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Le Courrier d’Aix – 1946-05-18 – Le Chemin de la Paix.
Impression très confuse, cependant meilleure. Que s’est-il passé dans les tête-à-tête de Paris ? La Conférence, à la veille d’une rupture, s’est prolongée. On croit sentir une hésitation chez les Russes ; chez les Américains, on parle de crise ministérielle ; diplomate et hommes politiques en désaccord, ces derniers avec Atcheson, voulant qu’on s’entende avec les Russes.
Sur les grandes questions débattues, on ne sait rien de définitif. Nous allons donner cependant quelques indications qui ne sont encore que des hypothèses.
La Question d’Egypte et les Colonies Italiennes
Le Gouvernement anglais a annoncé qu’il avait décidé, en accord avec les Ministres de Dominions, l’évacuation militaire de l’Egypte – sensation – pas pour demain, bien sûr, mais en principe. Pratiquement il faudra pour déplacer les installations quelques cinq ans ! Voilà pour le monde arabe une satisfaction majeure.
Oui, mais … on apprenait le lendemain que la question des colonies italiennes avait reçu un projet de solution. La France, l’Italie et l’Angleterre y trouveraient leur compte : la Tripolitaine resterait sous mandat italien, comme nous le désirions, avec supervision de l’O.N.U. La Cyrénaïque serait sous mandat anglais dans les mêmes conditions, en sorte que, tandis qu’ils évacueraient la base navale d’Alexandrie, les Anglais s’installeraient à Tobrouk, base beaucoup plus sûre et profonde, la plus belle de la Méditerranée orientale. Nous avions toujours pensé que, malgré les promesses de ne chercher aucun agrandissement territorial, les Anglais n’abandonneraient pas Tobrouk.
Par une fiction du même genre, les Anglais s’attribuent la Somalie italienne et la province éthiopienne adjacente de l’Ouganda. Les Abyssins, en compensation, recevraient une partie de l’Erythrée, avec le port d’Assab, situé à quelques milles au Nord de Djibouti. Voilà qui nous plaît moins. Car en raccordant Assab au chemin de fer Djibouti-Addis-Abbeba, le trafic éthiopien ne serait plus tributaire de Djibouti, et le port perdrait toute valeur économique.
La Sarre
En compensation, on nous accorde la Sarre. La solution envisagée comble nos espoirs, car le territoire et ses mines seraient pratiquement français. Les habitants désavouant le plébiscite organisé en 1935 par Hitler avec la complicité de Laval, demandent la nationalité française : un nouveau plébiscite s’impose, et rapidement.
Sur la Ruhr, évidemment, le point de vue anglo-saxon l’emporte. Il est possible d’ailleurs qu’il n’en soit pas ainsi. L’indépendance de la Ruhr, politiquement détachée du Reich, aurait été pleine de dangers, et à la longue une source de difficultés et de déceptions.
Qu’auraient obtenu en échange les Russes ? Probablement des concessions dans la question du Danube.
Restent les problèmes du Dodécanèse et de Trieste. Nous ne serions pas surpris, bien qu’on n’en ait jamais parlé, que la ville devienne un jour une ville libre, comme le fut Dantzig, avec contrôle et occupation de l’O.N.U., et port franc en même temps, ce qui permettrait de lui conserver un hinterland assez large, sans trop mécontenter Italiens et Yougoslaves, et autoriserait les Anglo-Saxons à y maintenir des forces. Nous verrons.
L’Attitude Russe
On apprenait en même temps que les négociations entre l’Azerbaïdjan et la Perse étaient rompues, et que le Gouvernement de Téhéran refusait de laisser entrer en fonction la mission économique russe prévue par l’accord récent des deux pays. Ici encore les Anglo-Saxons s’entendent pour demeurer fermes.
Les Russes ont-ils compris que leur cause perdait partout du terrain ? Ils n’ont pas davantage répondu à un appel des Arabes pour solliciter leur intervention en Palestine. Sagesse ou prudence ? Les Américains ont-ils avancé des arguments décisifs ?
En tous cas, les expériences militaires ne chôment point : essais de fusées, d’avions à réaction, de bombes atomiques vont se succéder, tandis que les négociateurs de la grande Conférence de la Paix, en juin ou juillet se rassembleront.
CRITON