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Le Courrier d’Aix – 1949-06-25 – La Vie Internationale.
Après la Conférence
Bien que vieux de plus de huit jours, nous demandons au « Courrier d’Aix » de publier le commentaire qui n’a pu paraître samedi. Depuis, la Conférence de Paris a enfin conclu. Le bilan est obscur dans les termes. Sur le problème allemand, rien n’est arrêté, mais les négociations reprendront. L’ambiance est restée favorable ; personne ne voulant rompre ni céder, on se quitte avec le sourire et des paroles d’espoir. Sur la question autrichienne, on fait entendre qu’on pourra signer vers la fin de l’année. Les Alliés semblent avoir fait aux Russes des concessions considérables, sans doute pour les obliger, si l’on conclut définitivement, à retirer leurs troupes de Roumanie et de Hongrie. Les Autrichiens paraissent plutôt satisfaits ; ils voient venir la fin de l’occupation directe et les revendications de Tito sont écartées. Mais tout cela n’est encore que projet.
Trois Aspects de l’Heure
Les amateurs de coup de théâtre attendent au dernier jour de la Conférence des Quatre, des propositions nouvelles de Vichinsky. Nous ne le pensons pas, à l’heure où nous écrivons, qu’il en puisse être question. Cependant on était sûr, dès les premiers contacts, que les Russes voulaient éviter une rupture à laquelle personne du reste n’a intérêt. On entendra Vychinski formuler des plans dont on confiera l’examen à des suppléants et à des experts et l’on voit se dessiner une chaine de conférences futures, probablement aussi stériles que celle-ci mais qui permettront, à mesure que la situation évolue, d’adopter les dispositions diplomatiques, et si cela devenait un jour indispensable, de jeter les bases d’un accord limité. Car les Russes ne sont pas sûrs de pouvoir tenir indéfiniment leur front européen sur les lignes actuelles.
Les Résultats
Comme l’a bien exprimé Acheson, le résultat positif de la conférence, ce n’est pas l’accord des Quatre, mais celui des Trois. Une harmonie parfaite n’a cessé d’être maintenue entre Bevin, Schuman et le ministre américain qui tenait le premier rôle, et ce fait est d’importance.
Pour le reste, on est pratiquement à zéro. Tout au plus faudra-t-il trouver un modus vivendi précaire pour Berlin et un système d’échange entre la trizone et la zone soviétique ; échanges que souhaitent les Allemands de l’Ouest, en quête de débouchés pour leur industrie croissante, et aussi les Anglo-Américains, les uns pour détourner une concurrence naissante vers les marchés secondaires, les autres pour soulager leur budget. Encore que ce courant commercial interallemand ne peut-il être que limité ; la zone russe n’a rien à vendre et tout à acheter, et les réserves de marks occidentaux des allemands de l’Est seront vite épuisées. Et faute d’un contrôle sur le Mark occidental, les occidentaux ne pourront accepter cette douteuse monnaie.
Concluons : une accalmie sur le front allemand paraît probable, au moins pour quelques temps. On a évité la rupture et aussi un accord qu’Anglais et Allemands de l’Ouest redoutaient plus encore. A peine le peuvent-ils dissimuler.
La Chine
Le théâtre européen, d’ailleurs, perd de son importance. La lutte pour la Chine depuis l’effondrement nationaliste devient un problème de plus en plus grave, et de plus en plus urgent pour les Etats-Unis. Des contacts et des conversations indirectes se poursuivent avec les émissaires de Mao Tsé Toung. Les Américains ont un atout majeur : sans leur aide financière, la reconstruction de la Chine est impossible. Ils en ont trois autres, mineurs mais sérieux.
D’abord, l’Ile de Formose où Tchang s’est réfugié et que les Etats-Unis, pour des raisons stratégiques, ne peuvent abandonner. Sans Hong-Kong et Formose, l’indépendance de la Chine n’est qu’illusoire. Deuxièmement, il y a au Sud, la province de Kangxi ; c’est le fief du président actuel de la Chine, Li, et de son habile général, Pai. Le pays leur est fidèle et leur armée solide ; la contrée est de pénétration difficile. Cette région peut tenir longtemps.
Enfin, il y a le Yunnan qui couvre l’Indochine et toute l’Asie du Sud-Est, qui est inaccessible aux armées d’invasion. Le Yunnan est en pleine anarchie ; les bandits y pullulent mais une réorganisation est possible grâce aux éléments anti-communistes. Dans les deux cas, c’est une question d’argent, et les Américains, s’ils n’arrivent pas à un accord satisfaisant avec Mao Tsé Toung, peuvent à un prix relativement modéré, couvrir la Chine du Sud et prolonger la guerre civile.
C’est une impérieuse nécessité pour les occidentaux de ne pas laisser découverte la frontière Nord des pays sous contrôle européen. Si une maille filait de ce côté, toute l’Asie serait perdue, même le Japon. Le front des trois grands paraît beaucoup plus solide ici qu’il n’a jamais été. La politique soviétique a fait de l’Alliance Franco-Anglo-Américaine une réalité efficace qui rachète bien des malentendus.
Après le Congrès de Blackpool
Revenons aux problèmes économico-politiques dont l’importance, nous le répétons, croit chaque jour. Les Travaillistes anglais comptent pour sauver leur avenir politique sur le concours des organisations ouvrières américaines. La crise économique mondiale dont on ne peut plus nier la gravité, si elle rend difficile et peut rendre même intenable la politique financière et économico-sociale des travaillistes, peut aussi amener aux Etats-Unis une transformation complète des relations du capital et du travail. Une crise de l’ordre de celle de 29-32 porterait au régime capitaliste un coup terrible, peut-être mortel. La démocratie sociale et étatiste à la manière britannique pourrait être imposée par les circonstances au monde américain et déjà depuis l’élection de Truman, les contacts se sont multipliés entre syndicalistes de deux côtés de l’Atlantique.
Les Travaillistes, autrefois anti-américains, voient le salut dans la coordination des politiques des travailleurs des deux pays. Comme nous l’avons dit, l’avenir politique du monde dépend moins du conflit Russo-Américain qui se terminera fatalement par un recul du bolchévisme que de cette double échéance, proche désormais ; le résultat des élections anglaises de 50 et la résolution de la crise économique mondiale qui peut être une simple crise de déflation, mais aussi une crise gigantesque due aux difficultés d’équilibrer les échanges entre pays créditeurs et débiteurs. Et il semble qu’à Londres, on ne fait pas grand-chose pour rendre ces échanges plus souples.
La Persécution Religieuse en Tchécoslovaquie
L’Archevêque de Prague, Beran, va subir le sort du cardinal Mindszenty. Suivant les méthodes employées à Budapest, les communistes cherchent à éliminer l’Eglise Tchèque. La résistance sera plus forte. Observons avec attention les événements tragiques et douloureux. C’est de Prague que naîtront les grands événements de la prochaine histoire, comme pour Hitler, le coup de Prague a été la faute capitale du bolchévisme.
A Londres
Autre affaire d’importance : l’ajournement imposé par les Américains au traité de commerce anglo-argentin. Le problème de la Livre se pose de façon aiguë, et la position de Sir Stafford Cripps devient difficile, l’opinion anglaise s’émeut ; la crise, depuis longtemps prévue, commence.
A Bucarest
Enfin, de l’autre côté du rideau de fer, la disgrâce d’Anna Pauker en Roumanie est confirmée. Les communistes roumains avaient en Suisse utilisé à leur manière les fonds secrets du Kominform, et Moscou n’aime pas les révélations de ce genre. Les représailles sur les citoyens Suisses en Roumanie risquent de brouiller Berne et le Kremlin ; l’affaire est pleine de détails pittoresques. Il y a des profiteurs et des agioteurs dans tous les régimes ….
CRITON