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Le Courrier d’Aix – 1949-05-28 – La Vie Internationale.
Harmonie Difficile
Les Quatre sont assemblés autour du tapis vert ; Vychinski déploie un sourire engageant et les autres attendent des propositions concrètes. Le débat est ordonné, de telle sorte que la question de l’unification de l’Allemagne placée en tête obligera les Russes à montrer ce qu’ils sont prêts à concéder. Jusqu’ici on ne sait rien ; l’impression cependant c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple démonstration de propagande par où les Soviets voudraient faire état de leurs intentions pacifiques pour convaincre leurs adversaires de bellicisme, comme ils le font à l’usage de leurs peuples. Les Russes veulent certainement autre chose, c’est-à-dire des avantages économiques. Comment y parvenir ? Cela semble impossible.
La Situation Economique Derrière le Rideau de Fer
On a remarqué que la Radio soviétique fait depuis quelque temps silence sur les progrès du plan quinquennal. L’Office de la Statistique de Moscou a dû reconnaître qu’ils sont inférieurs aux prévisions, inférieurs même à ceux de l’année précédente. Il y a en U.R.S.S., chose invraisemblable dans un pays de travail obligatoire et forcé, un bon million de chômeurs. Les matières premières manquent et des usines ont fermé.
Mais ce sont surtout les satellites qui souffrent d’une grave crise industrielle qui presse Moscou de rouvrir les portes aux approvisionnements de l’Ouest. Le contre-blocus de l’Allemagne orientale a durement touché la Tchécoslovaquie. En refaisant l’unité allemande, le flot de marchandises qui pénètrerait, filtrerait vers les pays d’Europe Centrale…
On sait qu’il y a eu entre les communistes Allemands et les autorités soviétiques des discussions violentes. Pieck et Grotewohl, chefs de la S.E.D. ont été convoqués à Moscou et on n’est pas sûr de les revoir. Les deux partis se rejettent la faute de l’échec électoral subi par les communistes en zone orientale. On dit que Moscou voudrait les obliger à constituer un rassemblement très large, sorte de front populaire, et on a remarqué l’appel fait par les journaux sous licence russe aux anciens nazis ; ce qui semble annoncer qu’au cas où Moscou serait obligé de consentir à la fusion des quatre zones et de laisser se défouler des élections libres sous contrôle interallié, on voudrait éviter que la S.E.D. ne recueille que 5 ou 10% des voix. Il ne serait pas surprenant dès lors que les Soviets se résignent à abandonner le contrôle de leur zone d’occupation. Mais nous savons quelles difficultés économiques cette solution représente. Cependant, si les Russes acceptent tout, même l’extension de la Constitution de Bonn à l’Allemagne entière, les trois alliés ne pourraient pas s’y refuser.
La Grève de Berlin
Comme prologue à la conférence, des incidents sanglants ont eu lieu à Berlin où les cheminots ont fait grève pour être payés en marks occidentaux. Les Russes ont fait cogner leurs policiers. Les gares occupées par les grévistes ont été prises et reperdues après des batailles rangées. La troupe britannique a dû intervenir. Le droit de grève est inconnu au paradis des travailleurs. Ces incidents cruellement ressentis dans toute l’Allemagne ne donneront pas des voix à la S.E.D. aux prochaines élections.
L’Extrême-Orient
Vychinski a, dès le premier jour de la Conférence, essayé d’élargir le débat et d’inclure les questions de Chine et du traité avec le Japon. Evidemment, parce que plus forts sur le terrain, il aurait fait volontiers quelques concessions apparentes aux Américains pour sauver la face en Allemagne. Mais, malgré les succès des communistes chinois qui viennent de prendre Shanghai sans coup férir, ceux-ci ne semblent pas obéir aux ordres de Moscou quand il s’agit de défendre leurs intérêts et leur attitude à l’égard des étrangers montre qu’ils entendent conserver leur liberté d’action et traiter directement avec les Anglo-Américains.
En Grèce
Les Soviets ont révélé qu’ils avaient cherché aussi à faire monnaie de la rébellion grecque. Ils auraient négocié la reddition des partisans qui sont à bout de souffle, en échange du départ des forces anglo-américaines. Ils auraient eu le champ libre pour intriguer à l’intérieur plus facilement que par une action militaire qui est vouée à l’échec. Mais les Américains se sont abrités pour refuser, derrière le gouvernement d’Athènes seul qualifié pour résoudre le problème de la guerre civile. Les Russes n’ont pas insisté.
On a remarqué aussi que les attaques contre les gouvernements Norvégien et Suédois et même la campagne contre la « réaction finlandaise » ont cessé. Au sujet d’un officier Russe qui s’est échappé avec son avion à Stockholm, les autorités soviétiques n’ont pas pris une attitude agressive. Tout cela indique qu’à Moscou on se résigne, sous la pression des nécessités économiques, à faire bonne mine aux Pays occidentaux. De là à un accord, il y a encore du chemin.
En Angleterre
Le gouvernement Travailliste est sérieusement inquiet : les statistiques de l’exportation en mai seraient, paraît-il, encore plus mauvaises que celles d’avril et Sir Stafford Cripps a eu des entretiens avec Harriman pour discuter évidemment du taux de la Livre. D’autre part, pour rassurer l’électeur des classes moyennes, le parti Travailliste épure ses rangs. On a expulsé du parti le plus bruyant et le plus influent des cryptocommunistes, Ziliacus, et dans les administrations et même parmi les secrétaires parlementaires, des coupes sombres ont été faites parmi ceux qu’on soupçonne de sympathies pour les Rouges. Enfin, dans la crainte d’une dépression économique au cours de l’automne, l’aile Morrison lutte pour obtenir des élections générales en octobre. Mais Attlee résiste à cette tentation. Qui l’emportera ?
CRITON