Criton – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Discours de Churchill

Le retentissement des trois discours de Churchill aux Etats-Unis a donné à la situation internationale toute la clarté que la fiction de « l’Union des Trois Grands » avait jusqu’ici voilée.

Ce voyage, ces discours, cette publicité avaient été soigneusement préparés. L’autorité de Churchill avait été renforcée par la présence du président Truman.

Cependant les officiels, tant du côté anglais que du côté américain, se sont empressés de calmer l’émotion que l’énoncé brutal de la vérité avait provoquée : – Churchill n’avait parlé qu’à titre privé ; il ne saurait être question d’alliance étroite entre Grande-Bretagne et U.S.A. La politique de l’O.N.U. et de la sécurité collective reste la ligne maîtresse des diplomaties officielles, etc. : attitude qui n’est ni très courageuse, ni très sincère, mais il fallait donner à l’opinion inquiète l’impression que les dirigeants responsables maintenaient une ligne pacifique.

D’une part, l’opinion américaine, nous l’avons dit, redoute les aventures où le soutien aux Anglais risque encore de l’entraîner.

Du côté britannique, de larges cercles influents, tant conservateurs que travaillistes, répugnent à envisager des périls qui ne sont pas encore imminents : empirisme bien anglais, qui opposait en mars 1936 – il y a dix ans – aux prophéties de Churchill, les Eden, Lloyd George, Alexander qui, contre l’évidence, parlaient encore de la « confiance dans Hitler ».

Retenons de ce discours de Churchill deux mots essentiels :

  1. Il est aussi vrai que le soleil se lèvera demain, que les Anglo-Saxons seront tôt ou tard unis dans la même tâche ;
  2. Staline ne veut pas la guerre « pour le moment ».

Deux certitudes.

 

La Politique Russe

On a cherché à Londres surtout, toutes sortes d’explications rassurantes à l’expansion russe. Surtout cette méfiance et cette crainte d’un encerclement de l’Union Soviétique par ses adversaires capitalistes.

Certes, cet état d’âme est réel. Mais Staline est un trop grand politique pour en être dupte ; il s’en sert. Il a expérimenté la mentalité anglo-saxonne, la lenteur de ses réactions, sa répugnance à prévoir au-delà de l’immédiat, les hésitations de peuples qui tiennent à leur confort matériel et moral.

Il fallait agir vite, tirer le maximum d’avantages jusqu’au moment où la résistance s’avère trop forte pour être vaincue pacifiquement. Staline va jusqu’aux limites du possible.

De plus, – et ceci est à nos yeux capital – rien n’affaiblit mieux l’économie anglo-saxonne que la guerre des nerfs.

Mais Staline saura, au moment critique donner les apaisements nécessaires, afin de maintenir une paix qui lui est indispensable pour l’heure.

 

Le Conflit Persan

L’affaire persane et ses incidents dominent l’actualité. Les troupes russes se sont avancées aux portes de Téhéran. L’Angleterre, qui a retiré les siennes, hésite à les y renvoyer. L’Amérique a peur de compromettre son prestige au cas, probable, d’une révolution intérieure.

Voici les Russes tout le long de la frontière du pays Kurde, qui proclame son indépendance. Le pays Kurde va jusqu’au Golfe d’Alexandrette.

Si la révolte réussit, Staline aura posé une « dame » sur la Méditerranée, à moins qu’une garnison anglaise ne l’ait devancé. Si la révolution réussit en Perse, il aura posé une autre « dame » sur le Golfe Persique.

Et alors, les Indes ? Les Anglais ont compris, et une mission part de Londres pour donner aux Hindous les satisfactions qu’ils attendent de l’indépendance avec, bien entendu, de la part des Anglais, quelques restrictions mentales.

 

L’Espagne et le Blé Russe

L’Espagne a toujours été pour les Soviets le terrain choisi, le plus favorable à une pénétration politique. C’est un gros point stratégique, l’autre bras de la pince dans laquelle tout l’Islam est enfermé.

Pour réussir, il faut l’appui de la France. L’U.R.S.S., qui s’était toujours refusée à fournir quoi que ce soit à l’U.N.R.A. n’a pas hésité à payer cet appui de quatre millions de quintaux d’un blé précieux.

Elle s’assure ainsi un double avantage, car ce même blé sera une manne électorale bienfaisante pour ses partisans, un peu défaits par les événements en France.

Pour qui l’affaire sera-t-elle bonne ? Mangeons-le toujours ce blé, dit-on à Paris, nous verrons bien après.

Il y a 23 divisions espagnoles sur les Pyrénées, mais elles ne les franchiront pas.

 

L’Indo-Chine

Comme on s’y attendait, c’est toujours du côté chinois que les obstacles à la pacification sont le plus redoutables.

Le Gouvernement de Tchoung-King multiplie ses assurances amicales, mais les généraux chinois nous tirent dessus. Comme le pouvoir central en Chine n’a jamais eu beaucoup d’autorité sur ses généraux, il se peut que le double jeu soit fortuit, mais il se peut aussi ….

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Discours de Churchill

Le retentissement des trois discours de Churchill aux Etats-Unis a donné à la situation internationale toute la clarté que la fiction de « l’Union des Trois Grands » avait jusqu’ici voilée.

Ce voyage, ces discours, cette publicité avaient été soigneusement préparés. L’autorité de Churchill avait été renforcée par la présence du président Truman.

Cependant les officiels, tant du côté anglais que du côté américain, se sont empressés de calmer l’émotion que l’énoncé brutal de la vérité avait provoquée : – Churchill n’avait parlé qu’à titre privé ; il ne saurait être question d’alliance étroite entre Grande-Bretagne et U.S.A. La politique de l’O.N.U. et de la sécurité collective reste la ligne maîtresse des diplomaties officielles, etc. : attitude qui n’est ni très courageuse, ni très sincère, mais il fallait donner à l’opinion inquiète l’impression que les dirigeants responsables maintenaient une ligne pacifique.

D’une part, l’opinion américaine, nous l’avons dit, redoute les aventures où le soutien aux Anglais risque encore de l’entraîner.

Du côté britannique, de larges cercles influents, tant conservateurs que travaillistes, répugnent à envisager des périls qui ne sont pas encore imminents : empirisme bien anglais, qui opposait en mars 1936 – il y a dix ans – aux prophéties de Churchill, les Eden, Lloyd George, Alexander qui, contre l’évidence, parlaient encore de la « confiance dans Hitler ».

Retenons de ce discours de Churchill deux mots essentiels :

  1. Il est aussi vrai que le soleil se lèvera demain, que les Anglo-Saxons seront tôt ou tard unis dans la même tâche ;
  2. Staline ne veut pas la guerre « pour le moment ».

Deux certitudes.

 

La Politique Russe

On a cherché à Londres surtout, toutes sortes d’explications rassurantes à l’expansion russe. Surtout cette méfiance et cette crainte d’un encerclement de l’Union Soviétique par ses adversaires capitalistes.

Certes, cet état d’âme est réel. Mais Staline est un trop grand politique pour en être dupte ; il s’en sert. Il a expérimenté la mentalité anglo-saxonne, la lenteur de ses réactions, sa répugnance à prévoir au-delà de l’immédiat, les hésitations de peuples qui tiennent à leur confort matériel et moral.

Il fallait agir vite, tirer le maximum d’avantages jusqu’au moment où la résistance s’avère trop forte pour être vaincue pacifiquement. Staline va jusqu’aux limites du possible.

De plus, – et ceci est à nos yeux capital – rien n’affaiblit mieux l’économie anglo-saxonne que la guerre des nerfs.

Mais Staline saura, au moment critique donner les apaisements nécessaires, afin de maintenir une paix qui lui est indispensable pour l’heure.

 

Le Conflit Persan

L’affaire persane et ses incidents dominent l’actualité. Les troupes russes se sont avancées aux portes de Téhéran. L’Angleterre, qui a retiré les siennes, hésite à les y renvoyer. L’Amérique a peur de compromettre son prestige au cas, probable, d’une révolution intérieure.

Voici les Russes tout le long de la frontière du pays Kurde, qui proclame son indépendance. Le pays Kurde va jusqu’au Golfe d’Alexandrette.

Si la révolte réussit, Staline aura posé une « dame » sur la Méditerranée, à moins qu’une garnison anglaise ne l’ait devancé. Si la révolution réussit en Perse, il aura posé une autre « dame » sur le Golfe Persique.

Et alors, les Indes ? Les Anglais ont compris, et une mission part de Londres pour donner aux Hindous les satisfactions qu’ils attendent de l’indépendance avec, bien entendu, de la part des Anglais, quelques restrictions mentales.

 

L’Espagne et le Blé Russe

L’Espagne a toujours été pour les Soviets le terrain choisi, le plus favorable à une pénétration politique. C’est un gros point stratégique, l’autre bras de la pince dans laquelle tout l’Islam est enfermé.

Pour réussir, il faut l’appui de la France. L’U.R.S.S., qui s’était toujours refusée à fournir quoi que ce soit à l’U.N.R.A. n’a pas hésité à payer cet appui de quatre millions de quintaux d’un blé précieux.

Elle s’assure ainsi un double avantage, car ce même blé sera une manne électorale bienfaisante pour ses partisans, un peu défaits par les événements en France.

Pour qui l’affaire sera-t-elle bonne ? Mangeons-le toujours ce blé, dit-on à Paris, nous verrons bien après.

Il y a 23 divisions espagnoles sur les Pyrénées, mais elles ne les franchiront pas.

 

L’Indo-Chine

Comme on s’y attendait, c’est toujours du côté chinois que les obstacles à la pacification sont le plus redoutables.

Le Gouvernement de Tchoung-King multiplie ses assurances amicales, mais les généraux chinois nous tirent dessus. Comme le pouvoir central en Chine n’a jamais eu beaucoup d’autorité sur ses généraux, il se peut que le double jeu soit fortuit, mais il se peut aussi ….

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-03-16 – La Situation Internationale s’est tendue

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-16 – Le Chemin de la Paix.

 

La situation internationale s’est tendue de jour en jour ; les notes ont succédé aux notes. Mouvements de troupes, discours, manifestations. Autrefois, on se serait cru à la veille d’un conflit. Aujourd’hui, on conçoit que les choses peuvent s’aggraver encore sans que guerre s’ensuive. Cet optimisme est fondé, et Churchill lui-même le partage.

Une remarque cependant s’impose. Si nous pouvons deviner ce qui dépend de la volonté des hommes, il s’en faut que leurs intérêts et leurs raisons déterminent les faits essentiels. Ceux-ci sont précipités par des forces obscures d’ordre passionnel, et c’est un mouvement de cette nature qui prend aujourd’hui une force croissante.

Il peut devenir irrésistible et échapper à la direction des chefs comme à l’intelligence des observateurs. Nous pourrions en être là avant même d’avoir pu en prendre conscience.

 

Le Discours de Churchill

Le discours dont nous avions bien à l’avance exposé les motifs et même la teneur, a provoqué des mouvements divers dans une vive excitation. C’était son but.

Il venait à point après l’affaire d’espionnage au Canada, pour aider le Gouvernement Américain à s’opposer aux Russes.

Il visait à faire connaître à l’Américain moyen que le même péril menace les deux pays et non l’Empire britannique seul. Car l’Américain moyen a ancré dans son esprit, que l’Angleterre est la cause de toutes les guerres pour lesquelles il doit se faire tuer. L’isolationnisme populaire est fait de ce sentiment. Une politique solidaire anglo-américaine se réveille. Cette méfiance est tenace : « Cela va finir mal », pense-t-on.

Le subconscient des masses, dans chaque pays, couve de ces préjugés instinctifs. Aucun discours ne les ébranle.

 

La Question Persane

Les faits sont à la fois nombreux et confus. Ils se tiennent. D’abord l’échec prévu de M. Sultaneh, premier ministre de Perse, rentré de Moscou sans accord ni promesse. Moscou n’a pas davantage répondu aux notes anglaises et américaines demandant des explications sur le maintien des troupes russes.

On parle maintenant d’un coup d’Etat à Téhéran. D’importantes forces russes se dirigent vers cette ville ; Washington proteste à nouveau. Si les Russes font en Perse ce qu’ils ont fait ailleurs et mettent au pouvoir un gouvernement fantoche, que se passera-t-il ?

 

Le Proche-Orient

Un frisson d’inquiétude a secoué le Proche-Orient.

Les Américains agissent avec rapidité ; ils s’installent en Turquie, équipent des aérodromes ; leur présence en Proche-Orient peut changer la face des choses. Le monde arabe s’unirait sous l’égide anglo-américaine, jamais sous celle de l’Angleterre seule. De plus, ce monde est encore socialement féodal et les chefs craignent pour leurs privilèges populaires dont les Russes se servent.

L’activité américaine pourrait cristalliser brusquement cette solidarité panarabe de la Turquie et de l’Egypte. L’obstacle principal : la rivalité entre Damas et Bagdad pourrait céder.

On ne peut nier, hélas, que la disparition de la France ait singulièrement facilité la politique anglo-saxonne.

 

Autres faits

La place nous manque pour parler de la controverse entre Américains et Russes dans l’affaire du gouvernement bulgare, le coup d’Etat des rouges en Hongrie contre le parti des petits propriétaires, la lutte acharnée des gauches en Grèce et la crise politique avant les élections.

Partout s’exaspèrent des conflits alimentés par les passions sur lesquelles soufflent les Soviets : le danger est là.

 

La Question Allemande

Le plus grave pour nous – et l’opinion s’en émeut – c’est l’appel fait par le communisme allemand pour se servir du pangermanisme. Plan vraiment diabolique !

Nous livrons à la méditation des Français cette phrase du chef communiste allemand Pick au Congrès de Berlin :

« Nous ne comprenons pas pourquoi certains veulent tenir à l’écart les anciens nazis. Leur rééducation faite, ils peuvent devenir d’excellents citoyens ».

Changeons la chemise brune pour une rouge, et la rééducation se fera par surcroît, n’est-ce pas ?…

 

                                                                                                 CRITON

Criton – 1946-03-09 – Le Discours de Byrnes

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-09 – Le Chemin de la Paix.

 

Chemin sinueux, a dit le président Truman. Un brusque tournant est apparu durant cette semaine, laquelle a été marquée par le discours de Byrnes et la note américaine à l’Union Soviétique sur les incidents de Mandchourie.

 

Le Discours de Byrnes

Les paroles du sénateur Vanderberghe faisaient prévoir un raidissement de la politique des Etats-Unis. Devant la volonté de puissance des Russes, devant les attaques verbales et les empiètements successifs, l’Amérique avait jusqu’ici usé de patience. Un certain accord semblait tacite entre les deux puissances ; mais les limites des concessions ont été dépassées.

L’opinion s’est émue des révélations canadiennes sur les fuites de documents relatifs à la bombe atomique. On commençait à critiquer la faiblesse de la diplomatie : le discours de Byrnes, très net et ferme, a répondu à l’attente générale : l’Amérique défendra la charte par la force, si besoin est.

Elle ne tolèrera pas que la Russie agisse contrairement aux traités et, dans ses relations avec les petits Etats, sans accord préalable avec ses ex-Alliés.

On va donc, soit vers l’apaisement, soit vers une crise aigüe.

Et le lendemain, le département d’Etat envoyait une note de protestation sur les attaques contre des avions américains au-dessus de Port-Arthur, et sur l’enlèvement par les Russes de matériel industriel en Mandchourie.

L’opinion américaine, assez indifférente aux choses européennes, est très susceptible  en ce qui touche à l’Extrême-Orient. Une atteinte au pavillon américain est toujours un cas grave. Les Russes n’ont pas encore réagi.

Contre Mackenzie King, après la note au Canada qui est un aveu de l’espionnage soviétique, une violente campagne de presse et de radio se déchaîne à Moscou : l’homme d’Etat est rangé parmi les fascistes … Byrnes suivra-t-il ?

Tout porte à espérer que les Russes réfléchiront. Sinon, une tension plus vive conduirait bien vite à de graves événements.

On peut se demander si cette politique du Kremlin est bien habile. Car il y a tout de même une opinion mondiale. En toute impartialité, elle n’est pas russophile ; et cela compte.

 

Les Troubles d’Egypte

En corrélation avec le discours énergique de Byrnes, Bevin, à son tour, a parlé haut à l’Egypte ; les troubles anti-anglais qui ont coûté la vie à des soldats britanniques doivent cesser. Sinon on emploiera la force.

 

Le Problème Persan

Une vive inquiétude s’est emparée de la presse anglaise devant le refus des Russes d’évacuer le Nord-Ouest de la Perse, contrairement au traité de 1942.

C’est la première fois, dit-on, qu’un traité est délibérément violé ; cela, six mois après la fin de la guerre.

Les troupes russes n’occupent pas seulement l’Azerbaïdjan, mais toute la frontière turco-persane ; le pays Kurde est à leur merci.

Par ailleurs, on annonce en dernière heure que le premier ministre persan, choisi justement pour ses tendances conciliantes à l’égard des Soviets, n’a pu s’accorder avec Staline. A moins d’un changement à la dernière minute, il rentre en Perse les mains vides. Va-t-il en appeler à l’O.N.U. ?

 

La Question Espagnole

Nos remarques précédentes n’étaient pas vaines ! La déclaration commune franco-anglo-américaine est au fond sans portée pratique. Franco est condamné, mais il ne s’en portera pas plus mal.

Les Anglo-Saxons ne veulent ni rompre avec lui, ni intervenir en Espagne.

Les Espagnols devront dans le pays même régler leur propre sort. Et il n’est pas certain que la majorité souhaite une aventure. Les républicains eux-mêmes pensent à la sanglante guerre civile encore proche. Et ils ont un sens particulièrement ombrageux de l’honneur national. En voulant leur imposer un changement de régime par une pression extérieure, on va peut-être consolider le régime … Il est fort possible que certains aient cherché ce résultat.

En attendant, la France a fermé ses frontières. Une violente campagne de presse en Espagne hurle contre nous. Auprès d’hommes simples et naturellement xénophobes, il en restera quelque chose.

Mais enfin on a fait de beaux meetings, excité les troupes, essayé les voix ; pour certains, c’est l’essentiel. Quant à l’intérêt français….

Qu’on prenne gare cependant : les Français se remettent progressivement du choc moral qui les a étourdis. Ils sont devenus défiants et critiques, et peut-être meilleurs juges qu’on ne pense. L’affaire d’Espagne pourrait bien servir d’avertissement.

 

Le Problème Allemand

La lutte aigüe pour ou contre la fusion des partis communiste et socialiste voulue par Moscou, ne semble pas devoir favoriser finalement ses desseins. En Allemagne, on votera toujours pour le plus fort.

Et cette querelle entre Allemands explique aussi pourquoi les Anglo-Saxons se sont décidés à parler haut. La partie internationale devient serrée ; peut-être cela vaut-il mieux dans l’intérêt même de la paix ?

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-03-02 – Le Voyage de Churchill aux U.S.A.

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-02 – Le Chemin de la Paix.

 

L’actualité a été dominée par les difficultés de l’Angleterre en Egypte et aux Indes. Manifestations sanglantes des étudiants du Caire, émeutes à Bombay, révolte de la flotte indoue. Ces troubles ne sont pas nouveaux, mais leur gravité tient à l’affaiblissement de la Grande-Bretagne, violemment attaquée par la Russie, peu soutenue par les Etats-Unis.

Leur importance croît parce que la fin de la guerre a poussé les forces obscures des masses indigènes, travaillées par la propagande soviétique, à chercher une libération rapide.

L’Angleterre lutte de toute son énergie, tout en cherchant à donner certaines satisfactions aux plus raisonnables des revendications posées.

 

Le Voyage de Churchill aux U.S.A.

Devant la gravité des événements, à cause aussi des résistances du Congrès américain à la ratification de l’emprunt anglais, le Gouvernement travailliste n’a pas hésité à déléguer Churchill aux U.S.A.

On sait peu de choses des problèmes discutés. Tous sans doute l’ont été. On prête à Churchill le projet qu’il avait en 1940 après notre défaite proposé à la France –  d’une association des deux mondes anglo-saxons (au lieu d’une fusion des deux empires français et britanniques). Cela impliquerait la double nationalité pour tous les ressortissants anglais et américains et une commune politique internationale.

Churchill est trop averti pour se faire illusion sur les chances de succès du projet. Mais il prépare l’avenir pour que, en cas d’événements cruciaux, l’idée soit déjà familière. Le grand homme d’Etat sait que l’Angleterre n’est plus en état de suffire à sa propre défense, et que tôt ou tard, le bloc anglo-saxon devra se souder complètement pour survivre.

On voit le chemin parcouru depuis qu’une fusion franco-anglaise semblait devoir suffire à ses yeux pour faire contrepoids aux autres forces dans le monde.

 

La Chine

De violentes manifestations contre la Russie – chacun son tour – ont eu lieu en Chine du Sud pour réclamer la libération de la Mandchourie par l’armée rouge. L’unité chinoise semble en voie de réalisation. Il y aura encore des dissensions, certes, mais le nationalisme est en train de l’emporter sur le particularisme. Nous savons combien les Américains tenaient à ce résultat. S’ils ont plus ou moins sacrifié l’Europe à l’influence soviétique, c’est pour l’écarter d’Asie.

De temps à autre, et malgré des conflits apparents, une certaine entente secrète se révèle entre Russes et Américains. Il est peu probable que les Russes s’obstinent en Mandchourie. Ils ne se heurteront pas à fond avec les Etats-Unis, mais marchanderont quelques avantages stratégiques et économiques.

 

La Politique Russe

Des voix autorisées ont discuté à fond le problème russe : leurs conclusions ne diffèrent guère de nos commentaires.

L’opinion prévaut que Staline ne pousse pas à un conflit prochain : Bevin a dit, d’ailleurs, qu’un tel conflit lui semblait inconcevable. Les Russes veulent plutôt profiter au maximum des circonstances ; et sans courir le risque fatal, aller jusqu’aux limites du possible.

C’est avec un autre tempérament la politique même d’Hitler avant 39. N’oublions pas qu’en obligeant ses adversaires à des armements ruineux, en entretenant l’inquiétude et la misère, la Russie crée un climat favorable au travail idéologique intérieur. Il faut empêcher à tout prix le retour à la paix et à la prospérité, sinon la propagande tombe.

 

L’Affaire Espagnole

Les bêtises recommencent ; en 36, les Franquistes de France ont paralysé l’action du Gouvernement qui voulait et pouvait empêcher le fascisme de l’emporter. On mêle encore aujourd’hui politique extérieure et intérieure. Il ne s’agit pas de Franco, que chacun exècre. Mais connait-on les intentions profondes des Anglo-Saxons ? Nous exaspérons nos ennemis d’Espagne, dont plus d’un sera au pouvoir quand Franco n’y sera plus. Des ennemis, nous n’en avons nulle part plus que dans la péninsule, même parmi ceux que nous croyons amis.

 

Indochine

Terminons sur une note agréable : grâce à d’habiles diplomates et d’heureux soldats dignes des grands aînés, notre influence se rétablit rapidement en Indochine. Les Chinois ont promis, une fois de plus, de partir. Leurs généraux d’ailleurs ont, par leurs exactions, indisposé la population qui souhaite notre retour, et jusqu’au Viet-Minh qui perd pied et autorité sur les bandes qui terrorisent le pays.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-02-23 – Le Chemin de la Paix

ORIGINAL-Criton-1946-02-23.2                              ORIGINAL-Criton-1946-02-23.1

Le Courrier d’Aix – 1946-02-23 – Le Chemin de la Paix

 

La semaine internationale, abondante en événements qui concernent la France, a mis à jour des questions graves qui ne nous apportent pas les pensées optimistes auxquelles nous aspirons tous, auxquelles cependant on ne peut sacrifier la vérité.

 

La Question Syro-Libanaise à l’O.N.U.

Les protestations des Etats syrien et libanais portées devant le tribunal de l’O.N.U. contre le maintien des troupes Franco-Anglaises ont été presque exclusivement dirigées contre la France.

Bevin s’était absenté, laissant la parole à Sir Cadogan pour l’Angleterre. M. Cichnisky a soutenu vigoureusement la cause Syro-Libanaise, portant contre le gouvernement du général de Gaulle des accusations précises. La défense de M. Bidault, calme et modérée, a porté.

Le délégué soviétique, qui s’est servi de l’occasion pour user pour la première fois du droit de veto, n’en a pas moins essuyé devant l’opinion mondiale un échec qui ne fait que souligner d’ailleurs l’attitude hostile de l’U.R.S.S. à nos intérêts, en Proche-Orient en particulier, et à toute notre politique extérieure en général.

 

Le Problème de l’Unité Allemande

Plus grave est la double offensive menée conjointement par la Russie et les Etats-Unis contre notre opposition à un gouvernement central allemand.

On sent qu’en l’absence de tout appui, même anglais, après la note de M. Byrnes au gouvernement français, il est inévitable que nous cédions sur ce point. Nous n’en avons jamais douté.

Mais il y a plus : nous tenons de toutes nos forces, comme un intérêt vital pour notre sécurité, à l’internationalisation de la Ruhr et à l’autonomie des pays Rhénans.

Jusqu’ici, si nous avions rencontré des réticences, nous n’avions pas été en présence d’une hostilité déterminée ; l’Angleterre et les Etats-Unis avaient paru vouloir tenir compte, au moins dans une certaine mesure, de nos aspirations.

Mais la Russie, en dépit même de l’attitude très nette du parti communiste français en complet accord avec le gouvernement, revenant sur ses intentions premières favorables à l’internationalisation de la Ruhr, soutient la thèse des partis allemands, qui réclament l’indépendance et l’unité de ce qui sera le quatrième Reich.

Cette évolution, à laquelle nos lecteurs pouvaient s’attendre, met dans un jour cruel notre total isolement. Nous étions en droit d’attendre de l’alliance Russe le maintien de la sécurité française à l’Ouest, la double vigilance Franco-Russe devant tenir l’Allemagne dans une impuissance définitive.

Il n’en sera malheureusement rien. Les trois Grands, qui se disputent l’appui de la nouvelle Allemagne, ne consentiront pas, pour des raisons identiques, au démembrement de l’Allemagne.

Les Russes craignent, à la suite des élections qui ont eu lieu dans les zones américaine et anglaise, que la force allemande divisée ne soit en partie dirigée contre eux, et que l’attraction anglo-saxonne ne gêne leurs desseins dans la zone qu’ils occupent. Ils ne veulent pas que l’Allemagne de l’Ouest échappe complètement à leur contrôle.

De même, les Anglo-Saxons voient dans la reconstitution de l’unité allemande l’impossibilité de rétablir un certain équilibre européen.

Tout cela était latent et devient aujourd’hui évident.

 

Le Trusteeship et la Question Coloniale

Une autre menace non moins grave et dont nous avons suivi l’évolution est dirigée contre notre colonisation, et spécialement contre notre position en Afrique du Nord.

Le Gouvernement français avait bien vu que, si la Tripolitaine était définitivement enlevée à l’Italie, mise sous contrôle international par le système du Trusteeship et destinée à recevoir au bout de quelques années sont indépendance, c’était un état arabe qui se constituerait, aux portes de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc.

Comment notre autorité résistera-t-elle à ce voisinage ? Les Anglais, qui auraient pu nous aider, ont, comme on l’a vu, épousé complètement la cause arabe ; Russes et Américains veulent, les uns pour des raisons politiques, les autres pour des raisons économiques, que la porte soit ouverte et la concurrence libre dans ces pays. Notre souveraineté y est nettement visée.

Ajoutons à cela que la décision malheureuse, sur laquelle nous avions fait silence, d’établir dans nos colonies africaines de l’intérieur un régime de change spécial établissant entre la métropole et ces territoires une véritable barrière douanière compliquée de formalités et de restrictions, met en danger la solidarité morale de la France et de ses colonies.

C’est tout l’édifice de l’Empire français qui est ainsi en question. Un vaste mouvement d’union, de patriotisme et de bonne foi pourrait encore nous rendre assez de prestige pour retrouver des appuis. Il n’est que temps.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-02-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-02-23 – Le Chemin de la Paix.

 

La semaine internationale, abondante en événements qui concernent la France, a mis à jour des questions graves qui ne nous apportent pas les pensées optimistes auxquelles nous aspirons tous, auxquelles cependant on ne peut sacrifier la vérité.

 

La Question Syro-Libanaise à l’O.N.U.

Les protestations des Etats syrien et libanais portées devant le tribunal de l’O.N.U. contre le maintien des troupes Franco-Anglaises ont été presque exclusivement dirigées contre la France.

  1. Bevin s’était absenté, laissant la parole à Sir Cadogan pour l’Angleterre. M. Cichnisky a soutenu vigoureusement la cause Syro-Libanaise, portant contre le gouvernement du général de Gaulle des accusations précises. La défense de M. Bidault, calme et modérée, a porté.

Le délégué soviétique, qui s’est servi de l’occasion pour user pour la première fois du droit de veto, n’en a pas moins essuyé devant l’opinion mondiale un échec qui ne fait que souligner d’ailleurs l’attitude hostile de l’U.R.S.S. à nos intérêts, en Proche-Orient en particulier, et à toute notre politique extérieure en général.

 

Le Problème de l’Unité Allemande

Plus grave est la double offensive menée conjointement par la Russie et les Etats-Unis contre notre opposition à un gouvernement central allemand.

On sent qu’en l’absence de tout appui, même anglais, après la note de M. Byrnes au gouvernement français, il est inévitable que nous cédions sur ce point. Nous n’en avons jamais douté.

Mais il y a plus : nous tenons de toutes nos forces, comme un intérêt vital pour notre sécurité, à l’internationalisation de la Ruhr et à l’autonomie des pays Rhénans.

Jusqu’ici, si nous avions rencontré des réticences, nous n’avions pas été en présence d’une hostilité déterminée ; l’Angleterre et les Etats-Unis avaient paru vouloir tenir compte, au moins dans une certaine mesure, de nos aspirations.

Mais la Russie, en dépit même de l’attitude très nette du parti communiste français en complet accord avec le gouvernement, revenant sur ses intentions premières favorables à l’internationalisation de la Ruhr, soutient la thèse des partis allemands, qui réclament l’indépendance et l’unité de ce qui sera le quatrième Reich.

Cette évolution, à laquelle nos lecteurs pouvaient s’attendre, met dans un jour cruel notre total isolement. Nous étions en droit d’attendre de l’alliance Russe le maintien de la sécurité française à l’Ouest, la double vigilance Franco-Russe devant tenir l’Allemagne dans une impuissance définitive.

Il n’en sera malheureusement rien. Les trois Grands, qui se disputent l’appui de la nouvelle Allemagne, ne consentiront pas, pour des raisons identiques, au démembrement de l’Allemagne.

Les Russes craignent, à la suite des élections qui ont eu lieu dans les zones américaine et anglaise, que la force allemande divisée ne soit en partie dirigée contre eux, et que l’attraction anglo-saxonne ne gêne leurs desseins dans la zone qu’ils occupent. Ils ne veulent pas que l’Allemagne de l’Ouest échappe complètement à leur contrôle.

De même, les Anglo-Saxons voient dans la reconstitution de l’unité allemande l’impossibilité de rétablir un certain équilibre européen.

Tout cela était latent et devient aujourd’hui évident.

 

Le Trusteeship et la Question Coloniale

Une autre menace non moins grave et dont nous avons suivi l’évolution est dirigée contre notre colonisation, et spécialement contre notre position en Afrique du Nord.

Le Gouvernement français avait bien vu que, si la Tripolitaine était définitivement enlevée à l’Italie, mise sous contrôle international par le système du Trusteeship et destinée à recevoir au bout de quelques années sont indépendance, c’était un état arabe qui se constituerait, aux portes de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc.

Comment notre autorité résistera-t-elle à ce voisinage ? Les Anglais, qui auraient pu nous aider, ont, comme on l’a vu, épousé complètement la cause arabe ; Russes et Américains veulent, les uns pour des raisons politiques, les autres pour des raisons économiques, que la porte soit ouverte et la concurrence libre dans ces pays. Notre souveraineté y est nettement visée.

Ajoutons à cela que la décision malheureuse, sur laquelle nous avions fait silence, d’établir dans nos colonies africaines de l’intérieur un régime de change spécial établissant entre la métropole et ces territoires une véritable barrière douanière compliquée de formalités et de restrictions, met en danger la solidarité morale de la France et de ses colonies.

C’est tout l’édifice de l’Empire français qui est ainsi en question. Un vaste mouvement d’union, de patriotisme et de bonne foi pourrait encore nous rendre assez de prestige pour retrouver des appuis. Il n’est que temps.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-02-16 – Le Chemin de la Paix

ORIGINAL-Criton-1946-02-16  pdf

Le Courrier d’Aix – 1946-02-16 – Le Chemin de la Paix.

 

A  l’O.N.U.

Les débats se sont poursuivis à Londres dans un esprit de conciliation et de prudence sur les requêtes russes touchant la Grèce et l’Indonésie.

L’intéressant, c’est qu’on a pu, par les réactions des divers délégués, apprécier l’état de l’opinion internationale. Deux traits dominent : la peur des Russes, et un vif désir d’éviter un conflit fatal, et malgré toute la sympathie qui va aux Anglo-Saxons et surtout à l’Angleterre, ne jamais approuver leur action.

En l’espèce, les requêtes russes, hâtivement conçues, manquaient d’arguments, surtout celle qui touchait l’Indonésie. Les délégués, néanmoins, ont montré toute leur volonté d’impartialité.

 

Le Discours de Staline

Staline a prononcé quelques mots à propos des « élections » en U.R.S.S.

Ce qu’il y a d’affligeant dans la situation présente, c’est que la même peur affecte les deux camps. Staline représente la Russie soviétique comme entourée d’ennemis qui la guettent, l’objet de tous les complots, l’ennemi mortel de toutes les puissances capitalistes et réactionnaires qui veulent l’abattre.

Evidemment, rien n’est plus sûr et de meilleure propagande que de persuader le moujik russe, le plus méfiant des êtres, qu’il doit travailler et se priver pour s’armer contre ses ennemis. Il est possible toutefois que Staline soit, en quelque mesure, sincère. Ces hommes qui ont été longtemps des hors la loi, dans un pays où chaque personnalité avait, avant la révolution tout comme aujourd’hui, un policier qui l’observe, ont conservé le sentiment qu’ils sont entourés d’ennemis. Fort ignorants par ailleurs des mœurs, des langues, de l’esprit occidental, attachés à une doctrine simpliste qui voit dans l’homme riche la bête immonde que tous les moyens sont bons pour abattre, les Russes d’aujourd’hui paraissent vivre dans la crainte d’une coalition mondiale, tout comme les Anglo-Saxons voient dans l’expansion russe l’obstacle qui les empêchera de vivre et de commercer en paix.

Y a-t-il là un immense malentendu ? Dans une certaine mesure, nous le croyons.

Il y a autre chose aussi : ce sont les conditions matérielles : par quel prodige de sagesse, deux systèmes d’organisation économique pourront-ils coexister sans se nuire ?

Il semble toutefois que Vychinski qui a beaucoup d’instruction, ait senti le danger de lasser l’évidente bonne volonté dont il était l’objet.

 

Le Problème Palestinien

Dans le cadre de ce conflit anglo-russe, Les mobiles de la politique anglo-américaine dans le Proche-Orient se précisent. On sait que l’Angleterre, inspiratrice du Sionisme, a dû sacrifier la cause juive à ses intérêts arabes.

Les Américains, qui ont eux aussi besoin des Arabes pour l’exploitation des pétroles et l’octroi de Concessions nouvelles, se sont longtemps refusés à intervenir, malgré l’énergique pression des juifs d’Amérique. Ce n’est que récemment qu’ils ont accepté de jouer le rôle d’arbitre, et convoqué pour l’examen du problème palestinien une commission.

C’est qu’ils comprennent qu’il y a un intérêt commun à l’Angleterre et aux Etats-Unis, de ramener le calme dans ces pays, où les désordres ne peuvent que donner à l’influence russe l’occasion de se faire sentir.

Dans ce but, les Anglais ont proclamé l’indépendance de la Transjordanie, dont l’émir Abdullah, leur allié, est le maître : le nouvel Etat va fusionner avec l’Irak, ancien mandat anglais lui aussi, dont Fayçal est roi. Abdullah deviendra régent de ce grand Etat  Arabe qui disposera d’une armée indigène importante dont les officiers sont anglais.

Ce grand Etat pourra à l’avenir exercer assez de prestige pour s’adjoindre la Syrie, si celle-ci ne sort pas des difficultés que lui vaut son indépendance.

Et voilà pourquoi nous fûmes chassés de Damas.

Le plan anglais est plus vaste encore. D’abord on résoudrait le problème palestinien en créant une zone purement Juive enfermée dans l’Etat Arabe, et dont le port unique serait Jaffa, contrôlé par les Anglais. L’Etat juif, exigu et cerné, ne serait pas susceptible d’expansion. Le nouvel état Transjordan-Irakien ferait contrepoids à la ligue arabe, dont l’animateur, Ibn-Séoud, est un ennemi des Anglais.

On sait que l’émir Hussein – dont les descendants sont précisément sur le trône d’Irak – a été évincé en Arabie par Ibn-Séoud, et que Fayçal est son mortel ennemi. D’ailleurs, depuis l’entrevue au Caire entre Ibn-Séoud et Farouk, roi d’Egypte, une tendance plus conciliante se fait jour, sans doute sur les conseils des Américains, grands amis d’Ibn-Séoud.

Les Anglo-Saxons semblent avoir réussi à alerter tous les pays arabes sur le péril russe, et comptent se servir de cet épouvantail pour consolider leur position dans le Proche-Orient.

 

                                                                                            CRITON

                                                          

Certains lecteurs ont vu dans mes chroniques antérieures des critiques personnelles contre le précédent gouvernement. Nous n’avons fait que relater les opinions qui circulaient à l’étranger sur la question. A notre avis, il est bon, qu’elles soient ou non agréables, que les Français en soient informés.

 

Criton – 1946-02-16 – Le Chemin de la Paix

ORIGINAL. Criton – 1946-02-16  pdf

Le Courrier d’Aix – 1946-02-16 – Le Chemin de la Paix

 

A  l’O.N.U.

Les débats se sont poursuivis à Londres dans un esprit de conciliation et de prudence sur les requêtes russes touchant la Grèce et l’Indonésie.

L’intéressant, c’est qu’on a pu, par les réactions des divers délégués, apprécier l’état de l’opinion internationale. Deux traits dominent : la peur des Russes, et un vif désir d’éviter un conflit fatal, et malgré toute la sympathie qui va aux Anglo-Saxons et surtout à l’Angleterre, ne jamais approuver leur action.

En l’espèce, les requêtes russes, hâtivement conçues, manquaient d’arguments, surtout celle qui touchait l’Indonésie. Les délégués, néanmoins, ont montré toute leur volonté d’impartialité.

 

Le Discours de Staline

Staline a prononcé quelques mots à propos des « élections » en U.R.S.S.

Ce qu’il y a d’affligeant dans la situation présente, c’est que la même peur affecte les deux camps. Staline représente la Russie soviétique comme entourée d’ennemis qui la guettent, l’objet de tous les complots, l’ennemi mortel de toutes les puissances capitalistes et réactionnaires qui veulent l’abattre.

Evidemment, rien n’est plus sûr et de meilleure propagande que de persuader le moujik russe, le plus méfiant des êtres, qu’il doit travailler et se priver pour s’armer contre ses ennemis. Il est possible toutefois que Staline soit, en quelque mesure, sincère. Ces hommes qui ont été longtemps des hors la loi, dans un pays où chaque personnalité avait, avant la révolution tout comme aujourd’hui, un policier qui l’observe, ont conservé le sentiment qu’ils sont entourés d’ennemis. Fort ignorants par ailleurs des mœurs, des langues, de l’esprit occidental, attachés à une doctrine simpliste qui voit dans l’homme riche la bête immonde que tous les moyens sont bons pour abattre, les Russes d’aujourd’hui paraissent vivre dans la crainte d’une coalition mondiale, tout comme les Anglo-Saxons voient dans l’expansion russe l’obstacle qui les empêchera de vivre et de commercer en paix.

Y a-t-il là un immense malentendu ? Dans une certaine mesure, nous le croyons.

Il y a autre chose aussi : ce sont les conditions matérielles : par quel prodige de sagesse, deux systèmes d’organisation économique pourront-ils coexister sans se nuire ?

Il semble toutefois que Vychinski qui a beaucoup d’instruction, ait senti le danger de lasser l’évidente bonne volonté dont il était l’objet.

 

Le Problème Palestinien

Dans le cadre de ce conflit anglo-russe, Les mobiles de la politique anglo-américaine dans le Proche-Orient se précisent. On sait que l’Angleterre, inspiratrice du Sionisme, a dû sacrifier la cause juive à ses intérêts arabes.

Les Américains, qui ont eux aussi besoin des Arabes pour l’exploitation des pétroles et l’octroi de Concessions nouvelles, se sont longtemps refusés à intervenir, malgré l’énergique pression des juifs d’Amérique. Ce n’est que récemment qu’ils ont accepté de jouer le rôle d’arbitre, et convoqué pour l’examen du problème palestinien une commission.

C’est qu’ils comprennent qu’il y a un intérêt commun à l’Angleterre et aux Etats-Unis, de ramener le calme dans ces pays, où les désordres ne peuvent que donner à l’influence russe l’occasion de se faire sentir.

Dans ce but, les Anglais ont proclamé l’indépendance de la Transjordanie, dont l’émir Abdullah, leur allié, est le maître : le nouvel Etat va fusionner avec l’Irak, ancien mandat anglais lui aussi, dont Fayçal est roi. Abdullah deviendra régent de ce grand Etat  Arabe qui disposera d’une armée indigène importante dont les officiers sont anglais.

Ce grand Etat pourra à l’avenir exercer assez de prestige pour s’adjoindre la Syrie, si celle-ci ne sort pas des difficultés que lui vaut son indépendance.

Et voilà pourquoi nous fûmes chassés de Damas.

Le plan anglais est plus vaste encore. D’abord on résoudrait le problème palestinien en créant une zone purement Juive enfermée dans l’Etat Arabe, et dont le port unique serait Jaffa, contrôlé par les Anglais. L’Etat juif, exigu et cerné, ne serait pas susceptible d’expansion. Le nouvel état Transjordan-Irakien ferait contrepoids à la ligue arabe, dont l’animateur, Ibn-Séoud, est un ennemi des Anglais.

On sait que l’émir Hussein – dont les descendants sont précisément sur le trône d’Irak – a été évincé en Arabie par Ibn-Séoud, et que Fayçal est son mortel ennemi. D’ailleurs, depuis l’entrevue au Caire entre Ibn-Séoud et Farouk, roi d’Egypte, une tendance plus conciliante se fait jour, sans doute sur les conseils des Américains, grands amis d’Ibn-Séoud.

Les Anglo-Saxons semblent avoir réussi à alerter tous les pays arabes sur le péril russe, et comptent se servir de cet épouvantail pour consolider leur position dans le Proche-Orient.

 

                                                                                            CRITON

                                                          

Certains lecteurs ont vu dans mes chroniques antérieures des critiques personnelles contre le précédent gouvernement. Nous n’avons fait que relater les opinions qui circulaient à l’étranger sur la question. A notre avis, il est bon, qu’elles soient ou non agréables, que les Français en soient informés.

 

Criton – 1946-02-09 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-02-09 – Le Chemin de la Paix.

 

L’Assemblée des Nations-Unies, écrit le Times, ne peut fonctionner que si les grandes Puissances sont d’accord. Sinon, cette Institution est, non seulement inutile, mais constitue un véritable danger pour la paix. C’est ce danger qu’on vient de sentir à propos du problème grec.

 

Les Débats du Conseil de Sécurité

Il y a eu du sport à Londres. Les deux protagonistes, Bevin et Vychinski, ont fait assaut d’accusations, et par moment la vérité était perceptible dans leurs discours, chose contraire aux usages diplomatiques. A l’heure où nous écrivons, l’Assemblée ne sait quelle conclusion donner au débat. Le duel anglo-russe dépasse sa compétence.

 

Problèmes Anglo-Russes

La grande offensive soviétique contre l’Angleterre, par la radio, la diplomatie, la presse russe et communiste de tous les pays, s’intensifie chaque jour.

Il y a le procès des officiers polonais de l’armée Huniers cantonnée près d’Ancône, qui, parachutés d’Italie, auraient tenté de renverser le Gouvernement pro-russe de Varsovie. Celui-ci a confié à sa police quelques exécutions qui ont provoqué des incidents diplomatiques à Londres et une note des Etats-Unis.

Il y a les poursuites du Gouvernement bulgare contre l’opposition, accusée d’obéir aux agents anglais.

Il y a l’agitation des Arméniens de Turquie et des pays Syro-libanais qui demandent l’appui de la République soviétique d’Arménie contre leurs oppresseurs.

Il y a, en préparation, une révolte classique des kurdes fomentée par les Soviets pour ébranler l’Empire ottoman.

Enfin, et surtout, il y a le problème persan qui ira faire à Londres un tour sans résultat mais qui va  en s’échauffant à l’intérieur du pays.

Il y a même la question de l’attribution des Iles du Dodécanèse, l’établissement du « Trusteeship » sur les colonies italiennes d’Afrique.

La guerre des nerfs est poussée à fond pour atteindre le moral anglais, déprimer les affaires et provoquer une course aux armements, ruineuse pour les pays libres. Comme ils sont sûrs que les Anglais sont incapables, moralement et matériellement, de prendre l’initiative d’une guerre, les Soviets jouent sans risque.

 

La Question Française

Bien qu’au second plan des préoccupations internationales, l’évolution politique de la France est suivie avec intérêt. Comme prévu, le projet d’emprunt à New-York a rencontré des résistances. M. Blum a dû ajourner son voyage pour consulter ses amis de Londres sur la façon de s’y prendre.

Notre prestige aux Etats-Unis est faible. Une propagande sournoise, dont l’origine se devine, a entretenu entre Français et Américains des rapports désagréables. Les soldats de retour ont indisposé l’opinion contre nous. Notre chaos politique, les conflits d’idéologies creuses sans rapport avec la réalité font, aux Etats-Unis, douter de notre bon sens.

On attendait des hommes nouveaux à la tête de la quatrième République : on y retrouve de vieilles connaissances.

 

La Situation aux Etats-Unis

Par-delà ces motifs, il y a aux Etats-Unis une crise politique profonde et complexe.

Le problème extérieur, malgré le calme apparent, cause de vives appréhensions.

Jusqu’ici, les Etats-Unis, seul pays riche au monde, avait fait la guerre avec prodigalité sans se soucier trop de leurs finances. Mais la guerre, à ce point de vue, n’est pas finie. Les armements vont être plus coûteux que jamais. Le dollar, qu’on le veuille ou non à Wall Street, a perdu les trois-quarts de sa valeur intrinsèque. Les Américains luttent, comme les Anglais après 18, pour maintenir la fiction d’une monnaie stable, pour que la dépréciation latente ne s’inscrive pas dans les prix.

C’est ce qui explique les grèves actuelles. Les ouvriers luttent pour défendre un niveau de vie que la reprise d’une activité normale ferait baisser rapidement, si les salaires ne suivaient pas. Mais le Gouvernement, pour éviter l’inflation et conserver en même temps un lourd appareil militaire, s’oppose à une hausse trop accentuée.

Voilà pourquoi, l’emprunt anglais, quoique déjà conclu, soulève des critiques aux Etats-Unis. Le nôtre vient mal à propos et risque de se faire attendre.

 

Finances et Armement

On se rend compte cependant que la France est au bord d’un gouffre dont elle pourrait aisément sortir si le courage et le climat politique s’y prêtaient ; mais que dans l’état actuel, toutes les aventures sont possibles.

On a prêté à l’étranger, une vive attention à un petit fait : la grève des journaux parisiens, la façon désinvolte dont les ouvriers imprimeurs ont traité les Ministres pour qui ils avaient voté en octobre. La polémique du Syndicat et de l « Humanité » a paru révélatrice de l’opinion de masses : un mépris croissant pour les partis politiques, le discrédit de plus en plus profond de l’Etat.

Cette tendance anarchisante n’est pas pour rassurer d’éventuels prêteurs. Ne comptons que sur nous-mêmes.

 

                                                                                                CRITON