Criton – 1949-05-28 – Harmonie Difficile

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-28 – La Vie Internationale.

 

Harmonie Difficile

 

Les Quatre sont assemblés autour du tapis vert ; Vychinski déploie un sourire engageant et les autres attendent des propositions concrètes. Le débat est ordonné, de telle sorte que la question de l’unification de l’Allemagne placée en tête obligera les Russes à montrer ce qu’ils sont prêts à concéder. Jusqu’ici on ne sait rien ; l’impression cependant c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple démonstration de propagande par où les Soviets voudraient faire état de leurs intentions pacifiques pour convaincre leurs adversaires de bellicisme, comme ils le font à l’usage de leurs peuples. Les Russes veulent certainement autre chose, c’est-à-dire des avantages économiques. Comment y parvenir ? Cela semble impossible.

 

La Situation Economique Derrière le Rideau de Fer

On a remarqué que la Radio soviétique fait depuis quelque temps silence sur les progrès du plan quinquennal. L’Office de la Statistique de Moscou a dû reconnaître qu’ils sont inférieurs aux prévisions, inférieurs même à ceux de l’année précédente. Il y a en U.R.S.S., chose invraisemblable dans un pays de travail obligatoire et forcé, un bon million de chômeurs. Les matières premières manquent et des usines ont fermé.

Mais ce sont surtout les satellites qui souffrent d’une grave crise industrielle qui presse Moscou de rouvrir les portes aux approvisionnements de l’Ouest. Le contre-blocus de l’Allemagne orientale a durement touché la Tchécoslovaquie. En refaisant l’unité allemande, le flot de marchandises qui pénètrerait, filtrerait vers les pays d’Europe Centrale…

On sait qu’il y a eu entre les communistes Allemands et les autorités soviétiques des discussions violentes. Pieck et Grotewohl, chefs de la S.E.D. ont été convoqués à Moscou et on n’est pas sûr de les revoir. Les deux partis se rejettent la faute de l’échec électoral subi par les communistes en zone orientale. On dit que Moscou voudrait les obliger à constituer un rassemblement très large, sorte de front populaire, et on a remarqué l’appel fait par les journaux sous licence russe aux anciens nazis ; ce qui semble annoncer qu’au cas où Moscou serait obligé de consentir à la fusion des quatre zones et de laisser se défouler des élections libres sous contrôle interallié, on voudrait éviter que la S.E.D. ne recueille que 5 ou 10% des voix. Il ne serait pas surprenant dès lors que les Soviets se résignent à abandonner le contrôle de leur zone d’occupation. Mais nous savons quelles difficultés économiques cette solution représente. Cependant, si les Russes acceptent tout, même l’extension de la Constitution de Bonn à l’Allemagne entière, les trois alliés ne pourraient pas s’y refuser.

 

La Grève de Berlin

Comme prologue à la conférence, des incidents sanglants ont eu lieu à Berlin où les cheminots ont fait grève pour être payés en marks occidentaux. Les Russes ont fait cogner leurs policiers. Les gares occupées par les grévistes ont été prises et reperdues après des batailles rangées. La troupe britannique a dû intervenir. Le droit de grève est inconnu au paradis des travailleurs. Ces incidents cruellement ressentis dans toute l’Allemagne ne donneront pas des voix à la S.E.D. aux prochaines élections.

 

L’Extrême-Orient

Vychinski a, dès le premier jour de la Conférence, essayé d’élargir le débat et d’inclure les questions de Chine et du traité avec le Japon. Evidemment, parce que plus forts sur le terrain, il aurait fait volontiers quelques concessions apparentes aux Américains pour sauver la face en Allemagne. Mais, malgré les succès des communistes chinois qui viennent de prendre Shanghai sans coup férir, ceux-ci ne semblent pas obéir aux ordres de Moscou quand il s’agit de défendre leurs intérêts et leur attitude à l’égard des étrangers montre qu’ils entendent conserver leur liberté d’action et traiter directement avec les Anglo-Américains.

 

En Grèce

Les Soviets ont révélé qu’ils avaient cherché aussi à faire monnaie de la rébellion grecque. Ils auraient négocié la reddition des partisans qui sont à bout de souffle, en échange du départ des forces anglo-américaines. Ils auraient eu le champ libre pour intriguer à l’intérieur plus facilement que par une action militaire qui est vouée à l’échec. Mais les Américains se sont abrités pour refuser, derrière le gouvernement d’Athènes seul qualifié pour résoudre le problème de la guerre civile. Les Russes n’ont pas insisté.

On a remarqué aussi que les attaques contre les gouvernements Norvégien et Suédois et même la campagne contre la « réaction finlandaise » ont cessé. Au sujet d’un officier Russe qui s’est échappé avec son avion à Stockholm, les autorités soviétiques n’ont pas pris une attitude agressive. Tout cela indique qu’à Moscou on se résigne, sous la pression des nécessités économiques, à faire bonne mine aux Pays occidentaux. De là à un accord, il y a encore du chemin.

 

En Angleterre

Le gouvernement Travailliste est sérieusement inquiet : les statistiques de l’exportation en mai seraient, paraît-il, encore plus mauvaises que celles d’avril et Sir Stafford Cripps a eu des entretiens avec Harriman pour discuter évidemment du taux de la Livre. D’autre part, pour rassurer l’électeur des classes moyennes, le parti Travailliste épure ses rangs. On a expulsé du parti le plus bruyant et le plus influent des cryptocommunistes, Ziliacus, et dans les administrations et même parmi les secrétaires parlementaires, des coupes sombres ont été faites parmi ceux qu’on soupçonne de sympathies pour les Rouges. Enfin, dans la crainte d’une dépression économique au cours de l’automne, l’aile Morrison lutte pour obtenir des élections générales en octobre. Mais Attlee résiste à cette tentation. Qui l’emportera ?

 

                                                                                  CRITON  

Criton – 1949-05-21 – Appréhensions

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-21 – La Vie Internationale.

 

Appréhensions

 

Le 23 Mai, Acheson, Bevin, Schuman, Vychinski ouvriront les discussions officielles. Des pourparlers préparatoires se poursuivent à Paris. Les trois Alliés de l’Ouest cherchent à former un front commun contre les manœuvres soviétiques pour les diviser. A mesure que la date fatidique approche, les difficultés d’un accord à quatre semblent grandir. Le fossé creusé entre l’Ouest et l’Est est si profond, qu’en supposant que Russes et Américains aient un véritable désir d’aboutir à un règlement ou tout au moins à une trêve, la force des choses les en empêcherait.

Il en est de la vie des Nations comme des événements privés. On ne peut revenir en arrière. Un moment est venu où il est trop tard. La bonne volonté n’y peut rien. Toujours, lorsque cette heure est arrivée, les chefs de peuples effrayés même les plus extravagants, cherchent une issue pacifique : ils n’en trouvent pas. Qu’on se rappelle, en 13, le voyage de Poincaré à Moscou ; en 38, la mission de Lord Derby chez les Sudètes.

 

Les Difficultés du Problème Allemand

Comme  nous l’avons déjà dit, un accord sur l’Allemagne suppose l’unification des quatre zones. Or l’intégration de la zone soviétique est matériellement impossible. Le pays est ruiné, épuisé, vidé de ses ressources ; ouvrir la barrière c’est laisser s’engouffrer dans cette région tout ce que les trois zones de l’Ouest, avec tant de peine, ont réussi à reconstituer. C’est pour toute l’Allemagne le retour aux conditions terribles de 45 et les Allemands, si attachés qu’ils soient à l’unité nationale, n’en veulent pas.

Il faudrait, pour recoudre l’Allemagne que les Etats-Unis fassent les frais de la reconstruction de la zone Russe. Mais comment faire voter les crédits qui sont énormes ; l’atmosphère du Congrès américain interdit d’y songer. Par ailleurs, le Gouvernement français s’accommode du partage de l’Allemagne et ne souhaite pas que les négociations à quatre rétablissent l’unité du Reich. La fin de l’occupation, aussi, fait reparaître le spectre du pangermanisme. Les Anglais craignent par-dessus tout la participation de la Russie au contrôle de la Ruhr. Les trois Alliés se méfient d’ailleurs les uns des autres. Entre soi, à grand peine, on arrive à s’entendre, mais en présence des Russes, les divergences d’intérêts et de points de vue peuvent éclater.

 

Côté Russe

On est toujours aussi peu fixé sur les intentions soviétiques. Ils ont fait voter leurs Allemands en leur demandant s’ils voulaient la paix et l’unité du Reich, la liberté et la démocratie, étant sous-entendu que s’ils répondaient oui, cela voudrait dire « vivent les Soviets ». Le procédé a un peu trop servi, et un bon tiers des Allemands ont trouvé moyen de dire non, ce qui, sous l’œil des soldats rouges, est un succès sans précédent.

Le résultat parait si étonnant qu’on se demande si les Soviets n’ont pas organisé le vote pour prouver au monde qu’ils savaient le cas échéant tolérer des élections libres où le 99.99% en faveur du régime n’est pas de rigueur.

Par ailleurs les Russes ne renoncent pas aux tracasseries policières et administratives à Berlin où, un jour ils arrêtent cinq cents camions pour des questions de papiers, un autre ils invoquent un règlement pour interdire à certaines marchandises le transport par chemin de fer. Des denrées périssables destinées à Berlin pourrissent ; des marchandises sont transbordées deux fois ; on entretient la mauvaise humeur. Dans quel but ?

 

A l’O.N.U.

Cette malheureuse institution qui a succédé à la S.D.N. reflète bien la défiance, la malignité, l’égoïsme étroit qui président aux relations internationales.

A la S.D.N., il y avait de grands hommes ; à l’O.N.U., des hauts parleurs ; à la S.D.N. il y avait les intrigues, les combinaisons, les traquenards, mais aussi une certaine cordialité de bonne compagnie d’où sortait parfois un geste de solidarité. Rien de tel à l’O.N.U. ; chaque nation y plaide sa cause à fond, cherchant à se donner de l’importance en se singularisant, et surtout en faisant échec aux projets des grands ; sans parler des Soviets qui mettent systématiquement des bâtons dans les roues et transforment toutes les propositions de leurs vis-à-vis en manœuvres impérialistes, si bien que les grands problèmes dont la solution presse sont écartés.

C’est ce qui s’est passé ces jours-ci pour les Colonies Italiennes et les relations avec l’Espagne. Bevin et Sforza étaient arrivés à conclure un accord, événement tellement miraculeux qu’il méritait un feu d’artifice. L’assemblée de l’O.N.U. l’a flanqué par terre et tout est à recommencer à la prochaine session !

Plusieurs pays d’Amérique latine, avec l’appui tacite des Etats-Unis, voulaient qu’on reprît avec l’Espagne, peu à peu, des relations normales ; l’Assemblée s’y est opposée. Le lendemain, on criait « A bas la France » à Madrid. Le Gouvernement Français n’y est pour rien. Chacun sait combien la France et l’Espagne souffrent de cette rupture.

Et l’O.N.U., n’est-ce-pas, a été constituée pour réconcilier entre eux les gouvernements et les peuples.

 

Angleterre

On sonne l’alerte dans le camp travailliste ; 1.089 sièges perdus aux élections municipales au profit des Conservateurs. L’opposition jubile, les mécontents élèvent le ton. On signale la révolte des sages-femmes et des mécaniciens dentistes, et dire qu’il va falloir après tant de démentis dévaluer la Livre.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-05-14 – Anecdotes

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-14 – La Vie Internationale.

 

Anecdotes

 

Le blocus est levé à l’heure dite. Les Alliés attendent de pied terme « l’offensive de paix ». Quel contraste cependant entre cette intention de négocier que les Soviets manifestent et le déchainement des passions chauvines, militaristes et xénophobes en Russie : guerre des ondes, discours agressif et injurieux de Gromyko à l’O.N.U.,  articles venimeux, caricatures, films provocateurs, Moscou se surpasse. Jamais Guillaume II ou Hitler n’ont si bien préparé un peuple au combat. Qu’en conclure ?

 

Notre Sentiment

A notre avis tout personnel, au début des approches Russo-Américaines en février, le Politburo avait l’intention de liquider au mieux la situation européenne qui tournait mal, comptant que les Anglo-Saxons feraient des concessions pour obtenir un « modus vivendi ». L’on pourrait ainsi consolider les conquêtes à l’ouest. Mais le Politburo a compris depuis qu’il n’avait rien à attendre des Américains, encore moins des Anglais, que même les Français renonçaient à leur rôle de médiateur éventuel, et que les Allemands craignaient leurs cadeaux.

Les Soviets avaient perdu la confiance des hommes avec lesquels ils négociaient ; la levée du blocus était aux yeux des Américains l’aveu d’une défaite et le succès du ravitaillement aérien. Ce qui a dû déconcerter Moscou, c’est l’empressement des Allemands à boucler la Constitution de Bonn dès qu’ils ont craint un accord sur l’unité du Reich. Les Russes ne se font plus d’illusion. S’ils poursuivent la négociation, c’est pour s’en servir comme instrument de propagande. Mais là encore, ils se trompent : l’affaire de Bonn est significative. Quoi que fassent les Soviets, ils ne seront ni crûs, ni suivis, et même si, par impossible, ils étaient de bonne foi, on chercherait encore quelle ruse se cache là-derrière.

A trop mentir ……

 

Anecdotes

Amusante, la guerre des ondes : la Voix de l’Amérique lançait deux émissions par jour en Russe : informations et causeries. Moscou se mit à les brouiller. Washington riposta en émettant 24 heures sur 24 en se servant de postes aux longueurs d’ondes variées, de telle sorte que les Russes ne pouvaient les brouiller toutes, et qui mieux est, plusieurs émissions de Moscou furent paralysées par un procédé mystérieux … on attend la conclusion.

La bataille de Stalingrad, nouveau film super-patriotique déforme l’histoire sans vergogne. On y voit Churchill et Harriman ( !) complotant contre l’Union Soviétique et refusant à Staline l’ouverture du second front. Qu’en penseraient les milliers de marins anglais morts dans l’Arctique coulés par les torpilles allemandes pour envoyer des munitions aux défenseurs de Stalingrad ?

Vassilevski à Moscou, un article de Sokolovski dans la « Pravda », niaient l’aide anglo-américaine aux Russes en guerre. L’ambiance est pénible.

 

 Colonies Italiennes

Les négociations des quatre à Paris auront, par avance, un autre résultat inattendu : la conclusion d’un accord Anglo-Italien sur les colonies. On ne pouvait laisser le gouvernement de Gasperi sans un succès diplomatique. La question des colonies, irritante pour l’opinion italienne, servait d’aliment à la propagande communiste. L’égoïsme et l’impérialisme britanniques étaient dépeints avec des couleurs par trop véridiques. Les Américains ont fait pression sur Bevin ; les Italiens ont accepté un accord qui n’est pas très avantageux pour eux, mais semble le maximum de ce qu’ils pouvaient espérer. Ils resteront à Tripoli, et les Anglais garderont Tobrouk. Quand en 1945 Churchill affirmait que l’Angleterre ne revendiquait pas un pouce de territoire étranger, nous avions écrit : « Oui, sauf Tobrouk ». Comment un Anglais résisterait-il à une si belle rade ?…

Les Italiens gardent aussi la Somalie. Ils ne seront pas tout-à-fait exclus de l’arrangement sur l’Erythrée ; la France conserve le Fezzan conquis par Leclerc ; à Rome, on évite d’en parler puisque les relations Franco-Italiennes sont bonnes.

 

Le Problème Economique

Les craintes que nous émettions sur le maintien des exportations britanniques n’ont pas tardé à être justifiées. Pour avril, la baisse est importante et Sir Stafford est inquiet. S’il n’y a pas de crise économique dans le monde, néanmoins la tendance est descendante.

Aux Etats-Unis, les prix baissent, le chômage est appréciable. En économie libre, force est alors aux entreprises qui veulent survivre de comprimer leurs frais, d’exiger aussi un rendement maximum de leur personnel. Les travailleurs qui faisaient grève en temps de prospérité pour participer aux bénéfices du patron font des sacrifices pour garder leur emploi. Mais les prix baissant aux Etats-Unis, les pays à économie étatique qui ne peuvent baisser les leurs, sont incapables d’exporter aux Etats-Unis où la main-d’œuvre a un rendement double ou triple. Et malgré ces difficultés évidentes, on signale en Angleterre des grèves pour le relèvement des salaires ! Les statistiques des prochains mois décideront de l’expérience travailliste.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-05-07 – Les Deux Faces

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-07 – La Vie Internationale.

 

Les Deux Faces

 

C’est fait : le blocus de Berlin va être levé, et malgré leur défiance, les Berlinois se réjouissent. On se hâte de préparer les convois qui bientôt vont franchir les barrières. La levée du blocus était la condition mise par les Américains à une reprise des conversations à quatre. Ils ont réussi. Elles vont commencer.

 

A Londres

On se montre à Londres plutôt inquiet de la tournure des événements. D’abord les Anglais se plaignent de ne pas avoir été invités aux conversations préliminaires Jessup-Malik. On craint que les Américains, et surtout le président Truman, ne tombent dans les pièges de la diplomatie soviétique.

A Paris également, on regrette de voir remettre en question des accords que l’on avait eu tant de peine à conclure. On aurait préféré mettre debout le nouvel état Allemand, régler les modalités du prêt-bail militaire quitte à voir ensuite si les Russes sont disposés à céder. On voit dans cette hâte soviétique le signe d’un embarras qu’il eut été préférable de laisser s’aggraver. Mais les Américains ont jugé qu’on ne pouvait se dérober si les conditions exigées des Russes étaient remplies.

Les Anglais ont exigé que les conversations s’engagent sur des points précis, dans l’ordre, et que le problème allemand ne soit pas traité dans son ensemble, mais par questions successives. On ne veut pas à Londres être amené à des décisions générales dont la portée échappe comme cela s’est produit à Postdam et à Yalta. On ne veut, ni de l’évacuation militaire de l’Allemagne, ni du contrôle soviétique sur la Ruhr. Et le gouvernement Français pense de même.

 

Le Départ de Clay

Le général Clay s’en va. Depuis trois ans il tient bon, malgré l’inimitié furieuse des civils contre ce militaire qui en Allemagne a gouverné à sa guise en proconsul, sans prendre avis de la Maison Blanche. Après Forrestal et Draper, le fameux « Pentagone » est abattu. Il n’est pas sûr que ce soit pour toujours. Ses succès et son autorité auraient pu lui permettre de tenir encore, mais ce sont les fédérations du travail qui ont exigé son départ. Les organisations ouvrières ont pris pied dans la politique américaine et Truman les écoute. Clay était pour elles l’homme des trusts qui recevait les magnats de la Ruhr et les anciens nazis, et voulait leur rendre leurs usines. Cédant aux Syndicats et à la pression anglaise, Truman a promis aux ouvriers américains que les camarades allemands auraient une part dans la gestion des entreprises. Ils seront la majorité parmi les administrateurs de la Ruhr.

A Londres et à Washington, on espère que ces socialistes sauront fonder une république allemande démocratique et constitueront le plus sûr rempart contre l’assaut du communisme. On comprend assez que les syndicalistes appelés à diriger l’évolution sociale de l’Allemagne de l’ouest, ne voient pas d’un bon œil l’unification de l’Allemagne, ce qui les mettrait aux prises avec leurs rivaux communistes.

 

Les Vues Soviétiques

Côté Russe, une chose est claire. Ils voudraient bouleverser le dispositif stratégique établi  par les Américains en Allemagne, et les obliger à se retirer derrière le Rhin, les éloigner ainsi des frontières de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, contraindre les constituants de Bonn à reconsidérer leurs projets et reprendre  leur place dans les conseils de la nouvelle Allemagne en laissant jouer leurs partisans.

Il y a, d’autre part, un contraste frappant entre cette négociation qui se donne l’air d’un rapprochement, et les paroles prononcées à Moscou. La Fête du 1er mai a été l’occasion d’une parade militaire record ; le maréchal Vassilevski a fait un discours violent où pour la première fois les Américains sont accusés de vouloir la guerre. Les préparatifs militaires des Soviets ont pris brusquement une allure précipitée. D’importants déplacements de troupe ont eu lieu vers la Pologne où de nouveaux aérodromes sont en préparation, là et le long des côtes baltes.

Parallèlement, les changements de personnel dirigeant en Pologne, Roumanie et Bulgarie ont enlevé à ces pays toute souveraineté ; ils sont purement et simplement annexés. Tous les ordres viennent de Moscou. Une prochaine étape verra le système s’étendre à la Hongrie et à la Tchécoslovaquie.

Enfin, le contrôle intérieur du Politburo a été simplifié et renforcé. Le pouvoir central s’étend jusqu’aux confins des pays satellites ; la censure et les consignes policières ont pris une vigueur encore inconnue. Les commandements militaires ont été réorganisés, les armées divisées en secteurs éloignés pour parer aux attaques atomiques, et de grosses réserves de matières stratégiques ont été achetées sur les marchés mondiaux.

Tout cela est connu à Washington où cependant on tient à se montrer optimiste. Si Staline veut venir à Paris, Truman y viendra. Même si l’on croit l’accord impossible, il ne faut pas porter la responsabilité d’un échec. La discussion promet d’être serrée et fertile en péripéties. Nous y sommes habitués.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-04-30 – Espérances et Illusions

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-30 – La Vie Internationale.

 

Espérances et Illusions

 

Les négociations Russo-Américaines sont maintenant officielles. Une réunion des quatre ministres des Affaires Etrangères aura lieu à bref délai. La levée du blocus de Berlin et du contre-blocus de la zone orientale paraît décidée. Cette nouvelle a éveillé de grands espoirs. On voit déjà la paix assurée. Il faut se garder de cet excès d’optimisme. Les Russes, aux prises avec des difficultés croissantes en Europe, cherchent à consolider leurs positions à moindres frais. Les Anglo-Saxons ne peuvent, sans risque d’être accusés d’intentions belliqueuses, se dérober à la conversation. De là à un accord général, il y a loin.

 

A Bonn

L’objectif principal des Russes était de retarder et si possible d’empêcher, l’accord des Allemands et des Alliés sur la constitution de l’Allemagne occidentale. Tout au contraire, cet accord qui paraissait problématique à cause de l’opposition de Schumacher est aujourd’hui chose faite. Les Soviets ne pourront pas éviter que se constitue un état allemand occidental.

C’est qu’en réalité, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les hommes politiques allemands ne tiennent pas à l’unification de leur pays dans l’état présent, les socialistes surtout. Ils savent qu’un accord des quatre ouvrirait les portes à l’influence communiste et leur ferait perdre de leur clientèle. Economiquement, les zones occidentales qui bénéficient de l’aide américaine et sont en pleine reconstruction, se verraient adjoindre la zone orientale, complétement pillée, où s’engouffreraient leurs ressources. Le niveau de vie de ces pays baisserait.

Si paradoxal que cela semble, les politiciens allemands et même les populations de l’ouest se trouvent très bien du contre-blocus et ne souhaitent pas que tombe le rideau de fer. Calcul égoïste qui peut surprendre qui les entend parler chaque jour de l’unité allemande. C’est cependant un fait. C’est pourquoi la Constitution de Bonn va être adoptée et sera certainement votée par le peuple. L’intervention russe aura hâté les choses.

 

L’Opinion

A lire les journaux anglais et américains, on sent très bien la méfiance qu’inspire l’initiative soviétique. On fera quelques concessions pour obtenir la levée du blocus de Berlin dont le ravitaillement aérien est, quoi qu’on en dise, une entreprise difficile et coûteuse, mais on ne semble pas décidé à aller très loin. Washington a son but qui est la libération de l’Europe orientale du joug soviétique. Un accord étendu enlèverait tout espoir aux forces souterraines qui minent le pouvoir établi en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Hongrie. Ces forces, chaque jour plus actives, reçoivent des Anglo-Saxons un appui croissant. C’est pourquoi, il faut se garder de croire que les Russes pourront obtenir un « modus vivendi » qui leur permettrait de consolider leur pouvoir en Europe au moment où il commence à chanceler. Ils s’y prennent trop tard.

 

En Chine

L’affaire du Yang-Tsé où des navires anglais ont été bombardés par des batteries communistes est là, s’il était besoin, pour rappeler aux Anglo-Saxons que l’hostilité de l’Est ne désarmera pas. Les Américains se taisent parce qu’ils savent que Tchang-Kaï-Chek a perdu la partie et que ce qui reste de ses armées est incapable d’arrêter les forces communistes. Il semble même qu’aucune résistance sérieuse n’interviendra. La perte de Shanghai est pour les puissances occidentales un événement très pénible. Perte morale et matérielle de première grandeur.

La victoire finale des communistes va poser aux Français et aux Anglais des problèmes redoutables. Washington paraît assez confiant cependant. Ce n’est pas un mystère que les Américains, depuis près de deux ans, entretiennent avec les communistes chinois des relations qu’on ne dit pas si mauvaises. Marshall, avant d’être secrétaire d’Etat, les avait approchés et l’on pense qu’un accommodement sera possible. Les Rouges auront de telles difficultés économiques et financières à résoudre après leur victoire qu’ils ne pourront pas se permettre de faire fi de l’aide américaine, et la Russie ne peut rien pour eux.

 

Le Congrès de la Paix

La nouvelle politique soviétique a été appuyée par le Congrès communiste des partisans de la paix qui s’est tenu à Paris comme une réplique de propagande au procès Kravchenko.

Singulier congrès de la paix, où l’on a acclamé le délégué des communistes chinois au jour de la grande bataille contre les Nationalistes et les navires anglais. Si fanatisés que soient les délégués, certains n’ont pu se défendre d’un certain malaise et l’opinion qu’on voulait entraîner n’a pu retenir quelques quolibets.

Il n’y a que le ridicule qui tue et l’énorme imposture du bolchevisme commence à paraître plus grotesque que redoutable. C’est ce que les agents du Kremlin rapportent chaque jour à leurs maîtres. L’impérialisme russe est un instrument de conquête et d’asservissement comme il y en a tant d’exemples dans l’histoire ; l’idéologie n’y change rien. Rien n’empêchera non plus que cet empire fondé par la force ne subisse le sort de ceux qui l’ont précédé.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-04-23 – Nouvelle Phase

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-23 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Phase

 

Les rumeurs se précisent. Les Soviets offrent de lever le blocus de Berlin si les Américains renoncent au contre-blocus de la zone orientale. L’intérêt des Russes est évident ; le blocus de Berlin est inutile. La zone d’occupation soviétique privée des échanges avec l’ouest, s’asphyxie peu à peu. Une offre de négociations passera pour un geste de conciliation qui accompagnera bien le congrès des pacifistes communistes qui se tient à Paris, et surtout peut encourager les allemands qui élaborent la constitution de Bonn à retarder leur décision.

L’Etat d’Allemagne occidentale dont la formation inquiète les Russes pourrait être remis en question. On pourrait enfin faire ainsi pression sur le Sénat américain pour qu’il ajourne la discussion du prêt-bail d’aide militaire à l’Europe. La démarche soviétique présente tant d’avantages qu’on était sûr qu’elle serait tentée.

Les Anglo-Saxons s’y étaient préparés et jusqu’ici semblent l’accueillir avec méfiance et précaution. Ils craignent que les Soviets, en proposant un règlement général du problème allemand ne les mettent en mauvaise posture devant l’opinion mondiale que l’éventualité d’une guerre inquiète. Ils redoutent surtout que la conséquence d’un accord ne soit le retrait des forces militaires d’occupation en Allemagne, ce qui laisserait l’Europe occidentale à ses propres moyens, ouverte à l’invasion. Tout fait prévoir que de part et d’autre, on va jouer serré. S’ils veulent aboutir, les Russes devront faire des concessions telles que leur prestige pourrait en souffrir. On ne peut prévoir s’ils désirent un accord à tout prix ou simplement ressaisir l’initiative diplomatique. Nous ne serons pas fixés avant longtemps.

 

La Politique Intérieure Anglaise

Il n’est pas trop tard pour parler du résultat des élections municipales anglaises qui ont eu un grand retentissement. Les Travaillistes qui venaient de remporter des succès ininterrompus aux élections partielles législatives ont été battus par les Conservateurs. A Londres même, ceux-ci sont à égalité de sièges avec leurs adversaires avec un nombre de voix supérieur.

On croit pouvoir attribuer cet échec socialiste au budget de Sir Stafford Cripps toujours plus écrasant pour le contribuable, et à la poursuite de la politique d’austérité dont on ne voit pas le bout. Peut-être est-ce aussi, (s’ajoutant à la lassitude du peuple anglais) un aspect du mouvement général vers la droite qui caractérise l’évolution de l’opinion depuis que le communisme est en baisse. De plus, le succès du plan Marshall a montré, avec éclat, l’efficacité des méthodes libérales de la production américaine et par les récents discours, l’attachement du monde ouvrier des Etats-Unis à la libre entreprise. Nous avons dit souvent que l’échec ou le succès de l’expérience travailliste était le problème capital de l’heure. L’avenir de l’organisation économique et sociale du monde en dépend.

Pour le moment, le Gouvernement Attlee, à un an des élections, subit des critiques fondées : l’électeur s’aperçoit que le socialisme coûte cher. Pour le payer, il faut travailler plus et mieux, produire et encore produire, et malgré cet effort, se priver.

Un autre danger menace. Le socialisme n’est pas maître du prix de revient industriel. Les charges sociales, l’intangibilité des salaires interdisent de le réduire sensiblement. Si les prix mondiaux baissent et l’abondance reparaît, la concurrence joue et les exportations britanniques pourront décroître parce que les produits anglais se trouveront trop chers. Le chômage recommencerait et ce serait la fin du travaillisme élu par crainte du chômage.

Les Américains verraient sans doute sans déplaisir un recul de l’exportation britannique qui s’est emparée de beaucoup de marchés qui appartenaient à l’Allemagne et au Japon, et qui doit s’accroitre encore beaucoup pour que l’Angleterre puisse se suffire à la fin de l’aide Marshall.

 

En Chine

Les négociations entre Nationalistes et Communistes chinois paraissent tantôt en bonne voie et tantôt près d’être rompues. La fin de la guerre civile n’est pas encore en vue, à moins d’un succès total des rouges. Il est assez curieux de constater que, sauf les malheureux chinois, personne n’est très pressé de voir finir cette lutte qui dure depuis quatre ans.

Les Russes dont l’intérêt apparent était de soutenir à fond Mao Tsé Toung, ont été d’une prudence significative. Ils savent bien qu’ils ne seraient pas les maîtres d’une Chine pacifiée rendue à son destin. Ils ont profité de la faiblesse de Nankin pour annexer les deux Mongolies et s’infiltrer très avant dans le Turkestan chinois. Ils travaillent le Tibet et peu à peu s’approchent de l’Inde. Une Chine forte et nationaliste pourrait leur demander des comptes.

De leur côté, les américains et les Européens ne voient pas d’un meilleur œil la constitution d’une grande Chine qui deviendrait le pôle d’attraction de tous les Nationalismes asiatiques, ce qui explique l’intransigeance du gouvernement de Nankin, comme les dissensions entre les dirigeants de Pékin. La guerre civile sert beaucoup d’intérêts et en particulier des intérêts chinois. L’occasion d’en reparler ne manquera point.

 

Divers

D’autres événements retiennent l’attention.

Le projet de partage des terres en Italie mis en avant par le ministère de Gasperi, réforme sociale hardie et généreuse qui lèse beaucoup de situations acquises, mais qui est indispensable à la pacification sociale de la péninsule.

Enfin, on se perd en commentaires et en questions sur la lessive magistrale qui se poursuit dans les milieux dirigeants des satellites de l’U.R.S.S. Après celui de Kostov, le départ du vieux Dimitrov de Bulgarie. Le bouleversement ministériel en Roumanie qui met la terrible Anna Pauker à la tête du pays. Tito a partout des partisans et des émules. Moscou serre les écrous. L’ordre règne à Sofia et à Bucarest comme il régnait et règne encore à Varsovie.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-04-16 – Les Lendemains du Pacte

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-16 – La Vie Internationale.

 

Les Lendemains du Pacte

 

Comme on s’y attendait, la signature du Pacte Atlantique a été suivie immédiatement d’un accord des trois occupants sur le statut de l’Allemagne. Dans l’ensemble, aussi bien en Allemagne même qu’en France, la fin du provisoire et ses controverses interminables entre alliés a été accueillie avec soulagement. Les Allemands y voient un premier pas vers la conquête de leur souveraineté, bien qu’elle soit encore fort restreinte, et une promesse d’intégration de l’Allemagne dans la communauté occidentale. Les Français apprécient que leur droit de veto ait été reconnu dans les trois questions essentielles qui leur tiennent justement à cœur : la démilitarisation de l’Allemagne, le contrôle du potentiel de la Ruhr et de la répartition des réparations. Pour le reste la France a dû céder aux désirs américains : le fédéralisme germanique ne sera pas aussi fâché que nous l’aurions souhaité et les pouvoirs du Gouvernement central un peu trop étendus. Il est visible qu’à l’usage, ils le seront davantage. Il eut été toutefois déraisonnable d’exiger dans l’époque présente que se reconstitue au cœur de l’Europe une poussière d’états quasi indépendants. Une telle solution ne serait pas durable. La pression des nécessités politiques et surtout économiques aurait ramené tôt ou tard le Reich à l’unité. Il est sans doute préférable que cette unification ne se fasse pas par la force des Allemands eux-mêmes.

Si la constitution qui s’élabore si péniblement à Bonn tient suffisamment compte des droits des Lander, on peut espérer que l’Allemagne se trouvera bien d’un certain fédéralisme et que les états particuliers s’emploieront à le préserver. A tout prendre, la solution qui vient d’intervenir n’est pas définitive. On prévoit qu’elle sera révisable dans dix-huit mois.

 

Qu’en Pensent les Allemands ?

En dehors des communistes qui parlent du régime colonial appliqué à l’Allemagne, l’opposition au statut vient des socialistes qui ne veulent pas entendre parler de fédéralisme, exigent un gouvernement central puissant et la nationalisation des industries de la Ruhr.

Dans l’ensemble, les Allemands sont plus satisfaits qu’ils ne le disent. D’abord parce qu’ils ont le goût des règlements bien définis et ils sentent, qu’à défaut de droits souverains, qu’ils sont sortis du règne du bon plaisir. Ensuite, ils sont satisfaits d’avoir enfin certaines activités où ils ne seront plus contrôlés par les puissances occupantes en particulier, la presse et l’édition. Enfin, ils apprécient  l’espoir qui leur est offert d’une amélioration progressive du statut. Ce qui par contre les affecte le plus c’est de n’avoir pas de représentation à l’étranger, signe essentiel d’un état libre.

En fait, le problème allemand est pour le moment, et pour longtemps encore, un problème secondaire. L’essentiel, et M. Schuman l’a bien compris, est de conserver inscrit le droit de s’opposer à une résurrection de la puissance militaire allemande et de se garantir contre les faiblesses toujours possibles des autorités américaines, si un jour le problème essentiel, le conflit avec la Russie soviétique, était de façon ou d’autre résolu.

C’est au-delà de cette échéance, qui ne saurait être très lointaine, qu’il faut voir. Le danger Russe disparu, il ne faut pas que l’Allemagne retrouve sa prépondérance dans la nouvelle Europe libérée. Et c’est à ce moment-là qu’il faut craindre que les Etats-Unis, libres de soucis militaires, ne se désintéressent du sort de l’Europe et rentrés chez eux, ne voient l’Allemagne d’un œil confiant. Il faudra alors, mais alors seulement, que la France conserve des droits suffisants pour que sa vigilance s’exerce efficacement.

 

La Marche des Evénements

Le Pacte Atlantique et l’accord de principe sur le statut d’occupation ont fait dans le monde grande impression : celle d’une détermination puissante en face de l’impérialisme soviétique. L’énorme budget militaire américain qui vient d’être voté par le Sénat, le prêt-bail pour l’armement des pays européens, tout cela s’impose comme une machine en marche contre laquelle tout ne pourra que se briser.

Les Russes ne s’y sont pas trompés et on devine qu’ils hésitent devant la conduite à tenir.

 

L’Orientation de Moscou

Le blocus de Berlin sera-t-il levé ? Il n’est plus pour l’U.R.S.S. qu’une gêne ; son intérêt serait de négocier la levée du blocus contre l’autre blocus que les Alliés ont dressé en Allemagne devant la zone soviétique d’occupation et qui réduit l’industrie de cette région à l’impuissance et au chômage. S’engager dans des négociations, comme les Américains les y invitent, serait évidemment pour les Russes un aveu de défaite et une perte de prestige.

Mais dans l’état présent de désordre et de faiblesse économique où se trouve l’Allemagne de l’Est et les pays satellites de l’U.R.S.S., ce serait une mesure de sagesse et d’opportunité dont les maîtres du Kremlin ne sont pas incapables. Ils sentent bien en effet, que s’ils ne font pas le premier pas, la guerre deviendra inévitable et qu’elle sera pour eux un désastre.

 

Perspective

On n’a pas de peine à imaginer ce qui va se passer dans un avenir plus ou moins proche. Etant donné l’état d’esprit qui règne en Allemagne orientale, et surtout en Tchécoslovaquie où 90% maintenant de la population est contre le régime de Gottwald et de Zapotocki, les Etats-Unis pourront au moment voulu donner à Prague le signe de la révolte. Le gouvernement communiste sera balayé. Pour sauver leurs créatures, les Soviets seront contraints d’entrer armes à la main, mais les Etats-Unis s’y opposeront. Ce sera un véritable ultimatum. Et devant l’effort victorieux des Tchèques pour leur libération, l’opinion du monde soutiendra les Américains. Alors, si les Russes reculent, les autres satellites, les uns après les autres, se soulèveront et s’en sera fait du glacis édifié par les Russes en Europe.

Pour éviter un effondrement de ce genre, on s’attend à Washington à une démarche soviétique en vue d’un règlement, tout au moins du problème de Berlin. Reste à savoir si les exigences américaines ne dépasseront pas les concessions que les Russes se disposeraient à faire. Nous serions surpris s’ils n’essayaient pas quelque chose. Staline n’est pas Hitler. Il n’a pas le goût du suicide.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-04-09 – Le Pacte Atlantique

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-09 – La Vie Internationale.

 

Le Pacte Atlantique

 

Le Pacte vient d’être signé avec toute la solennité désirable. Chaque participant y est allé de son discours pour en exalter les mérites. Cependant, sans parler des Communistes qui le combattent, il ne manque pas d’esprits sérieux aux Etats-Unis, et surtout en France, pour en contester l’efficacité. Cela vaut une mise au point.

Le gouvernement américain ne peut prendre aucun engagement sans l’appui très large de l’opinion. On se rappelle par quel travail patient le président Roosevelt amena ses concitoyens en 39-41 à accepter d’aider les Alliés par le prêt-bail et les habituer à l’idée qu’ils devraient un jour se battre eux-mêmes. C’est avec la même persévérance, des campagnes de presse savamment menées, que Truman aujourd’hui impose au peuple américain des obligations militaires que dans l’histoire les Etats-Unis il n’avait jamais assumées, qu’il répugnait profondément d’assumer.

 

Controverse

Cependant, dans un article très remarqué du « Monde » M. Gilson croit utile de mettre l’opinion française en garde contre des illusions.

« Le bon vouloir du département d’Etat, dit-il, n’est pas en cause, mais il a devant lui le Sénat. Nous ne devons pas oublier qu’un président des Etats-Unis nous fit jadis cadeau d’une Société des Nations dont son peuple refusa de faire partie. Nous nous souvenons de la folle confiance que Clémenceau, mal informé des pouvoirs du Sénat américain, mit dans la promesse que Wilson lui avait faite de garantir la France contre une invasion possible. C’est encore de là que vinrent toutes les difficultés d’application du traité de Versailles. Tout Français est désormais inexcusable d’ignorer qu’un traité avec les Etats-Unis n’engage pas nos amis d’un pouce au-delà des engagements qu’eux-mêmes ont signé, ni du sens précis qu’ils leur donnent. Si ces engagements ne nous suffisent pas, c’est avant de signer qu’il faut le dire. Après, il sera trop tard. ».

Et auparavant, M. Gilson notait que le Pacte laisse chaque nation et naturellement les Etats-Unis libres de décider : a) si une attaque s’est réellement produite ; b) s’il convient ou non d’y répondre par les armes ; c) si l’attaque menace effectivement la sécurité de la zone atlantique.

Nous nous permettons de ne pas partager l’avis de notre éminent maître. Les Etats-Unis ont précisément compris les erreurs fatales qu’ils ont commises en 18 et en 39. Ils ont évolué. Ils se sont rendu-compte que par leur faute, la guerre d’Hitler n’a pu être évitée, et ils veulent sans restriction épargner au monde, si possible, un troisième conflit. Ils en font non seulement une question d’intérêt propre mais une question morale, et même religieuse. Leur mission est de préserver la paix. Car ils savent qu’ils détiennent la seule force qui le puisse faire. Les temps sont vraiment changés, et les clauses restrictives en apparence que le pacte contient, ne signifient pas que les Etats-Unis se réservent une échappatoire, mais que les circonstances d’un conflit peuvent être si complexes qu’une obligation automatique de recourir aux armes serait d’une rigueur absurde et contraire à l’intérêt général en une matière aussi grave. Ils prévoient que le cas doit être délibéré et jugé d’un accord commun, ce qui est fort raisonnable.

Mais le Pacte, à notre avis, ne contient aucune restriction mentale, et la détermination de recourir aux armes, si l’U.R.S.S. attaque un des signataires du Pacte, est libre de toute condition. Mettre cette résolution en doute serait paraître soi-même nourrir des restrictions et se réserver le droit de retirer son épingle du jeu ce qui dans le cas envisagé serait folie. Il serait très dangereux de donner une telle impression et d’éveiller des doutes. Il faut donc considérer le pacte comme un fait sans précédent et qui exprime justement une résolution que les erreurs du passé ne devront pas être commises. Les votes prochains du sénat américain confirmeront que l’engagement pris l’est sans réserve.

 

Côté U.R.S.S.

L’U.R.S.S. n’a fait que prendre position contre le Pacte, et en dehors des notes diplomatiques de pure forme, on ne devine pas encore la riposte ni même, s’il y en aura une. L’U.R.S.S. est en effet aux prises avec des difficultés croissantes dont la principale est une révolte de plus en plus forte des peuples satellites, malgré les épurations qui se succèdent.

 

En Bulgarie

C’est en Bulgarie que le torchon brûle. Dimitrov se débat avec une opposition ouverte. L’exemple de Tito, sa résistance jusqu’ici efficace aux ordres du Kominform a partout des échos. Il a fallu arrêter le vice-président du Conseil Kostov, deux ministres et 300 hauts fonctionnaires considérés comme hostiles aux ordres de Moscou.

En Tchécoslovaquie, la grève perlée des masses ouvrières met en échec les projets du gouvernement et on devine parmi ses membres des dissensions qui pourraient bien amener une vague d’épuration. Les masses en veulent à la Russie de les avoir privées des bénéfices du plan Marshall et de piller et de vider leur patrie au lieu de leur fournir de l’aide. Tito a cité des chiffres : les marchandises livrées à l’U.R.S.S. par la Yougoslavie l’étaient au dixième de leur prix de revient, et les fournitures Russes rares et de mauvaise qualité, fort au-dessus du prix mondial. L’opposition à la tutelle de Moscou a des raisons économiques encore plus que sentimentales. On ne pardonne pas au bolchévisme d’accentuer la misère, tandis que de l’autre côté du rideau l’abondance renaît. Si bien qu’on peut dire déjà sans paradoxe que le communisme fait plus de tort à la cause révolutionnaire qu’il ne la sert et qu’il est de toute évidence l’instrument de la politique russe plutôt que de la libération des travailleurs.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-04-02 – Remue-Ménage

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-02 – La Vie Internationale.

 

Remue-Ménage

 

Tant aux Etats-Unis qu’en U.R.S.S. des changements de personnes et de postes, ont modifié la disposition, sinon la politique des milieux dirigeants.

En U.R.S.S., cela semble signifier que l’action diplomatique a pris fin, que l’action directe commence. Une révision des tactiques communistes parait aussi à l’ordre du jour de la réunion plénière du Kominform au quartier général russe près de Berlin. Là aussi, les militaires diplomates comme Sokolovski sont remplacés par des soldats, de même qu’à Moscou le maréchal Boulganine a cédé la direction de l’armée au général Vassilevski.

Aux Etats-Unis, ce sont les militaires diplomatiques qui partent. Clay en Allemagne et Forrestal le ministre de la défense inféodé au parti militaire. De part et d’autre, on cherche plus de cohésion et d’unité dans l’action.

 

Le Pacte

Le Pacte de l’Atlantique va être signé. Seul le Portugal n’a pas encore fait connaître sa décision. Franco et Salazar ont discuté, l’Espagne cherchant à retenir le Portugal pour maintenir l’unité diplomatique et militaire de la péninsule ; l’adhésion du Portugal au Pacte est considérée à Madrid comme un moyen de pression trop direct sur l’Espagne.

 

Finlande et Yougoslavie, Grèce

Mais l’intérêt se porte surtout sur la Finlande et la Yougoslavie. L’adhésion de la Norvège au pacte est envisagée à Moscou comme une menace qui ne peut rester sans réplique. Il faut que le rideau de fer tombe sur la Finlande pour que les troupes Russes puissent s’installer aux frontières Norvégiennes. L’U.R.S.S. cherche un prétexte pour se débarrasser du ministère Fagherholm. Nul doute qu’il ne le trouve.

L’action contre Tito n’a pas encore pris une tournure décisive. Le Maréchal se défend à l’intérieur par des épurations massives. Il a reçu des Etats-Unis le pétrole et les outillages que les satellites de Moscou lui refusent.

D’autre part, la volonté russe d’établir, aux dépens de la Grèce, une Macédoine indépendante a provoqué une scission parmi les communistes grecs et de nombreuses défections parmi les rebelles, qui par ailleurs ne reçoivent plus l’aide yougoslave : L’armée nationale grecque est aussi beaucoup plus forte que l’an passé et une action directe des bulgares représenterait un effort militaire considérable. Les choses en sont là.

 

L’Allemagne

L’organisation de l’Allemagne occidentale ne va pas toute seule. Un conflit assez vif a éclaté entre les représentants allemands chargés de rédiger la Constitution de Bonn et les autorités alliées. Les Américains ont rejeté le projet allemand et des avertissements sévères ont été adressés aux chefs de parti. D’autre part, l’accord Franco-Anglo-Américain sur l’Allemagne et sur le statut d’occupation n’est pas encore réalisé. Les Français veulent éviter à tout prix une centralisation du pouvoir en Allemagne et ne veulent pas qu’après la fusion inévitable des trois zones, le commandement français soit soumis à la décision anglo-américaine, c’est-à-dire à la loi de la majorité. Ils veulent que les décisions soient unanimes, ou qu’on ne change rien. Il ne semble cependant pas possible que ces discussions s’éternisent ; la réunion à Washington à l’occasion de la signature du Pacte Atlantique, de MM. Schuman, Bevin et Acheson fait prévoir qu’on aboutira à des résolutions définitives. Le statut de l’Allemagne occidentale ne peut plus attendre si l’on veut faire face à la menace Russe sur tous les fronts et incorporer l’Allemagne à l’unité européenne. On a l’impression que dans les deux camps on cherche à stabiliser les pions et à se trouver face à face sur des positions précises. On n’aura plus alors qu’à se dire : se battre ou s’entendre.

Sur ce point capital, il est difficile de se prononcer. Evidemment, le mouvement profond des événements va vers une tension de plus en plus raide des attitudes respectives. Les portes de la discussion se ferment les unes après les autres comme au sujet du blocus de Berlin et du traité avec l’Autriche. Partout on arrive au point mort et l’on renonce à se parler.

Par ailleurs la course aux armements va s’accélérant de part et d’autre. Les manœuvres se répondent ; les Russes en Allemagne exercent leurs troupes ; les Alliés combinent leurs exercices sur terre et sur mer. Tout se passe comme toujours quand on va vers la guerre. Les préparatifs se précipitent tandis que les conversations perdent tout intérêt. Il ne semble pas sûr cependant que les Russes aient renoncé à une nouvelle et plus retentissante offensive de paix. Nous ne serions pas surpris, d’après certains propos de la Radio soviétique, qu’une manifestation spectaculaire de Staline ne soit sous roche, et pour tacher de ressaisir la faveur de l’opinion mondiale, et aussi pour gagner du temps et troubler la résolution américaine. Mais il est à craindre que le moment de l’apaisement ne soit passé. Les Anglo-Saxons ont trop répété que l’on ne pouvait accorder aucune confiance à l’U.R.S.S. pour se laisser ébranler par un geste d’apaisement. Ils seront cependant obligés, bon gré, mal gré, d’y répondre.

 

En Extrême-Orient

Comme tout le faisait craindre, la collusion des communistes chinois et des partisans d’Ho-Chi-Minh est chose faite. Notre frontière du Tonkin est sérieusement menacée et nos effectifs là-bas sont faibles et irremplaçables. On ne peut les renforcer davantage. La pression va s’accentuer dans une région heureusement assez montagneuse où les mouvements d’ampleur sont impossibles. Il faudrait que nous soit fourni d’urgence un matériel assez puissant pour contenir l’avalanche. Les Etats-Unis s’y prêteront-ils ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-03-26 – La Fin de la Peur

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Le Courrier d’Aix – 1949-03-26 – La Vie Internationale.

 

La Fin de la Peur

 

Le Pacte

Le Pacte de l’Atlantique est prêt. Il va être signé. Les Etats-Unis, pour la première fois dans l’histoire, se chargent d’assurer la paix mondiale. Le ministre Acheson, félicité par Truman, a accompagné la publication du pacte d’avertissements tout à fait nets à l’Union Soviétique. Un avion abattu dans le couloir aérien de Berlin serait un acte d’agression. Un coup d’état fomenté par une minorité dans un des pays signataires, appellerait une intervention armée si le gouvernement menacé faisait appel aux Etats-Unis. Un pas de plus et ce serait la guerre. On est fixé à Moscou.

Les termes du pacte néanmoins sont conçus de telle manière qu’ils laissent aux pays intéressés la liberté de juger s’ils sont ou non attaqués. Il prévoit des consultations ; une riposte armée ne serait pas automatique. Le Congrès américain aurait à se prononcer ; mais tout cela est procédure. La détermination des Etats-Unis de bloquer définitivement l’expansion soviétique est aussi claire que possible. Et l’électeur et les élus, dans leur ensemble, approuvent.

La portée de l’événement est incalculable. C’est l’acte le plus important depuis la chute de la première bombe atomique, et pour donner au pacte une efficacité réelle, un prêt-bail pour l’armement des pays européens, va être payé par le contribuable américain.

Que de chemin parcouru depuis 1940 !

 

La Réplique Russe

On se rend mieux compte de la signification des changements survenus dans le personnel et les fonctions du Politburo. Comme nous le disions, il ne s’agit pas d’un tournant dans la politique soviétique. Simplement l’action diplomatique ayant perdu toute importance, puisque les ponts, de ce côté, sont coupés entre l’U.R.S.S. et le bloc occidental, on confie la direction des affaires étrangères à un sous ordre, Vychinski. C’est au Kominform que revient l’action proprement dite. Dans quelle direction et par quels moyens va-t-elle s’exercer ? D’abord liquider Tito à tout prix, car il constitue un danger, non seulement dans son propre pays, mais par la contagion de l’exemple et de la propagande qu’il mène, un obstacle à la mise au pas complète des pays satellites. Il a des partisans partout. Il faudra donc frapper à la tête.

Un second point gêne le Kremlin. La Finlande n’est pas sous sa coupe. Des attaques quotidiennes visent le premier ministre accusé d’entretenir des relations secrètes avec les impérialistes anglo-saxons ; il y a la Norvège qui maintenant a passé dans leur camp. Pour surveiller la Norvège et intimider la Suède dont le Chef d’Etat-major est aussi pris à partie, il faudra sans doute occuper et maîtriser la Finlande.

Troisièmement, la Perse. Depuis l’attentat manqué contre le Shah et le procès contre le parti pro-soviétique Tudeh, les moyens politiques ne peuvent plus réussir. Les Américains et les Anglais tiennent fortement la place. Il faudra employer la tactique révolutionnaire. On est assez inquiet à Téhéran.

Mais des trois pointes de l’action soviétique c’est celle qui vise Tito qui semble la plus menaçante. On est assez pessimiste – en particulier en Turquie d’où la situation est mieux observée que d’ailleurs – sur les capacités de résistance du dictateur yougoslave. Il a beaucoup d’ennemis à l’intérieur ; sa popularité est le fait d’une minorité appuyée par un groupe militaire de partisans. Serbes et Croates ne sont pas disposés à se faire tuer pour lui. Ils n’ont pas grand-chose à perdre ; un régime soviétique ne serait pas pire pour eux que celui du maréchal. Tout dépend du loyalisme sur lequel il peut compter et de l’aide militaire qu’en cas de conflit les Américains lui accorderont.

 

Espagne

On sait que depuis longtemps des négociations plus ou moins secrètes se trament entre Franco et les U.S.A. La presse soviétique a révélé ce que la presse américaine ne dit pas. Outre le prêt de 200 millions de dollars, on s’attend à ce qu’une aide très large soit fournie à l’Espagne qui traverse des jours difficiles. En échange, le pays serait inclus en fait dans le système défensif américain en Méditerranée. Octroi de bases, fournitures aux Etats-Unis de matières premières stratégiques, réorganisation des forces militaires de la péninsule et construction d’aérodromes de large capacité ; amélioration du réseau ferroviaire et routier, tout cela est plus ou moins en train. Mais pour ne pas froisser les susceptibilités des pays démocratiques et de l’opinion américaine, on agira en silence et le statut international de l’Espagne ne sera pas modifié.

 

Conséquences du Pacte

Bien qu’il fût escompté, le pacte n’a commencé d’agir dans les esprits que depuis quelques jours ; on en a compris la portée. Venant à point nommé quand l’aide Marshall donne des résultats évidents, que l’économie et la finance des pays européens jusqu’ici chancelants se rétablissent manifestement et avec une rapidité surprenante. Le recul du communisme n’est pas seulement inscrit dans les statistiques électorales. Il a cessé d’effrayer ; on le combat ouvertement. On sait qu’une force incommensurable le tient en respect, qu’une garantie efficace s’étend sur des pays désarmés qui se savaient à quelques jours d’attente des hordes soviétiques. La fin de cette grande peur qui a commencé avec la prise de Berlin par les Russes en 45, va permettre un retour à l’équilibre moral et après quelques remous inévitables et salutaires dus à la fin de l’inflation, le retour de la prospérité.

 

                                                                                  CRITON