Criton – 1946-08-31 – Le Conflit Diplomatique et l’Affaire yougoslave

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-31 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Conflit Diplomatique et l’Affaire Yougoslave

 

L’ultimatum des Etats-Unis à la Yougoslavie à la suite des attaques d’avions américains a soulevé dans le monde une vive émotion et ouverts les yeux d’un public las et mal informé sur la gravité de la situation internationale. Nous avons vu l’hostilité entre Russes et Anglo-saxons se manifester d’abord comme une rivalité autour de zones d’influences, devenir peu à peu une lutte diplomatique sourde puis ouverte. Elle en est aujourd’hui au stade des incidents locaux dont chacun, s’il était à dessin envenimé, suffirait à déclencher une guerre sans qu’on puisse, comme toujours, prendre l’agresseur sur le fait.

 

La Conférence de Paris

La discorde est aussi aigue à la Conférence que les Russes ont réussi à stériliser complètement. Ils ont mené le jeu avec obstination, une vigueur d’arguments et une mauvaise foi si énorme qu’on est forcé d’admirer cet art du procureur Vychinski de donner aux contre-vérités les plus évidentes un air de vraisemblance. La réplique lui a été fournie par le Dr Evatt, représentant de l’Australie qui fut la révélation de cette Assemblée. L’Australie ayant avec les deux pays Anglo-saxons des liens également étroits pourrait les représenter, ce qui éviterait le danger de chocs trop directs entre Molotof et Byrnes. On a beaucoup remarqué le silence de Bevin. Bien qu’il demeure ministre, on se demande s’il conserve une autorité au gouvernement. Le Dr Evatt a présenté contre la Russie qui occupe et contrôle les états satellites, la défense des petites nations et leur droit à la libération territoriale politique et économique.

Discussions complexes, habiles et sans portée pratique.

 

La Politique Russe

Le caractère de plus en plus agressif de la politique du Kremlin inquiète les esprits. On se l’explique mal. On voit en effet, par la publication du dernier plan quinquennal que les résultats de la reconstruction sont loin d’être satisfaisants et qu’il faudra encore trois ans de labeur au moins pour que l’industrie russe retrouve son niveau d’avant-guerre. De plus, en Russie comme ailleurs, la lassitude et le mécontentement se traduisent, non par des manifestations qui seraient vite réprimées, mais par une baisse de rendement très sensible.

 

Le Renvoi de Litvinoff

Le limogeage du vieux diplomate soviétique qui symbolisait la sécurité collective et l’entente avec l’Occident est considéré comme symbolique. La publicité que les Russes lui ont donné signifie qu’ils renoncent à rechercher avec leurs adversaires un terrain de collaboration. En Angleterre et en France où Litvinoff était très connu et apprécié, la nouvelle a été pénible. Les partis communistes du continent en ont été très affectés car il y voient une preuve nouvelle, si besoin est, de la désinvolture avec laquelle le Kremlin les laisse lutter seuls. Jamais Moscou n’a fait dévier en quoi que ce soit sa politique pour favoriser l’action de ses cinquièmes colonnes.

 

Orage sur les Balkans

Poursuivant la même tactique qui consiste à déplacer constamment la zone orageuse d’un point du globe à l’autre, c’est sur la Grèce que va se concentrer la prochaine lutte. Les accusations de Manonilsky, délégué de l’Ukraine contre ce pays servent de prélude ; les émeutes vont suivre, fomentée par les partisans. Un conflit avec l’Albanie, sinon officiel du moins par l’intermédiaire de bandes, pourrait amener une invasion déguisée du territoire grec. Les troupes anglaises, là comme en Perse, sont prêtes à intervenir. Les barils de poudre ne manquent pas. Où veut-on en venir ? Staline, on le sait et il ne s’en est pas caché dans son discours de février, considère qu’un conflit avec les puissances capitalistes est inévitable tôt ou tard. Les Anglo-saxons en sont aussi convaincus que lui et s’y préparent. Les Soviétiques savent-ils par leur espionnage, la date probable où les Etats-Unis, après avoir fait preuve d’une grande modération (comme dans le conflit avec la Yougoslavie qu’ils voulaient déférés  au Conseil de Sécurité de l’O.N.U.) frapperont sans ménagement. Les Soviétiques pensant qu’ils ne risquent rien d’ici là, en profitent-ils pour s’assurer ce maximum d’avantages stratégiques ? Pensent-ils pouvoir maintenir la paix au moment crucial par une volte-face ? Ou bien pensent-ils que dans l’état de lassitude où est le monde, les armées terrestres anglo-saxonnes étant très affaiblies, les partisans assez forts dans chaque pays, un coup de force a le maximum de chances de réussir. Ont-ils trouvé chez les Allemands et mis au point avec eux les armes secrètes qu’Hitler préparait ? Voilà les hypothèses qui peuvent expliquer une politique de plus en plus audacieuse. En tous cas, si les Anglo-saxons sont vraiment persuadés comme il semble, qu’une entente ou un « modus vivendi » est impossible, quoi que fassent plus tard les Soviétiques, les chances de la paix sont exactement nulles.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-24 – La Psychologie des Adversaires

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-24 – Le Chemin de la Paix.

 

La Psychologie des Adversaires

La tension internationale s’est encore accentuée. La Conférence de Paris, paralysée par l’obstruction russe, se traîne lamentablement au milieu de débats de procédure. Aucune proposition constructive n’a pu être adoptée. Chaque séance ou presque, voit surgir un duel oratoire entre Byrnes et Molotof où les accusations directes se croisent. C’est la première fois que, toute courtoisie diplomatique disparue, les délégués s’envoient de la tribune des vérités désobligeantes.

Ces nouvelles mœurs ne sont pas à l’honneur de la civilisation.

 

Nouveaux Pourparlers

Il n’est pas exclu cependant que d’autres tentatives de conciliation ne se produisent.

L’arrivée à Paris des sénateurs américains Vanderbergh et Connolly, représentants des partis politiques et de l’opinion américaine au Congrès, assurant la liaison entre la diplomatie officielle et la nation, certaines rumeurs d’entretiens secrets, beaucoup d’indices font prévoir que l’impossible sera tenté pour éviter une rupture fatale.

L’enjeu est trop grave pour qu’un certain optimisme ne conserve pas ses droits.

 

La Mentalité des Adversaires

Peu à peu, la lutte qui primitivement opposait les Russes aux Anglais est devenue surtout russo-américaine.

Depuis le défi lancé par Byrnes aux Soviets de publier ses discours, la presse et la radio russes s’acharnent sur l’impérialisme américain. Les uns et les autres s’accusent d’asservir les peuples qu’ils contrôlent ou occupent, d’armer les Allemands contre l’autre parti.

Les incidents sont partout, si fréquents et nombreux qu’on ne saurait les rappeler : un avion américain qu’on mitraille, un diplomate arrêté, une patrouille attaquée à Trieste, etc.

Les dirigeants soviétiques paraissent nourrir le même préjugé qui poussa Hitler : les pays démocratiques sont trop divisés, trop attachés à leurs affaires, à leurs intérêts immédiats pour prendre jamais l’initiative d’une guerre. Lorsque les provocations et les empiétements les auront mis à bout de patience, il suffira d’un recul opportun et momentané, pour les apaiser.

Raisonnement dangereux et sans doute erroné.

D’abord l’état d’esprit américain est fort différent de ce qu’il fut en 36-39. Instruits par l’expérience, les Etats-Unis ne croient pas aux compromis. Le temps ne travaille pas pour eux ; la prolongation d’une psychose de dépression et d’anxiété ruinerait leur prestige et minerait leur prospérité. Les dirigeants ouvriers en outre, craignent le jour où la capacité de production russe, en brisant les marchés par une exportation massive, abaisserait leur niveau de vie à la suite d’une crise économique. Ils savent que les Russes trouvent dans la « guerre des nerfs » le bon moyen d’empêcher le retour de la prospérité.

D’un autre côté, à l’intérieur de la Russie, le nationalisme s’exaspère. Staline pourra-t-il toujours le freiner ? On dit que des discussions violentes l’ont opposé à Jdanov, leader des activistes, qui voulait poursuivre l’occupation de la Perse. La disgrâce de Joukov serait un autre aspect des mêmes divergences. L’histoire de la Russie abonde en décisions téméraires suivies invariablement de tapes retentissantes qui ramenaient l’ours pour quelques lustres dans son antre.

Les Américains sont parfaitement résolus à l’emporter ; après avoir épuisé toutes les chances de conciliation, ils n’hésiteront pas à l’heure prévue à frapper un coup décisif. Ce serait dans la logique des faits qui depuis des années ne se dément guère.

 

Les Evénements

Les Russes ont marqué des points en Perse où le gouvernement semble de leur côté. Ils ont soutenu l’incroyable prétention de la Bulgarie, pays vaincu, à acquérir aux dépens de la Grèce, pays allié et victorieux, un port sur la mer Egée qui servirait aux Russes d’accès en Méditerranée encerclant ainsi la Turquie et les Détroits. Ils fortifient avec ardeur les ports de l’Albanie autour de Durazno. Enfin, ils recrutent jusqu’en zone britannique des officiers allemands pour renforcer les cadres techniques de l’armée rouge.

De leur côté, les Américains ont envoyé en Méditerranée orientale, une flotte puissante qui a fait à Lisbonne une escale significative. Ils assurent le commandement des escadres alliées dans tout le bassin. Les Anglais, par contre, passent la main. Dans un récent discours M. Churchill a exposé devant ses compatriotes l’idée que nous avions rapportée ici au sujet de la guerre des grands espaces : « La Manche n’est plus désormais le rempart de la liberté des peuples ».

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-17 – La Conférence de Paris

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-17 – La Conférence de Paris

 

La Conférence de Paris

 

Les Traditions survivent aux institutions. L’ouverture de la Conférence de la Paix par des discours plus ou moins ternes rappelle les flots oratoires de la S.D.N. : Débats de procédure interminables ; Exposés d’idées générales sans efficacité ; Le tout aggravé cette fois par l’absence de toutes personnalités dominantes.

On ne voit pas à quoi on pourrait aboutir, sinon à entériner à quelques détails près, les compromis instables proposés par les quatre Grands.

Le point central de la Conférence est le suivant : Sous couleur de réparations – on sait à quel point les Soviets y tiennent – échelonnées sur de nombreuses années, les pays vaincus incapables pour longtemps de fournir grand-chose se trouveront sous le contrôle permanent des vainqueurs. Pour peu que l’un d’eux s’emploie à leur enlever tout moyen de rétablissement, l’occupation directe ou le contrôle économique et politique pourra durer indéfiniment. Les petites puissances trouveront-elles des formules susceptibles de lever cette hypothèque et s’ouvrir la voie à la libération de l’Europe ? C’est là le véritable enjeu de la Conférence de Paris.

 

Les Déclarations de Perón

On se souvient des tentatives soviétiques pour profiter des dissentiments entre l’Argentine et les Etats-Unis, l’affaire a échoué.

En des termes d’une vigueur inattendue, Perón, le dictateur argentin, s’est rangé aux côtés des Américains :

« Nous savons, dit-il, que le danger d’une nouvelle conflagration existe. Une guerre trouverait l’Argentine rangée dans le camp des Etats-Unis. Dans cette éventualité, il faudra établir une chaîne d’aérodromes tout le long du continent américain. L’Argentine en construit un aux environs de Buenos-Ayres … » Et il conclut : « Le communisme est un grand danger qui menace toutes les démocraties occidentales. Il cherche à s’infiltrer partout dans la structure sociale : l’antidote à ce fléau en Argentine est notre programme de réformes en faveur des classes laborieuses ».

Ainsi se forme l’unité pan-américaine. On voit de même que malgré les apparences et les déclarations publiques, Franco en Espagne conserve l’appui tolérant des Anglo-Saxons, et Salazar au Portugal se maintient aussi. Les camps se consolident.

 

Les Incidents en Perse

La lutte très complexe en Perse se poursuit entre Russes et Anglais.

Les Soviets ont réussi à créer un état de crise politique à Téhéran et fomenté des grèves sérieuses dans les puits de pétrole de l’ « Anglo-Iranian ».

Les Anglais ont envoyé des forces militaires et navales à Bassorah, prêtes à intervenir si le conflit s’aggravait.

Ce sont en effet les lignes de communication avec l’Inde qui sont en jeu, et le ravitaillement de l’Inde en carburant.

La guerre du pétrole continue.

 

L’Affaire Palestinienne

Les Anglais avaient préparé un plan fort habile de Fédération Palestinienne où Juifs et Arabes vivraient en leurs provinces autonomes et où l’Angleterre, conservant son mandat et la direction de l’Etat Central, aurait pu maintenir ses forces militaires et navales et ses installations rendues plus que jamais nécessaires à la suite de l’évacuation de l’Egypte par les forces britanniques.

Les Anglais pensaient que les Etats-Unis approuveraient le projet et y donneraient leur appui moral et leur contribution financière.

Pour diverses raisons,  l’approche des élections au Congrès ayant la plus large part, le président Truman s’est récusé ; le partage des responsabilités en Palestine entre les deux pays anglo-saxons que l’Angleterre avait cherché avec patience parait improbable, et les Anglais qui ne se sentent pas assez d’autorité pour résoudre le problème à eux seuls, sont perplexes.

 

L’Alliance Franco-Anglaise

Faisant écho au discours de Bar-le-Duc du général de Gaulle, le général Davet fait dans le Journal de Genève des observations judicieuses sur le plan militaire aux projets d’alliance franco-anglaise :

« La guerre future, dit-il en substance, est celle des grands espaces : l’Europe occidentale même en y comprenant l’Allemagne restaurée, n’est plus à l’échelle du conflit possible. Le groupement franco-anglais serait impuissant à faire contrepoids aux deux puissances qui disposent d’espaces immenses et d’une dispersion industrielle susceptible de résister aux coups de l’adversaire. La France et l’Angleterre occupent la pointe du continent, cible étroite et vulnérable qui disparaitrait au premier choc. Et leur dispersion industrielle dans leurs Empires n’est qu’à peine ébauchée ».

Au point de vue politique de même, l’idée d’une France médiatrice entre les deux blocs a suscité beaucoup d’objections parmi les commentateurs internationaux. Les intérêts en jeu sont d’une importance qui n’est pas à la mesure de notre action. De plus, l’existence à l’intérieur d’une situation politique où les éléments contraires s’équilibrent ne peut aboutir qu’à un état de neutralité ou d’impuissance, ce qui est le but visé précisément, comme nous l’avons vu, par l’un des adversaires.

Ces commentaires sont fort utiles : ils montrent qu’en dépit d’excellentes intentions, la politique extérieure française n’est pas fixée et qu’il sera très difficile qu’elle le devienne. Et nous pensons, pour notre part, que dans l’état présent, cela vaut peut-être mieux.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-08-03 – L’Orientation de la Politique Française

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Le Courrier d’Aix – 1946-08-03 – Le Chemin de la Paix.

 

L’Orientation de la Politique Française

 

 

On attend, sans grandes illusions et cependant avec curiosité, ce que proposeront les petites Nations à la Conférence de la Paix qui vient de s’ouvrir pour rétablir l’ordre international.

Elles sont simplement consultées. Les Grands ont fixé seuls le sort des vaincus.

La démocratie, que l’on n’a jamais tant invoquée, ne règne point dans les rapports internationaux. Tandis qu’à Paris, les discours vont se donner carrière, d’importants événements sont venus préciser et aggraver la situation internationale.

 

La Note Byrnes à Moscou

Byrnes a d’abord protesté en termes très vifs contre la politique russe en Hongrie. La Russie s’était engagée, à Potsdam, à donner aux satellites de l’Axe vaincus, des facilités pour réorganiser leur économie.

Au-delà de cela, les Russes se sont livrés à un pillage systématique et ont enlevé au pays ses moyens de production. La situation de la Hongrie est aujourd’hui catastrophique. En réponse à cette note, les Soviets se sont contentés de réduire la facture des réparations qu’ils présentent à la Hongrie.

 

Le Conflit Autrichien

Plus aigu encore est le différend qui oppose cette fois le Gouvernement autrichien aux autorités russes d’occupation. L’Autriche en effet est considérée comme pays libéré et non vaincu.

Les Soviets, sous prétexte que la plupart des industries autrichiennes appartenaient aux Allemands, se sont emparés de toutes les installations importantes de leur zone d’occupation, en particulier des puits de pétrole de Zistersdorf. C’est en fait enlever à l’Autriche son indépendance économique et politique.

Le Gouvernement autrichien, réagissant avec courage et soutenu sans doute par les Anglo-Saxons, a fait voter par le Parlement nouvellement élu une loi qui nationalise toutes les entreprises industrielles d’intérêt national et nommément celles que les Russes ont saisies.

Pour que cette loi ne puisse pas entrer en vigueur, il faut le veto des quatre occupants. Les Russes devront céder si les Anglo-Saxons approuvent tacitement la loi autrichienne. Quelle force alors pourra contraindre les Soviets à lâcher prise ?

Les Américains attachent au problème autrichien et à la libre navigation sur le Danube une importance capitale, plus même qu’au problème allemand.

On voit que si le conflit Russo-Autrichien ne se résolvait pas par un compromis, une épreuve de force ferait vite question.

 

La Politique Française

Ces deux discours simultanés du général de Gaulle et de M. Bidault ont mis au premier plan l’orientation de la politique française. En réalité, il n’y a pas de divergence visible entre les deux orateurs et notre politique demeure ce qu’elle fut depuis la libération : une politique de grande Puissance, celle du quatrième Grand.

Cette politique n’était pas la seule possible.

Sur le plan de la puissance, la position de la France, disent certains, s’est singulièrement diminuée. La Russie et les Etats-Unis ont grandi immensément. L’Empire français, au contraire, est menacé de désagrégation. Une politique économique et financière déplorable a réduit, bien plus que les destructions de la guerre et l’occupation ennemie, la capacité de la France. Sur les marchés mondiaux, le rôle de grande Puissance ne correspond plus à nos moyens. Nous conserverons l’illusion de le jouer pour notre amour-propre, mais nous serons en fait la mouche du coche.

Le rôle de la France eût été, disent ces mêmes critiques, de prendre, grâce à son passé et son autorité morale qui est encore grande, la tête des petites nations qui n’osent élever la voix, de les fédérer en une ligue puissante qui, elle, aurait pu imposer aux trois Grands le respect des principes qui doivent consacrer l’indépendance des peuples et obtenir la libération de l’Europe.

Il est probable que si nos dirigeants ont rejeté cette politique qui présentait des avantages évidents sur une politique de prestige, c’est qu’il y avait peu de chances d’obtenir une cohésion quelconque des petites nations : les unes bâillonnées par la Russie qui les occupe ou les serre de près, les autres, comme les Dominions, solidaires en définitive des intérêts britanniques, et les Américains du Sud pour la plupart les yeux fixés sur Washington.

On nous parle de la sécurité française. On préconise, une fois de plus, une Allemagne décentralisée, la résurrection des Etats germaniques, l’internationalisation de la Ruhr, le retour de la Sarre à notre économie.

Le discours du Général est interprété à l’étranger comme visant à une rentrée en faveur auprès des Anglo-Saxons que dans la lutte muette qui l’oppose aux partis semblaient peu favorables. Le passage où il forme des vœux pour l’alliance anglaise, est significatif. Enfin à l’égard des Soviets : l’ « expansion qui, selon l’usage se drape du manteau des doctrines » dit assez dans quel sens la politique française doit s’efforcer.

Cependant, l’idée d’une France médiatrice entre ces deux mondes hostiles ne paraît pas irréalisable aux yeux du Général. Souhaitons-le.

 

Le Cas Bevin

Pendant ce temps, Bevin est malade. Maladie diplomatique ? Cette personnalité puissante ne siègera pas à la Conférence de Paris. La jalousie des politiciens du parti travailliste, pontifes de Comité, présidents falots, l’a-t-elle emporté ? Mais Attlee et Liski pensent-ils apaiser Staline et réussir là où échoua Bevin ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-07-27 – Pierre d’Achoppement en Palestine

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Le Courrier d’Aix – 1946-07-27 – Le Chemin de la Paix .

 

Pierre d’Achoppement en Palestine

Semaine de transition. Lundi, les petites nations auront la parole. Elles ne manqueront pas de juger l’œuvre des Grands et proposeront peut-être quelques méthodes et principes capables de remédier à leur impuissance.

 

Les Projets de Traités

Ce que l’on a publié des traités qui seront soumis aux 21 nations ne comporte rien qui n’était connu. En le présentant M. Byrnes, sans s’illusionner sur leur valeur, les considère comme mieux que rien. Un minimum de coopération entre les Grands étant préférable à des traités séparés conçus par chacun d’eux avec les vaincus.

Dans la seconde partie de son dernier discours, il déplore avec quelque amertume l’obstruction faite par les Russes à toute tentative d’apporter au monde une paix véritable.

 

La Politique Russe vue d’Amérique

Les déclarations ont coïncidé avec une violente campagne de presse  le célèbre journaliste campagne de presse : le célèbre journaliste M. Lippmann, dans un article retentissant, accuse la Russie de préparer à son profit la résurrection de la force allemande. Il croit que les Soviets rendraient à l’Allemagne les provinces attribuées à la Pologne et réaliseraient cette alliance Russo-Allemande qui depuis des générations a hanté bien des cerveaux en Allemagne comme en Russie, surtout des militaires.

Aux Etats-Unis, on traite couramment Staline de « second Hitler » ; Gromyko de « Monsieur Veto » et les Soviets comme l’unique obstacle à la pacification du monde et au bonheur de l’humanité.

A côté de ces excès de langage, des études plus sereines ont paru sur l’évolution de l’armée soviétique à propos du nouveau code militaire. Ces règlements sont la copie fidèle du code prussien et l’armée rouge avec sa rude discipline, ses châtiments corporels, ses tribunaux sommaires, ses brillants uniformes, ses décorations à la Goering, apparait comme le type du militarisme classique le plus réactionnaire. On est loin des Soviets, des soldats de 1917 comme la garde de Napoléon, des sans-culottes de 93 ! Une semblable évolution perceptible aussi dans le domaine civil et économique provoque aux Etats-Unis autant d’inquiétude que d’aversion.

 

La Question Palestinienne

L’attentat de Jérusalem va mettre au premier rang des problèmes mondiaux la question palestinienne si accessoire en apparence.

L’origine du mal, c’est le fanatisme d’une petite minorité juive, mue par un instinct profond, déraisonnable qui l’attache à cette terre misérable et la pousse à la vouloir purifier de tout élément étranger.

Or, ces jours-ci, une délégation de chrétiens d’Orient s’est rendu auprès du Pape pour rappeler que, s’il y a une terre qui doit être à tous, c’est bien celle où naquit Jésus.

Se Sionisme, naguère encouragé par l’Angleterre pour des raisons politiques qui sont aujourd’hui renversées, va à l’encontre des sentiments bien légitimes qui inspirent la chrétienté. Les Anglais paient cruellement aujourd’hui cette faute de n’avoir pas laissé le tombeau du Christ à la disposition de tous les hommes.

La cause Juive est d’ailleurs en mauvaise posture, sans parler de la réprobation universelle que le terrorisme inspire.

Les Anglais ont plus que jamais besoin en face de la menace Russe, de l’amitié Arabe. Ils viennent de conclure avec l’Egypte des accords que la crainte du bolchévisme dans ce pays a grandement facilités. Ils raflent en ce moment, pour les chefs arabes inquiets, pour leur luxe et leurs privilèges.

Les Russes de leur côté ont été devant la cause Juive très réservés. La Russie, puissance musulmane, ne risquerait pas de mécontenter les Arabes dont elle flatte les éléments populaires en Turquie, en Perse, en Afghanistan, contre l’impérialisme anglais.

Depuis l’expulsion de Trotski et surtout depuis son assassinat par les agents soviétiques, les milieux juifs révolutionnaires de leur côté ont cessé de sympathiser avec les Soviets. Ils voient sur le débris d’un idéal se constituer une autocratie militariste et nationaliste contraire à leurs tendances. C’est parce qu’ils se sentent abandonnés que les Sionistes sont passés au terrorisme. Cette lutte diversement jugée par les Juifs à travers le monde n’en a pas moins soulevé un sentiment antibritannique dont les Anglais souffrent dans leurs intérêts et qui a failli faire manquer le vote du prêt américain à l’Angleterre ces jours derniers.

Les Juifs des Etats-Unis, nombreux et influents, ont fait de la question palestinienne une affaire d’honneur racial, et Truman doit en tenir compte.

La question, on le voit, par des liens ténus, touche à beaucoup de passions et d’intérêts. C’est un foyer d’incendie dont le monde se serait passé.

 

Le Déclin du Travaillisme

La paralysie économique et les restrictions alimentaires ont renversé le crédit du gouvernement travailliste avec une rapidité qui surprend. Une récente élection a vu tomber la majorité des candidats du parti de douze à deux mille voix. Le déclin des socialistes sur le continent européen n’est pas étranger à ce revirement. Une crise politique en Angleterre se dessine qui ajoute à ses embarras.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-07-13 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-07-13 – Le Chemin de la Paix.

 

Semaine très agitée à Paris. La patience des Anglo-Saxons paraissait épuisée, on parlait de rupture. Après avoir tenté par tous les moyens de retarder la Conférence de la Paix, les Russes ont dû céder. Ce qui prouve que leur intention profonde n’est pas de rompre.

 

La Conférence des Vingt-et-une  Nations

Les traités de paix ébauchés par les quatre Grands vont être soumis au Conseil de tous les Alliés.

Les Russes redoutent cette assemblée où leurs satellites sont en minorité, où la majorité qui suit les Anglo-saxons risque d’imposer des règlements qui leur soient préjudiciables. Même la majorité des deux tiers nécessaire aux décisions ne couvre pas ce risque.

Si la Conférence s’en tient aux recommandations déjà élaborées par les quatre Grands, pas de difficultés. Mais si de nouveaux projets surgissaient … La Conférence promet d’être animée.

 

Quelques Critiques

Il se pourrait en effet que, parmi les Nations, des critiques s’élèvent contre les traités qu’on veut leur faire entériner.

Depuis la fin des hostilités, le monde assiste à une partie de poker, à des marchandages et des compromis, comme autrefois entre rois absolus. Aucun principe, aucun idéal, aucun souci de l’âme des peuples.

Certes le souvenir de 1918, les quatorze points du président Wilson ont laissé un pénible souvenir après avoir éveillé tant d’espérances. On sait ce qu’il advint du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, du statut des minorités.

Mais l’échec n’est-il pas venu de l’incapacité et du mauvais vouloir de ceux qui les avaient proclamés, à en assurer la réalisation ? Hitler, dit-on, est vaincu, mais n’a-t-on pas conservé ses méthodes : on transfère les populations contre leur gré, on découpe des frontières, on décide de la couleur politique des gouvernements sans se soucier des hommes.

Une paix qui n’aurait pas pour objet de promouvoir le progrès humain, de garantir aux citoyens de nouveaux droits, de leur imposer de nouveaux devoirs de solidarité, peut-elle être ratifiée par l’avenir ?

 

Bikini

La mentalité matérialiste qui préside aux tractations actuelles, où dominent malheureusement les deux puissances matérialistes de ce monde, l’une économique, l’autre politique, l’Américaine et la Russe, a trouvé son apothéose dans l’expérience-parade de Bikini. Cette mise en scène a été très sévèrement jugée. L’humanité s’est sentie offensée. On ne joue pas ainsi avec la vie humaine.

 

Le Problème Danubien

Mais revenons aux faits : Deux grosses questions, après Trieste, demeurent : l’Autriche et l’Allemagne.

Pour l’heure, le plus aigu est celui de la navigation sur le Danube : On sait que les Russes veulent conserver le monopole du trafic sur le fleuve à leurs satellites. Ils ont constitué des sociétés de navigation mixtes soviéto-hongroise, soviéto-roumaine, etc., pour exploiter ce monopole.

Les Anglo-Saxons ne l’entendent pas ainsi. Presque toute la flotte danubienne est aux mains des Américains, qui ne la rendront que si la navigation est libre. Présentement, en outre, celle-ci est coupée au Pont de Tulln en Basse-Autriche, et les Russes ne mettent aucun empressement à la rétablir.

Or, le Danube est la clef de l’Autriche. Si la navigation est un monopole des Etats riverains, l’Autriche fera partie du système soviétique. Déjà, en décrétant la saisie au profit de ses propres réparations de nombreux biens allemands sis en Autriche, les Russes se constituent dans le pays de véritables droits de propriété. Le Gouvernement autrichien a vivement protesté ; l’affaire est d’importance.

Quant à l’Allemagne, nous aurons l’occasion d’en reparler !

 

Trieste

Il est assez curieux que le règlement de Trieste, dont l’internationalisation était prévue pour dix ans, a été fixé comme définitif sur la demande des Russes eux-mêmes.

On peut se demander si les négociateurs franco-anglo-américains se sont bien rendu compte que le statut international de Trieste était, malgré l’apparence, le but des Soviétiques, et une excellente affaire pour eux. En effet, Tito peut disparaître, la Yougoslavie changer de régime, et chacun sait que le pays n’était pas très russophile jusqu’à la libération. En s’assurant un droit de regard permanent sur le nouveau territoire de Vénétie Julienne, les Soviets consolident à jamais une position.

 

Hypothèses

Pour terminer, nous est-il permis de faire écho à quelques bruits ? La politique intérieure française, qui paraît en sommeil, est suivie très activement par les Anglo-Saxons. Deux problèmes la dominent, et qui sont liés : la question financière et le dilemme du retour de De Gaulle ou le gouvernement des partis.

Les Américains, pour éviter la première éventualité, seraient sur le point de donner à la France de nouveaux moyens d’échapper à une catastrophe financière, d’accord en cela avec les partis, dont aucun, semble-t-il, ne souhaite qu’à la faveur d’une crise monétaire, un pouvoir nouveau se substitue à eux.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-07-06 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-07-06 – Le Chemin de la Paix.

La diplomatie, pour justifier son existence, doit donner l’impression de faire progresser les questions à résoudre. La seconde Conférence de Paris a réussi à produire cette illusion de mouvement.

 

Trieste

On y est arrivé. Internationalisation à la manière de Dantzig avec une double différence : le statut est provisoire (dix ans), et au lieu d’un haut-commissaire, l’O.N.U. et, en fait, les trois Grands, veilleront au grain. Au fond c’est le statu quo habillé de neuf.

Après quelques incidents, comme il se doit, les menues questions concernant l’Italie ont été réglées. Brigue et Tende sont à nous. Molotof a fini par consentir !

Les Italiens ont crié comme écorchés. Ils ont gardé le style fasciste : on se serait cru sur la Plazza Venezia. En réalité, c’est une comédie destinée à parer à de plus graves amputations, en impressionnant les maîtres du monde et l’opinion internationale. Jusqu’au chantage : « Il ne faut pas que la jeune république stalinienne naisse sous le signe de l’humiliation ». Comédie.

 

Les Ministres  Hongrois à Londres

La Hongrie, deux fois vaincue, se meurt. Une inflation sans précédent (il y en a eu pourtant pas mal), une économie épuisée par les pillages allemands et les réquisitions russes. L’inflation – répétons-le, Français – le pire des maux sociaux, la peste économique, ruine tous les citoyens, sauf les voleurs (en Hongrie).

Les ministres, affolés, même les communistes, sont allés quêter du secours à Londres. On ignore les résultats. Le curieux de l’affaire, c’est que les Russes avaient autorisé, sinon favorisé, ce voyage …..

 

La Palestine

Ce vilain abcès palestinien commence à devenir grave. Là, comme ailleurs, la politique seule est responsable. Car Juifs et Arabes se haïssent depuis trop longtemps pour ne pas être habitués à se supporter. Les jeunes Sionistes, terroristes bien entraînés, s’en prennent aux Anglais qui n’y peuvent rien et dont la colère monte.

Devant la répression, le président Truman s’est vu obligé d’intervenir, ce que les Britanniques cherchaient à obtenir depuis longtemps.

On installera les 100.000 Juifs qui veulent goûter de ce paradis.

Les Arabes réagiront-ils à leur tour, ou le mystérieux grand Mufti, installé au Caire, on ne sait par qui, servira-t-il de médiateur ?

 

Extrême-Orient

Les Américains, en l’espèce le général Marshall, poursuivent en Chine une politique très active en collaboration étroite avec Tchang-Kaï-Chek. Les hostilités avec les forces communistes, arrêtées puis reprises, semblent enfin de compte fort près de s’éteindre pour de bon. Les Russes, de ce côté, font une pause, et le projet Marshall prévoit l’incorporation de l’armée communiste chinoise, réduite à 10.000 hommes, dans l’armée nationaliste ramenée à 50.000. Si le projet se réalise, l’armée rouge de Chine aura vécu.

 

Le Nouveau Japon

Nos lecteurs ont sans doute apprécié les articles parus dans Le Monde sur le Japon d’aujourd’hui.

L’auteur met l’accent sur la légèreté de ce peuple, qui passe en quelques mois de la lutte tendue à l’extrême à l’accablement de la défaite et du désespoir, pour retrouver dans l’imitation de la démocratie américaine une bonne conscience et un moral optimiste.

Légèreté certes, goût enfantin du nouveau, mais aussi comme on s’en souvient, au jour de la défaite, soumission religieuse au destin selon la foi bouddhiste. Si le destin changeait encore …

 

Bikini

Cette fameuse expérience a paru presque anodine après les frayeurs qu’elle avait suscitées. Faut-il s’en étonner ? Organisée par des marins, il eut été paradoxal que les navires ne trouvassent pas le moyen d’échapper. La flotte demeure une force à toute épreuve. Si bien qu’après l’énorme sensation d’août 45, la bombe rejoindra les gaz asphyxiants et les chars d’assaut de 1917, les raids de forteresses volantes de 43, dans les annales des engins de mort. La destinée de la planète n’en sera point changée et la guerre demeurera possible.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-06-22 – Tournant de l’Histoire Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1946-06-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La reprise de la Conférence de Paris marque un tournant de l’histoire diplomatique. Les commentateurs les plus qualifiés sont divisés sur l’issue. Optimistes et pessimistes s’appuient sur des faits importants. En tous cas, on peut s’attendre à une activité intense qui changera l’aspect des choses.

 

La Rentrée de Litvinov

Tant de fois annoncé, le retour aux affaires du vieux diplomate soviétique est un fait aujourd’hui. Il participera aux conversations. Nous avons toujours dit que le jour où il reparaîtrait signifierait que la politique russe cherche enfin un modus vivendi avec les Puissances anglo-saxonnes. Reste à savoir s’il vient en observateur et en conseiller, ou en négociateur véritable. Quoi qu’il en soit, sa présence marque un effort de « compréhension » comme l’on dit.

 

Les Intentions de Bevin

La toile de fond des débats actuels entre Russes et Anglo-saxons est la bombe atomique. On en parle peu, on ne pense qu’à elle.

On prête aux Américains, à la veille de la démonstration de Bikini, l’intention d’en parler, c’est-à-dire de proposer de mettre le secret au jour et d’internationaliser cette redoutable puissance. Elle serait mise à la disposition et sous le contrôle de l’O.N.U. en échange d’une véritable coopération internationale qui assurerait la paix définitive.

Il y aurait, bien entendu, beaucoup de conditions, et la première serait que le rideau de fer fût levé. Les Russes y consentiront-ils ? La seconde serait la reconstitution de l’unité allemande et la troisième l’évacuation de l’Autriche. Le reste suivrait par voie de conséquence.

 

L’Agitation à Trieste

Tandis que la Roumanie, en signe de détente, promet aux Anglo-américains des élections prochaines, la tension à Trieste augmente. On reparle d’un coup de force. Les Anglo-saxons amènent troupes et navires de guerre. Les Russes envoient une armée. Les Italiens réclament un plébiscite, et on échange des coups.

 

L’Affaire du Grand Mufti

Le grand Mufti de Jérusalem s’est envolé. Roman policier aux énigmes multiples. Les Anglais, tout en les blâmant de l’avoir sauvé, avaient insisté pour que les Français le gardent. Et ceux-ci l’avaient installé tout près de Marly !

Est-il en train d’intriguer à Damas, ou prisonnier sur un destroyer anglais ? Les Soviets ont-ils voulu remettre en circulation un ennemi juré de l’Angleterre ? Des Français rancuniers, chassés de Syrie, ont-ils voulu se venger des Anglais en leur jouant ce mauvais tour ? Les Américains n’auraient-ils pas besoin de sa présence en Proche-Orient pour éviter de se compromettre dans la question palestinienne ? Et ces Anglais eux-mêmes, ne s’en servirent-ils pas pour diviser un peu plus la Ligue pan-arabe, jouant de leurs ennemis pour mieux s’assurer de leurs amis ?

Nous sommes en Orient …. A la différence des romans policiers, on ne saura pas le mot de l’énigme.

 

Querelles Religieuses

Les milieux protestants des Etats-Unis, émus des progrès politiques de l’Eglise catholique, sont allés solliciter Truman, leur fidèle coreligionnaire – qui les en avait peut-être priés – de ne pas conserver après la signature de la paix d’ambassadeur au Vatican.

On sait que Roosevelt avait placé là un ami personnel, Myron Taylor. Truman a promis, et les protestants des U.S.A., hantés par l’éventualité d’un pape américain, sont partis rassurés.

Mgr Spelmann a protesté avec énergie contre cette opération mesquine qui risque d’être une faute politique aux conséquences étendues.

 

La Politique Intérieure Française

La plus grande discrétion est observée à Londres et à Washington sur les lendemains des élections françaises.

Au moment de la démission du général de Gaulle, nous avions dit que sa retraite n’était pas tenue pour définitive dans ces milieux. L’échec des Oui au référendum et l’affaiblissement du parti socialiste n’ont laissé aux Anglo-saxons aucune illusion sur le retour au pouvoir du Général.

Après avoir influencé d’une façon décisive la rédaction d’une seconde Constituante, il rentrera en scène pour l’appuyer et ralliera sans peine une forte majorité aux élections qui suivront le nouveau référendum, avec une popularité retrouvée.

Les Anglo-Saxons ont déjà tiré les conséquences de cet avenir quasi-certain, dont au surplus aucun observateur avisé ne doutait, pour peu que les circonstances s’y prêtassent. Et elles s’y sont prêtées comme sur commande.

 

Extrême-Orient

Au moment où nous émettions timidement l’espoir d’une paix en Mandchourie et en Chine du Nord, voilà que les hostilités reprennent entre nationalistes et communistes.

Voilà aussi que le Siam cherche devant l’O.N.U. à la France une querelle d’Allemand. Est-on bien sûr qu’il n’y a personne derrière pour l’y pousser ? Car le prestige français en Indo-Chine s’est rétabli bien vite ……

 

                                                                                                CRITON

Criton. 1946-06-15 – Diplomatie au Point Mort

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Le Courrier d’Aix – 1946-06-15 – Le Chemin de la Paix.

 

La diplomatie internationale est, pour l’heure, au point mort. Le discours Bevin dont on attendait des suggestions nouvelles a déçu. Il a senti probablement que le rôle de médiateur était pour l’Angleterre encore prématuré. De nouveaux efforts viendront des Etats-Unis. On les attend.

 

La Mission Russe en Argentine

Un fait, sinon nouveau, qui du moins a pris un caractère précis, ce sont les négociations entre l’U.R.S.S. et Perón.

Reprenant le rôle joué par Hitler et déjà par Guillaume II, la Russie cherche à s’introduire en Argentine, centre de la résistance sud-américaine à la domination yankee. Peu importe que Perón soit un dictateur à la manière de Franco.

Les Américains ont commis là-bas quelques fautes lourdes. L’Argentine a besoin d’appuis pour se libérer économiquement de l’omnipotence des U.S.A. Elle se défie de l’Angleterre, dont les intérêts dans le pays sont considérables et qui les défend avec ténacité. L’U.R.S.S. est une force neuve qui ne s’est pas encore installée.

Naturellement, on suit avec déplaisir cette évolution aux U.S.A.

 

La Situation en Mandchourie

En Asie, par contre, la position américaine grâce, dit-on, à l’habileté du général Marshall, s’est considérablement renforcée.

Après de multiples incidents, les Russes paraissent autant qu’on puisse affirmer quelque chose de l’Extrême-Orient, avoir évacué la Mandchourie, comme on devait l’avoir décidé à Yalta.

Les communistes chinois, plus ou moins battus militairement et affaiblis, se soumettent, apparemment du moins, à Tchang-Kaï-Chek. La nouvelle unité de la Chine semble se reconstituer après 12 ans d’épreuves, sous l’égide du gouvernement nationaliste, épaulé très fortement par les U.S.A.

Ce sont eux d’ailleurs qui ont détourné Tchang-Kaï-Chek de ses ambitions en Indo-Chine pour ne pas compromettre de bonnes relations avec la France.

Ces faits nous amènent à reprendre le fil des événements de ces deux dernières années.

 

Les Conséquences de la conférence de Yalta

Nous avons longtemps entretenu nos lecteurs dans l’idée qu’un accord secret entre Roosevelt et Staline s’était conclu, dont l’essentiel donnait aux Etats-Unis les mains libres en Extrême-Orient, tandis que la Russie dirigerait l’Europe orientale et occuperait une grande partie de l’Allemagne.

C’est devant cette transaction que s’est trouvée l’administration de Truman après la mort du Président. Celui-ci croyait à une entente russo-américaine, et surtout voulait en finir avec les rivalités européennes de l’Est, les Balkans et la Pologne surtout, source de perpétuels conflits.

Depuis sa mort, on s’est aperçu aux U.S.A., que le problème européen était un, qu’il dominait toute autre question et que la paix ou la guerre, qu’on le veuille ou non, se déciderait en fonction de l’Europe.

On s’est avisé en outre que le problème allemand, posé comme il l’était – et cela dès la Conférence de Potsdam – était non seulement insoluble, mais intolérable à la longue si les Russes ne cédaient point.

Mais les Russes n’ont point cédé et, en remplissant leurs engagements en Extrême-Orient et en Moyen-Orient, se sentent dans leur droit en proclamant pour l’Europe « J’y suis, j’y reste ».

Ainsi s’explique que jusqu’au voyage de Churchill, les Etats-Unis et la Russie donnaient l’impression d’une entente secrète dont les Anglais faisaient les frais.

Depuis, la situation s’est retournée et, en quelques rapides étapes, des discours de Churchill à la Conférence de Paris, le bloc anglo-saxon s’est ressoudé. La politique russe est devenue totalement négative. Toute ébauche de solution se heurte à son veto.

 

L’Evolution Politique en Europe

Contrairement aux espoirs anglais, qui avaient misé sur la Social-démocratie, c’est la démocratie chrétienne qui triomphe en Europe. Victorieuse aux élections en Italie, en France, en Belgique, en Hollande, en Autriche,dans les zones anglo-américaines d’Allemagne, la Slovaquie et en Hongrie même, occupées par les Russes.

Cette puissance de l’Eglise, Roosevelt l’avait longtemps estimée. Il avait entretenu avec le Vatican des rapports très étroits, et la vitalité du mouvement chrétien est appréciée aux Etats-Unis.

Les Russes ne l’ignoraient point et firent au Vatican la guerre que l’on sait, opposant au catholicisme l’église orthodoxe ressuscitée.

 

La Question Allemande

On se rend compte en Amérique comme en Angleterre, que le problème allemand est capital. En France, est-il besoin de le dire ? L’antagonisme des vainqueurs se concrétise actuellement sur un point :

Les Anglo-Saxons veulent une Allemagne fédérale à la manière des U.S.A., solution qui s’accorde avec l’histoire allemande. Autant d’Etats, autant de gouvernements.

Les Russes, au contraire, tout en refusant actuellement de refaire l’unité allemande sous un gouvernement central, préparent pour un avenir encore lointain, quand l’occupation étrangère aura pris fin, une république soviétique allemande, dont la fusion des partis ouvriers – social-démocrate et communiste – est la première étape.

Pratiquement ce sont deux Allemagnes qui se dessinent et peut-être un champ de bataille.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-06-08 – Le Chemin de la Paix

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Le courrier d’Aix – 1946-06-08 – Le Chemin de la Paix.

 

  1. Payot écrit : « Depuis l’échec de la Conférence de Paris, la situation internationale n’a fait qu’empirer, et si aucun événement nouveau ne se produit d’ici le 15 juin, la prochaine réunion s’ouvrira dans de bien mauvaises conditions … Peu à peu, l’idée s’implante qu’un conflit est inévitable et qu’il convient de s’y préparer ». Et il conclut : « L’histoire montre que la faillite de la diplomatie aboutit toujours à la guerre ».

On ne saurait mieux dire.

 

Les Incidents en Europe Orientale

Les Anglais, suivis ou précédés par les Américains, ont envoyé des notes énergiques aux Gouvernements « fantoches » de Pologne, d’Albanie, de Roumanie et de Yougoslavie.

Protestation à Tirana contre le bombardement de deux cuirassés anglais par les batteries albanaises.

Note très sèche au Gouvernement Groza qui, en Roumanie, ne tient aucune de ses promesses : ajournement sine die des élections, poursuites contre les libéraux et le parti paysan, maintien de la censure politique, refus de fournir du papier aux journaux d’opposition, voies de fait contre les adversaires politiques, terrorisme policier, etc.

Pour le Gouvernement Tito, il s’agit du sabotage organisé contre l’administration militaire anglo-américaine en Vénétie Julienne : campagne de presse, excitations populaires, incidents légers qui entretiennent la suspicion, sabotages des secours de l’U.N.R.R.A., etc.

Plus sérieuse encore est la tension entre Anglo-Saxons et le Gouvernement polonais. On sait que les Américains ont annulé le prêt de 90 millions de dollars à ce pays. Les Soviets ont répliqué par un accord financier russo-polonais, dont certains détails restent secrets. Il confirme, si besoin est, la quasi-annexion de la Pologne aux Soviets. Le rideau de fer est plus hermétique que jamais.

 

L’Autriche et le Danube

Les malheureux Autrichiens, occupés, rançonnés, tout comme les Hongrois, réclament leur libération.

Les Américains s’intéressent particulièrement au problème autrichien. Un traité de paix est prêt pour eux.

Mais les Russes ne veulent rien entendre. Enfin le monopole qu’ils se réservent de la navigation sur le Danube, a eu pour résultat de paralyser complètement le trafic sur le fleuve entre la Tchéco-Slovaquie et l’Autriche.

 

La Politique Russe

Alors qu’on pouvait jusqu’ici se demander où l’U.R.S.S. voulait en venir, on peut, semble-t-il, s’en faire l’idée aujourd’hui.

La Russie, intransigeante sur toutes les questions en litige, se refusera à toute concession. Partout où elle s’est installée, elle se cramponnera farouchement. Par contre, elle ne fera plus rien vraisemblablement pour soulever de nouvelles questions ; l’apaisement de l’affaire persane paraît l’indiquer ; en Mandchourie, en Turquie, de même.

La Russie, qui sent la nécessité de se défendre sur le plan moral, va prendre une attitude défensive. Toute tentative de résoudre un problème européen sera présentée comme une atteinte des pays capitalistes à la sécurité de l’état prolétarien.

L’offensive sera menée uniquement par la propagande. Les récentes élections en Tchécoslovaquie, et aussi en France, ont déjoué les pronostics. Les partis prosoviétiques, puissamment organisés, munis de subsides énormes, maîtres en l’art d’impressionner les masses, ont tenu leurs positions. Cette hypothèque politique sur les pays qui sont géographiquement hors d’atteinte peut avoir des conséquences primordiales en cas de conflit. Aussi les Soviets y mettent-ils le prix.

 

La Réplique Anglo-Saxonne

Les résultats électoraux, et en général l’infiltration psychologique, inquiètent les Anglo-Saxons plus que les  offensives diplomatiques.

Ils ne sont pas absolument à l’abri d’une désagrégation interne : grèves, sabotages, espionnage. Il faut reconnaître, en en souriant un peu si l’on compare la politique anglaise et américaine avec celle de 1919, avec quelle énergie MM. Bevin et Byrnes mènent aujourd’hui contre la Russie le jeu que leurs prédécesseurs, après Versailles, ont si mollement joué.

A ce moment-là, les Rockets et autres V2 n’existaient pas. La France et d’autres étaient là pour recevoir les premiers coups et permettre de voir venir. Aujourd’hui, Londres et New-York sont virtuellement sous un feu qui passerait à quelques lieues au-dessus de Paris … Cette menace, ils n’attendront pas qu’elle se précise, soyons-en sûrs.

 

Les Elections Françaises

On avait beaucoup misé, à Londres, sur un succès socialiste. On voyait se nouer autour du Gouvernement travailliste de Londres la chaîne des social-démocraties européennes.

Le vieux cheval est devenu poussif. En Italie, en Allemagne, en France, les masses se détournent des politiciens usagés.

Notons que la presse anglaise a fait un accueil chaleureux aux déclarations de M. Schumann, qui fit remarquer que le véritable pendant du travaillisme anglais était, non la S.F.I.O., mais le M.R.P., chrétien et national comme lui, un peu trop national peut-être pour la politique britannique.

 

                                                                                                CRITON