Criton – 1949-04-02 – Remue-Ménage

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-02 – La Vie Internationale.

 

Remue-Ménage

 

Tant aux Etats-Unis qu’en U.R.S.S. des changements de personnes et de postes, ont modifié la disposition, sinon la politique des milieux dirigeants.

En U.R.S.S., cela semble signifier que l’action diplomatique a pris fin, que l’action directe commence. Une révision des tactiques communistes parait aussi à l’ordre du jour de la réunion plénière du Kominform au quartier général russe près de Berlin. Là aussi, les militaires diplomates comme Sokolovski sont remplacés par des soldats, de même qu’à Moscou le maréchal Boulganine a cédé la direction de l’armée au général Vassilevski.

Aux Etats-Unis, ce sont les militaires diplomatiques qui partent. Clay en Allemagne et Forrestal le ministre de la défense inféodé au parti militaire. De part et d’autre, on cherche plus de cohésion et d’unité dans l’action.

 

Le Pacte

Le Pacte de l’Atlantique va être signé. Seul le Portugal n’a pas encore fait connaître sa décision. Franco et Salazar ont discuté, l’Espagne cherchant à retenir le Portugal pour maintenir l’unité diplomatique et militaire de la péninsule ; l’adhésion du Portugal au Pacte est considérée à Madrid comme un moyen de pression trop direct sur l’Espagne.

 

Finlande et Yougoslavie, Grèce

Mais l’intérêt se porte surtout sur la Finlande et la Yougoslavie. L’adhésion de la Norvège au pacte est envisagée à Moscou comme une menace qui ne peut rester sans réplique. Il faut que le rideau de fer tombe sur la Finlande pour que les troupes Russes puissent s’installer aux frontières Norvégiennes. L’U.R.S.S. cherche un prétexte pour se débarrasser du ministère Fagherholm. Nul doute qu’il ne le trouve.

L’action contre Tito n’a pas encore pris une tournure décisive. Le Maréchal se défend à l’intérieur par des épurations massives. Il a reçu des Etats-Unis le pétrole et les outillages que les satellites de Moscou lui refusent.

D’autre part, la volonté russe d’établir, aux dépens de la Grèce, une Macédoine indépendante a provoqué une scission parmi les communistes grecs et de nombreuses défections parmi les rebelles, qui par ailleurs ne reçoivent plus l’aide yougoslave : L’armée nationale grecque est aussi beaucoup plus forte que l’an passé et une action directe des bulgares représenterait un effort militaire considérable. Les choses en sont là.

 

L’Allemagne

L’organisation de l’Allemagne occidentale ne va pas toute seule. Un conflit assez vif a éclaté entre les représentants allemands chargés de rédiger la Constitution de Bonn et les autorités alliées. Les Américains ont rejeté le projet allemand et des avertissements sévères ont été adressés aux chefs de parti. D’autre part, l’accord Franco-Anglo-Américain sur l’Allemagne et sur le statut d’occupation n’est pas encore réalisé. Les Français veulent éviter à tout prix une centralisation du pouvoir en Allemagne et ne veulent pas qu’après la fusion inévitable des trois zones, le commandement français soit soumis à la décision anglo-américaine, c’est-à-dire à la loi de la majorité. Ils veulent que les décisions soient unanimes, ou qu’on ne change rien. Il ne semble cependant pas possible que ces discussions s’éternisent ; la réunion à Washington à l’occasion de la signature du Pacte Atlantique, de MM. Schuman, Bevin et Acheson fait prévoir qu’on aboutira à des résolutions définitives. Le statut de l’Allemagne occidentale ne peut plus attendre si l’on veut faire face à la menace Russe sur tous les fronts et incorporer l’Allemagne à l’unité européenne. On a l’impression que dans les deux camps on cherche à stabiliser les pions et à se trouver face à face sur des positions précises. On n’aura plus alors qu’à se dire : se battre ou s’entendre.

Sur ce point capital, il est difficile de se prononcer. Evidemment, le mouvement profond des événements va vers une tension de plus en plus raide des attitudes respectives. Les portes de la discussion se ferment les unes après les autres comme au sujet du blocus de Berlin et du traité avec l’Autriche. Partout on arrive au point mort et l’on renonce à se parler.

Par ailleurs la course aux armements va s’accélérant de part et d’autre. Les manœuvres se répondent ; les Russes en Allemagne exercent leurs troupes ; les Alliés combinent leurs exercices sur terre et sur mer. Tout se passe comme toujours quand on va vers la guerre. Les préparatifs se précipitent tandis que les conversations perdent tout intérêt. Il ne semble pas sûr cependant que les Russes aient renoncé à une nouvelle et plus retentissante offensive de paix. Nous ne serions pas surpris, d’après certains propos de la Radio soviétique, qu’une manifestation spectaculaire de Staline ne soit sous roche, et pour tacher de ressaisir la faveur de l’opinion mondiale, et aussi pour gagner du temps et troubler la résolution américaine. Mais il est à craindre que le moment de l’apaisement ne soit passé. Les Anglo-Saxons ont trop répété que l’on ne pouvait accorder aucune confiance à l’U.R.S.S. pour se laisser ébranler par un geste d’apaisement. Ils seront cependant obligés, bon gré, mal gré, d’y répondre.

 

En Extrême-Orient

Comme tout le faisait craindre, la collusion des communistes chinois et des partisans d’Ho-Chi-Minh est chose faite. Notre frontière du Tonkin est sérieusement menacée et nos effectifs là-bas sont faibles et irremplaçables. On ne peut les renforcer davantage. La pression va s’accentuer dans une région heureusement assez montagneuse où les mouvements d’ampleur sont impossibles. Il faudrait que nous soit fourni d’urgence un matériel assez puissant pour contenir l’avalanche. Les Etats-Unis s’y prêteront-ils ?

 

                                                                                  CRITON