Criton. 1946-06-15 – Diplomatie au Point Mort

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Le Courrier d’Aix – 1946-06-15 – Le Chemin de la Paix.

 

La diplomatie internationale est, pour l’heure, au point mort. Le discours Bevin dont on attendait des suggestions nouvelles a déçu. Il a senti probablement que le rôle de médiateur était pour l’Angleterre encore prématuré. De nouveaux efforts viendront des Etats-Unis. On les attend.

 

La Mission Russe en Argentine

Un fait, sinon nouveau, qui du moins a pris un caractère précis, ce sont les négociations entre l’U.R.S.S. et Perón.

Reprenant le rôle joué par Hitler et déjà par Guillaume II, la Russie cherche à s’introduire en Argentine, centre de la résistance sud-américaine à la domination yankee. Peu importe que Perón soit un dictateur à la manière de Franco.

Les Américains ont commis là-bas quelques fautes lourdes. L’Argentine a besoin d’appuis pour se libérer économiquement de l’omnipotence des U.S.A. Elle se défie de l’Angleterre, dont les intérêts dans le pays sont considérables et qui les défend avec ténacité. L’U.R.S.S. est une force neuve qui ne s’est pas encore installée.

Naturellement, on suit avec déplaisir cette évolution aux U.S.A.

 

La Situation en Mandchourie

En Asie, par contre, la position américaine grâce, dit-on, à l’habileté du général Marshall, s’est considérablement renforcée.

Après de multiples incidents, les Russes paraissent autant qu’on puisse affirmer quelque chose de l’Extrême-Orient, avoir évacué la Mandchourie, comme on devait l’avoir décidé à Yalta.

Les communistes chinois, plus ou moins battus militairement et affaiblis, se soumettent, apparemment du moins, à Tchang-Kaï-Chek. La nouvelle unité de la Chine semble se reconstituer après 12 ans d’épreuves, sous l’égide du gouvernement nationaliste, épaulé très fortement par les U.S.A.

Ce sont eux d’ailleurs qui ont détourné Tchang-Kaï-Chek de ses ambitions en Indo-Chine pour ne pas compromettre de bonnes relations avec la France.

Ces faits nous amènent à reprendre le fil des événements de ces deux dernières années.

 

Les Conséquences de la conférence de Yalta

Nous avons longtemps entretenu nos lecteurs dans l’idée qu’un accord secret entre Roosevelt et Staline s’était conclu, dont l’essentiel donnait aux Etats-Unis les mains libres en Extrême-Orient, tandis que la Russie dirigerait l’Europe orientale et occuperait une grande partie de l’Allemagne.

C’est devant cette transaction que s’est trouvée l’administration de Truman après la mort du Président. Celui-ci croyait à une entente russo-américaine, et surtout voulait en finir avec les rivalités européennes de l’Est, les Balkans et la Pologne surtout, source de perpétuels conflits.

Depuis sa mort, on s’est aperçu aux U.S.A., que le problème européen était un, qu’il dominait toute autre question et que la paix ou la guerre, qu’on le veuille ou non, se déciderait en fonction de l’Europe.

On s’est avisé en outre que le problème allemand, posé comme il l’était – et cela dès la Conférence de Potsdam – était non seulement insoluble, mais intolérable à la longue si les Russes ne cédaient point.

Mais les Russes n’ont point cédé et, en remplissant leurs engagements en Extrême-Orient et en Moyen-Orient, se sentent dans leur droit en proclamant pour l’Europe « J’y suis, j’y reste ».

Ainsi s’explique que jusqu’au voyage de Churchill, les Etats-Unis et la Russie donnaient l’impression d’une entente secrète dont les Anglais faisaient les frais.

Depuis, la situation s’est retournée et, en quelques rapides étapes, des discours de Churchill à la Conférence de Paris, le bloc anglo-saxon s’est ressoudé. La politique russe est devenue totalement négative. Toute ébauche de solution se heurte à son veto.

 

L’Evolution Politique en Europe

Contrairement aux espoirs anglais, qui avaient misé sur la Social-démocratie, c’est la démocratie chrétienne qui triomphe en Europe. Victorieuse aux élections en Italie, en France, en Belgique, en Hollande, en Autriche,dans les zones anglo-américaines d’Allemagne, la Slovaquie et en Hongrie même, occupées par les Russes.

Cette puissance de l’Eglise, Roosevelt l’avait longtemps estimée. Il avait entretenu avec le Vatican des rapports très étroits, et la vitalité du mouvement chrétien est appréciée aux Etats-Unis.

Les Russes ne l’ignoraient point et firent au Vatican la guerre que l’on sait, opposant au catholicisme l’église orthodoxe ressuscitée.

 

La Question Allemande

On se rend compte en Amérique comme en Angleterre, que le problème allemand est capital. En France, est-il besoin de le dire ? L’antagonisme des vainqueurs se concrétise actuellement sur un point :

Les Anglo-Saxons veulent une Allemagne fédérale à la manière des U.S.A., solution qui s’accorde avec l’histoire allemande. Autant d’Etats, autant de gouvernements.

Les Russes, au contraire, tout en refusant actuellement de refaire l’unité allemande sous un gouvernement central, préparent pour un avenir encore lointain, quand l’occupation étrangère aura pris fin, une république soviétique allemande, dont la fusion des partis ouvriers – social-démocrate et communiste – est la première étape.

Pratiquement ce sont deux Allemagnes qui se dessinent et peut-être un champ de bataille.

 

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