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Le Courrier d’Aix – 1949-04-23 – La Vie Internationale.
Nouvelle Phase
Les rumeurs se précisent. Les Soviets offrent de lever le blocus de Berlin si les Américains renoncent au contre-blocus de la zone orientale. L’intérêt des Russes est évident ; le blocus de Berlin est inutile. La zone d’occupation soviétique privée des échanges avec l’ouest, s’asphyxie peu à peu. Une offre de négociations passera pour un geste de conciliation qui accompagnera bien le congrès des pacifistes communistes qui se tient à Paris, et surtout peut encourager les allemands qui élaborent la constitution de Bonn à retarder leur décision.
L’Etat d’Allemagne occidentale dont la formation inquiète les Russes pourrait être remis en question. On pourrait enfin faire ainsi pression sur le Sénat américain pour qu’il ajourne la discussion du prêt-bail d’aide militaire à l’Europe. La démarche soviétique présente tant d’avantages qu’on était sûr qu’elle serait tentée.
Les Anglo-Saxons s’y étaient préparés et jusqu’ici semblent l’accueillir avec méfiance et précaution. Ils craignent que les Soviets, en proposant un règlement général du problème allemand ne les mettent en mauvaise posture devant l’opinion mondiale que l’éventualité d’une guerre inquiète. Ils redoutent surtout que la conséquence d’un accord ne soit le retrait des forces militaires d’occupation en Allemagne, ce qui laisserait l’Europe occidentale à ses propres moyens, ouverte à l’invasion. Tout fait prévoir que de part et d’autre, on va jouer serré. S’ils veulent aboutir, les Russes devront faire des concessions telles que leur prestige pourrait en souffrir. On ne peut prévoir s’ils désirent un accord à tout prix ou simplement ressaisir l’initiative diplomatique. Nous ne serons pas fixés avant longtemps.
La Politique Intérieure Anglaise
Il n’est pas trop tard pour parler du résultat des élections municipales anglaises qui ont eu un grand retentissement. Les Travaillistes qui venaient de remporter des succès ininterrompus aux élections partielles législatives ont été battus par les Conservateurs. A Londres même, ceux-ci sont à égalité de sièges avec leurs adversaires avec un nombre de voix supérieur.
On croit pouvoir attribuer cet échec socialiste au budget de Sir Stafford Cripps toujours plus écrasant pour le contribuable, et à la poursuite de la politique d’austérité dont on ne voit pas le bout. Peut-être est-ce aussi, (s’ajoutant à la lassitude du peuple anglais) un aspect du mouvement général vers la droite qui caractérise l’évolution de l’opinion depuis que le communisme est en baisse. De plus, le succès du plan Marshall a montré, avec éclat, l’efficacité des méthodes libérales de la production américaine et par les récents discours, l’attachement du monde ouvrier des Etats-Unis à la libre entreprise. Nous avons dit souvent que l’échec ou le succès de l’expérience travailliste était le problème capital de l’heure. L’avenir de l’organisation économique et sociale du monde en dépend.
Pour le moment, le Gouvernement Attlee, à un an des élections, subit des critiques fondées : l’électeur s’aperçoit que le socialisme coûte cher. Pour le payer, il faut travailler plus et mieux, produire et encore produire, et malgré cet effort, se priver.
Un autre danger menace. Le socialisme n’est pas maître du prix de revient industriel. Les charges sociales, l’intangibilité des salaires interdisent de le réduire sensiblement. Si les prix mondiaux baissent et l’abondance reparaît, la concurrence joue et les exportations britanniques pourront décroître parce que les produits anglais se trouveront trop chers. Le chômage recommencerait et ce serait la fin du travaillisme élu par crainte du chômage.
Les Américains verraient sans doute sans déplaisir un recul de l’exportation britannique qui s’est emparée de beaucoup de marchés qui appartenaient à l’Allemagne et au Japon, et qui doit s’accroitre encore beaucoup pour que l’Angleterre puisse se suffire à la fin de l’aide Marshall.
En Chine
Les négociations entre Nationalistes et Communistes chinois paraissent tantôt en bonne voie et tantôt près d’être rompues. La fin de la guerre civile n’est pas encore en vue, à moins d’un succès total des rouges. Il est assez curieux de constater que, sauf les malheureux chinois, personne n’est très pressé de voir finir cette lutte qui dure depuis quatre ans.
Les Russes dont l’intérêt apparent était de soutenir à fond Mao Tsé Toung, ont été d’une prudence significative. Ils savent bien qu’ils ne seraient pas les maîtres d’une Chine pacifiée rendue à son destin. Ils ont profité de la faiblesse de Nankin pour annexer les deux Mongolies et s’infiltrer très avant dans le Turkestan chinois. Ils travaillent le Tibet et peu à peu s’approchent de l’Inde. Une Chine forte et nationaliste pourrait leur demander des comptes.
De leur côté, les américains et les Européens ne voient pas d’un meilleur œil la constitution d’une grande Chine qui deviendrait le pôle d’attraction de tous les Nationalismes asiatiques, ce qui explique l’intransigeance du gouvernement de Nankin, comme les dissensions entre les dirigeants de Pékin. La guerre civile sert beaucoup d’intérêts et en particulier des intérêts chinois. L’occasion d’en reparler ne manquera point.
Divers
D’autres événements retiennent l’attention.
Le projet de partage des terres en Italie mis en avant par le ministère de Gasperi, réforme sociale hardie et généreuse qui lèse beaucoup de situations acquises, mais qui est indispensable à la pacification sociale de la péninsule.
Enfin, on se perd en commentaires et en questions sur la lessive magistrale qui se poursuit dans les milieux dirigeants des satellites de l’U.R.S.S. Après celui de Kostov, le départ du vieux Dimitrov de Bulgarie. Le bouleversement ministériel en Roumanie qui met la terrible Anna Pauker à la tête du pays. Tito a partout des partisans et des émules. Moscou serre les écrous. L’ordre règne à Sofia et à Bucarest comme il régnait et règne encore à Varsovie.
CRITON