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Le Courrier d’Aix – 1946-04-13 – Le Chemin de la Paix.
Le conflit Russo-Persan parait réglé, mais la façon dont il a glissé des mains de l’O.N.U. le caractère secret des accords entre les intéressés, a produit plus de malaise que d’apaisement.
Le Discours Truman
Le président Truman est allé à Chicago, citadelle de l’Isolationnisme, pour proclamer que l’O.N.U., œuvre dont les U.S.A. sont responsables, ne se laisserait pas déposséder du devoir de maintenir la paix, que cette paix ne serait pas assurée par les tractations occultes mais par l’autorité unanime et publique de l’opinion représentée par les autorités responsables des Nations, que les Etats-Unis veilleraient à l’ordre international garanti par la force américaine plus que jamais nécessaire.
Impression à Londres
L’opinion anglaise s’est aussi insurgée contre l’escamotage du débat Russo-Persan. Et puis voilà aussitôt à l’horizon la requête de la Pologne qui va soulever à l’O.N.U. le problème espagnol et le sort de Franco. La France s’était chargée, bien maladroitement, de soulever le lièvre. Moscou pousse la Pologne en renfort. Et voilà l’O.N.U. à son second embarras.
Cette manière audacieuse de forcer l’action diplomatique inquiète les Anglais qui sentent vivement la situation d’infériorité où les place constamment leur attitude défensive. Il faut, disent-ils, opposer l’action à l’action.
La Politique Anglaise
On voit se dessiner deux manœuvres : l’alliance française et la fédération des partis socialistes européens contre le communisme.
C’est en effet, hélas, sur le terrain de la politique intérieure que va se jouer le sort international de la France.
Le voyage de M. Blum à New-York fut entrepris comme la manifestation de l’indépendance du grand parti français – qui s’incarne volontiers avec la France – vis-à-vis de l’influence russe ; hier, c’était le voyage à Milan de M. Lasky ; le grand prêtre du socialisme anglais est allé féliciter M. Nenni, son coreligionnaire politique italien, de la victoire toute relative du parti socialiste italien.
Le même M. Lasky va faire paraître un catéchisme socialiste – traduit en toutes les langues – opposant les théories socialistes aux théories communistes. Et c’est sous le signe de la confraternité politique que s’amorce une alliance Franco-Anglaise.
Très justement d’ailleurs, des Français veulent lier ce projet à un règlement satisfaisant pour la France du problème allemand. Mais le règlement ne dépend pas que des Anglais. Il faut l’accord des Russes et des Américains.
Disons-le nettement. Cette politique – les objections du leader communiste J. Duclos sont fort justes – risque de nous mêler à l’extérieur à un conflit d’idéologies et quoi qu’on fasse, l’alliance Franco-Anglaise paraîtra suspecte à Moscou. On ne voit pas bien pour quel avantage, sinon pour renforcer un prestige politique.
Le Problème Allemand
Les discours se succèdent et le problème allemand est toujours posé en termes de 1919.
Que voyons-nous en 46 ?
L’Allemagne a été amputée à l’Est des territoires les plus authentiquement allemands : Breslau et Koenigsberg passent sous contrôle soviétique. La population allemande chassée de ces territoires est comprimée entre le Rhin et l’Oder. Quel que soit le sort de la Rhur et de la Sarre, l’Allemagne future n’est pas viable. Fatalement une formidable pression va s’exercer à l’Ouest sur nous – par ces 65 millions d’hommes affamés sur un territoire pauvre et exigu.
Le problème n’est pas militaire mais économique et ethnographique. Il faut rogner les ongles de l’Allemagne, mais aussi lui permettre de vivre normalement, non par philanthropie mais par intérêt.
Le problème est insoluble si des frontières équitables ne sont pas fixées à l’Est. N’est-ce pas trop tard ?
La Conférence de la Paix
Là-dessus va s’ouvrir la Conférence de Paris. On examinera d’abord le cas de l’Italie. Nous avons dit que le problème grave pour nous était celui de la Tripolitaine.
En effet l’Egypte, pays arabe, réclame la tutelle de ce pays arabe. Et la ligue pan-arabe simultanément publie un manifeste contre l’impérialisme français oppresseur des pays arabes, de Tunisie, d’Algérie et du Maroc. L’Angleterre laisse dire. Après les manifestations du Caire, on n’a guère remarqué que le gouvernement égyptien s’était sévèrement opposé à toute atteinte à l’autorité britannique. L’Angleterre, inquiète des ambitions russes, a refondu sa politique arabe, et après avoir éliminé la France du Proche-Orient, s’efforce de lier à ses intérêts cette masse musulmane qui tend à prendre une unité. On voit le danger d’un Etat arabe en Tripolitaine. Si l’alliance anglaise nous permettait d’éviter ce péril, alors …., mais nous en doutons.
D’ailleurs, les vraies alliances sont celles qui ne sont pas écrites (comme l’alliance Anglo-Américaine) de même que les bonnes constitutions. Le reste est « chiffon de papier ».
Le Drame Uniate
« Carrefour » donne enfin « sur le drame Uniate », pour la première fois dans la presse française, des renseignements succincts au sujet des persécutions atroces – disparitions et massacres – contre les prêtres et les communautés chrétiennes de la Russie sub-Carpathique et de l’Ukraine occidentale récemment annexés par la Russie, églises rattachées à l’autorité Romaine. Le Pape avait à ce sujet publié une encyclique, très douloureuse, dont les Français n’ont rien su. Le Patriarche Alexis de Moscou, de l’Eglise orthodoxe réorganisée par Staline, a présidé à ce schisme imposé par la violence à 5 millions de catholiques. Détail significatif dont nous laissons la responsabilité à « Carrefour » : Moscou s’était fait représenter au Concile par l’ex-chef de la section des « Athées militants ».
Qui niera après cela que la nouvelle église orthodoxe ne soit un instrument politique ?
CRITON