Criton – 1946-06-08 – Le Chemin de la Paix

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Le courrier d’Aix – 1946-06-08 – Le Chemin de la Paix.

 

  1. Payot écrit : « Depuis l’échec de la Conférence de Paris, la situation internationale n’a fait qu’empirer, et si aucun événement nouveau ne se produit d’ici le 15 juin, la prochaine réunion s’ouvrira dans de bien mauvaises conditions … Peu à peu, l’idée s’implante qu’un conflit est inévitable et qu’il convient de s’y préparer ». Et il conclut : « L’histoire montre que la faillite de la diplomatie aboutit toujours à la guerre ».

On ne saurait mieux dire.

 

Les Incidents en Europe Orientale

Les Anglais, suivis ou précédés par les Américains, ont envoyé des notes énergiques aux Gouvernements « fantoches » de Pologne, d’Albanie, de Roumanie et de Yougoslavie.

Protestation à Tirana contre le bombardement de deux cuirassés anglais par les batteries albanaises.

Note très sèche au Gouvernement Groza qui, en Roumanie, ne tient aucune de ses promesses : ajournement sine die des élections, poursuites contre les libéraux et le parti paysan, maintien de la censure politique, refus de fournir du papier aux journaux d’opposition, voies de fait contre les adversaires politiques, terrorisme policier, etc.

Pour le Gouvernement Tito, il s’agit du sabotage organisé contre l’administration militaire anglo-américaine en Vénétie Julienne : campagne de presse, excitations populaires, incidents légers qui entretiennent la suspicion, sabotages des secours de l’U.N.R.R.A., etc.

Plus sérieuse encore est la tension entre Anglo-Saxons et le Gouvernement polonais. On sait que les Américains ont annulé le prêt de 90 millions de dollars à ce pays. Les Soviets ont répliqué par un accord financier russo-polonais, dont certains détails restent secrets. Il confirme, si besoin est, la quasi-annexion de la Pologne aux Soviets. Le rideau de fer est plus hermétique que jamais.

 

L’Autriche et le Danube

Les malheureux Autrichiens, occupés, rançonnés, tout comme les Hongrois, réclament leur libération.

Les Américains s’intéressent particulièrement au problème autrichien. Un traité de paix est prêt pour eux.

Mais les Russes ne veulent rien entendre. Enfin le monopole qu’ils se réservent de la navigation sur le Danube, a eu pour résultat de paralyser complètement le trafic sur le fleuve entre la Tchéco-Slovaquie et l’Autriche.

 

La Politique Russe

Alors qu’on pouvait jusqu’ici se demander où l’U.R.S.S. voulait en venir, on peut, semble-t-il, s’en faire l’idée aujourd’hui.

La Russie, intransigeante sur toutes les questions en litige, se refusera à toute concession. Partout où elle s’est installée, elle se cramponnera farouchement. Par contre, elle ne fera plus rien vraisemblablement pour soulever de nouvelles questions ; l’apaisement de l’affaire persane paraît l’indiquer ; en Mandchourie, en Turquie, de même.

La Russie, qui sent la nécessité de se défendre sur le plan moral, va prendre une attitude défensive. Toute tentative de résoudre un problème européen sera présentée comme une atteinte des pays capitalistes à la sécurité de l’état prolétarien.

L’offensive sera menée uniquement par la propagande. Les récentes élections en Tchécoslovaquie, et aussi en France, ont déjoué les pronostics. Les partis prosoviétiques, puissamment organisés, munis de subsides énormes, maîtres en l’art d’impressionner les masses, ont tenu leurs positions. Cette hypothèque politique sur les pays qui sont géographiquement hors d’atteinte peut avoir des conséquences primordiales en cas de conflit. Aussi les Soviets y mettent-ils le prix.

 

La Réplique Anglo-Saxonne

Les résultats électoraux, et en général l’infiltration psychologique, inquiètent les Anglo-Saxons plus que les  offensives diplomatiques.

Ils ne sont pas absolument à l’abri d’une désagrégation interne : grèves, sabotages, espionnage. Il faut reconnaître, en en souriant un peu si l’on compare la politique anglaise et américaine avec celle de 1919, avec quelle énergie MM. Bevin et Byrnes mènent aujourd’hui contre la Russie le jeu que leurs prédécesseurs, après Versailles, ont si mollement joué.

A ce moment-là, les Rockets et autres V2 n’existaient pas. La France et d’autres étaient là pour recevoir les premiers coups et permettre de voir venir. Aujourd’hui, Londres et New-York sont virtuellement sous un feu qui passerait à quelques lieues au-dessus de Paris … Cette menace, ils n’attendront pas qu’elle se précise, soyons-en sûrs.

 

Les Elections Françaises

On avait beaucoup misé, à Londres, sur un succès socialiste. On voyait se nouer autour du Gouvernement travailliste de Londres la chaîne des social-démocraties européennes.

Le vieux cheval est devenu poussif. En Italie, en Allemagne, en France, les masses se détournent des politiciens usagés.

Notons que la presse anglaise a fait un accueil chaleureux aux déclarations de M. Schumann, qui fit remarquer que le véritable pendant du travaillisme anglais était, non la S.F.I.O., mais le M.R.P., chrétien et national comme lui, un peu trop national peut-être pour la politique britannique.

 

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