ORIGINAL-Criton-1949-04-30 pdf
Le Courrier d’Aix – 1949-04-30 – La Vie Internationale.
Espérances et Illusions
Les négociations Russo-Américaines sont maintenant officielles. Une réunion des quatre ministres des Affaires Etrangères aura lieu à bref délai. La levée du blocus de Berlin et du contre-blocus de la zone orientale paraît décidée. Cette nouvelle a éveillé de grands espoirs. On voit déjà la paix assurée. Il faut se garder de cet excès d’optimisme. Les Russes, aux prises avec des difficultés croissantes en Europe, cherchent à consolider leurs positions à moindres frais. Les Anglo-Saxons ne peuvent, sans risque d’être accusés d’intentions belliqueuses, se dérober à la conversation. De là à un accord général, il y a loin.
A Bonn
L’objectif principal des Russes était de retarder et si possible d’empêcher, l’accord des Allemands et des Alliés sur la constitution de l’Allemagne occidentale. Tout au contraire, cet accord qui paraissait problématique à cause de l’opposition de Schumacher est aujourd’hui chose faite. Les Soviets ne pourront pas éviter que se constitue un état allemand occidental.
C’est qu’en réalité, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les hommes politiques allemands ne tiennent pas à l’unification de leur pays dans l’état présent, les socialistes surtout. Ils savent qu’un accord des quatre ouvrirait les portes à l’influence communiste et leur ferait perdre de leur clientèle. Economiquement, les zones occidentales qui bénéficient de l’aide américaine et sont en pleine reconstruction, se verraient adjoindre la zone orientale, complétement pillée, où s’engouffreraient leurs ressources. Le niveau de vie de ces pays baisserait.
Si paradoxal que cela semble, les politiciens allemands et même les populations de l’ouest se trouvent très bien du contre-blocus et ne souhaitent pas que tombe le rideau de fer. Calcul égoïste qui peut surprendre qui les entend parler chaque jour de l’unité allemande. C’est cependant un fait. C’est pourquoi la Constitution de Bonn va être adoptée et sera certainement votée par le peuple. L’intervention russe aura hâté les choses.
L’Opinion
A lire les journaux anglais et américains, on sent très bien la méfiance qu’inspire l’initiative soviétique. On fera quelques concessions pour obtenir la levée du blocus de Berlin dont le ravitaillement aérien est, quoi qu’on en dise, une entreprise difficile et coûteuse, mais on ne semble pas décidé à aller très loin. Washington a son but qui est la libération de l’Europe orientale du joug soviétique. Un accord étendu enlèverait tout espoir aux forces souterraines qui minent le pouvoir établi en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Hongrie. Ces forces, chaque jour plus actives, reçoivent des Anglo-Saxons un appui croissant. C’est pourquoi, il faut se garder de croire que les Russes pourront obtenir un « modus vivendi » qui leur permettrait de consolider leur pouvoir en Europe au moment où il commence à chanceler. Ils s’y prennent trop tard.
En Chine
L’affaire du Yang-Tsé où des navires anglais ont été bombardés par des batteries communistes est là, s’il était besoin, pour rappeler aux Anglo-Saxons que l’hostilité de l’Est ne désarmera pas. Les Américains se taisent parce qu’ils savent que Tchang-Kaï-Chek a perdu la partie et que ce qui reste de ses armées est incapable d’arrêter les forces communistes. Il semble même qu’aucune résistance sérieuse n’interviendra. La perte de Shanghai est pour les puissances occidentales un événement très pénible. Perte morale et matérielle de première grandeur.
La victoire finale des communistes va poser aux Français et aux Anglais des problèmes redoutables. Washington paraît assez confiant cependant. Ce n’est pas un mystère que les Américains, depuis près de deux ans, entretiennent avec les communistes chinois des relations qu’on ne dit pas si mauvaises. Marshall, avant d’être secrétaire d’Etat, les avait approchés et l’on pense qu’un accommodement sera possible. Les Rouges auront de telles difficultés économiques et financières à résoudre après leur victoire qu’ils ne pourront pas se permettre de faire fi de l’aide américaine, et la Russie ne peut rien pour eux.
Le Congrès de la Paix
La nouvelle politique soviétique a été appuyée par le Congrès communiste des partisans de la paix qui s’est tenu à Paris comme une réplique de propagande au procès Kravchenko.
Singulier congrès de la paix, où l’on a acclamé le délégué des communistes chinois au jour de la grande bataille contre les Nationalistes et les navires anglais. Si fanatisés que soient les délégués, certains n’ont pu se défendre d’un certain malaise et l’opinion qu’on voulait entraîner n’a pu retenir quelques quolibets.
Il n’y a que le ridicule qui tue et l’énorme imposture du bolchevisme commence à paraître plus grotesque que redoutable. C’est ce que les agents du Kremlin rapportent chaque jour à leurs maîtres. L’impérialisme russe est un instrument de conquête et d’asservissement comme il y en a tant d’exemples dans l’histoire ; l’idéologie n’y change rien. Rien n’empêchera non plus que cet empire fondé par la force ne subisse le sort de ceux qui l’ont précédé.
CRITON