Criton – 1946-03-09 – Le Discours de Byrnes

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-09 – Le Chemin de la Paix.

 

Chemin sinueux, a dit le président Truman. Un brusque tournant est apparu durant cette semaine, laquelle a été marquée par le discours de Byrnes et la note américaine à l’Union Soviétique sur les incidents de Mandchourie.

 

Le Discours de Byrnes

Les paroles du sénateur Vanderberghe faisaient prévoir un raidissement de la politique des Etats-Unis. Devant la volonté de puissance des Russes, devant les attaques verbales et les empiètements successifs, l’Amérique avait jusqu’ici usé de patience. Un certain accord semblait tacite entre les deux puissances ; mais les limites des concessions ont été dépassées.

L’opinion s’est émue des révélations canadiennes sur les fuites de documents relatifs à la bombe atomique. On commençait à critiquer la faiblesse de la diplomatie : le discours de Byrnes, très net et ferme, a répondu à l’attente générale : l’Amérique défendra la charte par la force, si besoin est.

Elle ne tolèrera pas que la Russie agisse contrairement aux traités et, dans ses relations avec les petits Etats, sans accord préalable avec ses ex-Alliés.

On va donc, soit vers l’apaisement, soit vers une crise aigüe.

Et le lendemain, le département d’Etat envoyait une note de protestation sur les attaques contre des avions américains au-dessus de Port-Arthur, et sur l’enlèvement par les Russes de matériel industriel en Mandchourie.

L’opinion américaine, assez indifférente aux choses européennes, est très susceptible  en ce qui touche à l’Extrême-Orient. Une atteinte au pavillon américain est toujours un cas grave. Les Russes n’ont pas encore réagi.

Contre Mackenzie King, après la note au Canada qui est un aveu de l’espionnage soviétique, une violente campagne de presse et de radio se déchaîne à Moscou : l’homme d’Etat est rangé parmi les fascistes … Byrnes suivra-t-il ?

Tout porte à espérer que les Russes réfléchiront. Sinon, une tension plus vive conduirait bien vite à de graves événements.

On peut se demander si cette politique du Kremlin est bien habile. Car il y a tout de même une opinion mondiale. En toute impartialité, elle n’est pas russophile ; et cela compte.

 

Les Troubles d’Egypte

En corrélation avec le discours énergique de Byrnes, Bevin, à son tour, a parlé haut à l’Egypte ; les troubles anti-anglais qui ont coûté la vie à des soldats britanniques doivent cesser. Sinon on emploiera la force.

 

Le Problème Persan

Une vive inquiétude s’est emparée de la presse anglaise devant le refus des Russes d’évacuer le Nord-Ouest de la Perse, contrairement au traité de 1942.

C’est la première fois, dit-on, qu’un traité est délibérément violé ; cela, six mois après la fin de la guerre.

Les troupes russes n’occupent pas seulement l’Azerbaïdjan, mais toute la frontière turco-persane ; le pays Kurde est à leur merci.

Par ailleurs, on annonce en dernière heure que le premier ministre persan, choisi justement pour ses tendances conciliantes à l’égard des Soviets, n’a pu s’accorder avec Staline. A moins d’un changement à la dernière minute, il rentre en Perse les mains vides. Va-t-il en appeler à l’O.N.U. ?

 

La Question Espagnole

Nos remarques précédentes n’étaient pas vaines ! La déclaration commune franco-anglo-américaine est au fond sans portée pratique. Franco est condamné, mais il ne s’en portera pas plus mal.

Les Anglo-Saxons ne veulent ni rompre avec lui, ni intervenir en Espagne.

Les Espagnols devront dans le pays même régler leur propre sort. Et il n’est pas certain que la majorité souhaite une aventure. Les républicains eux-mêmes pensent à la sanglante guerre civile encore proche. Et ils ont un sens particulièrement ombrageux de l’honneur national. En voulant leur imposer un changement de régime par une pression extérieure, on va peut-être consolider le régime … Il est fort possible que certains aient cherché ce résultat.

En attendant, la France a fermé ses frontières. Une violente campagne de presse en Espagne hurle contre nous. Auprès d’hommes simples et naturellement xénophobes, il en restera quelque chose.

Mais enfin on a fait de beaux meetings, excité les troupes, essayé les voix ; pour certains, c’est l’essentiel. Quant à l’intérêt français….

Qu’on prenne gare cependant : les Français se remettent progressivement du choc moral qui les a étourdis. Ils sont devenus défiants et critiques, et peut-être meilleurs juges qu’on ne pense. L’affaire d’Espagne pourrait bien servir d’avertissement.

 

Le Problème Allemand

La lutte aigüe pour ou contre la fusion des partis communiste et socialiste voulue par Moscou, ne semble pas devoir favoriser finalement ses desseins. En Allemagne, on votera toujours pour le plus fort.

Et cette querelle entre Allemands explique aussi pourquoi les Anglo-Saxons se sont décidés à parler haut. La partie internationale devient serrée ; peut-être cela vaut-il mieux dans l’intérêt même de la paix ?

 

                                                                                      CRITON