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Le Courrier d’Aix – 1946-05-11 – Le Chemin de la Paix.
Les négociations internationales se sont poursuivies activement, sans résultat appréciable. L’atmosphère de suspicion mutuelle s’est plutôt épaissie et rien ne fait prévoir un accord.
La Conférence de Paris
L’essentiel des pourparlers se déroule dans le secret. Les Russes cherchent à obtenir, par un marchandage concret, des satisfactions sur certains points essentiels comme celui de Trieste.
Les Anglo-Saxons veulent un accord général sur chaque point litigieux traité séparément. Il est hors de doute qu’ils n’entendent pas abandonner Trieste au maréchal Tito.
Sur la question des colonies italiennes, les Anglais se retranchent derrière la promesse faite pendant la guerre aux Senoussis, arabes de l’Afrique du Nord, de ne pas retomber sous la domination italienne. Ils désirent, pour plaire aux Arabes, une Tripolitaine indépendante.
Mais l’opposition des Etats-Unis et de la France leur donnera la faculté de se rallier à la proposition américaine d’un trusteeship de l’O.N.U. sur ces colonies.
Cette solution prévaudra probablement. Elle aura pour les Anglo-Saxons l’avantage d’éluder la présence des Russes en Afrique du Nord.
Les Russes cèderaient moyennant compensation sur un autre point. Mais leurs adversaires sont intransigeants.
La Question Allemande
Pour donner plus de poids à sa politique, Byrnes s’est fait accompagner des deux sénateurs les plus influents de la Commission des Affaires Étrangères : Connolly et Vandenberghe.
Appuyé par eux, représentant les deux partis, Démocrate et Républicain, il a lancé son projet de contrôle de l’Allemagne pendant vingt-cinq ans, ce qui signifie que l’Amérique entend manifester sa présence en Europe pendant ce temps.
Cette installation durable de la puissance des E.U. n’est pas du goût des Russes. Elle a été fraîchement accueillie en France et en Angleterre, où l’on désirerait que l’Europe soit rendue aux Européens.
Dans de remarquables articles du « Journal de Genève », Georges Blun, envoyé spécial à Berlin, décrit la compétition des Trois Grands pour s’assurer la faveur des Allemands. Il explique les manœuvres de l’Angleterre pour conserver à l’Allemagne son unité et la disposition de ses ressources industrielles, en particulier la Ruhr, par le désir de maintenir aux exportateurs anglais de charbon les débouchés qu’ils avaient en France et en Belgique, de ne pas perdre en l’Allemagne une cliente importante, et de se servir de cette puissance pour maintenir l’équilibre européen qui fut toujours la politique anglaise. D’où l’opposition britannique renforcée par les Ministres des Dominions aux projets français.
Sur les Russes, Blun écrit : « Les gens du Kremlin sont des maîtres et il faut être naïf pour mettre sur le compte de leur méfiance native ce qui n’est que tactique. Moscou s’efforce de mettre fin, en les escamotant, à l’existence des partis purement communistes qui servaient d’épouvantails en les refondant dans les creusets socialistes consacrés … ». « Leur but est d’instituer la dictature de la classe ouvrière et de soviétiser l’Allemagne tout entière ».
Le Referendum Français
Les résultats étaient attendus sans passion par les Anglo-Saxons. D’abord, parce qu’ils ont décidé une fois pour toutes que les querelles intérieures de la France sont vaines et incompréhensibles ; ensuite et surtout parce que, dans la situation financière actuelle de la France, ils savent bien qu’ils tiennent les ficelles. Quel que soit le gouvernement, il ne pourrait rien, privé de matières premières et de crédit.
Dans le Monde européen, au contraire, l’événement a eu un retentissement considérable. On a surtout remarqué que ce sont les masses ouvrières elles-mêmes qui ont fait triompher le « Non ». Révolte, dit-on, de l’individualisme français contre la tyrannie syndicaliste que certaines grèves avaient déjà manifestée.
A Moscou, les dirigeants ont toujours considéré l’ouvrier français comme le plus bourgeois du monde. Ils l’ont toujours méprisé.
A Londres et à New-York, on y voit le signe du déclin de l’influence soviétique. Les Anglais surtout espèrent que ce vote facilitera la cohésion des socialismes occidentaux qu’ils cherchent à rassembler pour en faire un bloc idéologique contre les Soviets.
Il est certain, dit-on, que l’Europe libre refoule rapidement les apprentis dictateurs que Moscou cherchait à installer. Le revirement de la politique française est hautement significatif.
Le Procès de Nuremberg
L’interrogatoire du docteur Schacht a éclairci un point d’histoire : C’était en avril 37, après la fameuse entrevue Lansbury-Hitler. On était en pleine guerre d’Espagne, et les Travaillistes anglais menés par Henderson, espéraient sauver la paix par des concessions aux Allemands. C’est alors que Léon Blum offrit à Schacht la restitution des colonies allemandes pour apaiser le Führer. Les Conservateurs anglais, alors au pouvoir, paraissaient consentir. Mais l’affaire tourna court. Le souvenir, néanmoins, est à méditer ….
CRITON