Criton – 1949-07-02 – Primum Vivere

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Le Courrier d’Aix – 1949-07-02 – La Vie Internationale.

 

Primum Vivere

 

L’évolution que nous décrivons depuis quelques semaines devient manifeste : la Conférence des Quatre à Paris a mis la guerre froide en sommeil. L’échec de la conférence monétaire de Londres, la crise de la Livre, le drame – le mot n’est pas trop fort – de la conscience britannique devant l’effondrement de la politique d’austérité montrent que l’économique est à présent primordial, c’est sur le front de la crise que la bataille idéologique se joue.

 

La Crise anglaise

L’obstination des hommes dans l’erreur est parfois déconcertante, surtout quand ils sont anglais. Dès 1945, nous avons écrit ici et répété à d’éminents visiteurs, point par point ce qu’il adviendrait de la politique financière travailliste. Fatalement cette politique qui n’était viable que tant que la pénurie et les énormes besoins succédant à la guerre ne seraient pas comblés culbuterait à la première crise, si légère soit-elle, qui suivrait le retour de l’équilibre économique que se produit-il :

1° Le système de monopole de fait du commerce extérieur, joint au maintien de la Livre à la parité quatre, entraîne une hémorragie d’or et de devises, mortelle dès que les exportations fléchissent.

2° Depuis que les Etats-Unis connaissent la mévente, leurs prix baissent, tandis que les prix anglais, difficilement compressibles à cause des charges sociales, de la rigidité des index dirigés et des salaires, deviennent trop chers.

3° La menace d’une dévaluation de la Livre accélère cette chute des exportations ; les acheteurs, peu pressés déjà, attendent de payer dans une monnaie moins chère.

4° Ajoutons : la chute rapide des cours des matières premières britanniques : le caoutchouc, le cacao et la laine.

5° Et voici la conséquence : le chômage (300.000), l’annonce de nouvelles mesures d’austérité au moment où les pays voisins regorgent de tout et surtout peut-être, facteur impondérable, cette nostalgie de la liberté qui se fait jour parmi les masses dans les meetings et les élections. Même si les prétendues lois économiques l’imposent, l’Anglais moyen ne peut comprendre que l’Angleterre, trois fois plus riche que la France, ne peut manger à sa faim en 1949.

 

La Crise

Comme nous le répétions, le ralentissement des affaires aux Etats-Unis qui se poursuit pour le sixième mois consécutif, est le phénomène primordial de l’heure. Ces deux dernières semaines ont été plus confiantes que les précédentes. La bourse de New-York s’est ressaisie. On cherche à persuader le monde des affaires que de croire à la crise crée ou du moins aggrave la crise. Les augures sont optimistes. A notre avis, ils ont raison. Nous ne croyons pas le moment venu d’un véritable drame économique – nulle part.

 

A l’O.E.C.E.

C’est autour des paiements intra-européens et du Pool en dollars dont nous avons expliqué le mécanisme, que le conflit entre les Anglais d’un côté, les Belgo-Américains de l’autre, a éclaté. La France, dont les intérêts sont partagés entre les deux systèmes opposés, a essayé de concilier les parties. Rien n’a servi contre l’obstination de Sir Stafford Cripps. Les Américains qui savent que désormais la partie est perdue pour lui, se sont montrés aussi conciliants que possible sur le traité de commerce Anglo-Argentin auquel ils avaient fait opposition ils n’ont demandé que des modifications de détail. Mais rien ne peut donner une idée de l’émotion presque muette, des passions, des espoirs, des frayeurs dissimulées qui précèdent cette seconde capitulation de la Livre et qui sera le signal d’un retournement politique brutal.

 

En Belgique

Les Belges après les Hollandais ont voté. Ces élections dans le pays qui est, après la Suisse, le plus mûr politiquement de la terre, ont montré symboliquement la tendance profonde du moment ; un triomphe pour les libéraux, une confiance soutenue au parti chrétien-conservateur, un recul du socialisme et une défaite, un quasi éclatement du communisme. Les conséquences de l’événement ne seront pas très considérables sur le plan tactique, mais auront un fort retentissement moral. L’exemple est contagieux.

 

Au Canada

Le Canada aussi a voté : les libéraux remportent une victoire totale. Ce nom de libéraux n’a pas le sens européen. Cela veut dire que le parti Conservateur probritannique est écrasé. Profondément hostile au travaillisme et de plus en plus indépendant, le Canada après cette élection va rompre lui aussi le dernier lien réel avec la couronne d’Angleterre. Pauvre Albion, tant de vertus et de courage inutile font peine.

Un Américain disait, il y a quelques temps : l’Angleterre va au désastre dans la discipline, et la France dans le désordre retourne à la prospérité !

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-06-25 – Après la Conférence

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Le Courrier d’Aix – 1949-06-25 – La Vie Internationale.

 

Après la Conférence

 

Bien que vieux de plus de huit jours, nous demandons au « Courrier d’Aix » de publier le commentaire qui n’a pu paraître samedi. Depuis, la Conférence de Paris a enfin conclu. Le bilan est obscur dans les termes. Sur le problème allemand, rien n’est arrêté, mais les négociations reprendront. L’ambiance est restée favorable ; personne ne voulant rompre ni céder, on se quitte avec le sourire et des paroles d’espoir. Sur la question autrichienne, on fait entendre qu’on pourra signer vers la fin de l’année. Les Alliés semblent avoir fait aux Russes des concessions considérables, sans doute pour les obliger, si l’on conclut définitivement, à retirer leurs troupes de Roumanie et de Hongrie. Les Autrichiens paraissent plutôt satisfaits ; ils voient venir la fin de l’occupation directe et les revendications de Tito sont écartées. Mais tout cela n’est encore que projet.

 

Trois Aspects de l’Heure

Les amateurs de coup de théâtre attendent au dernier jour de la Conférence des Quatre, des propositions nouvelles de Vichinsky. Nous ne le pensons pas, à l’heure où nous écrivons, qu’il en puisse être question. Cependant on était sûr, dès les premiers contacts, que les Russes voulaient éviter une rupture à laquelle personne du reste n’a intérêt. On entendra Vychinski formuler des plans dont on confiera l’examen à des suppléants et à des experts et l’on voit se dessiner une chaine de conférences futures, probablement aussi stériles que celle-ci mais qui permettront, à mesure que la situation évolue, d’adopter les dispositions diplomatiques, et si cela devenait un jour indispensable, de jeter les bases d’un accord limité. Car les Russes ne sont pas sûrs de pouvoir tenir indéfiniment leur front européen sur les lignes actuelles.

 

Les Résultats

Comme l’a bien exprimé Acheson, le résultat positif de la conférence, ce n’est pas l’accord des Quatre, mais celui des Trois. Une harmonie parfaite n’a cessé d’être maintenue entre Bevin, Schuman et le ministre américain qui tenait le premier rôle, et ce fait est d’importance.

Pour le reste, on est pratiquement à zéro. Tout au plus faudra-t-il trouver un modus vivendi précaire pour Berlin et un système d’échange entre la trizone et la zone soviétique ; échanges que souhaitent les Allemands de l’Ouest, en quête de débouchés pour leur industrie croissante, et aussi les Anglo-Américains, les uns pour détourner une concurrence naissante vers les marchés secondaires, les autres pour soulager leur budget. Encore que ce courant commercial interallemand ne peut-il être que limité ; la zone russe n’a rien à vendre et tout à acheter, et les réserves de marks occidentaux des allemands de l’Est seront vite épuisées. Et faute d’un contrôle sur le Mark occidental, les occidentaux ne pourront accepter cette douteuse monnaie.

Concluons : une accalmie sur le front allemand paraît probable, au moins pour quelques temps. On a évité la rupture et aussi un accord qu’Anglais et Allemands de l’Ouest redoutaient plus encore. A peine le peuvent-ils dissimuler.

 

La Chine

Le théâtre européen, d’ailleurs, perd de son importance. La lutte pour la Chine depuis l’effondrement nationaliste devient un problème de plus en plus grave, et de plus en plus urgent pour les Etats-Unis. Des contacts et des conversations indirectes se poursuivent avec les émissaires de Mao Tsé Toung. Les Américains ont un atout majeur : sans leur aide financière, la reconstruction de la Chine est impossible. Ils en ont trois autres, mineurs mais sérieux.

D’abord, l’Ile de Formose où Tchang s’est réfugié et que les Etats-Unis, pour des raisons stratégiques, ne peuvent abandonner. Sans Hong-Kong et Formose, l’indépendance de la Chine n’est qu’illusoire. Deuxièmement, il y a au Sud, la province de Kangxi ; c’est le fief du président actuel de la Chine, Li, et de son habile général, Pai. Le pays leur est fidèle et leur armée solide ; la contrée est de pénétration difficile. Cette région peut tenir longtemps.

Enfin, il y a le Yunnan qui couvre l’Indochine et toute l’Asie du Sud-Est, qui est inaccessible aux armées d’invasion. Le Yunnan est en pleine anarchie ; les bandits y pullulent mais une réorganisation est possible grâce aux éléments anti-communistes. Dans les deux cas, c’est une question d’argent, et les Américains, s’ils n’arrivent pas à un accord satisfaisant avec Mao Tsé Toung, peuvent à un prix relativement modéré, couvrir la Chine du Sud et prolonger la guerre civile.

C’est une impérieuse nécessité pour les occidentaux de ne pas laisser découverte la frontière Nord des pays sous contrôle européen. Si une maille filait de ce côté, toute l’Asie serait perdue, même le Japon. Le front des trois grands paraît beaucoup plus solide ici qu’il n’a jamais été. La politique soviétique a fait de l’Alliance Franco-Anglo-Américaine une réalité efficace qui rachète bien des malentendus.

 

Après le Congrès de Blackpool

Revenons aux problèmes économico-politiques dont l’importance, nous le répétons, croit chaque jour. Les Travaillistes anglais comptent pour sauver leur avenir politique sur le concours des organisations ouvrières américaines. La crise économique mondiale dont on ne peut plus nier la gravité, si elle rend difficile et peut rendre même intenable la politique financière et économico-sociale des travaillistes, peut aussi amener aux Etats-Unis une transformation complète des relations du capital et du travail. Une crise de l’ordre de celle de 29-32 porterait au régime capitaliste un coup terrible, peut-être mortel. La démocratie sociale et étatiste à la manière britannique pourrait  être imposée par les circonstances au monde américain et déjà depuis l’élection de Truman, les contacts se sont multipliés entre syndicalistes de deux côtés de l’Atlantique.

Les Travaillistes, autrefois anti-américains, voient le salut dans la coordination des politiques des travailleurs des deux pays. Comme nous l’avons dit, l’avenir politique du monde dépend moins du conflit Russo-Américain qui se terminera fatalement par un recul du bolchévisme que de cette double échéance, proche désormais ; le résultat des élections anglaises de 50 et la résolution de la crise économique mondiale qui peut être une simple crise de déflation, mais aussi une crise gigantesque due aux difficultés d’équilibrer les échanges entre pays créditeurs et débiteurs. Et il semble qu’à Londres, on ne fait pas grand-chose pour rendre ces échanges plus souples.

 

La Persécution Religieuse en Tchécoslovaquie

L’Archevêque de Prague, Beran, va subir le sort du cardinal Mindszenty. Suivant les méthodes employées à Budapest, les communistes cherchent à éliminer l’Eglise Tchèque. La résistance sera plus forte. Observons avec attention les événements tragiques et douloureux. C’est de Prague que naîtront les grands événements de la prochaine histoire, comme pour Hitler, le coup de Prague a été la faute capitale du bolchévisme.

 

A Londres

Autre affaire d’importance : l’ajournement imposé par les Américains au traité de commerce anglo-argentin. Le problème de la Livre se pose de façon aiguë, et la position de Sir Stafford Cripps devient difficile, l’opinion anglaise s’émeut ; la crise, depuis longtemps prévue, commence.

 

A Bucarest

Enfin, de l’autre côté du rideau de fer, la disgrâce d’Anna Pauker en Roumanie est confirmée. Les communistes roumains avaient en Suisse utilisé à leur manière les fonds secrets du Kominform, et Moscou n’aime pas les révélations de ce genre. Les représailles sur les citoyens Suisses en Roumanie risquent de brouiller Berne et le Kremlin ; l’affaire est pleine de détails pittoresques. Il y a des profiteurs et des agioteurs dans tous les régimes ….

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-06-11 – La Crise Economique et la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1949-06-11 – La Vie Internationale.

 

La Crise Economique et la Paix

 

On ne sait toujours pas pourquoi Staline a envoyé Vychinski à Paris. Le scénario de la conférence ne diffère pas des précédents. L’ambiance est plus cordiale, mais les résultats aussi négatifs. Vychinski, pendant deux heures, démolit point par point une modeste suggestion d’Acheson et le lendemain, expose aussi longuement une thèse soviétique diamétralement opposée aux vues occidentales. Les trois alliés lèvent les bras au ciel et on passe à la question suivante. Tel est le marathon de la patience diplomatique auquel participe le novice Acheson. Jusqu’à quand ? cependant qu’on n’espère plus grand-chose du débat. M. Schuman bien placé pour en juger, nous promet que d’ici quelques semaines l’atmosphère s’éclairera. Nous regrettons de le dire, mais nous ne le croyons pas…

 

Le Point de la Conférence

Où en est-on ? Sur l’unification de l’Allemagne, pas d’accord possible. Au milieu de la discussion, les Soviets ont convoqué à Leipzig un congrès du peuple allemand composé du dernier carré des dirigeants de la S.E.D. Ils devaient se mêler à l’Assemblée de Bonn, remettre la constitution en délibération, mais les alliés et les délégués les ont éconduits sans délai. On ne reparlera plus d’unité allemande. Un changement d’attitude des Russes est à noter sur ce point. Nous l’avions déjà indiqué lors des élections manquées. Tout comme les Alliés, les Soviets préfèrent le partage de l’Allemagne. Ils sentent le danger qu’il y aurait à soulever le rideau de fer. Déjà à Leipzig, les adversaires de l’U.RS.S. font preuve d’une audace digne de la résistance berlinoise. Si la liaison avec l’Ouest était rétablie, une révolte ouverte serait possible qui pourrait conduire à la guerre. L’Allemagne restera coupée en deux ; nous n’en avons jamais douté.

 

Berlin

On s’est donc rabattu sur le problème de Berlin. Les Russes veulent bien qu’on élise une administration municipale, à condition d’avoir le droit de veto sur toutes ses décisions. Les Alliés entendent remettre le gouvernement de Berlin aux Berlinois. Ils l’ont promis et ne peuvent revenir là-dessus. Mais cela équivaudrait pour les Russes à abandonner Berlin. Ce qui est impossible.

Alors, et le blocus ? Car le blocus de Berlin continue, le ravitaillement aérien n’a pas cessé, ne s’est même pas ralenti. La grève des cheminots paralyse le trafic ferroviaire. Non seulement les Russes ne font rien pour y mettre fin, mais ils ne veulent pas diriger leurs propres trains en secteur occidental, ce à quoi consentaient les grévistes. Enfin, le transport par camions est si hérissé de formalités et d’aléas qu’ils n’osent circuler. En dernière heure on va rédiger à Paris – si on y parvient – des instructions aux quatre commandants militaires pour qu’ils s’entendent sur le rétablissement des transports.

La faute des Américains fut avant d’accepter la Conférence de Paris, de ne pas s’assurer de la levée effective du blocus et exiger des garanties pour qu’il ne puisse être rétabli.

 

A l’O.E.C.E.C.

Nous sommes entrés depuis quelques semaines, après le brusque retournement de la conjoncture en janvier, dans une période où les problèmes économiques l’emportent sur les problèmes politiques.

La situation devient sérieuse. Les bourses de tous les pays fléchissent, les prix mondiaux baissent sans arrêt. Les ventes des pays débiteurs deviennent plus difficiles aux Etats-Unis, saturés de produits. D’autres débouchés se ferment à l’exportation ; récemment, l’Afrique du Sud, n’étant pas autorisée à majorer le prix de son or, a réduit de façon draconienne ses importations en provenance de l’Angleterre. Celle-ci, dont l’avenir est en jeu, se défend âprement.

A la Conférence des pays bénéficiaires du plan Marshall qui se tient à Paris, les Américains appuyés par les Belges, ont proposé un système de paiement qui permettrait aux pays endettés, comme la France, de recevoir des marchandises de leurs créanciers, en premier l’Angleterre et la Belgique. Jusqu’ici, les Etats-Unis fournissaient en dollars la contrepartie des livres et des francs belges. Mais le système fonctionnait mal pour de multiples raisons. Les marchandises cédées par l’Angleterre selon ce procédé, l’étaient au prix fort. Les Américains proposent un pool en dollars. Le débiteur l’utiliserait au profit du pays qui lui ferait le meilleur marché. Le but est d’obliger les pays européens à apaiser leurs prix de revient pour leur permettre d’exporter. Mais les Anglais y voient une pression pour les obliger à dévaluer la Livre.

 

A Blackpool

Le Congrès du Parti Travailliste est particulièrement houleux. Les élections approchent, et au moment où les exportations britanniques fléchissent, où, malgré l’apparition du chômage, les syndicats en révolte contre leurs dirigeants font des grèves successives. La crise qui s’accentue ne va pas faciliter la convalescence du monde, et de l’autre côté du rideau de fer pour d’autres raisons, les choses se présentent pour le moins aussi mal …

La paix sociale et internationale n’y gagnera pas.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-06-04 – Conférence pour Rien ?

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Le Courrier d’Aix – 1949-06-04 – La Vie Internationale.

 

Conférence pour Rien ?

 

Après dix jours de conférence et trois mois de pourparlers officieux, on se demande encore à quoi veulent en venir les Soviets.

Propagande ? Mais un incident comme la répression sanglante de la grève des cheminots de Berlin fait plus de tort au bolchévisme que cent discours en congrès n’en peuvent effacer.

Accord économique ? Mais comment expliquer que ces derniers jours à Genève, les Russes ont refusé de se prêter à toute augmentation du trafic entre l’Est et l’Ouest.

Il y a cependant toujours des optimistes qui soutiennent que la Conférence de Paris n’est qu’une façade et que la partie véritable se joue ailleurs dans la coulisse où une trêve s’élabore. Nous ne l’avons jamais cru, d’abord parce qu’il n’y a pas d’accord possible, et que si l’intention des Soviets était de renverser leur politique, on en décèlerait les prodromes.

Il faut s’en tenir aux apparences. Le blocus de Berlin ayant mal tourné et l’industrie de la zone d’occupation russe, complètement pillée ne pouvant plus s’approvisionner, les Soviets cherchent, par la levée des blocus, de mettre à la charge des Américains le renflouement de leur zone sans pour cela ouvrir les portes à une pénétration politique. On va donc aboutir – peut-être –  à la création de quelque commission quadripartite qui règlera les échanges entre la zone Ouest et la zone Est. Mais les Américains, dont la France et l’Angleterre redoutaient les faiblesses, paraissent au contraire très exigeants et peu disposés à aider les Russes à se tirer d’embarras. La constitution de Bonn votée et l’Allemagne de l’Ouest sur pied, les partenaires occidentaux n’ont rien à demander aux Soviets. Au contraire, ils redoutent les inconnues et les pièges que toute modification du statuquo comporterait.

 

Les Problèmes Budgétaires

S’il était besoin d’exemples pour montrer l’inanité des querelles d’idéologie politique, combien peu elles correspondent à la nature des choses, l’heure présente offrirait ce fait : l’apparition presque simultanée du chômage dans tous les pays, capitalistes, socialistes et communistes. Cela a commencé par la Belgique pour des raisons monétaires ; trois mois après, c’est le tour des Etats-Unis pour des raisons de pure économie. Puis voilà l’Angleterre, elle, pour des raisons politico-sociales et financières. Enfin c’est le tour de l’U.R.S.S. pour des raisons encore différentes. Les voici.

 

Le Chômage en U.R.S.S.

Nous écoutions hier à Radio-Moscou, un des pionniers du Stakhanovisme faire un cours à ses camarades sur les moyens d’économiser les matières premières dans la fabrication des pièces détachées. L’U.R.S.S. manque de matières premières. L’U.R.S.S. en consomme de plus en plus pour produire un matériel de guerre qu’il faut chaque année renouveler parce qu’il se démode, augmenter parce que l’adversaire produit plus vite. L’U.R.S.S. a dû faire un nouvel emprunt forcé auprès des travailleurs – emprunt d’ailleurs tout juste couvert – parce que la politique d’armement coûte de plus en plus cher, et que, capitaliste, socialiste ou communiste, il faut toujours choisir entre le beurre et les canons quand le revenu national ne permet pas de s’offrir les deux. L’arithmétique se soucie peu des régimes.

Or, le coût de l’armement russe augmente si vite qu’il dévore la part qui reviendrait au travailleur. Loin de s’améliorer, le sort de celui-ci s’aggrave ; l’armée prend tout et les usines qui ne sont pas prioritaires ferment parce que les Américains interdisent l’exportation de certaines matières indispensables et aussi parce que la production russe est insuffisante à couvrir les besoins.

Cette situation parait sans issue parce que, comme cela se produit depuis un siècle, le coût des armements augmente beaucoup plus vite que le revenu des nations.

A titre d’exemple notre budget militaire suffit à peine à équiper deux divisions modernes, et ce même budget eut suffi, à conditions monétaires égales, à payer toutes les guerres de Napoléon. La Russie est trop pauvre pour suivre le train très longtemps ; cela est grave.

 

La Querelle avec Tito

On parle d’une réunion secrète du Kominform à Prague à la suite du congrès que les communistes tchécoslovaques y ont tenu. Malenkov y assistait. Depuis, Tass a publié une note d’un style plutôt homérique que diplomatique, où Tito reçoit son dû. Celui-ci en effet, non content de résister à Staline, a réussi à fomenter en Albanie une révolte contre le satellite de Moscou, Hodja. Par ailleurs, l’échange de dures vérités entre les anciens complices a ouvert les yeux à beaucoup de militants dans les autres pays soumis à Moscou, et un jour ou l’autre, une explosion pourrait éclater. C’est ce que l’U.R.S.S. voudrait prévenir, car cela serait grave pour elle et sans doute pour le monde entier.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1949-05-28 – Harmonie Difficile

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-28 – La Vie Internationale.

 

Harmonie Difficile

 

Les Quatre sont assemblés autour du tapis vert ; Vychinski déploie un sourire engageant et les autres attendent des propositions concrètes. Le débat est ordonné, de telle sorte que la question de l’unification de l’Allemagne placée en tête obligera les Russes à montrer ce qu’ils sont prêts à concéder. Jusqu’ici on ne sait rien ; l’impression cependant c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple démonstration de propagande par où les Soviets voudraient faire état de leurs intentions pacifiques pour convaincre leurs adversaires de bellicisme, comme ils le font à l’usage de leurs peuples. Les Russes veulent certainement autre chose, c’est-à-dire des avantages économiques. Comment y parvenir ? Cela semble impossible.

 

La Situation Economique Derrière le Rideau de Fer

On a remarqué que la Radio soviétique fait depuis quelque temps silence sur les progrès du plan quinquennal. L’Office de la Statistique de Moscou a dû reconnaître qu’ils sont inférieurs aux prévisions, inférieurs même à ceux de l’année précédente. Il y a en U.R.S.S., chose invraisemblable dans un pays de travail obligatoire et forcé, un bon million de chômeurs. Les matières premières manquent et des usines ont fermé.

Mais ce sont surtout les satellites qui souffrent d’une grave crise industrielle qui presse Moscou de rouvrir les portes aux approvisionnements de l’Ouest. Le contre-blocus de l’Allemagne orientale a durement touché la Tchécoslovaquie. En refaisant l’unité allemande, le flot de marchandises qui pénètrerait, filtrerait vers les pays d’Europe Centrale…

On sait qu’il y a eu entre les communistes Allemands et les autorités soviétiques des discussions violentes. Pieck et Grotewohl, chefs de la S.E.D. ont été convoqués à Moscou et on n’est pas sûr de les revoir. Les deux partis se rejettent la faute de l’échec électoral subi par les communistes en zone orientale. On dit que Moscou voudrait les obliger à constituer un rassemblement très large, sorte de front populaire, et on a remarqué l’appel fait par les journaux sous licence russe aux anciens nazis ; ce qui semble annoncer qu’au cas où Moscou serait obligé de consentir à la fusion des quatre zones et de laisser se défouler des élections libres sous contrôle interallié, on voudrait éviter que la S.E.D. ne recueille que 5 ou 10% des voix. Il ne serait pas surprenant dès lors que les Soviets se résignent à abandonner le contrôle de leur zone d’occupation. Mais nous savons quelles difficultés économiques cette solution représente. Cependant, si les Russes acceptent tout, même l’extension de la Constitution de Bonn à l’Allemagne entière, les trois alliés ne pourraient pas s’y refuser.

 

La Grève de Berlin

Comme prologue à la conférence, des incidents sanglants ont eu lieu à Berlin où les cheminots ont fait grève pour être payés en marks occidentaux. Les Russes ont fait cogner leurs policiers. Les gares occupées par les grévistes ont été prises et reperdues après des batailles rangées. La troupe britannique a dû intervenir. Le droit de grève est inconnu au paradis des travailleurs. Ces incidents cruellement ressentis dans toute l’Allemagne ne donneront pas des voix à la S.E.D. aux prochaines élections.

 

L’Extrême-Orient

Vychinski a, dès le premier jour de la Conférence, essayé d’élargir le débat et d’inclure les questions de Chine et du traité avec le Japon. Evidemment, parce que plus forts sur le terrain, il aurait fait volontiers quelques concessions apparentes aux Américains pour sauver la face en Allemagne. Mais, malgré les succès des communistes chinois qui viennent de prendre Shanghai sans coup férir, ceux-ci ne semblent pas obéir aux ordres de Moscou quand il s’agit de défendre leurs intérêts et leur attitude à l’égard des étrangers montre qu’ils entendent conserver leur liberté d’action et traiter directement avec les Anglo-Américains.

 

En Grèce

Les Soviets ont révélé qu’ils avaient cherché aussi à faire monnaie de la rébellion grecque. Ils auraient négocié la reddition des partisans qui sont à bout de souffle, en échange du départ des forces anglo-américaines. Ils auraient eu le champ libre pour intriguer à l’intérieur plus facilement que par une action militaire qui est vouée à l’échec. Mais les Américains se sont abrités pour refuser, derrière le gouvernement d’Athènes seul qualifié pour résoudre le problème de la guerre civile. Les Russes n’ont pas insisté.

On a remarqué aussi que les attaques contre les gouvernements Norvégien et Suédois et même la campagne contre la « réaction finlandaise » ont cessé. Au sujet d’un officier Russe qui s’est échappé avec son avion à Stockholm, les autorités soviétiques n’ont pas pris une attitude agressive. Tout cela indique qu’à Moscou on se résigne, sous la pression des nécessités économiques, à faire bonne mine aux Pays occidentaux. De là à un accord, il y a encore du chemin.

 

En Angleterre

Le gouvernement Travailliste est sérieusement inquiet : les statistiques de l’exportation en mai seraient, paraît-il, encore plus mauvaises que celles d’avril et Sir Stafford Cripps a eu des entretiens avec Harriman pour discuter évidemment du taux de la Livre. D’autre part, pour rassurer l’électeur des classes moyennes, le parti Travailliste épure ses rangs. On a expulsé du parti le plus bruyant et le plus influent des cryptocommunistes, Ziliacus, et dans les administrations et même parmi les secrétaires parlementaires, des coupes sombres ont été faites parmi ceux qu’on soupçonne de sympathies pour les Rouges. Enfin, dans la crainte d’une dépression économique au cours de l’automne, l’aile Morrison lutte pour obtenir des élections générales en octobre. Mais Attlee résiste à cette tentation. Qui l’emportera ?

 

                                                                                  CRITON  

Criton – 1949-05-21 – Appréhensions

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-21 – La Vie Internationale.

 

Appréhensions

 

Le 23 Mai, Acheson, Bevin, Schuman, Vychinski ouvriront les discussions officielles. Des pourparlers préparatoires se poursuivent à Paris. Les trois Alliés de l’Ouest cherchent à former un front commun contre les manœuvres soviétiques pour les diviser. A mesure que la date fatidique approche, les difficultés d’un accord à quatre semblent grandir. Le fossé creusé entre l’Ouest et l’Est est si profond, qu’en supposant que Russes et Américains aient un véritable désir d’aboutir à un règlement ou tout au moins à une trêve, la force des choses les en empêcherait.

Il en est de la vie des Nations comme des événements privés. On ne peut revenir en arrière. Un moment est venu où il est trop tard. La bonne volonté n’y peut rien. Toujours, lorsque cette heure est arrivée, les chefs de peuples effrayés même les plus extravagants, cherchent une issue pacifique : ils n’en trouvent pas. Qu’on se rappelle, en 13, le voyage de Poincaré à Moscou ; en 38, la mission de Lord Derby chez les Sudètes.

 

Les Difficultés du Problème Allemand

Comme  nous l’avons déjà dit, un accord sur l’Allemagne suppose l’unification des quatre zones. Or l’intégration de la zone soviétique est matériellement impossible. Le pays est ruiné, épuisé, vidé de ses ressources ; ouvrir la barrière c’est laisser s’engouffrer dans cette région tout ce que les trois zones de l’Ouest, avec tant de peine, ont réussi à reconstituer. C’est pour toute l’Allemagne le retour aux conditions terribles de 45 et les Allemands, si attachés qu’ils soient à l’unité nationale, n’en veulent pas.

Il faudrait, pour recoudre l’Allemagne que les Etats-Unis fassent les frais de la reconstruction de la zone Russe. Mais comment faire voter les crédits qui sont énormes ; l’atmosphère du Congrès américain interdit d’y songer. Par ailleurs, le Gouvernement français s’accommode du partage de l’Allemagne et ne souhaite pas que les négociations à quatre rétablissent l’unité du Reich. La fin de l’occupation, aussi, fait reparaître le spectre du pangermanisme. Les Anglais craignent par-dessus tout la participation de la Russie au contrôle de la Ruhr. Les trois Alliés se méfient d’ailleurs les uns des autres. Entre soi, à grand peine, on arrive à s’entendre, mais en présence des Russes, les divergences d’intérêts et de points de vue peuvent éclater.

 

Côté Russe

On est toujours aussi peu fixé sur les intentions soviétiques. Ils ont fait voter leurs Allemands en leur demandant s’ils voulaient la paix et l’unité du Reich, la liberté et la démocratie, étant sous-entendu que s’ils répondaient oui, cela voudrait dire « vivent les Soviets ». Le procédé a un peu trop servi, et un bon tiers des Allemands ont trouvé moyen de dire non, ce qui, sous l’œil des soldats rouges, est un succès sans précédent.

Le résultat parait si étonnant qu’on se demande si les Soviets n’ont pas organisé le vote pour prouver au monde qu’ils savaient le cas échéant tolérer des élections libres où le 99.99% en faveur du régime n’est pas de rigueur.

Par ailleurs les Russes ne renoncent pas aux tracasseries policières et administratives à Berlin où, un jour ils arrêtent cinq cents camions pour des questions de papiers, un autre ils invoquent un règlement pour interdire à certaines marchandises le transport par chemin de fer. Des denrées périssables destinées à Berlin pourrissent ; des marchandises sont transbordées deux fois ; on entretient la mauvaise humeur. Dans quel but ?

 

A l’O.N.U.

Cette malheureuse institution qui a succédé à la S.D.N. reflète bien la défiance, la malignité, l’égoïsme étroit qui président aux relations internationales.

A la S.D.N., il y avait de grands hommes ; à l’O.N.U., des hauts parleurs ; à la S.D.N. il y avait les intrigues, les combinaisons, les traquenards, mais aussi une certaine cordialité de bonne compagnie d’où sortait parfois un geste de solidarité. Rien de tel à l’O.N.U. ; chaque nation y plaide sa cause à fond, cherchant à se donner de l’importance en se singularisant, et surtout en faisant échec aux projets des grands ; sans parler des Soviets qui mettent systématiquement des bâtons dans les roues et transforment toutes les propositions de leurs vis-à-vis en manœuvres impérialistes, si bien que les grands problèmes dont la solution presse sont écartés.

C’est ce qui s’est passé ces jours-ci pour les Colonies Italiennes et les relations avec l’Espagne. Bevin et Sforza étaient arrivés à conclure un accord, événement tellement miraculeux qu’il méritait un feu d’artifice. L’assemblée de l’O.N.U. l’a flanqué par terre et tout est à recommencer à la prochaine session !

Plusieurs pays d’Amérique latine, avec l’appui tacite des Etats-Unis, voulaient qu’on reprît avec l’Espagne, peu à peu, des relations normales ; l’Assemblée s’y est opposée. Le lendemain, on criait « A bas la France » à Madrid. Le Gouvernement Français n’y est pour rien. Chacun sait combien la France et l’Espagne souffrent de cette rupture.

Et l’O.N.U., n’est-ce-pas, a été constituée pour réconcilier entre eux les gouvernements et les peuples.

 

Angleterre

On sonne l’alerte dans le camp travailliste ; 1.089 sièges perdus aux élections municipales au profit des Conservateurs. L’opposition jubile, les mécontents élèvent le ton. On signale la révolte des sages-femmes et des mécaniciens dentistes, et dire qu’il va falloir après tant de démentis dévaluer la Livre.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-05-14 – Anecdotes

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-14 – La Vie Internationale.

 

Anecdotes

 

Le blocus est levé à l’heure dite. Les Alliés attendent de pied terme « l’offensive de paix ». Quel contraste cependant entre cette intention de négocier que les Soviets manifestent et le déchainement des passions chauvines, militaristes et xénophobes en Russie : guerre des ondes, discours agressif et injurieux de Gromyko à l’O.N.U.,  articles venimeux, caricatures, films provocateurs, Moscou se surpasse. Jamais Guillaume II ou Hitler n’ont si bien préparé un peuple au combat. Qu’en conclure ?

 

Notre Sentiment

A notre avis tout personnel, au début des approches Russo-Américaines en février, le Politburo avait l’intention de liquider au mieux la situation européenne qui tournait mal, comptant que les Anglo-Saxons feraient des concessions pour obtenir un « modus vivendi ». L’on pourrait ainsi consolider les conquêtes à l’ouest. Mais le Politburo a compris depuis qu’il n’avait rien à attendre des Américains, encore moins des Anglais, que même les Français renonçaient à leur rôle de médiateur éventuel, et que les Allemands craignaient leurs cadeaux.

Les Soviets avaient perdu la confiance des hommes avec lesquels ils négociaient ; la levée du blocus était aux yeux des Américains l’aveu d’une défaite et le succès du ravitaillement aérien. Ce qui a dû déconcerter Moscou, c’est l’empressement des Allemands à boucler la Constitution de Bonn dès qu’ils ont craint un accord sur l’unité du Reich. Les Russes ne se font plus d’illusion. S’ils poursuivent la négociation, c’est pour s’en servir comme instrument de propagande. Mais là encore, ils se trompent : l’affaire de Bonn est significative. Quoi que fassent les Soviets, ils ne seront ni crûs, ni suivis, et même si, par impossible, ils étaient de bonne foi, on chercherait encore quelle ruse se cache là-derrière.

A trop mentir ……

 

Anecdotes

Amusante, la guerre des ondes : la Voix de l’Amérique lançait deux émissions par jour en Russe : informations et causeries. Moscou se mit à les brouiller. Washington riposta en émettant 24 heures sur 24 en se servant de postes aux longueurs d’ondes variées, de telle sorte que les Russes ne pouvaient les brouiller toutes, et qui mieux est, plusieurs émissions de Moscou furent paralysées par un procédé mystérieux … on attend la conclusion.

La bataille de Stalingrad, nouveau film super-patriotique déforme l’histoire sans vergogne. On y voit Churchill et Harriman ( !) complotant contre l’Union Soviétique et refusant à Staline l’ouverture du second front. Qu’en penseraient les milliers de marins anglais morts dans l’Arctique coulés par les torpilles allemandes pour envoyer des munitions aux défenseurs de Stalingrad ?

Vassilevski à Moscou, un article de Sokolovski dans la « Pravda », niaient l’aide anglo-américaine aux Russes en guerre. L’ambiance est pénible.

 

 Colonies Italiennes

Les négociations des quatre à Paris auront, par avance, un autre résultat inattendu : la conclusion d’un accord Anglo-Italien sur les colonies. On ne pouvait laisser le gouvernement de Gasperi sans un succès diplomatique. La question des colonies, irritante pour l’opinion italienne, servait d’aliment à la propagande communiste. L’égoïsme et l’impérialisme britanniques étaient dépeints avec des couleurs par trop véridiques. Les Américains ont fait pression sur Bevin ; les Italiens ont accepté un accord qui n’est pas très avantageux pour eux, mais semble le maximum de ce qu’ils pouvaient espérer. Ils resteront à Tripoli, et les Anglais garderont Tobrouk. Quand en 1945 Churchill affirmait que l’Angleterre ne revendiquait pas un pouce de territoire étranger, nous avions écrit : « Oui, sauf Tobrouk ». Comment un Anglais résisterait-il à une si belle rade ?…

Les Italiens gardent aussi la Somalie. Ils ne seront pas tout-à-fait exclus de l’arrangement sur l’Erythrée ; la France conserve le Fezzan conquis par Leclerc ; à Rome, on évite d’en parler puisque les relations Franco-Italiennes sont bonnes.

 

Le Problème Economique

Les craintes que nous émettions sur le maintien des exportations britanniques n’ont pas tardé à être justifiées. Pour avril, la baisse est importante et Sir Stafford est inquiet. S’il n’y a pas de crise économique dans le monde, néanmoins la tendance est descendante.

Aux Etats-Unis, les prix baissent, le chômage est appréciable. En économie libre, force est alors aux entreprises qui veulent survivre de comprimer leurs frais, d’exiger aussi un rendement maximum de leur personnel. Les travailleurs qui faisaient grève en temps de prospérité pour participer aux bénéfices du patron font des sacrifices pour garder leur emploi. Mais les prix baissant aux Etats-Unis, les pays à économie étatique qui ne peuvent baisser les leurs, sont incapables d’exporter aux Etats-Unis où la main-d’œuvre a un rendement double ou triple. Et malgré ces difficultés évidentes, on signale en Angleterre des grèves pour le relèvement des salaires ! Les statistiques des prochains mois décideront de l’expérience travailliste.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-05-07 – Les Deux Faces

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Le Courrier d’Aix – 1949-05-07 – La Vie Internationale.

 

Les Deux Faces

 

C’est fait : le blocus de Berlin va être levé, et malgré leur défiance, les Berlinois se réjouissent. On se hâte de préparer les convois qui bientôt vont franchir les barrières. La levée du blocus était la condition mise par les Américains à une reprise des conversations à quatre. Ils ont réussi. Elles vont commencer.

 

A Londres

On se montre à Londres plutôt inquiet de la tournure des événements. D’abord les Anglais se plaignent de ne pas avoir été invités aux conversations préliminaires Jessup-Malik. On craint que les Américains, et surtout le président Truman, ne tombent dans les pièges de la diplomatie soviétique.

A Paris également, on regrette de voir remettre en question des accords que l’on avait eu tant de peine à conclure. On aurait préféré mettre debout le nouvel état Allemand, régler les modalités du prêt-bail militaire quitte à voir ensuite si les Russes sont disposés à céder. On voit dans cette hâte soviétique le signe d’un embarras qu’il eut été préférable de laisser s’aggraver. Mais les Américains ont jugé qu’on ne pouvait se dérober si les conditions exigées des Russes étaient remplies.

Les Anglais ont exigé que les conversations s’engagent sur des points précis, dans l’ordre, et que le problème allemand ne soit pas traité dans son ensemble, mais par questions successives. On ne veut pas à Londres être amené à des décisions générales dont la portée échappe comme cela s’est produit à Postdam et à Yalta. On ne veut, ni de l’évacuation militaire de l’Allemagne, ni du contrôle soviétique sur la Ruhr. Et le gouvernement Français pense de même.

 

Le Départ de Clay

Le général Clay s’en va. Depuis trois ans il tient bon, malgré l’inimitié furieuse des civils contre ce militaire qui en Allemagne a gouverné à sa guise en proconsul, sans prendre avis de la Maison Blanche. Après Forrestal et Draper, le fameux « Pentagone » est abattu. Il n’est pas sûr que ce soit pour toujours. Ses succès et son autorité auraient pu lui permettre de tenir encore, mais ce sont les fédérations du travail qui ont exigé son départ. Les organisations ouvrières ont pris pied dans la politique américaine et Truman les écoute. Clay était pour elles l’homme des trusts qui recevait les magnats de la Ruhr et les anciens nazis, et voulait leur rendre leurs usines. Cédant aux Syndicats et à la pression anglaise, Truman a promis aux ouvriers américains que les camarades allemands auraient une part dans la gestion des entreprises. Ils seront la majorité parmi les administrateurs de la Ruhr.

A Londres et à Washington, on espère que ces socialistes sauront fonder une république allemande démocratique et constitueront le plus sûr rempart contre l’assaut du communisme. On comprend assez que les syndicalistes appelés à diriger l’évolution sociale de l’Allemagne de l’ouest, ne voient pas d’un bon œil l’unification de l’Allemagne, ce qui les mettrait aux prises avec leurs rivaux communistes.

 

Les Vues Soviétiques

Côté Russe, une chose est claire. Ils voudraient bouleverser le dispositif stratégique établi  par les Américains en Allemagne, et les obliger à se retirer derrière le Rhin, les éloigner ainsi des frontières de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, contraindre les constituants de Bonn à reconsidérer leurs projets et reprendre  leur place dans les conseils de la nouvelle Allemagne en laissant jouer leurs partisans.

Il y a, d’autre part, un contraste frappant entre cette négociation qui se donne l’air d’un rapprochement, et les paroles prononcées à Moscou. La Fête du 1er mai a été l’occasion d’une parade militaire record ; le maréchal Vassilevski a fait un discours violent où pour la première fois les Américains sont accusés de vouloir la guerre. Les préparatifs militaires des Soviets ont pris brusquement une allure précipitée. D’importants déplacements de troupe ont eu lieu vers la Pologne où de nouveaux aérodromes sont en préparation, là et le long des côtes baltes.

Parallèlement, les changements de personnel dirigeant en Pologne, Roumanie et Bulgarie ont enlevé à ces pays toute souveraineté ; ils sont purement et simplement annexés. Tous les ordres viennent de Moscou. Une prochaine étape verra le système s’étendre à la Hongrie et à la Tchécoslovaquie.

Enfin, le contrôle intérieur du Politburo a été simplifié et renforcé. Le pouvoir central s’étend jusqu’aux confins des pays satellites ; la censure et les consignes policières ont pris une vigueur encore inconnue. Les commandements militaires ont été réorganisés, les armées divisées en secteurs éloignés pour parer aux attaques atomiques, et de grosses réserves de matières stratégiques ont été achetées sur les marchés mondiaux.

Tout cela est connu à Washington où cependant on tient à se montrer optimiste. Si Staline veut venir à Paris, Truman y viendra. Même si l’on croit l’accord impossible, il ne faut pas porter la responsabilité d’un échec. La discussion promet d’être serrée et fertile en péripéties. Nous y sommes habitués.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-04-30 – Espérances et Illusions

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-30 – La Vie Internationale.

 

Espérances et Illusions

 

Les négociations Russo-Américaines sont maintenant officielles. Une réunion des quatre ministres des Affaires Etrangères aura lieu à bref délai. La levée du blocus de Berlin et du contre-blocus de la zone orientale paraît décidée. Cette nouvelle a éveillé de grands espoirs. On voit déjà la paix assurée. Il faut se garder de cet excès d’optimisme. Les Russes, aux prises avec des difficultés croissantes en Europe, cherchent à consolider leurs positions à moindres frais. Les Anglo-Saxons ne peuvent, sans risque d’être accusés d’intentions belliqueuses, se dérober à la conversation. De là à un accord général, il y a loin.

 

A Bonn

L’objectif principal des Russes était de retarder et si possible d’empêcher, l’accord des Allemands et des Alliés sur la constitution de l’Allemagne occidentale. Tout au contraire, cet accord qui paraissait problématique à cause de l’opposition de Schumacher est aujourd’hui chose faite. Les Soviets ne pourront pas éviter que se constitue un état allemand occidental.

C’est qu’en réalité, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les hommes politiques allemands ne tiennent pas à l’unification de leur pays dans l’état présent, les socialistes surtout. Ils savent qu’un accord des quatre ouvrirait les portes à l’influence communiste et leur ferait perdre de leur clientèle. Economiquement, les zones occidentales qui bénéficient de l’aide américaine et sont en pleine reconstruction, se verraient adjoindre la zone orientale, complétement pillée, où s’engouffreraient leurs ressources. Le niveau de vie de ces pays baisserait.

Si paradoxal que cela semble, les politiciens allemands et même les populations de l’ouest se trouvent très bien du contre-blocus et ne souhaitent pas que tombe le rideau de fer. Calcul égoïste qui peut surprendre qui les entend parler chaque jour de l’unité allemande. C’est cependant un fait. C’est pourquoi la Constitution de Bonn va être adoptée et sera certainement votée par le peuple. L’intervention russe aura hâté les choses.

 

L’Opinion

A lire les journaux anglais et américains, on sent très bien la méfiance qu’inspire l’initiative soviétique. On fera quelques concessions pour obtenir la levée du blocus de Berlin dont le ravitaillement aérien est, quoi qu’on en dise, une entreprise difficile et coûteuse, mais on ne semble pas décidé à aller très loin. Washington a son but qui est la libération de l’Europe orientale du joug soviétique. Un accord étendu enlèverait tout espoir aux forces souterraines qui minent le pouvoir établi en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Hongrie. Ces forces, chaque jour plus actives, reçoivent des Anglo-Saxons un appui croissant. C’est pourquoi, il faut se garder de croire que les Russes pourront obtenir un « modus vivendi » qui leur permettrait de consolider leur pouvoir en Europe au moment où il commence à chanceler. Ils s’y prennent trop tard.

 

En Chine

L’affaire du Yang-Tsé où des navires anglais ont été bombardés par des batteries communistes est là, s’il était besoin, pour rappeler aux Anglo-Saxons que l’hostilité de l’Est ne désarmera pas. Les Américains se taisent parce qu’ils savent que Tchang-Kaï-Chek a perdu la partie et que ce qui reste de ses armées est incapable d’arrêter les forces communistes. Il semble même qu’aucune résistance sérieuse n’interviendra. La perte de Shanghai est pour les puissances occidentales un événement très pénible. Perte morale et matérielle de première grandeur.

La victoire finale des communistes va poser aux Français et aux Anglais des problèmes redoutables. Washington paraît assez confiant cependant. Ce n’est pas un mystère que les Américains, depuis près de deux ans, entretiennent avec les communistes chinois des relations qu’on ne dit pas si mauvaises. Marshall, avant d’être secrétaire d’Etat, les avait approchés et l’on pense qu’un accommodement sera possible. Les Rouges auront de telles difficultés économiques et financières à résoudre après leur victoire qu’ils ne pourront pas se permettre de faire fi de l’aide américaine, et la Russie ne peut rien pour eux.

 

Le Congrès de la Paix

La nouvelle politique soviétique a été appuyée par le Congrès communiste des partisans de la paix qui s’est tenu à Paris comme une réplique de propagande au procès Kravchenko.

Singulier congrès de la paix, où l’on a acclamé le délégué des communistes chinois au jour de la grande bataille contre les Nationalistes et les navires anglais. Si fanatisés que soient les délégués, certains n’ont pu se défendre d’un certain malaise et l’opinion qu’on voulait entraîner n’a pu retenir quelques quolibets.

Il n’y a que le ridicule qui tue et l’énorme imposture du bolchevisme commence à paraître plus grotesque que redoutable. C’est ce que les agents du Kremlin rapportent chaque jour à leurs maîtres. L’impérialisme russe est un instrument de conquête et d’asservissement comme il y en a tant d’exemples dans l’histoire ; l’idéologie n’y change rien. Rien n’empêchera non plus que cet empire fondé par la force ne subisse le sort de ceux qui l’ont précédé.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-04-23 – Nouvelle Phase

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Le Courrier d’Aix – 1949-04-23 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Phase

 

Les rumeurs se précisent. Les Soviets offrent de lever le blocus de Berlin si les Américains renoncent au contre-blocus de la zone orientale. L’intérêt des Russes est évident ; le blocus de Berlin est inutile. La zone d’occupation soviétique privée des échanges avec l’ouest, s’asphyxie peu à peu. Une offre de négociations passera pour un geste de conciliation qui accompagnera bien le congrès des pacifistes communistes qui se tient à Paris, et surtout peut encourager les allemands qui élaborent la constitution de Bonn à retarder leur décision.

L’Etat d’Allemagne occidentale dont la formation inquiète les Russes pourrait être remis en question. On pourrait enfin faire ainsi pression sur le Sénat américain pour qu’il ajourne la discussion du prêt-bail d’aide militaire à l’Europe. La démarche soviétique présente tant d’avantages qu’on était sûr qu’elle serait tentée.

Les Anglo-Saxons s’y étaient préparés et jusqu’ici semblent l’accueillir avec méfiance et précaution. Ils craignent que les Soviets, en proposant un règlement général du problème allemand ne les mettent en mauvaise posture devant l’opinion mondiale que l’éventualité d’une guerre inquiète. Ils redoutent surtout que la conséquence d’un accord ne soit le retrait des forces militaires d’occupation en Allemagne, ce qui laisserait l’Europe occidentale à ses propres moyens, ouverte à l’invasion. Tout fait prévoir que de part et d’autre, on va jouer serré. S’ils veulent aboutir, les Russes devront faire des concessions telles que leur prestige pourrait en souffrir. On ne peut prévoir s’ils désirent un accord à tout prix ou simplement ressaisir l’initiative diplomatique. Nous ne serons pas fixés avant longtemps.

 

La Politique Intérieure Anglaise

Il n’est pas trop tard pour parler du résultat des élections municipales anglaises qui ont eu un grand retentissement. Les Travaillistes qui venaient de remporter des succès ininterrompus aux élections partielles législatives ont été battus par les Conservateurs. A Londres même, ceux-ci sont à égalité de sièges avec leurs adversaires avec un nombre de voix supérieur.

On croit pouvoir attribuer cet échec socialiste au budget de Sir Stafford Cripps toujours plus écrasant pour le contribuable, et à la poursuite de la politique d’austérité dont on ne voit pas le bout. Peut-être est-ce aussi, (s’ajoutant à la lassitude du peuple anglais) un aspect du mouvement général vers la droite qui caractérise l’évolution de l’opinion depuis que le communisme est en baisse. De plus, le succès du plan Marshall a montré, avec éclat, l’efficacité des méthodes libérales de la production américaine et par les récents discours, l’attachement du monde ouvrier des Etats-Unis à la libre entreprise. Nous avons dit souvent que l’échec ou le succès de l’expérience travailliste était le problème capital de l’heure. L’avenir de l’organisation économique et sociale du monde en dépend.

Pour le moment, le Gouvernement Attlee, à un an des élections, subit des critiques fondées : l’électeur s’aperçoit que le socialisme coûte cher. Pour le payer, il faut travailler plus et mieux, produire et encore produire, et malgré cet effort, se priver.

Un autre danger menace. Le socialisme n’est pas maître du prix de revient industriel. Les charges sociales, l’intangibilité des salaires interdisent de le réduire sensiblement. Si les prix mondiaux baissent et l’abondance reparaît, la concurrence joue et les exportations britanniques pourront décroître parce que les produits anglais se trouveront trop chers. Le chômage recommencerait et ce serait la fin du travaillisme élu par crainte du chômage.

Les Américains verraient sans doute sans déplaisir un recul de l’exportation britannique qui s’est emparée de beaucoup de marchés qui appartenaient à l’Allemagne et au Japon, et qui doit s’accroitre encore beaucoup pour que l’Angleterre puisse se suffire à la fin de l’aide Marshall.

 

En Chine

Les négociations entre Nationalistes et Communistes chinois paraissent tantôt en bonne voie et tantôt près d’être rompues. La fin de la guerre civile n’est pas encore en vue, à moins d’un succès total des rouges. Il est assez curieux de constater que, sauf les malheureux chinois, personne n’est très pressé de voir finir cette lutte qui dure depuis quatre ans.

Les Russes dont l’intérêt apparent était de soutenir à fond Mao Tsé Toung, ont été d’une prudence significative. Ils savent bien qu’ils ne seraient pas les maîtres d’une Chine pacifiée rendue à son destin. Ils ont profité de la faiblesse de Nankin pour annexer les deux Mongolies et s’infiltrer très avant dans le Turkestan chinois. Ils travaillent le Tibet et peu à peu s’approchent de l’Inde. Une Chine forte et nationaliste pourrait leur demander des comptes.

De leur côté, les américains et les Européens ne voient pas d’un meilleur œil la constitution d’une grande Chine qui deviendrait le pôle d’attraction de tous les Nationalismes asiatiques, ce qui explique l’intransigeance du gouvernement de Nankin, comme les dissensions entre les dirigeants de Pékin. La guerre civile sert beaucoup d’intérêts et en particulier des intérêts chinois. L’occasion d’en reparler ne manquera point.

 

Divers

D’autres événements retiennent l’attention.

Le projet de partage des terres en Italie mis en avant par le ministère de Gasperi, réforme sociale hardie et généreuse qui lèse beaucoup de situations acquises, mais qui est indispensable à la pacification sociale de la péninsule.

Enfin, on se perd en commentaires et en questions sur la lessive magistrale qui se poursuit dans les milieux dirigeants des satellites de l’U.R.S.S. Après celui de Kostov, le départ du vieux Dimitrov de Bulgarie. Le bouleversement ministériel en Roumanie qui met la terrible Anna Pauker à la tête du pays. Tito a partout des partisans et des émules. Moscou serre les écrous. L’ordre règne à Sofia et à Bucarest comme il régnait et règne encore à Varsovie.

 

                                                                                  CRITON