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Le Courrier d’Aix – 1945-12-01 – Le Chemin de la Paix.
La Situation
Le rétablissement de la paix à l’intérieur comme à l’extérieur semble chaque jour plus difficile.
L’ampleur des grèves aux Etats-Unis pourrait bien compromettre la convalescence du monde ; l’agitation est plus ou moins évidente partout. Chaque peuple a perdu son assiette et ses habitudes.
Le Discours Bevin
Devant le persistant antagonisme entre Russes et Anglo-Saxons, l’inquiétude a gagné en Angleterre jusqu’à l’homme de la rue.
Bevin a répondu à ce sentiment en des termes qui coïncident avec ceux que nous exprimions nous-mêmes dans notre dernière chronique _ « Retour à la Sincérité ». Il a souhaité que les nations exposent franchement leurs ambitions et leurs besoins.
La Grande-Bretagne pour sa part est prête à montrer son jeu à quiconque lui reprocherait de tricher.
Il propose en outre la constitution d’un parlement de la paix dont les délégués seraient élus par les peuples qui, tous, maudissent la guerre. Le parlement aurait à sa disposition une justice et des armes. Il désignerait et réduirait l’agresseur.
L’idée en vaut une autre. Ces projets, malheureusement, souffrent d’avoir déjà été formulés après 1918. Plus de diplomatie secrète, une Société des Nations souveraine, etc. … En quoi n’a-t-on pas cru ?
Malgré leur sincérité on hésite à s’enthousiasmer pour de nouvelles tentatives, et pendant ce temps, la sombre lutte des rivaux continue.
Moyen et Extrême-Orient
La Russie, seule et sourde aux appels pacifiques, pousse avec frénésie vers ses buts.
La révolte organisée en Azerbaïdjan prépare l’annexion à l’U.R.S.S. Les Américains paraissent d’accord et les protestations anglaises manquent de conviction ; l’affaire était depuis longtemps résolue.
De même, en Mongolie intérieure, les Soviets ont déclenché une révolte du même modèle. Rien ne les empêchera d’absorber ce nouveau morceau de la Chine, cela aussi était accordé.
La guerre civile entre communistes et nationalistes se poursuit sans grands événements, particulièrement ardente aux abords de la Mandchourie ; les Américains suivent les troupes de Tchang-Kaï-Chek sur les talons. Des échauffourées ont eu lieu entre communistes et Américains.
Situation tendue en Corée, occupée par moitié par les Américains et les Russes.
Ceux-ci ont tenté dans la zone de leur partenaire une révolte-maison. Elle semble avoir été réprimée à l’aide de riz et de boîtes de conserve, argument dont les Russes manquent chez les peuples affamés.
En Indo-Chine, les Chinois se retirent à regret en pillant quelque peu pour se consoler.
Malheureusement la situation de 30.000 français dans le Nord demeure tragique. Rançonnés par les Chinois, affamés par les indigènes, ils attendent une délivrance difficile du courage de nos soldats.
Quelques-uns de nos malheureux compatriotes sont rentrés épuisés. Ils ont pu lire sur nos murs ce que certains français pensent de leur dévouement à la patrie. A peine sur notre sol, ils ont pleuré de dégoût.
L’Unité Allemande
Comme nous le faisions prévoir, une pression est exercée par les Anglo-Saxons pour nous faire consentir à la restauration de l’unité allemande.
La France cherche à obtenir que soit résolu d’abord le problème de la Ruhr et qu’on règle plus tard, le plus tard possible, le problème Rhénan.
Les Russes, dont nous espérions l’appui dans cette question, font cavalier seul. Ils ont déjà dans leur zone un gouvernement allemand. Joukov a offert à ses membres un grand banquet au terme duquel il a prononcé un discours très cordial et levé son verre « à la prospérité de l’Allemagne libre et démocratique ».
Une sorte de course s’établit à qui attirera le mieux à soi les sympathies allemandes. Russes et Anglais pensent avoir le moyen de disposer à leur avantage de la nouvelle Allemagne.
Il semble que les Américains soient moins pressés. Notre ambassadeur ne devrait pas avoir de peine à les persuader que l’unification et la libération économique même partielle de l’Allemagne créera un nouveau foyer d’intrigues et de conflits. Comme s’il n’y en avait pas assez !
L’argument anglais est que le compartimentage de l’Allemagne en zones fermées crée une situation économique catastrophique et accentue la misère de l’Europe.
On ne voit cependant pas comment pourraient s’entr’aider des régions qui ne se suffisent pas à elles-mêmes. Les vraies raisons de l’attitude anglaise sont ailleurs. Nous en avons dit un mot.
Les Elections
Les élections en Europe se poursuivent, les unes libres comme en Autriche où les catholiques ont triomphé sur un fort parti socialiste. Les communistes ont à peine figuré.
Les autres élections à l’orientale en Yougoslavie et en Bulgarie ont montré qu’il n’y avait pas d’opposition homogène et capable d’action ; où il n’y a pas d’esprit public, la tyrannie a beau jeu.
CRITON