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Le Courrier d’Aix – 1950-02-25 – La Vie Internationale.
Attente
Le résultat des élections anglaises n’est pas connu à l’heure où nous écrivons. Beaucoup de problèmes internationaux, politiques et économiques demeurent en suspens jusque-là : Une tentative éventuelle de conversation avec les Soviets, le montant et la répartition de la prochaine tranche de l’aide Marshall, et surtout les projets d’union européenne qui se feront avec ou sans l’Angleterre selon Churchill ou Attlee l’emportera. Comme il semble bien que le verdict populaire sera très partagé, il n’est pas sûr qu’on soit beaucoup plus avancé après qu’avant. Attendons.
La Manœuvre Churchill
Cette terne campagne qui s’est jouée avec sérieux et prudence, a pris quelque passion grâce aux discours de Churchill, où le vieux leader offre de tenter sa chance auprès de Staline et se fait fort de sauver la paix. Les électeurs sourdement angoissés par la poussée soviétique et la course aux armements ont été très impressionnés par la chance d’un miracle opéré par l’artisan de la précédente victoire, et les travaillistes ont réagi brutalement à ce qu’ils considèrent comme une manœuvre déloyale. Nous sommes de leur avis.
Churchill sait mieux que personne que son crédit en U.R.S.S. est rigoureusement négatif, que chaque jour, presse et radio soviétiques le représentent comme le type du capitaliste réactionnaire impérialiste et fauteur de guerre. Si peu sensibles qu’ils soient à la contradiction, on ne voit pas les maîtres du Kremlin accueillant Churchill à la gare de Moscou en messager de la paix. De plus, ses négociations avec les Soviets durant la guerre n’ont pas été parmi les plus habiles. Il y a des manœuvres électorales qui sont indignes d’une grande figure, même et surtout si elles ont chance de réussir.
L’Esprit de Munich
Aux Etats-Unis, des Sénateurs ont emboîté le pas aux irresponsables éclairés par Einstein et Eleanor Roosevelt. Il faut faire quelque chose pour s’entendre avec la Russie, ne fut-ce que pour être en paix avec sa conscience, même si c’est un pas de clerc qui doive nuire à la politique du département d’Etat. En effet, Acheson et Truman qui commençaient à découvrir leur politique de fermeté paraissent plutôt gênés par ces appels inquiets qui ne peuvent qu’affaiblir, parmi les nations directement menacées, la confiance encore hésitante dans la résolution des Etats-Unis. Il faudra cependant sous la pression de l’opinion publique se résigner à une offensive de paix que les Soviets n’auront pas de peine à repousser et à laquelle ils opposeront la leur au bénéfice de leur propagande.
La Guerre Froide
Le moment pour tenter un apaisement paraît d’ailleurs bien mal choisi. Les Soviets cherchent ouvertement à éliminer de l’Europe qu’ils ont conquise, les derniers officiels et hommes d’affaires occidentaux. Les Etats-Unis sont contraints de rompre les relations diplomatiques avec la Bulgarie et de rappeler leur ambassadeur. Leur compatriote Vogeler avec l’Anglais Sanders ont été condamnés sans vergogne après un procès-maison à Budapest et le petit blocus de Berlin continue.
Le Procès de Budapest
On reste impressionné par l’imperturbable succès de ces procès soviétiques ; la technique est infaillible et l’Anglais et l’Américain, frais et souriants ont avoué tout ce qu’on a voulu, et fait amende honorable, tout comme Robineau, Rayk et autres. Seul Kostov avait résisté mais on se demande si cela n’était pas aussi au programme.
Il y a cependant un truc que les Bolcheviks n’ont pas masqué. Dans le compte-rendu quasi-sténographique que la Radio Russe a donné pour l’édification des Russes, on est étonné qu’un Anglais et un Américain soient si bien entraînés à manier le jargon Lénino-marxiste sur lequel pour notre part, après des années d’écoute, nous ne serions pas sûrs de ne pas trébucher. D’un Kostov ou d’un Rayk élevés dans le sérail, cela se conçoit, mais d’un représentant de la Standard Electric, c’est un tour de force. Il y aurait intérêt à tirer la question au clair. Par quel procédé chirurgical pharmaceutique ou psychologique ces accusés qui, avec le sourire, attendent 15 ans de prison récitent-ils si bien leur leçon ?
Extrême-Orient
Tchang-Kaï-Chek a tenu bon. Il reste en place et Formose n’est pas pris, pas même Haïnan, et déjà le Maréchal chinois parle de débarquer sur le continent et de reprendre l’offensive contre les communistes. Par ailleurs, il semble bien que les deux mois de séjour à Moscou n’aient pas facilité la tâche de Mao Tsé Tung. Une partie de la Chine du Sud est en proie à la famine, les industries de Shanghaï sont arrêtées, les ports de la côte bloqués ; les avions de Tchang-Kaï-Chek bien montés et approvisionnés en bombes de fabrication américaine font de terribles ravages dans les transports déjà précaires du dictateur communiste. Ce n’est pas avec les 60 millions de dollars par an que Staline lui accorde généreusement qu’il pourra les remettre en état.
Nos lecteurs connaissent notre pensée là-dessus : ni les Russes, ni les Américains ne tiennent à voir une Chine forte et unie ; la guerre civile sert les intérêts des deux adversaires, et si Staline a ajourné en 52 la restitution des chemins de fer de Mandchourie et de Port Arthur, c’est qu’il compte bien les garder. Si les Etats-Unis ravitaillent Tchang-Kaï-Chek contre Mao Tsé Tung pour bombarder Shanghaï, c’est qu’ils ne tiennent pas à ce que les Anglais reprennent leur place sur le marché chinois en négociant avec les Rouges. Une partie en Extrême-Orient n’est jamais ni gagnée, ni perdue. Nous espérons avec confiance que cet adage se vérifiera en Indochine.
CRITON