Criton – 1945-11-17 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-17 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Semaine de discours ; d’abord Molotov, puis Attlee, Bevin et Churchill. Le voyage officieux de ce dernier à Paris, le séjour du premier en Amérique, signifient que la politique anglaise a pris une décision.

On a beaucoup réfléchi à Londres, hésité entre une politique traditionnelle d’indépendance et d’équilibre, et celle du bloc anglo-américain. Celui-ci l’emporte.

Attlee va à New-York pour rassurer l’Amérique prévenue contre la politique économique et sociale des travaillistes.

Sauf accident, une série d’accords va suivre, dont le principal, le plus laborieux, est l’accord économique et l’emprunt de 4 milliards de dollars sur lequel discutent depuis des mois Keynes et Halifax.

 

Le Discours Churchill et Bevin

Derrière la phraséologie habituelle, on sent une conviction : L’Angleterre n’est plus assez forte pour être absolument libre. Il faut qu’une unité de vue et d’action permanente s’établisse avec les Etats-Unis.

Quant à la Russie, tandis que Churchill paraît croire à un « modus vivendi », Bevin a eu pour la Russie des mots durs qui laissent peu d’espoir d’un accord. Peut-être n’est-ce qu’une habileté ?

 

Le Discours Molotov

En l’absence toujours mystérieuse de Staline, Molotov a parlé. Une chose frappe : il n’est pas question de l’Europe.

Le problème européen à lui seul ne constitue plus un obstacle décisif à la paix, disions-nous : en s’emparant de l’Europe Centrale, les Russes, habilement autorisés par les Etats-Unis, ont assumé une tâche impossible. L’ours a donné dans le guêpier.

N’ayant rien à fournir à ces peuples affamés et ruinés, la Russie a ranimé les haines féroces qui couvent dans la famille slave, sans parler des Hongrois et des Roumains.

La politique du rideau de fer tiré de Trieste à Stettin n’a plus guère de chances ; la manne américaine peu à peu devra ranimer l’Europe Centrale exsangue. Les peuples auront vite fait la comparaison.

Aussi Molotov, prudent devant l’inévitable retraite, a-t-il parlé de l’Extrême-Orient.

 

L’Extrême-Orient

La guerre y fait rage. Des augures se moquaient de ceux qui prenaient la guerre civile chinoise au sérieux ; la guerre civile en Chine, c’est comme la grève aux Etats-Unis : un fait divers.

Mais on a appris depuis que cinq millions d’hommes étaient engagés. Les explications de Washington (les Américains interviennent seulement pour désarmer les japonais et ne tireront sur les communistes chinois que s’ils y sont provoqués !), la coordination des mouvements de troupes russes et communistes chinoises en Mandchourie, cela montre qu’une guerre s’organise.

Obligé d’y faire face, Tchang-Kaï-Chek va envoyer dans le Nord ses armées d’Indochine. Notre espoir se confirme. On annonce une évacuation prochaine de notre colonie …..

 

Le Problème du Commerce International

L’organisation économique du monde, non moins importante que son organisation politique, va être bientôt définie.

Les Etats-Unis, une fois d’accord avec l’Angleterre, vont établir la « charte mondiale du commerce » qui devra assurer à la toute puissante Amérique, un libre trafic de par le monde. Voici les conditions :

1)    Abaissement du tarif préférentiel. Suppression de toute interdiction d’importer … Traduisez : les marchandises américaines pénètreront partout sans se heurter à des tarifs prohibitifs.

2)    Suppression du tarif préférentiel. Traduisez : les Anglais ne devront pas accorder d’avantages douaniers à leurs dominions, ni en recevoir ; le statut colonial devra être révisé de façon que colonisateurs et étrangers soient à égalité de droits au point de vue commercial.

3)    Suppression du contingentement, et surtout du système de compensation bilatérale qui permettraient à deux pays de s’assurer mutuellement des monopoles restreints.

4)    Suppression du dumping organisé par les états sous forme de subventions à l’exportation. (Ce qui permettait de concurrencer les produits américains en Amérique même).

5)    Réglementation internationale des cartels et publication des ententes : gros point que nous avons signalé à propos du trust soviétique en Hongrie.

Là-dessus, les Américains semblent avoir fait aux Anglais des concessions. La suppression des cartels s’est peut-être aussi heurtée à l’opposition des trusts américains qui, bien armés pour la lutte, ne détestent pas la concurrence.

 

                                                                                                           CRITON