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Le Courrier d’Aix – 1949-03-26 – La Vie Internationale.
La Fin de la Peur
Le Pacte
Le Pacte de l’Atlantique est prêt. Il va être signé. Les Etats-Unis, pour la première fois dans l’histoire, se chargent d’assurer la paix mondiale. Le ministre Acheson, félicité par Truman, a accompagné la publication du pacte d’avertissements tout à fait nets à l’Union Soviétique. Un avion abattu dans le couloir aérien de Berlin serait un acte d’agression. Un coup d’état fomenté par une minorité dans un des pays signataires, appellerait une intervention armée si le gouvernement menacé faisait appel aux Etats-Unis. Un pas de plus et ce serait la guerre. On est fixé à Moscou.
Les termes du pacte néanmoins sont conçus de telle manière qu’ils laissent aux pays intéressés la liberté de juger s’ils sont ou non attaqués. Il prévoit des consultations ; une riposte armée ne serait pas automatique. Le Congrès américain aurait à se prononcer ; mais tout cela est procédure. La détermination des Etats-Unis de bloquer définitivement l’expansion soviétique est aussi claire que possible. Et l’électeur et les élus, dans leur ensemble, approuvent.
La portée de l’événement est incalculable. C’est l’acte le plus important depuis la chute de la première bombe atomique, et pour donner au pacte une efficacité réelle, un prêt-bail pour l’armement des pays européens, va être payé par le contribuable américain.
Que de chemin parcouru depuis 1940 !
La Réplique Russe
On se rend mieux compte de la signification des changements survenus dans le personnel et les fonctions du Politburo. Comme nous le disions, il ne s’agit pas d’un tournant dans la politique soviétique. Simplement l’action diplomatique ayant perdu toute importance, puisque les ponts, de ce côté, sont coupés entre l’U.R.S.S. et le bloc occidental, on confie la direction des affaires étrangères à un sous ordre, Vychinski. C’est au Kominform que revient l’action proprement dite. Dans quelle direction et par quels moyens va-t-elle s’exercer ? D’abord liquider Tito à tout prix, car il constitue un danger, non seulement dans son propre pays, mais par la contagion de l’exemple et de la propagande qu’il mène, un obstacle à la mise au pas complète des pays satellites. Il a des partisans partout. Il faudra donc frapper à la tête.
Un second point gêne le Kremlin. La Finlande n’est pas sous sa coupe. Des attaques quotidiennes visent le premier ministre accusé d’entretenir des relations secrètes avec les impérialistes anglo-saxons ; il y a la Norvège qui maintenant a passé dans leur camp. Pour surveiller la Norvège et intimider la Suède dont le Chef d’Etat-major est aussi pris à partie, il faudra sans doute occuper et maîtriser la Finlande.
Troisièmement, la Perse. Depuis l’attentat manqué contre le Shah et le procès contre le parti pro-soviétique Tudeh, les moyens politiques ne peuvent plus réussir. Les Américains et les Anglais tiennent fortement la place. Il faudra employer la tactique révolutionnaire. On est assez inquiet à Téhéran.
Mais des trois pointes de l’action soviétique c’est celle qui vise Tito qui semble la plus menaçante. On est assez pessimiste – en particulier en Turquie d’où la situation est mieux observée que d’ailleurs – sur les capacités de résistance du dictateur yougoslave. Il a beaucoup d’ennemis à l’intérieur ; sa popularité est le fait d’une minorité appuyée par un groupe militaire de partisans. Serbes et Croates ne sont pas disposés à se faire tuer pour lui. Ils n’ont pas grand-chose à perdre ; un régime soviétique ne serait pas pire pour eux que celui du maréchal. Tout dépend du loyalisme sur lequel il peut compter et de l’aide militaire qu’en cas de conflit les Américains lui accorderont.
Espagne
On sait que depuis longtemps des négociations plus ou moins secrètes se trament entre Franco et les U.S.A. La presse soviétique a révélé ce que la presse américaine ne dit pas. Outre le prêt de 200 millions de dollars, on s’attend à ce qu’une aide très large soit fournie à l’Espagne qui traverse des jours difficiles. En échange, le pays serait inclus en fait dans le système défensif américain en Méditerranée. Octroi de bases, fournitures aux Etats-Unis de matières premières stratégiques, réorganisation des forces militaires de la péninsule et construction d’aérodromes de large capacité ; amélioration du réseau ferroviaire et routier, tout cela est plus ou moins en train. Mais pour ne pas froisser les susceptibilités des pays démocratiques et de l’opinion américaine, on agira en silence et le statut international de l’Espagne ne sera pas modifié.
Conséquences du Pacte
Bien qu’il fût escompté, le pacte n’a commencé d’agir dans les esprits que depuis quelques jours ; on en a compris la portée. Venant à point nommé quand l’aide Marshall donne des résultats évidents, que l’économie et la finance des pays européens jusqu’ici chancelants se rétablissent manifestement et avec une rapidité surprenante. Le recul du communisme n’est pas seulement inscrit dans les statistiques électorales. Il a cessé d’effrayer ; on le combat ouvertement. On sait qu’une force incommensurable le tient en respect, qu’une garantie efficace s’étend sur des pays désarmés qui se savaient à quelques jours d’attente des hordes soviétiques. La fin de cette grande peur qui a commencé avec la prise de Berlin par les Russes en 45, va permettre un retour à l’équilibre moral et après quelques remous inévitables et salutaires dus à la fin de l’inflation, le retour de la prospérité.
CRITON