Criton – 1945-12-01 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-01 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Le rétablissement de la paix à l’intérieur comme à l’extérieur semble chaque jour plus difficile.

L’ampleur des grèves aux Etats-Unis pourrait bien compromettre la convalescence du monde ; l’agitation est plus ou moins évidente partout. Chaque peuple a perdu son assiette et ses habitudes.

 

Le Discours Bevin

Devant le persistant antagonisme entre Russes et Anglo-Saxons, l’inquiétude a gagné en Angleterre jusqu’à l’homme de la rue.

Bevin a répondu à ce sentiment en des termes qui coïncident avec ceux que nous exprimions nous-mêmes dans notre dernière chronique _ « Retour à la Sincérité ». Il a souhaité que les nations exposent franchement leurs ambitions et leurs besoins.

La Grande-Bretagne pour sa part est prête à montrer son jeu à quiconque lui reprocherait de tricher.

Il propose en outre la constitution d’un parlement de la paix dont les délégués seraient élus par les peuples qui, tous, maudissent la guerre. Le parlement aurait à sa disposition une justice et des armes. Il désignerait et réduirait l’agresseur.

L’idée en vaut une autre. Ces projets, malheureusement, souffrent d’avoir déjà été formulés après 1918. Plus de diplomatie secrète, une Société des Nations souveraine, etc. … En quoi n’a-t-on pas cru ?

Malgré leur sincérité on hésite à s’enthousiasmer pour de nouvelles tentatives, et pendant ce temps, la sombre lutte des rivaux continue.

 

Moyen et Extrême-Orient

La Russie, seule et sourde aux appels pacifiques, pousse avec frénésie vers ses buts.

La révolte organisée en Azerbaïdjan prépare l’annexion à l’U.R.S.S. Les Américains paraissent d’accord et les protestations anglaises manquent de conviction ; l’affaire était depuis longtemps résolue.

De même, en Mongolie intérieure, les Soviets ont déclenché une révolte du même modèle. Rien ne les empêchera d’absorber ce nouveau morceau de la Chine, cela aussi était accordé.

La guerre civile entre communistes et nationalistes se poursuit sans grands événements, particulièrement ardente aux abords de la Mandchourie ; les Américains suivent les troupes de Tchang-Kaï-Chek sur les talons. Des échauffourées ont eu lieu entre communistes et Américains.

Situation tendue en Corée, occupée par moitié par les Américains et les Russes.

Ceux-ci ont tenté dans la zone de leur partenaire une révolte-maison. Elle semble avoir été réprimée à l’aide de riz et de boîtes de conserve, argument dont les Russes manquent chez les peuples affamés.

En Indo-Chine, les Chinois se retirent à regret en pillant quelque peu pour se consoler.

Malheureusement la situation de 30.000 français dans le Nord demeure tragique. Rançonnés par les Chinois, affamés par les indigènes, ils attendent une délivrance difficile du courage de nos soldats.

Quelques-uns de nos malheureux compatriotes sont rentrés épuisés. Ils ont pu lire sur nos murs ce que certains français pensent de leur dévouement à la patrie. A peine sur notre sol, ils ont pleuré de dégoût.

 

L’Unité Allemande

Comme nous le faisions prévoir, une pression est exercée par les Anglo-Saxons pour nous faire consentir à la restauration de l’unité allemande.

La France cherche à obtenir que soit résolu d’abord le problème de la Ruhr et qu’on règle plus tard, le plus tard possible, le problème Rhénan.

Les Russes, dont nous espérions l’appui dans cette question, font cavalier seul. Ils ont déjà dans leur zone un gouvernement allemand. Joukov a offert à ses membres un grand banquet au terme duquel il a prononcé un discours très cordial et levé son verre « à la prospérité de l’Allemagne libre et démocratique ».

Une sorte de course s’établit à qui attirera le mieux à soi les sympathies allemandes. Russes et Anglais pensent avoir le moyen de disposer à leur avantage de la nouvelle Allemagne.

Il semble que les Américains soient moins pressés. Notre ambassadeur ne devrait pas avoir de peine à les persuader que l’unification et la libération économique même partielle de l’Allemagne créera un nouveau foyer d’intrigues et de conflits. Comme s’il n’y en avait pas assez !

L’argument anglais est que le compartimentage de l’Allemagne en zones fermées crée une situation économique catastrophique et accentue la misère de l’Europe.

On ne voit cependant pas comment pourraient s’entr’aider des régions qui ne se suffisent pas à elles-mêmes. Les vraies raisons de l’attitude anglaise sont ailleurs. Nous en avons dit un mot.

 

Les Elections

Les élections en Europe se poursuivent, les unes libres comme en Autriche où les catholiques ont triomphé sur un fort parti socialiste. Les communistes ont à peine figuré.

Les autres élections à l’orientale en Yougoslavie et en Bulgarie ont montré qu’il n’y avait pas d’opposition homogène et capable d’action ; où il n’y a pas d’esprit public, la tyrannie a beau jeu.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-11-24 – La Crise Française

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-24 – Le Chemin de la Paix.

 

La Crise Française

On prévoyait à l’étranger les difficultés du général de Gaulle. A Londres surtout, on en avait pesé les conséquences ; la décision de conclure avec les Etats-Unis des accords durables a été fonction de l’instabilité de notre situation.

Notre politique extérieure, comme c’est le cas depuis 1934, est à la merci d’un renversement toujours latent de la majorité parlementaire. Ce fut une des causes de la guerre et le principe de nos malheurs.

Dans les phases critiques de la vie internationale, comment conclure des accords durables avec un pays où tout peut être  demain remis en cause ?

De plus, la politique d’équilibre et de conciliation entre les puissances rivales que le général de Gaulle nous dit avoir choisie, tout à fait judicieuse en soi, n’est réalisable – si elle l’est – qu’assurée de durer. Un peu comme la neutralité suisse.

Qu’arriverait-il si l’on craignait que l’arbitre pût choir à tout moment dans les bras d’un des adversaires ? Cette politique suppose plus que toute autre, une unanimité nationale qui seule donne à un chef du gouvernement l’autorité morale.

Le prestige de la France ira en s’effaçant si tous les Français, comme les Anglais le font, ne se rallient pas à la politique extérieure voulue par la majorité, qu’ils l’approuvent ou non en pensée.

 

Le Problème Allemand

L’avenir de l’Allemagne, notre principal souci, s’ébauche de plus en plus en dehors de notre contrôle. Point n’est besoin d’être prophète pour prévoir de prochaines déceptions.

Secret ou non, un des termes essentiels des accords anglo-américains est la restauration de l’unité allemande.

A défaut d’une France incertaine, utiliser le potentiel allemand pour rétablir l’équilibre européen est une nécessité politique à laquelle l’Angleterre compte revenir. Elle prépare discrètement les voies.

 

Le Procès de Belsen

Tandis qu’en France de fâcheux et retentissants procès n’étaient qu’une parodie de justice indigne d’un peuple civilisé, les Anglais ont minutieusement réglé le jugement des criminels de guerre allemands, accordant aux plus odieux accusés les plus rigoureuses garanties de justice.

Cela dans un double but : convaincre le peuple allemand des crimes nazis qu’il prétend ignorer, justifier par des preuves irréfutables les souffrances qu’il subit, mais aussi donner à l’Allemagne l’assurance que le peuple anglais, même cruellement meurtri, demeure juste et ne se venge pas, que la conduite future du peuple allemand sera toujours équitablement appréciée.

Ce procès de Belsen, où quelques accusés ont été, soit acquittés, soit très légèrement punis, a exaspéré les Russes, et leurs agents à l’extérieur en ont fait écho. Ils y voient un premier pas vers une collaboration de l’Allemagne nouvelle avec les Anglo-Saxons, lointaine encore, mais plausible.

 

La Politique Russe

Un certain flottement, une certaine nervosité sont perceptibles à Moscou. La succession de Staline est ouverte : grave échéance.

Les civils, avec Jdanov et Beria, doivent l’emporter sur les militaires, à moins de sanglantes intrigues toujours possibles.

La situation de la Russie devient de plus en plus difficile à mesure que s’affirme le bloc Anglo-Saxon. L’U.R.S.S. répond par un nouvel effort militaire, l’invasion de l’Azerbadjian, une propagande redoublée pour exalter la force russe et ses armes nouvelles.

Cependant, un très curieux article intitulé : « Rien ne saurait nous brouiller avec la France », paru dans le journal de Moscou, insinue à notre endroit un brusque retour de sympathie. On pourrait avoir de nouveau besoin de nous.

Nous serions surpris, bien qu’à l’heure où nous écrivons il n’y en ait aucun indice, si nos communistes ne recevaient pas sous peu des instructions les invitant à la conciliation. Parions.

* * * * * *

Idéal et Impérialisme

Puisque nous en sommes à des problèmes généraux, nous voudrions répondre à une critique. Si nous dénonçons ici, par amour de la vérité, de façon un peu rude, les ruses de la politique internationale, ce n’est ni pour un malin plaisir, ni par mépris des hommes, ni par scepticisme systématique envers l’idéal qui s’exprime.

Nous savons que Messieurs Staline, Truman et Attlee veulent le bonheur de l’humanité, chacun à leur manière, dans le plus juste des mondes.

Mais nous ne pouvons pas nous empêcher de constater que ces idéaux généreux et contraires s’adaptent merveilleusement aux intérêts égoïstes des nations qu’ils représentent.

Pour nous, idéalistes mais clairvoyants, cette utilisation des valeurs spirituelles à des combinaisons pratiques est simplement odieuse. Cet art savant du mensonge qu’est la politique de notre temps fera rouler l’humanité abusée de guerre en guerre.

Il faudrait faire retour à la sincérité, apporter à la cause de la paix des sacrifices considérables et évidents. Ce serait la suprême habileté.

D’ici là, il convient que les esprits libres ne soient pas dupes. Nous y veillerons.

 

                                                                                                           CRITON

 

 

 

Criton – 1945-11-17 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-17 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Semaine de discours ; d’abord Molotov, puis Attlee, Bevin et Churchill. Le voyage officieux de ce dernier à Paris, le séjour du premier en Amérique, signifient que la politique anglaise a pris une décision.

On a beaucoup réfléchi à Londres, hésité entre une politique traditionnelle d’indépendance et d’équilibre, et celle du bloc anglo-américain. Celui-ci l’emporte.

Attlee va à New-York pour rassurer l’Amérique prévenue contre la politique économique et sociale des travaillistes.

Sauf accident, une série d’accords va suivre, dont le principal, le plus laborieux, est l’accord économique et l’emprunt de 4 milliards de dollars sur lequel discutent depuis des mois Keynes et Halifax.

 

Le Discours Churchill et Bevin

Derrière la phraséologie habituelle, on sent une conviction : L’Angleterre n’est plus assez forte pour être absolument libre. Il faut qu’une unité de vue et d’action permanente s’établisse avec les Etats-Unis.

Quant à la Russie, tandis que Churchill paraît croire à un « modus vivendi », Bevin a eu pour la Russie des mots durs qui laissent peu d’espoir d’un accord. Peut-être n’est-ce qu’une habileté ?

 

Le Discours Molotov

En l’absence toujours mystérieuse de Staline, Molotov a parlé. Une chose frappe : il n’est pas question de l’Europe.

Le problème européen à lui seul ne constitue plus un obstacle décisif à la paix, disions-nous : en s’emparant de l’Europe Centrale, les Russes, habilement autorisés par les Etats-Unis, ont assumé une tâche impossible. L’ours a donné dans le guêpier.

N’ayant rien à fournir à ces peuples affamés et ruinés, la Russie a ranimé les haines féroces qui couvent dans la famille slave, sans parler des Hongrois et des Roumains.

La politique du rideau de fer tiré de Trieste à Stettin n’a plus guère de chances ; la manne américaine peu à peu devra ranimer l’Europe Centrale exsangue. Les peuples auront vite fait la comparaison.

Aussi Molotov, prudent devant l’inévitable retraite, a-t-il parlé de l’Extrême-Orient.

 

L’Extrême-Orient

La guerre y fait rage. Des augures se moquaient de ceux qui prenaient la guerre civile chinoise au sérieux ; la guerre civile en Chine, c’est comme la grève aux Etats-Unis : un fait divers.

Mais on a appris depuis que cinq millions d’hommes étaient engagés. Les explications de Washington (les Américains interviennent seulement pour désarmer les japonais et ne tireront sur les communistes chinois que s’ils y sont provoqués !), la coordination des mouvements de troupes russes et communistes chinoises en Mandchourie, cela montre qu’une guerre s’organise.

Obligé d’y faire face, Tchang-Kaï-Chek va envoyer dans le Nord ses armées d’Indochine. Notre espoir se confirme. On annonce une évacuation prochaine de notre colonie …..

 

Le Problème du Commerce International

L’organisation économique du monde, non moins importante que son organisation politique, va être bientôt définie.

Les Etats-Unis, une fois d’accord avec l’Angleterre, vont établir la « charte mondiale du commerce » qui devra assurer à la toute puissante Amérique, un libre trafic de par le monde. Voici les conditions :

1)    Abaissement du tarif préférentiel. Suppression de toute interdiction d’importer … Traduisez : les marchandises américaines pénètreront partout sans se heurter à des tarifs prohibitifs.

2)    Suppression du tarif préférentiel. Traduisez : les Anglais ne devront pas accorder d’avantages douaniers à leurs dominions, ni en recevoir ; le statut colonial devra être révisé de façon que colonisateurs et étrangers soient à égalité de droits au point de vue commercial.

3)    Suppression du contingentement, et surtout du système de compensation bilatérale qui permettraient à deux pays de s’assurer mutuellement des monopoles restreints.

4)    Suppression du dumping organisé par les états sous forme de subventions à l’exportation. (Ce qui permettait de concurrencer les produits américains en Amérique même).

5)    Réglementation internationale des cartels et publication des ententes : gros point que nous avons signalé à propos du trust soviétique en Hongrie.

Là-dessus, les Américains semblent avoir fait aux Anglais des concessions. La suppression des cartels s’est peut-être aussi heurtée à l’opposition des trusts américains qui, bien armés pour la lutte, ne détestent pas la concurrence.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-11-10 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-10 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Entr’acte. Les entrevues Attlee-Truman vont avoir lieu. Parmi les sujets brûlants, la bombe atomique, la question palestinienne n’intéressent la France qu’indirectement.

Examinons ceux qui nous préoccupent.

 

Les Difficultés Indo-Chinoises

Depuis longtemps, on pouvait prévoir que notre réinstallation serait ardue. Nous avons alternativement perdu et repris espoir. On peut aujourd’hui faire le point :

Les Anglais ont mis tout en œuvre pour nous appuyer ; ce sont eux aujourd’hui qui fournissent enfin, pour le transport de nos troupes, les navires vainement sollicités des Américains.

L’intérêt anglais est aussi puissant que le nôtre dans ces régions. La perte de l’Indo-Chine serait menaçante pour l’autorité anglaise en Malaisie, en Birmanie, aux Indes même.

Par contre, nous rencontrons là-bas quatre adversaires, obéissant à divers mobiles :

–        D’abord les nationalistes annamites du Viet-Minh, affiliés au Kominterm, soutenus par les communistes de toute l’Asie.

–        En second lieu, la Chine, qui comme toujours a joué jeu double, se proclamant notre alliée, faisant mille promesses, tandis que les généraux chinois enrôlaient et aidaient les révolutionnaires, arrêtaient même nos officiers, désarmaient nos troupes, laissant nos nationaux sans protection. La Chine occupe la moitié environ de l’Indo-Chine depuis le 16° parallèle ; la partie Nord, riche de tous les minerais qui nous manquent, l’étain, le wolfram, etc.

–        Tertio, les Etats-Unis, qui nous ont refusé tout appui. L’Amérique, comme nous savons, a en Chine de vastes plans. Elle ne lâchera pas ce marché immense, neuf, de 400 millions d’hommes. Elle soutient sans réserve le gouvernement national de Tchouf-King.

Les Etats-Unis voient une grande Chine qu’après le Japon ils annexeront à leur économie. Ils n’ont pas intérêt à notre présence. Ils sont hostiles, en outre, au colonialisme qui gêne leur expansion commerciale et soustrait à leur contrôle une partie des matières premières.

Enfin la Russie qui, dans tous les domaines, cherche à affaiblir les Nations occidentales, nous principalement, et qui entretient les troubles. Elle voudrait surtout créer à la Chine au Sud, des difficultés qui l’affaibliraient dans le Nord, où fait rage une guerre civile qui, au fond, est une guerre russo-américaine.

 

Le Problème de la Ruhr

Aussi compliqué est le problème de la Ruhr : les Russes veulent, comme nous, qu’on détache la Ruhr de l’Allemagne, mais à une condition, c’est qu’ils s’y installent au même titre que les autres Nations.

On se rend compte de ce que signifierait la présence d’une organisation soviétique dans cette ruche industrielle, quel levier révolutionnaire !

Les Anglais n’en veulent à aucun prix. Ceux-ci pratiquent d’ailleurs en Allemagne une politique qui inquiète les Russes. Les Allemands importants s’y rendent en grand nombre ; des liens politiques anglo-allemands se nouent dans le secret : collaboration discrète.

L’Angleterre veut la Ruhr allemande, l’Amérique aussi.

 

L’Administration Allemande

Une véritable querelle s’est élevée au sujet de l’administration de l’Allemagne.

Anglais et Américains entendent que l’Allemagne redevienne un tout économique et politique.

Sinon, Russes d’un côté, Français de l’autre, peu à peu créeraient une sorte d’Etat satellite qui, par la force des choses, se détacherait du reste. Ce serait pour la France un accroissement de puissance considérable.

Nous avons peu de chances de faire prévaloir nos vues : la Russie en effet se ralliera à l’unification allemande. Car perdre tout contrôle sur les zones anglo-saxonnes serait laisser la plus grande partie de l’Allemagne dans le bloc de ses ennemis éventuels : l’Allemagne, même abattue, fait peur ….

 

Les Elections en Europe

En Hongrie, le parti des petits propriétaires a la majorité absolue, les communistes ne sont guère plus de dix pour cent.

En Autriche, ils sont si affaiblis qu’ils ne se présenteront peut-être pas ; l’occupation russe n’a pas soulevé l’enthousiasme.

En Angleterre, les travaillistes ont remporté une nouvelle victoire aux élections municipales. Trop de succès gêne plutôt les dirigeants ; pressés par leurs troupes, ils sont obligés de réaliser leurs promesses. Ils sentent aujourd’hui combien certaines sont dangereuses. Le vin est tiré ….

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-11-03 – La Situation

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-03 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

On s’expliquait mal jusqu’ici la tension des relations russo-américaines qui, avant la Conférence de Londres, paraissaient fondées sur un accord solide auquel Staline tient personnellement beaucoup.

Les raisons des Russes étaient cependant sérieuses.

 

La Guerre en Chine

En effet, un simple écho radiophonique nous apprend que 80.000 soldats japonais combattent en Chine du Nord avec les soldats de Tchoung-King transportés et ravitaillés par les troupes américaines. Déjà dans diverses parties de l’Asie Orientale, les unités japonaises servent au maintien de l’ordre.

Les Américains ont mis le Japon totalement à leur service.

On apprenait ces jours-ci que ce pays de 80 millions d’âmes n’aurait plus de représentants diplomatiques à l’étranger. Les Américains ont imposé une convention commerciale telle que le Japon sera bien plus dépendant des Etats-Unis au point de vue économique qu’une colonie anglaise de la métropole. Enfin, nous voyons les Japonais servir de mercenaires …

Les Russes considèrent la situation comme grave pour eux. Revenant sur leur accord, ils ont déchainé à nouveau la guerre civile en Chine ; un million d’hommes se battent dans onze provinces. La guerre continue ….

 

Le Discours du Président Truman

Le président Truman est très populaire. Son discours est de la meilleure tradition yankee. En douze points, bien abstraits, purement idéologiques et empreints de la plus généreuse humanité, il expose en fait le plan général de la domination américaine dans le monde.

Tout comme le communisme, le libéralisme est à la fois un idéal et un instrument d’impérialisme. Liberté des peuples de choisir leur gouvernement, liberté des mers, liberté d’accès aux matières premières, liberté des voies navigables intérieures (cela vise le Danube), libre expression démocratique, liberté du commerce international.

Cela veut dire que la politique américaine vise, comme la russe, à saboter les empires coloniaux où la France, l’Angleterre, la Hollande trouvent leur indépendance économique ; l’accès libre aux matières premières, c’est bien ; mais encore faut-il avoir de quoi les payer. En fait, elles seront au plus riche qui les rétrocèdera moyennant certains avantages en nature ….

 

La Bombe Atomique

Les Anglais ne se sont pas trompés sur le sens du discours élevé de M. Truman. Ce qui les a le plus émus, c’est l’escamotage au profit des Etats-Unis de la bombe atomique.

Bien naïf évidemment eût été de croire que les Américains allaient partager avec leurs partenaires une arme pareille. Néanmoins, Anglais et Russes protestent. Un débat a eu lieu aux Communes. …

 

La Politique Travailliste

Nous avions prédit, au lendemain des élections anglaises, que le Gouvernement travailliste serait plus conservateur que les conservateurs eux-mêmes. Ceux-ci sont obligés – et ils le font de bonne grâce – d’approuver les initiatives de leurs adversaires.

En politique extérieure, les intérêts britanniques sont défendus âprement ; les capitaux anglais protégés ; la politique budgétaire qui vient d’être définie est libérale et pas du tout démagogique. La Banque d’Angleterre nationalisée conserve une administration autonome. Contre les grévistes, le Gouvernement s’est courageusement opposé à toute surenchère.

Il cherche à se concilier tout Anglais raisonnable : l’exemple est à observer …

 

Les Conversations

Attlee va aller à Washington, et Staline – qui n’est pas mort – reçoit Harriman.

La Russie, comme nous le disions, vit des jours difficiles : en Mer de Chine, aux Dardanelles, au Golfe Persique, à Trieste, au Canal de Kiel, au Spitzberg, la garde anglo-saxonne veille à refouler le rêve de Pierre le Grand.

Et malgré l’arme idéologique qui lui donne des alliés en tous pays, la Russie, épuisée par la guerre, n’est pas la plus forte ; nous ne tarderons pas à le voir.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-10-27 – La Situation

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Le Courrier d’Aix -1945-10-27 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

La tension diplomatique n’a fait que s’accroître. Une effervescence générale se développe : grèves, coups d’état, guerres civiles, révoltes, en Asie, en Europe, en Amérique latine. L’apparence est inquiétante.

Heureusement, l’épuisement des peuples impose à leurs maîtres une relative sagesse. Ainsi Moscou, après avoir poussé à l’extrême le défi, propose par téléphone de mystérieux arrangements.

 

La Situation Russe

Des bruits persistants et certains faits font deviner l’agitation des sphères dirigeantes :

Staline serait mourant ou mort.

Joukof attendu à New-York est si malade qu’on ne le voit plus.

La santé des généraux russes est très fragile.

On reparle (à New-York) de la grande république d’Ukraine, etc. …

Ce qui est sûr, c’est que la diplomatie russe a fait dans tous les domaines en son pouvoir, un effort suprême pour tirer le maximum d’avantages d’une situation favorable qui ne se retrouvera plus dès que les provisions venues d’Amérique auront réconforté les peuples désespérés d’Europe.

Nous avons pu voir en France quel luxe de propagande on avait déployé pour s’assurer un fort parti à son service, aux élections de dimanche.

 

L’Affaire Hongroise

C’est la Hongrie qui a été le point névralgique.

Le Maréchal Vorochilov avait publiquement menacé le parti des petits propriétaires, vainqueurs aux élections municipales de Budapest, si, aux élections législatives du 4 novembre, ils ne faisaient pas liste commune avec leurs adversaires communistes.

Les petits propriétaires ont osé passer outre. C’est surtout à propos du trust Hungaro-Soviétique qui devait livrer les richesses hongroises à la Russie, que les Américains ont réagi.

Nous avions souligné l’importance de l’affaire ; la même question se pose pour les pétroles de Roumanie, dont une part est aux sociétés américaines.

Les Etats-Unis ne transigeront pas. Ils n’admettront nulle part en Europe le monopole russe, pas plus que d’autres.

 

Le Sort de Tito

Le Maréchal, par ses arrestations, sa police secrète et ses massacres a soulevé une opposition non moins sauvage. Sa chute semble probable, d’autant que les Anglais le combattent ouvertement.

Notons à ce propos l’histoire suivante : dernièrement Tito avait chassé de son poste le personnel français des mines de Bor, la plus riche affaire de cuivre d’Europe, propriété française. Encouragé, il a voulu en faire autant à Tropea, mine de plomb à capital anglais. Les Anglais n’admettent pas qu’on nationalise leurs entreprises à l’étranger. Et Tito céda ; la mine fut rendue.

Des expropriations massives se préparent en Europe Centrale, d’entreprises françaises prospères.

Notre Gouvernement saura-t-il faire respecter les droits de ses nationaux ? On attend encore le premier geste.

 

L’Autriche

C’est en Autriche que l’antagonisme Russo-Anglais se manifeste ; des incidents éclatent entre soldats ; les Russes ont près d’un million d’hommes dans ce petit pays.

Les Anglo-Saxons envoient des renforts. Les forteresses volantes font des tournées ….

 

Le Service Obligatoire aux Etats-Unis

Ce bruit de bottes n’est pas absolument pour déplaire au président Truman et à l’Etat-major. Il s’agit de faire passer, à la faveur de l’inquiétude, le projet de service militaire obligatoire. Nous avons déjà dit quelle opposition cela soulève dans l’opinion.

Il a fallu les déclarations du général Marshall, le petit frisson d’émoi qu’on a lancé à travers la presse et sur l’écran. Néanmoins, le citoyen américain a l’horreur de la vie militaire. Comment arrivera-t-on pendant de longues années à maintenir en Europe une troupe d’occupation suffisante ?

 

La Grève Anglaise

On est très impressionné en Angleterre par la durée de la grève des dockers et son caractère révolutionnaire. L’Anglais moyen pensait que le communisme était une affaire entre indigènes du continent, article trop grossier pour un citoyen britannique.

 

Extrême-Orient

Ripostant aux débarquements américains, les Russes ont déclenché dans le Chantoung la guerre civile. Les communistes ont pris les trois-quarts du pays.

Ces nouvelles difficultés pour le gouvernement de Tchoung King pourraient soulager les nôtres en Indochine où, d’ailleurs, la situation continue à s’améliorer malgré les intrigues.

 

Les Elections Françaises

Les Anglo-Américains ont parlé avec beaucoup de faveur de nos élections. On a surtout apprécié le calme de la nation, et le succès personnel du général de Gaulle est bien accueilli.

Les grands journalistes, de retour de France, ont voulu rassurer leurs lecteurs sur les propos et les étiquettes révolutionnaires de certains partis.

A New-York aussi bien qu’à Moscou, on considère la France comme le pays le plus conservateur du monde, ce qui n’est pas tout à fait un compliment. …..

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-10-20 – La Situation

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Le Courrier d’Aix – 1945-10-20 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

On a pu cette semaine analyser avec sang-froid, tant dans les chancelleries que dans l’opinion, la situation internationale.

L’impression générale n’est guère optimiste. La presse américaine, jusqu’ici calme, s’est émue. On mesure l’abîme qui sépare l’U.R.S.S. du monde occidental. On sent, dans tous les domaines et en tous lieux, la lutte acharnée que se livrent, tantôt sourde et tantôt ouverte, les deux masses opposées …

 

Les Américains en Chine

L’Europe dans le Monde compte de moins en moins. On a l’impression que, s’il n’y avait à résoudre que le problème européen, on arriverait, sinon à un accord, du moins à un modus vivendi. Aucune des grandes Nations ne risquerait son existence pour le modifier.

Mais le Moyen-Orient et la Chine posent de plus graves questions. C’est un événement considérable que le débarquement de deux divisions américaines à Tien-Tsin. Les Américains patrouillent en outre toutes les côtes ; l’armée nationale de Tchang-Kaï-Chek a été pourvue par eux d’une aviation de transport pour amener autour de Pékin des troupes, afin de devancer l’armée communiste chinoise qui cherche à occuper le pays et à installer son administration.

En effet, l’accord entre Tchoung-King et les communistes n’était qu’une feinte ; la lutte se poursuit ; les Américains ripostent.

Il y a plus : On n’a guère remarqué en France avec quel empressement – le mot n’est  pas trop fort – les Japonais, empereur en tête, se sont soumis aux U.S.A. Faute d’autre possibilité, le Japon vivra en colonie américaine, ce qui laissera au peuple un niveau de vie suffisant et l’espoir d’un nouveau destin.

Le marché chinois est pour l’industrie américaine le débouché de l’avenir. Les U.S.A. se taillent dans le Pacifique la part du lion.

 

Contre-Mesures Russes

Les Russes luttent par tous les moyens. Sans en revenir au vieux slogan « la main de Moscou », les milieux officiels anglais n’hésitent pas, à propos de la grève des dockers, à parler d’organisation communiste révolutionnaire. Cette grève, au lendemain des élections travaillistes, paraît avoir des tendances politiques.

Les Américains voient dans leurs propres grèves des dockers et des marins un plan qui vise à paralyser les envois de vivres en Europe, de façon que les distributions alimentaires arrivent trop tard et ne servent pas  l’instrument de propagande aux Anglo-Saxons parmi les populations libérées.

Ce qui est sûr, c’est que les groupes politiques qui cherchent partout à susciter des troubles, comme en Italie ou au Portugal, les grands mouvements nationalistes, en Indochine et aux Indes Néerlandaises, et la plupart des nationalistes arabes, sont soutenus par Moscou ; l’espionnage, les sociétés secrètes jouent à fond.

 

La Situation en Europe Centrale

Cela n’est d’ailleurs pas à sens unique. En Russie, en Yougoslavie, en Bulgarie, les Gouvernements sont obligés à des épurations massives.

Dans l’armée russe, une purge comme on n’en avait pas vu depuis l’affaire Toukatchenwski a conduit au poteau un grand nombre d’officiers supérieurs revenus des différents pays d’Europe et convaincus de relations suspectes. Tito, aux prises avec une véritable guerre civile, épure aussi parmi ses partisans.

Il semble cependant qu’un accord serait proche en ce qui concerne l’Autriche et la Hongrie. Le Gouvernement Renner, élargi et démocratisé, sera reconnu par les Anglo-Saxons. Les élections de Budapest, qui se sont déroulées sans pression, ont marqué le succès des petits propriétaires contre les communistes et les socialistes. Un Gouvernement de coalition serait en formation.

 

La Question Allemande

Le statut futur de l’Allemagne ne se précise pas vite : c’est le sort de la Ruhr qu’on n’ose aborder.

Les Franco-Belges voudraient que, détachée politiquement de l’Allemagne, la Ruhr fut administrée par les Pays d’Europe occidentale qui ont souffert des destructions allemandes, ceux de l’Est ayant le bassin silésien à leur disposition ; les Russes veulent la mise en commun des ressources de la Ruhr. Les Anglais préfèrent que la région, quoique économiquement dirigée par un office international, reste allemande, qu’une industrie allemande suffisante demeure pour que tout le profit de ce riche réseau industriel n’aille pas à ses voisins …

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-10-13 – La Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-10-13 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Londres

Il n’a pas fallu beaucoup d’efforts à M. Molotov pour torpiller la Conférence de Londres. Un véritable accès de désespoir s’est emparé de l’opinion anglaise. Le mot est du Daily Herald , l’organe travailliste, où le pessimisme est le plus accusé. Il va jusqu’à dire qu’on finira par regretter Hitler !

L’échec le plus grave porte sur la question des Balkans et de l’Europe centrale. Les Gouvernements hongrois, polonais, yougoslave, bulgare et roumain sont entièrement aux mains des Soviets. Si ces pays conservent nominalement leur indépendance, en fait ce sont d’ores et déjà des provinces russes. Que les Anglais et Américains reconnaissent ou non ces Gouvernements, la Russie traitera avec eux et disposera de toutes les ressources de ces pays.

* * *

Les exigences russes ont été au-delà. Ils ont refusé le droit de navigation sur le Danube, émis des prétentions sur Tripoli, les îles du Dodécanèse et même réclamé un port sur la Mer Rouge et le Golfe Persique.

Devant cette poussée d’impérialisme frénétique, les Anglais se sentent impuissants. La diplomatie française, autant qu’on en peut juger par les déclarations obscures de M. Bidault, est embarrassée et paralysée par la peur de mécontenter les Russes.

Ceux-ci continuent une violente campagne de presse contre Blum et le parti socialiste, contre de Gaulle et son « bloc occidental ». A Londres, ils se sont opposés à ce que la France participât aux discussions relatives aux questions balkaniques. Ils cherchent en toute occasion à éliminer la France du concert international.

* * *

L’attitude américaine reste énigmatique. Le but de la diplomatie américaine paraît être de faire sentir, tant à la Conférence de Londres qu’aux discussions financières de Washington, que sans l’appui américain, l’Angleterre n’est plus qu’un faible troisième, qu’elle est incapable de défendre ses intérêts vitaux. Les Etats-Unis n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sortiront au moment voulu un projet d’accord que Molotov lui-même signera avec le sourire ; le silence se fera subitement sur les problèmes en apparence les plus aigus.

 

Les Pourparlers de Washington

Ces pourparlers où, malgré eux, les Anglais font figure de solliciteurs, ne paraissent pas non plus prendre une tournure favorable.

Un redressement financier anglais est impossible sans crédits américains. Et l’on devra payer ces crédits, en se soumettant au contrôle américain. Cela, les Anglais ne peuvent en supporter l’idée.

Au moment où ils auraient eu besoin de souffler un peu, il leur faut redoubler d’efforts, exporter à tout prix, comprimer leurs dépenses en devises, comme par exemple interdire à leurs navires d’emprunter la voie du Canal de Panama pour épargner des dollars.

Le nouveau Gouvernement travailliste est désemparé par l’ampleur et l’acuité des problèmes. L’absence d’une autorité morale comme celle de Churchill se fait durement sentir. Les travaillistes ont conservé l’esprit « Société des Nations ». Ils se seraient senti à l’aise dans une discussion méthodique et paisible d’organisation internationale comme dans les Congrès des Trade-Unions. Mais dans l’atmosphère de guerre diplomatique qui est actuelle, ils perdent pied ….

 

La Question d’Extrême-Orient et l’Indochine

Les craintes qu’on pouvait avoir que les relations Franco-chinoises au sujet de l’Indochine fussent compromises, ont été dissipées.

Cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas dans les années à venir à mener là-bas une lutte très dure. Les Chinois ont pour le moment à assumer leur reconstruction ; Tchounking doit affermir son autorité dans cet immense pays où les intrigues, ruses continuent. Ils ont besoin de tous les concours, même du nôtre. Mais cela n’empêche pas, pour l’avenir, quelque arrière-pensée.

Les Anglais eux-mêmes, jusque-là réticents, ont apporté leur aide aux Français de Saïgon contre les révoltés indigènes … Nous restaurerons peu à peu notre autorité.

 

L’Affaire de Pearl-Harbour

Pour ceux que les dessous de la politique internationale intéressent, l’affaire de Pearl Harbour fournit une matière magnifique. Depuis longtemps, on chuchotait que l’attaque de Pearl Harbour était connue d’avance par MM. Roosevelt et Cordell Hull, que M. Dewey, l’adversaire de Roosevelt aux élections avait failli révéler l’affaire durant la campagne électorale, mais que cela aurait fait savoir aux Japonais qu’on avait déchiffré leur code secret. Il n’en reste pas moins qu’on s’était bien gardé d’avertir les commandants du port et des navires, ou de déplacer ceux-ci, de façon à donner au public américain le maximum d’émotion, la secousse salutaire pour le porter à la guerre. Quant aux victimes, évidemment ….

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-10-06 – Conférence de Londres

Le ORIGINAL-Criton-1945-10-06  pdf

Courrier d’Aix – 1945-10-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Conférence de Londres

L’échec non dissimulé de la Conférence de Londres a provoqué le pessimisme de la presse libre du monde entier. La presse anglaise, surtout travailliste, abandonne tout espoir d’un accord avec les Russes. En France, on s’en prend à notre diplomatie impuissante à faire respecter nos droits.

Il y a là quelque injustice. Certes, notre diplomatie commit, avant et après la Libération, de lourdes fautes. Elle a acquis depuis l’expérience qui lui manquait et, dans la position très délicate où nous sommes, avec la faiblesse de nos moyens, il était difficile de faire mieux depuis le voyage à Washington.

Sans être lié vis-à-vis des Anglo-Saxons par des liens qui engagent l’avenir, nous faisons valoir le prix de notre concours, qui sera d’autant plus appréciable que le conflit entre grands sera plus aigu.

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Donc cette Conférence de Londres paraissait devoir suivre le cours consacré de toutes les conférences du passé. Beaucoup d’optimisme au début, une crise aigüe ensuite où tout semble perdu, enfin un compromis final qui ne signifie pas grand-chose et prépare, à la satisfaction des participants, la conférence suivante. M. Byrnes, ministre américain, avait rédigé ce compromis.

On devait s’accorder sur le traité pour l’Italie et pour les pays balkaniques, provoquer une conférence élargie qui, avec de la patience, force enquêtes et marchandages, laisser une porte ouverte à l’influence occidentale dans l’Europe centrale.

Mais les Russes ont préféré une rupture brutale des pourparlers ; aux Américains même, ils ont été jusqu’à  demander une enquête sur leurs agissements au Japon. Byrnes, désarçonné, en a référé à Washington qui a répliqué par une note calme qui laisse la voie ouverte à une rencontre des trois Grands. Pendant ce temps d’ailleurs, Staline donnait pour l’opinion américaine, une interview remplie de dispositions conciliantes. La partie continue.

 

Le Problème Allemand

Il est curieux de constater le peu d’attention que provoque en France l’ensemble des mesures très importantes prises ces temps-ci pour réduire dans l’avenir l’Allemagne à l’impuissance.

Les Américains, dans leur zone, viennent de diviser l’Allemagne en trois Etats, dont un Etat de Bavière, qui, grâce aux sentiments séparatistes des Bavarois, pourrait bien être définitif.

Cent mille nazis ont été arrêtés. Une décentralisation complète de l’administration ne laissera dans les services que des autochtones.

Le centre de l’Allemagne sera séparé de la Prusse. Les usines susceptibles de travailler pour la guerre seront transformées ou détruites ; les laboratoires d’études sont supprimés, leur outillage confisqué et les savants allemands ont été transportés en qualité de prisonniers aux Etats-Unis, en sorte que la jeunesse allemande sera privée de maîtres scientifiques.

Que n’a-t-on fait cela en 1918 ! Quoi qu’il en soit, il semble bien que le cauchemar du voisinage allemand va réellement se dissiper. Que sont les autres dangers auprès du péril mortel qu’il représentait ?

 

Le Voyage de Joukof

Tandis que Molotov coupait les ponts, que Staline se montrait aimable, on apprenait avec une vive curiosité que Joukof s’embarquait pour les Etats-Unis.

On sait – ce ne sont d’ailleurs que des on-dit – que Joukof passe pour le maître de la Russie de demain. Staline songerait à se retirer et donnerait sa succession à un civil. Il laisserait néanmoins assez de pouvoir aux militaires pour ne pas provoquer de conflit entre le parti et l’armée.

Toutes les dictatures connaissent les mêmes problèmes.

Quoi qu’il en soit, le voyage Joukof excite les imaginations. On parlerait, dit-on, de la bombe atomique.

 

Chine et Indochine

Le départ des Japonais laisse l’Extrême-Orient en pleine effervescence nationaliste. Des partis de l’indépendance s’agitent partout, qui se battent avec des armes japonaises.

La Situation est particulièrement tendue aux Indes néerlandaises et en Indochine.

Le double jeu des Chinois complique encore la situation dans notre colonie. Les promesses de M. Soung au général de Gaulle sont contredites par l’action des généraux chinois en Indochine qui encouragent les rebelles et emprisonnent les Français.

Les choses s’arrangeront une fois de plus, car les Anglais semblent décidés à faire respecter nos droits ; mais quelle lourde tâche nous attend !

                                                                                                CRITON

  1. P.S. – On me communique un article du « Patriote Aixois » où ces chroniques sont violemment critiquées. Je regrette d’être obligé de dire que je suis un résistant actif depuis 40 et père de déporté. Cela, pour que l’on ne puisse suspecter le « Courrier d’Aix » qui m’accorde une si libérale hospitalité.

Criton – 1945-09-29 – Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-29 – Le Chemin de la Paix.

 

Conférence de Londres

L’émotion soulevée par l’échec de Londres se calme. Mais les Anglais restent inquiets, tandis que l’opinion américaine est froide et optimiste : au moins les questions sont nettement posées, dit-on volontiers. En fait, les conséquences sur l’échiquier diplomatique seront considérables. Nous n’avons pas à nous en plaindre : le ministre Byrne a dit essentiellement qu’il voulait associer tous les Alliés, et particulièrement la France et la Chine, à l’élaboration et au maintien de la paix. Nous devons être présents à toutes les discussions. Ces propos plaisent, quand on se reporte quelques mois en arrière, avant Potsdam, alors que les Trois pensaient régler entre eux le sort du monde et qu’on s’accordait à exclure la France de tous les débats. Devant les exigences de l’impérialisme russe, les Anglo-Saxons sentent le prix de notre concours.

 

La Diplomatie Russe

Les procédés de la diplomatie russe demeurent les mêmes qu’au temps du pacte de 39 avec Hitler et de sa première guerre finlandaise : Amener l’adversaire à des dispositions optimistes, faire croire à l’opinion que tout s’arrange, et brusquement mettre l’univers devant le fait accompli, irrévocable. Le partenaire décontenancé est en présence d’exigences nouvelles ; son désarroi le dispose à céder.

De plus, en entretenant l’inquiétude, en faisant peur, on crée une ambiance de découragement qui, dans les pays à économie libre, paralyse les affaires et nuit à la prospérité. Une mentalité défaitiste dispose aux concessions …..

Ces méthodes ont leur efficacité mais aussi leurs périls : c’est en créant la peur qu’Hitler a forgé la coalition qui l’a vaincu.

 

Les Négociations de Washington et l’Affaire des Cartels

Ce qui s’est passé à Londres a influé sur les pourparlers pour les crédits. Anglais et Américains, si loin de s’entendre au début, paraissent à la veille d’un accord. Londres obtiendrait quatre milliards de dollars.

Le fond du débat sur lequel les Anglais ont cédé, portait sur le rôle dans le monde nouveau des cartels internationaux. Problème capital pour les Américains qui ne voulaient plus que des pays soient fermés à leur activité.

En effet, en Europe, dans les dominions et colonies, avant-guerre, les grandes Compagnies américains se heurtaient à des ententes dirigées par les Compagnies anglaises rivales, soutenues par le Gouvernement britannique. Celles-ci s’alliaient soit avec des sociétés créées à cette fin en Allemagne, en France et ailleurs pour se répartir les marchés et organiser des monopoles de fait.

Récemment, des Sociétés d’Etat soviétiques d’un type analogue ont fait brusquement leur apparition en Europe. L’une a cherché à mettre la main sur les pétroles d’Autriche ; l’autre, conjointement avec une société de l’Etat magyar, s’est adjugé le monopole du commerce extérieur hongrois.

Les Anglo-Saxons ont tenté de s’opposer, surtout en Autriche. On s’explique mieux ainsi l’échec des négociations de Londres.

En principe donc, les Anglais et les autres Nations dont la France aussi, renonceront à organiser des monopoles par des trusts internationaux. Il serait amusant qu’il ne restât plus que les Soviétiques.

 

Où en est la Question Allemande ?

Si aucun accord n’est en vue sur le sort de l’Allemagne, chaque Allié pour sa part s’emploie à la réduire. On a beaucoup remarqué que Staline, dans son interview, a insisté sur un traitement sévère et recommandé que la Ruhr soit enlevée à l’Allemagne. Les Français se rendent-ils compte de cette volonté unanime des Alliés de faire disparaitre à jamais la puissance allemande ?

Le dernier calcul d’Hitler, qui voyait l’avenir de l’Allemagne reposer sur les discordes des Alliés, s’avère une lourde erreur.

Ne pouvait-on pas craindre, il n’y a pas longtemps, que l’un ou l’autre des Alliés ne ménageât l’Allemagne pour s’en servir comme allié un jour contre les autres ?

Cette attitude sans équivoque, aussi bien des Russes que des Anglo-Saxons, a permis au général de Gaulle de faire son entrée en Allemagne ; les discours ont été accueillis avec ferveur par les populations rhénanes et n’ont soulevé aucune critique à l’étranger.

La France promet son appui aux populations de la rive gauche du Rhin et spécialement de la Sarre, qui savent que désormais leur sort dépend de nous, et de nous seuls.

 

Extrême-Orient

Enfin il semble, – il faut être prudent avant d’affirmer quelque chose de ces affaires chinoises – que la question d’Indochine évolue bien. L’appui des Anglais a été complet. Quel changement de climat depuis les querelles de Syrie ! Notre position s’améliore. Il y a un peu de nos efforts, pas mal aussi des circonstances.

 

                                                                                                CRITON