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Le Courrier d’Aix – 1949-05-21 – La Vie Internationale.
Appréhensions
Le 23 Mai, Acheson, Bevin, Schuman, Vychinski ouvriront les discussions officielles. Des pourparlers préparatoires se poursuivent à Paris. Les trois Alliés de l’Ouest cherchent à former un front commun contre les manœuvres soviétiques pour les diviser. A mesure que la date fatidique approche, les difficultés d’un accord à quatre semblent grandir. Le fossé creusé entre l’Ouest et l’Est est si profond, qu’en supposant que Russes et Américains aient un véritable désir d’aboutir à un règlement ou tout au moins à une trêve, la force des choses les en empêcherait.
Il en est de la vie des Nations comme des événements privés. On ne peut revenir en arrière. Un moment est venu où il est trop tard. La bonne volonté n’y peut rien. Toujours, lorsque cette heure est arrivée, les chefs de peuples effrayés même les plus extravagants, cherchent une issue pacifique : ils n’en trouvent pas. Qu’on se rappelle, en 13, le voyage de Poincaré à Moscou ; en 38, la mission de Lord Derby chez les Sudètes.
Les Difficultés du Problème Allemand
Comme nous l’avons déjà dit, un accord sur l’Allemagne suppose l’unification des quatre zones. Or l’intégration de la zone soviétique est matériellement impossible. Le pays est ruiné, épuisé, vidé de ses ressources ; ouvrir la barrière c’est laisser s’engouffrer dans cette région tout ce que les trois zones de l’Ouest, avec tant de peine, ont réussi à reconstituer. C’est pour toute l’Allemagne le retour aux conditions terribles de 45 et les Allemands, si attachés qu’ils soient à l’unité nationale, n’en veulent pas.
Il faudrait, pour recoudre l’Allemagne que les Etats-Unis fassent les frais de la reconstruction de la zone Russe. Mais comment faire voter les crédits qui sont énormes ; l’atmosphère du Congrès américain interdit d’y songer. Par ailleurs, le Gouvernement français s’accommode du partage de l’Allemagne et ne souhaite pas que les négociations à quatre rétablissent l’unité du Reich. La fin de l’occupation, aussi, fait reparaître le spectre du pangermanisme. Les Anglais craignent par-dessus tout la participation de la Russie au contrôle de la Ruhr. Les trois Alliés se méfient d’ailleurs les uns des autres. Entre soi, à grand peine, on arrive à s’entendre, mais en présence des Russes, les divergences d’intérêts et de points de vue peuvent éclater.
Côté Russe
On est toujours aussi peu fixé sur les intentions soviétiques. Ils ont fait voter leurs Allemands en leur demandant s’ils voulaient la paix et l’unité du Reich, la liberté et la démocratie, étant sous-entendu que s’ils répondaient oui, cela voudrait dire « vivent les Soviets ». Le procédé a un peu trop servi, et un bon tiers des Allemands ont trouvé moyen de dire non, ce qui, sous l’œil des soldats rouges, est un succès sans précédent.
Le résultat parait si étonnant qu’on se demande si les Soviets n’ont pas organisé le vote pour prouver au monde qu’ils savaient le cas échéant tolérer des élections libres où le 99.99% en faveur du régime n’est pas de rigueur.
Par ailleurs les Russes ne renoncent pas aux tracasseries policières et administratives à Berlin où, un jour ils arrêtent cinq cents camions pour des questions de papiers, un autre ils invoquent un règlement pour interdire à certaines marchandises le transport par chemin de fer. Des denrées périssables destinées à Berlin pourrissent ; des marchandises sont transbordées deux fois ; on entretient la mauvaise humeur. Dans quel but ?
A l’O.N.U.
Cette malheureuse institution qui a succédé à la S.D.N. reflète bien la défiance, la malignité, l’égoïsme étroit qui président aux relations internationales.
A la S.D.N., il y avait de grands hommes ; à l’O.N.U., des hauts parleurs ; à la S.D.N. il y avait les intrigues, les combinaisons, les traquenards, mais aussi une certaine cordialité de bonne compagnie d’où sortait parfois un geste de solidarité. Rien de tel à l’O.N.U. ; chaque nation y plaide sa cause à fond, cherchant à se donner de l’importance en se singularisant, et surtout en faisant échec aux projets des grands ; sans parler des Soviets qui mettent systématiquement des bâtons dans les roues et transforment toutes les propositions de leurs vis-à-vis en manœuvres impérialistes, si bien que les grands problèmes dont la solution presse sont écartés.
C’est ce qui s’est passé ces jours-ci pour les Colonies Italiennes et les relations avec l’Espagne. Bevin et Sforza étaient arrivés à conclure un accord, événement tellement miraculeux qu’il méritait un feu d’artifice. L’assemblée de l’O.N.U. l’a flanqué par terre et tout est à recommencer à la prochaine session !
Plusieurs pays d’Amérique latine, avec l’appui tacite des Etats-Unis, voulaient qu’on reprît avec l’Espagne, peu à peu, des relations normales ; l’Assemblée s’y est opposée. Le lendemain, on criait « A bas la France » à Madrid. Le Gouvernement Français n’y est pour rien. Chacun sait combien la France et l’Espagne souffrent de cette rupture.
Et l’O.N.U., n’est-ce-pas, a été constituée pour réconcilier entre eux les gouvernements et les peuples.
Angleterre
On sonne l’alerte dans le camp travailliste ; 1.089 sièges perdus aux élections municipales au profit des Conservateurs. L’opposition jubile, les mécontents élèvent le ton. On signale la révolte des sages-femmes et des mécaniciens dentistes, et dire qu’il va falloir après tant de démentis dévaluer la Livre.
CRITON