Criton – 1949-05-14 – Anecdotes

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-14 – La Vie Internationale.

 

Anecdotes

 

Le blocus est levé à l’heure dite. Les Alliés attendent de pied terme « l’offensive de paix ». Quel contraste cependant entre cette intention de négocier que les Soviets manifestent et le déchainement des passions chauvines, militaristes et xénophobes en Russie : guerre des ondes, discours agressif et injurieux de Gromyko à l’O.N.U.,  articles venimeux, caricatures, films provocateurs, Moscou se surpasse. Jamais Guillaume II ou Hitler n’ont si bien préparé un peuple au combat. Qu’en conclure ?

 

Notre Sentiment

A notre avis tout personnel, au début des approches Russo-Américaines en février, le Politburo avait l’intention de liquider au mieux la situation européenne qui tournait mal, comptant que les Anglo-Saxons feraient des concessions pour obtenir un « modus vivendi ». L’on pourrait ainsi consolider les conquêtes à l’ouest. Mais le Politburo a compris depuis qu’il n’avait rien à attendre des Américains, encore moins des Anglais, que même les Français renonçaient à leur rôle de médiateur éventuel, et que les Allemands craignaient leurs cadeaux.

Les Soviets avaient perdu la confiance des hommes avec lesquels ils négociaient ; la levée du blocus était aux yeux des Américains l’aveu d’une défaite et le succès du ravitaillement aérien. Ce qui a dû déconcerter Moscou, c’est l’empressement des Allemands à boucler la Constitution de Bonn dès qu’ils ont craint un accord sur l’unité du Reich. Les Russes ne se font plus d’illusion. S’ils poursuivent la négociation, c’est pour s’en servir comme instrument de propagande. Mais là encore, ils se trompent : l’affaire de Bonn est significative. Quoi que fassent les Soviets, ils ne seront ni crûs, ni suivis, et même si, par impossible, ils étaient de bonne foi, on chercherait encore quelle ruse se cache là-derrière.

A trop mentir ……

 

Anecdotes

Amusante, la guerre des ondes : la Voix de l’Amérique lançait deux émissions par jour en Russe : informations et causeries. Moscou se mit à les brouiller. Washington riposta en émettant 24 heures sur 24 en se servant de postes aux longueurs d’ondes variées, de telle sorte que les Russes ne pouvaient les brouiller toutes, et qui mieux est, plusieurs émissions de Moscou furent paralysées par un procédé mystérieux … on attend la conclusion.

La bataille de Stalingrad, nouveau film super-patriotique déforme l’histoire sans vergogne. On y voit Churchill et Harriman ( !) complotant contre l’Union Soviétique et refusant à Staline l’ouverture du second front. Qu’en penseraient les milliers de marins anglais morts dans l’Arctique coulés par les torpilles allemandes pour envoyer des munitions aux défenseurs de Stalingrad ?

Vassilevski à Moscou, un article de Sokolovski dans la « Pravda », niaient l’aide anglo-américaine aux Russes en guerre. L’ambiance est pénible.

 

 Colonies Italiennes

Les négociations des quatre à Paris auront, par avance, un autre résultat inattendu : la conclusion d’un accord Anglo-Italien sur les colonies. On ne pouvait laisser le gouvernement de Gasperi sans un succès diplomatique. La question des colonies, irritante pour l’opinion italienne, servait d’aliment à la propagande communiste. L’égoïsme et l’impérialisme britanniques étaient dépeints avec des couleurs par trop véridiques. Les Américains ont fait pression sur Bevin ; les Italiens ont accepté un accord qui n’est pas très avantageux pour eux, mais semble le maximum de ce qu’ils pouvaient espérer. Ils resteront à Tripoli, et les Anglais garderont Tobrouk. Quand en 1945 Churchill affirmait que l’Angleterre ne revendiquait pas un pouce de territoire étranger, nous avions écrit : « Oui, sauf Tobrouk ». Comment un Anglais résisterait-il à une si belle rade ?…

Les Italiens gardent aussi la Somalie. Ils ne seront pas tout-à-fait exclus de l’arrangement sur l’Erythrée ; la France conserve le Fezzan conquis par Leclerc ; à Rome, on évite d’en parler puisque les relations Franco-Italiennes sont bonnes.

 

Le Problème Economique

Les craintes que nous émettions sur le maintien des exportations britanniques n’ont pas tardé à être justifiées. Pour avril, la baisse est importante et Sir Stafford est inquiet. S’il n’y a pas de crise économique dans le monde, néanmoins la tendance est descendante.

Aux Etats-Unis, les prix baissent, le chômage est appréciable. En économie libre, force est alors aux entreprises qui veulent survivre de comprimer leurs frais, d’exiger aussi un rendement maximum de leur personnel. Les travailleurs qui faisaient grève en temps de prospérité pour participer aux bénéfices du patron font des sacrifices pour garder leur emploi. Mais les prix baissant aux Etats-Unis, les pays à économie étatique qui ne peuvent baisser les leurs, sont incapables d’exporter aux Etats-Unis où la main-d’œuvre a un rendement double ou triple. Et malgré ces difficultés évidentes, on signale en Angleterre des grèves pour le relèvement des salaires ! Les statistiques des prochains mois décideront de l’expérience travailliste.

 

                                                                                  CRITON