Américains n’aient aucun moyen de pression morale pour nous évincer de nos possessions. Il faudra du tact et de l’habileté, dont nos représentants ont manqué souvent.

Cependant, le succès de notre action en Indochine, l’entrée pacifique à Hanoï fait bien augurer de l’avenir. C’est dans l’œuvre d’après-guerre le point satisfaisant. Marquons-le.

 

                                                                                                CRITON