Criton – 1950-03-18 – Diplomatie Totale

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Le Courrier d’Aix – 1950-03-18 – La Vie Internationale.

 

Diplomatie Totale

 

Sous ce nom de diplomatie totale, Acheson désigne un plan destiné dans l’ordre politique à coordonner les efforts des pays libres pour s’opposer à l’impérialisme soviétique, dans l’ordre économique à remédier aux déséquilibres et aux contradictions internes sur lesquels a buté le plan Marshall. Le principal obstacle est la résistance du bloc sterling qui ne peut survivre qu’en vase clos. La lutte, tantôt ouverte et tantôt sourde, entre Américains et Anglais est entrée dans une phase aigüe avec la bataille du pétrole dont nous avons récemment parlé. Un nouvel incident vient de les opposer en Allemagne.

 

Les Négociations Anglo-Allemandes

Au moment où les Etats-Unis s’efforçaient de rendre les monnaies européennes convertibles et de constituer un clearing multi-latéral, les Anglais négociaient avec Bonn un traité de commerce d’une grande ampleur établi sur une base Sterling contre Mark excluant toute convertibilité avec les autres monnaies. Les Allemands pour qui ces accords présentaient de gros avantages avaient accepté. Mais les Américains sont intervenus. Ce traité eut mis à bas toute leur politique. Les négociations ont été interrompues.  On a cherché à tenir l’incident secret : on l’a même démenti officiellement. Mais le fait demeure : les Anglais menacés de perdre 150 millions de dollars du plan Marshall, déjà réduit pour eux à 600, ont remis à plus tard la conclusion de leurs négociations commerciales avec l’Allemagne.

 

La Visite du Président

Affaibli et menacé à brève échéance, harcelé par l’opposition et les difficultés ouvrières au sujet des salaires, le gouvernement Attlee n’a plus d’appui non plus dans les Dominions, qui ont tous répudié le socialisme. Une nouvelle crise économique et financière se dessine dont la gravité n’échappe à aucun des partis britanniques. D’autre part, le nationalisme étroit de Bevin l’avait brouillé avec l’Italie, et compromis les relations avec la France et la Belgique. D’où la tentative de réchauffer la solidarité anglo-continentale, tant par des manifestations populaires que par des concessions de détails dans l’ordre économique, libéralisation des échanges ; dans l’ordre politique, appui à la France dans l’affaire sarroise et en Indochine.

Malgré ces efforts, on voit de plus en plus les continentaux suivre les directives de Washington : que l’Angleterre y participe ou non, l’Office des paiements internationaux fonctionnera sous peu. Acheson s’efforce de persuader le « Big Business » de laisser pénétrer les marchandises européennes aux Etats-Unis par l’abaissement des barrières douanières. Enfin et surtout, sentant le vent souffler vers la droite, le président Truman a résolument pris parti dans ses dernières manifestations pour une politique de collaboration avec le monde des affaires et une sauvegarde jalouse de la libre entreprise.

La visite du président Auriol à Londres, et les conversations Bevin-Schuman qui l’ont accompagnée, ne peuvent rien changer aux faits : la défense de la monnaie britannique s’oppose au progrès économique et mettra sans cesse en conflit les intérêts du bloc Sterling avec ceux des autres pays. Ces conflits pourront avoir sur le plan politique des répercussions fâcheuses ; elles en ont eu déjà quand l’Angleterre a cherché à s’assurer coûte que coûte des débouchés commerciaux à l’Est, aidant ainsi le bloc soviétique.

La défense du monde occidental risque d’être compromise. Pour survivre, il faut que le monde libre s’unisse complètement et sans réserve dans tous les domaines. Paul Raynaud l’a lumineusement exposé aux Etats-Unis. Il faut pour cela que la Cité renonce à ses privilèges financiers ; les événements l’y forceront.

 

La Collaboration Franco-Américaine en Indochine

Nous devons une grande reconnaissance à Staline qui, par son alliance d’ailleurs plus apparente qu’effective avec Mao-Tsé-Tung, nous permettra sans doute de redresser en Indochine une situation qui laissait peu d’espoir.

Après la tournée de Jessup et sa visite à Paris, il ne fait plus de doute que le Viet Nam va recevoir une aide économique et militaire considérable et que les Etats-Unis ont, après bien des hésitations, engagé leur prestige dans la défense de l’Indochine ; à moins de risquer la guerre totale, les communistes ne peuvent plus espérer vaincre.

Il est bien évident que la politique française et la politique américaine vont se trouver de plus en plus liées. Appuyés dans notre politique sarroise et indochinoise, largement soutenus financièrement, et par le Plan Marshall, le prêt au Viet Nam, et les applications du 4ème point Truman, nous ne sommes guère en mesure de mécontenter Washington pour sauver le prestige de la Livre qui ne nous favorise en rien, bien au contraire.

 

Problèmes Economiques

Une controverse de la plus haute importance et qui illustre bien l’évolution présente des idées tourne autour du rapport des experts de l’O.N.U. sur le chômage. Le plein emploi pour les experts est le but primordial auquel doit tendre la politique de l’Etat : Supprimer le chômage, stabiliser les prix à la manière du travaillisme paraît à ces économistes l’idéal de la société moderne. Le rapport a soulevé de vives protestations, et le président Truman lui-même a eu le courage de dire :

« Un certain volume de chômage tel que le présent aux Etats-Unis est supportable. C’est une bonne chose que la recherche du travail se poursuive en tous temps. Cela est sain pour l’économie de la Nation. »

Autrement dit, un volume modéré de chômage est le signe et la rançon d’une société libre. Seuls les pays totalitaires peuvent le supprimer en obligeant les travailleurs à s’employer où et comme l’Etat l’exige. De même, les fluctuations des prix révèlent que les consommateurs se portent vers les marchandises qu’ils préfèrent, et non celles qu’on leur impose, et disposent à leur gré de l’argent qu’ils gagnent. Le Mythe de l’ « Etat providence » est en recul.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-03-11 – Printemps

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Le Courrier d’Aix – 1950-03-11 – La Vie Internationale.

 

Printemps

 

Le printemps est la saison des alarmes, des paniques, des dépressions économiques et boursières. Souhaitons qu’il faille attribuer à la saison l’ensemble des signes défavorables qui nous parviennent.

 

Les Pronostics du Comité International

Le « Comité international pour l’étude des questions européennes », où collaborent des augures éminents comme Lord Vansittart, Van Zeeland et Paul Reynaud, d’ailleurs toujours pessimistes, dresse un tableau des activités et des plans du Kominform à la veille d’une action de grande envergure.

La conquête de l’Asie serait organisée à partir de Tachkent en Turkestan pour le Tibet et l’Inde, à Canton et à Bangkok pour l’Indochine et l’Asie du Sud-Est, à Vladivostok pour la Corée, à l’Azerbaïdjan pour le Moyen-Orient. De là, l’U.R.S.S. passerait en Afrique où le centre d’Addis-Abeba rayonnerait en toutes directions : le Congo belge où sont les mines d’uranium et l’Afrique occidentale anglaise et française où les troubles ont déjà préparé le terrain.

Il est certain que cette vaste organisation existe et qu’elle se meut, et que des désordres synchronisés pourraient affaiblir singulièrement les moyens de défense déjà précaires des puissances occidentales, mais que l’heure H soit proche, cela est une autre affaire.

 

Mgr Spellman à Rome

Plus troublantes sont les déclarations du Cardinal Spellman, archevêque de New-York après un séjour à Rome et des entretiens avec Pie XII. Au Vatican, on sait voir, on est informé, on garde la mesure ; mais aussi le péril, s’il existe, est proche. Si Tito était écrasé, les Soviets seraient à Trieste. On souffre à Rome de l’implacable persécution du Catholicisme dans les pays soumis à Moscou. On suit les préparatifs militaires des Soviets avec anxiété, et on parait craindre le pire.

 

A Washington

C’est aussi le sentiment de Washington. Comme il n’est pas question de se battre pour Tito, et que les Américains ne tiennent pas à prendre parti pour un bon communiste contre un mauvais alors qu’il n’y a en réalité aucune différence entre eux sinon leur antagonisme, les Soviets savent de ce fait qu’une action rapide et brutale de leur part ne provoquerait pas une guerre mondiale. Ce qu’ils ont hésité à faire l’an passé, il se peut qu’ils l’entreprennent cet été. Tito d’ailleurs, à ses discours, paraît inquiet. Cependant, si leur blitz en Yougoslavie, du genre de l’invasion éclair d’Hitler en 41 n’amenait pas la guerre, il la rendrait inévitable. Car ce coup de force enlèverait toute chance d’accord ultérieur, si tant est qu’il en reste, et surtout soulagerait devant l’opinion mondiale les Américains de tout scrupule pour frapper à leur tour au jour où ils le jugeraient bon.

 

L’Affaire Fuchs

Ce qui a démoralisé le public, ce sont les révélations de Fuchs. Les secrets atomiques ont été complètement livrés à l’U.R.S.S. qui a gagné ainsi 2 ans dans la course aux armements. Cette affaire est pour l’Angleterre un coup dur ; la légèreté avec laquelle cet allemand, communiste notoire dont le père réside en zone orientale, avait été mis au fait de tous les secrets, et que ce soient les Américains qui ont découvert la fuite, écartera dans l’avenir les britanniques des arcanes de la stratégie comme de la technique scientifique américaine. Ils rejoindront les Français dans la même suspicion ; et il est peu probable que le maréchal Montgomery devienne le chef de la défense européenne. On a émis l’hypothèse très vraisemblable que ce sont les Soviets eux-mêmes qui ont dénoncé Fuchs aux Américains pour diviser les deux pays.

 

Les Accords Franco-Sarrois

Malgré l’appui formel des Anglo-Saxons aux traités Franco-Sarrois, les Allemands ont encore rugi. « Nouvelle Alsace-Lorraine » a dit Schumacher, Socialiste nationaliste. Adenauer, pour ne pas être débordé, avait pris les devants et protesté alors que l’encre des accords n’était pas séchée.

Ces accords Franco-Sarrois préparent cependant l’autonomie de la Sarre sans présager des dispositions du traité de paix. A notre avis, toutefois, il eut été plus habile de se montrer plus libéral. Il n’était pas nécessaire de s’assurer pour cinquante ans la disposition du charbon sarrois, car il est probable que, bien avant ce terme, l’herbe poussera sur le carreau des mines parce que d’autres sources d’énergie auront remplacé la houille. N’aurait-on pu laisser à la Sarre la faculté d’avoir une représentation diplomatique, comme le Luxembourg, et au lieu de garantir d’autorité la sécurité du territoire – ce qui ne signifie pas grand-chose – n’aurait-on pu l’assurer par un traité militaire d’assistance ? Tout cela ne coûtait rien et eut accru l’intérêt des Sarrois pour l’indépendance.

Il est toujours préférable d’accorder par avance ce qu’on sait qu’on devra céder un jour, pour n’avoir pas à reculer devant des récriminations légitimes. Toute notre politique allemande depuis 1918 fut faite d’exigences impossibles et de retraites progressives. Même erreur en Indochine. On se cramponne à l’intenable pour mieux capituler.

 

En Extrême-Orient

Les Etats-Unis font preuve d’activité et de résolution. Mission américaine en Indochine, démonstrations navales et aériennes à Saïgon, prêt au Viet-Nam. L’internationalisation du problème Indochinois est chose faite. Un appui très énergique à cette politique de défense du Sud-Est asiatique est venu d’Australie par la voix de M. Spender le nouveau ministre. Par ailleurs, l’aviation et la flotte de Tchang-Kaï-Chek font de terribles ravages dans les centres de la Chine communiste. La monnaie de Mao Tsé fond comme avait fondu celle de Tchang. Voilà une belle occasion pour le Rouble redoré de montrer sa puissance ; le Rouble sauvant la devise chinoise, quel beau sujet de propagande ! N’y comptons pas. Les Russes soutiennent les Chinois comme la corde le pendu.

 

                                                                                  CRITON

 

P.S. – Nous nous demandions comment les Soviets après les « élections » en U.R.S.S. comptaient assurer la baisse des prix. La joie des travailleurs sera de courte durée. Après le scrutin, on va annoncer un petit emprunt, et les camarades qui comptaient reprendre du poids, auront à déposer leur salaire en excédent d’autorité dans la sébile du père des Peuples, et gare aux négligents.

Criton – 1950-03-04 – L’Avenir du socialisme

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Le Courrier d’Aix – 1950-03-04 – La Vie Internationale.

 

L’Avenir du Socialisme

 

Les élections anglaises ont passé, et nous ne sommes pas plus avancés. La position du gouvernement Attlee est précaire, ce qui rendra plus difficile encore la solution de problèmes urgents : la coordination des paiements intra-européens et l’unification de l’Europe en général, la situation de l’Allemagne de Bonn dans le Plan de Défense occidental. L’affaiblissement de l’autorité de Londres sera pour quelques mois un nouvel obstacle à l’action commune des démocraties, plus que jamais nécessaire.

 

Les Élections Anglaises

Attlee avait précipité le moment de la consultation populaire pour conserver les 40 ou 60 voix de majorité indispensables à un Gouvernement stable. Il craignait que la hausse des prix consécutive à la dévaluation, la pression croissante des demandes d’augmentation de salaires ne le mettent en juin en minorité ou en posture difficile. Le calcul a été déjoué et il lui faut envisager des élections prochaines dans des conditions plus difficiles. Les Conservateurs ont eu de la chance ; suffisamment forts pour recueillir la succession du Labour aux premières difficultés, et battus quand même : ce qui leur évite de prendre le pouvoir dans un moment critique.

 

Le Citoyen Anglais

Nous avons souvent montré l’importance de l’attitude du peuple anglais en face de l’expérience socialiste. C’est le seul dans le monde dont l’éducation politique est assez mûre pour juger d’une politique. Il s’est porté aux urnes en masse, 84%. Il a pesé les arguments des deux partis en fonction de son expérience. Il a voté exclusivement modéré. Le communisme a été rejeté ; les dissidents exclus du « Labour » pour leurs tendances extrémistes ont été liquidés.

Le Peuple anglais tout entier a demandé du raisonnable. 54 pour cent, afin que l’expérience socialiste prenne fin ; 46 pour qu’elle continue. Tout se passe comme si John Bull avait dit : « Les Socialistes ont accompli certaines réformes qui s’imposaient et que les Conservateurs n’auraient réalisé qu’à la longue et de mauvaise grâce. Cela est bien et personne ne reviendra là-dessus, sinon pour aménager et assouplir les organismes trop lourds qui se chargent de notre bien-être ; mais la voie est glissante ; en allant plus loin, le Travaillisme nous mène tout droit à l’Etatisme, c’est-à-dire à un régime totalitaire, même s’il s’en défend. Evitons de sauter le pas qui conduit de la sécurité sociale et du plein emploi à la monopolisation par les politiciens de tous les pouvoirs, et surtout du pouvoir économique ».

Ce réflexe de défense pour la liberté individuelle qui est sensible dans la plupart des pays civilisés a été marqué par les élections en Nouvelle Zélande, puis en Australie, et l’Angleterre le suit. La Belgique et la Hollande avaient précédé. L’Allemagne et l’Italie bien que leurs réactions aient moins de sens avaient été dans la même direction. Nul doute que la France réagirait de même.

Il y a tout autre chose. Le Socialisme dans tous les pays s’est trouvé en contradiction avec ses aspirations anciennes et peut-être présentes, et s’est trouvé contraint de faire obstacle à toutes les tentatives d’union internationale, ce qui pour son avenir est extrêmement grave. Etatisme et Autarcie vont de pair. Nul ne peut contre cela.

 

Le Socialisme et l’Union Scandinave

L’exemple le plus frappant est l’échec de l’Union douanière scandinave. Rien ne semblait plus facile en apparence que de supprimer les barrières tarifaires entre ces trois pays, aux intérêts proches, de même race et presque de même langage et de surcroît complémentaires, l’un agricole, le Danemark, l’autre industriel, la Suède, le troisième pêcheur et roulier des mers, la Norvège, et qui plus est, tous trois socialistes !

Échec complet. Pourquoi ? parce qu’en planifiant leur économie, les Norvégiens en particulier ont créé de toutes pièces des industries mal placées qui ne pourraient pas supporter la concurrence et qu’il faudrait sacrifier, ce à quoi les Syndicats s’opposent.

Quand tout est organisé à l’intérieur d’un mur de douane, le syndicalisme est plus protectionniste que le patronat qui à la rigueur change de branche d’activité ou remet son entreprise à un cartel international qui en dispose. En sorte que, plus les marchandises deviendront abondantes et la concurrence développée, plus les pays socialistes colmateront les fissures comme dans un îlot pressé par la marée. Résultat : ce seront des pays chers, et parce que l’étatisme est onéreux et peu efficient, et parce qu’encombré d’industries parasitaires ; pays qui iront s’appauvrissant et dont le niveau de vie dans l’ensemble ne s’élèvera guère. Les choses sont évidemment moins schématiques que notre description. Mais en gros, elle est exacte, et l’Angleterre travailliste dont la résistance à tous projets d’union européenne a été si vive et si remarquée était entraînée vers l’autarchie. Les Anglais ont senti qu’il n’y avait pas de liberté civique sans liberté économique.

 

Le Plan Marshall

La confusion autour du Plan Marshal augmente. Les administrateurs Hofmann et Harriman et les politiques comme Acheson veulent faire de l’Europe une unité économique, et pour commencer, établir une union monétaire qui devrait fonctionner cet été. Les obstacles sont légion, mais les plus sérieux ne viennent pas des Européens. Ce sont les fermiers américains qui s’émeuvent, et le Ministre des Finances qui les subventionne et achète leurs pommes de terre en excédent pour les jeter à l’eau. Un bloc monétaire européen disent-ils permettra aux pays membres d’acheter leurs produits alimentaires dans l’orbite de leur système, c’est-à-dire ailleurs qu’aux Etats-Unis. La politique et l’économie se contrarient. Ce sont des difficultés que les totalitaires ne connaissent pas. Par contre, ils meurent plus souvent de faim qu’ils ne gaspillent la nourriture.

 

La Valeur du Rouble

Moscou a relevé la valeur du rouble et abaissé les prix intérieurs. Prétexte à meetings bruyants et à congratulations commandées. En réalité, la valeur du Rouble en face du Dollar reste fictive puisqu’aucun paiement international ne se fait en rouble. On a remarqué que le prêt de la Russie à la Chine est inscrit en dollars dans le traité même, ce qui est assez comique.

Cette hausse autoritaire du Rouble a pour but de dépouiller un peu plus les pays satellites en leur faisant payer plus cher les fournitures russes et en avilissant celles des autres, ce qui sera particulièrement dur pour la Pologne et la Finlande qui a un lourd tribut de guerre à payer. Cela servira à chasser de Russie les diplomates étrangers à qui on donnera 4 roubles pour un dollar, le dixième en fait, de sa valeur réelle. Quant à la baisse spectaculaire des prix elle n’a de sens que si elle suit l’abondance des produits, sinon elle risque de les faire disparaître, à moins qu’elle n’ait pour but de ranimer le marché noir toujours actif derrière le rideau de fer.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-02-25 – Attente

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Le Courrier d’Aix – 1950-02-25 – La Vie Internationale.

 

Attente

 

Le résultat des élections anglaises n’est pas connu à l’heure où nous écrivons. Beaucoup de problèmes internationaux, politiques et économiques demeurent en suspens jusque-là : Une tentative éventuelle de conversation avec les Soviets, le montant et la répartition de la prochaine tranche de l’aide Marshall, et surtout les projets d’union européenne qui se feront avec ou sans l’Angleterre selon Churchill ou Attlee l’emportera. Comme il semble bien que le verdict populaire sera très partagé, il n’est pas sûr qu’on soit beaucoup plus avancé après qu’avant. Attendons.

 

La Manœuvre Churchill

Cette terne campagne qui s’est jouée avec sérieux et prudence, a pris quelque passion grâce aux discours de Churchill, où le vieux leader offre de tenter sa chance auprès de Staline et se fait fort de sauver la paix. Les électeurs sourdement angoissés par la poussée soviétique et la course aux armements ont été très impressionnés par la chance d’un miracle opéré par l’artisan de la précédente victoire, et les travaillistes ont réagi brutalement à ce qu’ils considèrent comme une manœuvre déloyale. Nous sommes de leur avis.

Churchill sait mieux que personne que son crédit en U.R.S.S. est rigoureusement négatif, que chaque jour, presse et radio soviétiques le représentent comme le type du capitaliste réactionnaire impérialiste et fauteur de guerre. Si peu sensibles qu’ils soient à la contradiction, on ne voit pas les maîtres du Kremlin accueillant Churchill à la gare de Moscou en messager de la paix. De plus, ses négociations avec les Soviets durant la guerre n’ont pas été parmi les plus habiles. Il y a des manœuvres électorales qui sont indignes d’une grande figure, même et surtout si elles ont chance de réussir.

 

L’Esprit de Munich

Aux Etats-Unis, des Sénateurs ont emboîté le pas aux irresponsables éclairés par Einstein et Eleanor Roosevelt. Il faut faire quelque chose pour s’entendre avec la Russie, ne fut-ce que pour être en paix avec sa conscience, même si c’est un pas de clerc qui doive nuire à la politique du département d’Etat. En effet, Acheson et Truman qui commençaient à découvrir leur politique de fermeté paraissent plutôt gênés par ces appels inquiets qui ne peuvent qu’affaiblir, parmi les nations directement menacées, la confiance encore hésitante dans la résolution des Etats-Unis. Il faudra cependant sous la pression de l’opinion publique se résigner à une offensive de paix que les Soviets n’auront pas de peine à repousser et à laquelle ils opposeront la leur au bénéfice de leur propagande.

 

La Guerre Froide

Le moment pour tenter un apaisement paraît d’ailleurs bien mal choisi. Les Soviets cherchent ouvertement à éliminer de l’Europe qu’ils ont conquise, les derniers officiels et hommes d’affaires occidentaux. Les Etats-Unis sont contraints de rompre les relations diplomatiques avec la Bulgarie et de rappeler leur ambassadeur. Leur compatriote Vogeler avec l’Anglais Sanders ont été condamnés sans vergogne après un procès-maison à Budapest et le petit blocus de Berlin continue.

 

Le Procès de Budapest

On reste impressionné par l’imperturbable succès de ces procès soviétiques ; la technique est infaillible et l’Anglais et l’Américain, frais et souriants ont avoué tout ce qu’on a voulu, et fait amende honorable, tout comme Robineau, Rayk et autres. Seul Kostov avait résisté mais on se demande si cela n’était pas aussi au programme.

Il y a cependant un truc que les Bolcheviks n’ont pas masqué. Dans le compte-rendu quasi-sténographique que la Radio Russe a donné pour l’édification des Russes, on est étonné qu’un Anglais et un Américain soient si bien entraînés à manier le jargon Lénino-marxiste sur lequel pour notre part, après des années d’écoute, nous ne serions pas sûrs de ne pas trébucher. D’un Kostov ou d’un Rayk élevés dans le sérail, cela se conçoit, mais d’un représentant de la Standard Electric, c’est un tour de force. Il y aurait intérêt à tirer la question au clair. Par quel procédé chirurgical pharmaceutique ou psychologique ces accusés qui, avec le sourire, attendent 15 ans de prison récitent-ils si bien leur leçon ?

 

Extrême-Orient

Tchang-Kaï-Chek a tenu bon. Il reste en place et Formose n’est pas pris, pas même Haïnan, et déjà le Maréchal chinois parle de débarquer sur le continent et de reprendre l’offensive contre les communistes. Par ailleurs, il semble bien que les deux mois de séjour à Moscou n’aient pas facilité la tâche de Mao Tsé Tung. Une partie de la Chine du Sud est en proie à la famine, les industries de Shanghaï sont arrêtées, les ports de la côte bloqués ; les avions de Tchang-Kaï-Chek bien montés et approvisionnés en bombes de fabrication américaine font de terribles ravages dans les transports déjà précaires du dictateur communiste. Ce n’est pas avec les 60 millions de dollars par an que Staline lui accorde généreusement qu’il pourra les remettre en état.

Nos lecteurs connaissent notre pensée là-dessus : ni les Russes, ni les Américains ne tiennent à voir une Chine forte et unie ; la guerre civile sert les intérêts des deux adversaires, et si Staline a ajourné en 52 la restitution des chemins de fer de Mandchourie et de Port Arthur, c’est qu’il compte bien les garder. Si les Etats-Unis ravitaillent Tchang-Kaï-Chek contre Mao Tsé Tung pour bombarder Shanghaï, c’est qu’ils ne tiennent pas à ce que les Anglais reprennent leur place sur le marché chinois en négociant avec les Rouges. Une partie en Extrême-Orient n’est jamais ni gagnée, ni perdue. Nous espérons avec confiance que cet adage se vérifiera en Indochine.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1950-02-18 – Plans Inutiles

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Le Courrier d’Aix – 1950-02-18 – La Vie Internationale.

 

Plans Inutiles

 

Il est parfois affligeant d’avoir de la mémoire : quand l’opinion publique prend conscience d’un danger qu’elle ne réalisait que vaguement jusqu’alors, une sorte de panique mentale la saisit et il en sort un flot de sottises. De l’Anschluss à Munich des gens intelligents ont proposé pour apaiser Hitler, des plans irrésistibles. Il s’agit aujourd’hui de rien moins que d’inviter Staline à se soumettre à une autorité internationale pour stopper la course aux armements !

Telle est la proposition d’Einstein. En mathématicien, il suppose le problème résolu, c’est-à-dire le désir que Staline renverse sa politique. Jadis devant l’évidence des préparatifs d’Hitler, notre Léon Blum avait émis aussi des projets de conférence où le tigre deviendrait agneau et son pendant anglais M. Laski, trouvait des solutions raisonnables. On en revient même à espérer que le spectre des ravages de la bombe à l’hydrogène peut fléchir les intentions agressives. Or, la puissance des armements a toujours poussé les conquérants à s’en servir. A quoi sert l’expérience ?

 

La situation Réelle

Dans un article très remarqué, les frères Alsop font un parallèle entre le développement de la poussée soviétique et celle d’Hitler. L’audace russe s’accentue à mesure que la puissance militaire s’accroît. Jusqu’à l’été dernier, les Soviets n’avaient ni bombe atomique, ni défense aérienne adéquate. Si les américains conservent et même accentuent leur avance technique, il n’en reste pas moins que les Soviets ont aujourd’hui un ensemble de moyens, bombes, aviation, sous-marins, capacité industrielle, suffisants pour paralyser l’adversaire.

Cette confiance en soi des Soviets se traduit par une extension corrélative de leur champ d’action. Avec l’affaire polonaise, la reconnaissance d’Ho Chi Minh et le sabotage des transports de matériel de guerre, ils prennent la France, en plein désarroi politique, pour cible. Anglais et Américains ne sont pas, pour cela, épargnés. La mise au pas des satellites s’accentue et l’Allemagne orientale purgée des éléments douteux, s’agrège à son tour à l’empire soviétique. Les Américains sont obligés d’improviser de nouveaux barrages, et comme ils ont réussi en Grèce, en Perse, en Turquie et à Berlin, ils pensent en faire autant en Asie du Sud-Est. Il se peut qu’ils y parviennent mais seulement pour un temps. Les experts prévoient qu’entre 1952 et 55, les Soviets seront en mesure de faire sauter tous les verrous, et surtout d’occuper l’Europe occidentale et pratiquement l’Asie. Les Américains dès lors isolés, ne seraient plus certains de sortir victorieux et surtout intacts d’une guerre qui serait nécessairement longue et pleine de hasards.

Voilà le problème et de quelque façon qu’on le retourne, il n’y a pas de solution : que M. Einstein conserve son imagination pour mettre l’univers en équation plutôt que Staline dans ses vues humanitaires. Heureusement Acheson a des vues plus concrètes, mais il est évident que la politique américaine se cherche et n’a pas l’initiative des opérations, surtout en Extrême-Orient.

 

Plans Américains

Toutefois, la conférence des représentants à Bangkok, présidée par Jessup, a tracé l’ébauche d’une alliance du Pacifique qui comprendrait les Dominions et les trois pays libres : Vietnam, Birmanie, Siam et l’Indonésie. Malheureusement, la participation de l’Inde qui est essentielle manquera certainement. D’autre part, le voyage des chefs d’Etat-major américain dans le Pacifique, les entretiens avec Mac Arthur ont mis au point le plan stratégique de défense des mers de Chine. Enfin, le nouveau premier du Vietnam, Nguyen-Phang-Lang, qui passe pour l’homme des U.S.A. a demandé une aide financière pour en finir avec Ho Chi Minh d’ici six mois. 146 millions de dollars ce qui n’est pas cher si le succès est assuré. Le Sénat ne refusera pas les crédits d’autant qu’une bonne partie est disponible.

 

Le Traité Sino-Russe

Après deux mois de séjour à Moscou, Mao-Tsé-Tung et Tchu-en-Laï son ministre, ont signé le traité d’alliance Sino-Russe. Les termes en sont vagues et les solutions, comme la restitution aux Chinois des chemins de fer Mandchouriens, de Port-Arthur et de Daïren, repoussées à la fin 52. En somme, les  Russes conservent toutes leurs conquêtes en Asie du Nord, et poussent les Chinois vers le Sud.

Est-ce là tout ce qui s’est passé à Moscou ? On a cru un moment que les deux leaders chinois, comme beaucoup d’autres, ne reviendraient jamais dans leur pays et seraient remplacés à Pékin par des camarades plus dociles. On ne peut savoir ce qui sortira de ces discussions entre asiatiques. Des surprises sont fort possibles, et les Chinois ne sont pas d’avance « alignés ». Il se peut d’ailleurs que l’on attache trop d’importance au théâtre d’Extrême-Orient. Les Russes s’y sentent moins sûrs qu’ailleurs et leurs moyens d’action sont beaucoup plus faibles qu’en Europe. C’est l’Europe occidentale qui reste l’objectif immédiat, et malheureusement, pour l’instant, la France.

 

Neutralité ?

Entre autres sottises, il y a encore des gens pour parler de neutralisation de cette Europe :

Niemöller en Allemagne, voudrait que son pays fût occupé par une armée suédoise en place des quatre anciens alliés. En France, on pourrait croire qu’en renvoyant dos à dos les belligérants éventuels, on pourrait continuer à vivre tranquilles, protégés par la parole de Staline et l’éloignement des forces américaines.  Un pays ne déménage pas. La géographie demeure et il n’y a pas de neutralité aux avant-postes.

 

En Allemagne

Le chancelier Adenauer parait plutôt désemparé. Il se sent peu suivi par ses amis politiques, harcelé par ses adversaires, et pas du tout approuvé par les occupants, surtout l’Américain. L’algarade de la Sarre a tourné contre son prestige et le voilà pressé par les Etats-Unis de résoudre par tous les moyens, le problème du chômage, de veiller à ce que l’expansion économique allemande n’utilise pas le dumping, et de couper des échanges fructueux avec la zone orientale.

Adenauer a compris que la politique américaine était de faire servir la République de Bonn au plan d’ensemble de restauration et de défense européenne quoi qu’il en coûte au prestige des gouvernants et aux intérêts particuliers des hommes d’affaires. Dans la guerre des deux blocs, il faut que tout le monde s’aligne, et tout d’abord les vaincus. Désillusion pour l’orgueil des germains souvent naïfs, qui, leur table à nouveau garnie, oubliaient volontiers le passé.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-02-11- Peut-on Acheter la Paix ?

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Le Courrier d’Aix – 1950-02-11 – La Vie Internationale.

 

Peut-on Acheter la Paix ?

 

La décision du Président Truman de procéder à la fabrication de la bombe à l’hydrogène, l’arrestation du Dr Fuchs qui a livré les secrets de la bombe atomique à l’U.R.S.S., la reconnaissance d’Ho Chi Minh par Moscou, les derniers développements de la guerre froide à Berlin et enfin les rumeurs d’une double offensive Soviétique et Chinoise, l’une contre Tito, l’autre Bao Daï, tout cela a provoqué dans l’opinion américaine une émotion dont la proposition du sénateur Mac-Mahon est l’expression.

 

La Proposition Mac Mahon

L’Américain moyen se dit exactement ceci : les Russes ont la bombe atomique ; sous peu, ils auront la bombe à l’hydrogène, sans compter les armes bactériologiques et autres qu’ils préparent ; à ce moment, ils pourront surprendre dans leur sommeil les centres vitaux des Etats-Unis et paralyser notre défense, c‘en sera fait de nous et de la liberté du monde. Que faire ? Se servir de notre avantage quand il est encore temps. Cela est moralement impossible. Il ne faudrait cependant pas périr pour sauvegarder la morale. Force sera bien d’en venir à faire capituler le bolchévisme par la force, mais auparavant, il faut tout tenter pour apaiser l’adversaire. Et l’Oncle Sam naïvement ouvre son portefeuille : « J’offre pour la paix cinquante milliards de dollars ». Cette proposition Mac Mahon a été aussitôt très populaire aux Etats-Unis.

Si les Russes consentaient à soulever le rideau de fer, à se prêter au contrôle des fabrications atomiques et à réduire leur budget militaire des deux tiers, nous en ferions autant, nous économiserions 10 milliards de dollars par an ; en cinq ans, cela fait 50 ; nous les emploierons au rétablissement économique de tous les peuples, y compris l’U.R.S.S. Raisonnement simpliste, naïf, bien américain. Le département d’Etat n’a dit ni oui, ni non, mais il est bien évident que l’offre restera sans suite.

 

Projets Sino-Soviétiques

Est-ce à dire que les Russes et les Chinois ont des projets agressifs dans l’immédiat ? Leur force est de le faire croire sans qu’on sache s’ils bluffent, l’intérêt du gouvernement américain est de maintenir l’alarme aux Etats-Unis, ce qui permet de faire passer sans opposition sérieuse des dépenses que le Congrès refuserait.

La guerre froide n’a pour les Etats-Unis et pour le monde occidental que des inconvénients : la course aux armements est pour beaucoup dans le maintien de la prospérité économique aux Etats-Unis. Elle a permis aux Américains de contrôler de plus près des pays qui, sans la peur de l’U.R.S.S., auraient défendu âprement leur indépendance. A l’opposé, elle a valu à la France par exemple, l’aide Marshall qui l’a sauvée de la banqueroute et l’internationalisation du problème indochinois qui lui permettra peut-être de sauver ses intérêts en Extrême-Orient.

 

L’Activité Américaine

Les Etats-Unis ne restent pas inactifs de ce côté. Ils préparent un nouveau gouvernement nationaliste et anticommuniste chinois, type Bao Daï – Soekarno, mais se heurtent à la résistance de Tchang-Kaï-Chek qui ne veut pas abdiquer ; ravitaillées par les Etats-Unis, les forces du Maréchal retranchées à Formose créent aux Communistes des difficultés plus grandes que durant la lutte continentale.

Le blocus des ports prive la Chine de ravitaillement en matières premières, et le bombardement aérien détruit les usines et les centrales indispensables à la vie de Shanghaï et de Canton. Mao Tsé n’a pas les moyens aériens et navals pour desserrer le blocus. Il faut que Moscou les lui donne et Moscou hésite parce que ce serait provoquer une riposte américaine directe et peut-être aussi dévoiler l’infériorité des engins soviétiques.

Moscou, répétons-le, a toujours été prudent en Chine : on se souvient de l’échec de Blücher et du premier mouvement communiste. Le bolchévisme n’a réussi en Russie que parce que le tsarisme lui fournissait les conditions de sa domination ; un gouvernement central fort, une police omniprésente, une armée solide et honorée, une paysannerie à peine sortie de l’esclavage qui n’était pas propriétaire de sa terre, une industrie aux mains d’étrangers, une élite peu nombreuse et insouciante ; rien de tout cela n’existe en Chine. Il n’y a jamais eu de pouvoir central fort, ni d’unité nationale effective ; l’armée y était méprisée et divisée entre généraux rivaux, pas de police au sens occidental du mot ; peu de grande industrie ; une paysannerie très dense qui cultive minutieusement un terrain étroit et morcelé. Il est impossible de changer ces conditions, et une Chine totalitaire est inconcevable.

Mao Tsé sent que son pouvoir se brisera contre la famine, faute de riz, et la paralysie économique, faute de matières premières. D’où la tentation de forcer le blocus en s’emparant du grenier à riz, des mines et du pétrole du Sud-Est asiatique, mais l’enjeu est trop grave pour que les Anglo-Saxons laissent faire ; la perte de la Malaisie serait pour l’Angleterre la disparition de sa principale ressource en dollar, le caoutchouc et l’étain, et pour les Etats-Unis la privation de matières premières irremplaçables. De plus, qui tiendrait le riz birman, indochinois et siamois, tiendrait l’Inde à sa merci. Le dernier discours d’Acheson sous-entend ces faits. Il faudra se montrer forts, là où l’adversaire pourrait s’assurer un avantage décisif s’il sentait une hésitation.

 

A Berlin

Tâtant le terrain, l’U.R.S.S. avait commencé le petit blocus de Berlin. Les Etats-Unis ont riposté en interdisant au gouvernement de Bonn de fournir de l’acier à la zone orientale ; le coup est dur pour l’industrie tchèque dont les exportations –dumping commençaient à donner de l’inquiétude. M. Mac Eloy, de retour de Washington où il a pris les ordres d’Acheson et de Truman, a tracé publiquement le devoir que les Etats-Unis sauraient au besoin imposer aux Allemands. L’Oncle Sam n’aime pas le chantage. Certains partis, dont le Socialiste, avaient cru le moment venu de faire sentir aux Alliés le prix de l’alliance germanique dans la lutte contre Moscou. Adenauer, à contre-cœur, de peur d’être débordé, avait suivi à propos de la Sarre. L’Amérique a parlé au pangermanisme blanc ou rouge le langage du vainqueur, le seul qu’il comprenne.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1950-02-04 – Des Positions se Précisent…

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Le Courrier d’Aix – 1950-02-04 – La Vie Internationale.

 

Des Positions se Précisent ….

 

La reconnaissance d’Ho Chi Minh par l’U.R.S.S. a soulevé une émotion qui montre que la tactique de la guerre froide n’est pas encore familière au public. Après la reconnaissance de l’agitateur par Mao Tsé, celle de Staline ne pouvait tarder. Que l’Indochine devienne la Grèce de l’Extrême-Orient, cela ne pouvait faire de doute. L’essentiel c’est que les Etats-Unis aient pris parti.

Après les déclarations de Jessup et d’Acheson, l’Amérique s’oblige à appuyer Bao Daï et la France. La partie sera évidemment de plus en plus dure, aucune illusion là-dessus. Si notre volonté est aussi tendue que celle des Grecs, elle triomphera. Et le prestige américain est aussi engagé que dans l’insurrection grecque ou le blocus de Berlin. Les Etats-Unis n’ont pas l’habitude de se laisser battre, et leurs moyens sont illimités.

En définitive, la France a plutôt gagné dans l’affaire : l’hospitalité de l’U.R.S.S. et de Mao Tsé était acquise et en face d’eux, nous n’avons rien à attendre que de notre force ; l’appui des Etats-Unis par contre était douteux. Matériellement et moralement, nous devons nous sentir plus forts.

Autre avantage : l’attitude hostile et insultante de l’U.R.S.S. faisant suite aux insolences du gouvernement soviétique de Pologne ne manquera pas de soulever l’indignation des moins fanatiques parmi les communistes français. Moscou ne se soucie guère du prestige de ses partisans quand son intérêt est en jeu. Nous l’avons vu, bien souvent. Il n’est pas sûr que le Politburo ait raison.

 

Les Elections Anglaises

Les incidents de la guerre froide nous touchent directement, mais présentement c’est le résultat des élections anglaises du 23 qui est la préoccupation majeure du monde occidental. Chaque jour, un Gallup tâte le pouls de l’opinion britannique. Les travaillistes paraissent regagner du terrain après en avoir passablement perdu. Comme nous l’avons répété, c’est l’orientation économique et sociale du monde civilisé qui se décidera, non sur des programmes. Car au fond, les manifestes des deux partis se ressemblent, ce qui prouve qu’en politique, si l’on veut être réaliste et éviter la démagogie, les faits sont plus forts que les doctrines et que les changements possibles sont minimes.

Travaillistes et Conservateurs sont d’accord pour maintenir et perfectionner le mécanisme de sécurité sociale connu sous le nom de « Welfare State ». Il n’est même pas question de revenir sur les nationalisations acquises et en politique extérieure, Bevin et Churchill se sont montrés presque également nationalistes ; la lutte est donc exclusivement une question de personnes et d’esprit.

Les Conservateurs au pouvoir ne feront qu’entériner les réformes du travaillisme, mais ils permettront aux entreprises privées de se dégager de la tutelle de l’Etat. Surtout, ils trouveront aux Etats-Unis une oreille complaisante aux besoins de crédit de l’Angleterre. Car il faut encore 2 milliards de dollars, en plus du plan Marshall, pour éviter une crise économique après les élections. Si les Conservateurs l’emportaient et surtout réussissaient à surmonter dans les deux prochaines années les difficultés qui les attendent, ils auraient prouvé que le fonctionnement du capitalisme tel qu’il a évolué, est compatible avec le plein emploi et la sécurité sociale, et de plus sauvegarde la liberté individuelle contre un étatisme grandissant. Le mouvement qui tend à faire de chaque citoyen un fonctionnaire et qui se développe plus ou moins vite depuis un demi-siècle pourrait être renversé maintenant que les avantages sociaux maxima sont acquis aux travailleurs.

 

L’Affaire Sarroise

S’il ne le savait par avance, le chancelier Adenauer est fixé sur les sentiments du président Truman pour le nationalisme allemand. Washington lui a fait savoir qu’il était préférable de se taire et il a suffi de retarder un peu le déblocage des crédits Marshall pour montrer à Bonn qu’on ne plaisantait pas.

D’autre part, les déclarations du Président du Conseil sarrois, Hoffmann, ont dû fixer les Allemands mal informés sur les sentiments de la population du territoire. Malgré des contradictions apparentes, son état d’esprit s’explique bien. Profondément attachés à la culture germanique, les Sarrois –ce qui peut faire allusion – n’ont jamais manqué de manifester leur solidarité morale avec la patrie allemande. Ils n’en sont pas moins décidés à défendre leur autonomie, pour des raisons matérielles d’abord, la Sarre et la Lorraine sont complémentaires et dépendent l’une de l’autre, la Sarre surtout.

De 18 à 35, les liens qui se sont développés entre les deux régions se sont révélés solides, indispensables et conformes à la nature géographique et économique. Si de 35 à la guerre, le rattachement au Reich n’a pas été défavorable au territoire, c’est grâce au réarmement et à l’intense activité industrielle qui en résultait et aussi à l’autarcie du III° Reich.

En période normale où la concurrence joue, la séparation d’avec la France se serait fait sentir. Sur le plan moral, les Sarrois se voient appelés à jouer le rôle de trait d’union entre les deux cultures et ils préfèrent ce rôle à celui du 13ème rang ou de dépendance négligée de la Westphalie-Palatinat. L’Université de Sarrebrück deviendra ce qu’aurait été Strasbourg si une solution Franco-Allemande avait prévalu avant 14. Le rattachement de la Sarre au Reich rencontrerait l’hostilité de la majorité des Sarrois. Qu’on se le dise.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-01-28 – Parties d’Echecs

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-28 – La Vie Internationale.

 

Parties d’Echecs

 

Une sorte de trêve des confiseurs s’était établie depuis un mois dans les querelles internationales ; les esprits enclins à l’optimisme s’y étaient abandonnés ; nous avions fait de notre mieux pour le suivre ; en quelques jours, tous les antagonismes ont repris leur acuité ; l’évolution un instant voilée se retrouve en progrès vers le pire ; le conflit Russo-Américain s’étend pratiquement aux trois continents ; le bloc occidental est remis en question par la soudaine tension franco-allemande. Enfin l’O.N.U. semble menacée de paralysie par la querelle des deux Chines.

 

A l’O.N.U.

Voyons cela d’abord : En refusant de siéger aux côtés des représentants de Tchang-Kaï-Chek, les Russes ont boycotté l’O.N.U. et l’on se demande si les séances du Conseil de Sécurité ont quelque valeur en leur absence. Quel est le but des Soviets ? Empêcher le Gouvernement américain de reconnaître Mao Tsé Tung. Cela semble paradoxal ; mais non : s’ils avaient voulu obtenir cette reconnaissance, ils n’avaient qu’à attendre que la France et l’Egypte, sur un signe de Washington, reconnaissent le gouvernement de Pékin, et la majorité était obtenue au Conseil. Au contraire, Mao Tsé, poussé par Moscou, a créé des incidents avec les Etats-Unis, l’arrestation du consul à Moukden, la confiscation des bâtiments diplomatiques à Pékin.

En même temps, il cherchait querelle à la France par des saisies analogues et par une note sur de prétendues atrocités françaises exercées contre des sujets en Indochine. Ces provocations sont évidemment calculées pour exaspérer l’opinion américaine et créer à Truman et à Acheson des difficultés intérieures s’ils adoptaient une attitude conciliante.

En cela d’ailleurs, nous pensons que le Kremlin se trompe. Nous avons dit, seuls de cet avis et contre toute apparence il y a quelques trois semaines, que l’attitude de Truman était une feinte ; en se montrant disposé à un accord, il mettait le bon droit et les pacifistes de son côté, ce qui compte aux Etats-Unis. Mais il sera sans doute satisfait d’être obligé, à regret, de se montrer ferme, et en particulier de défendre Formose, si Mao Tsé devenait agressif, ce qui referait l’unité aux Etats-Unis.

 

L’Attitude Soviétique à l’O.N.U.

Il y a une autre hypothèse fort vraisemblable sur l’attitude soviétique ; sans se retirer formellement de l’O.N.U., les Russes auraient intérêt à achever de détruire le prestige de l’Assemblée et de l’empêcher d’agir. Si dans les prochains mois ils passaient à l’attaque contre Tito, le Conseil ne serait pas là pour dénoncer l’agresseur et donner ainsi aux Etats-Unis le droit d’intervenir.

Cette hypothèse s’accorde avec le dernier incident que les Bulgares ont soulevé en demandant le rappel de l’ambassadeur américain Heath. Pratiquement, il n’y aura plus ni particuliers – qu’on arrête sans préavis, – ni représentation diplomatique étrangère dans les pays satellites pour contrôler les préparatifs contre Tito, ni sanctions internationales possibles.

 

L’Affaire Sarroise

L’explosion de nationalisme allemand au lendemain du voyage de M. Schuman, le rejet brutal par le Gouvernement de Bonn de l’accord commercial franco-allemand sous le fallacieux prétexte d’une opposition des agriculteurs allemands, ont fait dans le monde entier la plus déplorable impression.

Il ne fait pas de doute que l’avenir de l’Europe en est pour longtemps assombri ; à quels mobiles a pu obéir un homme aussi habile qu’Adenauer ? Il a voulu donner aux Allemands l’impression que son gouvernement n’était pas aux ordres des Alliés, et dissiper le scepticisme des électeurs à son endroit ; il a voulu s’affirmer lui aussi le champion de l’unité allemande contre les Alliés, même Américains, alors que M. Acheson appuyait officiellement le point de vue français sur la Sarre. Derrière cette manœuvre s’en dessine une autre non moins redoutable : le réarmement mi-officiel et mi-clandestin d’une force allemande composée d’officiers en disponibilité, susceptibles d’encadrer de nombreux volontaires secrètement associés ; cette armée serait, avec l’assentiment des Américains qui fourniront le matériel de guerre, destinée à contrebalancer les forces policières que les Russes dans leur zone ont formées et mettront en place au jour où ils offriront aux Allemands d’évacuer leur zone d’occupation et de signer avec eux une paix séparée.

Les Américains soutiennent le plan d’Adenauer dans l’espoir que les Russes avertis renonceront à une évacuation qui rendrait moralement difficile le maintien d’une armée américaine en zone occidentale. On voit comme la partie qui se joue est complexe et encore n’en décrivons-nous que les points essentiels.

 

Mao Tsé et Staline

Une troisième partie d’échecs se joue à Moscou où le ministre chinois des Affaires étrangères est venu rejoindre son chef, Mao Tsé Tung. Même si de sérieuses divergences politiques et économiques séparent les deux dictateurs, ils sont d’accord sur la tactique : mener conjointement la guerre froide sur les deux fronts, obtenir le plus de reconnaissances possibles du côté des puissances éloignées, celles de l’Angleterre et des Dominions étant acquises, et rendre impossible par une attitude agressive celle des puissances coloniales d’Asie, la France et la Hollande, et enfin tenir tête aux Etats-Unis ; les Américains voient venir le moment où ils seront obligés de soutenir la France en Indochine et de risquer dans le Sud-Est asiatique un conflit plus ou moins ouvert avec le Communisme, ce qui ne les effraie pas autant qu’on pourrait croire, mais comporte des risques tels qu’une fausse manœuvre pourrait être fatale à la paix, les foyers d’incendie se multipliant.

 

A Berlin

Ce qui se passe à Berlin en est la preuve : les Américains avaient saisi l’immeuble des chemins de fer allemands occupé par les Russes en zone américaine ; les Soviets ont riposté en désorganisant le trafic et en rétablissant un blocus partiel par route et par fer. Les américains ont dû faire machine arrière ce qui nuit à leur prestige.

Ajoutons à cela le traité autrichien renvoyé aux calendes grecques : le tableau n’est pas réconfortant.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-01-21 – Le Voyage à Bonn

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-21 – La Vie Internationale.

 

Le Voyage à Bonn

 

Le voyage de Monsieur Schuman à Bonn a fait passer au second plan les préoccupations asiatiques. La paix du monde, non dans l’immédiat mais dans l’avenir, dépend de l’harmonie franco-allemande. Cet effort de rapprochement coïncidait malheureusement avec le malaise provoqué en Allemagne par les négociations Franco-Sarroises. Esquissons une vue objective du différend.

 

Le Point de Vue Allemand

Comme toujours, on a laissé traîner la question litigieuse. C’est au lendemain de la défaite allemande que l’on devait régler dans le détail le statut des mines de la Sarre. C’est une des fautes du gouvernement de la libération d’avoir laissé planer un soupçon d’annexionnisme dans les intentions françaises. Les Allemands admettaient alors que nous avions le droit d’intégrer le territoire dans notre système économique, comme réparation des dommages infligés à la France par Hitler. Par contre, les Allemands ne pouvaient admettre que le territoire soit détaché politiquement de l’Allemagne. Il fallait donc trouver une formule qui concilie les deux exigences ; c’est évidemment difficile. Si l’on est de part et d’autre de bonne foi, c’est possible. Il le faut. On ne peut faire grief aux Allemands de refuser de détacher la Sarre du Reich. Ce serait implicitement souscrire à l’abandon des territoires au-delà de la ligne Oder-Neiss que la Russie a annexés au profit du vassal polonais. Un peuple n’admettra jamais le démembrement de son patrimoine territorial.

Et l’histoire prouve que toutes les violations de ce droit naturel à l’unité nationale ont été à l’origine des grands malheurs. Il est malheureusement symptomatique qu’il ait suffi qu’on discutât de la propriété des mines de la Sarre pour que les passions chauvines soient déchaînées outre Rhin. Le chancelier Adenauer a été obligé d’en tenir compte. Son discours au Bundesrat – que nous avons attentivement écouté – était plein de nuances et de modération laissant la voie ouverte aux compromis. Souhaitons que l’intégration de l’Allemagne dans l’Europe occidentale et la coopération franco-allemande ne soient pas remises en question.

Répétons-le : l’enjeu est grave et le temps presse. L’Allemagne remise sur pied, dotée d’une monnaie saine animée par une puissance de travail qui manque d’emploi cherche sa voie et la trouvera. Elle n’a pas choisi. Elle balance encore. Nous entendions au micro de Francfort une discussion entre présidents d’associations estudiantines allemandes de part et d’autre du rideau de fer. Cette jeunesse souffre du découpage de l’Allemagne et veut avant tout le retour à l’unité. Cela seul compte et doit être réalisé par tous les moyens. Les Soviets le savent si bien que toute leur propagande s’appuie sur cette aspiration. Et notre impression est que s’ils réalisaient leur promesse, beaucoup d’Allemands malgré leur haine et leur mépris du Russe, suivraient.

 

L’Affaire Niemöller

L’affaire Niemöller révèle la même tendance. Le célèbre pasteur lui aussi veut une solution qui laisse l’Allemagne libre de son orientation, qui la débarrasse de tous ses occupants, la mette sous la protection des Nations Unies, et sous le couvert de cette neutralité, lui permette d’attendre l’issue de la guerre froide. Si le bolchévisme venait à s’écrouler, il y a gros à parier que l’Allemagne se tournerait alors vers la nouvelle Russie et que la frontière de suspicion, de concurrence, d’antagonisme séculaire se redresserait sur le Rhin. C’est ce qu’il faut empêcher, même au prix de grands sacrifices matériels et moraux. Beaucoup d’Allemands le comprennent. Une récente enquête très objective – et qui nous a surpris – montrait qu’en zone française, grâce à notre administration dont il est juste de faire l’éloge, l’entente entre Français et Allemands était possible, la coopération fructueuse et facile.

 

L’Avenir

Mais il faut arriver à autre chose qu’à des accords de troc commercial du genre de celui qu’on vient de signer. Il faut créer des liens économiques permanents sur lesquels il soit pratiquement impossible de revenir. L’idéal évidemment serait que cela se fit dans le cadre de l’unité européenne.

Il n’y aurait plus alors de question sarroise. Mais cette union, si elle est un jour, ne l’est pas pour demain. Attendre serait renoncer. Nous ne nous protègerons pas de la concurrence allemande par des barrières douanières. Au contraire, elle se fera sentir plus durement par le retour des marchés extérieurs. Ces barrières nous coûteront cent fois plus cher qu’une harmonisation de nos efforts. Mais il faut pour cela retrousser les manches, se mettre avec les Allemands à égalité d’activité, d’initiative, de sacrifices. C’est cela qui fait peur, tant aux employeurs qu’aux employés. On préfère s’en tenir aux ajustements sans portée durable : on verra bien. Ce qu’on verra, c’est une France isolée, produisant cher, avec des méthodes désuètes vivant chichement, paralysée par le poids des impôts.

Il souffle en ce moment un vent de nationalisme désuet qui est comme un écho des coups de clairon du lendemain de libération. Il porte deux slogans : tenir l’Allemagne en tutelle et se libérer de l’aide américaine. Ce sont aussi les mots d’ordre de la section française du bolchévisme.

Le vrai patriotisme a évolué comme tous les idéaux humains. Les notions de dignité et d’indépendance nationale ont subi la pression des transformations économiques et des rapports de force. Il faut faire l’Europe et pour que cela soit un jour – encore lointain – possible, coopérer avec l’Allemagne et maintenir, aussi étroitement qu’il se peut, la solidarité et la coresponsabilité devant la civilisation de la France et des Etats-Unis sans lesquelles il n’y a pas de prospérité possible. Toute autre attitude est démagogie – ou trahison.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-01-14 – Manoeuvres en Asie

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-14 – La Vie Internationale.

 

Manœuvres en Asie

 

Les déclarations officielles de Truman et de Bevin ne nous renseignent pas exactement sur les intentions des Anglo-Saxons quant au problème asiatique. Y a-t-il accord ou désaccord entre les deux partenaires ? Mao Tsé Tung lui, est toujours à Moscou et ce n’est pas par-là que nous saurons quelque chose des projets du bolchévisme en Asie.

 

Le Discours de Truman

La position de Truman est difficile ; le bipartisme en politique extérieure semble révolu. Les élections sont proches aux Etats-Unis, et les républicains attribuent à tort ou à raison leurs récents échecs à ce qu’ils appellent le « Metooisme » , c’est-à-dire au fait que leur programme ne s’est pas révélé assez nettement opposé à celui de leurs adversaires. Ils ont souscrit en politique extérieure à une tactique prudente et indécise pour contenir le communisme sans que celui-ci ait été beaucoup gêné dans son expansion. En Chine surtout, les hésitations du département d’Etat ont affaibli la position morale des Etats-Unis et permis aux Asiatiques de défier la puissance américaine et celles des blancs en général. Cet échec évident est exploité par les républicains qui d’isolationnistes sont devenus interventionnistes en Asie tout au moins, là où des intérêts spécifiquement américains sont en jeu, l’opinion les suit.

Truman ne pouvait pas, cependant soutenir plus longtemps les Nationalistes chinois dont la cause était perdue sans encourir le reproche d’impérialisme. Il a donc réaffirmé qu’il n’interviendrait pas à Formose pour y maintenir le pouvoir de Tchang-Kaï-Chek. D’autre part, la reconnaissance du Gouvernement de Pékin par les Anglais mettrait en conflit les deux puissances anglo-saxonnes, si les Etats-Unis avaient envoyé des troupes à Formose comme le voulait Mac Arthur. Cela ne veut pas dire qu’on ne mette pas tout en œuvre pour que l’île ne tombe pas aux mains des communistes et qu’on ne s’arrangera pas pour que l’assaut contre l’île échoue. Des armes et de l’argent sont déjà partis. Les Anglais, de leur côté, ne souhaitent pas plus que les Américains que l’île tombe aux mains de Mao Tsé Tung. Mais ils veulent sauver leurs avoirs en Chine et ne pas se trouver en opposition avec les Dominions asiatiques, particulièrement l’Inde qui a pris vis-à-vis du dictateur chinois une attitude amicale.

 

L’Attitude de Mao Tsé Tung

Quoi qu’il en soit, la paix du monde est entre les mains de Mao Tsé Tung. Tout porte à croire qu’il ne cherchera pas à entrer en conflit ouvert avec les Etats-Unis quels que soient les conseils du Kremlin. S’attaquer aux pays du Sud-Est asiatique serait une lourde aventure analogue au coup de folie des Japonais en 41, encore les Japonais avaient-ils des raisons impérieuses pour s’ouvrir la voie vers les richesses de ces régions. Mao Tsé userait là des forces qui ne sont pas de trop pour organiser son pouvoir dans l’immense Chine. Il obtiendra beaucoup plus pacifiquement qu’en semant le désordre dans des contrées qui du jour au lendemain cesseraient d’être en mesure de lui fournir vivres et matières premières et il ne peut s’exposer à un blocus naval qui serait la première conséquence d’un conflit.

 

Les Elections Britanniques

Les élections anglaises sont bien, comme on le prévoyait, fixées au 23 février. Le moment est propice aux Travaillistes. Ils peuvent s’appuyer sur les résultats immédiats toujours favorables d’une dévaluation, sans attendre que se fasse voir le revers de la médaille. La hausse des prix et le ralentissement des exportations et sans doute une nouvelle « crise du dollar ». Dans l’état présent de l’opinion, on pense que les Travaillistes peuvent l’emporter de justesse, ce qui conduirait tôt ou tard à un gouvernement d’union nationale quand la situation deviendrait critique.

 

La Conférence de Colombo

La réunion de Bevin et des ministres des Dominions asiatiques est déjà en soi un succès. Ces Dominions dont on sentait naguère la hâte de briser tout lien avec le Commonwealth se serrent aujourd’hui autour de la Couronne. Ce n’est certes pas par sentiment, mais ils craignent qu’une rupture avec l’Angleterre n’entraîne l’écroulement du bloc sterling et ne mette leurs pays à la merci des financiers américains. La rivalité économique des deux puissances leur laisse une large liberté de manœuvre.

On sait que l’Inde détient, du fait de la guerre, une énorme créance sur l’Angleterre que celle-ci a intégralement reconnue et qu’elle rembourse par annuités par des exportations, ce qui permet à l’industrie britannique de travailler à plein, d’éviter le chômage et aussi de conserver la clientèle de l’Inde dont le vaste marché représente une assurance pour les entreprises anglaises dans l’avenir. Le fardeau néanmoins est très lourd pour l’Angleterre, car en fait, les marchandises exportées ne sont pas payées et c’est en définitive le contribuable britannique qui solde la facture. Les Américains ont fait ressortir que cette charge était trop onéreuse pour le Royaume-Uni et détournait une large part de son activité des pays qui pourraient payer en dollars. En bons apôtres, ils ont offert de se substituer aux Anglais et de prendre en charge une part de ces dettes, moyennant quoi le marché hindou serait passé aux mains des entreprises américaines. Jusqu’ici, les Anglais sont restés sourds. Pourront-ils tenir indéfiniment, et l’Inde elle-même, pressée par ses besoins, ne sera-t-elle pas obligée de s’adresser davantage aux Etats-Unis ? C’est à l’heure présente l’aspect le plus aigu de la lutte Sterling-Dollar.

 

  1. Schuman en Allemagne

On annonce le prochain voyage de M. Schuman à Bonn. Il est grand temps ; les négociations économiques franco-allemandes ajournées et au point mort, laissaient peu d’espoir de succès. Les Italiens, déçus de l’échec de l’union douanière avec la France, cherchaient déjà à contracter une autre union avec l’Allemagne, qui avait donné de bons résultats au temps du fascisme, les deux pays étant complémentaires, tandis que la France et l’Italie ne le sont point. Souhaitons pour l’avenir de l’Europe que M. Schuman surmonte les obstacles accumulés par les intérêts particuliers aussi bien ouvriers que patronaux qui s’opposent à l’unité européenne dont l’union franco-allemande est la clef.

 

                                                                                            CRITON